Cinquième Commission: les États-Unis annoncent le paiement de la « majeure partie » de leurs arriérés avant la fin de l’année

AG/AB/4334
18 octobre 2019
Soixante-quatorzième session, 5e séance – matin

Cinquième Commission: les États-Unis annoncent le paiement de la « majeure partie » de leurs arriérés avant la fin de l’année

Les États-Unis ont annoncé, ce matin, à la Cinquième Commission chargée des questions administratives et budgétaires le paiement, « avant la fin de l’année », de la « majeure partie » de leurs contributions au budget ordinaire de l’ONU et à celui des opérations de maintien de la paix.  L’annonce intervient cinq jours après qu’alarmé par le déficit financier « le plus vertigineux de la décennie », le Secrétaire général de l’ONU a annoncé, des « mesures d’austérité ».  Son adjointe à la gestion prévenait, le 11 octobre dernier, qu’il fallait au moins 808 millions de dollars au budget ordinaire pour finir l’année.

« Accusé principal » dans la crise de liquidité de l’ONU, selon l’Iran, les États-Unis ont annoncé que la « majeure partie » du 1,055 milliard de dollars qu’ils doivent au budget ordinaire sera payée, « avant la fin de l’année ».  Nous venons de verser 180 millions de dollars, ont-ils précisé, annonçant une autre enveloppe de 96 millions à la fin de ce mois-ci et d’autres paiements en novembre.  Quant au budget des opérations de maintien de la paix, nous avons déjà débloqué depuis le début de l’année plus de 600 millions de dollars, ont affirmé les États-Unis.

Sur un budget ordinaire de 2,85 milliards de dollars pour 2019, il manquait toujours 1,39 milliard, le 4 octobre.  Pour les opérations de maintien de la paix, c’étaient environ 3,7 milliards de dollars sur un budget de 8 milliards.  Aujourd’hui, la Secrétaire générale adjointe à la gestion, Mme Catherine Pollard, a indiqué que depuis le 11 octobre 2019, le nombre total des États Membres qui ont payé l’intégralité de leurs contributions au budget ordinaire est toujours de 131.  Mais des payements partiels ont été reçus de l’Argentine, des États-Unis et du Mexique, plus grands débiteurs actuels.  Le nombre des bons payeurs ayant grimpé à 107 pour le budget des opérations de maintien de la paix, Mme Pollard s’est dite rassurée que les États Membres prennent la situation « très au sérieux ».

Pas si vite, a semblé dire l’Iran.  Après avoir entraîné l’ONU dans une crise financière, les États-Unis, plus grands contributeurs mais aussi plus grands « bénéficiaires de rabais », n’ont payé jusqu’ici que le quart de leur dû.  Compte tenu de leur quote-part et de l’Article 19 de la Charte*, ils pourraient prolonger la situation pendant plus d’une décennie, sans avoir à verser quoi que ce soit au budget ordinaire, a prévenu l’Iran pour qui l’ONU est devenue « l’otage des objectifs politiques américains ».

La rétention « délibérée et unilatérale » des contributions est tout simplement « inacceptable », se sont énervés le Groupe des 77 et la Chine, face à un État qui refuse de payer mais qui s’accroche à ses privilèges spéciaux, malgré le fait qu’il bénéficie déjà d’une distorsion « fondamentale » dans le financement de l’ONU, sans compter, a ajouté Cuba, les contrats « juteux » que ses entreprises remportent du fait que l’Organisation est basée à New York.  Le paiement par les États Membres de leurs contributions est « une obligation juridique et un devoir moral », a martelé l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN).

Certes, mais les obligations des États Membres à l’égard de l’Organisation ne sont pas plus importantes que celles de l’ONU à l’égard des pays fournisseurs de contingents ou de personnel de police, a fait observer l’Inde.  À ce jour, 27 pays attendent toujours leur remboursement « légitime ».  Nous ne pouvons, a protesté l’Inde, indéfiniment retarder les paiements, tout en utilisant l’argent pour payer les autres.  Quelque 70% du budget ordinaire est destiné à payer des salaires fixés par le « beaucoup trop généreux » principe Noblemaire.  Mais, a soupçonné l’Inde, le personnel payé à partir du budget ordinaire n’est peut-être pas aussi chanceux que celui dont les salaires sont supportés par le budget du maintien de la paix et peut-être carrément par l’argent dû aux pays contributeurs de troupes et de personnel de police, grâce à un tour de passe-passe dans les comptes.

Le Secrétariat de l’ONU devrait être plus proactif dans la collecte des contributions et exercer des pressions sur les débiteurs, a encouragé la Fédération de Russie.  Pourquoi ne pas conditionner les paiements aux fournisseurs au versement des contributions par leur pays d’origine?  On pourrait, a-t-elle suggéré, appliquer la même approche au personnel.  Pourquoi geler tous les recrutements alors qu’il suffirait de le faire pour les candidats originaires des pays débiteurs.

La situation financière du budget ordinaire a des origines multiples et les retards de paiements ne sont pas les seules, ont argué les États-Unis.  De nombreux aspects du processus budgétaire actuel mettent à mal la gestion efficace des ressources et empirent une situation de trésorerie déjà difficile, a acquiescé l’Union européenne. Il est urgent d’agir, a renchéri la Suisse, en qualifiant d’« obsolètes », la méthodologie budgétaire et le cadre règlementaire.

Il nous faut répondre aux faiblesses structurelles et donner au Secrétaire général davantage de marge de manœuvre dans la gestion budgétaire.  Il doit, a précisé la Suisse, être autorisé à réaffecter les ressources entre sections budgétaires selon l’évolution des besoins.  Les États-Unis ont d’ailleurs rappelé que, contrairement à d’autres, ils avaient dûment soutenu beaucoup des propositions que le Secrétaire général avait mises en avant pour relever les défis de la gestion budgétaire.

En ouvrant la séance aujourd’hui, le Président de l'Assemblée générale a dit compter sur les délégations pour des négociations de bonne foi et la recherche du consensus.  Nous sommes à un tournant, a dit M. Tijjani Mohammad-Bande, maintenant que nous passons d’un budget biennal à un budget annuel.

La Cinquième Commission était aussi saisie, ce matin, d’une demande de 100,5 millions de dollars pour financer la Mission d’assistance des Nations Unies pour l’Iraq (MANUI) pour 2020.  L’Iraq a réclamé des ressources budgétaires et humaines adéquates pour la Mission et a rejeté les « coupes drastiques » de nature selon lui à « hypothéquer » sa capacité à réaliser son mandat.

La Cinquième Commission tiendra sa prochaine séance publique, le 25 octobre, pour examiner le rapport de la Commission de la fonction publique internationale.

