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ENV/DEV/1784
4 mai 2017
Douzième session, 8e & 9e séances – matin & après-midi

Le Forum des Nations Unies sur les forêts examine les moyens de parvenir à une gestion durable des forêts

« Pourquoi est-t-il si difficile pour les gouvernements de trouver des financements pour la protection des forêts? »  Cette question du délégué du Bhoutan révèle ce qui a été au cœur de la discussion sur les « moyens de mise en œuvre d’une gestion durable des forêts », lors de la table ronde du Forum des Nations Unies sur les forêts (FNUF) tenue dans l’après-midi, alors que la matinée a été consacrée, entre autres, aux discussions sur la contribution du FNUF aux travaux du Forum politique de haut niveau sur le développement durable en 2018.

Malgré la disponibilité de fonds pour protéger les forêts et leurs ressources, notamment grâce à la Fondation Ford et le Réseau mondial de facilitation du financement forestier, plusieurs voix se sont fait entendre pour demander que ces fonds bénéficient davantage aux pays en développement.

Le Directeur du Secrétariat du FNUF a décelé un problème d’information sur les fonds disponibles, notant que celle-ci n’est pas toujours bien partagée entre les gouvernements.  Mais surtout, pendant que les pays en développement attendent de disposer de fonds prévisibles et adéquats, des flots d’investissements sont orientés au contraire vers une exploitation non durable des forêts.  Cela s’explique par le fait que le secteur privé est essentiellement mû par une recherche effrénée de profit maximal, a relevé le Directeur de programme au Fonds pour l’environnement mondial (FEM).

Ce secteur dépense chaque année des milliards de dollars pour exploiter les ressources forestières mondiales, a expliqué le Président de STCP Engenharia de Projetos Limitida.  Ce sont des investisseurs institutionnels, tels que des compagnies d’assurance, des fonds d’investissements, des fonds de pension et de larges fortunes privées, qui cherchent à maximiser leurs profits sur une période d’à peine 15 ans, sans tenir compte de la préservation des forêts.

Le Responsable du Programme sur les forêts (PROFOR) à la Banque mondiale a confirmé que les investissements n’affluent pas toujours en faveur de la préservation des forêts.  Il a prévenu en outre qu’il devient difficile de convaincre les gouvernements d’investir dans la gestion durable des forêts quand des fonds peuvent davantage être générés par l’extraction minière.  À son niveau, la Banque mondiale investit environ 600 millions de dollars par an pour les forêts, bien loin des 50 milliards de dollars annuels nécessaires pour la gestion durable des forêts à travers le monde.

De son côté, le Fonds pour l’environnement mondial (FEM), créé en 1991, a déjà pu investir dans 411 projets forestiers depuis sa mise en place, soit un montant de 2,7 milliards de dollars en fonds propres, et 13,8 milliards en investissements conjoints avec d’autres partenaires.   

Aussi important que soit le problème de l’insuffisance des fonds consacrés à la gestion durable des forêts, d’autres obstacles majeurs à cet objectif ont été signalés, notamment par la représentante de la Fondation Ford qui a cité l’incertitude sur la propriété foncière et le risque de conflit entre divers acteurs du domaine forestier.

D’autres voies ont été explorées pour faciliter la bonne gestion des forêts.  Ainsi, le délégué de la Malaisie a réclamé le transfert de technologies, tandis que son homologue de l’Union européenne a insisté sur la transparence et la bonne gouvernance pour garantir une bonne gestion des forêts.

Ce matin, le Forum sur les forêts a débattu de sa contribution au Forum politique de haut niveau sur le développement durable de 2018, dont le thème sera « Transformer nos sociétés pour les rendre viables et résilientes ».

Le Sous-Secrétaire général à la coordination des politiques et aux affaires interorganisations du Département des affaires économiques et sociales (DAES), M. Thomas Gass, a indiqué que cette contribution sera particulièrement importante, compte tenu de l’examen approfondi de l’objectif 15 du Programme de développement durable à l’horizon 2030, lequel porte sur la préservation et la restauration des écosystèmes terrestres.

Lors de la discussion qui a suivi, une vingtaine de délégations ont présenté leurs initiatives célébrant la Journée internationale des forêts qui a lieu chaque année le 21 mars.

Le Forum des Nations Unies sur les forêts achèvera ses travaux demain, vendredi 5 mai.

