Redoublons d’efforts contre les violences sexuelles en temps de conflit, afin que les femmes et les filles aient un fardeau de moins à porter

DSG/SM/1159-SC/13300-FEM/2146
16 avril 2018

Redoublons d’efforts contre les violences sexuelles en temps de conflit, afin que les femmes et les filles aient un fardeau de moins à porter

On trouvera, ci-après, l’allocution de la Vice-Secrétaire générale de l’ONU, Mme Amina J. Mohammed, prononcée en ce jour lors de la séance du Conseil de sécurité sur les femmes et la paix et la sécurité

À l’entame de mon propos, je voudrais féliciter le Pérou et S. E. l’Ambassadeur Gustavo Meza-Cuadra d’avoir convoqué cet important débat public sur les violences sexuelles commises en période de conflit.  Je souhaite également une chaleureuse bienvenue à Mme Razia Sultana qui est parmi nous aujourd’hui pour faire entendre la voix de la communauté rohingya et rendre compte du sort des femmes et des filles systématiquement prises pour cible en raison de leur religion ou de leur appartenance ethnique.

Cette année au Myanmar et dans de nombreuses autres situations de conflit, la menace et l’utilisation généralisées des violences sexuelles sont à nouveau utilisées comme tactique pour promouvoir des objectifs militaires, économiques et idéologiques.  Une fois encore, il s’agit d’un facteur de déplacements forcés massifs.  Je tiens à être claire: les deux sexes sont soumis à la sauvagerie atroce des violences sexuelles liées aux conflits.  La violence sexuelle est également une méthode très répandue de torture des détenus, et dans de nombreux conflits, la plupart des détenus sont des hommes et des garçons.  Mais dans l’ensemble, les femmes et les filles sont touchées de manière disproportionnée.  La discrimination fondée sur le sexe est le moteur invisible de la plupart des crimes de violence sexuelle.  Plus la condition de la femme est basse au regard de sa fortune, de sa santé et de son éducation, plus elle est vulnérable et risque de subir des préjudices.

L’année dernière, je me suis rendue avec la Représentante spéciale du Secrétaire général Pramila Patten au Niger et en République démocratique du Congo.  Dans les deux pays, les conséquences de la violence sexuelle sont profondes et durables pour les victimes, leurs familles et leurs communautés.  Les victimes sont contraintes de vivre avec leurs traumatismes physiques et psychologiques non traités, la stigmatisation sociale et des grossesses non désirées.  Bien souvent, les enfants nés d’un viol sont ostracisés et relégués aux marges de la société.  Cela montre une fois encore qu’en dernière analyse, les violences sexuelles ont des conséquences pour toutes les personnes touchées, les femmes comme les filles, les hommes comme les garçons.  Il s’agit d’une tactique délibérée qui vise à humilier et affaiblir la victime et à saper la cohésion sociale.  Il est de notre responsabilité de rendre justice aux rescapés de ces crimes atroces, de les reconnaître et de leur donner réparation, et pas seulement la justice devant les tribunaux mais aussi la justice sociale et l’autonomisation économique.

Nous devons reconnaître et appuyer la résilience des nombreuses victimes qui travaillent comme agents de changement.  Si nous voulons empêcher que ces crimes ne se reproduisent, nous devons garantir la responsabilisation et la dissuasion.  Dans ce contexte, je me félicite de l’engagement continu de toutes les parties énumérées par le Secrétaire général dans ses rapports sur les violences sexuelles liées aux conflits.  À titre d’exemple, la signature d’un communiqué unilatéral par une coalition de groupes armés au Mali en juillet 2017 et l’élaboration d’un communiqué conjoint et d’un plan de mise en œuvre par le Gouvernement iraquien le mois dernier sont très encourageantes.

Je voudrais aussi souligner la vigilance accrue manifestée par les Casques bleus à l’heure de protéger les femmes, les filles, les hommes et les garçons contre la violence sexuelle dans le cadre de leur mandat de protection des civils.  Le mois dernier, dans l’est de la République démocratique du Congo, une équipe de liaison féminine composée de 16 soldates du Royaume-Uni, de l’Afrique du Sud et du Népal a appuyé une mission civile dans l’une des zones les plus reculées du pays en réponse aux informations faisant état d’enlèvements et de violences sexuelles infligées à des centaines de civils.  Cela montre l’utilité des réseaux d’alerte et l’importance de la participation des femmes aux missions de maintien de la paix pour mieux lutter contre les violences sexuelles liées aux conflits.

Les conseillers pour la protection des femmes qui sont déployés dans les opérations de paix des Nations Unies ont également un rôle de premier plan à jouer pour aider les homologues gouvernementaux à honorer leurs engagements.  Il s’agit notamment d’encourager toutes les parties au conflit à prévenir la violence sexuelle et à faire en sorte que les survivants et les organisations de la société civile puissent exprimer leurs préoccupations concernant la sécurité, la protection et les défaillances en matière de prestation de services et contribuer à l’élaboration de nouvelles politiques et lois inclusives.

La résolution 2106 (2013) appelle tous les acteurs – le Conseil de sécurité, les parties à des conflits armés, les États Membres et les entités des Nations Unies – à faire davantage pour lutter contre l’impunité pour ces crimes.  Redoublons d’efforts pour mettre fin à l’horrible litanie des violences sexuelles commises en période de conflit, afin que nos femmes, nos filles, nos hommes et nos garçons qui essaient de reconstruire leur vie brisée aient un fardeau de moins à porter.

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