Le Conseil de sécurité débat de la stratégie de sortie de la Mission des Nations Unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH)

CS/13616
12 décembre 2018
8419e séance – après-midi

Le Conseil de sécurité débat de la stratégie de sortie de la Mission des Nations Unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH)

Le Conseil de sécurité a débattu, cet après-midi, des moyens à mettre en œuvre pour assurer le succès de la transition de la Mission des Nations Unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH) vers une autre forme de présence onusienne à compter du 15 octobre 2019, alors que le pays vient de traverser de graves turbulences sociales et que des élections législatives et municipales sont programmées pour l’an prochain. 

Présentant le dernier rapport* du Secrétaire général sur la MINUJUSTH, la Représentante spéciale et Chef de la Mission, Mme Helen Meagher La Lime, a indiqué que la crise, déclenchée par les violentes émeutes de juillet, a été exacerbée par les nombreuses allégations de mauvaise gestion des deniers publics de la part du Gouvernement haïtien.  En dépit de la nomination, en septembre, d’un nouveau Cabinet dirigé par le Premier Ministre Jean-Henry Céant, les tensions se sont encore accrues, la population exigeant que des progrès soient faits en matière de gouvernance et de redevabilité, a-t-elle expliqué.

Dans ce contexte, la MINUJUSTH s’efforce de mettre en œuvre son mandat, avec des effets positifs sur le renforcement de l’état de droit, l’augmentation des capacités de la Police haïtienne et la promotion des droits de l’homme en Haïti, a souligné la Représentante spéciale.  Mme La Lime s’est ainsi félicitée de la création d’une commission conjointe, composée de conseillers du Gouvernement et de membres de la MINUJUSTH, de la nomination d’une ministre déléguée aux droits humains et de la promulgation et de l’adoption d’une nouvelle loi d’assistance juridique qui devrait contribuer à réduire le phénomène de surpopulation carcérale.

La Représentante spéciale a néanmoins admis que beaucoup reste à faire, notamment pour améliorer le traitement de la détention préventive et renforcer les mécanismes d’inspection judiciaire afin de faire progresser le taux d’instruction des affaires par les juges.  Par ailleurs, la violence endémique dans certains quartiers de la région de Port-au-Prince doit donner lieu à une recherche de solutions systémiques afin d’éviter que les heurts des récentes semaines ne se reproduisent, a-t-elle plaidé, saluant, à cet égard, les efforts déployés en ce sens par la Police nationale.

Rappelant la tenue prochaine d’élections législatives et municipales, Mme La Lime a noté, qu’à la demande des autorités haïtiennes, une mission d’évaluation a été récemment déployée à Port-au-Prince pour mesurer les besoins en assistance technique et logistique, en soutien du processus électoral.

Dans ce contexte difficile, si tous les objectifs ne pourront être atteints d’ici à la date butoir fixée pour le mandat de la MINUJUSTH, toutes les options pour la reconfiguration de la présence onusienne en Haïti restent sur la table, a assuré la Représentante spéciale.  À ses yeux, une collaboration étroite avec le Gouvernement et ses partenaires sera essentielle pour parvenir à une transition réussie vers une présence des Nations Unies hors opération de maintien de la paix.  C’est ce que le Secrétaire général a laissé entendre ces dernières semaines au Président Jovenel Moïse et au Premier Ministre pour appeler à une désescalade des tensions et au respect de l’ordre constitutionnel, a déclaré Mme La Lime.

Tout en se disant pleinement conscient de la nécessité de redoubler d’efforts pour combler les retards liés à certains « indicateurs jugés essentiels », le représentant de Haïti a assuré que la crise actuelle est en voie d’être maîtrisée, grâce au dialogue instauré par le Gouvernement avec l’essentiel des parties prenantes.  « Ni la stabilité politique, ni les conquêtes démocratiques, ni les acquis de l’état de droit n’ont été remis en cause à aucun moment », a-t-il soutenu.  Il a également qualifié les élections de l’an prochain de « test majeur de la maturité, de la consolidation et de la stabilité des institutions haïtiennes ».