*Suspension du droit de vote si les arriérés sont égaux ou supérieurs à deux ans de contributions

AMÉLIORATION DE LA SITUATION FINANCIÈRE DE L’ONU

Rapport du Secrétaire général sur la situation financière de l’ONU (A/74/501)

Dans ce rapport, le Secrétaire général parle du budget ordinaire, du budget des opérations de maintien de la paix et de celui des Tribunaux pénaux internationaux, à l’aune de quatre grands indicateurs financiers, à savoir le montant des contributions mises en recouvrement, le montant des contributions non acquittées, la situation de trésorerie et le total des montants dus aux États Membres qui fournissent des contingents et du personnel de police pour les opérations de maintien de la paix.

S’agissant du budget ordinaire, le Secrétaire général indique qu’au 9 octobre 2019, le déficit de trésorerie avait atteint 386 millions de dollars, et les réserves, dont le montant s’élevait à 353 millions de dollars (150 millions de dollars au titre du Fonds de roulement et 203 millions au titre du Compte spécial), étaient complètement épuisées.  Le déficit (33 millions de dollars) a été couvert par le prélèvement d’avances sur les comptes d’opérations de maintien de la paix terminées.  À ce jour, les liquidités sont à peine suffisantes pour couvrir les dépenses du mois d’octobre, même si l’on prend en compte le reliquat des comptes des opérations de maintien de la paix terminées.

En 2019, les contributions mises en recouvrement se sont élevées à 2,85 milliards de dollars mais au 4 octobre 2019, le montant des contributions non acquittées s’élevait toujours à 1,39 milliard de dollars, soit une hausse de 299 millions de dollars par rapport au montant enregistré au 30 septembre 2018.  Pour que toutes les dépenses inscrites au budget puissent être engagées, l’Organisation devra recueillir au moins 808 millions de dollars au cours du dernier trimestre.

Concernant les opérations de maintien de la paix, le Secrétaire général indique qu’au 4 octobre 2019, le montant total mis en recouvrement était de 8 milliards de dollars pour l’année et celui des contributions reçues d’environ 5,7 milliards de dollars.  Le montant total des arriérés s’élevait à environ 3,7 milliards de dollars, contre 2,5 milliards au 30 septembre 2018 et 1,5 milliard au 31 décembre 2018.

Au 10 octobre 2019, les sommes à rembourser aux États Membres s’élevaient à 6 millions de dollars au titre des contingents et des unités de police constituées, 64 millions de dollars au titre du matériel appartenant aux contingents pour les missions en cours et 86 millions de dollars au titre du matériel appartenant aux contingents pour les missions terminées.  À cette date, les remboursements au titre des contingents et des unités de police constituées étaient à jour pour toutes les missions, à l’exception de la Mission des Nations Unies pour l’appui à la justice en Haïti.  Les remboursements au titre du matériel appartenant aux contingents pour les missions en cours étaient à jour, à l’exception de la Mission en République démocratique du Congo, de l’Opération au Darfour, de la Force à Chypre, de la Force pour Abyei, de la Mission au Sahara occidental et de la Mission pour l’appui à la justice en Haïti.

La récente décision de l’Assemblée générale d’autoriser les prélèvements d’avances sur les comptes d’autres missions en cours (gestion en commun de la trésorerie) et de mettre en recouvrement les contributions dues pour l’intégralité de l’exercice budgétaire a sensiblement renforcé la capacité de l’Organisation d’honorer ses obligations financières à l’égard des États Membres.  Sans ces deux mesures, le montant dû aux États Membres se serait élevé à 285 millions de dollars pour la période de versements trimestriels terminée en septembre 2019.  Comme le prélèvement d’avances a permis de mobiliser près de 215 millions de dollars, ce montant ne s’élève qu’à 70 millions de dollars.

Enfin, pour les Tribunaux pénaux internationaux, au 4 octobre 2019, le montant des contributions non acquittées s’élevait à 76 millions de dollars, soit 8 millions de dollars de plus qu’en 2018.  Ce montant se décompose comme suit: 7 millions de dollars au titre du Tribunal pénal international pour le Rwanda, 26 millions de dollars au titre du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et 43 millions de dollars au titre du Mécanisme international appelé à exercer les fonctions résiduelles des Tribunaux pénaux.

Déclarations

L’impact de la Cinquième Commission ne saurait être sous-estimé, a rappelé M. TIJJANI MUHAMMAD-BANDE, Président de l’Assemblée générale.  Les décisions prises par cette Commission affectent la capacité des Nations Unies de mettre en œuvre les mandats conférés par les États Membres et influencent le travail de chacun des trois principaux piliers des Nations Unies: la paix et la sécurité, le développement et les droits de l’homme.

Le Président a dit compter sur les délégations pour des négociations de bonne foi et pour trouver le consensus.  Les décisions de cette Commission, a-t-il ajouté, reflètent l’engagement collectif des États Membres à partager le fardeau financier et à financer les mandats.  Je suis sûr, a-t-il confié, que le consensus restera la pratique dans cette Commission. 

Nous sommes à un tournant, a-t-il poursuivi, maintenant que nous passons d’un budget biennal à un budget annuel.  Je compte que vous agirez de manière constructive pendant toute la session, a dit le Président, en appelant les délégations à achever leur travail à temps et avec succès et à finaliser le budget annuel des Nations Unies.  Vous êtes connus pour votre endurance mais il n’y a aucune raison de passer plus de temps que nécessaire ici dans le sous-sol des Nations Unies.  J’espère que vous respecterez les heures de travail et que vous vous ménagerez un temps au repos pendant les jours de congé. 

Les Nations Unies font face à une crise de liquidité, a conclu le Président qui a appelé tous les États Membres à appuyer l’ONU en honorant leurs engagements et leurs obligations vis-à-vis du budget et des quotes-parts.

Au nom du Groupe des 77 et la Chine, M. SAED KATKHUDA (État de Palestine) s’est dit gravement préoccupé par l’aggravation de la crise de liquidité du budget ordinaire de l’ONU.  Pour la deuxième année consécutive, le Fonds de réserve et le Compte spécial ont été épuisés, provoquant d’autres emprunts aux comptes des opérations de maintien de la paix fermées.  Ce n’est, s’est impatienté le représentant, ni une bonne pratique budgétaire ni une pratique viable.  Malgré les multiples avertissements du Secrétaire général, la situation n’a pas bougé.  Nous sommes, a assuré le représentant, prêts à étudier toutes les propositions, à condition qu’elles soient viables, fondées sur une bonne pratique budgétaire et qu’elles ne jettent pas un fardeau injuste sur les épaules des pays en développement qui ont une capacité de paiement plus faible.

