​​​​​​​« Crise financière » ou « chantage » de Washington: dissensions à la Cinquième Commission sur les problèmes de trésorerie de l’ONU

AG/AB/4323
16 mai 2019
Soixante-treizième session - Deuxième partie de la reprise 37e séance – matin

​​​​​​​« Crise financière » ou « chantage » de Washington: dissensions à la Cinquième Commission sur les problèmes de trésorerie de l’ONU

La grave « crise financière » que traverse l’ONU est condamnée à empirer si des mesures ne sont pas prises d’urgence.  Tel est le message alarmant adressé par le Secrétariat, ce matin, à la Cinquième Commission chargée des questions administratives et budgétaires.  Plusieurs délégations ont manifesté leur impatience face à ce qu’elles estiment tout simplement être un problème de retard dans le versement des contributions, les États-Unis étant accusés par Cuba de retenir délibérément leurs paiements pour soumettre l’Organisation à « un chantage financier ».

« La situation financière en 2018 a été la pire dans l’histoire récente de l’Organisation et devrait encore continuer de se détériorer en 2019 », indique le Secrétaire général dans son dernier rapport.  Le budget ordinaire est confronté à de « graves problèmes de liquidités » qui se produisent plus tôt dans l’année, ne cessent de s’amplifier et persistent sur de plus longues périodes, avertit M. António Guterres, en précisant que le déficit de trésorerie du budget ordinaire avait atteint l’an dernier un niveau record de 488 millions de dollars.  Parallèlement, plusieurs opérations de maintien de la paix se sont également heurtées en 2018 à des déficits de trésorerie, ce qui a obligé l’ONU à recourir à des emprunts à court terme sur les comptes des opérations terminées et causé d’importants retards dans les paiements aux pays fournisseurs de contingents et d’effectifs de police. 

Au 30 avril 2019, les contributions non acquittées s’élevaient à 1,7 milliard de dollars pour le budget ordinaire, soit 146 millions de dollars de plus qu’un an auparavant, à 2,1 milliards de dollars pour le budget du maintien de la paix et à 90 millions pour les Tribunaux pénaux internationaux.  « La crise financière est appelée à empirer si des mesures ne sont pas prises d’urgence pour accroître les réserves de liquidités et surmonter les obstacles structurels », met en garde le Secrétaire général, en référence à ses propositions pour améliorer la situation financière de l’ONU, rassemblées dans le rapport (A/73/809) sur lequel la Commission devrait se pencher le 28 mai prochain.

La situation actuelle oblige les gestionnaires de l’ONU à consacrer tout leur temps à la gestion de la trésorerie, au détriment d’une exécution optimale des mandats, ont déploré le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande (CANZ).  Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que les gestionnaires sur le terrain doivent retarder les achats liés à la sûreté et à la sécurité du personnel des missions, s’est inquiété le groupe CANZ.  Couvrir les déficits de trésorerie des missions par des emprunts sur les comptes d’opérations de maintien de la paix terminées n’est pas une solution, se sont impatientés le Groupe des 77 et la Chine, pour qui la pratique n’est « ni bonne, ni viable ».  Il est également « inacceptable » que l’ONU demeure redevable de 339 millions de dollars envers les pays fournisseurs de contingents et de personnel de police, qui sont pour la plupart des pays en développement.  Ces pays, s’est énervée l’Inde, plus grande contributrice de troupes, deviennent les « argentiers de facto » des opérations de maintien de la paix, des « argentiers involontaires » dont la capacité de paiement n’est aucunement prise en compte.

Le Groupe des 77 et la Chine ont effet dénoncé une situation où des pays déjà en difficulté financière subventionnent des opérations mandatées par les membres du Conseil de sécurité qui, eux, « ont la capacité de payer mais choisissent délibérément de retarder leurs paiements ».  La véritable cause des déficits incombe aux pays qui ont historiquement tendance à retarder leurs paiements, « tout en s’accrochant à leurs privilèges spéciaux », a estimé le Groupe.  Ces mêmes pays exigent des améliorations en fonction d’une définition « arbitraire et sélective » de la performance, sans pour autant s’acquitter de leur responsabilité « fondamentale » envers l’Organisation. 