Un avis largement partagé par les délégations, pour lesquelles ce scrutin sera le signe de la vitalité de la démocratie haïtienne.  L’Éthiopie a ainsi parlé d’un « jalon essentiel dans la stabilisation du pays », tandis que la France a salué les engagements pris par les autorités, notamment la demande d’une assistance électorale des Nations Unies.  La Guinée équatoriale a, quant à elle, exhorté les acteurs politiques, la société civile et le Gouvernement à s’abstenir de tout acte qui encouragerait la violence et à garantir la bonne tenue des élections, lesquelles seront un « indicateur de la stabilité et du développement » de Haïti.  Le Royaume-Uni a toutefois rappelé que les listes électorales restent à finaliser, les États-Unis, observant, pour leur part, que le changement en Haïti doit venir des urnes. 

De même, la totalité des participants ont plaidé pour un dialogue constructif avec la MINUJUSTH, dans le cadre de sa stratégie de retrait, tout en louant la contribution de la Mission au renforcement des capacités de la Police haïtienne.  La Fédération de Russie a souligné la compétence des forces de l’ordre face aux événements, non sans se prononcer pour un règlement de la situation sécuritaire dans le cadre de la loi haïtienne.  Seule note discordante, l’Union européenne a relevé l’incapacité persistante de la police et des autorités haïtiennes à contrôler la violence et à remédier aux accusations de collusion avec les bandes armées et « autres dysfonctionnements ». 

Consciente des enjeux que représente pour sa Mission une transition réussie vers la pérennisation de la paix et le développement durable d’un État qui n’avait retrouvé la stabilité politique qu’en 2017, Mme La Lime a, de son côté, estimé que le contexte actuel est « lourd de défis mais aussi porteur d’espoir ».  À ses yeux, l’appel de la population à plus de redevabilité concernant les fonds publics est un signe clair de la force de la société civile en Haïti.  De fait, a-t-elle conclu, il importe que, de manière collective, la communauté internationale aide le pays à émerger de l’impasse actuelle.

*S/2018/1059

LA QUESTION CONCERNANT HAÏTI

Déclarations

Mme HELEN MEAGHER LA LIME, Représentante spéciale du Secrétaire général et Chef de la Mission des Nations Unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH), a indiqué que le rapport du Secrétaire général, transmis au Conseil de sécurité le 28 novembre, fournit une mise à jour et une analyse des développements relatifs à la situation politique, l’environnement opérationnel en Haïti et les efforts de la MINUJUSTH en vue de la mise en œuvre de son mandat.

S’agissant de la situation politique, Mme La Lime a observé que la crise déclenchée par les violentes émeutes de juillet a été exacerbée par de nombreuses allégations de mauvaise gestion des deniers publics par le Gouvernement.  En dépit de la nomination, en septembre, d’un nouveau Cabinet dirigé par le Premier Ministre Jean-Henry Céant, les tensions se sont encore accrues, la population exigeant que des progrès soient faits en matière de gouvernance et de redevabilité.  De surcroît, des éléments de l’opposition ont appelé à la démission du Président Jovenel Moïse.  Parallèlement aux manifestations, a-t-elle poursuivi, d’inquiétants épisodes de violence se sont produits dans des quartiers de Port-au-Prince où l’autorité de l’État est notoirement limitée.  Des enquêtes ont été diligentées par les autorités et des organisations de défense des droits de l’homme et le Service des droits de l’homme de l’ONU s’emploie, lui aussi, à établir les faits, a-t-elle précisé.

Dans ce contexte, la MINUJUSTH s’efforce de mettre en œuvre son mandat.  Si les progrès sont lents, la Mission a eu un impact positif dans le renforcement des institutions de l’état de droit, l’augmentation des capacités de la Police haïtienne et la promotion des droits de l’homme en Haïti.  À la requête du Premier Ministre, nous avons établi une commission conjointe composée de conseillers du Gouvernement, de membres de la MINUJUSTH, avec la participation d’autres agences, fonds et programmes de l’ONU, a ajouté Mme La Lime, notant que cette instance s’est déjà réunie trois fois et a permis de nouer un dialogue constructif.