Le représentant a tout simplement jugé « inacceptable » la rétention « délibérée et unilatérale » des contributions par des États Membres qui ont la capacité de payer.  Il a fustigé ces États qui ont érigé en mode de fonctionnement cette pratique pour des raisons politiques.  Aujourd’hui, a rappelé le représentant, 76% des contributions non reçues au budget ordinaire et plus de la moitié des ressources dues aux Nations Unies concernent un seul État qui continue de s’accrocher à ses privilèges spéciaux, malgré le fait qu’il bénéficie déjà d’une distorsion « fondamentale » dans la manière dont l’ONU est financée.  La rétention « délibérée et unilatérale » des contributions ne peut et ne doit pas être utilisée comme pression politique pour « déformer » les mandats de l’Organisation.

C’est ce comportement « irresponsable », s’est emporté le représentant, qui a contribué à la crise actuelle et forcé l’Organisation à prendre des mesures « graves » dont certaines auront un impact sur l’exécution des mandats, en particulier le pilier « développement ».  Comme, a ajouté le représentant, les communications que les États Membres font aux Nations Unies portent souvent des questions politiquement sensibles, leur publication et diffusion ne devraient pas être affectées par les mesures d’austérité.  Ces communications devraient être publiées et distribuées aussi tôt que possible et au minimum en anglais.

Nous l’avons toujours dit, a martelé le représentant.  La solution la plus simple à la crise de liquidité c’est le paiement par tous les États Membres de leurs contributions dans l’intégralité, dans les temps et sans conditions.  On ne saurait confondre déficit et flexibilité des mécanismes budgétaires.  Aucun degré de flexibilité ne saurait compenser le manque « fondamental » de ressources financières.  Il est vrai, a concédé le représentant, que le Secrétariat doit aussi améliorer la performance globale du budget et renforcer le sentiment de responsabilité pour dépenser efficacement « l’argent du contribuable ».

Au nom du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, M. RICHARD ARBEITER (Canada) s’est alarmé de ce que la crise de liquidité compromette déjà la capacité de l’ONU à exécuter les mandats, à payer les salaires et à utiliser les ressources non affectées aux postes pour mettre en œuvre des activités budgétisées.  Au moment critique de la première année de mise en œuvre des réformes, les administrateurs de l’ONU ne devraient pas être forcés de se concentrer sur la consommation d’électricité du bâtiment alors que l’on attend d’eux de véritables améliorations opérationnelles au Siège et sur le terrain, a souligné le représentant.  Il est essentiel que tous les États Membres aident l’ONU, en honorant leurs obligations financières, a martelé, à son tour, le représentant.  Il est regrettable, a-t-il insisté, que le nombre des États en retard de paiement et les montants dus à l’Organisation aient augmenté par rapport à l’année dernière, et ce, malgré les multiples avertissements sur l’impact potentiel sur l’exécution des mandats. 

Nous commençons à voir nous-mêmes l’impact sur notre travail quotidien, a fait observer le représentant: l’appui du Secrétariat est rationné et les heures de travail de l’Assemblée générale, raccourcies.  Nous devrions saisir cette occasion pour améliorer les méthodes de travail des Commissions, tout en économisant des ressources précieuses.  Le représentant a maintenu l’appui de son Groupe à l’appel du Secrétaire général pour plus de flexibilité budgétaire afin de traiter des causes systémiques des problèmes de liquidités.  La rigidité budgétaire conjuguée aux problèmes graves de liquidités a déjà retardé des activités mandatées.  Les États Membres ne sauraient laisser une telle situation perdurer, a prévenu le représentant.

M. SILVIO GONZATO, de l’Union européenne, s’est dit profondément préoccupé par la crise de liquidité que traverse actuellement l’ONU, « la pire de son histoire récente », comme l’illustre, selon lui, le « cercle vicieux du budget ordinaire », en vertu duquel la situation se dégrade un peu plus chaque année par rapport à l’année précédente.  En d’autres termes, a-t-il insisté, le déficit de trésorerie intervient « de plus en plus tôt dans l’année, dure de plus en plus longtemps et est de plus en plus profond ».  Le représentant a rappelé que le Secrétaire général avait « tiré la sonnette d’alarme » à plusieurs reprises cette année.  Or aujourd’hui, a-t-il regretté, l’attention du leadership de l’Organisation est accaparée par la gestion de trésorerie et la « survie quotidienne », au lieu de se porter sur l’exécution des mandats et la mise en œuvre des objectifs de développement durable.  « La situation actuelle risque donc d’endommager l’efficacité de l’Organisation », a mis en garde le représentant, exhortant les États Membres qui n’ont toujours pas payé l’intégralité de leurs contributions à remédier de toute urgence à cette situation.  Il a insisté sur l’importance pour tous les États Membres de s’acquitter de leurs contributions « intégralement, dans les délais impartis et sans préconditions ».

Le représentant a salué les efforts du Secrétariat pour gérer les ressources disponibles plus efficacement, afin que la situation actuelle ne porte pas atteinte à la mise en œuvre des mandats.  « Nous vous encourageons à continuer de rechercher des gains d’efficacité et d’identifier les bénéfices concrets de la réforme », a-t-il appelé.  À cette fin, le représentant a rappelé que les pays de l’Union européenne (UE) étaient prêts, en juin dernier, à adopter des mesures pour permettre au Secrétaire général de gérer le budget de manière plus stratégique, tout en maintenant un degré élevé de transparence et de responsabilité dans la gestion des ressources.  Toutefois, le représentant a regretté l’absence de consensus sur les propositions concernant la gestion du budget ordinaire, qui auraient pourtant abouti, selon lui, à un budget « plus souple et plus stratégique ».  À ses yeux, de nombreux aspects du processus budgétaire actuel mettent à mal la gestion efficace des ressources et empirent la situation de trésorerie déjà difficile.  Le représentant a ainsi appelé les États Membres à garantir le fonctionnement efficace du Fonds de roulement, sous la supervision « étroite » des États Membres.

S’agissant des opérations de maintien de la paix, il s’est dit préoccupé par la hausse des contributions non acquittées.  Il a appelé les États Membres à s’acquitter de leurs obligations financières vis-à-vis du maintien de la paix.  Il a cependant salué le fait que les décisions prises en juin dernier aient contribué à une situation de trésorerie « plus prévisible », au profit de la mise en œuvre des mandats sur le terrain.  Il a rappelé la responsabilité de la Commission qui est de veiller à la réalisation efficace de ces mandats.  Enfin, concernant les tribunaux internationaux, le représentant a noté qu’en dépit de leur solde de trésorerie actuellement positif, « le résultat final de 2019 dépendra de la propension des États Membres à continuer d’honorer leurs obligations financières ».

Au nom de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), M. BURHAN GAFOOR (Singapour) a dit que son groupe a soutenu les mesures pour atténuer la crise financière, comme le renflouement du Compte spécial de 63,2 millions de dollars.  Il est donc regrettable, a-t-il dit, que le consensus sur cette question n’ait pas été atteint.  La seule solution durable, a-t-il insisté, c’est le paiement par les États Membres de leurs contributions.  Il s’agit d’une obligation juridique et du devoir moral de veiller aux ressources nécessaires pour l’exécution des mandats.  Malheureusement, les États Membres ne respectent ni cette obligation juridique ni ce devoir moral.  Or, aujourd’hui plus que jamais, il est temps de faire preuve d’une plus grande volonté politique et de la responsabilité de respecter nos obligations. 

