Cinquième Commission: les finances « saines » du maintien de la paix éclipsées par les « graves » problèmes de trésorerie du budget ordinaire

AG/AB/4320
7 mai 2019
Soixante-treizième session, 34e séance – matin

Cinquième Commission: les finances « saines » du maintien de la paix éclipsées par les « graves » problèmes de trésorerie du budget ordinaire

La responsable de la gestion des ressources financières du Secrétariat de l’ONU a volé la vedette aux Casques bleus, ce matin, lors de la réunion de la Cinquième Commission chargée des questions administratives et budgétaires sur la situation financière des opérations de maintien de la paix, jugée globalement « saine ».  Le budget ordinaire de l’ONU, en revanche, fait face à des problèmes croissants de trésorerie « de plus en plus tôt dans l’année », a alerté la haute fonctionnaire.

Le budget ordinaire de l’Organisation est confronté à de « graves » problèmes de liquidités, qui surviennent « de plus en plus tôt dans l’année », empirent et s’étirent sur des périodes de plus en plus longues, a mis en garde Mme Jan Beagle, Secrétaire générale adjointe aux stratégies et politiques de gestion et de la conformité. 

L’année dernière, le budget ordinaire a enregistré un déficit dès le mois de mai, avant d’atteindre son plus haut niveau à la fin octobre soit 488 millions de dollars.  Après épuisement de l’intégralité des 353 millions de dollars de réserve financière dont disposait l’Organisation, le déficit a été ramené à 135 millions et couvert par des emprunts aux comptes des opérations de maintien de la paix clôturées.  Fin 2018, le déficit du budget ordinaire s’élevait à 323 millions de dollars.  La trésorerie de l’ONU est remontée à 484 millions de dollars au 30 avril 2019, grâce au versement des contributions des États Membres au premier trimestre de l’année, a précisé la Secrétaire générale adjointe, mentionnant au passage le rapport publié le 26 mars dernier par le Secrétaire général (A/73/809) sur la manière d’améliorer la situation financière de l’ONU.  Ce document, qui sera soumis à la Cinquième Commission le 28 mai prochain, propose des mesures pour traiter des problèmes de liquidités et des questions structurelles plus larges qui compromettent la gestion budgétaire. 

Les États Membres se sont ensuite penchés sur le rapport financier du Comité des commissaires aux comptes (CCC) sur les opérations de maintien de la paix pour la période allant du 1er juillet 2017 au 30 juin 2018.  Le budget de ces opérations pour l’exercice était de 7,5 milliards de dollars, soit une diminution de 5,2% par rapport à l’exercice précédent.  Le CCC estime que la situation financière des 14 missions de maintien de la paix actives au 30 juin 2018 est globalement « saine » et précise qu’à cette date, 124 pays fournissaient 79 601 militaires et 10 705 policiers à des missions qui emploient aussi 13 125 civils et 1 425 Volontaires des Nations Unies.  Le Comité formule en outre un ensemble de recommandations pour améliorer la gestion financière et la performance du maintien de la paix à l’ONU.

Sur 52 recommandations d’audit formulées par le Comité au 31 janvier 2019, seules deux ont été intégralement appliquées, ont déploré le Groupe des 77 et la Chine, notant avec préoccupation que la mise en œuvre de certaines recommandations avait été « différée ou totalement abandonnée en raison de résultats escomptés ou attendus de la réforme de la gestion ».  Faisant écho aux inquiétudes du Groupe, les États-Unis et le Japon ont exhorté le Secrétariat de l’ONU à accélérer ses efforts pour répondre aux préoccupations du Comité, concernant notamment l’amélioration de la qualité et de la rapidité des rapports sur la performance.  « De nombreux problèmes identifiés par le Comité, notamment ceux liés à la performance, se renforcent mutuellement », ont affirmé les États-Unis, en appelant à la mise en œuvre des recommandations du Comité « en parallèle » et « de manière harmonieuse », grâce à une « coordination étroite entre les bureaux concernés ». 

L’Union européenne a particulièrement appuyé les recommandations visant à renouveler la chaîne d’approvisionnement, en mettant en œuvre des pratiques d’achats « durables, simplifiées et plus souples ».  Elle a également soutenu les recommandations visant à approuver, au niveau central, l’utilisation par les missions de leurs budgets d’opérations aériennes, afin de mettre en place une autorité et une coordination centralisées de ces opérations.

La Cinquième Commission se réunira à nouveau demain, mercredi 8 mai, à partir de 10 heures du matin.

AMÉLIORATION DE LA SITUATION FINANCIÈRE DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES

Déclaration

Mme JAN BEAGLE, Secrétaire générale adjointe aux stratégies et politiques de gestion et de la conformité, a d’abord rappelé que le 1er mars dernier, le Secrétaire général a informé l’Assemblée générale de la situation financière actuelle de l’ONU et publié le 26 mars, un rapport (A/73/809) sur la manière d’améliorer cette situation.  Le rapport, a-t-elle expliqué, détaille des mesures pour traiter des problèmes de liquidités et des questions structurelles plus larges qui compromettent la gestion budgétaire.  Le rapport a été examiné par le Comité consultatif pour les questions administratives et budgétaires (CCQAB) et sera soumis à la Cinquième Commission le 28 mai prochain. 

