Deuxième Commission: le renforcement des partenariats mondiaux est l’une des clefs pour atteindre les objectifs de développement durable

AG/EF/3505
23 octobre 2018
Soixante-treizième session, 21e séance – matin

Deuxième Commission: le renforcement des partenariats mondiaux est l’une des clefs pour atteindre les objectifs de développement durable

Les partenariats public-privé, sur le plan national ou international, sont la clef du succès du Programme de développement durable à l’horizon 2030, ont convenu les délégations de la Deuxième Commission (questions économiques et financières) ce matin, en apportant des précisions sur leur potentiel et sur les conditions qu’ils doivent remplir.  Partant du principe que le développement durable ne peut être mis en œuvre au prix des seuls efforts des gouvernements et de l’ONU, les délégations ont appelé à utiliser l’objectif 17 du Programme, intitulé « Partenariats pour la réalisation des objectifs », pour encourager de tels partenariats.

Les organismes du système des Nations Unies favorisent de plus en plus les formes de partenariat permettant une collaboration plus poussée et plus stratégique et privilégiant l’innovation, l’adaptabilité et l’efficacité, indique le Secrétaire général dans son rapport sur la question.  Pour accélérer cette évolution positive et l’inscrire dans la durée, il faut se tourner encore davantage vers des partenariats qui mobilisent plus efficacement les ressources et les compétences du secteur privé.

Reconnaissant le rôle actif de l’ONU comme bâtisseur de ponts entre les gouvernements et les autres acteurs du développement, la République de Corée a fait remarquer que le secteur privé aligne de plus en plus ses intérêts sur les exigences du développement durable et que des initiatives multipartites émergent.  L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) a d’ailleurs salué le fait que 3 834 partenariats avaient déjà été enregistrés en juin dernier et a espéré qu’ils permettront des synergies.  Les partenariats avec les entreprises du secteur privé, la société civile, le monde universitaire et scientifique sont importants pour compléter les efforts des gouvernements, ont reconnu nombre de délégations.

Plusieurs intervenants ont toutefois recommandé de veiller à la transparence, à la cohérence, à l’appropriation et au contrôle intergouvernemental.  La hausse des partenariats dans la plupart des organismes des Nations Unies doit s’accompagner, selon le Brésil, d’efforts équivalents pour l’adoption de mécanismes concrets de gouvernance et de politique de gestion des risques.  L’ONU doit également pratiquer une « diligence suffisante » (« due diligence ») afin d’éviter de s’engager avec des entreprises qui ont des antécédents douteux en termes de respect des droits de l’homme, de normes du travail et environnementales et de promotion de l’égalité entre les sexes. 

La République de Corée a appelé à créer davantage de plateformes de partenariats multipartites et à développer les efforts collectifs pour tirer parti des initiatives existantes au sein du système des Nations Unies, comme le Bureau des Nations Unies pour les partenariats (BNUP), le Pacte mondial et ses relais régionaux, et l’initiative Impact universitaire de l’ONU.  Le Pacte mondial entend amener les entreprises à adopter des politiques et des actions durables et socialement responsables, a précisé la Thaïlande.

La réforme du système des Nations Unies pour le développement arrive d’ailleurs à point nommé pour s’adapter au contexte du Programme 2030 et renforcer les partenariats multipartites en vue de favoriser la réalisation des objectifs de développement durable, en particulier dans les pays en développement, a fait observer le Togo.  Pour sa part, l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS) a rappelé que le document final de la troisième Conférence internationale sur les petits États insulaires en développement -les Orientations de Samoa- adopté en 2014, met fortement l’accent sur les partenariats « authentiques et durables ».  Rappelons qu’à l’occasion de cette conférence, 75 nouveaux partenariats avaient été enregistrés.

En ce qui concerne les activités opérationnelles de développement, sur lesquelles les délégations avaient commencé à se pencher hier, le Ghana a souligné combien elles sont « précieuses pour soutenir les efforts nationaux de développement ».  Même son de cloche du côté de l’Éthiopie, pour qui la réforme du système des Nations Unies pour le développement n’est pas un choix mais une nécessité pour les pays en développement, qui ont besoin d’appui pour la mise en œuvre du Programme 2030.  Dans cette lignée, les intervenants ont espéré que le nouveau système des coordonnateurs résidents tiendra compte des besoins particuliers et des priorités des pays en développement.  Pour ce qui est des équipes pays, le Pakistan a demandé de veiller à l’équilibre géographique dans leur composition et à les doter de ressources suffisantes.  Le nouveau système doit être indépendant, impartial et transparent, a résumé l’Iran, à l’instar de nombreuses délégations, qui ont également plaidé pour un financement prévisible et durable, en évitant toute fragmentation des ressources.

