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END/DEV/1850
9 mai 2018
Treizième session, 6e et 7e séances – matin et après-midi

Les États Membres réclament des « garanties » sur les conséquences de la réforme du Département des affaires économiques et sociales pour le Forum sur les forêts

Pour la troisième journée de session du Forum des Nations Unies sur les forêts (FNUF), les délégations ont demandé des « garanties » s’agissant des conséquences que la réforme du Département des affaires économiques et sociales de l’ONU pourrait avoir pour le secrétariat du Forum.  « Nous nous attendons à ce que le Forum soit renforcé », a affirmé la représentante du Kenya, résumant le sentiment général des délégations.  Une discussion sur le Réseau mondial de facilitation du financement forestier a été l’autre temps fort de la journée. 

« Que se passera-t-il si le Département venait à assurer le secrétariat du Forum?  Qu’adviendrait-il du personnel de l’actuel secrétariat? », a demandé la déléguée de la Suisse, à l’entame de la discussion sur la réforme du Département des affaires économiques et sociales relative au Forum sur les forêts.  La déléguée suisse avait demandé, lors de l’ouverture de la présente session du Forum, l’inscription de ce point à l’ordre du jour. 

Les représentants de l’Afrique du Sud et du Nigéria, de leur côté, ont demandé des précisions sur les conséquences qu’aurait la réforme sur la charge du travail du secrétariat du FNUF, laquelle est de plus en plus lourde.  Les réformes peuvent avoir des retombées négatives sur le travail du Forum sur le terrain et sur l’aide qu’il apporte aux États Membres en vue de la réalisation des objectifs de développement durable, a averti le délégué sud-africain.

En conséquence, le délégué a demandé des « garanties », à l’instar des représentants du Brésil et du Mexique, ce dernier n’hésitant pas à exprimer ses « doutes » sur le processus de réforme en cours.  La représentante du Kenya a demandé des mesures concrètes pour que le FNUF, « grande fierté des États Membres », reste tel qu’il est actuellement ou pour qu’il soit doté de davantage de ressources. 

Le Directeur de cabinet du Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, M. Haitian Lu, s’est voulu, de son propre terme, « rassurant ».  Le Secrétaire général est attaché à fournir un soutien plus intégré aux États Membres, par le biais du Forum, tout en veillant à des synergies accrues avec les entités onusiennes chargées notamment de contribuer à la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030, a-t-il répété.

 « Il n’y a aucune ambiguïté sur l’attachement du Secrétaire général au mandat du FNUF », a tranché M. Lu.  Il a précisé que le Secrétaire général avait même l’intention de renforcer le secrétariat du Forum et qu’il n’y aurait pas de modification de ses mécanismes de financement.  « L’objectif est d’accroître l’appui apporté par le FNUF aux États Membres. »

Son intervention n’a pas dissipé toutes les inquiétudes puisque la séance de l’après-midi du Forum s’est ouverte sur l’appel de sa Vice-Présidente, Mme Koko Muli Grigno, en faveur de la préservation de l’intégrité du FNUF, « qui est l’instance la plus pertinente de l’ONU pour promouvoir la gestion forestière durable ».  « Aucun pays ne doit rester à la traîne », a-t-elle insisté.  Même son de cloche du côté de la représentante du Groupe des enfants et des jeunes qui a mis en garde contre les effets négatifs de la réforme du Département, la question des forêts pouvant perdre de son importance. 

La discussion s’est ensuite centrée sur le Réseau mondial de facilitation du financement forestier, dont la déléguée de la Jamaïque s’était inquiétée dans la matinée qu’il puisse être touché négativement par la réforme précitée. 

« Ce Réseau doit être géré par le secrétariat du Forum sur les forêts et son fonctionnement doit être conforme aux règles de gestion financière de l’ONU », a précisé M. Hu Yuanhui, Directeur général adjoint pour la coopération internationale, l’administration d’État des forêts de la Chine. 

Ce dernier, qui présentait les principales conclusions de la réunion d’experts qui s’est tenue en mars 2018 à Chengdu (Chine), a, en particulier, invité le Forum à veiller à ce que les activités du Réseau soient le plus possible conformes à son mandat. 