Mme Beagle s’est ensuite attardée sur le budget ordinaire, les budgets des opérations de maintien de la paix puis celui des Tribunaux pénaux internationaux.  Le budget ordinaire, a-t-elle alerté, a fait face, ces dernières années, à de « graves » problèmes de liquidités, qui surviennent de plus en plus tôt dans l’année, s’aggravent et s’étirent sur des périodes plus longues.  À la fin du mois d’octobre 2018, le déficit du budget ordinaire, enregistré dès la fin du mois de mai, avait atteint son plus haut niveau avec 488 millions de dollars.  En octobre, les réserves de 353 millions de dollars, soit la somme de 150 millions du Fonds de roulement et de 203 millions du Compte spécial, ont été totalement épuisées.  Le déficit était donc de 135 millions de dollars, couvert par des emprunts aux comptes des opérations de maintien de la paix clôturées.  À la fin de 2018, le déficit du budget ordinaire était de 323 millions de dollars.  Les liquidités sont revenues à 484 millions de dollars au 30 avril 2019 après les contributions des États Membres au premier trimestre de l’année. 

En 2019, le total des sommes mises en recouvrement est de 2,85 milliards de dollars, soit 362 millions de plus qu’en 2018.  Les paiements reçus au 30 avril 2019 s’élèvent à 1,7 milliard de dollars et les non-reçus, à 1,7 milliard, soit 146 millions de plus que l’année dernière.  Cent cinquante-deux États Membres ont payé la totalité de leurs contributions au budget ordinaire à la fin de 2018, soit sept de plus qu’en 2017.  Au 30 avril 2019, 89 États Membres ont payé la totalité de leur quote-part, soit un pays de plus que l’année dernière à la même date.  Depuis lors, la Chine et l’Ouzbékistan ont payé la totalité de leurs contributions. 

S’agissant des opérations de maintien de la paix qui ont une période fiscale allant du 1er juillet au 30 juin, au 30 avril 2019, les sommes mises en recouvrement étaient de 3,3 milliards dont 2,7 ont été reçus.  Au 30 avril 2019, 2,1 milliards étaient toujours en attente dont 1,7 milliard pour les missions actives, et 414 millions pour les missions clôturées.  Au 30 avril, 45 États Membres avaient payé leur dû, soit sept de plus que l’année dernière à la même date.  Depuis lors, l’Italie, la Jamaïque et le Royaume-Uni ont fait de même.  Toujours au 30 avril 2019, l’ONU devait la somme de 339 millions de dollars aux pays fournisseurs de contingents et de personnel de police. 

Concernant la situation des Tribunaux pénaux internationaux, au 30 avril 2019, 90 millions de dollars étaient toujours attendus.  Quelque 65 États avaient payé et depuis lors la Belgique et l’Ouzbékistan ont fait de même suivis par les États-Unis.  Au 7 mai, a conclu Mme Beagle, 40 États Membres ont payé la totalité de leurs contributions au budget ordinaire et à ceux du maintien de la paix et des Tribunaux. 

ASPECTS ADMINITRATIFS ET BUDGÉTAIRES DU FINANCEMENT DES OPÉRATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX DES NATIONS UNIES

Rapport du Comité consultatif pour les questions administratives et budgétaires sur les rapports du Comité des commissaires aux comptes (CCC) sur les comptes des opérations de maintien de la paix des Nations Unies et du Secrétaire général sur l’application des recommandations du CCC pour l’exercice clos le 30 juin 2018 (A/73/857)

Pour l’établissement de son rapport, le Comité consultatif pour les questions administratives et budgétaires (CCQAB) a examiné ceux du Comité des commissaires aux comptes [A/73/5 (Vol.  II)] et du Secrétaire général (A/73/750).  Dans l’annexe II de son rapport (A/73/755) et dans ses rapports consacrés à chaque mission de maintien de la paix, le CCQAB fait des observations sur les constatations du Comité des commissaires aux comptes (CCC). 

Déclarations

Au nom du Groupe des 77 et la Chine, Mme NADA TARBUSH de l’État de Palestine a salué le Comité des commissaires aux comptes (CCC) pour avoir collaboré étroitement avec le Bureau des services de contrôle interne (BSCI) et le Corps commun d’inspection (CCI), ce qui a permis d’éviter les doublons « inutiles et indésirables ».  Mme Tarbush a également salué la nouvelle approche du CCC qui a davantage centré son rapport d’audit sur les résultats.  Ce nouveau format améliorera la capacité du Comité à identifier les défis liés à la gestion des missions, s’est-elle félicitée.

