Première Commission: inquiétudes face à l’effondrement des bases de la sécurité internationale

AG/DSI/3627
15 octobre 2019
Soixante-quatorzième session, 7e séance – après-midi

Première Commission: inquiétudes face à l’effondrement des bases de la sécurité internationale

Dans le cadre de son débat général, la Première Commission (désarmement et sécurité internationale) a encore entendu, cet après-midi, de nombreuses délégations s’inquiéter de la détérioration de la sécurité internationale et du délitement du système multilatéral de désarmement.  Face à ce constat, toutes ont souhaité que la prochaine Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) en 2020 soit l’occasion de repartir sur de bonnes bases et de restaurer la confiance entre les puissances nucléaires. 

« Nous sommes témoins de l’effondrement des bases de la sécurité internationale », a ainsi déclaré le représentant du Bélarus avant de préciser qu’une des principales causes de cet état des lieux était l’extinction de Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire russo-américaine.  Il a dit l’urgence d’éviter le déploiement en Europe de missiles balistiques à portée intermédiaire. 

À la lumière de l’expiration de ce Traité, le représentant turc a appelé les États-Unis et la Fédération de Russie à trouver d’autres moyens de réduire leurs arsenaux nucléaires, notamment dans le cadre du nouveau Traité sur des mesures visant de nouvelles réductions et limitations des armements stratégiques offensifs (New START).  De son côté, le représentant de la Géorgie a particulièrement dénoncé les agissements de la Fédération de Russie qui militarise les régions occupées de l’Abkhazie et de Tskhinvali. 

Dans l’attente d’une élimination complète et irréversible des armes nucléaires, plusieurs pays, dont le Soudan, les Émirats arabes unis et le Bahreïn, ont appuyé le projet de création d’une zone exempte d’armes nucléaires dans la région du Moyen-Orient, un projet qui sera discuté lors d’une conférence de l’ONU au mois de novembre, sous la présidence de la Jordanie.  Les deux derniers pays ont particulièrement condamné les attaques menées récemment contre les installations de la société saoudienne Aramco, « qui affectent la sécurité du Royaume et de la région mais perturbent également la stabilité de l’économie mondiale », a affirmé le représentant des Émirats arabes unis. 

Au titre des bonnes pratiques régionales et mesures concrètes en faveur du désarmement, le représentant du Soudan a cité en exemple la contribution du continent africain en matière de désarmement nucléaire en citant le Traité de Pelindaba instaurant une zone exempte d’armes nucléaires en Afrique et le concept d’Afrique exempte d’armes chimiques.  Son homologue des Fidji, après avoir dénoncé les conséquences sanitaires dramatiques de quelque 300 essais nucléaires effectués dans la région, a vanté les avancés du Pacifique qui a adopté en 1985 le Traité de Rarotonga instaurant la zone dénucléarisée du Pacifique Sud.

Outre les défis liés au désarmement nucléaire, les représentants du Soudan, de l’Afghanistan, des Philippines et du Cambodge ont souligné les conséquences désastreuses de la prolifération des armes légères et de petit calibre.  Ils ont tous salué la portée du document final de la troisième Conférence d’examen du Programme d’action de l’ONU sur ce type d’armes.  Si le représentant de l’Afghanistan a appelé toutes les parties concernées à prendre des mesures pour empêcher les organisations terroristes d’obtenir des armes, celui du Soudan a estimé que la responsabilité de la non-prolifération des armes légères et de petit calibre incombait avant tout aux pays qui les produisent. 

La séance a également vu les délégations de l’Arabie saoudite, de la République islamique d’Iran et du Yémen faire usage du droit de réponse et s’accuser mutuellement de soutenir des groupes terroristes.  Pour sa part, le représentant de la République populaire démocratique de Corée a affirmé que son pays refusait de reprendre des négociations avec les États-Unis tant que ces derniers ne retireront pas de manière inconditionnelle leurs menaces contre la RPDC. 

La Première Commission poursuivra ses travaux demain, mercredi 16 octobre, à 15 heures. 