Enfin, comme dans les débats d’hier, la coopération Sud-Sud a été plébiscitée.  La République dominicaine a souligné sa capacité d’apporter des approches novatrices fondées sur des expériences positives dans la mise en œuvre des politiques de développement, sans pour autant se substituer à la coopération Nord-Sud.  La coopération triangulaire a également tout son intérêt, a fait valoir la Guinée, car elle permet, par l’intermédiaire des organismes du système des Nations Unies, un transfert des compétences entre les pays du Sud qui contribue efficacement à l’amélioration des conditions de vie des populations bénéficiaires.  Régionalement, a relevé le Maroc, la coopération Sud-Sud doit se placer dans la perspective d’une Afrique nouvelle, et se concentrer sur l’agriculture, le transfert des technologies, les partenariats public-privé et l’éducation supérieure.  Beaucoup de pays misent sur la Conférence de haut niveau prévue en mars prochain à Buenos Aires, qui sera l’occasion de faire le bilan des progrès depuis l’adoption du Plan d’action de Buenos Aires il y a 40 ans.

Demain, à partir de 10 heures, la Deuxième Commission se penchera sur la question de la souveraineté permanente du peuple palestinien dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et de la population arabe dans le Golan syrien occupé sur leurs ressources naturelles.

ACTIVITÉS OPÉRATIONNELLES DE DÉVELOPPEMENT

Suite du débat général

Mme MALEEHA LODHI (Pakistan) a souligné que le rôle des Nations Unies reste essentiel pour mettre en œuvre les objectifs de développement durable.  L’examen récent de la mise en œuvre de la résolution de l’ECOSOC préconise des mesures tangibles pour renforcer les liens entre fonctions politiques et opérationnelles, a dit Mme Lodhi, en précisant que le Pakistan attend la mise en œuvre de toutes les mesures de réforme.  La représentante a mis en avant ses préoccupations particulières: le système des Nations Unies pour le développement doit continuer à mettre l’accent sur le développement mais il n’y a pas de solution unique; et les coordonnateurs résidents doivent donner une orientation qui inclue tout le monde et soit adaptée aux besoins de chaque pays. 

L’équilibre géographique doit aussi être respecté dans la composition des équipes, a-t-elle ajouté, souhaitant également que les équipes pays bénéficient de ressources suffisantes.  Les États Membres doivent continuer d’être consultés et de participer activement à la mise en œuvre des réformes.  Quant à la coopération Sud-Sud, Mme Lodhi a estimé qu’elle devient de plus en plus essentielle pour renforcer les capacités des pays en développement, mais souligné qu’elle complète la coopération Nord-Sud et ne saurait la remplacer.  Le Pakistan est très impliqué dans la coopération Sud-Sud et le couloir Chine-Pakistan en est un exemple exceptionnel. 

Mme SARVESTANI (République islamique d’Iran) a estimé que le nouveau système des Nations Unies pour le développement doit être indépendant, impartial et transparent.  Il doit collaborer avec les pays grâce à un dialogue ouvert et en respectant les priorités nationales, a-t-elle ajouté.  Le système de coordonnateur résident doit pouvoir répondre aux priorités spécifiques des États et faire rapport au pays hôte, a préconisé la représentante.  Elle a poursuivi en exprimant ses inquiétudes concernant le déséquilibre existant entre ressources centrales et non centrales pour le financement des activités opérationnelles de développement menées par l’ONU.  Le système des Nations Unies pour le développement doit s’orienter vers une architecture transparente et mieux soutenir la mise en œuvre des objectifs de développement durable, a-t-elle souhaité.  Quant à la coopération Sud-Sud, la représentante a souligné qu’elle apporte une contribution positive au multilatéralisme. 

