Commission du désarmement: les États veulent une réponse urgente au défi des armes nucléaires, seule catégorie d’armes de destruction massive à ne pas être interdite

CD/3694
4 avril 2017
Session de fond de 2017, 364e séance – matin

Commission du désarmement: les États veulent une réponse urgente au défi des armes nucléaires, seule catégorie d’armes de destruction massive à ne pas être interdite

La deuxième journée de débat de la session 2017 de la Commission du désarmement, qui se tient jusqu’au 21 avril au Siège de l’ONU à New York, a été l’occasion, ce matin, d’un appel quasi unanime des délégations à trouver une réponse urgente au défi du désarmement nucléaire. 

Plusieurs délégations ont relevé que les armes nucléaires demeuraient la seule catégorie d’armes de destruction massive à ne pas faire l’objet d’une interdiction, en dépit de leurs conséquences humanitaires et environnementales catastrophiques. 

« Cela fait 71 ans que nous n’avons pas été en mesure de faire face au péril nucléaire », a-t-il été dit, alors que la représentante du Mexique a rappelé que la première résolution adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies invitait au désarmement nucléaire. 

Si l’ensemble des délégations ont souhaité cette urgence de progresser en matière de désarmement nucléaire, les divergences sur les moyens d’y parvenir se sont fait jour.  De nombreux États ont salué une avancée majeure avec le lancement, le 27 mars dernier, de la première phase de négociation d’un instrument juridique interdisant les armes nucléaires.

Toutefois, les représentants de la France et du Royaume-Uni ont jugé cette démarche contreproductive « dans le contexte stratégique actuel ».  Ils ont estimé qu’une approche pragmatique et progressive du désarmement nucléaire, telle que prévue par l’article VI du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), serait plus efficace, notant qu’une interdiction immédiate des armes nucléaires remettrait en cause la stabilité régionale et internationale.    

Au chapitre des menaces nucléaires contemporaines, de nombreuses délégations ont condamné les provocations et le comportement déstabilisateur de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), qui a mené deux essais nucléaires et lancé une vingtaine de missiles balistiques en 2016, en violation de nombreuses résolutions du Conseil de sécurité. 

Faisant usage de son droit de réponse, le représentant nord-coréen a expliqué que le programme nucléaire de son pays n’avait qu’un caractère défensif, avant de fustiger l’augmentation « exponentielle » des dépenses militaires japonaises.

Après 17 ans de paralysie de la Commission, les délégations ont espéré que cette dernière année du cycle triennal de négociation soit l’occasion de parvenir à des recommandations et à des accords constructifs. 

Les délégations doivent se réunir dans un mois à Vienne dans le cadre du premier comité préparatoire de la Conférence d’examen de 2020 du TNP, qualifié à maintes reprises ce matin de « pierre angulaire des efforts de désarmement nucléaire ». 

Dans le contexte de l’attentat qui a frappé, hier, le métro de Saint-Pétersbourg et de l’attaque chimique qui a fait plusieurs dizaines de morts en Syrie ce matin, plusieurs délégations ont jugé que l’action internationale dans le domaine conventionnel devait désormais davantage intégrer le risque d’acquisition et d’utilisation d’armes conventionnelles par des groupes terroristes.   

S’inquiétant particulièrement des conséquences de la prolifération sur la stabilité en Afrique, les représentants de l’Afrique du Sud, du Sénégal, de la République-Unie de Tanzanie et du Nigéria ont exhorté toutes les délégations à ratifier le Traité sur le commerce des armes pour en assurer son universalisation, mais aussi à engager des efforts renouvelés pour mettre en œuvre le Programme d'action des Nations Unies sur les armes légères. 

En écho à ces interventions, le représentant du Japon a dit la volonté de son pays de travailler avec la société civile et les États Membres pour permettre la meilleure mise en œuvre du Traité sur le commerce des armes. 

Toujours dans le domaine des armes classiques, le représentant de l’Afghanistan a regretté l’absence d’une approche globale pour lutter contre la prolifération des engins explosifs improvisés et des restes explosifs de guerre.

