Comité des droits du peuple palestinien: vives inquiétudes après la décision des États-Unis de suspendre leur participation financière à l’UNRWA

AG/PAL/1415
4 septembre 2018
391e séance - matin

Comité des droits du peuple palestinien: vives inquiétudes après la décision des États-Unis de suspendre leur participation financière à l’UNRWA

Un responsable de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) a souligné, ce matin, devant le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, les « conséquences très graves » de la récente décision des États-Unis de suspendre leur participation financière à l’Agence.  L’UNRWA est désormais plongée dans une véritable « crise financière », a noté le Vice-Président du Comité, M. Dian Triansyah Djani, en appelant les États Membres à soutenir l’Agence qui vient en aide à quelque 5,4 millions de réfugiés palestiniens.

Le Directeur du Bureau de l’UNRWA à New York, M. Peter Mulrean, s’est dit très « déçu » par cette décision des États-Unis, qui pourrait annoncer, s’est-il inquiété, un véritable « changement de paradigme » de l’action humanitaire.  Tout en reconnaissant le droit souverain de chaque État Membre de disposer de ses ressources comme il l’entend, M. Mulrean a indiqué que cette décision ne va pas dans le sens de l’accord signé plus tôt entre les États-Unis et l’UNRWA, dans lequel la bonne gestion de l’Agence avait été saluée.

Le Directeur a rejeté les critiques formulées contre le travail accompli par les écoles et hôpitaux de l’UNRWA.  Il a vu, au contraire, les activités de l’Agence comme « un bien public mondial ».  Depuis l’annonce en janvier dernier du gel par les États-Unis d’une contribution de 300 millions de dollars, l’UNRWA est parvenue à prendre des mesures de gestion « exceptionnelles » afin de mieux contrôler ses coûts, a-t-il poursuivi, en saluant aussi l’aide de 238 millions de dollars fournie par 30 donateurs.

M. Mulrean a indiqué que le déficit budgétaire de l’UNRWA en 2018 s’élève à 200 millions de dollars.  « Nous n’arriverons pas à financer nos activités au-delà de la fin du mois de septembre si l’UNRWA ne reçoit pas des ressources supplémentaires », a-t-il averti, ajoutant que des millions d’enfants palestiniens allaient en pâtir.  « Le travail de l’Agence est vital pour la dignité des Palestiniens. »

Le Directeur a déploré que la décision américaine soit motivée par des considérations politiques, alors que l’UNRWA est une agence humanitaire.  « L’Agence ne doit pas devenir la victime de calculs politiques, qui pourraient saper toute l’action humanitaire. »  Depuis 1950, l’UNRWA a présenté des rapports transparents et l’Assemblée générale a toujours renouvelé son mandat, a conclu M. Mulrean, en rappelant que seule l’Assemblée peut modifier son mandat.  

« L’heure est grave », a affirmé Mme Feda Abdelhady Nasser, Observatrice adjointe de l’État de Palestine, en soulignant « les temps dangereux et extraordinaires que nous vivons ».  Elle a déclaré qu’Israël, soutenu par les États-Unis, n’assume aucune de ses responsabilités de Puissance occupante.  Elle a fustigé également la décision des États-Unis de suspendre leur contribution à l’UNRWA, ainsi que la tentative de ce pays de modifier le statut même de réfugié palestinien, afin d’ôter la question des réfugiés de la table des négociations.

Mme Nasser a ensuite rappelé la définition, selon le droit international, de la catégorie de « réfugié », avant d’indiquer qu’aucun pays ne peut nier cette définition.  Elle a par ailleurs dénoncé la loi sur l’État nation récemment adoptée en Israël, « une loi raciste et discriminatoire ».  Les délégués de Cuba et de la Turquie ont également critiqué la décision américaine et les efforts accomplis pour jeter le discrédit sur les activités de l’UNRWA.

Auparavant, le Comité avait passé en revue ses activités les plus récentes, notamment sa retraite annuelle organisée par la mission du Sénégal le 2 août.  Le Bureau du Comité a convenu de la nécessité, « compte-tenu du climat politique actuel », d’accroître ses activités de sensibilisation aux États-Unis, a déclaré M. Djani.  Le Vice-Président a par ailleurs déclaré qu’une délégation du Comité devrait se rendre à Bruxelles et à Berlin, du 15 au 20 octobre, dans le but « de renforcer le soutien diplomatique de l’Union européenne, de la Belgique et de l’Allemagne pour la solution des deux États, la reconnaissance de l’État de Palestine et une protection des civils palestiniens ».

Enfin, le Comité a approuvé le projet de rapport annuel* qui devrait être soumis à l’attention de l’Assemblée générale lors de sa soixante-treizième session.  Présenté par le Représentant permanent de Malte, M. Carmelo Inguanez, le rapport couvre les travaux du Comité et les développements sur le terrain depuis le 6 septembre 2017, son dernier chapitre contenant les conclusions et recommandations du Comité à l’Assemblée générale.

Rappelant que 2018 marque le soixante-dixième anniversaire de « l’expulsion des réfugiés palestiniens de leur patrie en 1948 », un évènement connu sous le terme d’« Al-Nakba » (la catastrophe), le cinquante-et-unième anniversaire de l’occupation israélienne, le Comité exhorte la communauté internationale à redoubler efforts pour la réalisation de la solution des deux États sur la base des frontières de 1967.

Pour le Comité, il est nécessaire de « reformuler » le conflit israélo-palestinien, car il ne s’agit pas d’un différend territorial entre deux parties, mais d’un conflit déclenché par « un État occupant, colonisant et annexant le territoire d’un autre État ».  Ses membres, a indiqué le rapporteur, soutiennent la révision du modèle existant de négociations bilatérales dans un cadre multilatéral élargi et se félicite du plan en huit points présenté au Conseil de sécurité par le Président de l’État de Palestine, M. Mahmoud Abbas, le 20 février 2018.

Enfin, dans le rapport, le Comité demande qu’il soit mis fin au blocus aérien, terrestre et maritime de Gaza, mis en place il y a 11 ans.  En outre, il exhorte les États Membres qui reconnaissent Jérusalem comme capitale d’Israël à annuler ces décisions, souligne la nécessité de mettre en place un mécanisme de protection et appelle à soutenir la commission d’enquête mandatée par le Conseil des droits de l’homme sur les violations commises le long de la barrière entre Israël et la bande de Gaza pendant les grandes manifestations de la Marche du retour.

*A/AC.183/2018/CRP.2

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