Réuni d’urgence, le Conseil de sécurité examine le regain de tension en mer d’Azov entre l’Ukraine et la Russie et appelle les parties à la retenue

CS/13601
26 novembre 2018
8409e et 8410e séances – matin

Réuni d’urgence, le Conseil de sécurité examine le regain de tension en mer d’Azov entre l’Ukraine et la Russie et appelle les parties à la retenue

Au lendemain de l’incident survenu, hier, près du détroit de Kertch entre un navire russe et trois navires ukrainiens, qui s’est soldé par des tirs russes, l’arraisonnement des navires ukrainiens, qui auraient tenté de pénétrer dans la mer d’Azov, et la capture de leurs marins, dont plusieurs ont été blessés, le Conseil de sécurité, saisi par les demandes séparées de la Fédération de Russie et de l’Ukraine, a tenu une réunion d’urgence ce matin et appelé les deux pays à la retenue.  Il est crucial d’éviter toute « escalade, erreur de calcul et provocation dans la zone », a insisté la Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques, Mme Rosemary DiCarlo.

La séance a débuté par une brève réunion au cours de laquelle un vote de procédure, demandé par les États-Unis, a abouti au rejet de la proposition de la Fédération de Russie de débattre de cet incident au titre d’un ordre du jour intitulé « Violation des frontières de la Fédération de Russie ». 

La demande russe a été repoussée par 7 voix contre (France, Koweït, Pays-Bas, Pologne, Suède, Royaume-Uni et États-Unis), 4 voix pour (Bolivie, Chine, Kazakhstan, Fédération de Russie) et 4 abstentions (Côte d’Ivoire, Guinée équatoriale, Éthiopie, Pérou).

« Personne ne peut empêcher la Fédération de Russie, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, de soulever des questions qui relèvent de ce Conseil et des points de son ordre du jour », s’est indigné le représentant russe.  Aux membres du Conseil de sécurité qui se sont opposés à sa demande, il a déclaré: « vous êtes plus préoccupés par le bon point de l’ordre du jour que par les moyens de résoudre le problème.  Vous manigancez pour rejeter la demande russe et soutenir celle de l’Ukraine.  C’est petit.  C’est bas ».

Mme DiCarlo a rappelé que la mer d’Azov, à proximité de laquelle s’est produit cet incident sécuritaire « majeur », est revendiquée à la fois par l’Ukraine et la Fédération de Russie comme faisant partie de leurs eaux intérieures respectives, de sorte qu’en vertu d’un compromis historique, les navires des deux pays naviguent librement le long de cette voie maritime.  Elle a toutefois évoqué la montée des tensions dans la mer d’Azov depuis l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014.  Dans un contexte aussi tendu, elle a appelé les parties à s’abstenir de toute action susceptible d’aller à l’encontre des accords de Minsk au risque de détériorer encore davantage la situation dans et autour de l’Ukraine. 

La Secrétaire générale adjointe a été rejointe dans cet appel par l’ensemble des délégations, dont celles du Kazakhstan, de la Côte d’Ivoire, de la Bolivie, du Pérou ou de l’Éthiopie et de la Guinée équatoriale et de la Chine.  Il s’agit pour la Fédération de Russie de déstabiliser l’Ukraine, a affirmé la Pologne en pressant l’ONU de porter l’attention qui s’impose à la situation. 

« La partie ukrainienne a agi dans le strict respect du droit international et du Traité entre l’Ukraine et la Fédération de Russie sur la coopération et l’usage du détroit de Kertch de 2003.  Ledit traité garantit clairement la navigation de bâtiments civils et militaires ukrainiens et russes dans la mer d’Azov et le détroit de Kertch », s’est défendu le représentant de l’Ukraine.

Avec cet incident, une escalade n’est pas en effet à exclure, a-t-il craint.  Selon le représentant ukrainien, les services de renseignement de son pays ont identifié un « risque clair d’invasion et d’annexion » de Marioupol et Berdiansk, comme en témoignent notamment les actes d’agression et de provocations des garde-côtes et la Marine russe.  C’est pour cette raison que le Président de l’Ukraine a proposé au Parlement de déclarer la loi martiale pour 60 jours.  Cette loi peut être levée à tout moment, et n’a pas d’impact sur la situation des droits de l’homme ou sur le fonctionnement des institutions démocratiques, a-t-il tenu à assurer.