Les délégations de l’Argentine, du Royaume-Uni, de la RPDC, du Japon et de la Syrie ont fait usage de leur droit de réponse.   

Suite du débat général

Déclarations

Mme KEREN BEBBINGTON (Royaume-Uni) a entamé la séance d’aujourd’hui en rappelant l’engagement de son pays en faveur d’un monde dénucléarisé.  Elle a réaffirmé à ce titre l’obligation qu’a le Royaume-Uni de respecter les trois piliers du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). 

Tout en rappelant les efforts entrepris par son pays pour réduire son arsenal nucléaire à travers les années, la représentante a pris acte de la frustration de certains États face à la lenteur des progrès concernant le désarmement nucléaire.

Toutefois, Mme Bebbington a mis en garde contre les raccourcis en matière de désarmement nucléaire, en particulier s’agissant des négociations pour un traité d’interdiction complète des armes nucléaires.  Ces négociations, a-t-elle estimé, ne permettront pas de réaliser les progrès escomptés.  Selon elle, seuls le multilatéralisme et une démarche progressive permettront d’instaurer la confiance nécessaire pour réaliser des avancées sur ce dossier.

La représentante a par ailleurs noté l’efficacité des zones exemptes d’armes nucléaires pour renforcer la sécurité internationale.  Tout en appelant à multiplier la création de ces zones, Mme Bebbington a vivement condamné les essais nucléaires et tirs de missiles balistiques effectués par la République populaire démocratique de Corée (RPDC).

Concernant les armes classiques, la représentante a rappelé l’engagement de son pays en faveur de leur non-prolifération.  Elle a ainsi plaidé en faveur de la ratification universelle de tous les instruments juridiques existant en matière de non-prolifération des armes classiques. 

La représentante a également appelé à ne pas sous-estimer la menace représentée par le commerce illicite et le détournement des armes légères et de petit calibre.

Mme Bebbington a enfin regretté que la Commission du désarmement de l’an dernier n’ait pas abouti à l’établissement d’un groupe de travail sur les mesures de transparence et de confiance relatives aux activités spatiales.  Elle a formulé l’espoir que la session de cette année puisse y parvenir.

M. TAREK AHMED MAHFOUZ AHMED MAHFOUZ (Égypte) a rappelé l’importance de cette session annuelle dans la perspective des négociations pour la conclusion d’un traité d’interdiction complète des armes nucléaires.  Il a par conséquent appelé les pays détenteurs d’armes nucléaires à faire preuve, durant cette session, de bonne volonté pour promouvoir la cause du désarmement nucléaire.

M. Mahfouz a en outre appelé à redoubler d’efforts pour créer des zones exemptes d’armes nucléaires et de toutes les armes de destruction massive, notamment au Moyen-Orient.  Malgré l’appui de la communauté internationale en faveur de la création d’une telle zone dans la région, le représentant a toutefois regretté l’absence de progrès en la matière. 

M. Mahfouz a par ailleurs insisté sur la nécessité de mettre fin à la prolifération et au détournement des armes légères et de petit calibre, appelant notamment à soumettre les exportateurs de ces armes à des inspections internationales. 

M. MARTIN ERIC SIPHO NGUNDZE (Afrique du Sud) a mis l’accent sur l’importance de la coopération multilatérale en jugeant particulièrement préoccupant le fait que la Commission du désarmement ne soit parvenue à des résultats tangibles depuis 1999. 

Par ailleurs, il a estimé que seul un texte juridiquement contraignant pourra nous préserver du danger nucléaire.  Dans ce contexte, il a salué le succès qu’a constitué la première phase de négociation d’un instrument interdisant les armes nucléaires qui a commencé le 27 mars.  Il a estimé que la vitalité et la pertinence du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) dépendaient de la façon avec laquelle les États parties s’acquittaient de leur engagement.