Au cours de la discussion qui a suivi, les délégations ont, dans une large mesure, fait part de leur appui au Réseau mondial de facilitation du financement forestier, mais ont été nombreuses à insister sur le fait qu’il n’a pas vocation à être un organe de financement ni même un organe de gestion de projets.  Il doit être, a tranché le délégué iranien, « une plateforme de renforcement des capacités des pays en développement ». 

Le délégué du Nigéria, au nom du Groupe des États d’Afrique, a souhaité que le Réseau mondial puisse ainsi contribuer au succès des objectifs mondiaux sur les forêts et des objectifs de développement durable.  Aussi a-t-il de nouveau appelé à renforcer le fonctionnement du secrétariat du Forum pour qu’il puisse véritablement appuyer le Réseau mondial de facilitation du financement forestier.

La délégation de l’Indonésie s’est inquiétée, à l’instar de nombreuses autres, des ressources limitées dont dispose le Réseau, ce que le Directeur du FNUF a confirmé avec franchise.  « Je vais être clair: mes démarches pour trouver des fonds pour le Réseau ont échoué pour le moment. »

Enfin, au cours de cette journée, les délégations ont longuement débattu du format à suivre pour l’établissement des nouveaux rapports nationaux volontaires, dont le modèle leur a été communiqué par le secrétariat du FNUF. 

D’une manière générale, les délégations ont salué la facilité d’utilisation du format du rapport, mais ont toutefois regretté le manque de clarté de certaines questions ou pointé l’absence de certains indicateurs.  Nombre d’États, à l’instar de l’Inde, de la Malaisie ou encore de la Nouvelle-Zélande, ont par ailleurs estimé que les pays doivent être libres de choisir leurs indicateurs sur la base des 21 qui ont été identifiés pour l’établissement des rapports. 

Le Forum sur les forêts poursuivra ses travaux demain, jeudi 10 mai, à partir de 10 heures.

DISCUSSION SUR LA RÉFORME DU DÉPARTEMENT DES AFFAIRES ÉCONOMIQUES ET SOCIALES EN LIEN AVEC LE FORUM DES NATIONS UNIES SUR LES FORÊTS

M. HAITIAN LU, Directeur du Cabinet du Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, a fait le point sur le processus de réforme du Département des affaires économiques et sociales, qui est mené en lien avec le Forum en vue de rendre ce dernier plus efficace dans le soutien qu’il apporte aux processus gouvernementaux chargés de la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030.  L’objectif est d’apporter un « soutien intégré » à ces processus gouvernementaux, y compris au sein du Forum sur les forêts, a-t-il déclaré.  M. Lu a mentionné la réflexion en cours du Secrétaire général qui envisage de renforcer le secrétariat du FNUF, tout en augmentant les synergies avec d’autres entités onusiennes.  Aucune proposition officielle n’a néanmoins été avancée, car le Secrétaire général attend la prochaine adoption par l’Assemblée générale de la résolution sur le repositionnement du système des Nations Unies pour le développement, a-t-il précisé. 

Plusieurs délégations ont pris la parole pour demander des précisions, voire des « garanties » sur la réforme en cours.

Ouvrant le bal, la déléguée de la Suisse, qui avait demandé lors de l’ouverture de la présente session du Forum l’inscription de ce point à l’ordre du jour, a rappelé que les fonctions du FNUF, ainsi que son financement, sont détaillés dans des documents budgétaires soumis à l’examen de la Cinquième Commission, la Commission chargée des questions administratives et budgétaires.  « Que se passerait-t-il si le Département venait à assurer le secrétariat du Forum?  Qu’adviendrait-il du personnel de l’actuel secrétariat? » a-t-elle voulu savoir. 