La Représentante spéciale s’est, d’autre part, félicitée de la promulgation, le 26 octobre, de la loi sur la création, l’organisation et le fonctionnement du Conseil national sur l’assistance juridique.  Une fois mis en œuvre, ce texte devrait contribuer à réduire le phénomène de la surpopulation carcérale.  Elle a estimé, suite aux nominations intervenues cet automne, que les tribunaux du pays n’ont plus besoin que de 60 à 70 juges supplémentaires pour fonctionner de manière efficace.  Mme La Lime a également jugé positif le fait que le Gouvernement ait mis en place un point focal au niveau ministériel pour les droits de l’homme, attestant, selon elle, de sa volonté de préparer un plan d’action national.

Beaucoup reste néanmoins à faire, a-t-elle constaté, appelant à répliquer dans tout le pays les projets pilotes visant à remédier au défi de la détention préventive dans la juridiction de Port-au-Prince.  De plus, les mécanismes d’inspection judiciaire doivent être renforcés afin de faire progresser le taux d’instruction des affaires par les juges.  Par ailleurs, la violence endémique dans certains quartiers de la région de Port-au-Prince doit conduire à rechercher des solutions systémiques afin que les heurts des récentes semaines ne se reproduisent pas.  À cet égard, la Police nationale s’est engagée à remédier durablement à ce défi, a-t-elle indiqué, espérant que des avancées législatives viendront soutenir de tels efforts.

Assurant que la MINUJUSTH se concentrera sur ces objectifs dans les mois à venir, Mme La Lime a rappelé la tenue prochaine d’élections législatives et municipales.  À la requête des autorités haïtiennes, une mission d’évaluation a récemment été déployée à Port-au-Prince pour mesurer les besoins en assistance technique et logistique en soutien du processus électoral, a déclaré la Représentante spéciale.

Dans ce contexte, si tous les objectifs ne seront pas atteints d’ici le 15 octobre 2019, date butoir fixée au mandat de la MINUJUSTH, toutes les options pour la reconfiguration de la présence onusienne en Haïti restent sur la table.  Une collaboration étroite avec le Gouvernement et ses partenaires sera essentielle pour parvenir à une transition réussie vers une présence des Nations Unies, hors opération de maintien de la paix, a-t-elle souligné, annonçant que, conformément à la résolution 2410 (2018), la Mission réduira le nombre de ses unités de police de sept à cinq.  Ce succès dépendra toutefois du bon fonctionnement du Gouvernement.  C’est pourquoi, le Secrétaire général s’est adressé ces dernières semaines au Président et au Premier Ministre, ainsi qu’aux principaux dirigeants politiques, pour appeler à une désescalade des tensions et au respect de l’ordre constitutionnel, a-t-elle dit.

En conclusion, Mme La Lime a estimé que le contexte actuel est lourd de défis mais aussi porteur d’espoir.  À ses yeux, l’appel de la population à plus de redevabilité concernant les fonds publics est un signe clair de la vitalité de la société civile en Haïti.  Il est important que, de manière collective, nous aidions le pays à émerger de l’impasse actuelle, a-t-elle plaidé.

Après avoir marqué sa solidarité avec les victimes des récentes manifestations en Haïti, M. JONATHAN R. COHEN (États-Unis) a souligné l’importance du droit de manifester tout en condamnant les actes de violence.  Il a estimé que le changement en Haïti doit venir des urnes et que les élections ne peuvent avoir lieu que dans un climat de paix et de transparence.  Il a appelé à une enquête sur toutes les allégations de violations des droits de l’homme, ce qui renforcera la légitimité de la police haïtienne.  Le représentant des États-Unis a noté que les progrès de la MINUJUSTH ne sont pas suffisants et que davantage doit être fait pour renforcer l’état de droit et lutter contre la corruption.  Enfin, affichant son optimisme, le délégué a estimé que le temps est venu de commencer à planifier la transition par le biais d’une coordination plus affinée entre les acteurs afin que ladite transition soit couronnée de succès.