Mme MERYEM HAMDOUNI (Maroc) a soutenu l’approche multilatérale du système des Nations Unies pour le développement.  Le Maroc a relevé quelques paramètres essentiels, comme la refonte du système des coordinateurs résidents.  Leur renforcement est crucial, a-t-elle souligné.  La nécessité d’assurer un équilibre entre les ressources centrales et non centrales est aussi un point auquel tient le Maroc.  Affirmant que la coopération Sud-Sud, qui œuvre sur la base de l’égalité, n’est plus un slogan vide, mais une véritable composition de politiques de développement, le Maroc souhaite travailler de manière constructive sur la base de la solidarité et de partenariats forts, pour relever les défis du développement.  Régionalement, a poursuivi la déléguée, la coopération Sud-Sud doit se placer dans la perspective d’une Afrique nouvelle, et se concentrer sur l’agriculture, le transfert des technologies, la création de partenariats publics-privés dans différents secteurs, et la formation dans l’éducation supérieure, secteurs dans lesquels le Maroc a de bonnes compétences.

M. LUANOKHOM (République démocratique populaire lao) a considéré que les PMA, les pays en développement sans littoral et les petits États insulaires en développement (PEID) avaient besoin de plus d’investissements pour répondre à leurs besoins.  Ces pays contribuent par eux-mêmes à la mise en œuvre des objectifs de développement durable, a-t-il souligné.  Il a espéré que l’alignement du système des Nations Unies pour le développement avec les objectifs de développement durable accoucherait de progrès.  La réforme des coordinateurs résidents est aussi une bonne chose, a souligné M. Viengviseth, qui a encouragé la relance de ce système pour la réalisation de mandats plus forts.  Il s’est dit toutefois préoccupé par les déséquilibres entre formes de financement centrales et non centrales.  « Si cette tendance demeure, cela aura un effet négatif sur nos résultats », a-t-il prévenu.  Le représentant a aussi demandé aux pays donateurs de consacrer davantage de leur part de PIB à l’aide accordée aux PMA, pour que ces derniers puissent véritablement mettre en œuvre le programme de développement mondial.

M. GEBEYEHU GANGA GAYITO (Éthiopie) a fait valoir que la réforme du système des Nations Unies pour le développement n’est pas un choix mais une nécessité pour les pays en développement, qui ont besoin d’appui pour la mise en œuvre des objectifs de développement durable.  Il est nécessaire de changer de paradigme, a-t-il lancé.  À son avis, le système devrait se concentrer sur le développement durable et en premier lieu sur l’élimination de la pauvreté.  Le nouveau système de coordonnateur résident devrait aider les États à agir conformément à leurs priorités nationales, a-t-il ajouté.  Il a aussi préconisé de renforcer l’appropriation nationale et la direction par le pays lui-même, en suivant une approche adaptée à chaque pays.  Il faut aussi assurer un financement prévisible et durable, en évitant toute fragmentation des ressources.  L’Éthiopie accueille l’une des équipes de pays les plus importantes du monde de même que la Commission économique pour l’Afrique, a rappelé le représentant, avant de souligner la nécessité d’éviter les doublons.  Il a également plaidé en faveur de la coopération Sud-Sud en exprimant la nécessité de la revitaliser. 

M. DIRJI (Bhoutan) a salué la mise en œuvre du nouveau système de coordonnateur résident en janvier, qui correspond à la sortie prévue du Bhoutan de la liste des pays les moins avancés (PMA).  Selon lui, cela permettra d’assurer une transition sans heurt, durable et irréversible.  La réorientation des travaux des Nations Unies en matière de développement permettra une nécessaire orientation stratégique dont le Bhoutan a besoin, a-t-il estimé. 

Pour M. PHILIP FOX-DRUMMOND GOUGH (Brésil), la réforme du système des coordinateurs résidents et le repositionnement du système des Nations Unies pour le développement sont de bonnes choses, mais il ne saurait y avoir de modèle unique.  Le Brésil souhaite signaler que dans le contexte des examens quadriennaux complets des activités opérationnelles de développement de l’ONU, la coopération Sud-Sud doit être encouragée.  À ce sujet, il a misé sur la conférence de haut niveau prévue en mars prochain à Buenos Aires, qui sera l’occasion de faire le bilan des progrès depuis l’adoption du Plan d’action de Buenos Aires il y a 40 ans, et de regarder vers le futur et la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030.

Mme MADELIN ESTHER LUNA (République dominicaine) a espéré que le nouveau système des coordinateurs résidents tiendra compte des besoins particuliers des pays sur le terrain.  Elle a répété qu’il n’existait pas de mesure unique, et a invité à respecter les différences régionales.  La coopération Sud-Sud a un rôle capital à jouer pour la réalisation des objectifs de développement durable grâce à des approches novatrices fondées sur des expériences positives dans le contexte de politiques de développement.  Cette coopération Sud-Sud est un complément, pas un remplacement de la coopération Nord-Sud, a-t-elle rappelé.  Elle a loué le système de coopération entre les pays et le monde, tourné vers la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030. 