Les représentants de l’Afrique du Sud et du Nigéria, de leur côté, ont demandé des précisions sur les conséquences de la réforme en termes de charge du travail du secrétariat du FNUF, car ils ont constaté que celle-ci avait augmenté.  Le délégué sud-africain a craint que les réformes aient des retombées négatives sur le travail que mène le Forum sur le terrain et sur l’aide qu’il apporte aux États Membres dans l’application des divers programmes relatifs aux forêts.  En conséquence, le délégué a demandé à M. Lu des « garanties ».  Des garanties réclamées également par les représentants du Brésil et du Mexique, ce dernier n’hésitant pas à exprimer ses « doutes » sur le processus de réforme en cours.  Son homologue de la Jamaïque a, elle, demandé plus spécifiquement des détails sur les conséquences de la réforme sur le Réseau mondial de facilitation du financement forestier. 

« Le projet de réforme respectera-t-il le mandat conféré par les États Membres au FNUF? » s’est inquiétée à son tour la délégation du Canada.  La représentante du Kenya a demandé des mesures concrètes pour que le « FNUF reste tel qu’il est actuellement ou pour qu’il soit doté de davantage de ressources ».  Elle a évoqué le long chemin accompli jusqu’à la création de ce Forum, « grande fierté des États Membres », et plaidé pour son renforcement en vue de réaliser les objectifs de développement durable, en particulier l’objectif 15.  « Nous nous attendons à ce que le FNUF soit renforcé », a-t-elle affirmé. 

En réponse à ses remarques, le Directeur du Cabinet du Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, s’est voulu, selon son expression, « rassurant ».  Le Secrétaire général est attaché à fournir un soutien plus intégré aux États Membres, par le biais du Forum, tout en veillant à des synergies accrues avec les entités onusiennes chargées notamment de contribuer à la mise en œuvre du Programme 2030, a-t-il répété.  Il a rappelé la création de six postes en 2001 pour composer le personnel du secrétariat du FNUF, auxquels sont venus s’ajouter quatre nouveaux postes.  « Il y a donc eu un renforcement du FNUF », a-t-il déclaré, assurant qu’il n’y avait « aucune ambiguïté » sur l’attachement du Secrétaire général au mandat du FNUF.  « Ce mandat ne changera pas. »  De même, les fonctions d’appui du Forum aux États Membres ne changeront pas, a-t-il poursuivi.  M. Lu a précisé que le Secrétaire général avait même l’intention de renforcer le secrétariat du Forum et qu’il n’y aurait pas de modification de ses mécanismes de financement.  L’objectif est de renforcer l’appui du secrétariat du FNUF aux États Membres, a-t-il martelé.  « Je veux vraiment rassurer les États Membres. »

Suivi, évaluation et rapports

Progrès accomplis dans la mise en œuvre du plan stratégique des Nations Unies sur les forêts (2017-2030), notamment l’instrument des Nations Unies sur les forêts et les contributions nationales volontaires

Progrès réalisés dans l’élaboration d’indicateurs mondiaux relatifs aux forêts

En application du paragraphe 3 de sa résolution 12/1, le Forum des Nations Unies sur les forêts doit examiner, lors de sa treizième session, le cycle et le cadre d’établissement des nouveaux rapports nationaux volontaires, en tenant compte des travaux sur les indicateurs forestiers, des cycles d’établissement de rapports pertinents et de la nécessité de réduire la charge de travail que ces rapports représentent ainsi que des éventuels supports de communication issus de ces rapports.

Les délégations étaient saisies d’une note (E/CN.18/2018/4) contenant des propositions de révision du cadre et du cycle d’établissement des rapports nationaux volontaires sur la mise en œuvre du plan stratégique des Nations Unies sur les forêts (2017-2030), notamment l’instrument des Nations Unies sur les forêts et les contributions nationales volontaires.

Cette note, qui a été présentée par Mme AFSA KEMITALE, du Secrétariat du FNUF, indique aussi que lors de la réunion d’experts sur la transmission des rapports au Forum sur les forêts, qui s’est tenue à Nairobi du 21 au 23 novembre, les experts ont décidé que 2021 était une année appropriée pour la publication d’une étude de référence, étant donné que suffisamment de temps se serait écoulé depuis l’adoption du plan stratégique, et que le rapport pourrait faire fond sur les résultats du cycle 2020 du Programme d’évaluation des ressources forestières mondiales. 