Évoquant les réactions aux tentatives d’application de mesures d’ajustement structurel et les manifestations d’octobre en Haïti, M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (Bolivie) a souligné l’importance que le pays recherche un consensus politique en faveur du développement économique.  De même, le Gouvernement doit rendre des comptes pour sa gestion des ressources publiques.  Il a encouragé la communauté internationale à continuer d’accompagner Haïti, en particulier dans les domaines de la sécurité, de l’état de droit et du développement, en étroite coordination avec le Gouvernement.  Sur le plan sanitaire, le représentant de la Bolivie a salué les progrès accomplis dans la lutte contre le choléra et plaidé pour une coopération robuste afin de construire des systèmes d’assainissement et de santé solides.  Enfin, il a salué les efforts de la MINUJUSTH, en particulier son programme de réduction de la violence communautaire, qui a contribué à faire baisser le taux de criminalité, ainsi que son appui aux institutions gouvernementales en matière de justice, de droits de l’homme et de sécurité et aux victimes de violences sexuelles.

M. TAREQ M. A. M. ALBANAI (Koweït) s’est centré sur les aspects politiques et sécuritaires en Haïti.  Rappelant que les manifestations violentes d’octobre et novembre derniers ont fait plusieurs morts, le représentant a noté que la police a fait preuve d’un grand professionnalisme, limitant les pertes en vies humaines.  Nous appuyons les mesures prises par les autorités nationales afin de répondre aux demandes des manifestants, en particulier en ce qui concerne la corruption, a-t-il souligné.  Toutefois, a-t-il relevé, si une loi importante sur l’assistance juridique a été adoptée, l’activité législative du Parlement n’est pas à la hauteur des attentes.  Le représentant s’est néanmoins félicité que le Gouvernement essaye de créer un mécanisme de gestion des crises.  C’est une étape importante après le tremblement de terre qui a touché le nord du pays, a-t-il dit, affirmant suivre également les efforts de lutte contre le choléra en Haïti et les activités de l’ONU dans ce domaine.  Il a aussi salué le processus de réforme en matière judiciaire qui permettra notamment de remédier au défi du surpeuplement des prisons.  Le délégué a vu dans la baisse du taux de criminalité en Haïti la preuve de la compétence des forces de police, en dépit des défis auxquels celles-ci sont aujourd’hui confrontées.  C’est pourquoi, a-t-il affirmé, il faut aller de l’avant dans la mise en œuvre du plan stratégique de sortie sur deux ans de la MINUJUSTH.  La Mission s’est fixée des objectifs pour y parvenir et le Koweït lui apporte tout son appui, a-t-il conclu.

Mme ANNE GUEGUEN (France) s’est félicitée des progrès accomplis en matière de formation de la Police nationale haïtienne, qui a démontré son professionnalisme lors des manifestations, parfois violentes, de ces derniers mois.  La contribution de la MINUJUSTH à la stabilité du pays a été cruciale mais la volatilité de l’actualité souligne également à quel point la situation en Haïti reste vulnérable.  Elle a appelé tous les acteurs politiques à pleinement s’engager dans la construction d’un État de droit en Haïti, jugeant que beaucoup reste encore à faire pour renforcer le cadre législatif nécessaire à la protection des droits des citoyens et garantir une justice indépendante et impartiale.

S’agissant des réformes indispensables pour progresser vers une prospérité durable et ancrer la démocratie en Haïti, la représentante a insisté sur un meilleur accès aux services sociaux, l’amélioration des conditions de détentions et la lutte contre la corruption et l’impunité.  Enfin, déclarant que la France accorde la plus grande importance à la vitalité de la démocratie haïtienne, la représentante a salué les engagements pris en vue de l’organisation des élections législatives et sénatoriales en octobre 2019, notamment la demande d’une assistance électorale des Nations Unies.  