Également au nom du Liechtenstein, M. MIKE MARTIN AMMANN (Suisse) a dit qu’au cours des deux dernières années, des démarches conséquentes ont été entreprises pour renforcer l’efficacité et l’efficience des Nations Unies.  Cependant, a-t-il tempéré, malgré le rythme positif des réformes de gestion, les progrès sont insuffisants du côté du budget de l’ONU.  Nous nous félicitons des mesures adoptées concernant le budget de des opérations de maintien de la paix, ainsi que de l’introduction, à l’essai, d’un budget annuel.  Mais davantage d’efforts sont nécessaires, a ajouté le représentant qui s’est dit inquiet de l’absence de consensus sur les mesures proposées pour le budget ordinaire.  Il en résulte, a-t-il fait observer, une situation financière particulièrement alarmante et l’aggravation des problèmes de liquidités.  Il est urgent d’agir, a plaidé le représentant, en qualifiant d’« obsolètes », la méthodologie budgétaire et le cadre de régulation.  Il nous faut répondre aux faiblesses structurelles et il est essentiel que le Secrétaire général, en tant que responsable administratif, ait davantage de marge de manœuvre dans la gestion budgétaire.  Le Secrétaire général, a plaidé le représentant, doit être autorisé à réaffecter les ressources entre sections budgétaires selon l’évolution des besoins, tout en garantissant la transparence et la responsabilité.

Ce n’est pas la première crise de liquidité à laquelle l’Organisation est confrontée, a indiqué, à l’entame de son discours, Mme YAIMA DE ARMAS BONCHANG (Cuba).  Toutefois, a-t-elle mis en garde, la situation ne cesse d’empirer chaque année.  Pour y remédier, la représentante a appelé tous les États Membres à s’acquitter intégralement de leurs contributions dans les délais impartis.  Elle a toutefois voulu que l’on prenne en compte les « situations particulières » de certains États Membres, qui n’ont pas la capacité d’honorer leurs paiements comme ils le souhaiteraient.

La représentante a dénoncé les rétentions de contributions auxquelles se livrent certains États Membres, s’agissant du budget ordinaire comme celui du maintien de la paix, dont les déficits, a-t-elle rappelé, dépassent les niveaux constatés en octobre 2018.  À ses yeux, la crise actuelle est moins le résultat d’une « rigidité structurelle » dans la mise en œuvre du budget que des retards dans le versement par les États Membres de leurs contributions.  Ces retards, a-t-elle rappelé, représentent à l’heure actuelle, 31% du montant approuvé pour le budget ordinaire en 2019.  Dans ce cadre, la représentante a salué les efforts du Secrétariat pour réaliser des économies.  Elle s’est toutefois dite préoccupée par l’incidence de ces mesures sur la vie des fonctionnaires de l’Organisation et sur la mise en œuvre des mandats.

« Nous savons qui est le principal responsable » de la situation financière actuelle, a déclaré la représentante.  À eux seuls, a-t-elle poursuivi, les États-Unis doivent 72% des sommes non acquittées pour le budget ordinaire, soit presque 800 millions de dollars.  Cette situation ne concerne pas uniquement le budget ordinaire, a poursuivi la représentante, indiquant que le montant dû par les États-Unis dépasse les 2,1 milliards de dollars pour le maintien de la paix, soit plus de 50% des sommes non acquittées.  Or, les États-Unis « ne bougent pas d’un pouce », préférant soumettre l’Organisation à un « chantage financier ».  Il est « honteux », s’est-elle emportée, de constater que les États-Unis se plaignent du montant à payer, alors que ce montant correspond à leur capacité de paiement et que leurs entreprises emportent des contrats « juteux » avec l’Organisation, compte tenu de sa présence sur leur sol, au point que les bénéfices engrangés par ces entreprises en 2018 ont dépassé 1,6 milliard de dollars.

La représentante a en outre dénoncé la politique « obsolète » des États-Unis contre le peuple cubain, victime d’un « blocus économique, commercial et financier » qui empêche son pays de s’acquitter de sa contribution auprès de l’ONU et autres organisations internationales.

Mme BAASANKHUU PUREV (Mongolie) a salué les mesures d’austérité prises par le Secrétaire général et a souhaité qu’elles n’affecteront pas les travaux de la Commission.  La représentante a estimé que la santé financière de l’Organisation dépend uniquement du respect par les États de leurs obligations financières, dans les temps.  La Mongolie, a assuré Mme Purev, a respecté ses engagements.  Elle a fait observer que les mandats de l’ONU continuent de se multiplier alors que son budget ne cesse de baisser.  Nous sommes ravis d’apprendre qu’en dépit de la situation, le Secrétaire général s’est engagé à respecter les obligations envers les pays fournisseurs de contingents ou de personnel de police le plus rapidement possible.  Nous espérons que le Secrétaire général attachera la plus grande importance à la maximisation des remboursements trimestriels, a indiqué la représentante.

Mme CHRISTINE KALAMWINA (Zambie) a invoqué la baisse de la croissance économique pour expliquer pourquoi son pays aura du mal à honorer ses obligations financières dans l’intégralité et dans les temps.  Elle a donc plaidé pour le maintien de la méthodologie actuelle des paiements et des quotes-parts.  Compte tenu de la lenteur de la croissance économique, sur les plans international et national, augmenter les contributions des États ne peut que rendre encore plus difficile leur paiement pour des pays comme la Zambie, a dit la représentante.  En attendant, elle a appelé les États, qui ont des arriérés à honorer leurs obligations, et estimé que les États qui connaissent des difficultés devraient bénéficier d’un certain degré de souplesse pour présenter leur plan de paiement pluriannuel.

M. NAGARAJ NAIDU KAKANUR (Inde) a tenu à rappeler au Secrétaire général que ses obligations à l’égard des pays fournisseurs de contingents ou de personnel de police sont tout aussi importantes que celles des États Membres à l’égard de l’Organisation.  À ce jour, a souligné le représentant, 27 pays dont 17 du Groupe des 77, attendent toujours leur remboursement « légitime » des comptes des opérations de maintien de la paix fermées.  Nous ne pouvons indéfiniment retarder ces paiements, tout en utilisant l’argent pour payer les autres, a protesté le représentant.  Quelque 3,3 milliards de dollars d’un budget de 6,5 milliards ne sont toujours pas payés et ce dû ne comprend pas les 400 millions de dollars de dettes pour les opérations fermées.  Cette situation fait que les pays contributeurs de troupes ou de personnel de police ne sont pas remboursés à temps, a insisté le représentant. 