Très préoccupé par les conséquences du commerce illicite d’armes légères sur la stabilité des pays africains, le représentant de l’Afrique du Sud a appelé l’ONU à investir davantage dans la mise en œuvre du Programme d’action des Nations Unies sur les armes légères.  À cet égard, il a dit la pertinence du Traité sur le commerce des armes en tant que seul instrument international juridiquement contraignant en matière de lutte contre les armes légères.  

M. KOSUKE AMIYA (Japon) a mis l’accent sur les quatre objectifs que sont le renforcement de la transparence, l’entrée en vigueur rapide du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE), le début de négociations pour un traité interdisant la production de matières fissiles et, enfin, le développement de mesures de vérification du désarmement nucléaire. 

Le représentant du Japon a condamné dans les termes les plus forts la République populaire démocratique de Corée (RPDC) pour avoir conduit deux essais nucléaires en 2016 et lancé plus de 20 missiles balistiques, y compris des missiles mer-sol balistiques.  « En 2017, la RPDC a déjà lancé des missiles balistiques à trois reprises dont certains sont tombés dans la zone économique exclusive japonaise », s’est-il inquiété. 

Il a vivement exhorté la RPDC à respecter les résolutions du Conseil de sécurité en citant particulièrement les résolutions 2270 (2016) et 2321 (2016).  Rappelant que le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) était au cœur du régime de désarmement nucléaire, le représentant du Japon a souhaité que la Conférence d’examen du TNP de 2020 se traduise par un résultat concluant. 

À cet égard, il a expliqué que le Japon en tant que membre de l’Initiative sur la non-prolifération et le désarmement travaillait à renforcer la coopération avec les autres pays en matière de non-prolifération.  Par ailleurs, il a dit la volonté de son pays de travailler avec la société civile et les États Membres pour permettre la meilleure mise en œuvre du Traité sur le commerce des armes. 

Il a exhorté les États Membres à fournir des informations pertinentes et exhaustives pour répondre aux attentes du registre des armes classiques des Nations Unies.

Force est de constater, a déclaré M. AMAËL PILVEN (France), que les graves crises de prolifération n’ont pas manqué depuis la dernière session de la Commission du désarmement et qu’il y a ainsi urgence à élaborer des réponses concertées.

Le représentant s’est en effet inquiété du fait que la prolifération des armes biologiques, chimiques, nucléaires et de leurs vecteurs continuait de constituer un danger bien réel, notamment en République populaire démocratique de Corée (RPDC) et en Syrie. 

Le représentant a par ailleurs estimé que les armes conventionnelles continuaient de représenter un enjeu majeur de sécurité pour l’ensemble des régions du monde, qu’elles soient affectées ou non par des conflits. 

L’année écoulée, a-t-il observé, a prouvé que l’action internationale dans le domaine conventionnel devait désormais davantage intégrer le risque d’acquisition et d’utilisation d’armes conventionnelles par des groupes terroristes.

M. Pilven a par ailleurs insisté sur la menace que constituaient l’utilisation d’armes biologiques et le risque d’un détournement d’agents biologiques au profit d’un État ou de groupes terroristes.  Il a également noté qu’alors que les États se reposaient de manière croissante sur les applications spatiales, l’environnement spatial se détériorait de manière continue et faisait face aujourd’hui à de nombreux défis.

Face à tous ces défis, le représentant a estimé qu’il importait de rétablir et de préserver la cohérence et la dimension coopérative des efforts internationaux.  « Gardons-nous d’une polarisation des débats par des positions et des initiatives qui nous divisent », a déclaré le représentant.

Au contraire, a-t-il dit, nous devons préférer à cette « approche stérile » un « débat constructif », par le biais d’initiatives concrètes et réalistes qui permettraient d’avancer vers un désarmement général et complet.

Tout en rappelant l’engagement sans ambiguïté de son pays en faveur du désarmement nucléaire, le représentant s’est prononcé en faveur d’une approche réaliste et pragmatique étape par étape, sans remettre en cause la stabilité régionale et internationale, et conformément au principe de sécurité non diminuée pour tous.