M. CARL ORRENIUS SKAU (Suède) a salué les progrès accomplis en vue de la consolidation de la démocratie en Haïti et souhaité qu’ils se poursuivent jusqu’aux élections de 2019 et au-delà.  La MINUJUSTH aura un rôle important à jouer, en particulier pour garantir la sécurité des femmes et assurer leur participation au processus politique.  Il a souligné l’importance de renforcer le dispositif contre l’exploitation et les atteintes sexuelles au sein de la Mission, de veiller à ce que les allégations d’exploitation et d’atteintes sexuelles soient signalées et fassent l’objet d’une enquête et de prendre des mesures disciplinaires, voire pénales, à l’encontre de leurs auteurs.  L’année qui vient, avec la tenue des élections, sera décisive pour Haïti, a-t-il poursuivi.  La MINUJUSTH sera l’une des premières missions à assurer la transition depuis une conception traditionnelle du maintien de la paix à l’ère de la pérennisation de la paix.  Une transition réussie bénéficierait aux Haïtiens et constituerait un exemple pour tout le système des Nations Unies, a conclu le délégué.

M. DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie) a indiqué que le rapport du Secrétaire général reflète bien la situation complexe en Haïti.  Alors que la date de fin de la présence de l’ONU se rapproche, le pays fait face à des défis qu’il devra bientôt relever de lui-même, a souligné le représentant, relevant que la situation s’est encore tendue ces derniers mois.  Les manifestations ont montré qu’il faut régler les difficultés par un dialogue constructif et pacifique, dans le strict respect de la loi haïtienne, a-t-il fait valoir.  Selon lui, le droit inaliénable au rassemblement pacifique et à la liberté d’association doit s’exercer dans le respect de la souveraineté haïtienne.

Saluant la compétence de la Police haïtienne, il s’est dit étonné que le rapport se base sur les positions de certaines parties prenantes, non pas sur les analyses des autorités haïtiennes, s’agissant des violations.  Il a aussi regretté que le chapitre sur les droits de l’homme s’appuie, pour l’essentiel, sur de simples allégations.  Alors que le plan humanitaire pour Haïti n’est financé qu’à 11%, la communauté internationale doit appuyer davantage les autorités haïtiennes, a plaidé le représentant.  Dans ce cadre, a-t-il conclu, le Conseil doit garantir la pleine souveraineté d’Haïti et lui permettre de parvenir à l’autosuffisance.

M. WU HAITAO (Chine) s’est inquiété de la fragilité de la situation sécuritaire et a jugé capital d’améliorer la situation économique en Haïti.  Il a lancé un appel au Gouvernement pour qu’il privilégie le dialogue politique avec toutes les parties afin de parvenir à un accord.  Le représentant a salué le travail de la MINUJUSTH, avant d’appeler la Mission à continuer d’apporter son soutien au Gouvernement en vue de renforcer les institutions judiciaires et la police nationale.  Le Gouvernement devrait aussi renforcer sa coopération avec l’ONU pour mettre en œuvre la stratégie de retrait de la MINUJUSTH, a conclu le représentant.

Pour Mme LISE GREGOIRE VAN HAAREN (Pays-Bas), la voie positive dans laquelle s’est engagée Haïti est encourageante mais les gains enregistrés doivent encore être consolidés.  Ces derniers mois, de nombreux Haïtiens ont protesté contre le manque de contrôle et de redevabilité des pouvoirs publics, a-t-elle dit.  « Préoccupée » par les violences « inacceptables » qui ont eu lieu en marge de certaines manifestations, elle a souligné la nécessité de consolider d’urgence l’état de droit.  Saluant les progrès de la Police nationale et la nomination récente d’une Ministre déléguée aux droits humains, elle a appelé à « appuyer sur l’accélérateur » pour atteindre les objectifs permettant le retrait de la MINUJUSTH.  Ainsi le pays doit redoubler d’efforts pour répondre aux problèmes majeurs de surpopulation dans les prisons, de détention provisoire, de corruption, de manque de contrôle et de redevabilité du secteur public.  La construction de l’état de droit est nécessaire au renforcement de la confiance, a-t-elle insisté.  Les efforts, en ce sens, doivent être intensifiés pour permettre une transition responsable de la MINUJUSTH vers une autre forme de présence des Nations Unies, qui reste à définir, a conclu la déléguée des Pays-Bas.