En attendant, « nous sommes prêts à user de tous les moyens disponibles pour exercer notre droit de légitime défense, comme prévu par l’Article 51 de la Charte des Nations Unies », a encore prévenu le représentant ukrainien. 

Reconnaissant également ce risque potentiel, les États-Unis, appuyés par le Royaume-Uni et la France, ont estimé que ce qui s’est passé ce week-end est une « nouvelle escalade russe imprudente », qui s’inscrit dans le cadre d’un ensemble de comportements.  Les actions en date d’hier font suite à des « mois de harcèlement » de Moscou à l’encontre de la Marine ukrainienne, en violation du droit de la mer et de la convention bilatérale signée entre les deux pays, a déploré le représentant du Royaume-Uni.  Selon lui, la Russie « souhaite consolider son annexion de la Crimée et imposer son emprise à la mer d’Azov ».

« Cette situation est la conséquence directe de l’annexion de la Crimée en 2014 » a renchéri la France, solidaire de l’Ukraine.  « Rien à notre connaissance ne paraît justifier l’usage de la force », a ajouté sa représentante. 

Directement mise en cause, la Russie a, pour sa part, estimé que la vraie question était de savoir pourquoi, alors que les Ukrainiens jouissaient d’une liberté de passage dans le détroit de Kertch, ils ont soudain décidé de la forcer, en ne répondant pas aux appels de la Marine russe.  Or « personne n’a répondu à cette question », a noté son représentant.  Cette manœuvre est, de son point de vue, la « suite logique d’un plan antirusse orchestré par le Gouvernement ukrainien et les occidentaux, en particulier les États-Unis ».  D’un côté, « les équipes de Maïdan » cherchent à faire oublier leurs échecs, en parlant d’une menace russe, tandis que les occidentaux visent à affaiblir la Russie en opposant « deux peuples frères ».

« Les actions coordonnées de Kiev et de Washington risquent d’avoir de graves conséquences, car la Russie, qui n’a jamais mené la première frappe, entend défendre son territoire et contrer toute incursion dans la mer d’Azov », a mis en garde le représentant, qui a espéré que tout le monde avait « bien compris le message ». 

QUESTION DE PROCÉDURE

Déclarations avant le vote

Prenant la parole au nom du Royaume-Uni, de la Pologne, des Pays-Bas et de la Suède, Mme NIKKI R. HALEY (États-Unis) a pris acte de la « tentative » de la Fédération de Russie d’organiser une réunion, avant de soutenir l’intégrité territoriale et l’unité territoriale de l’Ukraine.  Nous sommes très préoccupés, a-t-elle ajouté, par l’incident survenu au cours du week-end qui représente une escalade dans la sous-région, et attendons de débattre de la situation au titre de l’ordre du jour approprié. 

M. DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie) a estimé, quant à lui, que la réunion demandée par l’Ukraine ne correspond pas à l’ordre du jour proposé, il s’agit d’une tentative de se défiler de ses responsabilités en vertu du droit international. L’Ukraine a mené une provocation agressive à l’encontre des frontières de la Russie, a argué le représentant.  Cette violation représente une méthode dangereuse et cela pourrait créer un risque pour le passage d’autres navires dans la région.  Il a appelé les partenaires de l’Ukraine à assumer leurs responsabilités vis-à-vis de Kiev.

Déclaration après le vote

M. DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie) a déploré que, suite au vote, l’ordre du jour que sa délégation avait proposé n’ait pas été adopté.  « Mais personne ne peut empêcher la Fédération de Russie, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de soulever des questions qui relèvent de ce Conseil et des points de son ordre du jour », a-t-il dit.  S’adressant en particulier aux membres du Conseil de sécurité qui se sont opposés à sa demande, le représentant a déclaré: « vous êtes plus préoccupés par le bon point de l’ordre du jour que par les moyens de résoudre le problème.  Vous manigancez pour rejeter la demande russe et soutenir celle de l’Ukraine.  C’est petit.  C’est bas ».  Comme il a été décidé de placer les questions procédurales au-dessus des questions de fond, sa délégation ne participera pas à la réunion demandée par l’Ukraine, a-t-il annoncé.