DÉBAT GÉNÉRAL SUR TOUS LES POINTS DE L’ORDRE DU JOUR TOUCHANT LE DÉSARMEMENT ET LA SÉCURITÉ INTERNATIONALE

Déclarations

M. MEMET MEVLÜT YAKUT (Turquie) a indiqué que son pays appuyait fermement la décision de l’Assemblée générale de tenir une conférence sur la création d’une zone exempte d’armes de destruction massive et de leurs vecteurs au Moyen-Orient.  À la lumière de l’expiration du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, il a appelé les États-Unis et la Fédération de Russie à trouver d’autres moyens pour réduire leurs arsenaux nucléaires, des discussions sur ce point devant, selon lui, se tenir dans le cadre du nouveau Traité sur des mesures visant de nouvelles réductions et limitations des armements stratégiques offensifs (New START). 

Concernant la situation en Syrie, le représentant a salué la création de l’Équipe d’enquête et d’identification de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, dont le travail permettra de désigner les auteurs d’attaques chimiques.  M. Yakut a, par ailleurs, assuré la Commission de l’engagement sans faille de son pays à mettre en œuvre et à renforcer le Programme d’action de l’ONU sur les armes légères et l’Instrument international de traçage de ces armes, lesquelles, a-t-il rappelé, « tuent chaque année plus de 500 000 personnes ». 

Mme SALOME IMNADZE (Géorgie) a déclaré que son pays considérait comme une priorité la réussite de la Conférence d’examen de 2020 du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP).  Pour la Géorgie, le TNP est un instrument multilatéral clef pour la paix, la sécurité et la stabilité internationales. 

La représentante a précisé que son pays avait harmonisé sa législation nationale avec la Convention sur l’interdiction des armes chimiques.  Elle a mis l’accent sur les efforts de la Géorgie en matière de gestion de déchets nucléaires en remerciant l’Union européenne et l’autorité suédoise de sûreté en matière de radiation d’avoir aidé à améliorer la qualité du stockage.  La prolifération de matériaux nucléaires et radioactifs représente en effet une grande source de préoccupation pour la Géorgie, a poursuivi la représentante, qui a fait état d’un trafic de matériaux radioactifs dans les territoires géorgiens occupés. 

Pour Mme Imnadze, l’agression par la Fédération de Russie des territoires géorgien et ukrainien constitue une menace fondamentale, non seulement à l’encontre de ces pays, mais à l’encontre de la sécurité européenne dans son ensemble.  Elle a affirmé que la Fédération de Russie continuait de renforcer sa présence militaire dans les territoires géorgiens occupés en isolant ces régions du reste de la Géorgie, en contradiction totale avec les engagements souscrits dans le cadre de l’accord de paix de 2008.  Elle a ainsi expliqué que la Fédération de Russie avait déployé de complexes systèmes de missiles de défense aérienne S-300 en Abkhazie et conduisait des opérations militaires dans les régions géorgiennes d’Abkhazie et de Tskhinvali.

Mme CHRISTINE KALAMWINA (Zambie) a jugé essentiel que les États Membres honorent leurs obligations internationales en matière de lutte contre la prolifération de toutes les catégories d’armes.  Il est temps que le monde change de paradigme et passe de la course aux armements et de la mise au point de nouveaux types d’armes à la mise en œuvre du Programme pour le développement durable à l’horizon 2030, a-t-elle ajouté.  C’est en suivant cette voie que nous parviendrons à éradiquer la pauvreté, à contrer les effets des changements climatiques et à relever les grands défis politiques et socioéconomiques. 

La représentante a ainsi appelé les États à consacrer les sommes « colossales » dédiées aux dépenses militaires à la lutte contre la pauvreté.  Elle a assuré que son pays appuyait les différentes initiatives de désarmement lancées par des groupes d’États ces dernières années, en particulier l’initiative « Global Zero » lancée en 2008 et visant à un désarmement nucléaire de la part de tous les États dotés d’armes atomiques, officiellement ou non, passant dans un premier temps par une très forte réduction des arsenaux de la Fédération de Russie et des États-Unis. 

M. SAAD HAMAD AL SHMASI (Émirats arabes unis) a condamné les attaques menées récemment contre les installations de la société saoudienne Aramco, « qui affectent la sécurité du Royaume et de la région mais perturbent également la stabilité de l’économie mondiale ». 