Les mesures d’austérité présentées la semaine dernière par le Secrétaire général posent la question « fondamentale » de la raison d’être des Nations Unies, a-t-il estimé.  Le monde attend toujours des Nations Unies, le développement, l’espoir et la paix.  Nous devons donc tous admettre la crise et devenir parties de la solution, a insisté le représentant.  Les emprunts au Fonds de roulement, au Compte spécial et aux comptes des opérations de maintien de la paix clôturées ne semblent pas avoir comblé le déficit.  Puisque 70% du budget est destiné à payer des salaires fixés sur le « beaucoup trop généreux » principe Noblemaire, on voit une angoisse du fait que peut-être pour la première fois, le personnel des Nations Unies ne sera pas payé.  Cette angoisse est bien différente, s’est expliqué le représentant, de celle de ne pouvoir mettre en œuvre les mandats.  Le personnel payé à partir du budget ordinaire n’est peut-être pas aussi chanceux que celui dont les salaires sont supportés par le budget du maintien de la paix et peut-être par l’argent dû aux pays contributeurs de troupes et de personnel de police, grâce à un tour de passe-passe dans les remboursements. 

Le représentant a proposé plusieurs solutions pour améliorer la situation budgétaire: augmenter le recrutement des jeunes professionnels aux grades P-2 et P-3, respecter strictement la politique d’achat anticipé des billets d’avion, mieux gérer les fluctuations des taux de change, consommer plus efficacement l’électricité et adopter d’autres pratiques plus écologiques au Siège de l’ONU et dans les autres lieux d’affectation.  Le Parc solaire Ghandi, don de l’Inde aux Nations Unies, inauguré le mois dernier, est une partie de la solution.  Pays en développement, l’Inde a déjà payé toutes ses contributions à l’ONU mais aussi une partie des contributions futures.  Cela n’a pas été facile compte tenu des besoins en développement du pays.  Le représentant a aussi rappelé que la quote-part de son pays n’a cessé d’augmenter et précisément de 13% lors de la dernière mise à jour.  Payer à temps et dans l’intégralité n’est pas seulement une solution facile aux crises de liquidité, c’est aussi la solution souhaitée, a martelé le représentant.

Mme KSHENUKA SENEWIRATNE (Sri Lanka) a constaté l’état « déplorable » des finances actuelles de l’Organisation, dont le montant des contributions non acquittées s’élevait, au 4 octobre dernier, à 1,4 milliard de dollars, soit 299 millions de plus que l’an dernier à la même époque.  Dans ces conditions, elle a appelé le Secrétariat à envisager des mesures supplémentaires pour obtenir le paiement des contributions non acquittées.  Quant à Sri Lanka, en dépit de ses « priorités nationales », elle s’est acquittée intégralement de sa cotisation auprès de l’ONU, s’est enorgueillie la représentante.

À l’heure où l’Organisation passe d’un budget biennal à un budget annuel, Mme Khan a jugé « primordial » pour le Secrétariat d’utiliser les ressources de manière « plus efficace, impartiale et transparente ».  Elle a ainsi plaidé en faveur d’une « rationalisation étendue » des besoins en personnel « dans toutes les catégories ».  La représentante a appelé l’Organisation à fixer ses « processus défectueux », à mettre fin aux « violations de ses propres règles juridiques » et à garantir le respect de certaines normes de « communication en temps voulu pour un traitement efficace des problèmes soulevés ».  Nous soulevons ces différents points, a-t-elle expliqué, car Sri Lanka a été « injustement soumise à une procédure douteuse par le Secrétariat, via le Département des opérations de paix ».  Selon elle, dans son entêtement à « punir de manière unilatérale » son pays, le Département a violé un mémorandum d’accord avec un pays souverain, en contestant notamment la décision d’un chef d’État.  Il est extrêmement regrettable, a-t-elle déclaré, que le Secrétariat n’ait toujours pas répondu « formellement » aux courriers qui lui ont été adressés par Sri Lanka sur cette question.  « Avoir des communications formelles pour éviter toute confusion et tout malentendu concernant des informations communiquées oralement est tout à fait normal », a-t-elle insisté, voulant que l’on évite de telles situations à l’avenir, pour sauvegarder « l’éthique professionnelle » de l’Organisation.

Par ailleurs, la représentante a demandé s’il est possible qu’un État Membre réduise sa contribution financière au budget des opérations de maintien de la paix, de manière proportionnelle à la réduction d’un contingent initiée par le Secrétariat en violation d’un « mémorandum d’accord ».

M. DAOPENG FU (Chine) a dit qu’en 2019, première année d’application des nouvelles quotes-parts, la part de la Chine dans le budget ordinaire et celui du maintien de la paix, a augmenté respectivement de 52% et de 49%.  La Chine a payé 335 millions de dollars dans les temps, dans l’intégralité et sans conditions.  Cette année, les contributions payées de la Chine au budget des opérations de maintien de la paix se sont élevées à 1,135 milliard de dollars.  M. Fu a appelé les États Membres, surtout ceux qui ont les moyens de payer, de s’acquitter de leurs contributions. 

« Il est regrettable que l’ONU traverse la pire crise de liquidité de son histoire récente », a déploré M. MOHD SUHAIMI AHMAD TAJUDDIN (Malaisie).  Il a fait part de sa préoccupation face à une situation qui a contraint l’Organisation à gérer ses dépenses « en fonction de la trésorerie disponible et non de la mise en œuvre des programmes », au détriment des efforts du Secrétariat pour davantage centrer l’action vers les résultats.

Le représentant s’est dit déçu de constater que moins d’États Membres se soient acquittés intégralement de leurs contributions qu’à la même époque l’année dernière.  Une nouvelle fois, le Secrétariat a été contraint de couvrir le manque à gagner en empruntant auprès des opérations de maintien de la paix terminées, a-t-il noté, jugeant « inacceptable » que l’ONU en soit « réduite à se financer elle-même », en raison de cette « situation financière précaire due au non-paiement de sa contribution par un contributeur majeur ».  Le représentant a donc appelé les États Membres à s’acquitter « intégralement, en temps voulu et sans condition » de leurs contributions financières auprès de l’Organisation.  Il a souligné, parallèlement, l’importance d’utiliser les ressources disponibles de façon « plus efficace et plus responsable », dans le strict respect de la discipline budgétaire.

Les États-Unis paieront l’essentiel de leurs contributions avant la fin de l’année, qu’il s’agisse du budget ordinaire ou de celui des opérations de maintien de la paix, a annoncé Mme CHERITH NORMAN-CHALET (États-Unis).  Nous venons de verser la somme de 180 millions de dollars, a-t-elle précisé, annonçant une autre enveloppe de 96 millions à la fin de ce mois-ci et d’autres paiements en novembre.  La représentante a aussi rappelé que depuis le début de l’année, son pays a versé plus de 600 millions de dollars au budget du maintien de la paix.  Dans l’ensemble, s’est-elle enorgueillie, les États-Unis sont toujours les plus grands contributeurs avec plus de 10 milliards de contributions statutaires et volontaires à l’ensemble du système des Nations Unies.