MISE EN ŒUVRE DU PLAN STRATÉGIQUE DES NATIONS UNIES SUR LES FORÊTS (2017-2030) (E/CN.18/2017/2)

Préparatifs en vue de la contribution provisoire au Forum politique de haut niveau pour le développement durable de 2018, notamment une contribution majeure à son orientation thématique et aux activités menées entre les sessions

M. THOMAS GASS, Sous-Secrétaire général à la coordination des politiques et aux affaires interorganisations du Département des affaires économiques et sociales, a indiqué que la contribution du Forum sur les forêts au Forum politique de haut niveau pour le développement durable de 2018 sera particulièrement importante compte tenu de l’examen approfondi de l’objectif 15 du Programme de développement durable à l’horizon 2030, qui accorde une place prépondérante aux forêts, et des objectifs 6 et 7, également en rapport avec les forêts.  Le thème du Forum de 2018 sera « Transformer nos sociétés pour les rendre viables et résilientes ».

Le Plan stratégique des Nations Unies sur les forêts a franchi une étape décisive en faisant du Forum sur les forêts un pilier du Programme de développement durable à l’horizon 2030, s’est félicité M. Gass. 

Le Forum politique de haut niveau n’a pas pour objectif de centraliser les données, a-t-il relevé en expliquant qu’il cherche à intégrer les questions importantes dans une approche fondée sur la complémentarité et à faire échanger la société civile et les experts sur des aspects importants liés au Programme 2030.

Il faut faire en sorte, a insisté M. Gass, que toutes les contributions et tous les bénéfices liés aux forêts soient pris en considération dans l’examen des progrès accomplis sur la voie du Programme 2030.  Le Forum politique pourrait ainsi envisager d’inviter les États Membres et les autres parties prenantes à présenter leurs vues sur la question, pendant la période intersessions et avant la tenue du Forum politique de haut niveau.  Il serait utile de parler du lien entre la foresterie et les autres objectifs de développement durable, a suggéré M. Gass.

Il faut bien tenir compte de l’importance des forêts dans tous les débats, a résumé le Président du Forum sur les forêts, M. PETER BESSEAU.  Reprenant l’expression du Secrétaire général, il a parlé du Programme 2030 comme d’une « déclaration d’interdépendance ».  Réfléchissons tous ensemble à la façon d’inscrire toutes les questions soulevées dans la treizième session du Forum sur les forêts, a-t-il enjoint, en ouvrant le débat avec les délégations.

Répondant à l’Iran qui s’est intéressé aux commentaires que recueille le Forum politique de haut niveau, le Sous-Secrétaire général à la coordination des politiques et aux affaires interorganisations a précisé que les organes fonctionnels de l’ECOSOC sont invités chaque année à lui présenter leurs positions.  Toutes les contributions, y compris celles des pays, sont répertoriées sur une plateforme en ligne, a-t-il précisé.  « Je ne pense pas qu’il faille s’attendre à une analyse détaillée des contributions du Forum sur les forêts, toutefois, s’il y avait des questions brûlantes, les États Membres pourraient les insérer dans la déclaration intergouvernementale qui sera l’aboutissement du Forum politique de haut niveau », a-t-il ajouté.

Alors que la Suisse voulait savoir comment les recommandations seront prises en compte après le Forum politique de haut niveau, M. Gass a expliqué qu’il serait difficile au Forum de parvenir immédiatement à des conclusions satisfaisantes autour de plusieurs objectifs et d’une thématique globale.  « Veuillez faire preuve de patience », a-t-il demandé. 

L’Union internationale des instituts de recherches forestières (IUFRO), qui publiera une évaluation sur les forêts et l’eau à l’occasion du Forum politique de haut niveau en 2018, a suggéré qu’il y ait suffisamment d’espace pour les discussions scientifiques.

Les délégations de l’Union européenne et de la Nouvelle-Zélande se sont félicitées de l’idée de tenir une conférence internationale des partenariats en 2018 sur l’objectif 15 du Programme 2030 et sur la cible 1 de l’objectif 1 du Plan stratégique sur les forêts, c’est-à-dire sur la gestion durable des forêts.  L’Union européenne a proposé d’aborder également l’objectif 3 du Plan, qui vise à augmenter la superficie des forêts protégées et des forêts gérées de façon durable.  Il a aussi suggéré de soulever toute autre question émergente et de relever toute lacune, en tenant compte des thèmes transversaux, comme l’égalité des sexes. 