Les Émirats arabes unis soulignent par ailleurs le besoin de renforcer la coopération internationale en matière de cybersécurité, en raison d’un nombre croissant de cyberincidents.  Ils ont mis en place une stratégie nationale de sensibilisation à cette question, notamment en vue de mieux protéger leurs intérêts économiques et ceux de leurs entreprises.  Le représentant a salué la mise en place d’un groupe de travail à composition non limitée sur le sujet, créé par la résolution 73/27 de l’Assemblée générale. 

Le représentant a enfin insisté sur une approche du désarmement fondée sur le multilatéralisme. 

M. MORIBA KOLIE (Guinée) a souligné l’attachement de son pays à la promotion du multilatéralisme pour un désarmement général et complet, en particulier pour un désarmement nucléaire irréversible, transparent et vérifiable.  L’existence des armes de destruction massive est une menace à la paix et à la sécurité internationales et compromet la mise en œuvre des objectifs de développement durable, a-t-il déclaré, ajoutant que leur élimination devait être au cœur des préoccupations de la communauté internationale en raison de leur capacité de destruction totale.  Il a ainsi noté l’importance que la Conférence du désarmement puisse de nouveau être le lieu de négociations de traités, notamment d’un instrument interdisant la production des matières fissiles destinées à la fabrication d’armes et autres explosifs nucléaires. 

Concernant les armes légères et de petit calibre, le représentant a indiqué que la Guinée soutenait la Convention de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest sur ces armes, leurs munitions et autres matériels connexes ainsi que la mise en œuvre du Traité sur le commerce des armes.  L’assistance apportée aux États concernés par le Centre régional des Nations Unies pour la paix et le désarmement en Afrique doit être soutenue et encouragée, a ajouté M. Kolie.  Illustrant les efforts consentis au plan national par son pays, le représentant a fait savoir que, pour lutter contre la production d’armes artisanales sur le territoire guinéen, la Commission nationale de lutte contre la prolifération et la circulation illicite des armes légères avait permis de collecter, en 2016-2017 plus de 1 400 armes et de nombreuses munitions. 

M. AHMED AL ZADJALI(Oman) a salué l’appel du Secrétaire général pour la tenue d’une conférence à New York pour établir une zone exempte d’armes nucléaires dans la région du Moyen-Orient.  Il a appelé tous les États de la région à participer pleinement et de manière positive à cette conférence.  « La sécurité d’aucun État ne peut être assurée au détriment d’un autre État », a-t-il affirmé. 

Le représentant a rappelé l’importance du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires pour empêcher la prolifération et l’armement nucléaire, ajoutant qu’il fallait aussi respecter le droit de chaque État de recourir à l’énergie nucléaire à des fins pacifiques.  Il s’est inquiété de l’incapacité de la Conférence du désarmement de parvenir à s’entendre sur un ordre du jour avant d’appeler les États Membres à faire preuve d’une nouvelle volonté politique pour parvenir à un monde stable et sûr. 

Mme MARIA TERESA T. ALMOJUELA (Philippines), a constaté que la prolifération des armes conventionnelles avait « contribué à un niveau d’instabilité alarmant dans de nombreuses parties du monde ».  Elle a précisé que les Philippines avaient rejoint la Convention sur les armes à sous-munitions en janvier dernier, où elles participent au travail du Comité de coordination pour l’universalisation du texte. 

Les Philippines appellent les parties prenantes à terminer les consultations sur les questions qui empêchent pour l’instant d’adopter le programme de travail de la Première Commission », a ajouté la représentante.  Pour Mme Almojuela, « eu égard aux tâches critiques qui nous attendent », la Première Commission doit adopter son programme de travail sans délais supplémentaires.  Elle a conclu par un appel à la conscience des représentants: « Nous, à la Première Commission, avons l’énorme responsabilité de promouvoir cette mission première des Nations Unies: garantir un monde en paix et en sécurité .» 