Les montants dus au budget ordinaire et à certains égards, à celui des opérations de maintien de la paix, s’expliquent par une différence d’année fiscale, s’est justifiée la représentante.  Ces 35 dernières années, les États-Unis ont toujours versé leurs contributions au budget ordinaire après le 1er octobre, a-t-elle affirmé.  La représentante a ensuite estimé que certaines des mesures annoncées par le Secrétaire général pour réduire les dépenses devraient devenir la norme tout comme la gestion « stratégique » des ressources.  Cette crise est un signal d’alarme: l’ONU ne peut plus fonctionner comme d’habitude au mépris de l’enveloppe et des contraintes budgétaires, a martelé la représentante.  La situation financière du budget ordinaire a des origines multiples et les retards de paiements ne sont pas les seules. 

La représentante a, une nouvelle fois, soutenu les propositions du Secrétaire général pour relever les défis de la gestion budgétaire et s’est réjouie de ce que l’Assemblée générale ait pris des mesures concrètes et positives pour améliorer la gestion financière, en particulier celle des opérations de maintien de la paix.  Nous continuerons, a-t-elle promis, à rechercher les moyens d’aider le Secrétaire général à accomplir sa mission de Chef de l’Organisation.

M. OMAR KADIRI (Maroc) a appelé à doter l’Organisation des ressources nécessaires pour lui permettre de mettre en œuvre ses mandats.  Il s’est dit préoccupé par la situation de trésorerie actuelle, qui a épuisé toutes les réserves, au détriment de l’exécution des mandats et des bénéfices attendus des réformes en cours.  Face à cette situation, le représentant a rappelé que le Secrétaire général avait proposé des mesures pour rendre l’ONU « plus performante et mieux adaptée aux défis actuels ».  Le Maroc, a-t-il dit, appuie les efforts en cours pour résoudre le problème de trésorerie.  Mon pays, a rappelé le représentant, a été l’un des premiers à s’acquitter intégralement de sa contribution au budget ordinaire.  Le Maroc, a-t-il ajouté, a également versé une grande partie de sa contribution au budget des opérations de maintien de la paix et a réglé l’intégralité de son ardoise auprès des tribunaux internationaux.  Le représentant a exhorté, en conclusion, tous les États Membres à s’acquitter pleinement et en temps voulu de leurs obligations financières vis-à-vis de l’Organisation. 

Mme AL-RAISH (Koweït) a réaffirmé l’importance d’assurer la stabilité financière de l’ONU pour qu’elle puisse mettre en œuvre ses mandats.  À l’instar du Secrétaire général, elle a mis en garde contre les conséquences de la crise de liquidité sur le personnel.   « Nous ne pouvons pas accepter cela », s’est insurgée la représentante qui s’est demandée comment l’ONU pourra s’acquitter de son mandat avec la crise actuelle.  Depuis quelques temps, a-t-elle dénoncé, l’Organisation passe d’une nouvelle crise de liquidité à une autre.  Elle a exhorté les États Membres à payer leurs contributions dans les temps et dans la totalité.  Le Koweït, s’est-elle enorgueillie, se trouve depuis bien longtemps sur le tableau d’honneur des bons payeurs.  Elle a demandé que la Cinquième Commission examine les propositions du Secrétaire général pour résoudre cette crise. 

M. TOMOYA YAMAGUCHI (Japon) a estimé que « la meilleure solution » pour résoudre la crise de liquidité actuelle est également « la plus simple »: le règlement par tous les États Membres de leurs contributions obligatoires, « intégralement et dans les délais impartis ».  Il a rappelé que le Japon s’est acquitté « fidèlement » de ses obligations financières auprès de l’ONU.  Parallèlement, le représentant s’est dit préoccupé par la tendance à « l’augmentation au fil du temps » de l’enveloppe du budget programme.  Il faut « contenir le budget de manière appropriée et efficace », y compris les dépenses supplémentaires a posteriori.  Le représentant a appelé tous les États Membres à demeurer conscients du fait que leurs ressources respectives « ne sont pas illimitées ».  Pour garantir une situation financière saine, il faut également éviter « les chevauchements des mandats », hiérarchiser les mandats et les mettre en œuvre « le plus efficacement possible, dans le cadre des ressources limitées ».

Le représentant a salué l’amélioration de la situation de trésorerie du budget des opérations de maintien de la paix, après l’adoption par l’Assemblée générale de mesures autorisant des « emprunts croisés » entre opérations en activité et le calcul des contributions nécessaires sur l’ensemble de l’année.  Ces mesures, s’est-il réjoui, ont permis de procéder rapidement aux paiements nécessaires pour les troupes et les unités de police.  Le représentant a insisté sur l’importance de la discipline budgétaire.

M. DMITRY S. CHUMAKOV (Fédération de Russie) a dénoncé les mesures strictes prises par le Secrétaire général qui a décidé de faire subir à ceux qui ont payé leurs contributions, toutes les conséquences des retards de paiement.  Ce n’est pas seulement en dépit du bon sens, a taclé le représentant, mais aussi contre la Charte des Nations Unies elle-même et les règles et procédures financières.  Le Secrétariat, a estimé le représentant, devrait être plus proactif dans la collecte des contributions.  Il est temps de commencer à exercer des pressions sur les débiteurs.  Pourquoi ne pas aligner, a suggéré le représentant, les paiements contractuels en fonction du paiement des contributions?  En effet, pourquoi, s’est expliqué le représentant, nos entreprises devraient s’endetter en attendant qu’on les paye alors que celles qui relèvent de pays en retard de paiements ne subissent aucune conséquence?  On pourrait, a suggéré le représentant, appliquer la même approche au personnel.  Pourquoi le Secrétaire général a décidé de suspendre tous les recrutements sans instruction des États Membres et alors que la Cinquième Commission et l’Assemblée générale ont approuvé un certain taux de vacance de postes.  Suspendons plutôt le recrutement des candidats originaires des pays débiteurs, a proposé le représentant. 

Il a aussi attiré l’attention sur Umoja et l’introduction des Normes comptables internationales pour le secteur public (IPSAS) pour lesquels les États Membres ont dépensé environ un milliard de dollars pendant ces 10 dernières années et n’ont toujours pas vu les gains d’efficacité et les économies escomptées.  Umoja et IPSAS doivent être fermés, a tranché le représentant, en rappelant que de toutes façons, comme le projet touche au mois de décembre, aucune ressource supplémentaire ne sera plus nécessaire. 