Table ronde

Mme DAVIA CARTY, Gestionnaire de la planification d’entreprise stratégique au sein du Département forestier de la Jamaïque, a indiqué que son pays avait accepté, en 2016, de participer au projet pilote sur le projet de format d’établissement de rapport.  Le format a été reçu au mois de juin et le projet de rapport final a été présenté en septembre.  Elle a expliqué que ce document avait été établi sur la base d’informations reçues des différents ministères ainsi que d’experts externes au système.

Elle a jugé le modèle très utile, notamment en ce qui concerne l’insertion d’hyperliens vers les documents pertinents.  Toutefois pas suffisamment de temps n’a été alloué pour pourvoir consulter l’ensemble des parties prenantes.  La période d’établissement de rapport s’est également avérée problématique, les dates exactes étant confuses.  Des problèmes d’interprétation et de clarté ont également entouré les questions sur les objectifs 3 et 4 du plan stratégique.  En revanche il a été plus aisé de répondre aux questions sur les objectifs mondiaux relatifs aux forêts. 

D’une manière générale, s’est-elle félicitée, ce rapport a déjà prouvé son utilité, étant déjà utilisé par plusieurs agences du pays.  Elle a conseillé de mieux définir des termes comme « augmentation importante » afin de faciliter la collecte de données plus ciblées.  Il faut aussi préciser les dates de collectes d’information et prévoir au moins six mois pour la préparation du rapport, a-t-elle recommandé.

M. PATRICK KARIUKI, Conservateur en chef adjoint des forêts au sein du Service forestier du Kenya, a estimé que le format d’établissement de rapport est clair et ses questions directes, jugeant particulièrement favorable l’espace réservé pour les commentaires relatifs à chaque objectif.  Le format établi facilite également l’utilisation, selon lui.

Le panéliste a indiqué qu’il avait été particulièrement facile de répondre aux questions sur les objectifs 1, 3 et 5 qui concernent des informations plus techniques.  La tâche s’est avérée plus ardue pour les objectifs 2, 4 et 6 qui concernent des questions transversales comme, par exemple, les revenus des ménages et les contributions à la biodiversité, tandis que la collecte de données en la matière a été plus difficile. 

Il a estimé que les informations collectées pour établir le rapport seront particulièrement utiles pour le Gouvernement et pourront aussi servir de base pour l’établissement d’autres rapports nationaux, ainsi que pour ceux réclamés par la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et AFR100, sur la restauration du paysage en Afrique.

Le processus a également démontré la nécessité de renforcer la sensibilisation et la prise de conscience sur l’importance de mettre en œuvre le plan stratégique.  Il serait toutefois judicieux d’accorder plus de temps à l’établissement du rapport, a-t-il conclu.

M. PETER CSOKA, Secrétaire du Comité pour la foresterie et Chef d’équipe des organes statutaires du partenariat de collaboration sur les forêts, Département de la foresterie de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a rappelé qu’il avait été décidé en 2015 de collecter des données sur les forêts.  Des consultations ont été menées en ligne avec des experts et les critères définitifs ont été présentés en février dernier.

Il a indiqué que l’un des objectifs de ce noyau d’indicateurs mondiaux vise à mettre en place une plateforme commune pour réduire la charge d’établissement de rapports.  Ce noyau devrait aussi permettre d’évaluer les progrès réalisés dans la mise en œuvre de l’Instrument sur les forêts et du cadre stratégique, ainsi que pour tous les objectifs de développement relatifs aux forêts.  Le noyau repose sur 21 indicateurs, mais n’est cependant pas encore utilisable en l’état actuel, a-t-il précisé.

Les données sont fournies par le processus FRA de la FAO, ainsi que le FNUF, la CEE et l’UNFCCC, entre autres.  Afin de faciliter l’utilisation de ces données, la FAO a créé une nouvelle plateforme en ligne pour permettre aux États non seulement de divulguer des informations dès qu’elles sont rendues publiques, mais aussi communiquer régulièrement avec les réviseurs et correcteurs.  Cette idée est très prometteuse d’où l’importance de rejoindre ce processus et de partager des informations, a-t-il souligné.