M. SATYENDRA PRASAD (Fidji) a rappelé que plus de 300 essais nucléaires avaient été conduits dans le Pacifique.  Les conséquences en sont toujours ressenties sous la forme de la dégradation de l’environnement et des défis sanitaires croissant des populations, a-t-il ajouté, et les effets à long terme des essais d’armes nucléaires sur l’alimentation et l’écologie marine constituent une préoccupation croissante.  Les communautés vivant près des sites des essais font l’expérience de problèmes aigus de santé à cause de leur exposition aux radiations depuis des années.  La stabilité des structures des atolls fait poser des questions.  Les mécanismes de compensation, les études d’impact à long terme des essais et le stockage des déchets nucléaires en sont à leur balbutiement. 

Les Fidji ont seulement réussi à indemniser les anciens combattants qui avaient été délibérément déployés pour observer des essais nucléaires, a indiqué le représentant, pour qui tout cela rappelle quotidiennement la nécessité de se conformer aux cadres de non-prolifération.  Toutefois, en dépit des mécanismes internationaux de contrôle des armes, la prolifération des armes et des munitions a empiré.  C’est la raison pour laquelle les travaux de cette Commission sont essentiels. 

M. Prasad a aussi parlé de la nécessité d’une réponse collective à la cybercriminalité pour assurer qu’Internet promeuve le développement et non le sape.  C’est un défi majeur et nous devons bien faire les choses, a-t-il estimé.  En conclusion, le représentant a déclaré que les États dotés de l’arme nucléaire devaient respecter les engagements pris. 

M. CHEIKH AHMADOU BAMBA GAYE (Sénégal) a rappelé l’obligation de veiller à la préservation du droit inaliénable de tous les pays à l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire, cela sous le regard vigilant de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).  Pour le représentant, la communauté internationale doit « s’armer » d’une plus grande volonté en ce qui concerne la lutte contre la mise au point, la fabrication, le stockage et l’emploi des armes chimiques, biologiques et radiologiques. 

M. Gaye a également plaidé pour la complémentarité et l’inspiration réciproque entre les processus en cours dans l’élaboration des normes de conduite dans l’espace cybernétique.  Le représentant s’est ensuite réjoui des avancées accomplies dans la mise en œuvre du Traité sur le commerce des armes, un instrument dont le Sénégal appuie l’universalisation, comme il appuie la mise en œuvre de l’Instrument international de traçage des armes légères et de petit calibre et du Registre des armes classiques.  Sur ce dernier point, il a lancé un appel en faveur de la création d’une huitième catégorie d’armes, dédiée précisément aux armes légères et de petit calibre.  Le représentant a estimé que la prévention et la lutte contre les conséquences humanitaires de ces armes devraient être érigées en principe dans toutes les initiatives de désarmement.  Aussi a-t-il salué la contribution « appréciable » des organisations non-gouvernementales dans ce cadre. 

Pour M. NIKOLAI KERNOZHITSKY (Bélarus), « nous sommes témoins de l’effondrement des bases de la sécurité internationale ».  Le représentant a estimé qu’une des principales causes de cet état des lieux était l’extinction du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire.  « Nous n’arriverons pas à réduire ces tensions sans démarches unificatrices et de nouvelles idées », a-t-il ajouté, jugeant urgent de tout mettre en œuvre pour éviter le déploiement de missiles à portée intermédiaire et à plus courte portée en Europe. 

Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) doit rester la pierre angulaire du système international de désarmement, a poursuivi le représentant, qui a souhaité que la Conférence d’examen de 2020 du TNP soit l’occasion de surmonter les contradictions actuelles.  Soulignant la contribution des zones exemptes d’armes nucléaires comme mesures concrètes de non-prolifération, M. Kernozhitsky a souhaité que la conférence qui doit se tenir en novembre pour tenter de créer d’une zone exempte d’armes nucléaires dans la région du Moyen-Orient, aboutisse à un résultat concret.  Il a, en outre, rappelé que le Président du Bélarus avait lancé un concept de zone de bon voisinage numérique pour lutter notamment contre le terrorisme dans le cyberespace.  Il a enfin appuyé le projet de la Chine et de la Fédération de Russie visant à interdire le déploiement d’armes dans l’espace extra-atmosphérique.