La représentante a noté qu’au 31 janvier 2019, le Comité avait formulé 52 recommandations d’audit, dont 17 étaient considérées comme « principales recommandations » à mettre en œuvre en priorité.  Elle a cependant noté qu’à cette date, aucune de ces 17 recommandations n’avait été pleinement mise en œuvre.  Au total, sur les 52 recommandations d’audit, seules deux ont été intégralement appliquées, a dénoncé la représentante.  Mme Tarbush a aussi noté avec préoccupation que la mise en œuvre de certaines recommandations du Comité avait été « différée ou totalement abandonnée en raison de résultats escomptés ou attendus de la réforme de la gestion ».  La réforme de la gestion à l’ONU et les recommandations du Comité doivent être considérées comme complémentaires, a-t-elle tranché, avant de relever que la pleine utilisation d’Umoja pour la gestion du maintien de la paix demeure un défi.  Elle a également relevé des faiblesses dans la budgétisation et l’établissement de rapports budgétaires mais aussi dans une gestion « efficace et raisonnable » des opérations aériennes.  Mme Tarbush s’est ensuite déclarée préoccupée par: les lacunes concernant l’inventaire physique des biens d’équipement, ce qui compromet la fiabilité des données sur la valeur des stocks.  Elle a également relevé le manque de standardisation de certains processus et méthodologies et de politique globale unifiée concernant les examens stratégiques des missions, sans oublier les faiblesses dans le contrôle de la gestion des munitions des contingents, le manque de précision et de fiabilité dans la gestion des rapports sur le matériel appartenant aux contingents et sur les effectifs et les imperfections dans la gestion de la chaîne logistique et des achats.  La représentante a demandé des précisions sur des ratios de structure financière, notamment pour comprendre si le Comité est en mesure d’identifier et d’expliquer l’origine des problèmes de liquidités que traversent les opérations de maintien de la paix de l’ONU.

M. JAN DE PRETER, de l’Union européenne, a salué les efforts du CCC pour rendre l’Organisation plus « transparente », « rentable » et « efficace » dans la mise en œuvre de ses mandats.  Le représentant s’est également félicité de l’avis sans réserve émis par le Comité concernant les états financiers des opérations de maintien de la paix.  Il a en outre salué les recommandations du Comité liées à l’amélioration de l’évaluation de la performance des opérations, afin de « maintenir l’élan » en faveur de plus « d’efficacité », de « transparence » et de « responsabilité » dans l’exécution des mandats sur le terrain.  Le représentant a notamment appuyé les recommandations visant à renouveler la chaîne d’approvisionnement, en mettant en œuvre des pratiques d’achats « durables, simplifiées et plus souples ».  Il a enfin appuyé les recommandations du Comité visant à approuver, au niveau central, l’utilisation par les missions de leurs budgets d’opérations aériennes, afin de mettre en place une autorité et une coordination centralisées de ces opérations.

Mme CAROLYN STRAINIC (États-Unis) s’est déclarée impatiente d’entamer des discussions sur les efforts déployés par le Secrétariat pour mettre en œuvre les recommandations du CCC, notamment celles liées à la gestion des inventaires et biens d’équipements, la gestion du risque d’entreprise et l’amélioration des processus-métier.  La représentante a en outre salué les conclusions du Comité concernant la stabilité financière des opérations de maintien de la paix, qui disposent toutes, selon le Comité, de niveaux de trésorerie suffisants pour mener à bien leurs opérations.

Mme Strainic a fortement appuyé les appels du Comité en faveur d’une approche plus « standardisée et transparente » en matière d’évaluation et de promotion de la performance.  Elle a exhorté le Secrétariat à accélérer ses efforts pour répondre aux préoccupations du Comité en la matière, concernant notamment « l’amélioration de la qualité et de la rapidité des rapports sur la performance ».  De manière générale, la représentante a appelé le Secrétariat à continuer d’améliorer la mise en œuvre des recommandations du Comité.  « De nombreux problèmes identifiés par le Comité, notamment ceux liés à la performance, se renforcent mutuellement », a-t-elle affirmé, estimant par conséquent que ces recommandations devaient être mises en œuvre « en parallèle » et « de manière harmonieuse », par le biais d’une « coordination étroite entre les bureaux concernés ».

M. TOMOYA YAMAGUCHI (Japon) a assuré que sa délégation continuera de respecter son obligation de contributeur financier majeur des Nations Unies.  Il a insisté sur l’importance d’une gestion efficace, efficiente et responsable des opérations de maintien de la paix et soutenu, ce faisant, les observations du CCC qui permettent de mieux comprendre les défis relatifs à certains des aspects les plus importants du travail des opérations de maintien de la paix comme la gestion des actifs, le recouvrement des coûts, le système d’évaluation de la performance, l’examen des directives techniques sur les munitions et l’utilisation des budgets des opérations aériennes.  M. Yamaguchi a exhorté le Secrétaire général à assurer une mise en œuvre complète et à temps des recommandations restantes du CCC. 

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