Comité des droits palestiniens: Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme décrit une situation explosive dans les territoires occupés

AG/PAL/1414
23 Juillet 2018
390e séance – matin

Comité des droits palestiniens: Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme décrit une situation explosive dans les territoires occupés

L’aggravation dangereuse de la situation des droits de l’homme dans le Territoire palestinien occupé et la loi de la Knesset sur « l’État-nation » pourraient provoquer une autre escalade des tensions, a dit craindre le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme.  M. Zeid Ra’ad Al Hussein intervenait ce matin devant le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien qui a élu à sa présidence M. Cheikh Niang, du Sénégal, successeur de son compatriote, M. Fodé Seck. 

Par visioconférence à partir de Genève, le Haut-Commissaire est revenu sur les échanges de tirs les plus graves entre les forces israéliennes et les groupes armés à Gaza, depuis l’escalade des hostilités en 2014.  Il y a à peine trois jours, a-t-il rappelé, la situation a failli dégénérer en conflit ouvert, après la mort d’un soldat israélien et de quatre civils palestiniens.

Dans la semaine du 14 juillet, les forces de sécurité israéliennes ont effectué au moins 28 frappes aériennes et les groupes armés palestiniens, lancé 184 roquettes et obus de mortier, sans compter les cerfs-volants et ballons en feu.  Grâce aux efforts de l’Égypte et des Nations Unies, un cessez-le-feu a été mis en place mais la situation reste « extrêmement » fragile, a averti M. Al Hussein. 

L’Observateur permanent de l’État de Palestine, M. Riyad Mansour, a confirmé que c’est lui et d’autres ambassadeurs qui ont fait appel aux bons offices du Secrétaire général pour arrêter ce nouveau cycle de violence.  Dès le vendredi 20 juillet, le Secrétaire général publiait une déclaration appelant à la fin de la violence. 

Les Gazaouis, a insisté l’Observateur permanent de l’État de Palestine, veulent la paix, le développement et l’indépendance.  En attendant, ils veulent une protection internationale, a dit M. Mansour en espérant que cette question « urgente » sera examinée demain à l’occasion du débat trimestriel du Conseil de sécurité sur le Moyen-Orient.

Les Palestiniens de Gaza subissent régulièrement des vagues de violence qui ajoutent à une crise humanitaire déjà « extrême », a souligné le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, citant chômage et pauvreté endémiques, infrastructures en ruine, dépendance-record à l’aide alimentaire et horizon politique sombre.  Tous ces facteurs sont à l’origine d’une précarité multidimensionnelle, massive et dévastatrice « entièrement fabriquée par l’homme et entièrement évitable », a affirmé le Haut-Commissaire.

M. Al Hussein a rappelé qu’après les tueries « choquantes » lors des manifestations à la barrière de Gaza, le Conseil des droits de l’homme a créé, le 18 mai dernier, une commission d’enquête internationale et indépendante qui présentera un premier rapport en septembre puis la version finale en mars 2019.  Même si Israël a mis en place un certain nombre de mécanismes d’établissement des responsabilités, on peut douter de leur conformité avec les normes internationales d’indépendance, d’impartialité et d’efficacité.  Très peu d’enquêtes sont menées, s’est expliqué le Haut-Commissaire, et dans les rares cas où des peines sont prononcées, elles sont extrêmement légères.

Le Haut-Commissariat a prévenu qu’il faut s’attaquer aux causes profondes des dernières manifestations à Gaza: les conditions de vie rendues difficiles par un blocus israélien de 11 ans, sans oublier les dernières restrictions imposées par l’Égypte et la situation financière alarmante de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA).  Le représentant du Liban a d’ailleurs mis en garde contre les conséquences du déficit financier « sans précédent » de l’Office sur le droit au retour des Palestiniens.  Il a exigé du Conseil de sécurité qu’il clarifie cette situation. 

La loi sur l’État-nation adoptée la semaine dernière par la Knesset, a ajouté le Haut-Commissaire, est venue ancrer la discrimination inhérente contre les communautés non juives, en particulier les citoyens arabes d’Israël et les habitants de Jérusalem-Est occupée.  Cette loi, a dit craindre M. Al Hussein, pourrait enflammer encore la situation.