Mme ELSA HAILE (Érythrée) a estimé que réaliser la paix et la sécurité supposait la coopération de tous les acteurs régionaux, et aussi qu’on s’attaque aux causes profondes de l’insécurité et des violences endémiques.  Elle a indiqué que la Corne de l’Afrique avait démontré sa détermination à changer de destinée en s’engageant résolument et collectivement sur la voie de la paix et de la stabilité.  Les défis demeurent mais les nouvelles relations entre pays de la région ont mis la Corne de l’Afrique sur une trajectoire positive propice à la paix et à la prospérité, a-t-elle assuré. 

Concernant les armes de destruction massive, Mme Hailé a notamment plaidé pour l’élaboration d’un instrument juridiquement contraignant apportant des garanties de sécurité négatives par lesquelles les États dotés de l’arme nucléaire s’engageraient à ne pas utiliser de telles armes contre les États non dotés parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.  Elle a conclu en rappelant l’attachement de son pays au désarmement multilatéral, seul moyen pour la communauté internationale de relever les défis de la paix et de la sécurité internationales. 

M. PICHPANHAVOAN HUOT (Cambodge) a estimé que l’adoption, en 2017, du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires ne sapait pas le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires mais le complétait et renforçait les autres instruments de désarmement nucléaire.  Il a ajouté qu’au plan national, son pays avait adopté des lois sur la non-prolifération des armes de destruction massive pour en interdire la production, le recyclage, le transfert ou encore le transport. 

S’agissant des armes classiques, le représentant a considéré qu’une pleine mise en œuvre du Programme d’action de l’ONU sur les armes légères permettrait de contrôler efficacement le flux de ces arsenaux et empêcherait qu’ils ne tombent entre les mains d’acteurs non étatiques mal intentionnés.  Il a également remercié les États ayant aidé à son pays à conduire les activités de déminage menées dans le cadre de la Convention sur l’interdiction de l’emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction.  La pleine application de la Convention doit nous conduire à un monde sans mines antipersonnel, a-t-il rappelé. 

M. JAMAL FARES ALROWAIEI (Bahreïn) a condamné « l’attentat terroriste » qui a visé des installations pétrolières en Arabie saoudite.  Il a salué les efforts du Secrétaire général pour la tenue d’une conférence à New York, sous la présidence de la Jordanie, pour établir une zone exempte d’armes nucléaires dans la région du Moyen-Orient, conformément à la décision 73/546 de l’Assemblée générale.  Il a appelé à prendre toutes les mesures pour éviter le risque de voir des groupes terroristes acquérir des armes de destruction massive.  Il s’est par ailleurs particulièrement inquiété des risques de militarisation de l’espace.  

M. PANGERAN IBRANI SITUMORANG (Indonésie) a déclaré que l’élimination de toutes les armes de destruction massive était la seule garantie contre leur utilisation ou contre une détonation accidentelle aux conséquences humanitaires et environnementales catastrophiques.  Il a également appelé tous les États Membres à continuer de mettre en œuvre les accords de contrôle des armes multilatéraux et bilatéraux.  À cet égard, il a jugé que le nouveau Traité entre les États-Unis et la Fédération de Russie sur des mesures visant de nouvelles réductions et limitations des armements stratégiques offensifs (New START) était d’une importance capitale pour progresser sur la voie du désarmement nucléaire, tel que prévu par le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.  D’autre part, le représentant a appelé à la revitalisation de la Conférence du désarmement, afin que puissent y être négociées des normes de prévention d’une course aux armements dans l’espace extra-atmosphérique.  L’Indonésie appuie les travaux des groupes de travail et d’experts sur les technologies de l’information et des communications dans le contexte de la sécurité internationale, a aussi indiqué M. Situmorang. 

M. GYÖRGY MOLNAR (Hongrie) s’est inquiété de la détérioration de la sécurité internationale, illustrée par l’extinction du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire et le risque de voir non renouvelé le Traité entre les États-Unis et la Fédération de Russie sur des mesures visant de nouvelles réductions et limitations des armements stratégiques offensifs (New START).  « Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, qui a fait ses preuves comme seul cadre réaliste de désarmement nucléaire, doit être préservé », a-t-il ajouté.  Pour la Hongrie, il faut aussi garantir l’entrée en vigueur du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICEN) et parvenir à un traité interdisant la production de matières fissiles pour la fabrication d’armes et autres dispositifs explosifs nucléaires.  Le représentant a indiqué que son pays contribuait au partenariat international qui se concentre sur les aspects techniques de la vérification en matière de désarmement nucléaire.  Par ailleurs, la Hongrie, qui préside le Groupe de travail sur la cybersécurité de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, souhaite tisser des liens entre l’OSCE et l’ONU dans ce domaine. 