M. OMAR CISSÉ (Guinée) a estimé que l’on ne peut parler de coopération Sud-Sud sans évoquer la coopération triangulaire.  En effet, ces deux formes de coopération ont le potentiel de transformer les politiques et approches des pays en développement vis-à-vis de la fourniture de services en apportant des solutions qui sont efficaces, des initiatives locales et adaptées au contexte de chaque pays.  Il a relevé que par l’intermédiaire des organismes du système des Nations Unies, le transfert des compétences entre les pays du Sud contribue efficacement à l’amélioration des conditions de vie des populations bénéficiaires. 

M. Cissé a ensuite demandé que les partenaires engagés dans les efforts de développement tiennent compte des intérêts et spécificités de chaque pays en développement.  Il a ainsi rappelé les propos du Président de la Guinée au moment de l’indépendance: « toute aide qui ne nous aide pas à nous passer de l’aide doit être repoussée ». 

Mme MONICA BOHAM (Ghana) a dit que les activités opérationnelles des Nations Unies pour le développement sont précieuses pour soutenir les efforts nationaux et assurer la mise en œuvre du Programme 2030.  Le nouveau système de coordonnateur résident est un pas dans la bonne direction, a ajouté la représentante, estimant qu’il est nécessaire d’impliquer les États et d’adapter les projets de développement à leurs priorités.  Elle s’est dite préoccupée par le déséquilibre entre les ressources de base et les autres, estimant qu’un financement prévisible est indispensable: il faut selon elle envisager d’autres sources de financement.  Quant à la coopération Sud-Sud, elle offre à son avis un potentiel énorme pour aider les pays en développement à réaliser le Programme 2030.  Elle s’est dite optimiste et attend un renforcement de cette coopération lors de la prochaine Conférence de haut niveau qui aura lieu à Buenos Aires l’année prochaine.

M. JAIME ANDRÉS GNECCO DAZA (Colombie) a dit que la coopération Sud-Sud et triangulaire est un instrument remarquable pour la Colombie, qui contribue à renforcer le positionnement du pays sur la scène régionale et internationale.  Depuis 2010, la Colombie a appliqué six stratégies de coopération régionale.  Le pays estime que la coopération Sud-Sud est importante pour la mise en œuvre des objectifs de développement durable.  Le représentant a manifesté son intérêt pour l’élaboration de méthodes visant à évaluer cette coopération internationale.  La Colombie est prête à soutenir le processus issu de la Conférence sur la coopération Sud-Sud qui aura lieu à Buenos Aires.

Mme RABOHALE (Afrique du Sud) a réaffirmé que l’élimination de la pauvreté était le défi le plus important sur le plan mondial, et qu’il était le but principal des objectifs de développement durable.  La réforme du système des Nations Unies pour le développement va dans ce sens, s’est-elle réjouie, pour revitaliser les partenariats mondiaux en faveur du développement durable.  Elle a encouragé la revitalisation du système des coordinateurs résidents, et appelé à des réunions régulières et des exposés d’information réguliers sur les modèles de financement. 

Concernant les réformes, la représentante a appelé à une meilleure prestation des activités opérationnelles de développement tout en respectant l’espace politique des pays.  Le processus ne doit pas être politisé mais garder le cap sur l’élimination de la pauvreté et la réalisation des objectifs de développement durable, a-t-elle souligné, avant de réaffirmer que la coopération Sud-Sud ne remplaçait pas non plus l’aide publique au développement.  Elle s’est dit impatiente de la tenue de la Conférence de haut niveau sur la coopération Sud-Sud en mars prochain pour redéfinir la coopération Sud-Sud.

Vers des partenariats mondiaux

Présentation de rapports

Mme OLAJOBI MAKINWA, Chef des relations intergouvernementales et de l’Afrique du Pacte mondial des Nations Unies, a présenté le rapport du Secrétaire général (A/73/326) sur le Renforcement de la coopération entre l’Organisation des Nations Unies et tous les partenaires intéressés, en particulier le secteur privé.  Cela fait déjà trois ans que la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 a commencé et il est urgent que l’Organisation s’emploie à tirer pleinement parti des possibilités de collaboration avec le secteur privé et les autres partenaires, note le rapport.  Les organismes des Nations Unies s’accordent largement à dire que l’accomplissement des objectifs de développement durable passera nécessairement par le renforcement significatif des alliances et des partenariats, en particulier avec le secteur privé.  Il est également communément admis que, pour cela, l’action doit être renforcée et mieux coordonnée à l’échelle du système.

