Le Secrétaire général fait le bilan d’une « année charnière » en matière de développement durable et de climat et marquée « de percées et d’horreur »

SG/SM/17420
16 décembre 2015

Le Secrétaire général fait le bilan d’une « année charnière » en matière de développement durable et de climat et marquée « de percées et d’horreur »

Il annonce plusieurs rendez-vous en 2016 pour traiter le problème mondial des migrants et réfugiés et espère l’adoption d’un pacte mondial

« Nous achevons une année charnière, au cours de laquelle l’Organisation des Nations Unies a célébré son soixante-dixième anniversaire et a pris des mesures historiques en matière de développement durable et de climat », a déclaré, ce matin, le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, qui a ajouté que 2015 avait été le témoin à la fois « de percées et d’horreur ». 

Au cours de sa conférence de presse de fin d’année, tenue au Siège de l’Organisation, à New York, le Secrétaire général a salué les étapes franchies en 2015 et les efforts diplomatiques menés en Libye, au Yémen, en Syrie, au Burundi et au Soudan du Sud, tout en appelant à redoubler d’efforts pour résoudre la crise syrienne, lutter contre le terrorisme et traiter le problème mondial des migrants et des réfugiés.  Sur cette dernière question, il a annoncé son intention de convoquer un sommet un jour avant le débat général de l’Assemblée générale, soit le 19 septembre 2016 et a souhaité l’adoption d’un « Pacte mondial ».

« L’Accord de Paris sur les changements climatiques est un signe d’espoir en ces temps troublés », a déclaré M. Ban, qui a salué ce « triomphe pour le multilatéralisme » qui montre que les Nations Unies peuvent apporter les résultats dont le monde a désespérément besoin.  À cet égard, il a rendu hommage au leadership de MM. François Hollande et Laurent Fabius, le Président et le Ministre des affaires étrangères de la France, qui ont refusé de se laisser décourager par les attaques terroristes du 13 novembre.  Il a aussi remercié tous les chefs de gouvernement, les hommes d’affaires et les militants de la société civile qui ont permis ce résultat.

Pour le Secrétaire général, « l’Accord de Paris a dépassé les attentes ».  Les dirigeants du monde, a-t-il souligné, ont reconnu que nous ne devions pas nous contenter du plus petit dénominateur commun et ils ont dès lors mis la barre plus haut.  L’Accord de Paris nous donne un « Plan A pour la planète », a-t-il ajouté: « A pour ambition ».

M. Ban a rappelé avoir œuvré avec ardeur en faveur d’un tel accord dès le premier jour de son mandat, il y a neuf ans.  Maintenant, a-t-il poursuivi, je vais continuer à exhorter les dirigeants du monde à concrétiser les promesses.

Passant aux autres jalons qui ont marqué 2015, le Secrétaire général a présenté le Programme de développement à l’horizon 2030 comme un « guide fondamental » qui, avec ses 17 objectifs, vise à mettre fin à la pauvreté et à édifier des sociétés pacifiques.  Il a également mentionné le Programme d’action d’Addis-Abeba adopté en juillet, qu’il a présenté comme le schéma directeur en matière de financement du développement, plaidant en faveur d’un investissement précoce dans le développement afin de prévenir les crises.  Enfin, il a cité le Cadre de Sendai sur la réduction des risques de catastrophes, adopté en mars, qui doit conduire à la résilience.  Ensemble, ces plans et pactes ont ouvert la voie à un avenir qui ne laisse personne de côté, a-t-il expliqué.

Le Secrétaire général s’est ensuite exprimé sur la question des personnes déplacées, dont les flux ont atteint des sommets cette année.  Au moment où nous entrons dans l’année 2016, le monde a besoin de se donner un nouveau pacte mondial sur la mobilité humaine, a-t-il prévenu.  Il a estimé qu’on ne pouvait pas admettre, au XXIe siècle, de diaboliser ces personnes ou de les prendre comme boucs émissaires, à cause de leur religion, de leur ethnie ou de leur pays d’origine.