M. MILENKO ESTEBAN SKOKNIC TAPIA (Chili) a estimé que la signature du Traité d’interdiction des armes nucléaires avait ouvert la voie à la réalisation d’un monde débarrassé de ces armes.  Il a également rappelé l’importance de préserver le droit inaliénable de toutes les parties au Traité de non-prolifération des armes nucléaires à l’utilisation de l’énergie atomique à des fins pacifiques. 

 Il est urgent que la communauté internationale s’unisse pour mettre en œuvre de bonne foi le Traité sur le commerce des armes, lequel, comme d’autres instruments de désarmement, est un traité au service du développement durable, a également déclaré le représentant.  M. Skoknic Tapia a, par ailleurs, appuyé les initiatives politiques et techniques en cours à l’ONU pour explorer des solutions en matière de cybersécurité.  Selon lui, la formulation de recommandations consensuelles sur ce thème permettrait de restaurer la confiance entre États à l’heure de la montée des défis technologiques dans le contexte de la sécurité internationale. 

M. AGUSTÍN SANTOS MARAVER (Espagne) a estimé que nous vivions une période compliquée caractérisée par la détérioration de la sécurité internationale.  Pour l’Espagne, la Conférence d’examen de 2020 du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) sera un défi pour parvenir au consensus le plus large possible.  Le représentant a demandé aux pays dotés de l’arme nucléaire de respecter leurs obligations au regard de l’article VI du TNP.  Il a jugé pertinente l’approche « pas à pas » dans le domaine du désarmement.  Il est ainsi important de permettre l’entrée en vigueur du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICEN). 

M. Santos Maraver a souhaité que soit trouvé le consensus le plus large possible pour assurer le succès en novembre de la conférence visant à parvenir à une zone exempte d’armes nucléaires dans la région du Moyen-Orient.  Face au risque de voir des groupes terroristes acquérir des armes de destruction massive, le représentant a souligné l’importance de la Convention internationale pour la protection physique des installations nucléaires.  Il a enfin exhorté la République populaire démocratique de Corée à s’engager vers une dénucléarisation complète de la péninsule coréenne. 

Mme MARTHA AMA AKYAA POBEE (Ghana) a considéré que le programme de désarmement pour le XXIe siècle du Secrétaire général, qui met l’accent sur les dimensions humanitaires du désarmement, représentait une contribution importante aux efforts internationaux pour débarrasser le monde de la menace des armes nucléaires et d’autres armes de destruction massive.  Elle a également salué l’utilité du Traité d’interdiction des armes nucléaires, qui alerte quant aux conséquences environnementales d’une détonation accidentelle de telles armes. 

La représentante a ensuite attiré l’attention sur l’impact dévastateur des armes légères et de petit calibre dans les conflits en cours en Afrique.  Elle a salué à ce propos l’inclusion de la question des munitions et de l’impact dans la vie des femmes de l’utilisation de ces armes dans le document final de la troisième Conférence d’examen du Programme d’action de l’ONU sur les armes légères, qui s’est tenue en juillet 2018.  Elle a conclu en rendant hommage aux contributions de la société civile pour promouvoir, aux côtés des États, le maintien de la paix et de la sécurité internationales. 

M. OMER AHMED MOHAMED AHMED (Soudan) a rappelé que son pays avait adhéré au Traité de non-prolifération des armes nucléaires.  Il a cité en exemple la contribution du continent africain en matière de désarmement nucléaire en citant le Traité de Pelindaba sur une zone exempte d’armes nucléaires en Afrique et le concept d’Afrique exempte d’armes chimiques.  Il a souhaité le succès de la conférence prévue en novembre à New York pour parvenir à une zone exempte d’armes nucléaires dans la région du Moyen-Orient. 