L’ensemble des organismes du système tendent à favoriser de plus en plus les formes de partenariat permettant une collaboration plus poussée et plus stratégique et privilégiant l’innovation, l’adaptabilité et l’efficacité.  Pour accélérer cette évolution positive et l’inscrire dans la durée, il faut se tourner davantage encore vers des partenariats qui mobilisent plus efficacement les ressources et les compétences du secteur privé.  L’Organisation s’attache également à promouvoir plus activement les nouveaux modes de financement et les innovations nécessaires à la réalisation des objectifs de développement durable, et son rôle à cet égard sera donc amené à se transformer considérablement dans les années à venir.  Ce rapport a pour objet d’accompagner cette transformation en fournissant plusieurs recommandations visant à favoriser une stratégie plus forte en matière de partenariats à l’échelle du système afin de renforcer l’efficacité de la collaboration avec le secteur privé et d’accélérer les progrès vers la réalisation du Programme 2030. ​

​M. PETRU DUMITRIU, Inspecteur du Corps commun d’inspection, a présenté la note du Secrétaire général (A/73/186) introduisant le rapport du Corps commun d’inspection (JIU/REP/2017/8) sur les partenariats entre le système des Nations Unies et le secteur privé dans le contexte du Programme de développement durable à l’horizon 2030, soulignant qu’il s’agissait d’une tentative pour améliorer les partenariats avec le secteur privé.  Le Corps commun d’inspection a examiné les éléments de base nécessaires pour mettre en place des partenariats fructueux et pour protéger l’image, la réputation et les valeurs de l’Organisation des Nations Unies.  Le présent examen part de la conviction largement partagée que le Programme de développement durable à l’horizon 2030 donne une impulsion extraordinaire à la relance de l’engagement du secteur privé au service des objectifs de l’ONU.  Cette nécessaire relance, non seulement est imposée par le mandat conféré par le Programme 2030, mais aussi reflète l’évolution des conditions de l’action collective mondiale et la montée en puissance d’entités non gouvernementales, qui sont en mesure d’intervenir plus rapidement que les processus intergouvernementaux multilatéraux.  Sans méconnaître les garanties existantes en matière de diligence raisonnable et de gestion des risques, le rapport du Corps commun d’inspection souligne la nécessité de renforcer l’efficacité du système des Nations Unies dans sa coopération avec le secteur privé pour appuyer le Programme 2030 et intégrer la notion de durabilité dans les modèles économiques de ses organismes.  Il formule, à cet égard, 12 recommandations. 

Mme FEDERICA PIETRACCI, Spécialiste hors classe de la gestion des programmes du secrétariat du Conseil des chefs de secrétariat des organismes des Nations Unies pour la coordination, a présenté la note du Secrétaire général (A/73/186/Add.1) portant ses observations et celles du Conseil des chefs de secrétariat des organismes des Nations Unies pour la coordination sur le rapport du Corps commun d’inspection et ses 12 recommandations.  Les organismes du système des Nations Unies accueillent favorablement le rapport du Corps commun d’inspection et souscrivent dans l’ensemble aux conclusions et recommandations qui y sont formulées.  Ils notent que leurs besoins et objectifs particuliers en termes de collaboration avec le secteur privé varient en fonction de leur mission et de leur mandat, mais également de leur taille, et qu’un modèle unique de partenariat est par conséquent voué à poser des problèmes et à rencontrer des limites.  Ils soutiennent donc l’idée consistant à faire évoluer les cadres de collaboration et à privilégier dorénavant une démarche tendant à impulser les partenariats plutôt qu’à simplement offrir une protection contre les risques.

M. DATO’ SRI MUHAMMAD SHAHRUL IKRAM YAAKOB (Malaisie), s’exprimant au nom de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN), a salué le fait qu’en juin dernier, on en était déjà à 3 834 partenariats enregistrés par les parties prenantes qui contribuent à la réalisation des objectifs de développement durable.  Néanmoins, il faut renforcer les efforts pour élargir les alliances et les partenariats, notamment avec le secteur privé.  Le délégué a souhaité que l’ONU tienne compte, en élaborant des partenariats en Asie du Sud-Est, du fait que l’ASEAN compte en son sein les pays en situation particulière de divers groupes. 