Revenant aux faits, le délégué a indiqué que le 25 novembre dernier, trois navires ukrainiens ont « enfreint l’intégrité territoriale de la Fédération de Russie », en tentant d’emprunter, sans autorisation, le passage de Kertch et en ne répondant pas aux appels de la marine russe.  D’après lui, cette attitude est « une violation du droit international maritime », en particulier de l’article 19 de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer de 1982.  C’est également une violation du droit de passage inoffensif dans la mer Noire, a insisté le représentant, avant d’imputer la responsabilité de cet incident à l’Ukraine.

Le Représentant a ensuite affirmé qu’il est possible de traverser le détroit de Kertch, en respectant les règles, comme l’Ukraine l’a toujours fait jusqu’à présent.  La Fédération de Russie inspecte en effet les navires, dans le contexte où des extrémistes ukrainiens menacent de faire sauter le pont entre la Fédération de Russie et la Crimée, inauguré en mai dernier.  Ces inspections ne durent jamais plus de trois heures et se sont toujours bien déroulées jusqu’à présent, a-t-il assuré.  « Que s’est-il donc passé hier pour que l’Ukraine décide de forcer ce passage » a demandé le représentant, estimant qu’il faut chercher du côté des pays qui ont incité l’Ukraine à se comporter ainsi. 

Selon lui, cette manœuvre est « la suite logique d’un plan antirusse orchestré par le Gouvernement ukrainien et les occidentaux, en particulier les États-Unis. »  Début novembre, en pleine réunion du Conseil de sécurité, le représentant de l’Ukraine avait annoncé qu’une mauvaise surprise attendait la Fédération de Russie, prétendant une militarisation de la mer d’Azov.  Sa délégation avait au préalable présenté une résolution à l’Assemblée générale sur la mer d’Azov.  « Tout ceci ne constitue que des manipulations et une stratégie visant à faire oublier les échecs du Gouvernement issus des manifestations de Maïdan », a martelé le représentant.

Le Président ukrainien, M. Petro Poroshenko, doit organiser une élection présidentielle en mars prochain, alors même que sa popularité est au plus bas, a relevé le représentant russe.  Dans ce contexte, « comment faire pour gagner ou retarder ces élections, sinon en créant une situation, une provocation, qui lui permettrait de déclarer l’état d’urgence et se maintenir au pouvoir.  C’est le but réel de cette manœuvre », a-t-il encore affirmé.  Ceux qui soutiennent cette approche ne font que « mener à bien un plan antirusse et alimenter la haine antirusse de l’équipe de Maïdan, dont les réformes tant attendues n’aboutissent toujours pas.  Cinq ans après, leur population est plus pauvre que jamais.  On tente de justifier cet échec par la menace que représenterait la Fédération de Russie », a poursuivi le représentant.  « La Russie n’a jamais mené la première frappe, mais elle sait se défendre pour protéger ses populations. » 

LETTRE DATÉE DU 28 FÉVRIER 2014, ADRESSÉE À LA PRÉSIDENTE DU CONSEIL DE SÉCURITÉ PAR LE REPRÉSENTANT PERMANENT DE L’UKRAINE AUPRÈS DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES (S/2014/136)

Déclarations

Revenant sur la récente montée des tensions dans la mer d’Azov, Mme ROSEMARY DICARLO, Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques, a rappelé qu’elle avait insisté, lors de son dernier exposé au Conseil de sécurité, le mois dernier, sur la nécessité d’éviter toute « escalade, erreur de calcul et provocation » dans la zone.  « Malheureusement, un incident sécuritaire majeur est survenu près de la Crimée, à proximité de la mer d’Azov, pas plus tard qu’hier », a déploré la Secrétaire générale adjointe, précisant que l’ONU n’était pas, à l’heure actuelle, en mesure de vérifier de manière indépendante les circonstances de l’événement. 

Selon les informations dont nous disposons, a-t-elle poursuivi, le 25 novembre, un incident se serait produit près du détroit de Kertch entre un navire russe et trois navires ukrainiens, alors que ces derniers auraient tenté de pénétrer dans la mer d’Azov.  Plusieurs marins ukrainiens, dont le nombre précis reste encore à vérifier, auraient été blessés durant cet accrochage, a-t-elle précisé.  Mme DiCarlo a ajouté que, d’après les autorités ukrainiennes, Kiev aurait préalablement fait part à la Fédération de Russie de son intention d’expédier les trois navires jusqu’au port ukrainien de Marioupol, dans la mer d’Azov, via le détroit de Kertch.  À l’inverse, a-t-elle ajouté, Moscou affirme que l’Ukraine serait à l’origine de l’incident et que la Fédération de Russie aurait agi dans le respect du droit international. 