C’est précisément la nation « la plus riche de la planète », les États-Unis, qui accuse les dettes les plus lourdes, a, à son tour, dénoncé Cuba.  Washington, qui ne cesse de nous rappeler son statut « de plus grand contributeur », doit plus de 2,1 milliards de dollars à l’ONU, soit 60% de la dette totale des États Membres, dont 53% sont des arriérés.  Ce n’est un secret pour personne, a poursuivi Cuba, que les États-Unis retiennent leurs paiements pour soumettre l’ONU à « un chantage financier » et c’est « outrageant et scandaleux » qu’ils parlent de « retour sur investissement » en prenant l’ONU pour « un business » et en oubliant les profits énormes que leur assure leur statut de « pays hôte ».  Si les États Membres qui ont la capacité de payer ne s’acquittent pas de leur contribution en temps voulu, les finances de l’Organisation seront comme « une rivière sans source ou un arbre sans racine », a prévenu la Chine.  Que l’on cesse de parler de « crise financière », s’est échauffée la Fédération de Russie.  La situation financière des Nations Unies est « saine », a-t-elle affirmé, appelant le Secrétariat de l’ONU à prendre des mesures pour lutter contre les arriérés plutôt que de proposer des réformes.

Dans son rapport, le Secrétaire général dit qu’au 30 avril 2019, les réserves avaient été intégralement reconstituées à 353 millions de dollars et que la situation de trésorerie s’était redressée à la suite des contributions versées par les États Membres durant les premiers mois de l’année; le solde de trésorerie était ainsi passé à 484 millions de dollars.  Mais comme la tendance des soldes de trésorerie mensuels est à la baisse à mesure que l’année avance, des « blocs de financement » ont été mis en place au début de 2019 pour atténuer les conséquences du manque de liquidités.

Il faut aussi, a mis en garde l’Union européenne, que l’ONU fasse tout ce qui est nécessaire pour fonctionner avec le budget fixé.  Elle a d’ailleurs rappelé qu’elle couvre quasiment 30% du budget ordinaire et de celui des opérations de maintien de la paix.  L’Union européenne a par conséquent réclamé des mesures pour améliorer la gestion des ressources dans une ONU plus efficace, plus transparente et plus responsable financièrement.  Les ressources des États Membres ne sont en effet pas « illimitées », a renchéri le Japon, appelant à des « budgets réalistes », qui soient « à la fois nécessaires et suffisants » pour mettre en œuvre les mandats.  La Chine a prôné contrôle budgétaire strict, discipline financière, efficacité et responsabilité dans toutes les dépenses.  « Chaque centime du contribuable doit être bien géré et bien dépensé ».

AMÉLIORATION DE LA SITUATION FINANCIÈRE DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES

Rapport du Secrétaire général (A/73/443/ADD.1)

Dans ce rapport, le Secrétaire général actualise les données et fait le point des indicateurs financiers aux 31 décembre 2017 et 2018 et aux 30 avril 2018 et 2019.  Il y examine la situation financière de l’Organisation à l’aune des quatre grands indicateurs habituellement utilisés, à savoir le montant des contributions mises en recouvrement, le montant des contributions non acquittées, la situation de trésorerie et le total des montants dus aux États Membres.  Dans un autre rapport, (A/73/809), le Secrétaire général expose en détail un ensemble de mesures visant à résoudre à la fois les problèmes de liquidités et les problèmes structurels plus larges qui entravent la gestion budgétaire.  Ce rapport devrait être examiné ultérieurement par la Cinquième Commission et les propositions qui y figurent ne sont pas traitées ici.