Les mesures d’austérité du Secrétaire général « compliquent la vie » de tous les délégués au Siège de l’ONU, s’est plaint le représentant, voyant ici aussi des mesures de pression sur les bons payeurs qui risquent d’ailleurs de cesser de payer à temps.  « À quoi bon? »  Évitons, a-t-il conseillé, les ultimatums quand on parle aux États Membres, en particulier ceux qui paient à temps et font preuve de bonne foi.  Pourquoi créer cette atmosphère « apocalyptique »?  Dans une situation déjà compliquée, à quoi ça sert de punir tout le monde?  Si la crise est « sans précédent », parlez à tous les pays, a conseillé le représentant au Secrétariat.  Il a aussi conseillé de lancer dès à présent les discussions sur l’Article 19 de la Charte qui prévoit qu’« un Membre ne peut participer au vote à l’Assemblée générale si le montant de ses arriérés est égal ou supérieur à la contribution due par lui pour les deux années complètes écoulées ».  L’« État en question » doit payer au moins la moitié de son dû pour préserver son droit.  Il doit aussi comprendre qu’il peut subir des conséquences s’agissant des procédures d’achat et du recrutement du personnel. 

« Pour résoudre les défis actuels, nous avons besoin d’une ONU forte et efficace », a estimé Mme MONA JUUL (Norvège).  « Nous avons besoin d’une Organisation qui gère ses ressources financières de manière saine, tout en étant bien équipée pour mettre en œuvre ses mandats », a-t-elle poursuivi.  La représentante a rappelé que, selon l’Article 17 de la Charte des Nations Unies, « les dépenses de l’Organisation sont supportées par les États Membres selon la répartition fixée par l’Assemblée générale ».  Dans ce cadre, elle a indiqué que le paiement intégral et en temps voulu par les États Membres de leurs contributions obligatoires était essentiel pour la santé financière de l’Organisation, qui dépend d’un financement « prévisible et stable » pour mettre en œuvre ses mandats dans des contextes de plus en plus complexes.  « Un financement prévisible et stable est essentiel pour disposer d’une Organisation pertinente au bénéfice de tous », a-t-elle insisté.  Face à la crise de liquidité « grave » et « alarmante » du budget ordinaire, la représentante a dit partager les préoccupations du Secrétaire général.  « En tant que membre fondateur de l’ONU, la Norvège exhorte tous les États Membres à s’efforcer de régler leurs contributions non acquittées », a-t-elle conclu.

M. HAMID TAVOLI (République islamique d’Iran) a déclaré que pour la première fois, les arriérés de l’Iran se rapprochent du seuil de l’Article 19 de la Charte des Nations Unies, ce qui, au début de 2020, mettrait en péril son droit de vote.  Si l’Iran n’a pas payé, a expliqué le représentant, c’est pour des raisons qui échappent à son contrôle.  Le peuple iranien est soumis à des mesures coercitives « unilatérales et illégales » dans le cadre de la prétendue politique de pression maximale imposée par les États-Unis.  Ces mesures ciblent notamment la Banque centrale de l’Iran, restreignant l’accès aux financements extérieurs.  À l’heure actuelle, le Gouvernement gère les dépenses avec les ressources disponibles pour répondre aux besoins des 83 millions d’Iraniens et du million de réfugiés.  « Comme il n’existe pas de canal régulier et fiable pour transférer les contributions de l’Iran », le représentant a demandé « humblement » à la Cinquième Commission d’accorder une attention particulière aux causes de la situation de son pays afin de prendre la bonne décision au bon moment. 

Après avoir entraîné le Secrétariat de l’ONU dans une crise financière, a poursuivi le représentant, les États-Unis, plus grands contributeurs mais aussi plus grands « bénéficiaires de rabais », ont décidé de payer un quart de leur dû pour « maintenir le Secrétariat en vie pendant quelques jours de plus ».  Compte tenu de leur quote-part et de l’Article 19 de la Charte, les États-Unis pourraient prolonger la situation actuelle pendant plus d’une décennie, sans avoir à verser quoi que ce soit au budget ordinaire.  Les États-Unis, a souligné le représentant, sont le principal « accusé » dans la crise financière actuelle qui affecte même les salaires du personnel.  Le Secrétariat est devenu l’otage des objectifs politiques américains, a constaté le représentant.  L’ONU subit une « menace incroyable », s’est-il alarmé.  Ces dernières années, a rappelé le représentant, la communauté internationale a été le témoin d’un comportement « illégal et inacceptable » des États-Unis à l’encontre des organes et accords internationaux.  Cette catastrophe potentielle n’est pas inévitable.  Elle peut être évitée mais si elle se produit, c’est l’ONU et les États Membres qui en sortiront touchés.  « Un gramme de prévention vaut mieux qu’une livre de soins. »

PROJET DE BUDGET-PROGRAMME POUR 2020

Cinquième rapport du Comité consultatif pour les questions administratives et budgétaires sur le projet de budget-programme pour 2020 concernant le Groupe thématique III -bureaux régionaux, bureaux d’appui aux processus politiques et autres missions- (A/74/7/Add.4)

Pour l’établissement de ce rapport, le Comité consultatif pour les questions administratives et budgétaires a examiné celui du Secrétaire général (A/74/6 (Sect. 3)/Add.4).  Les ressources demandées pour 2020 au titre des neuf missions relevant du Groupe thématique III s’élèvent à 291 182 600 dollars, ce qui représente une diminution de 5 608 000 dollars (1,9%) par rapport aux ressources approuvées pour 2019. 

S’agissant par exemple, du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Guinée-Bissau (BINUGBIS), le Comité consultatif note que la restructuration du Bureau et la redéfinition de ses priorités sont des étapes du processus de transition lancé en vue de la liquidation, qui est prévue d’ici à la fin de 2020 et a été approuvée par le Conseil de sécurité.  Il prend note de la proposition de déclassement de certains postes temporaires et, tout en ne s’y opposant pas, observe que l’expérience acquise lors de la liquidation récente de certaines missions de maintien de la paix donne l’occasion d’établir des pratiques exemplaires et de systématiser les enseignements tirés, notamment en ce qui concerne les effectifs.

Pour ce qui est de la Mission d’assistance des Nations Unies en Somalie, le Comité consultatif est d’avis que les fonctions s’attachant au poste P-4 sont temporaires puisque qu’elles n’auront d’utilité que le temps des activités électorales de la période 2020/21.  Il recommande donc d’approuver la création non pas d’un poste temporaire mais d’un emploi de temporaire (autre que pour les réunions) réservé à un spécialiste des affaires électorales (P-4).