M. Yaakob a dit espérer que les partenariats mondiaux permettront de construire des synergies nécessaires pour la réalisation de la vision 2025 de l’ASEAN et du Programme 2030.  Il a souligné que l’intégration des pays en développement dans les partenariats permettrait à ces derniers de tirer pleinement parti de leur potentiel économique.  Pour sa part, l’ASEAN entend renforcer la coopération dans des domaines tels que: la sécurité transfrontière; la prévention de l’extrémisme violent; l’autonomisation de la femme; la réalisation des objectifs de développement durable; et l’intégration de la communauté régionale et mondiale dans un monde de plus en plus numérisé, afin que personne ne soit laissé à la traîne.  Le programme de la Communauté économique de l’ASEAN 2025 identifie les partenariats public-privé comme un outil important de prise de décision afin de renforcer le développement économique et social.  Ces partenariats avec le secteur privé doivent respecter les priorités de développement des États, a précisé le représentant.

M. RUBÉN ARMANDO ESCALANTE HASBÚN (El Salvador), parlant au nom de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), a souligné le rôle central des politiques publiques au niveau mondial, régional, national et local afin de réaliser le développement durable, tout en soulignant la contribution précieuse du secteur privé, de la société civile, du monde universitaire, des mouvements et de la société.  Il a estimé que les partenariats multipartites, ainsi que les ressources et l’ingéniosité des acteurs concernés, sont importants pour compléter les efforts des gouvernements dans la réalisation des objectifs de développement durable, en particulier dans les pays en développement.  En même temps, les gouvernements doivent promouvoir des pratiques commerciales conformes aux lois et priorités de développement du pays.

M. Escalante Hasbún a exhorté les membres de la CELAC à continuer de promouvoir le travail dans les différents secteurs, et la coopération entre eux, dans le but d’obtenir des résultats concrets.  Aux institutions spécialisées, fonds et programmes des Nations Unies, il a recommandé de continuer à collaborer activement avec les autres parties prenantes, y compris la société civile, le secteur privé et les fondations en vue de la diversification des sources potentielles de financement, en particulier les ressources de base, pour leurs activités opérationnelles de développement.  Enfin, il a prôné une approche responsable sur la question des partenariats avec l’ONU, en recommandant de veiller à la transparence, la cohérence, l’appropriation et le contrôle intergouvernemental des partenariats.

 M. FARZANA ZAHIR (Maldives), s’exprimant au nom de de l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS), a rappelé que l’objectif 17 de développement durable sur les partenariats est un complément et non un substitut à l’aide publique au développement qui doit rester le mécanisme central de financement du développement.  Les Orientations de Samoa, a-t-il rappelé, mettent l’accent sur les partenariats, notamment par le biais du cadre de partenariats des petits États insulaires en développement dont le comité de coordination identifie les opportunités de partenariat et assure le suivi de leur mise en œuvre.  Il a souligné que le rapport du Secrétaire général laisse voir que la moitié des partenariats engagés par les PEID sont sur la bonne voie, mais qu’un grand nombre font face à de nombreux obstacles de diverse nature.

M. ROBERT SACHSO LORENTZ (Allemagne), parlant au nom de l’Union européenne, a réaffirmé que les ressources, l’intelligence et la créativité du secteur privé, ainsi que celles de la communauté scientifique et des collectivités locales étaient indispensables à la mise en œuvre des objectifs de développement durable, et qu’elles devaient se renforcer mutuellement.  Les fonds publics et privés doivent intervenir en synergie, a aussi rappelé le représentant qui a appelé à réunir toutes les ressources financières et non financières pour réaliser le Programme 2030.  L’innovation, le savoir-faire et les technologies permettront d’employer au mieux les ressources publiques en plaçant le monde sur une voie résiliente, a-t-il prédit.

Les activités de partenariat se sont développées mais sont encore sous utilisées, a poursuivi le représentant.  De l’avis de M. Lorentz, le Secrétaire général a raison de dire qu’il était nécessaire de développer des partenariats multipartites.  De bons partenariats ne peuvent être fondés que sur des principes qui respectent les Nations Unies, a-t-il précisé.  Les partenariats devraient aussi profiter des cadres règlementaires pour l’alignement sur les objectifs de développement durable.  Il a insisté sur une approche cohérente au sein du système des Nations Unies tout en recommandant la souplesse nécessaire pour s’adapter.  Il a encouragé le Secrétaire général à continuer sur cette voie, en assurant que les États membres de l’UE se tenaient prêts à s’y engager. 