Selon la presse, les bateaux ukrainiens et leurs personnels seraient actuellement retenus captifs par les autorités russes, a poursuivi Mme DiCarlo, précisant que le Conseil national de sécurité et de défense de l’Ukraine avait depuis recommandé l’instauration de la loi martiale, une décision en cours de ratification, selon elle, par le Parlement ukrainien.

La Secrétaire générale adjointe a rappelé que la mer d’Azov était revendiquée à la fois par l’Ukraine et la Fédération de Russie comme faisant partie de leurs eaux intérieures respectives, de sorte qu’en vertu d’un compromis historique, les navires des deux pays naviguent librement le long de cette voie maritime.  Cependant, Mme DiCarlo a mis l’accent sur la montée des tensions dans la mer d’Azov depuis l’annexion de la Crimée par la Fédération de Russie en 2014.  En effet, a-t-elle rappelé, en septembre 2016, l’Ukraine a entamé une procédure à l’encontre de la Fédération de Russie dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer.  Moscou estime cependant que la mer d’Azov et le détroit de Kertch ne relèvent pas de la compétence du tribunal arbitral de la Convention.

Mme DiCarlo s’est déclarée profondément préoccupée par cette montée des tensions.  Elle a appelé les parties à s’abstenir de toute action susceptible d’aller à l’encontre des accords de Minsk.  En outre, la Secrétaire générale adjointe a appuyé les efforts du format Normandie, du Groupe de contact trilatéral et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour faire sortir les négociations diplomatiques de l’impasse actuelle.  Elle a également souligné le besoin de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine, d’après les frontières du pays reconnues par la communauté internationale.  « Malheureusement, l’incident d’hier risque de détériorer encore davantage la situation dans et autour de l’Ukraine », a regretté Mme DiCarlo, tout en appelant les deux parties à contenir cet incident afin d’éviter une nouvelle escalade.

Mme NIKKI R. HALEY (États-Unis) a déclaré avoir parlé, ce matin, « avec le Président Donald Trump et le Secrétaire d’État Mike Pompeo, et ma déclaration reflète les préoccupations exprimées au plus haut niveau du Gouvernement américain ».  Au cours des quatre dernières années, la communauté internationale s’est exprimée d’une voix forte, claire et largement unie en dénonçant l’agression de la Fédération de Russie contre l’Ukraine, a-t-elle rappelé.  Les États-Unis, l’Union européenne et ses États membres, ainsi que de nombreux autres pays, ont imposé des sanctions à la Fédération de Russie pour son « comportement inacceptable » en Crimée et dans l’est de l’Ukraine, a-t-elle ajouté.  La « violation scandaleuse » de dimanche sur le « territoire ukrainien souverain » s’inscrit, selon la représentante américaine, dans le cadre d’un ensemble de comportements russes qui incluent la « prétendue annexion » de la Crimée, les exactions perpétrées contre de nombreux Ukrainiens en Crimée, ainsi que le conflit qui a coûté la vie à plus de 10 000 personnes dans l’est de l’Ukraine.  « Ce que nous avons vu ce week-end est une nouvelle escalade russe imprudente », a-t-elle tranché.

Les navires ukrainiens ont navigué d’un port ukrainien à un autre port ukrainien, par la seule voie possible, à travers le détroit de Kertch.  La Russie et l’Ukraine empruntent régulièrement le détroit.  « Mais cette fois, la Fédération de Russie a décidé d’empêcher le passage des navires ukrainiens, les a percutés puis a ouvert le feu sur eux », a-t-elle relaté.  Entraver le transit légal de l’Ukraine par le détroit de Kertch constitue une violation du droit international et « un acte arrogant que la communauté internationale doit condamner et n’acceptera jamais », a lancé Mme Haley.  Les États-Unis continueront de se tenir aux côtés du peuple ukrainien contre cette agression russe, a-t-elle assuré: « Nous espérons que nos partenaires européens mèneront cet effort grâce au format Normandie Four ».