Débat interactif

D’une manière générale, les délégations ont salué la facilité d’utilisation du format du rapport.  L’Inde a toutefois souhaité obtenir plus de précisions sur les questions qualitatives.  Chacun connaît l’utilité des forêts pour la création d’emploi, par exemple, mais la collecte de données en la matière peut être très difficile, surtout pour un grand pays, a notamment fait observer la délégation qui a aussi estimé que les pays doivent être libres de choisir leurs indicateurs sur la base des 21 qui ont été identifiés.

Le Bangladesh a plaidé pour l’adoption d’un format simple, harmonisé avec d’autres documents.  Il a aussi averti que si les questions sont trop complexes, il sera difficile d’obtenir les résultats escomptés.  En outre le niveau de détail varie selon les indicateurs, a constaté le Japon qui a par ailleurs averti que le temps risque de faire défaut pour achever l’étude phare prévue en 2021.

Il ne faut pas perdre du vu l’importance de la coopération intersectorielle, a commenté le Mexique, tandis que l’Indonésie a pointé le manque de clarté des questions relatives à l’Instrument sur les forêts, ainsi que le fait que l’unité de mesure sur la sécurité alimentaire reste à définir. 

Les indicateurs doivent aussi tenir compte de la santé des forêts afin de pouvoir en évaluer la dégradation, a renchéri le Ghana qui a regretté que le rapport ne tienne pas compte des changements nets dans les forêts.  Ce qui manque, ce sont les définitions communes sur, par exemple, les forêts dégradées, a commenté à son tour la Suisse qui a aussi relevé que certains indicateurs laissent la porte ouverte aux interprétations, comme le 19.

Ce rapport doit aussi permettre d’identifier les lacunes, ont estimé les Philippines.  Cette délégation a aussi relevé que le rapport porte sur un cycle de cinq ans, et a jugé crucial d’établir des rapports nationaux en interne pour suivre les progrès.  Il faut en effet veiller à ce que ces rapports débouchent sur des actions concrètes et ne deviennent pas de simples bases de données, a renchéri l’Argentine.

De son côté, la République du Congo a souhaité que le rapport prenne en compte les forêts du bassin du Congo ainsi que les spécificités des pays.  Ces derniers doivent en outre être encouragés à formaliser certaines activités informelles, comme la collecte du bois et d’autres produits non ligneux.

Pour la Turquie, il importe avant tout d’examiner la manière dont les indicateurs pourront appuyer les objectifs de développement durable, tandis que l’Algérie a souhaité que l’objectif stratégique 2 soit inclus dans le rapport. 

De son côté, la communauté des ONG s’est vivement inquiétée de la décision prise de ne pas inclure certains indicateurs sur les populations dépendantes des forêts, entre autres, en raison de l’absence d’informations.  Cette question doit être prioritaire, a-t-elle estimé.  En la matière, le Sénégal a fait observer que de tels indicateurs sont très importants au niveau national et a recommandé de les inclure dans le rapport, même si le FNUF décide de ne pas en tenir compte dans sa synthèse finale.

Mais pour toutes ces activités de collecte de données, il faut avant tout améliorer les capacités des institutions forestières, a commenté la Colombie, avant que le Brésil ne recommande de renforcer les capacités des pays dans l’établissement de rapports. 

La délégation brésilienne a aussi relevé que certaines questions peuvent donner lieu à des réponses subjectives ou incohérentes, tandis que l’Australie a souligné que les mises en garde contenues dans les données quantitatives du FRA doivent aussi être reflétées dans le rapport.  Elle a également souhaité obtenir plus de conseils sur les étapes à suivre, notamment au sujet de l’indicateur 7 qui porte sur la protection de la faune.

La Nouvelle-Zélande a elle aussi réclamé plus de souplesse en ce qui concerne l’emploi des indicateurs, de même que la Malaisie qui a conseillé au FNUF de produire un manuel pour faciliter la préparation du rapport par les États Membres.  Le Népal a, pour sa part, conseillé d’élaborer une méthode d’évaluation solide, tandis que la Chine a recommandé au FNUF d’organiser des ateliers pour aider les États Membres.  Les États-Unis ont averti que l’ajout de directives supplémentaires risque d’entraver la souplesse et déboucher sur des malentendus, et ont conseillé d’inclure un texte explicatif.  Mais avant tout cela, il conviendrait de bien comprendre le but final de ce rapport, a estimé la délégation.