Au nom du Groupe des États d’Afrique, le Nigéria a mis l’accent sur la contribution des forêts à l’élimination de la pauvreté et à la sécurité alimentaire.  À ce sujet, le représentant de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a rappelé qu’une note de réflexion avait été transmise à tous les membres du Forum pour cette session.

Par ailleurs, l’Allemagne s’est inquiétée de la pression exercée sur les forêts par tous les éléments extérieurs, comme les pratiques non viables.  Pour la Malaisie, c’est l’abattage illégal des arbres qui est préoccupant, ainsi que la protection de l’eau, notamment des bassins versants, et l’assainissement. 

De leur côté, les représentants du Bhoutan et de la Suisse ont annoncé faire partie des pays qui ont prévu un examen volontaire national d’ici peu.

La délégation de la Chine a été d’avis que le Plan stratégique sur les forêts est une feuille de route qui devrait orienter les contributions des États vers la mise en œuvre du Programme 2030 et de l’Accord de Paris sur les changements climatiques.  Son représentant a notamment proposé de recenser les lacunes des mesures relatives à la gestion durable des forêts, notamment en matière de ressources financières et de renforcement des capacités. Il a encouragé les États Membres à annoncer des contributions volontaires à l’avenir.

Le Sous-Secrétaire général à la coordination des politiques et aux affaires interorganisations a fait remarquer que l’annonce de contributions nationales volontaires était un outil très puissant pour le Plan stratégique.  Il a par ailleurs averti que le Forum sur les forêts ne devait pas être perçu uniquement sous le prisme de sa contribution au Forum politique de haut niveau.  « N’attentez pas celui-ci pour agir », a-t-il conseillé en invitant les spécialistes des forêts à parler dans toutes les instances pertinentes.  « Le Programme 2030 était l’élément manquant dans le puzzle de la mondialisation », a conclu le Sous-Secrétaire général. 

RENFORCEMENT DE LA COOPÉRATION, DE LA COORDINATION ET DE LA PARTICIPATION AU TITRE DES QUESTIONS RELATIVES AUX FORÊTS (E/CN.18/2017/5)

Présentation du rapport

M. MANOEL SOBRAL-FILHO, Directeur du Secrétariat du Forum des Nations Unies sur les forêts, a présenté le rapport du Secrétaire général sur le renforcement de la coopération, de la coordination et de la participation au titre des questions relatives aux forêts (E/CN.18/2017/5).  Ce rapport propose une vue d’ensemble des activités intersessions menées dans ce domaine depuis la tenue de la onzième session du Forum.

L’accent y est particulièrement mis sur les activités que mènent, à l’intérieur du système des Nations Unies, le Partenariat de collaboration sur les forêts et ses organisations membres, les partenaires régionaux et sous-régionaux, les grands groupes et les autres parties prenantes, ainsi que sur les activités de communication et de sensibilisation.  Par ailleurs, le rapport insiste sur la participation renforcée des partenaires et des parties prenantes concernés, comme cela est souligné dans la résolution 2015/33 du Conseil économique et social, le Plan stratégique des Nations Unies sur les forêts (2017-2030) et le programme de travail quadriennal du Forum pour la période 2017-2020.  En outre, il comporte des propositions de directives révisées pour la mise en œuvre d’initiatives parrainées par les pays et d’autres initiatives analogues élaborées pour appuyer le Forum.

Discussion sur les directives révisées concernant les initiatives nationales et sur les activités célébrant la Journée internationale des forêts de 2016

Les délégations ont apporté divers témoignages sur leurs activités de promotion des objectifs relatifs aux forêts, en commençant par parler de la Journée internationale des forêts, célébrée chaque année le 21 mars.  Ainsi, la Colombie a souhaité que l’invitation à célébrer la Journée soit lancée plus tôt par l’ONU.  Le Mexique, qui a à son actif une série d’activités afin de mieux faire connaître l’importance des forêts dans diverses enceintes, a également demandé au Partenariat de collaboration sur les forêts de s’entendre très à l’avance sur les thématiques de ces journées.

Le Chili s’est pour sa part félicité des thématiques prévues pour les prochaines célébrations, alors qu’il vient de célébrer la Journée en 2017 avec la participation d’un grand nombre d’écoliers.  C’est dans cet esprit que le Grand groupe des enfants et des jeunes a salué le thème « forêts et éducation » retenu pour 2019.  Pour sa part, l’Équateur va institutionnaliser la célébration de cette journée avec les milieux académiques et les organisations intergouvernementales.