Cette loi vise la transformation de l’État d’Israël en « un État des Juifs », a commenté l’Observateur permanent de l’État de Palestine qui a dénoncé une « loi raciste menant à l’apartheid ».  La même loi retire à l’arabe le statut de langue officielle d’Israël dont il jouissait depuis 60 ans.  Le représentant de l’Arabie saoudite a purement et simplement rejeté cette nouvelle loi, à l’instar de ses homologues de la Turquie et de la Tunisie.

Le Haut-Commissaire n’a pas manqué de dénoncer l’expansion des colonies de peuplement en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, les attaques menées par les colons, les démolitions et les expulsions.  Il est revenu sur l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice (CIJ) selon lequel le mur de séparation israélien est illégal au regard du droit international coutumier.  Il s’est indigné de la détention de centaines d’enfants palestiniens dans les prisons israéliennes, en violation des droits de l’homme.  Il s’est dit troublé par les arrestations et détentions arbitraires d’activistes et militants des droits de l’homme, de même que par les restrictions, certes moindres, qu’imposent les autorités palestiniennes à la société civile.

Les délégations se sont à leur tour impatientées devant l’impunité dont continue de jouir Israël.  Les représentants du Venezuela et de l’Indonésie ont soutenu que le seul moyen de régler la relation « entre oppressés et oppresseur » est de mettre fin à l’occupation.  Il faut s’inspirer de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud pour mobiliser la communauté internationale, a estimé le représentant du Groupe de travail des ONG sur Israël et la Palestine.  La mobilisation s’impose, a acquiescé celui de la Namibie, pour que la question de Palestine ne tombe pas dans l’oubli.  « De combien de réunions avons-nous besoin pour agir et faire cesser ce conflit une bonne fois pour toutes? » s’est-il demandé appelant à faire pression sur le Conseil de sécurité. 

« L’heure de l’action a sonné », a renchéri l’Observateur permanent de l’État de Palestine qui a demandé aux États Membres de dire au Secrétaire général ce qu’ils font ou ne font pas pour mettre fin à l’occupation et à cette « tragédie des temps modernes », selon les mots du représentant de l’Afrique du Sud.  « Beaucoup d’entre nous n’étaient pas aux Nations Unies il y a 70 ans, mais cela ne nous dispense pas d’assumer notre part de responsabilité », a-t-il déclaré, expliquant dans la foulée que son pays boycotte les marchandises israéliennes produites dans le territoire occupé alors que son ambassade en Israël a été déclassée.  L’Indonésie, a annoncé son représentant, a versé une enveloppe de 2 millions de dollars pour le renforcement des capacités palestiniennes, en même temps qu’elle a supprimé tous les droits de douane pour les produits palestiniens.

Son homologue de Cuba a rappelé le Congrès régional organisé dans son pays sur l’indépendance de la Palestine et le représentant de la Tunisie, évoqué la manifestation pour sensibiliser l’opinion publique à la répression israélienne contre l’élite palestinienne.  Le délégué de l’Afghanistan, qui a dit attendre avec impatience le rapport du Secrétaire général sur la protection du peuple palestinien prévu le 19 août prochain, a annoncé une rencontre de football le même jour entre l’équipe nationale d’Afghanistan et celle de Palestine pour célébrer l’indépendance de l’Afghanistan.

Pour la représentante de l’Équateur, il est surtout impératif de parvenir à une « définition définitive » du statut de Jérusalem-Est conformément au droit international et de matérialiser la solution des deux États vivant côte à côte dans la paix et la sécurité et dans des frontières internationalement reconnues.  Seule la fin de l’occupation peut apporter une paix durable et créer les conditions dans lesquelles les droits de l’homme peuvent être pleinement respectés et l’humanité et l’égalité de l’un reconnues par l’autre, a conclu le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme.  « Tous les États ont la responsabilité de faire naître cette réalité, trop longtemps promise et trop longtemps niée. »

Le Rapporteur du Comité a présenté les rapports des dernières activités du Comité, dont la visite officielle, d’une délégation à Panama en avril; le Forum des Nations Unies sur la question de Palestine sous le thème « 70 ans après 1948: Leçons pour parvenir à une paix durable », qui a eu lieu les 17 et 18 mai à New York; et la Conférence internationale sur « La question de Jérusalem 50 ans après l’occupation et 25 ans après les Accords d’Oslo », qui a eu lieu à Rabat, au Maroc, du 26 au 28 juin.

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