Septième rapport du Comité consultatif pour les questions administratives et budgétaires sur le projet de budget-programme pour 2020 concernant la Mission d’assistance des Nations Unies pour l’Iraq (A/74/7/Add.6)

Pour l’établissement de ce rapport, le Comité consultatif pour les questions administratives et budgétaires a examiné celui du Secrétaire général (A/74/6 (Sect. 3)/Add.6 et A/74/6 (Sect. 3)/Add.6/Corr.1).  Les prévisions de dépenses de la MANUI pour 2020 s’élèvent à 100 543 900 dollars, ce qui représente une diminution de 5 250 500 dollars (5 %) par rapport aux crédits ouverts pour 2019.  Mais le Comité recommande une réduction de 9 300 dollars (3 %) des ressources demandées au titre des consultants.  S’agissant des installations et des infrastructures, il recommande de réduire comme suit les ressources demandées au titre des installations et infrastructures: achat de mobilier: 1 400 dollars (2 %); location de locaux: 10 930 dollars (2 %);  services d’entretien: 17 490 dollars (2 %); pièces de rechange et fournitures: 2 810 dollars (3 %); carburants et lubrifiants: 7 290 dollars (2 %).

Pour ce qui est des communications et de l’informatique, le Comité recommande une réduction de 4 100 dollars (3 %) des ressources demandées et enfin, s’agissant des fournitures, il recommande une réduction de 2 100 dollars (2 %) des ressources demandées au titre des services contractuels individuels.

Déclarations

Au nom du Groupe des États d’Afrique, M. KATLEGO MMALANE (Botswana) a réaffirmé l’importance des missions politiques spéciales pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales, en particulier l’alerte précoce, la médiation, la diplomatie préventive, le soutien aux processus électoraux, les bons offices et les efforts de consolidation de la paix.  Les mandats des missions politiques spéciales sont souvent mis en œuvre dans des situations de conflit ou dans des environnements postconflit fragiles, a poursuivi le représentant, estimant que l’allocation de ressources appropriées était de la plus haute importance.

M. Mmalane a noté qu’il est proposé de modifier les effectifs de cinq des neuf missions relevant du Groupe thématique III, à savoir le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), le Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Guinée-Bissau (BINUGBIS), la Mission d’assistance des Nations Unies en Somalie (MANUSOM), la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL), et la Mission de vérification des Nations Unies en Colombie.  Le représentant a dit l’intention de son groupe de demander des précisions sur les raisons de ces changements et leurs incidences sur l’exécution des mandats des cinq missions en question.

S’agissant des postes temporaires vacants, il a noté qu’au 31 juillet 2019, 20 postes temporaires étaient vacants pour le Groupe thématique III.  M. Mmalane a appelé à agir avec plus de rapidité pour pourvoir ces postes.  Il faut éviter les retards dans le recrutement à des postes temporaires qui sont occupés depuis plus d’un an par des fonctionnaires touchant une indemnité de fonctions.  M. Mmalane a enfin insisté sur l’importance de renforcer la coopération entre les missions politiques spéciales et le système des coordonnateurs résidents.

M. ALI MOHAMMED FAEQ ABDALAZIZ AL-DABAG (Iraq) a estimé que les missions politiques spéciales jouent un rôle central dans la réalisation des mandats de l’ONU.  Il a notamment remercié les États qui ont contribué au financement de la MANUI.  « L’ONU joue un rôle central en Iraq », a-t-il déclaré, tout en affirmant l’intention de son pays d’appuyer le mieux possible la MANUI pour lui permettre de s’acquitter de son mandat.  Le représentant a rappelé que le Gouvernement iraquien a demandé une prorogation du mandat de la MANUI jusqu’au 31 mai 2020.  « Il convient de lui octroyer les ressources budgétaires et humaines adéquates », a-t-il plaidé, rejetant les « coupes drastiques » dans le budget et le personnel de la Mission, de nature selon lui à « hypothéquer » sa capacité à réaliser son mandat.  « Mon pays n’est en faveur d’aucune coupe », a martelé le représentant, estimant que la proposition de budget pour l’exercice 2020 risquait de « torpiller certains progrès » attribuables à l’action de la MANUI.

M. SHOKRI S. I. BENHAMIDA (Libye) a salué les activités menées par la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL) et les efforts de la Mission pour trouver une solution politique à la crise.  Il a rappelé l’importance pour la MANUL de bien communiquer et de prendre en compte les institutions nationales libyennes.  Les activités de la MANUL doivent notamment correspondre aux priorités définies par les institutions du pays, a-t-il insisté, insistant pour que la MANUL améliore sa communication.  Le représentant a indiqué que son gouvernement est prêt à fournir tout l’appui nécessaire à la Mission pour lui permettre de mettre en œuvre « les activités sur lesquelles nous nous sommes accordées ».

M. ANDRÉS RÚGELES (Colombie) a remercié les États Membres et l’ONU pour leur engagement en faveur de la paix en Colombie, à l’image de l’adoption à l’unanimité de la résolution 2487 (2019) du Conseil de sécurité, le 12 décembre, laquelle a prorogé pour une durée d’un an le mandat de la Mission de vérification des Nations Unies en Colombie.  Le représentant a réaffirmé l’engagement « inébranlable » de son pays à mettre en œuvre « l’Accord final pour la fin du conflit et la construction d’une paix stable et durable », conclu le 24 novembre 2016 entre le Gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie – Armée populaire (FARC-EP).  Conformément à cet Accord, a-t-il rappelé, la Mission veille au respect de la réintégration économique, sociale et politique des anciens membres des FARC-EP, ainsi qu’à la mise en œuvre de garanties de sécurité et de protection pour les ex-combattants et les communautés et organisations situées dans les territoires autrefois sous le contrôle des FARC-EP.

Au nom de l’Argentine, du Brésil, du Chili, du Costa Rica, de la Colombie, du Guatemala, d’Haïti, du Mexique, de Panama, du Paraguay, du Pérou, de la République dominicaine et de l’Uruguay, M. LUIS HOMERO BERMÚDEZ ÁLVAREZ (Uruguay) a souligné l’importance des missions politiques spéciales de l’ONU en Haïti et en Colombie.  Le représentant a notamment salué l’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 2476 (2019), qui a porté création du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) pour une durée initiale de 12 mois, à partir du 16 octobre.  Il a salué les contributions de la Mission des Nations Unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH) et de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) à la paix en Haïti.  Étant donné l’ampleur des défis qui subsistent au sein du pays, le représentant a plaidé en faveur d’une mission politique « forte et suffisamment financée » pour prêter main forte aux autorités haïtiennes, notamment en matière de stabilité, de sécurité, de renforcement des institutions et de développement durable.  Le représentant a également estimé que l’ONU doit prendre en considération les « facteurs multidimensionnels » qui affectent le développement du pays, y compris les changements climatiques et l’assistance humanitaire.  À ses yeux, l’entrée en fonction « historique » du BINUH doit aller de pair avec le maintien de la solidarité internationale pour Haïti.

S’agissant de la Mission de vérification des Nations Unies en Colombie, le représentant a qualifié l’Accord final de « modèle de négociation de paix ».  Jugeant la mise en œuvre de l’accord « fondamentale », il s’est prononcé en faveur d’un « financement important et suffisant » de la Mission, dans la droite ligne des ressources demandées par le Secrétaire général.

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