Pour ce qui est de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, elle dispose depuis 2012 d’un comité qui planifie les initiatives de commémoration de la Journée.  Quant à l’Ukraine, elle a choisi cette journée pour lancer une campagne annuelle sur les forêts qui comprend notamment des ateliers de formation et la plantation d’arbres.  Une campagne de plantation d’arbres est aussi organisée en Chine, chaque année, avec un grand nombre de participants et notamment des diplomates.  C’est dans ce même esprit que la Malaisie encourage la participation de hauts responsables politiques à des activités de sensibilisation sur les forêts.  

À Sri Lanka, le pays a saisi l’occasion de la Journée internationale des forêts de 2017 pour organiser une manifestation sur la bioénergie forestière, en coopération avec le Programme des Nations Unies sur la réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts et sur le rôle de la conservation, de la gestion durable des forêts et de l’augmentation des stocks de carbone forestier dans les pays en développement (REDD-plus).

Du côté de l’Afrique, le Nigéria a sensibilisé divers secteurs du Gouvernement à l’existence même du Forum sur les forêts, tandis qu’une nouvelle loi sur les forêts vient d’entrer en vigueur au Kenya.  Quant au Ghana, il célèbre la Journée internationale des forêts pendant les cinq mois qui correspondent à la saison des pluies.

Cette année, la célébration de la Journée internationale des forêts a coïncidé au Maroc avec la tenue de la cinquième Semaine forestière méditerranéenne à Agadir qui a réuni plus de 300 participants.

De son côté, le Bélarus a lancé une série d’initiatives, dont « la semaine des forêts » à laquelle ont participé 100 000 personnes.  Avec l’aide du secteur privé et de bénévoles, la restauration des 15 000 hectares de forêts détruits par les ouragans l’année dernière est en cours.

La Slovaquie, quant à elle, est très active au sein de Forestry Europe, une plateforme politique européenne de haut niveau.  L’Union européenne souhaite d’ailleurs une stratégie de communication efficace qui permette d’accroître la visibilité, l’impact et la pertinence politique du Plan stratégique, à travers un meilleur accès aux informations pertinentes.

Dans la même veine, les États-Unis sont soucieux d’accroître la visibilité des questions forestières au sein du pays.  Ils ont donc appuyé les directives élaborées aux fins de la rationalisation des contributions d’initiatives de pays.  Pareil pour le Canada, qui a appuyé des initiatives de communication « tout au long de l’année » et proposé de concevoir des outils en ligne pour solliciter l’avis des États Membres à tout moment.

Le Forum sur les forêts a une base solide pour travailler à sa stratégie de communication, a reconnu l’Australie en proposant de « raconter une histoire positive sur les forêts » pour toucher plus directement le public.  À cet effet, le Japon a encouragé les États à utiliser le site Internet du Forum des Nations Unies sur les forêts comme plateforme de communication liée à la Journée internationale.

Le délégué de la communauté scientifique et technique au nom des grands groupes, a rappelé que la communauté scientifique investit beaucoup dans le secteur des forêts.  De même pour le secteur économique: les stratégies de l’Organisation de coopération économique (ECO) vont être alignées sur les objectifs du Plan stratégique afin de promouvoir et restaurer l’utilisation durable des écosystèmes, et d’empêcher la dégradation des sols.

Le Forum donne déjà une grande marge de manœuvre aux États en matière de coopération, a estimé la Suisse en remettant en question la création de nouveaux mécanismes, comme cela a été proposé par la réunion d’experts qui s’est tenue à Téhéran en septembre dernier.  Il n’est pas nécessaire d’avoir un groupe consultatif des parties prenantes, car les grands groupes se réunissent déjà, a renchéri la Coalition Global Forests.  Mais le Forum forestier africain a quand même prié les membres du Partenariat de collaboration sur les forêts de mieux coordonner leurs activités aux niveaux régional et sous-régional. 

MOYENS DE MISE EN ŒUVRE (E/CN.18/2017/4)

Présentation du rapport

Présentée par M. MANOEL SOBRAL-FILHO, Directeur du Secrétariat du Forum des Nations Unies sur les forêts (FNUF), la note du Secrétariat sur les moyens de mise en œuvre de la gestion forestière durable (E/CN.18/2017/4) relève que le programme de travail quadriennal du Forum des Nations Unies sur les forêts (FNUF) pour la période 2017-2020 recense, de la douzième à la quinzième session du Forum, les mesures à prendre en priorité pour mettre en œuvre la gestion forestière durable.