M. STEPHEN HICKEY (Royaume-Uni) a dit apprécier le travail de la MINUJUSTH pour assurer la pérennisation de la paix en Haïti et renforcer les capacités de la Police haïtienne.  Il a salué les efforts du Président Jovenel Moïse pour trouver un règlement à la crise actuelle, avant de se féliciter de l’adoption de la loi sur l’assistance juridique.  Cependant, il faut encore progresser, a-t-il plaidé, notant que des élections législatives se profilent et que les listes électorales doivent encore être finalisées.  Il en va de la consolidation du contrat social dans le pays, a-t-il insisté, ajoutant que les efforts visant à renforcer la paix doivent s’accompagner de mesures pour améliorer les services de base.  Le représentant a encouragé le Gouvernement à intensifier le dialogue avec toutes les parties prenantes, y compris le secteur privé et la société civile, afin de limiter le risque de déstabilisation.  Concernant le mandat de la MINUJUSTH, M. Hickey a noté qu’il ne reste que neuf mois à la Mission pour assurer le succès de cette transition, à laquelle toute la communauté internationale doit contribuer.

M. PAWEŁ RADOMSKI (Pologne) s’est dit préoccupé par la fragilité de la situation, comme le montrent les événements violents qui ont eu lieu en octobre et en novembre à Port-au-Prince et dans d’autres villes. Il a encouragé le Gouvernement à continuer de prendre des mesures concrètes pour répondre aux demandes de la population, y compris par le biais d’un dialogue constructif avec la société civile et l’opposition.  En ce qui concerne les élections en 2019, jalon essentiel pour la stabilité en Haïti, le représentant a encouragé le Gouvernement à renforcer la bonne gouvernance, à restaurer la confiance dans les institutions et à promouvoir les investissements privés. Il est essentiel de parvenir aux objectifs de développement durable, a-t-il déclaré.

S’agissant de la MINUJUSTH, le représentant a estimé qu’une transition sans heurts n’est possible que grâce à une coopération étroite avec le Gouvernement. Il a par ailleurs noté le rôle positif de la Mission dans l’amélioration du système judiciaire haïtien, avant d’attirer l’attention sur l’importance du respect des droits de l’homme et d’une justice impartiale pour tous. Le retrait de la Mission ne doit pas être précipité et devra tenir compte de la volatilité de la situation, a conclu le représentant.

Mme MAHLET HAILU GUADEY (Éthiopie) a pris note des difficultés socioéconomiques persistantes en Haïti et affirmé que seule une solution consensuelle permettra de sortir de la crise actuelle dans le respect de la Constitution existante.  Pour la représentante, il est essentiel que l’ensemble de la classe politique et tous les secteurs du Gouvernement œuvrent de concert au bien commun.  Saluant l’engagement du Gouvernement en faveur de la tenue d’élections législatives en 2019, elle a plaidé pour une assistance de l’ONU afin que ce scrutin marque un jalon essentiel dans la stabilisation du pays.  À cette aune, tous les acteurs politiques doivent être encouragés à participer à un dialogue constructif, a-t-elle dit.  La représentante a félicité la Police haïtienne pour son professionnalisme et salué le rôle important de la MINUJUSTH dans la consolidation de la paix en Haïti.  Enfin, elle a réaffirmé la solidarité de l’Éthiopie avec le peuple haïtien.

Pour M. GUSTAVO MEZA-CUADRA  (Pérou), le séisme du 6 octobre dernier rappelle la grande vulnérabilité d’Haïti aux catastrophes naturelles et la nécessité pour la  communauté internationale de continuer à lui fournir une aide humanitaire.  Le représentant s’est dit préoccupé par le manque de progrès dans des domaines essentiels et par la persistance de manifestations violentes, qui ont conduit à des pertes en vies humaines.  Pour lui, le renforcement des capacités opérationnelles de la Police nationale doit aboutir à une action plus efficace face à la prolifération des bandes armées, et à éviter que les manifestations ne dégénèrent.  Quant aux accusations d’abus et de corruption visant certains policiers, il a estimé que celles-ci doivent faire l’objet d’enquêtes, aucune violation ne devant rester impunie.  La lutte contre la corruption est un élément essentiel pour renforcer l’état de droit et la confiance de la population dans les institutions du pays.