 M. SHUMSKY (Bélarus) a estimé que les partenariats sur le plan national et international sont la clef du succès de la réalisation du Programme 2030, comme stipulé dans l’objectif 17.  Néanmoins, il a regretté la forte tendance à continuer à considérer le secteur privé comme une source de financement et non comme un partenaire à part entière.  Au Bélarus, un système institutionnel dirigé par un coordonnateur œuvre à la réalisation des objectifs de développement durable; ce système est ouvert au secteur privé ainsi qu’aux milieux de la science et de la technique.  Le représentant a espéré que le nouveau système de coordonnateur résident de l’ONU permettra de créer ensemble des projets pour réaliser les objectifs.  Le Bélarus a pour sa part lancé une initiative de réseau de coordonnateurs régionaux, a-t-il indiqué.

Mme AL BAKER (Qatar) a dit que le Programme 2030 est un repère, un cadre global pour éliminer la pauvreté et parvenir à une société inclusive.  Pour le réaliser, la participation de toutes les parties prenantes est nécessaire, a-t-elle rappelé en plaidant pour des partenariats efficaces entre secteur public et privé, y compris avec les universités, et pour leur renforcement.  La politique étrangère du Qatar se fonde sur la coopération et les partenariats afin de relever des défis communs.  Le pays veut renforcer son rôle régional et international, a indiqué la déléguée, en faisant valoir que le Qatar fournit volontairement une aide au développement à plusieurs pays, notamment des PMA, et s’efforce d’honorer ses engagements.  La représentante s’est dite confiante dans le fait que les partenariats mondiaux pourront permettre de réaliser les objectifs de développement durable de façon équilibrée et dans le respect des priorités nationales.

M. KORAWAT WUTTIWONG (Thaïlande) s’est félicité des recommandations du rapport du Secrétaire général visant à permettre aux agences de l’ONU d’utiliser le potentiel des partenariats avec le secteur privé, les universités, les entreprises et la société civile.  La Thaïlande soutient pleinement le travail du Pacte mondial des Nations Unies qui entend amener les entreprises à adopter des politiques et des actions durables et socialement responsables, conformément à ses 10 principes et au Programme 2030.  « Nous reconnaissons le rôle déterminant des réseaux locaux du Pacte mondial », a-t-il ajouté, en faisant mention du réseau local en Thaïlande.  Celui-ci a fourni des formations et partagé les meilleures pratiques et les leçons apprises.

Le représentant a prôné le renforcement de la collaboration et de la coordination entre les réseaux locaux du Pacte mondial et le système des Nations Unies au niveau des pays.  Au niveau mondial, il s’est félicité des efforts déployés notamment par le Bureau des Nations Unies pour les partenariats.  La coordination est cruciale pour améliorer les impacts, assurer la cohérence et éviter des fragmentations, a-t-il souligné.  Nous saluons et soutenons également la poursuite de la participation et des contributions du secteur privé dans les forums des Nations Unies, notamment par le biais du Forum politique de haut niveau, a ajouté le représentant.

 M. CARDONA Équateur) a mentionné son Plan national de développement 2017-2021, qui intègre des éléments novateurs pour la garantie des droits et le développement des personnes tout au long de leur vie.  Un dialogue pluriel et démocratique a été mené pour l’élaboration du plan, avec la participation du secteur privé, d’universitaires, de la société civile et des gouvernements locaux.  La démarche s’est basée sur le critère de coresponsabilité et de participation collective à la promotion d’une croissance soutenue et inclusive, du développement social et de la protection de l’environnement, de la lutte contre les inégalités et la discrimination.  La représentante a réitéré son soutien au multilatéralisme et à la réciprocité comme principe directeur.  En juin 2018, l’Équateur a par ailleurs souscrit plus de 100 accords d’investissement avec des représentants d’entreprises privées dans 13 secteurs productifs, qui portent sur plus de 9 milliards de dollars, et a lancé un programme pour motiver et autonomiser les jeunes.

M. PHILIP FOX-DRUMMOND GOUGH (Brésil) a fait savoir que le réseau local brésilien du Pacte mondial est le troisième au monde, et qu’il a fourni une formation à près de 22 000 personnes, contribuant à éveiller les consciences et à susciter l’engagement envers les principes de développement durable.  En outre, le Brésil estime que les partenariats doivent être fondés sur des politiques, des règlementations et des mesures incitatives correctes pour combler les lacunes de financement.  En 2017, il a lancé une stratégie nationale pour les investissements d’impact, en collaboration avec plus de 60 secteurs, qui impliquent le gouvernement comme le secteur privé, la communauté scientifique et académique et la société civile.