Dans l’ensemble, indique le Secrétaire général, la situation financière en 2018 a été la pire dans l’histoire récente de l’Organisation et devrait encore continuer de se détériorer en 2019.  Le budget ordinaire, souligne-t-il, a été confronté à de graves problèmes de liquidités au cours des dernières années, avec un déficit de trésorerie qui se produit plus tôt dans l’année, s’amplifie et persiste sur de plus longues périodes.  Au 30 avril 2019, les réserves avaient été intégralement reconstituées à 353 millions de dollars et la situation de trésorerie s’était redressée à la suite des contributions versées par les États Membres durant les premiers mois de l’année; le solde de trésorerie était ainsi passé à 484 millions de dollars.  Bien que la situation de trésorerie du budget ordinaire soit actuellement positive, la tendance des soldes de trésorerie mensuels est à la baisse à mesure que l’année avance, et la situation de trésorerie devrait être encore pire qu’elle ne l’était en 2018.  Des blocs de financement ont été mis en place au début de 2019 afin d’atténuer les conséquences du manque de liquidités sur les activités prévues au budget de l’Organisation.

En 2019, les contributions mises en recouvrement sont de 2,85 milliards de dollars, soit 362 millions de dollars de plus qu’en 2018.  Au 30 avril, le montant des contributions non acquittées s’élevait à 1,7 milliard de dollars, soit 146 millions de dollars de plus qu’un an auparavant.  Quatre-vingt-neuf États Membres avaient versé l’intégralité de leurs contributions, soit un de plus que ceux qui l’avaient fait au 30 avril 2018.  Sur ces 89 États Membres, 34 ont versé leurs contributions dans un délai de 30 jours, et sont donc considérés comme l’ayant fait à temps.

L’exercice budgétaire pour les opérations de maintien de la paix n’est pas le même que celui du budget ordinaire: il court du 1er juillet au 30 juin et ne correspond donc pas à l’année civile.  Les contributions sont mises en recouvrement séparément pour chaque opération; les avis de mise en recouvrement sont émis pour des périodes de durée différente, en fonction de l’expiration du mandat de chaque mission.  Au 30 avril 2019, le montant des contributions non acquittées s’élevait à 2,1 milliards de dollars, une somme qui englobe 1,7 milliard de dollars au titre des missions en cours et 414 millions de dollars au titre des missions dont le mandat est terminé.  En ce qui concerne les missions en cours, 1,1 milliard de dollars portent sur des montants mis en recouvrement en 2019 et 562 millions de dollars sur des montants mis en recouvrement en ou avant 2018.

Au 30 avril 2019, le nombre d’États Membres qui avaient versé l’intégralité de leurs contributions dues et exigibles au titre des opérations de maintien de la paix s’élevait également à 45.  Lorsque les réserves de trésorerie sont insuffisantes pour couvrir les dépenses de fonctionnement de différentes opérations, les remboursements aux pays fournisseurs de contingents ou de personnel de police tendent à être différés, prévient le Secrétaire général.  Au 30 avril 2019, les sommes à rembourser s’élevaient au total à 1,009 milliard de dollars, dont 339 millions au titre des contingents et des unités de police constituées, 584 millions au titre du matériel appartenant aux contingents pour les missions en cours et 86 millions au titre du matériel appartenant aux contingents pour les missions dont le mandat était terminé.

Les remboursements au titre des contingents et des unités de police constituées étaient à jour pour toutes les missions jusqu’en janvier 2019, à l’exception de la Mission en République démocratique du Congo (MONUSCO), au Soudan du Sud (MINUSS), en Haïti (MINUJUSTH), au Mali (MINUSMA) et au Sahara occidental (MINURSO).  Les remboursements au titre du matériel appartenant aux contingents pour les missions en cours étaient à jour jusqu’en décembre 2018, à l’exception de la MONUSCO, de la MINUSS, de la MINUJUSTH, du Bureau d’appui des Nations Unies en Somalie et de la MINURSO.