En ce qui concerne le retrait de la MINUJUSTH, programmé le 15 octobre 2019, le même mois que les élections générales, le représentant a jugé important de fournir l’assistance électorale demandée, ajoutant que la transition doit tenir compte de l’évolution des conditions de sécurité et de la capacité globale des institutions haïtiennes à garantir la stabilité du pays.

M. ANATOLIO NDONG MBA (Guinée équatoriale) a fait part de son inquiétude devant les manifestations en Haïti, qui ont conduit à des pertes en vies humaines et à des dégâts matériels.  À cette aune, il a souligné l’importance de mener une politique socioéconomique au bénéfice de toutes les couches sociales.  En cette année préélectorale, le représentant a exhorté les acteurs politiques, la société civile et le Gouvernement à s’abstenir de tout acte qui encouragerait la violence et à garantir la bonne tenue des élections.  Celles-ci seront un indicateur de la stabilité et du développement du pays.   

En ce qui concerne la situation humanitaire, le représentant a salué le rôle joué par la MINUJUSTH et les autres agences de l’ONU.  Toutefois, beaucoup reste encore à faire pour atteindre les objectifs de la stratégie de retrait de la Mission, a noté le représentant, en particulier dans le domaine du renforcement de l’état de droit.

M. DIDAR TEMENOV (Kazakhstan) a salué les efforts de la MINUJUSTH, en coopération étroite avec les autorités d’Haïti.  Mentionnant les événements violents survenus en octobre et novembre derniers, il a exhorté le Gouvernement haïtien à mettre en place le plan de développement de la police afin de renforcer ses moyens et son professionnalisme.  Il est essentiel que la MINUJUSTH se concentre sur le renforcement des capacités de la Police haïtienne, a-t-il dit, en y voyant une condition du succès de la transition actuelle.  Afin d’encourager la mise en œuvre de réformes économiques clefs et la création de conditions propices aux investissements, le délégué a appelé les autorités à promouvoir l’état de droit et à lutter contre l’impunité.  Toutes les parties prenantes doivent œuvrer au bien commun, a plaidé le représentant.  « Il convient, en outre, de mettre en œuvre la stratégie de sortie de la MINUJUSTH de manière coordonnée. »  Pour cela, le Conseil doit continuer à être uni dans l’action, a-t-il conclu.

M. KACOU HOUADJA LÉON ADOM (Côte d’Ivoire) s’est dit préoccupé par l’évolution de la situation en Haïti, citant en particulier les violentes manifestations sociales qui ont provoqué des morts et de graves dégâts matériels.  Les crises persistantes qui secouent l’île traduisent, selon lui, les difficultés socioéconomiques et les tensions politiques, compromettant les efforts de reconstruction en cours.  Il a demandé des mesures « concrètes » pour atténuer les difficultés quotidiennes de la population, lutter contre la corruption et faire la lumière sur les allégations de mauvaise gestion du Fonds PetroCaribe.  Il faut promouvoir un dialogue national inclusif, qui permette de « décrisper » le climat politique et de mettre en œuvre le principe de reddition de comptes et d’indépendance des magistrats, a-t-il déclaré.  La persistance de la violence est un autre motif d’inquiétude et la Côte d’Ivoire exhorte les parties à assurer un environnement stable dans le pays, a-t-il déclaré.  Enfin, le représentant s’est réjoui des progrès dans la mise en œuvre du mandat de la Mission, ajoutant, néanmoins, que les conclusions du rapport faisant état des « difficultés » dans l’amélioration des indicateurs de référence demeurent préoccupantes.