La note contient une brève description du processus de facilitation et de la façon dont celui-ci a été renforcé pour devenir le Réseau mondial de facilitation du financement forestier, lequel constitue l’une des six composantes de l’arrangement international sur les forêts.

La note traite également des principaux faits nouveaux intervenus depuis la onzième session du Forum en ce qui concerne les moyens de mise en œuvre, notamment l’adoption du Programme d’action d’Addis-Abeba, celle du Programme de développement durable à l’horizon 2030, la tenue de la vingt et unième session de la Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, la sixième reconstitution des ressources du Fonds pour l’environnement mondial et le lancement des activités du Fonds vert pour le climat.

En outre, dans la note, sont exposés les progrès accomplis par le Réseau mondial de facilitation du financement forestier en termes d’activités et de fonctionnement, ainsi que le rôle qu’il joue pour mobiliser les ressources financières, techniques et scientifiques requises pour la mise en œuvre de la gestion forestière durable, veiller à ce qu’il en soit fait le meilleur usage et faire en sorte qu’elles soient d’un accès plus facile.

Table ronde sur les moyens de mise en œuvre d’une gestion durable des forêts

Mme PENNY DAVIES, chargée du programme du développement équitable à la Fondation Ford, a expliqué que cette fondation, créée dans les années 1950 aux États-Unis, fait partie d’une alliance sur le climat et la gestion des terres.  Composée de six fondations, elle investit près de 400 millions de dollars par an, auxquels va s’ajouter un milliard de dollars pour contribuer à la justice environnementale.

Mme Davies a précisé investir dans des régions rurales où les ressources forestières sont mises à mal par l’agriculture industrielle, l’activité minière et l’abatage illégal des arbres.  Elle a rappelé qu’au cours des dernières années, la moitié des défenseurs de l’environnement et des terres qui ont été tués étaient issus de peuples autochtones. 

La Fondation Ford investit en priorité en faveur d’une agriculture qui préserve les forêts, et ensuite en faveur de la gestion communautaire des forêts.  Mais la Fondation rencontre trois obstacles majeurs que sont l’incertitude sur la propriété foncière, le risque de conflit entre divers acteurs du domaine forestier, et l’insuffisance des fonds consacrés à la gestion durable des forêts, notamment face aux flots d’investissements orientés au contraire vers une exploitation non durable des forêts.

Les investissements n’affluent pas toujours en faveur de la préservation des forêts, a reconnu M. WERNER KORNEX, Responsable du Programme sur les forêts (PROFOR) à la Banque mondiale, expliquant que cela est dû à la concurrence d’utilisation des sols, notamment de la part de l’industrie minière.  Dans ce contexte, les ministères des finances, a-t-il relevé, doivent faire les choix les plus rentables pour le bien des nations.  Il est de ce fait difficile de convaincre les autorités d’investir dans la gestion durable des forêts quand des fonds peuvent davantage être générés par l’extraction minière.  Il a ajouté que la Banque mondiale investit environ 600 millions de dollars par an pour les forêts, bien loin des 50 milliards de dollars annuels nécessaires pour la gestion durable des forêts à travers le monde.

M. Kornex a suggéré que la protection des forêts, au niveau national, soit désormais faite de manière transversale, en impliquant plusieurs ministères.  De même, au niveau international, il a appelé à un travail plus coordonné entre les gouvernements, les Nations Unies et les bailleurs de fonds.  Il a insisté sur l’utilisation d’instruments financiers appropriés pour préserver les forêts, invitant également au regroupement des financements dans une architecture cohérente.

En outre, il a plaidé pour une meilleure gouvernance environnementale, tout en reconnaissant que la question de la gestion des forêts est « beaucoup trop complexe ».  En même temps, a-t-il observé, les plus grands succès peuvent parfois venir de l’implication de petits exploitants forestiers, notamment de collectivités locales et de populations autochtones.