De son côté, l’Union européenne a souligné que le cycle d’établissement de rapport doit être synchronisé avec les cycles d’évaluation des ressources forestières et a conseillé de tenir compte des autres cycles d’établissement de rapport afin d’alléger la charge de travail des États.

L’importance d’éviter les doublons a aussi été soulignée à plusieurs reprises, notamment par la Roumanie qui a conseillé d’utiliser l’Évaluation des ressources forestières mondiales établies par la FAO peut prévenir les doublons et alléger le fardeau administratif. 

Le Nigéria, au nom du Groupe de États d’Afrique a appelé à veiller à ce que le processus soit « évolutif, souple et modifiable », et à accorder plus de temps à la mise en œuvre de ce nouveau système d’établissement de rapport.

L’Afrique du Sud, la FAO, la Commission économique pour l’Europe et l’Union internationale des instituts de recherches forestières sont également intervenus.

POINT À L’ORDRE DU JOUR: « MOYENS DE MISE EN ŒUVRE » « MOYENS POUR AMÉLIORER L’EFFICACITÉ ET L’EFFICIENCE DU RÉSEAU MONDIAL DE FACILITATION DU FINANCEMENT FORESTIER ».

La Vice-Présidente du Forum, Mme KOKO MULI GRIGNO, a plaidé pour le maintien de l’intégrité du FNUF, qui est l’instance la plus pertinente de l’ONU pour promouvoir la gestion forestière durable.  « Nous avons le devoir de maintenir l’intégrité du secrétariat afin de contribuer à la réalisation des objectifs de développement durable », a-t-elle dit, avant de plaider pour son renforcement.  « Personne ne doit rester à la traîne en ce qui concerne la gestion forestière durable », a-t-elle justifié.

M. PETER GONDO, Conseiller interrégional sur la gestion forestière durable au sein du secrétariat du Forum, a ensuite présenté la note du Secrétariat intitulé « Moyens de mise en œuvre de la gestion forestière durable » (E/CN.18/2018/5).  Cette note récapitule les activités intersessions relatives au financement des forêts, dont celles menées par le Réseau mondial de facilitation du financement forestier de mai 2017 à mars 2018. 

M. HU YUANHUI, Directeur général adjoint pour la coopération internationale et l’administration d’État des forêts et prairies de la Chine, a présenté le rapport de la réunion du groupe d’experts sur les directives opérationnelles du Réseau mondial de facilitation du financement forestier qui s’est tenue en mars 2018 à Chengdu (Chine).  M. Hu a mentionné les différents principes identifiés par ce groupe d’experts.  Le Réseau doit ainsi être géré par le secrétariat du Forum des Nations Unies sur les forêts et son fonctionnement doit être conforme aux règles de gestion financière de l’ONU, a-t-il précisé.  M. Hu a affirmé qu’une attention particulière devait être accordée aux besoins propres à l’Afrique, aux pays les moins avancés et aux pays à faible couvert forestier notamment.  Au titre des mesures proposées pour améliorer l’efficacité du Réseau, il a indiqué que le secrétariat pourrait mettre au point un guide général sur l’élaboration de stratégies nationales de financement forestier, afin que les pays soient mieux à même de mobiliser des ressources et de les utiliser rationnellement.  En ce qui concerne les partenariats, le secrétariat pourrait améliorer sa collaboration avec les mécanismes de financement de la préparation des projets des organisations internationales compétentes.  Il pourrait en outre renforcer sa coopération avec les grands groupes, a-t-il suggéré.  Enfin, M. Hu a indiqué que le Forum pourrait inviter le secrétariat du Fonds vert pour le climat à désigner un coordonnateur pour renforcer la collaboration avec le Réseau et veiller à ce que les activités du Réseau soient le plus possible conformes à son mandat. 