 « Nous sommes conscients des effets néfastes de la prolifération des armes légères et de petit calibre, a poursuivi le représentant.  Le Soudan, a-t-il ajouté, accueille avec satisfaction le document final de la troisième conférence d’examen du Programme d’action de l’ONU sur les armes légères et de petit calibre.  Il a estimé en outre que la responsabilité de la non-prolifération des armes légères et de petit calibre incombait avant tout aux pays producteurs de ces armes.

M. KHALED MOHAMMED H. ALMANZLAWIY (Arabie saoudite) a déploré qu’Israël refuse de rejoindre le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et refuse toute inspection de ses installations nucléaires, voyant dans cette attitude « une menace grave contre la paix et la sécurité de la région ».  Le représentant a appelé à la création d’une zone exempte d’armes nucléaires dans la région du Moyen-Orient, projet sans lequel son pays n’aurait pas rejoint le TNP, précise-t-il. 

M. Almanzlawiy s’est inquiété d’une éventuelle nucléarisation de l’Iran et, dans le même développement, a dénoncé les « attentats déplorables contre les installations pétrolières saoudiennes avec 25 missiles et drones qui ont affecté la capacité de production du Royaume de 25 % à 50 % » et mis en danger l’approvisionnement international.  Il a aussi condamné les attaques chimiques en Syrie et a appelé à traduire les coupables en justice. 

M. SAYED MIRAGHA MUSADDEQ (Afghanistan) a dit savoir d’expérience « combien l’abondance à l’accès facile aux armes légères et de petit calibre renforce les terroristes, les extrémistes et le crime organisé ».  Regrettant le nombre élevé d’attaques terroristes ayant frappé son pays au cours de l’année écoulée, il a affirmé que l’absence d’un contrôle efficace des armes entretenait le cycle de la violence en Asie centrale.  Il en a appelé à toutes les parties concernées, pour qu’elles prennent les mesures nécessaires pour empêcher les organisations terroristes d’obtenir des armes.  « Nous avons aussi besoin d’avancer sur les liaisons dangereuses entre trafic d’armes, de drogues et de blanchiment d’argent », a-t-il ajouté.

Le représentant a déploré que l’Afghanistan demeure le pays du monde le plus affecté par les attaques aux engins explosifs improvisés, qui ont pris « des milliers de vies innocentes », l’an dernier.  Selon lui, cette situation s’explique principalement par l’usage de produits précurseurs, qui sont introduits en contrebande et utilisés par de nébuleuses organisations criminelles transnationales.  L’engagement de l’Afghanistan sur ce dossier se manifeste par le parrainage de la résolution de l’Assemblée générale visant à contrer la menace des engins explosifs improvisés depuis 2015.  Sur ce point, M. Musaddeq a salué le soutien apporté par la communauté internationale, la France et l’Australie, en particulier, qui ont coparrainé le texte. 

M. DEE-MAXWELL SAAH KEMAYAH, SR. (Libéria) a notamment rappelé l’attachement de son pays à la pleine mise en œuvre du Traité sur le commerce des armes et du Programme des Nations Unies sur les armes légères et de petit calibre.  Il a assuré que son gouvernement était pleinement engagé dans la lutte contre la prolifération des armes légères, source d’instabilité régionale et de conflits, à travers un cadre juridique renforcé de l’adoption de deux lois et la création d’une commission nationale dédiée à cet effort.  Il a précisé que l’application de ces lois était supervisée par des agences nationales de sécurité et des organisations partenaires de la société civile. 

M. GEORGE ALEXANDER JAFFU, JR (Malawi) a rappelé que son pays souffrait de la présence excessive d’armes légères et de petit calibre sur son territoire et dans les foyers de ses citoyens, une présence qui constitue une menace à la stabilité nationale et régionale et entrave ainsi la réalisation des Objectifs de développement durable.  Par ailleurs, le représentant a souligné l’importance de voir les partenaires internationaux des pays les moins avancés à promouvoir une utilisation responsable et pacifique de l’espace extra-atmosphérique et des technologies spatiales.  Empêcher une militarisation accrue de l’espace est en effet essentiel pour que soit pleinement mis en œuvre, au bénéfice de tous, le Programme de développement durable à l’horizon 2030, a estimé le représentant. 