S’agissant des tribunaux internationaux, au 30 avril 2019, le montant des contributions non acquittées s’élevait à 89,9 millions de dollars, soit 55,8 millions au titre du Mécanisme international appelé à exercer les fonctions résiduelles des Tribunaux pénaux, 26,5 millions de dollars au titre du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et 7,6 millions de dollars au titre du Tribunal pénal international pour le Rwanda.  Soixante-sept États Membres avaient versé intégralement leurs contributions pour le Mécanisme résiduel, tandis que 130 avaient versé leurs contributions pour le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, et 173 pour le Tribunal pénal international pour le Rwanda.  Au total, 65 États Membres avaient versé intégralement leurs contributions à tous les tribunaux, contre 64 États Membres à la même période en 2018.

La situation de trésorerie des tribunaux en fin de mois est positive depuis trois ans.  Les résultats de 2019 dépendront de la façon dont les États Membres continueront de s’acquitter de leurs obligations financières à l’égard des tribunaux.

Déclarations

Au nom du Groupe des 77 et de la Chine, M. SAED KATKHUDA, État de Palestine, s’est dit très préoccupé par la santé financière de l’Organisation, à commencer par l’aggravation des problèmes de trésorerie au niveau du budget ordinaire, ainsi que par les importants retards dans le remboursement des pays fournisseurs de contingents et de personnel de police.  M. Katkhuda a remarqué que les insuffisances de trésorerie au niveau du budget du maintien de la paix continuaient d’être couvertes par des emprunts à court terme sur les comptes d’opérations de maintien de la paix terminées.  « Cette pratique budgétaire n’est ni bonne, ni viable », a-t-il estimé.

S’agissant du remboursement des pays fournisseurs de contingents et de personnel de police, le représentant a jugé « inacceptable » que l’Organisation demeure redevable d’un montant total de 339 millions de dollars envers des États qui sont, pour la plupart, des pays en développement.  Cela crée une situation où ces pays, dont un certain nombre traverse des difficultés financières, « subventionnent des opérations de maintien de la paix mandatées par des membres du Conseil de sécurité qui, eux, ont la capacité de payer mais choisissent délibérément de retarder leurs paiements ».

Tout en saluant le fait que davantage d’États Membres aient à ce jour payé l’intégralité de leurs contributions obligatoires par rapport à l’an dernier, le représentant a noté que les contributions non acquittées avaient atteint un niveau record en 2018, soit 21,3% du budget.  Nous croyons fermement que toute retenue unilatérale et délibérée des contributions par des États Membres ayant la capacité de payer est « inacceptable », a martelé M. Katkhuda, pointant tout particulièrement du doigt les pays qui ont historiquement tendance à retarder leurs paiements, « tout en s’accrochant à leurs privilèges spéciaux ».  Ces mêmes pays, a déploré le représentant, exigent ensuite des améliorations en fonction d’une définition « arbitraire et sélective » de la performance, sans pour autant s’acquitter de leur responsabilité « fondamentale » envers l’Organisation. 

M. Katkhuda s’est dit prêt à analyser les propositions du Secrétaire général pour améliorer la situation financière de l’Organisation.  Il a toutefois estimé que la condition sine qua non de cette amélioration, c’est le paiement en temps voulu des contributions, « intégralement et sans condition ».

Au nom de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), M. TERRENCE TEO (Singapour) a exprimé la grave préoccupation de l’ASEAN face aux « incertitudes financières » qu’a connues l’ONU ces dernières années.  Il a rappelé que les contributions statutaires sont obligatoires en vertu de la Charte.  Il s’est félicité de la tendance à la hausse du nombre d’États qui payent la totalité de leurs contributions à temps, même s’il s’est dit préoccupé par le fait que l’Organisation continue de faire face à de sérieux problèmes de liquidité.  Les déficits s’aggravent et apparaissent de plus en plus tôt dans l’année, a-t-il retenu du rapport du Secrétaire général.