Au cours de la discussion qui a suivi la présentation de ces documents, les délégations ont, dans une large mesure, fait part de leur appui au Réseau mondial de facilitation du financement forestier, mais ont été nombreuses à insister sur le fait qu’il n’a pas vocation à être un organe de financement.

L’Ukraine a recommandé la désignation d’un point focal pour répondre aux questions des États Membres, tandis que la Malaisie a appelé le Réseau mondial à jouer un rôle de chef de file dans les négociations avec le Fonds vert pour le climat. 

Le Nigéria, au nom du Groupe des États d’Afrique, a souhaité que le Réseau mondial puisse contribuer au succès des objectifs mondiaux sur les forêts et des objectifs de développement durable.  Aussi a-t-il appelé à renforcer le fonctionnement du Secrétariat du FNUF pour qu’il puisse véritablement appuyer le Réseau mondial de facilitation du financement forestier.  Le FNUF doit lui-même renforcer son travail d’appui aux pays, a plaidé la République du Congo qui s’est inquiété des insuffisances de financement et de moyens des pays en développement.  La délégation a jugé encourageante l’insertion d’un programme sur la gestion des forêts, mais insuffisant le montant qui lui est alloué.

Des directives plus précises s’imposent, a estimé pour sa part l’Union européenne avant d’engager le Réseau mondial à établir des partenariats avec différentes organisations et rester en ligne avec le Programme d’Addis Abeba.  En outre, les règles de recrutement de consultants doivent être bien définies.

L’Indonésie s’est inquiétée de ressources limitées dont dispose le Réseau mondial et a insisté sur l’importance de renforcer l’efficacité et l’efficience de celui-ci.  Il a en outre estimé que le formulaire de demande d’aide adressée au Réseau mondial devait pouvoir être rédigé par des responsables gouvernementaux autres que le Ministre concerné. 

Ce dernier avis a été partagé par l’Algérie qui a aussi demandé des précisions sur l’identité des « certains pays » où doivent être conçus des projets dans le cadre du mémorandum d’accord entre le Forum et la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification.  Il s’agit, a répondu le Directeur du FNUF, des pays qui souhaitent poursuivre leur travail dans le cadre d’une assistance conjointe.  Il a aussi expliqué vouloir éviter d’élaborer des projets avec lesquels une partie du Gouvernement ne serait pas d’accord, raison pour laquelle la signature des documents doit se faire au plus haut niveau.

Le Sénégal a rappelé, de son côté, que l’espoir né de la création du Fonds carbone avait baissé du fait, notamment, de la complexité de REDD+.  Il a aussi remarqué que l’Afrique subsaharienne avait peu profité du Fonds carbone, aussi le Sénégal salue-t-il la création du Réseau mondial par l’entremise duquel il a pu allouer un budget de 70 millions de dollars à la bonne gestion de ses forêts.  Dans la même veine, le Niger a indiqué que l’appui du Réseau mondial l’avait aidé à élaborer un programme d’appui à la gestion des forêts.

La Suisse a estimé que le mandat du Réseau ne devait pas porter sur la formation dans le domaine du financement.  À l’instar des États-Unis, le Mexique a d’ailleurs souligné que le Réseau n’est pas une agence de mise en œuvre du financement de projets, mais qu’il doit fournir un appui technique pour aider les pays à formuler leur demande de financement.  La délégation des États-Unis a aussi appelé à procéder à des évaluations périodiques et a pointé l’inclusion dans la note d’éléments qui ne relèvent pas du mandat du Réseau mondial. 

Lui emboitant le pas, le Japon a estimé que la fonction de chambre de compensation devait se fonder sur les bases de données existantes et a souligné que le Réseau mondial devait agir dans le cadre du Forum. 

Le Réseau mondial doit effectivement être responsable devant le Forum et cela doit être reflété dans les directives, comme l’ont souligné les États-Unis et l’Union européenne, a renchéri l’Australie qui a appelé à éviter que le Réseau mondial devienne un organe de gestion de projets. 

« Ces affirmations selon lesquelles le Réseau mondial n’est pas un mécanisme de financement, est-ce là un véritable principe? » a réagi l’Algérie, avant que la République islamique d’Iran indique ne pas juger nécessaire de préciser dans le document que le Réseau mondial n’a pas vocation à être un organe d’octroi de fonds.  Le Réseau, a-t-il souligné, doit simplement être une plateforme de renforcement des capacités des pays en développement. 

