Deuxième Commission: des politiques ciblant les femmes et les populations rurales sont cruciales pour éliminer la pauvreté

AG/EF/3521
16 octobre 2019
Soixante-quatorzième session, 14e & 15e séances – matin & après-midi

Deuxième Commission: des politiques ciblant les femmes et les populations rurales sont cruciales pour éliminer la pauvreté

Une quarantaine de délégations se sont exprimées aujourd’hui, à la Deuxième Commission (questions économiques et financières), pour détailler leurs efforts visant à éliminer la pauvreté, en mettant souvent l’accent sur les mesures prises pour corriger les inégalités de genre.  Il a aussi beaucoup été question de cibler le milieu rural, qui concentre les difficultés, notamment dans les groupes de pays à situation particulière.

Si la bataille contre la pauvreté n’est pas encore gagnée, elle se joue dorénavant en milieu rural, a estimé le Népal, en faisant remarquer que c’est là que vivent en majorité les pauvres.  Les chiffres du rapport présenté par le Département des affaires économiques et sociales (DESA) lui donnent raison: 70% des personnes vivant dans l’extrême pauvreté en 2017 venaient du milieu rural, dont un tiers des populations autochtones.

Ce « fossé entre zones rurales et urbaines », comme l’a formulé l’Indonésie, a retenu l’attention de la Fédération de Russie, pays qui met l’accent sur les familles nombreuses et les populations rurales en ayant créé pour elles « plus de 100 000 emplois depuis 2013 ».  L’Inde, de son côté, s’attaque à la pauvreté rurale, en partie, par des efforts d’assainissement: le pays a lancé, cette année, la plus grande campagne mondiale dans le secteur des sanitaires qui prévoit la construction de plus de 110 millions de toilettes en cinq ans.

À l’issue des discussions, il semblait clair que les femmes en milieu rural était une cible à privilégier pour éliminer la pauvreté, raison pour laquelle de nombreux pays développent des programmes nationaux visant spécifiquement cette population.  Au Kazakhstan, où la pauvreté est plus marquée en zone rurale et où 40% des entrepreneurs sont des femmes, le Gouvernement s’est engagé à créer « un État-providence dans lequel les femmes jouent un rôle pivot ».  Le Togo ambitionne, pour sa part, d’avoir 28% d’entreprises dirigées par des femmes d’ici à 2022.  Le but est « de faire de la femme togolaise un acteur de premier plan du développement national », d’augmenter sa représentativité dans tous les secteurs, et de donner accès au crédit à 60% de femmes d’ici à 2022.

« La pauvreté a un visage féminin », a résumé l’Uruguay, soulignant que pour 100 hommes pauvres en Amérique latine, on compte 118 femmes dans la même situation, dont la moitié est exclue du monde du travail.  Pour celles qui touchent un salaire, celui-ci est 16% inférieur à celui des hommes, même lorsqu’elles ont de longues années d’études derrière elles, a ajouté la représentante de l’Uruguay, avant de citer deux programmes qui ont porté des fruits dans son pays, l’un pour les femmes en milieu rural et l’autre pour les femmes entrepreneuses.  Mais les femmes font face à des défis allant au-delà des salaires, « puisqu’elles ne participent pas assez aux prises de décisions nationales », a-t-elle tempéré.

La Directrice exécutive adjointe d’ONU-Femmes, Åsa Regnér, a montré que les fossés entre hommes et femmes se creusent en particulier entre 25 et 34 ans: c’est l’âge auquel les familles se forment et font face à des dépenses accrues pour les enfants.  C’est aussi l’âge où les femmes ont moins de temps pour exercer une activité rémunérée.  Soit, pour les femmes, une « double contrainte ».

Préoccupés de voir se perpétuer les inégalités et donc la pauvreté qui affecte particulièrement la vie des femmes et des filles, les pays du Groupe des 77 et de la Chine (G77) ont indiqué se focaliser sur l’éducation, la protection sociale, l’inclusion financière, l’accès aux ressources et aux moyens de production, ainsi que les transferts de technologie en faveur des femmes.