Droits de réponse

Le représentant de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) a souhaité répondre aux États-Unis et au Japon.  « Nous acceptons le dialogue mais ne le recherchons pas comme une fin en soi », a-t-il indiqué.  « Nous n’avons aucune intention de reprendre des négociations tant que les États-Unis ne retireront pas de manière inconditionnelle leurs menaces contre nous .»  Par ailleurs, la RPDC refuse de parler au Japon tant qu’il n’aura pas « reconnu ses crimes contre l’humanité ».  Enfin, le représentant a dit préférer « ne faire aucun commentaire » sur la déclaration de l’Espagne, qui ne fait « que répéter le discours de son maître ».

Le représentant de la République islamique d’Iran a dénoncé « les allégations sans fondement de l’Arabie saoudite ».  Il a affirmé que son pays était en conformité avec les demandes de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) qui a, selon lui, validé ses activités nucléaires.  Il a ajouté que c’était l’Arabie saoudite qui n’avait pas répondu aux demandes de l’AIEA.  « C’est l’Arabie saoudite qui exporte le terrorisme et l’extrémisme non seulement dans notre région mais aussi dans le monde », a encore accusé le représentant, avant d’ajouter: « les terroristes sont armés, formés et soutenus par les pétrodollars saoudiens ».  Le représentant a aussi répondu à ce qu’il a considéré comme des accusations à peine voilées de l’Arabie saoudite contre ses installations pétrolières: « les Saoudiens sont perplexes.  Sans aucune enquête, ils s’empressent de monter du doigt mon pays mais certains de leurs responsables disent que ce n’est pas l’Iran.  Cette situation prouve simplement que leur système de défense acheté auprès de puissances étrangères ne fonctionne pas correctement », a-t-il ironisé.

Le représentant de l’Arabie saoudite a réagi aux allégations « sans fondement » de la République islamique d’Iran, « qui prétend abusivement redouter notre programme nucléaire ».  « L’Iran, depuis 1979, sème tension et instabilité dans la région en faisant fi de toutes les normes morales en matière de terrorisme notamment, au motif qu’elle exporterait la révolution », a affirmé le représentant, assurant que, sous ce prétexte, il recrutait des milices terroristes dans plusieurs pays arabes.  Le représentant a demandé à l’Iran de se comporter en État responsable, en cessant de s’ingérer dans les affaires intérieures de nombre de pays et en respectant l’Accord de Vienne sur son programme nucléaire. 

Le représentant de la République islamique d’Iran a rejeté catégoriquement les propos de son homologue saoudien en demandant à l’Arabie saoudite de se montrer cohérente dans ses déclarations et de lire dans le détail les obligations prévues par l’Accord de Vienne et les rapports de l’AIEA sur ses activités au titre dudit accord.  L’attentat du 11 septembre 2001 à New York a été appuyé et financé par l’Arabie saoudite, a-t-il accusé, ajoutant que l’État islamique était une autre « marionnette de l’Arabie saoudite ».  Il a en outre déclaré que l’Arabie saoudite avait « envahi et agressé le Yémen, en tuant ses enfants ». 

Le représentant de l’Arabie saoudite a répondu que la liste des violations du droit international par l’Iran et les milices terroristes qu’il appuie, y compris des milices houtistes au Yémen, était interminable.  Il a ensuite cité des exemples d’attentats soutenus selon lui par l’Iran. 

Le représentant du Japon a répondu aux déclarations faites hier par la République populaire démocratique de Corée (RPDC).  Il regrette que les efforts diplomatiques n’aient pas permis d’accord sur l’utilisation des missiles balistiques dans la région.  Il a expliqué être en conformité avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et même avoir réduit son stock de plutonium. 

Le représentant du Yémen a fait usage de son droit de réponse contre l’Iran, qui avait affirmé que l’Arabie saoudite le bombardait.  Le représentant a rappelé que l’Arabie saoudite était intervenue dans le conflit à sa demande.  Selon lui, ce sont les armes envoyées par l’Iran aux houthistes qui tuent des civils yéménites. 

Le représentant de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) a repris la parole pour estimer que l’intervention du représentant Japon n’était « pas pertinente car elle ne répond pas à notre dernière intervention ».  Il a donc jugé qu’il n’était « nul besoin de faire des commentaires pour y répondre ».

À l’intention des organes d’information • Document non officiel.