Même si quelques pays ont des difficultés à payer, l’ASEAN estime, a poursuivi le représentant, que la majorité des principaux contributeurs a bien la capacité de payer.  L’ONU, a-t-il martelé, serait dans une meilleure situation financière si les grands contributeurs respectaient leurs obligations.  M. Teo a rappelé que le montant global des contributions de l’ASEAN a augmenté ces dernières années.  Nous restons déterminés à honorer nos obligations, a-t-il dit, en prévenant que la marge de manœuvre donnée au Secrétaire général pour gérer les ressources financières restera vaine si, pour commencer, ces ressources sont insuffisantes.

Au nom des délégations du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande (CANZ), M. KENT VACHON (Canada) s’est dit profondément préoccupé par les « effets d’entraînement » des contributions obligatoires non acquittées.  La situation de trésorerie actuelle de l’Organisation se détériore en raison du non-paiement de 1,7 milliard de dollars de contributions au budget ordinaire, de plus de 2 milliards de dollars au budget du maintien de la paix et de 90 millions de dollars pour les tribunaux, a-t-il rappelé.  Les gestionnaires de l’ONU sont ainsi obligés de consacrer tout leur temps à la gestion de la trésorerie au détriment d’une exécution optimale des mandats.  Les problèmes de trésorerie, a-t-il insisté, sont un « frein » à l’efficacité « imposé par certains États Membres, mais dont le coût est assumé par tous ».

Ce qui est encore plus inquiétant, a poursuivi le représentant, c’est que les gestionnaires sur le terrain doivent retarder les achats liés à la sûreté et à la sécurité du personnel.  Les retards dans le paiement des contributions obligatoires et la « rigidité » dans l’utilisation des soldes de trésorerie des opérations de maintien de la paix se traduisent par des remboursements tardifs aux pays fournisseurs de contingents militaires et de police, ainsi qu’à ceux qui fournissent du matériel spécialisé et d’autres ressources, a déploré M. Vachon.  Cette situation a des répercussions sur la volonté des États de fournir du personnel dont l’ONU dépend pour mener à bien ses opérations de maintien de la paix. 

Pour le représentant, la tendance au déficit de trésorerie à laquelle l’ONU est confrontée « de plus en plus tôt chaque année » met en lumière les difficultés créées par un « grand nombre d’États Membres en retard de paiement » et « les débiteurs habituels ».  M. Vachon a par conséquent exhorté les États Membres à s’acquitter de leurs contributions obligatoires « à temps, intégralement et sans condition ».  Il a plaidé pour que la Cinquième Commission étudie, au cours de cette session, les propositions du Secrétaire général pour améliorer la situation financière de l’Organisation.

M. JAN DE PRETER, de la délégation de l’Union européenne, s’est félicité de ce qu’à la date limite fixée pour les contributions au budget ordinaire de l’ONU cette année, le montant des paiements ait augmenté, même si celui des contributions obligatoires non versées a également augmenté par rapport à l’année dernière.  Pour l’Union européenne, cette tendance n’est pas la bonne.  Elle appelle donc les États qui ont des arriérés de paiement à verser leurs contributions en temps voulu.  Il est important, a martelé le représentant, que tous les États Membres respectent leurs obligations financières.  En ce qui concerne les opérations de maintien de la paix, il s’est félicité de voir que le nombre des États qui ont payé la totalité de leurs contributions à la date limite du 30 avril a augmenté par rapport à l’an dernier. 

Néanmoins, le montant des sommes à recouvrer, bien que plus bas qu’en 2018, se maintient tout de même à 2,1 milliards de dollars.  Le représentant a souligné que l’ensemble des États membres de l’Union européenne assure presque 30% du budget ordinaire et de celui des opérations de maintien de la paix.  Le partage « équitable » des responsabilités entre les États Membres de l’ONU, en fonction de leur réelle capacité de paiement, est un prérequis pour assurer la viabilité financière au système onusien.  L’Union européenne, a tempéré le représentant, souligne également que l’ONU doit faire tout ce qui est nécessaire pour fonctionner avec le budget fixé.  Il a donc réclamé des mesures pour améliorer la gestion des ressources dans une ONU plus efficace, plus transparente et plus responsable financièrement.  L’Union européenne, a conclu le représentant, soutient toute approche visant à réaliser d’autres économies et gains d’efficacité, à redéfinir de manière substantielle les activités et à obtenir des résultats.