Il a rappelé, en outre, que les États-Unis et la Fédération de Russie détenaient 90% du stock global d’armes nucléaires.  Le représentant a souligné que si les niveaux des autres arsenaux, notamment russes et américains, devaient un jour descendre à quelques centaines, la France en tirerait des conséquences.

Or, le représentant a estimé que le principe d’interdiction immédiate des armes nucléaires est incompatible avec cette approche pragmatique et progressive du désarmement nucléaire.  Il a estimé que les conditions ne sont pas réunies pour un traité d’interdiction.  Pour cette raison, a-t-il dit, la France ne participera pas aux négociations sur le traité d’interdiction des armes nucléaires, à l’instar d’autres partenaires.

Concernant les armes légères et de petit calibre, le représentant a appelé la communauté internationale à se mobiliser à la hauteur des enjeux que représente cette menace. 

S’agissant du domaine spatial, le représentant a déclaré que la France se félicitait de l’adoption par consensus au Comité des utilisations pacifiques de l’espace extra-atmosphérique (COPUOS), en juin dernier, d’un premier ensemble de 12 lignes directrices sur la viabilité à long terme des activités spatiales. 

« Les réponses apportées doivent être pragmatiques et doivent rechercher des bénéfices concrets et immédiatement mesurables », a-t-il dit, tout en se prononçant en faveur de l’adoption de mesures de confiance et de transparence, ainsi que de normes visant à orienter le comportement des acteurs dans l’espace.  Aussi, le représentant a espéré que cette session puisse donner lieu à l’inclusion d’un point sur le spatial à l’ordre du jour.

M. ABDOULAYE BARRO (Sénégal) a constaté les nombreux obstacles qui continuent de contrarier les attentes légitimes des États Membres en matière de dénucléarisation et de désarmement.  Il a par conséquent appelé à faire preuve d’une volonté politique accrue. 

Dans cette perspective, le représentant s’est prononcé en faveur d’une approche fondée sur le multilatéralisme, la seule, selon lui, capable d’instaurer la confiance nécessaire à la réalisation de progrès.

S’agissant des armes classiques, le représentant s’est félicité de la conclusion du Traité sur le commerce des armes et a appelé tous les pays ne l’ayant pas encore fait à signer et ratifier ce texte afin d’en faire un instrument universel.

Concernant le désarmement nucléaire, le représentant s’est dit favorable à l’éradication totale des activités nucléaires à vocation militaire et a appelé à tirer parti des échecs passés pour y parvenir.  M. Barro a ainsi appelé à renforcer le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) par son universalisation. 

Il a également insisté sur l’importance de l’entrée en vigueur du Traité sur l’interdiction complète des essais nucléaires (TICE).  « Les États nucléaires doivent toutefois s’entendre sur un programme irréversible et vérifiable », a-t-il dit, tout en appelant également à renforcer les zones exemptes d’armes nucléaires.

M. CLAUDIO GARRIDO MELO (Chili) a dit que son pays adhérait à la notion d’« indivisibilité du principe de sécurité internationale » en rappelant que le désarmement était l’affaire de tous les pays, petits ou grands.  Il s’est particulièrement inquiété des conséquences du recours à des armes nucléaires en citant la pertinence des conférences internationales sur les conséquences humanitaires du recours à ces armes. 

Il a salué le lancement, fin mars, d’une première série de négociations d’un instrument juridiquement contraignant et non discriminatoire pour protéger les États contre l’utilisation ou la menace de l’utilisation de cette arme. 

En outre, il a espéré que cette dernière année du cycle triennal de la Commission du désarmement sera l’occasion de faire émerger une approche pragmatique. 

M. MAIRO VIEIRA (Brésil) a regretté que 71 ans après la Seconde Guerre mondiale et la création des Nations Unies, le désarmement nucléaire restait une question non réglée à l’ordre d’un jour de la Commission du désarmement.  Il a appelé à lutter contre toute démarche encourageant la prolifération de ces armes en rappelant que leur existence était une menace pour l’humanité.