Pour que leurs efforts déployés sur le plan national soit décuplés, ces pays ont appelé la communauté internationale et le système des Nations Unies pour le développement à prendre des mesures d’urgence pour « déraciner les causes » de la pauvreté par « des stratégies intégrées, coordonnées et cohérentes à tous les niveaux », conformément aux décisions des grandes conférences et sommets des Nations Unies dans les domaines économiques et sociaux.  Les Pays les moins avancés (PMA), eux, ont insisté sur une approche « multidimensionnelle » de la lutte contre la pauvreté, estimant que la croissance économique seule ne pouvait réaliser cet objectif.

Des PMA qui ont certes noté la baisse de l’extrême pauvreté, mais regretté que ce rythme ait ralenti.  Dans la population mondiale, 1 personne sur 12 vit dans l’extrême pauvreté, 1 sur 9 a faim, la moitié n’a pas accès aux services de santé de base, la moitié n’est pas couverte par la protection sociale, 1 enfant sur 5 ne va pas à l’école, ont-ils énuméré, ajoutant que cette extrême pauvreté est concentrée dans les zones rurales et dans un petit nombre de pays, essentiellement des PMA. 

Mais la pauvreté n’est pas réservée qu’aux PMA: les inégalités augmentent au sein des pays, qu’ils soient riches ou pauvres, plutôt qu’entre pays, comme l’a pointé un rapport du Secrétaire général présenté dans la matinée.  Cuba n’a d’ailleurs pas manqué de trouver « moralement insupportable » que les États-Unis, eux-mêmes, aient un taux de pauvreté de 16,9% en zone rurale et de 13,6% en zone urbaine.

La Deuxième Commission se réunira de nouveau jeudi 17 octobre, à 10 heures, pour débattre du point de son ordre du jour intitulé « Mondialisation et interdépendance ».

ÉLIMINATION DE LA PAUVRETÉ ET AUTRES QUESTIONS LIÉES AU DÉVELOPPEMENT

a) Activités relatives à la troisième Décennie des Nations Unies pour l’élimination de la pauvreté (2018-2027)

b) Participation des femmes au développement

c) Mise en valeur des ressources humaines

d) Éliminer la pauvreté en milieu rural en vue de réaliser le Programme de développement durable à l’horizon 2030

Présentation de rapports

Mme DANIELA BAS, Directrice de la Division du développement social inclusif du Département des affaires économiques et sociales (DESA), a présenté deux rapports relatifs à l’élimination de la pauvreté.

L’un intitulé « Activités relatives à la troisième Décennie des Nations Unies pour l’élimination de la pauvreté (2018-2027) » (A/74/210), où le Secrétaire général examine les progrès accomplis en vue d’éliminer la pauvreté, y compris les mesures prises par le système des Nations Unies pour donner suite au thème de la troisième Décennie des Nations Unies pour l’élimination de la pauvreté (2018-2017).

Mme Bas a pris note du recul de la pauvreté constaté par la Banque mondiale, qu’elle a qualifié de « progrès extraordinaires »: En 1990, 36% de la population mondiale vivaient avec moins de 1,90 dollar par jour.  Vingt-cinq ans plus tard, cette proportion avait chuté à 10%.  Selon la prévision immédiate de la Banque mondiale pour 2018, le taux de pauvreté est descendu à 8,6% depuis cette date.  Pourtant, malgré ce progrès remarquable, le monde dans son ensemble n’est pas sur la voie de l’élimination de la pauvreté extrême d’ici à 2030, a-t-elle regretté.

L’infléchissement du recul de la pauvreté dans certains pays, dont les pays à revenu intermédiaire et les pays les moins avancés (PMA), est dû au ralentissement de la croissance économique et aux catastrophes naturelles, précise le rapport.  Parmi ces pays, les populations rurales ou marginalisées sont plus touchées: le rapport pointe que, plus que les inégalités entre pays, ce sont les inégalités internes dans les pays qui ont augmenté. 