M. MAHESH KUMAR (Inde) a rappelé que les contributions obligatoires de son pays auprès de l’Organisation avaient augmenté cette année de 13%.  Or, l’Inde, a-t-il souligné, s’en est acquittée intégralement et en temps voulu.  M. Kumar a constaté que les arriérés de paiement s’élevaient au total à 3,6 milliards de dollars, soit environ un tiers des contributions.  Ces arriérés mettent les États Membres qui auraient pu bénéficier de la mise en œuvre efficace des mandats dans une situation difficile. 

Le maintien de la paix souffre également de ces arriérés, a-t-il poursuivi, en référence au milliard de dollars à rembourser aux pays fournisseurs de contingents et de personnel de police, auquel s’ajoute le remboursement du matériel appartenant aux pays fournisseurs de contingents, dont l’Inde.  Mon pays, a poursuivi le représentant, fait également partie des États à qui l’on doit des sommes importantes pour les troupes et le matériel.  L’Inde, a-t-il souligné, est le plus important fournisseur de contingents de l’Organisation et, malgré les retards dans le remboursement, elle a continué à appuyer les opérations de maintien de la paix de l’ONU.

Le remboursement en temps voulu est une attente « bien réelle », a poursuivi le représentant, ajoutant que les retards récurrents ont converti les pays fournisseurs de contingents ou de personnel de police en « argentiers de facto » des opérations de maintien de la paix, « argentiers involontaires » dont la capacité de paiement n’est aucunement prise en compte.  Ces retards « injustifiés et inexplicables » limitent également la capacité de l’ONU à conclure des accords avec les pays fournisseurs de contingents dans d’autres aspects du maintien de la paix, a prévenu le représentant.  La pratique consistant à retarder sans cesse les remboursements est d’autant plus problématique que l’ONU s’acquitte pleinement de ses obligations contractuelles similaires envers d’autres.  M. Kumar a espéré que les propositions du Secrétaire général pour améliorer la situation financière de l’ONU permettront de régler cette question.

Ce n’est pas la première fois que l’ONU fait face à une situation financière difficile, s’est impatientée Mme YAIMA DE ARMAS BONCHANG (Cuba).  Elle n’a pas pu, a-t-elle avoué, s’empêcher de noter que c’est précisément la nation « la plus riche de la planète », qui accuse les dettes les plus lourdes dans tous les budgets de l’ONU.  Les États-Unis, qui ne cessent de nous rappeler leur statut « de plus grand contributeur », doivent plus de 2,1 milliards de dollars à l’ONU, soit 60% de la dette totale des États Membres, dont 53% sont des arriérés.  Le milliard de dollars et plus que les États-Unis doivent au budget des opérations de maintien de la paix empêche la bonne mise en œuvre des mandats créés par le Conseil de sécurité, fait perdurer la lourde dette que l’ONU a vis-à-vis des pays contributeurs de troupes, dont de nombreux pays en développement, et compromet la répartition des soldes inutilisés des opérations fermées.

Ce n’est un secret pour personne, a poursuivi la représentante, que les États-Unis retiennent leurs paiements pour soumettre l’ONU à « un chantage financier », ce qui n’a rien à voir avec la capacité de paiement.  Elle a jugé « outrageant et scandaleux » que les États-Unis parlent de « retour sur investissement » aux Nations Unies.  Ils considèreraient donc, a-t-elle dit comprendre, que la paix et la sécurité internationales, le développement et les droits de l’homme ne sont qu’« un business ».  N’ont-ils pas honte de se plaindre du montant de leurs contributions quand leurs entreprises profitent des affaires qu’elles font avec l’ONU et quand leur Gouvernement tire d’énormes profits de son statut de « pays hôte » de l’Organisation.  En 2017, ces bénéfices s’élevaient à plus de 1,7 milliard de dollars, a affirmé la représentante.  Aujourd’hui, a-t-elle encore affirmé, les États-Unis pourraient apurer leur dette vis-à-vis de l’ONU en ne consacrant que 0,2% de leurs dépenses militaires. 