La représentante a appelé la Fédération de Russie à respecter ses obligations internationales et à ne pas entraver ou harceler le transit de l’Ukraine dans le détroit de Kertch et à désamorcer la tension qu’elle a créée.  Les États-Unis, a-t-elle ajouté, maintiendront leurs sanctions liées à la Crimée contre la Fédération de Russie.  « Une nouvelle escalade de ce genre en Russie ne fera qu’empirer les choses. »  Au nom de la paix et de la sécurité internationales, Mme Haley a demandé à la Fédération de Russie de mettre immédiatement fin à son comportement illégal et à respecter les droits et libertés de navigation de tous les États.

M. JONATHAN GUY ALLEN (Royaume-Uni) s’est dit déçu de l’explication de vote du représentant de la Fédération de Russie, qui était en réalité une déclaration, cette délégation ayant choisi délibérément une « position de principe faible sur la question à l’ordre du jour, alors qu’elle savait très bien que sa proposition serait rejetée ».  Les actions en date d’hier font suite à des « mois de harcèlement » de Moscou à l’encontre de la Marine ukrainienne, en violation du droit de la mer et de la convention bilatérale signée entre les deux pays. 

La Fédération de Russie souhaite consolider son annexion de la Crimée et imposer son emprise à la mer d’Azov, a accusé le représentant, avant de dire que l’Union européenne et la communauté internationale n’accepteront jamais l’occupation de cette péninsule.  Il a dénoncé également la persécution dont seraient victimes en Crimée les Tatars, dont les lieux de culte ont été mis en péril et, d’une manière générale les violations des droits de l’homme à l’encontre de toute voix dissidente.  « Ce n’est malheureusement pas la première fois » que la Fédération de Russie se livre à des actes répréhensibles, a déploré le délégué britannique, en rappelant que ce fut le cas plus tôt cette année sur le sol britannique.  « Nous sommes ouverts à une relation différente avec la Fédération de Russie, dans la mesure où elle renoncerait à de telles attaques contre la souveraineté des pays voisins », a-t-il ajouté, avant de dire que les évènements de ce week-end n’abondaient pas en ce sens.

« Rien à notre connaissance ne paraît justifier l’usage de la force », a déclaré Mme ANNE GUEGUEN (France), après avoir exprimé la préoccupation de son pays au regard des agissements de ces dernières 24 heures. La France dans ce contexte, appelle les parties, en particulier la Fédération de Russie, à la retenue et à restaurer et respecter la liberté de passage dans le détroit de Kertch ainsi que le droit d’accès à la mer d’Azov, conformément au droit international de la mer.  Elle demande également la libération des prisonniers et la restitution des navires arraisonnés.

La France, solidaire de l’Ukraine, estime aussi que « cette situation est la conséquence directe de l’annexion de la Crimée en 2014 ».  La représentante a souligné la nécessité d’apporter une solution pérenne à la situation dans tout l’est du pays.  Pour cette raison, a-t-elle considéré, les parties doivent s’engager dans le plein respect des accords de Minsk, seule manière d’apporter une solution pacifique et durable à ce conflit.

Mme MARIUSZ LEWICKI (Pologne) a accusé la Fédération de Russie d’avoir retardé, ces derniers mois, les navires tentant de se rendre dans les ports ukrainiens de la mer d’Azov via le détroit de Kertch, infligeant de graves pertes à l’économie ukrainienne.  Aujourd’hui la Fédération de Russie attaque des bâtiments ukrainiens au prétexte de la protection de son territoire, provoquant un regain de tension dans la région.

La Pologne condamne fermement l’attitude agressive de la Fédération de Russie, a-t-elle insisté et demande aux deux parties de faire preuve de retenue.  Il s’agit pour la Fédération de Russie de déstabiliser l’Ukraine, a-t-elle estimé en pressant les Nations Unies de porter l’attention qui s’impose à la situation. 

La conduite de la Fédération de Russie en Crimée et en mer d’Azov témoigne, selon elle, de ce que ce pays est capable de faire pour préserver ses infrastructures essentielles en Europe.

M. IRINA SCHOULGIN NYONI (Suède) a déclaré que l’escalade dans la mer d’Azov et le blocus du trafic des navires en provenance ou en direction de l’Ukraine dans le détroit de Kertch, sont une sérieuse violation du droit international.  C’est pour cela que sa délégation a soutenu la demande de l’Ukraine d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité sur cette question. 