Le représentant du Brésil s’est inquiété de la modernisation en cours des armes nucléaires.  Il a dit l’importance des conférences internationales d’Oslo et de Vienne sur les conséquences humanitaires du recours à ces armes.  « Les armes nucléaires doivent être interdites et éliminées de façon transparente et vérifiable », a insisté le délégué avant d’appeler le Commission du désarmement à se concentrer sur trois aspects du désarmement nucléaire que sont la transparence, l’irréversibilité et la vérification.

Par ailleurs, s’agissant des risques d’armement de l’espace extra-atmosphérique, il a souhaité que l’inclusion d’un troisième point à l’ordre du jour de la Commission n’ait pas d’incidence négative sur les deux autres points.

M. JUAN CAMILO DÍAZ REINA (Colombie) a rappelé l’importance que revêt pour son pays la lutte contre les mines antipersonnel.  En la matière, il a rappelé que, suite à la guerre civile en Colombie, les activités de déminage ont donné lieu à de nombreux programmes de coopération entre son gouvernement et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

S’agissant de la lutte contre la prolifération et le détournement des armes légères et de petit calibre, le délégué colombien a insisté sur l’interdiction du transfert de ces armes à des acteurs non étatiques, tout en insistant sur le renforcement de la coopération institutionnelle et internationale.

Le délégué colombien a en outre appelé à redoubler d’efforts pour éliminer les armes à sous-munitions, « car elles sont inhumaines et contraires au droit international ».  Il a ainsi rappelé que son pays s’est engagé à supprimer ces armes dès 2009.

Par ailleurs, le représentant a rappelé l’engagement de la Colombie en faveur de la non-prolifération des armes de destruction massive.  Dans cette perspective, il a donné son appui aux négociations visant à aboutir à un traité d’interdiction totale des armes nucléaires.  La signature d’un tel traité, a-t-il insisté, n’est pas incompatible avec une approche multilatérale fondée sur le dialogue.

M. JASSER JIMÉNEZ (Nicaragua) a appelé la communauté internationale à avancer plus rapidement sur la voie du désarmement complet et total, s’agissant aussi bien des armes nucléaires que des armes classiques. 

Concernant les armes nucléaires, le représentant a réaffirmé le soutien de son pays au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et au Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE).  Il a toutefois appelé l’ensemble des États Membres à participer aux négociations sur un traité d’interdiction complète des armes nucléaires, dans la mesure où ce texte doit être de portée universelle. 

Le représentant a en outre appelé les États disposant de l’arme nucléaire à respecter leurs obligations découlant du TNP.  Tout en regrettant le non-respect de l’accord portant sur la création d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient, le représentant a appelé à prendre des mesures pour y parvenir. 

S’agissant des armes classiques, le délégué nicaraguayen s’est félicité du fait que l’Amérique latine et les Caraïbes soient désormais considérées, depuis 2014, comme une « zone de paix ».  Dans ce cadre, a-t-il rappelé, l’Amérique centrale est désormais exempte d’armes à sous-munitions et le Nicaragua de mines antipersonnel.

M. MOHAMED ALI ALHAKIM (Iraq) s’est inquiété de la prolifération des armes biologiques, chimiques, nucléaires et de leurs vecteurs, ainsi que du risque de leur utilisation par des États ou des groupes terroristes.  « Nous devons tout mettre en œuvre pour que ces armes ne tombent pas entre les mains de groupes terroristes ou autres groupes non étatiques », a-t-il insisté. 

Face à ce danger, il a estimé que la destruction totale des armes nucléaires était le seul moyen de s’assurer qu’elles ne soient jamais utilisées.  Il a dit la pertinence de la résolution 71/258 de l’Assemblée générale demandant l’établissement d’un instrument juridiquement contraignant interdisant les armes nucléaires. 