Cuba, a conclu la représentante, s’efforce de respecter ses obligations financières vis-à-vis de l’ONU, malgré les obstacles et les sacrifices imposées par le blocus économique, commercial et financier imposé par les États-Unis depuis 57 ans.

M. WATARU OTSUKA (Japon) a estimé qu’il incombe aux États Membres de s’acquitter de leurs contributions auprès de l’Organisation « intégralement et en temps voulu ».  C’est ce que le Japon a fait, comme à son habitude, en dépit de ses difficultés financières, a déclaré le représentant, rappelant toutefois que les ressources des États Membres ne sont pas « illimitées ».  Dans ce cadre, M. Otsuka a jugé important d’élaborer des « budgets réalistes », qui soient « à la fois nécessaires et suffisants » pour mettre en œuvre les mandats.

M. LIHENG FU (Chine) a jugé qu’une situation financière saine est non seulement le fondement d’une bonne exécution des mandats de l’ONU, mais également la garantie d’une mise en œuvre effective des initiatives de réforme.  Malgré l’augmentation de sa quote-part, la Chine, a-t-il rappelé, a payé la totalité de sa contribution « en tant que pays en développement responsable ».  Si les États Membres ne paient pas leur contribution en temps voulu, les finances de l’Organisation, a prévenu le représentant, seront comme « une rivière sans source ou un arbre sans racine ».  Même les meilleures réformes ne pourront pas résoudre le problème.  Les pays qui ont la capacité de payer, en particulier, doivent payer leur dû et traduire en actes concrets leur promesse d’appuyer et de soutenir la cause de la réforme de l’ONU.

Les retards dans le remboursement des pays fournisseurs de contingents ou de personnel de police doivent être réglés au plus vite, a poursuivi le représentant.  Ces pays sont pour la plupart des pays en développement et faire traîner leur remboursement ne peut qu’alourdir leur fardeau financier.  Enfin, le représentant a demandé à l’ONU d’accorder plus d’attention à la gestion budgétaire et a prôné un contrôle budgétaire strict, discipline financière, efficacité et responsabilité dans toutes les dépenses.  Chaque centime du contribuable doit être bien géré et bien dépensé, a conclu le représentant.

M. DMITRY S. ALYAKIN (Fédération de Russie) s’est dit très déçu par le fait que les représentants du Secrétariat de l’ONU aient une fois de plus, en dépit des demandes répétées des États Membres, omis d’inclure dans leur rapport des informations sur les mesures prises pour lutter contre les arriérés de paiement de contribution.  Le représentant s’est dit préoccupé par le niveau important des contributions non acquittées, s’agissant aussi bien du budget ordinaire que de celui du maintien de la paix.  À ses yeux, le versement tardif des contributions a des conséquences négatives sur le bon fonctionnement de l’Organisation et sur l’obtention des résultats escomptés.  

Le représentant a toutefois salué l’augmentation du nombre de pays qui se sont acquittés pleinement de leurs contributions statutaires auprès de l’ONU.  Il a souligné que l’Organisation ne traverse pas de crise financière.  La situation financière est « saine », a-t-il martelé, avant de souligner que la Fédération de Russie contribue « de bonne foi » aux différents budgets de l’ONU.  Mon pays, a-t-il insisté, a été l’un des premiers à verser dans son intégralité sa contribution au titre du budget ordinaire.  Quant au budget des opérations de maintien de la paix, la Fédération de Russie s’acquitte « progressivement » de ses obligations.  Les États Membres doivent s’acquitter du versement de leurs contributions « dans les délais impartis et sans précondition », a-t-il insisté en conclusion.

À l’intention des organes d’information • Document non officiel.