Le représentant a également déclaré que son pays regrettait le refus de la Fédération de Russie d’entendre les appels de l’Ukraine et de la communauté internationale l’invitant à se soumettre au droit international, notamment en laissant passer librement les navires ukrainiens dans le détroit de Kertch, au lieu de choisir l’escalade.  « Dans un contexte aussi tendu, cette attitude est profondément irresponsable », a déclaré le représentant, appelant la Fédération de Russie à libérer, sans conditions, les marins retenus prisonniers.  « Ce serait un pas important vers la désescalade », a estimé la délégation. 

M. KACOU HOUADJA LÉON ADOM (Côte d’Ivoire) a salué l’organisation de cette réunion d’urgence au regard de la gravité des incidents qui se sont produits le samedi 24 novembre 2018 entre les Forces navales russes et ukrainiennes, dans le détroit de Kertch.  Dans une région déjà éprouvée par un conflit, ce regain de tensions pourrait aggraver davantage les risques d’une nouvelle confrontation militaire aux conséquences humanitaires désastreuses, a-t-il mis en garde. 

La Côte d’Ivoire regrette cet incident qui contribue à entretenir le climat de méfiance entre les deux parties russe et ukrainienne et à saper les efforts de paix déployés par la communauté internationale dans la région, a regretté le représentant. 

Dans la foulée, il a exhorté les parties à la retenue, afin d’éviter l’escalade militaire dans la région et les a invitées à se garder de tout acte qui pourrait conduire à un nouveau conflit de plus grande ampleur.  Il a également regretté l’absence de progrès dans la mise en œuvre des accords de Minsk de 2015, et a exhorté les parties russe et ukrainienne à privilégier le règlement pacifique du différend qui les oppose. 

M. KANAT TUMYSH (Kazakhstan) a souligné que son pays était ouvert au dialogue et prêt à débattre des questions de sécurité internationale dans la transparence afin de prévenir l’éruption de conflits.  Dans ce cadre, le représentant a indiqué que sa délégation était disposée à voter en faveur des deux propositions.  Le délégué a précisé que le Kazakhstan était partisan d’une approche équilibrée pour résoudre la crise ukrainienne.  Il a rappelé que sa délégation avait, par le passé, contribué de manière significative au lancement du format Normandie et de l’inclusion éventuelle des accords de Minsk. 

Le Kazakhstan est aussi prêt à offrir son assistance dans le processus de règlement pacifique de la situation dans le sud-est de l’Ukraine et pour améliorer les relations entre l’Ukraine et la Fédération de Russie.  Mais le Kazakhstan est préoccupé de la suspension du processus de négociation pour résoudre le conflit ukrainien durant ces derniers mois.  L’absence de contacts de haut niveau dans le cadre du format Normandie en témoigne.  Cette suspension contient les ingrédients de ce nouveau développement négatif dans la région. 

Le représentant a regretté l’incident entre les bateaux russes et ukrainiens dans le détroit de Kertch survenu le dimanche 25 novembre.  Il a exhorté les deux parties à agir avec la plus grande retenue afin de désamorcer la situation entre les deux États.  Un tel incident peut considérablement augmenter les chances d’une étincelle involontaire susceptible de mettre le feu à la région. 

Les deux Gouvernements doivent intervenir d’urgence et tenter de négocier un accord visant à désamorcer la situation avec l’aide éventuelle de la communauté internationale.  La paix durable et la normalisation pleine et entière des relations entre les deux pays peuvent également être obtenues par la mise en place de mesures de confiance dans les domaines sécuritaire et économique.  « Nous ne devrions pas permettre une nouvelle escalade des tensions qui pourraient conduire à une guerre active dans cette nouvelle zone », a dit le représentant en conclusion.

Mme VERÓNICA CORDOVA SORIA (Bolivie) a fait part de sa préoccupation face aux événements survenus hier dans la mer d’Azov.  Elle a invité les parties à éviter toute escalade des tensions et à respecter les principes de la Charte des Nations Unies, du droit international et de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer.  Elle a encouragé les parties à trouver un « équilibre d’intérêts », en tenant compte des dispositions des accords de Minsk.  Enfin, la représentante a souligné qu’il incombe tant au Conseil de sécurité qu’à la communauté internationale dans son ensemble de déployer des efforts conséquents afin d’assurer le maintien de la paix et de la sécurité internationales. 

M. FRANCISCO TENYA (Pérou) s’est dit préoccupé par l’incident qui s’est produit dans le détroit de Kertch et par ses conséquences sur les relations bilatérales entre l’Ukraine et la Fédération de Russie et sur la stabilité de la région. 