La hausse des partenariats dans la plupart des organismes des Nations Unies doit s’accompagner, selon M. Gough, d’efforts équivalents pour l’adoption de mécanismes concrets de gouvernance et de politique de gestion des risques.  À cet égard, il a estimé que les principes du Pacte mondial fournissent un bon point de départ.  Il est également nécessaire de renforcer les fonctions qui veillent à une « diligence suffisante » (« due diligence ») afin d’éviter que l’ONU ne s’engage avec des entreprises qui ont des antécédents douteux en termes de respect des droits de l’homme, de normes du travail et environnementales et de promotion de l’égalité entre les sexes.

 Mme JEON YU JIN (République de Corée) a rappelé que le développement durable ne pouvait être mis en œuvre qu’avec les seuls efforts des gouvernements.  Les partenariats publics-privés, la société civile, le secteur académique doivent aussi y participer, a-t-il estimé.  Reconnaissant le rôle actif de l’ONU comme bâtisseur de ponts entre pays et parties prenantes, il a fait remarquer que le secteur privé alignait de plus en plus ses intérêts sur les exigences du développement durable, et que des initiatives multipartites émergeaient.

Le représentant a appelé à créer davantage de plateformes de partenariats multipartites et à développer les efforts collectifs pour tirer parti des initiatives existantes au sein du système des Nations Unies, comme le Bureau des Nations Unies pour les partenariats (BNUP), le Pacte mondial et ses relais régionaux, et l’initiative Impact universitaire de l’ONU.  Il a aussi appelé à utiliser les forums existants comme l’ECOSOC et le Forum du secteur privé parrainé par l'ONU.  Appelant à plus de coordination au sein de l’ONU et à davantage utiliser les intérêts du secteur privé dans le développement durable, il a rappelé que les Nations Unies étaient appréciées dans le monde des affaires pour l’étendue de leur réseau et leur influence à travers le monde.

Mme TIFOUMNAKA KOUBODENA (Togo) a noté que la communauté internationale était engagée à réduire la pauvreté et les inégalités dans le monde en s’appuyant sur les partenariats et la collaboration avec le secteur privé pour réaliser les objectifs de développement durable.  Le financement de ces objectifs est évalué à environ 5 000 à 7 000 milliards de dollars par an, a-t-il rappelé, mais le Togo ne perd pas de vue que l’ONU joue un rôle central dans la réalisation de ces objectifs.  La réforme du système des Nations Unies pour le développement arrive d’ailleurs à point nommé pour s’adapter au contexte du Programme 2030 et renforcer les partenariats multipartites en vue de favoriser la réalisation des objectifs de développement durable, en particulier dans les pays en développement.

Pour la construction de sociétés durables et résilientes, le secteur privé devient un partenaire privilégié au Togo: le gouvernement a commencé à travailler avec lui ainsi qu’avec la société civile.  Un accent particulier est mis sur le développement du secteur des affaires, notamment via l’établissement de pôles agricoles, industriels et manufacturiers à forte main-d’œuvre, dans le but de créer de la richesse.  En outre, un dialogue permanent a été instauré entre le gouvernement et le secteur privé sur le processus de la mise en œuvre des objectifs de développement durable, a annoncé Mme Koubodena.  Le Togo a d’ailleurs organisé aujourd’hui le deuxième forum national des organisations de la société civile sur les objectifs de développement durable pour échanger sur la territorialisation des objectifs à l’échelle locale.

 M. VICTOR (Nigéria) a noté que l’objectif 17 du Programme de développement durable exprime clairement l’importance de partenariats réussis et inconditionnels entre les secteurs public et privé.  Un partenariat socialement responsable avec le secteur privé est un moteur essentiel de croissance inclusive et de création d’emploi, a-t-il ajouté.  Malgré l’importance de l’APD, un partenariat stratégique avec le secteur privé peut contribuer au financement du développement et le représentant a souligné qu’il doit fournir des résultats mutuellement bénéfiques.  En raison de la contribution du secteur privé à l’économie nigériane, le gouvernement a récemment établi un comité consultatif sur les partenariats avec le secteur privé.  Le représentant a relevé que des efforts plus poussés sont nécessaires pour débloquer des fonds financiers, en particulier de la part des principaux investisseurs institutionnels, et qu’il faut forger des partenariats pour lutter contre les flux financiers illicites.

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