L’ONU, a-t-il poursuivi, vient de demander 20 milliards de dollars pour répondre aux besoins humanitaires de l’an prochain, soit cinq fois plus que les besoins d’il y a 10 ans.  Tout en saluant la générosité des donateurs, il a fait état d’un probable déficit de financement de plus de 10 milliards de dollars dès le début de 2016, le plus profond jamais atteint.

M. Ban a placé ses espoirs dans le Sommet mondial humanitaire prévu en mai 2016, à Istanbul, pour résoudre les problèmes systémiques de financement, souhaitant qu’il aboutisse à un accord sur des mesures concrètes de préparation et de réaction aux crises.  Le monde, a-t-il lancé, doit investir plus d’énergie politique pour prévenir et mettre fin aux conflits et aux violations des droits de l’homme.

Le Secrétaire général a ensuite passé en revue les efforts actuels visant à placer la diplomatie au premier plan.  Il a commencé en citant la Libye où les parties ne sont pas loin d’atteindre un accord désespérément attendu, puis le Yémen, à propos duquel des pourparlers ont commencé hier, en Suisse, en vue d’un cessez-le-feu et d’une reprise de la transition politique.  Nous devons tout faire pour mettre fin à l’effusion de sang et améliorer le sort des civils qui sont les principales victimes de ce conflit, a souhaité M. Ban.

En ce qui concerne la Syrie, il a souligné que la communauté internationale s’était activement réinvestie en faveur d’un règlement politique.  Le Groupe international de soutien à la Syrie se réunira à New York vendredi, a-t-il annoncé, avant une réunion du Conseil de sécurité sur ce dossier.  Décrivant la Syrie comme « une plaie ouverte pour le Moyen-Orient et le reste du monde », il a appelé à ne pas relâcher les efforts en faisant pression en faveur d’un cessez-le-feu dans tout le pays et pour que les négociations sur la transition politique démarrent en janvier.

M. Ban a également jugé cruciale la lutte contre la menace posée par Daech, Boko Haram, Chabab et d’autres groupes terroristes.  Il a annoncé qu’il présenterait, le mois prochain, un plan d’action sur la prévention de l’extrémisme violent.  Il a fait remarquer que beaucoup de conflits contemporains, et souvent, malheureusement, la réaction à ces conflits, fournissent un terrain fertile pour la propagation du terrorisme et de l’extrémisme violent.

« Je suis alarmé par l’escalade de la violence au Burundi », a également déclaré le Secrétaire général, qui a prévenu que le pays était au bord d’une guerre civile, risquant en outre d’engloutir toute la région.  Son Conseiller spécial, M. Jamal Benomar, se rendra à sa demande dans la région avant la fin de la semaine pour parler à l’Union africaine, aux pays de la région et au Gouvernement du Burundi.  Le Secrétaire général a mis l’accent sur la nécessité de parvenir de toute urgence à un dialogue politique inclusif, et de faire tout pour prévenir la violence de masse et agir de manière décisive si elle survient.

Passant à la situation au Soudan du Sud, le Secrétaire général a fait valoir que l’opération de maintien de la paix des Nations Unies dans ce pays continuait d’abriter plus de 185 000 civils, tout en prévenant que ce n’est cependant pas une solution durable vu le nombre important d’autres personnes déplacées qui risquent d’être victimes de la violence.  « Je demande instamment aux parties de mettre sur pied les institutions de transition avant fin janvier », a-t-il lancé.

Le Secrétaire général a par ailleurs assuré prendre à cœur les progrès accomplis sur le plan politique et les transferts en douceur de pouvoir, au cours de 2015, notamment à Sri Lanka et au Nigéria.  S’agissant de la transition en cours en République centrafricaine, il a mentionné le référendum constitutionnel mené la semaine dernière et les élections présidentielles et législatives prévues pour la fin du mois.  Il s’est également dit encouragé par les progrès réalisés dans les négociations sur la question de Chypre qui, après des décennies de division, est proche d’une solution.  Pour ce qui est de l’Amérique, il s’est félicité que les Colombiens soient proches de la fin du plus long conflit qu’ait connu le continent.  Enfin, il a apprécié que le Gouvernement et l’Armée du Myanmar coopèrent avec Daw Aung San Suu Kyi pour une transition stable.  Il a prôné des efforts soutenus pour commencer un dialogue inclusif avec les groupes ethniques marginalisés, un processus qu’il a personnellement soutenu pendant plusieurs années et qu’il continuera à soutenir.