Il a réitéré la nécessité de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale des États, ainsi que le droit international pour le règlement pacifique des différends. 

M. BADER ABDULLAH N. M. ALMUNAYEKH (Koweït) a déclaré que son pays, qui défend l’intégrité territoriale de l’Ukraine et la non-ingérence dans ses affaires intérieures, est préoccupé par l’incident dans la mer d’Azov.  Il a appelé les parties à éviter toute escalade et à respecter le droit international, la résolution 2202 (2015) du Conseil de sécurité, les accords de Minsk, et la décision présidentielle du 6 juin 2018 pour sortir de cette crise. 

M. JOB OBIANG ESONO MBENGONO (Guinée équatoriale) a regretté les récents évènements dans la mer d’Azov, qui posent une nouvelle menace pour la péninsule de Crimée.  Il a donc demandé aux parties concernées de prendre les mesures susceptibles d’apaiser la situation.  Le représentant a insisté sur la nécessité de respecter la Charte des Nations Unies pour régler leurs différends par des moyens pacifiques et s’engager dans des négociations directes. 

Mme MAHLET HAILU GUADEY (Éthiopie) a déclaré que tout doit être fait pour éviter l’escalade.  Cela doit se faire par le biais de la voie politique et diplomatique.  L’Éthiopie estime aussi qu’il est important que les deux parties respectent et mettent en œuvre les accords de Minsk, ainsi que la résolution 2202 (2015) qui précise les conditions de mise en œuvre de ces accords, a dit la représentante. 

Mme LISE GREGOIRE VAN HAAREN (Pays-Bas) a réitéré le plein soutien du Royaume à l’indépendance et la souveraineté de l’Ukraine sur son territoire et jugé que la situation sécuritaire appelait une réponse urgente.  Pour elle, le blocus du détroit de Kertch par la Fédération de Russie constitue une violation « inacceptable » du droit international.  Cette situation découle de l’annexion illégale de la Crimée par la Fédération de Russie, a-t-elle estimé, en violation du droit international et de la souveraineté de l’Ukraine. 

Pour les Pays-Bas, cette annexion, représentant une menace à la paix et à la sécurité internationales, mérite toute l’attention du Conseil de sécurité, a-t-elle insisté, d’autant plus que depuis 2014 la situation n’a fait qu’empirer. 

Elle a appelé la Fédération de Russie à mettre immédiatement un terme aux restrictions de circulation en mer d’Azov et à s’abstenir de nouvelle confrontation militaire.  Toutes les parties doivent faire preuve de retenue, a-t-elle ajouté.

M. HAITAO WU (Chine) a dit avoir « pris bonne note des altercations en mer d’Azov », qui, par ailleurs préoccupent son pays.  La Chine, par principe, respecte l’intégrité territoriale et la non-ingérence dans les affaires intérieures de tous les pays, et donc de l’Ukraine. 

Elle a toujours eu une approche équilibrée sur la question ukrainienne.  Pour cette raison, elle appelle les parties à la retenue, au dialogue politique afin de sortir de cette crise.  La communauté internationale et le Conseil de sécurité, en particulier, doivent aider à cet objectif, a déclaré le représentant. 

M. VOLODYMYR YELCHENKO (Ukraine) s’est dit écœuré par la tentative de la Fédération de Russie de manipuler l’ordre du jour du Conseil de sécurité et d’organiser une réunion sous l’intitulé trompeur de « Violations des frontières de la Fédération de Russie ».  « J’aimerais souligner que, d’après le droit international, la Crimée et ses eaux territoriales font partie du territoire ukrainien, occupé par la Fédération de Russie.  Dès lors, il n’y a pas de frontières russes dans la zone où s’est produit l’incident », a-t-il tranché, avant d’accuser la Fédération de Russie d’« instrumentaliser les faits » et de s’efforcer de transférer « cyniquement » la responsabilité sur les épaules de l’Ukraine. 