Il a exhorté la République populaire démocratique de Corée (RPDC) à cesser ses essais qui menacent la paix dans la région et sont contraires aux résolutions pertinentes des Nations Unies.

Le représentant de l’Iraq a appelé à l’établissement d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient avant de demander la tenue en 2018 d’une conférence internationale sur cette question.  Il a défendu le droit des pays de la région à recourir à l’énergie nucléaire à des fins pacifiques.  Il a dit l’urgence de redoubler d’efforts en matière de lutte contre la prolifération des armes classiques.      

Mme DELFINA JANE ALOYSIUS DRIS (Malaisie) a dit que le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) devait continuer à guider la vision commune en matière de désarmement nucléaire, alors que dans un mois les délégués se rendront à Vienne pour le premier comité préparatoire de la Conférence d’examen de 2020 du TNP. 

Elle s’est particulièrement inquiétée des conséquences de la prolifération des armes légères en jugeant que seules des législations nationales adéquates et strictes permettront de circonscrire ce phénomène.  

M. DURGA PRASAD BHATTARAI (Népal) a déploré l’accroissement des dépenses militaires, la multiplication des conflits et la montée du terrorisme et de l’extrémisme violent, qui constituent, selon lui, un retour en arrière par rapport aux deux décennies de paix inaugurées par la fin de la guerre froide.  Le représentant a souligné que ce nouvel ordre mondial était source de nombreuses difficultés pour les petits pays comme le sien, notamment s’agissant du désarmement. 

Pour réaliser des progrès en la matière, le représentant a appelé la communauté internationale à prendre les engagements nécessaires afin de renforcer la confiance entre États, la principale condition préalable au désarmement, selon lui.

Le délégué népalais a en outre réaffirmé son engagement en faveur du désarmement général et complet s’agissant des arsenaux nucléaires et de toutes les armes de destruction massive.  Pour y parvenir, il a de nouveau insisté sur la nécessité d’adopter des mesures de confiance, y compris l’échange d’informations et l’établissement de rapports.

M. MODEST JONATHAN MERO (République-Unie de Tanzanie) a déploré l’absence de résultats tangibles des travaux de la Commission du désarmement, qui, selon lui, n’est pas parvenue à soumettre une seule proposition de fond à l’Assemblée générale de l’ONU depuis sa création.

Sur le plan nucléaire, le représentant s’est prononcé en faveur de la création d’un instrument juridiquement contraignant visant à l’interdiction totale des armes nucléaires.  Il a en outre appelé les États Membres à tout faire pour empêcher les groupes terroristes d’acquérir des armes de destruction massive, y compris dans sa région.

Le délégué tanzanien a par ailleurs souligné le rôle primordial de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pour promouvoir l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire dans le monde. 

Le représentant s’est par ailleurs déclaré préoccupé par la course aux armements à laquelle se livrent certains États dans l’espace et a appelé à prendre des mesures pour y remédier. 

S’agissant des armes classiques, le délégué de la Tanzanie a insisté sur l’engagement de son pays pour lutter contre la non-prolifération et le détournement des armes légères et de petit calibre.

M. OMAR HILALE (Maroc) a rappelé que les armes nucléaires représentaient les seules armes de destruction massive à ne pas faire l’objet d’une interdiction dans un instrument juridiquement contraignant, en dépit de leurs conséquences humanitaires et environnementales catastrophiques. 

Dans ce contexte, il s’est félicité du fait qu’une forte majorité d’États a décidé, lors d’une conférence inédite, de lancer un processus pour interdire les armes nucléaires d’une manière globale et universelle.  Il a estimé que les zones exemptes d’armes nucléaires constituaient des objectifs majeurs au niveau régional.  « Il faut tout mettre en œuvre pour permettre la mise en œuvre des objectifs du Traité sur non-prolifération (TNP) », a-t-il insisté.

« Mon pays accorde une grande importance à l’échange d’informations et d’expériences, ainsi qu’au renforcement de la coopération internationale et régionale dans le domaine de la sécurité nucléaire contre le trafic illicite des matières biologiques, radioactives et nucléaires », a insisté le représentant du Maroc.  