Le Secrétaire général a conclu son intervention en rappelant que l’année 2015 avait été le témoin à la fois « de percées et d’horreur ».  Il a assuré que l’ONU continuerait à se renforcer, notamment par le biais des évaluations de grande envergure des opérations de paix, de la consolidation de la paix et de ses futurs rôle et capacités.  Nous ne pouvons pas nous permettre de relâcher nos efforts sur des questions comme les processus de paix et les négociations sur le climat, a-t-il dit, en faisant remarquer que des millions de personnes dépendent de ces efforts.  Il a rappelé qu’il n’avait jamais perdu confiance malgré les hauts et les bas de négociations sur le climat.

« Je continue à croire en l’ONU et dans son personnel, dont beaucoup ont fait le sacrifice ultime », a-t-il ajouté.  « Je continue à avoir foi en la capacité des gens du monde entier à se rassembler pour le bien commun, comme cela vient d’être démontré avec autant de force à Paris .»  Le Secrétaire général a appelé à faire de 2016 une année de réussites et de donner une vie digne à « nous les peuples ».

En répondant ensuite aux questions des correspondants de presse accrédités auprès de l’ONU, M. Ban a été amené à parler de la péninsule coréenne.  Je suis prêt à remplir mon rôle de Secrétaire général en œuvrant en faveur de la paix, de la stabilité et de la réconciliation, a-t-il assuré, en précisant que des discussions encourageantes se poursuivaient afin de trouver une solution mutuelle acceptable.

Interrogé sur la situation au Burundi, un dossier dont il discutera, cet après-midi, avec les membres du Conseil de sécurité, le Secrétaire général s’est dit « extrêmement inquiet » des violences continues qui opposent les forces armées gouvernementales et des éléments armés inconnus, violences qu’il a jugées « effrayantes ».  En contact étroit avec les dirigeants du pays, il a demandé à l’Union africaine et aux facilitateurs de la Communauté de l’Afrique de l’Est de continuer à faire preuve de leadership pour faciliter le dialogue.  Toutes les parties prenantes doivent respecter les droits de l’homme et l’état de droit, a-t-il lancé.

Au sujet du dossier syrien, qui a été au cœur des questions des journalistes, le Secrétaire général a indiqué que son Envoyé spécial participerait à la réunion de vendredi sur la Syrie.  Il a jugé important d’établir un cessez-le-feu dans tout le pays aussi vite que possible et de favoriser des pourparlers inter-syriens.  Cela fera avancer le processus politique et aidera les Nations Unies et les agences humanitaires à fournir l’aide humanitaire dont la population, au moins 13 millions de personnes, a tant besoin.  Nous espérons un cessez le feu en janvier, suivi de 18 mois de transition politique, a-t-il précisé  Il a estimé qu’il appartenait au peuple syrien de prendre les décisions sur l’avenir du Président syrien, mais qu’il était inacceptable que toute la crise syrienne et sa solution ne dépendent que du sort d’un seul homme.  Si certains pays expriment des positions nuancées sur un éventuel rôle ou besoin pour le Président Assad pendant une période limitée, M. Ban estime que cela ne peut être décidé que plus tard.

Le Secrétaire général a également voulu tirer les leçons de la crise syrienne qui a débordé sur les pays voisins et a entraîné la montée de Daech.  Il a invité à s’interroger sur les causes profondes de ce conflit, notant que l’absence de bonne gouvernance, la tragédie en cours et la désespérance complète de la population avaient fourni un terreau parfait pour les extrémistes et les terroristes.  Il a demandé que l’on traite des causes profondes, tout en prenant des mesures pour faire échec au terrorisme et à l’extrémisme.

Sur la question syrienne et le problème du terrorisme, il a dit apprécier la nouvelle coalition de 34 pays lancée par l’Arabie saoudite.  Il a cependant demandé à cette coalition de se coordonner étroitement avec les autres pays qui font déjà partie d’autres coalitions.  Saluant la participation de nombreux pays à des coalitions, il leur a en même temps demandé de respecter les droits de l’homme et d’épargner la population civile.  Il faut, à son avis, garder en vue l’objectif commun et l’unité à avoir sur ce dossier.  En ce qui concerne les groupes armés syriens, il les a prévenus que leur mission commune serait plus difficile à mener s’ils sont divisés.