M. DENIS REGIS (Haïti) a remercié le Secrétaire général d’avoir rendu compte des progrès accomplis par le Gouvernement haïtien en vue d’atteindre les divers objectifs et échéances conjointement établis dans le cadre du mandat de la MINUJUSTH, tout en prenant la mesure des difficultés et des problèmes rencontrés.  Le Gouvernement est pleinement conscient de l’impérieuse nécessité de redoubler d’efforts pour combler les retards liés à certains « indicateurs jugés essentiels » pour la consolidation de l’état de droit.

Le représentant a tenu à réaffirmer la ferme volonté de son gouvernement de tout mettre en œuvre pour remédier aux lacunes et défaillances, tout particulièrement en ce qui concerne les dysfonctionnements du système de justice; la question de la détention préventive prolongée; la mise en œuvre effective du Plan stratégique de développement 2017-2021 de la Police nationale et les allégations d’abus de droits de l’homme par des institutions étatiques et des agents des forces de l’ordre.

S’agissant des inquiétudes concernant la situation générale en Haïti et des risques de déstabilisation, M. Régis a reconnu que les turbulences de ces quatre derniers mois sont incontestablement le reflet d’une détérioration de la situation économique, exacerbant les difficultés auxquelles est confrontée la grande majorité de la population, aux prises avec l’extrême pauvreté.  À cela, s’ajoute une situation déjà complexe sur le plan humanitaire, comme en témoignent la carence dramatique d’infrastructures essentielles, les répercussions de l’épidémie de choléra, le rapatriement de dizaines de milliers de migrants haïtiens de la République dominicaine, sans compter les conséquences de la crise écologique et de l’extrême vulnérabilité du pays aux catastrophes naturelles.  Fort heureusement, la crise est en voie d’être maîtrisée grâce au dialogue instauré par le Gouvernement avec l’essentiel des parties prenantes, a assuré le représentant.  Ni la stabilité politique, ni les conquêtes démocratiques, ni les acquis de l’état de droit n’ont été remis en cause à aucun moment, a-t-il voulu souligner.

Le Président Jovenel Moïse s’est engagé à poursuivre les réformes indispensables, notamment à mener une lutte implacable contre la corruption.  Un climat social apaisé, dans un contexte de croissance et de création d’opportunités économiques, est indispensable à la consolidation de l’état de droit et des acquis démocratiques, a ajouté M. Régis, rappelant qu’il a tiré la sonnette d’alarme à maintes reprises sur les effets pervers de la diminution de l’aide publique au développement à Haïti.  « Un regain de la solidarité internationale est crucial à ce carrefour », a-t-il affirmé.

Enfin, M. Régis a qualifié l’organisation des élections législatives, l’année prochaine, de test majeur de la maturité, de la consolidation et de la stabilité des institutions haïtiennes.

M. SERGE LEON A. CHRISTIANE, Union européenne, a exprimé la préoccupation de l’Union européenne face à la situation générale en Haïti, qu’il a qualifiée de crise économique, financière, sociale, sécuritaire et de gouvernance.  Depuis le mois de juillet, a-t-il rappelé, le pays vit une nouvelle période d’instabilité marquée par de violentes manifestations et émeutes et par une inflation galopante.  Dans ce contexte, compte tenu de l’instabilité politique qui prévaut depuis la fin du mandat de l’ancien Président, l’Union européenne considère comme primordiale la tenue des élections législatives, Chambre et Sénat, dans les délais prévus,  conditions « incontournables » du fonctionnement de la démocratie, a-t-il insisté.  Il a, par ailleurs, estimé qu’une réforme consensuelle et profonde du système électoral serait un élément clef pour éviter toute nouvelle crise.

S’agissant de la MINUJUSTH, l’Union européenne partage les préoccupations exprimées dans le rapport du Secrétaire général devant la fragilité de la situation sécuritaire et l’insuffisance des progrès sur de nombreux critères de référence, a-t-il dit.  Le représentant a ainsi insisté sur l’incapacité persistante de la Police haïtienne et des autorités à contrôler la violence et à remédier aux accusations de collusion avec les bandes armées et « autres dysfonctionnements ».  Pour l’Union européenne, a-t-il conclu, les causes structurelles de l’instabilité en Haïti n’ont pas été réglées et la situation reste fragile.

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