M. KINGSLEY WEINOH (Nigéria) a jugé scandaleux le niveau des coûts de gestion et de modernisation des armes nucléaires eu égard aux moyens consacrés par ces mêmes pays à l’aide au développement.  Il a espéré que cette dernière année du cycle triennal de négociation de la Commission du désarmement permettrait d’arriver à des recommandations en matière de désarmement nucléaire et de désarmement en matière d’armes classiques.

Pas moins de « 47 ans après son entrée en vigueur, le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires(TNP) reste un succès partiel en ce qui concerne la non-prolifération des armes nucléaires », a-t-il dit.  Il s’est étonné du fait que les armes nucléaires représentent les seules armes de destruction massive à ne pas faire l’objet d’une interdiction dans un instrument juridiquement contraignant. 

Il a cité l’exemple du Traité de Pelindaba sur la zone exempte d’armes nucléaires en Afrique.  Soulignant les conséquences désastreuses de la prolifération des armes classiques sur la stabilité de nombreux pays africains, le représentant du Nigéria a salué les principes du Traité sur le commerce des armes avant d’appeler à son universalisation.     

Mme CLAUDIA YURIRIA GARCÍA GUIZA (Mexique) a réaffirmé l’engagement de son pays en faveur du désarmement nucléaire.  Conformément à cet engagement, elle a rappelé que le Mexique s’était porté coauteur de 10 résolutions adoptées l’an dernier sur cette question, y compris la résolution 71/258 qui a autorisé le mandat pour organiser la Conférence des Nations Unies pour la négociation d’un instrument juridiquement contraignant visant à interdire les armes nucléaires en vue de leur élimination complète.

Soulignant la relation organique existant entre paix et désarmement, la représentante du Mexique a par ailleurs contesté la vision selon laquelle les armes permettaient de préserver la paix.  S’agissant des armes classiques, elle a appelé à définir une stratégie pour contrecarrer leur prolifération au cours des prochaines années. 

Tout en se félicitant de l’entrée en vigueur du Traité sur le commerce des armes, la représentante a également appelé à renforcer les contrôles pour empêcher le détournement des armes légères et de petit calibre, ainsi que pour éradiquer les armes à sous-munitions.

S’agissant de la question du désarmement, M. RY TUY (Cambodge) a appelé à revitaliser les travaux de la Commission du désarmement, de la Conférence du désarmement et de l’Assemblée générale de l’ONU.  Il a notamment plaidé pour sortir la Commission du désarmement de l’impasse dans laquelle elle se trouve depuis le début du siècle, impasse qui l’a empêchée de formuler des propositions pertinentes sur les sujets dont elle est saisie.

Rappelant l’importance du désarmement et de la non-prolifération nucléaires pour le maintien de la paix dans le monde, le représentant a réaffirmé que le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) demeurait la pierre angulaire de l’architecture juridique internationale sur ces questions. 

Toutefois, dans la mesure où l’objectif est de parvenir à un monde exempt d’armes nucléaires, le représentant a estimé utile la conduite de négociations sur un traité d’interdiction complète des armes nucléaires.

M. OBAID KHAN NOORI (Afghanistan) a rappelé que son pays, partie au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et au Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE), était particulièrement inquiet des conséquences humanitaires et environnementales du recours aux armes nucléaires.  Face à ce danger, il a estimé que seule l’interdiction et la destruction totale de ces armes garantiront qu’elles ne seront jamais utilisées. 

Il a soutenu aussi le droit des pays à recourir à l’énergie nucléaire à des fins pacifiques dans le cadre du mécanisme de vérification de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Par ailleurs, le représentant de l’Afghanistan a regretté l’absence d’approche globale pour lutter contre la prolifération des engins explosifs improvisés et des restes explosifs de guerre.