Apportant le point de vue du secteur privé, M. IVAN TOMASELLI, Président de STCP Engenharia de Projetos Limitida, une entreprise privée brésilienne, a indiqué que c’est surtout le bois qui intéresse le secteur privé, même si certains produits non ligneux tels que le rotin et les noix sont des sources d’intérêts secondaires.  « On a besoin de 55 à 70 milliards de dollars par an pour la gestion des forêts de production, et entre 70 et 90 milliards de dollars pour la gestion durable de forêts naturelles. »  Il a ainsi calculé qu’il fallait environ 150 milliards de dollars par an, à l’échelle internationale, pour exploiter les ressources forestières mondiales, ainsi que des capacités techniques idoines.

« Qui va donc investir dans la forêt? »  Soulignant que cela intéresse des investisseurs tant publics que privés, aussi bien nationaux qu’étrangers, il a expliqué que les décisions d’investissement se font le plus souvent en tenant compte de la capacité à générer un maximum de revenus, au détriment de l’objectif de gestion durable des forêts.  Les investisseurs institutionnels -compagnies d’assurance, fonds d’investissements, fonds de pension, larges fortunes privées- ont désormais la main mise sur le secteur, au grand dam de l’industrie traditionnelle du bois et de la préservation des ressources, a-t-il observé.  Il a regretté que ces investisseurs cherchent à maximiser leurs profits sur une période d’à peine 15 ans, sans tenir compte de la préservation des forêts. 

Ce n’est pas le cas cependant du Fonds pour l’environnement mondial (FEM), dont le Directeur de programme, M. GUSTAVO FONSECA, a expliqué que le FEM a déjà pu investir dans 411 projets forestiers depuis sa mise en place en 1991, soit un montant de 2,7 milliards de dollars en fonds propres, et 13,8 milliards en investissements conjoints avec d’autres partenaires.  Le sixième cycle d’investissement du FEM, de 2014 à 2018, a permis de se focaliser sur les cultures permettant de préserver les forêts, telles que celle du soja.  Les fonds de ce sixième cycle peuvent être déboursés sous forme de prêts à des privés ou à des administrations publiques.  Le prochain cycle d’investissement du FEM, qui couvrira la période allant de 2018 à 2022,  mettra en outre l’accent sur les populations autochtones.

« Pourquoi est-il si difficile pour nos gouvernements de trouver des financements pour la protection de nos forêts? »  Cette question du délégué du Bhoutan a lancé le débat sur les moyens de gérer les forêts de manière durable.

La Fondation Ford, a expliqué sa représentante, alloue des fonds directement aux collectivités locales et aux groupes d’initiatives communes.  Mais le sérieux des collectivités est pris en compte pour leur allouer des fonds.  Elle a expliqué que sa fondation, qui accorde parfois des prêts sans intérêts sur 10 ans, entend bien se faire rembourser à échéance.

Du côté du Réseau mondial de facilitation du financement forestier, le représentant du Nigéria a souhaité qu’on le dote de financements adéquats et prévisibles.  Si des fonds sont disponibles dans le cadre de ce réseau mondial, l’information n’est cependant pas toujours bien partagée entre les gouvernements, a noté le Directeur du Secrétariat du FNUF.

La représentante des États-Unis a abondé dans le même sens en signalant que des fonds sont disponibles dans le cadre du « Programme des Nations Unies sur la réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts et sur le rôle de la conservation, de la gestion durable des forêts et de l’augmentation des stocks de carbone forestier dans les pays en développement », connu sous le nom « REDD-plus ».

« Nous avons bénéficié de ces fonds pour renforcer les capacités de nos fonctionnaires en charge des forêts », a témoigné le délégué du Cameroun, expliquant que, grâce à des formations, son gouvernement maîtrisait maintenant la technique de montage de projet pour mobiliser d’autres fonds par le biais de divers processus internationaux.

En plus de l’argent, il ne faut pas oublier que la transparence et la bonne gouvernance sont également essentielles pour une gestion durable des forêts, a réagi la déléguée de l’Union européenne.

Le représentant de la Chine a annoncé qu’une formation destinée aux pays en développement sur la gestion durable des forêts serait organisée en Chine en juillet prochain.  En plus de ce genre d’initiative, les pays en développement ont également besoin de transferts technologiques, a plaidé le délégué de la Malaisie.  Justement, le représentant de la communauté scientifique et technologique a appelé à promouvoir la recherche dans le contexte de la gestion forestière.

Le Directeur de programme au Fonds pour l’environnement mondial (FEM), qui animait la table ronde, a conclu le débat en plaidant pour que davantage de fonds soient consacrés à la gestion des forêts, « et pas seulement des fonds privés qui sont mus par une recherche effrénée de gains ».

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