L’Inde a appelé à simplifier le processus d’accès au financement et à le rendre le plus transparent possible.  En outre, la priorité doit être donnée à l’objectif de déboisement zéro, et les projets des pays qui le vise doivent être considérés en premier.  Le Gabon est également intervenu pour indiquer que la Commission des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC) appelle à respecter l’équité des flux de financements consacrés à la gestion des forêts tropicales.

Le Réseau mondial doit être le principal moteur pour dégager des financements, mais en l’état actuel, il est difficile pour les acteurs non-étatiques de pouvoir en profiter, a commenté pour sa part la Communauté scientifique et technologique qui a proposé la création d’un fonds spécial pour financier les projets des grands groupes consacrés à la réalisation des objectifs sur les forêts.  Le Forum africain des forêts a pour sa part appelé les États à ne pas négliger le dialogue avec la société civile et le secteur privé, tandis que le groupe enfants et jeunes les a invités à envisager le rôle que pourraient jouer les grands groupes.

Enfin, Sainte-Lucie a annoncé la tenue prochaine, sur son territoire, d’un atelier consacré au renforcement des capacités et des stratégies pour aider les petits États insulaires en développement à mettre en œuvre les objectifs relatifs aux forêts.

À l’issue de ces interventions, le Directeur du FNUF a souligné que celui-ci n’est ni une agence d’exécution, ni une agence de financement.  Des directives supplémentaires ont été formulées en ce qui concerne les priorités du Réseau mondial, a-t-il rappelé.  « Je vais être clair: il n’y a pas de fonds, ni augmentation de financement au Fonds d’affectation spéciale, et mes démarches pour trouver des fonds pour le Réseau ont échoué pour le moment. »

Débat général

M. YOSHIKO MOTOYAMA (Japon) a mentionné le récent colloque qui s’est tenu dans son pays pour parler des chaînes d’approvisionnement durables afin de remédier à la déforestation.  Le Japon s’est attaqué aux abattages d’arbres illégaux en mettant en place un nouveau cadre juridique, a-t-il déclaré.  En conclusion, le délégué du Japon s’est dit en défaveur de l’idée d’une réduction des droits de douane sur les produits des forêts. 

M. YUTO GUO (Chine) a souligné l’importance du Réseau mondial de facilitation du financement forestier pour mettre en œuvre le plan stratégique des Nations Unies sur les forêts.  Il a constaté que la demande de financement de certains pays n’avait pas été satisfaite, faute de fonds, et a appelé à renforcer le fonctionnement du Réseau.  Pour sa part, la Chine a organisé plusieurs ateliers à cette fin, a indiqué la délégation.

M. OSAKUADE (Nigéria), qui s’exprimait au nom du Groupe africain, a demandé la pleine application du plan stratégique des Nations Unies sur les forêts par tout le système onusien.  Il a plaidé pour un renforcement de la coopération entre le Forum et les grands groupes de la société civile.  Le délégué a en outre soutenu les efforts déployés par le Forum en vue de mieux faire connaître ses activités auprès du grand public. 

Mme LIUBOV POLIAKOVA (Ukraine) a formulé une brève proposition de modification du texte.

Mme HATCHER (Australie) a salué la proposition de la délégation chinoise d’établir un bureau du Réseau mondial de facilitation du financement forestier en Chine.

Le représentant du groupe des enfants et des jeunes a fait observer que plus de 50% de la population mondiale a moins de 30 ans, et que cette tranche n’est pas représentée à la session.  Il a aussi jugé essentiel que le Forum adopte un plan de soumission de rapport et une stratégie de communication autour du Réseau mondial.  Le groupe a par ailleurs craint que la question des forêts ne pâtisse de la réforme du DESA, avant de longuement insister sur les changements que peuvent apporter les jeunes.

La Commission des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC) a dit appuyer le FNUF dans la mise en œuvre du plan stratégique des Nations Unies sur les forêts.

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