Droits de réponse

Le représentant de l’Argentine a précisé, suite à l’intervention de la représentante du Royaume-Uni, que le seul endroit où il restait encore des mines antipersonnel dans son pays était les îles Falkland (Malvinas).  Il a revendiqué le droit souverain de l’Argentine sur ces îles conformément aux dispositions des résolutions adoptées chaque année par le Comité spécial de la décolonisation.   

Le représentant de la République arabe syrienne a estimé que les efforts de son pays pour débarrasser la Syrie et le Moyen-Orient des armes chimiques et d’autres armes de destruction massive ne cessaient de se heurter, « de façon ironique », à la volonté de certains pays, dont la France, de préserver l’arsenal chimique d’Israël.

Selon le délégué syrien, la France a été le premier pays à faciliter le transfert de la technologie nucléaire à Israël dans les années 1950.  Le représentant a par conséquent estimé que le délégué français n’était pas en position de formuler des accusations contre son pays.  Il a appelé la délégation française et les autres délégations de pays ayant concouru à l’obtention par Israël de l’arme atomique à réagir à son intervention.

Par ailleurs, le représentant a affirmé que la France avait utilisé des victimes humaines dans les années 1960 pour procéder à des essais nucléaires dans le Sahara.  Selon lui, la France aurait ligoté des Algériens à proximité de sites d’essais nucléaires dans le but d’étudier les effets de l’arme nucléaire sur des personnes vivantes.  « Voilà les crimes de la France, qui prétend défendre le droit international », a déclaré le représentant.

Il a également ajouté que la réalité contredisait les prétendus efforts de la France en matière de non-prolifération nucléaire.  Selon lui, la France aurait en effet accueilli des experts israéliens et coopéré avec eux en matière de connaissances nucléaires.  Le représentant a en outre accusé la France de continuer à fournir des informations et des armes, y compris toxiques, aux groupes terroristes en Syrie.

S’adressant aux délégués du Japon, du Royaume-Uni et de la France, le représentant de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) a déclaré que leurs accusations concernant les soi-disant provocations auxquelles se livrerait son pays en matière d’essais nucléaires étaient infondées.

Le représentant a ajouté que le Japon n’est pas habilité à critiquer la RPDC pour ces tests de missiles balistiques car il ne cesse d’augmenter ces dépenses en vue de renforcer son arsenal militaire. 

Selon le délégué de la RPDC, le Japon dépenserait plusieurs milliers de milliards de dollars de son budget à des fins militaires.  « Le Japon a pour ambition de devenir un géant militaire », a-t-il déclaré, tout en affirmant que le Japon est aujourd’hui capable, s’il le désire, de produire des armes nucléaires. 

Le représentant du Japon a dit que son pays était une nation pacifique en rappelant que les agissements de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) violaient de nombreuses résolutions des Nations Unies.  

Réagissant à la déclaration du Royaume-Uni, le représentant de l’Argentine a repris la parole pour réaffirmer le droit souverain de son pays sur les îles Falkland (Malvinas), les îles de Géorgie du Sud et Sandwich du Sud et les espaces maritimes environnants.

Le représentant de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) a repris la parole pour contester les observations du délégué japonais en notant que le Japon avait lancé un satellite espion à des fins militaires. 

La représentante du Royaume-Uni a repris la parole pour déclarer que le principe d’autodétermination ne s’appliquait pas aux îles Falkland (Malvinas) et aux îles de Géorgie du Sud et Sandwich du Sud.  Elle a rappelé que plus de 90% de la population des îles Falkland (Malvinas) s’était exprimée en faveur de son maintien au sein du Royaume-Uni lors d’un référendum en 1993.

Le représentant du Japon a déclaré que les allégations de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) concernant la militarisation de son pays étaient infondées.  Il a ajouté que les activités du Japon dans le domaine spatial respectaient les traités en vigueur et le pacifisme de la constitution japonaise. 

Selon le délégué, il est inacceptable de comparer le Japon à la RPDC, un pays qui, selon lui, n’a de cesse de violer les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité de l’ONU en procédant à des tirs de missiles balistiques.

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