Après s’être livré à un récit détaillé des évènements survenus le 25 novembre dans le détroit de Kertch, le représentant a assuré que « la partie ukrainienne » avait agi dans le strict respect du droit international et de l’accord bilatéral avec la Fédération de Russie, au moment de préparer le passage au travers du détroit de Kertch.  Le droit de l’Ukraine de traverser le canal de Kertch-Yenikale est garanti par le paragraphe 1 de l’article 2 du Traité entre l’Ukraine et la Fédération de Russie sur la coopération et l’usage du détroit de Kertch de 2003, a argué la délégation.  « Ce traité garantit clairement la navigation de bâtiments civils et militaires ukrainiens et russes dans la mer d’Azov et le détroit de Kertch », a insisté M. Yelchenko, en brandissant l’accord et en se tournant vers le représentant russe.  En outre, la Fédération de Russie était informée bien à l’avance par radio du passage des navires ukrainiens, qui ne se sont livrés à aucune « provocation ».

La retenue de l’Ukraine démontre clairement son engagement à résoudre la situation actuelle par des moyens pacifiques et dans le respect du droit international et les obligations bilatérales en vigueur, a poursuivi M. Yelchenko.  Cependant, une escalade de la situation actuelle par la Fédération de Russie n’est pas à exclure selon lui: « D’après des éléments recueillis par des services de renseignement, il existe un risque clair d’invasion et d’annexion de Marioupol et Berdiansk.  Des actes d’agression et des provocations supplémentaires par les garde-côtes et la marine russe restent une possibilité concrète.  En raison de ces menaces, le Président de l’Ukraine a proposé au Parlement de déclarer la loi martiale pour 60 jours », a annoncé le représentant.  Cette loi martiale peut être levée à tout moment, et n’a pas d’impact sur la situation des droits de l’homme ou sur le fonctionnement des institutions démocratiques, a assuré le délégué, qui a ajouté qu’elle n’aurait pas non plus de conséquences sur la tenue de l’élection présidentielle.  L’Ukraine, a-t-il dit, est prête à régler la situation par des moyens diplomatiques.  « En même temps, nous sommes prêts à user de tous les moyens disponibles pour exercer notre droit de légitime défense, comme prévu par l’Article 51 de la Charte des Nations Unies ». 

M. DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie) a déclaré qu’une fois de plus, la réalité a été déformée.  « On débat ici de choses qui n’ont rien à voir les unes avec les autres.  La question de fond est de savoir pourquoi, alors que les Ukrainiens jouissaient d’une liberté de passage, ils ont soudain décidé de la forcer.  Personne n’a répondu à cette question », a-t-il dit.  S’adressant à la Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques, Mme DiCarlo, et à la représentante des États-Unis, Mme Haley, il leur a demandé si elles avaient bien lu les accords de Minsk qu’elles ont évoqués dans leurs interventions.  Selon lui, les deux femmes mélangent des questions qui n’ont rien à voir avec les accords de Minsk, d’autant que la question de la mer d’Azov n’y est même pas mentionnée, a-t-il dit.  « Une telle méconnaissance m’étonne à chaque fois », a ajouté le représentant.

Le délégué a ensuite ajouté que ce soutien à la seule version de l’Ukraine entraîne déjà des tensions dans l’est de l’Ukraine.  Cette nuit, a-t-il dit, « des radicaux ukrainiens » ont incendié un véhicule diplomatique russe et continuent de menacer des installations diplomatiques.  Si la Fédération de Russie n’avait pas répondu à l’appel des Criméens, ils seraient morts sous les balles de ces radicaux.  Or aujourd’hui, ils peuvent élire leurs représentants, parler et recevoir l’éducation dans leur langue, la langue russe.  « Personne n’en parle. » Pour la Fédération de Russie, la question de la Crimée est derrière elle, a-t-il assuré.

Citant Confucius, le représentant a déclaré qu’il est « très difficile de chercher un chat noir, dans une salle noire, surtout lorsqu’il n’existe pas ».  Il ne faut pas chercher la petite bête, a-t-il ajouté.  « Les actions coordonnées de Kiev et de Washington risquent d’avoir de graves conséquences », a-t-il averti.  « La Russie entend défendre son territoire et contrer toute incursion dans la mer d’Azov », a conclu le représentant, espérant que tout le monde a « bien compris le message ». 

Reprenant la parole, le représentant de l’Ukraine a tenu à dire qu’au printemps 2014, on a commencé par entendre des « récits épiques » selon lesquels la Crimée appartiendrait à la Fédération de Russie, « mais on en a assez de ces histoires », a-t-il lancé.  Il a dénoncé aussi les directions maritimes invoquées par le représentant russe qui, selon lui, n’avaient aucun sens.

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