En ce qui concerne la question du financement du terrorisme, le Secrétaire général a salué l’unité qui prévaut au Conseil de sécurité sur la lutte à mener dans ce domaine et s’est dit encouragé par la décision que le Conseil de sécurité s’apprête à prendre en la matière, et qui fera date.  Rappelant que les extrémistes et terroristes, et notamment Daech, ont reçu d’importants fonds sans grande difficulté, il a jugé très important que tout soit fait pour couper le soutien financier de ces groupes.  C’est une manière très efficace de traiter la question, a-t-il estimé.

Au cours de la séance de questions-réponses, le Secrétaire général a également donné des précisions sur ses intentions au sujet des migrants et des réfugiés, un problème qui n’est plus seulement régional mais mondial.  Les Nations Unies doivent donc apporter une réponse, a-t-il argué, en annonçant qu’il convoquerait un sommet sur cette question un jour avant le début du débat général de l’Assemblée générale, soit le 19 septembre 2016.  Il espère ainsi que les dirigeants mondiaux adopteront un Pacte mondial afin de partager les responsabilités dans ce domaine.

Ce sommet sera le point culminant d’une série de rendez-vous, dont le premier à Londres, le 4 février, avec la conférence de haut niveau sur la Syrie qui abordera notamment le problème des réfugiés.  Cette conférence est organisée par les Nations Unies, ainsi que par le Royaume-Uni, la Norvège, le Koweït et l’Allemagne.  Puis, au mois de mars, le Haut-Commissaire aux réfugiés, récemment nommé, convoquera une réunion de haut niveau sur cette question, avant le Sommet mondial humanitaire qui aura lieu en mai à Istanbul.  L’Assemblée générale aura aussi une réunion de haut niveau sur les migrations en juillet, a-t-il ajouté.

Interrogé sur son avenir et ses ambitions personnelles alors qu’il ne lui reste plus qu’un an avant la fin de son mandat, M. Ban a assuré qu’il resterait pleinement engagé « jusqu’au dernier jour de l’année prochaine », en y consacrant tout son temps et toute son énergie.  Il s’est également félicité des initiatives lancées en vue de rendre plus transparent le processus d’élection de son successeur.

Parmi les causes profondes à résoudre en priorité, il a cité l’extrême pauvreté et les lacunes en matière de gouvernance et de dialogue inclusif.  Si nous atteignons les objectifs de développement durable fixés en septembre, la population mondiale vivra dans une plus grande prospérité, a-t-il dit en basant ses espoirs sur les fondements posés cette année.

Par ailleurs, M Ban a dit attendre avec intérêt sa rencontre avec Mme Marie Deschamps, le juge qui préside le Comité indépendant chargé d’examiner la gestion par l’ONU des allégations d’agressions sexuelles sur des enfants par des soldats de la paix en République centrafricaine.  Il a dit avoir l’intention de prendre « toute action nécessaire », y compris en rendant public le rapport, mais plus encore pour faire en sorte que tout le personnel des Nations Unies soit beaucoup plus impliqué dans le respect des droits de l’homme, y compris l’interdiction et la prévention des violences sexuelles.

Interrogé également sur l’Afghanistan, il a rappelé que de nombreux pays avaient essayé de soutenir la paix et la stabilité dans ce pays qui est ainsi en mesure d’arriver à la réconciliation matinale.  La Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) continuera de jouer un rôle important, a-t-il dit. 

Enfin, le Secrétaire général s’est dit très préoccupé par le manque de progrès dans le processus de paix au Moyen-Orient, après 70 années de conflit.  J’étais dans la région en octobre pour discuter avec les dirigeants israéliens et palestiniens, a-t-il rappelé pour illustrer son engagement sur ce dossier.  Interrogé aussi sur le dossier nucléaire iranien, le Secrétaire général a dit attendre du Gouvernement iranien qu’il continue à mettre en œuvre, de manière conforme aux résolutions du Conseil de sécurité, un accord qu’il a jugé « très bon ».

 

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