Le rapport détaille plusieurs axes où il est possible de réaliser des progrès: soutenir les investissements dans l’agriculture, particulièrement les petites exploitations; investir dans la santé, l’éducation et les services publics de qualité; étendre la couverture sociale avec des mesures nationales appropriées, universelles, en mettant l’accent sur la volonté de ne pas faire de laissés-pour-compte.  Mme Bas a enfin appelé à tenir compte des changements climatiques et des catastrophes naturelles.

Le second rapport intitulé « Éliminer la pauvreté en milieu rural en vue de réaliser le Programme de développement durable à l’horizon 2030 » (A/74/257) examine l’état actuel de la pauvreté en milieu rural ainsi que les lacunes et les difficultés qui font obstacle à son élimination, en particulier dans les pays en développement, et contient des recommandations sur la manière de surmonter ces nombreuses contraintes.

Il précise que 70% des personnes vivant dans l’extrême pauvreté en 2017 venaient de milieu rural.  C’est un groupe très hétérogène, deux tiers sont de milieu agricole, vivent en forêt, ou dans les savanes, a rappelé Mme Bas.

Les autochtones constituent à peu près un tiers des pauvres en milieu rural, même s’ils ne représentent qu’environ 10% des pauvres dans le monde et 5% de la population mondiale.  De plus, 45% des pauvres en milieu rural sont des enfants de moins de 17 ans, tandis que 60% des extrêmement pauvres vivent dans des foyers d’au moins trois enfants. 

Il reste des lacunes en formation de capital humain, note le rapport.  En milieu rural, il n’y a que peu de moyens de subsistance qui ne sont pas liés à l’exploitation de fermes.  Il reste des inégalités de genre, un manque d’infrastructures et de services, ainsi qu’une faible capacité d’adaptation et de résilience aux catastrophes naturelles et aux changements climatiques.  « La croissance économique continue de passer à côté des milieux ruraux, qui n’ont pas accès à la consommation », a ajouté Mme Bas.

Le rapport recommande d’adopter des politiques coordonnées, d’augmenter les capacités et de donner davantage de chances aux activités non liées à l’exploitation agricole.  Il suggère aussi d’aider les pauvres à lutter contre les contraintes structurelles, d’investir pour combler les brèches numériques et d’améliorer la protection sociale.  Mme Bas a conclu cette présentation par une dernière recommandation: il faut « adopter des stratégies ciblant spécifiquement les femmes ». 

Mme ÅSA REGNÉR, Sous-Secrétaire générale et Directrice exécutive adjointe de l’Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (ONU-Femmes), a d’emblée souligné que la pauvreté et l’augmentation des inégalités, entre et au sein des pays, sont un sujet de grande préoccupation, en particulier pour les femmes.  À l’approche du vingt-cinquième anniversaire de la Déclaration de Beijing, on constate que c’est la volonté politique qui manque, a-t-elle regretté, jugeant qu’il n’a jamais été aussi important d’éliminer toutes les violences et les discriminations à l’égard des femmes et des filles, de même que de défendre leur droit de participation.  L’un des points principaux du Programme 2030 est l’élimination de la pauvreté sous toutes ses formes et il faut se pencher sur le rôle des femmes dans le développement, a recommandé Mme Regnér.

Elle a ensuite présenté le rapport A/74/111 intitulé « Étude mondiale sur le rôle des femmes dans le développement », qui traite de l’importance de la lutte contre « la pauvreté de revenu et la pauvreté en temps » des femmes au regard du développement durable.  Les fossés entre hommes et femmes se creusent en particulier entre 25 et 34 ans, âge auquel les familles se forment et font face à des dépenses accrues pour les enfants et où les femmes ont moins de temps pour exercer une activité rémunérée. 

Cette étude actualisée s’intéresse, à l’origine, aux niveaux élevés de pauvreté de revenu et de pauvreté en temps, parmi les femmes, et contient une analyse des raisons pour lesquelles une démarche stratégique intégrée constitue un moyen à la fois opportun et pertinent de remédier à cette double contrainte subie par les femmes pour parvenir au développement durable, s’agissant en particulier des populations à faible revenu.

Quant au rapport A/74/279 intitulé « Participation des femmes au développement », il relève une participation de plus en plus visible des femmes à l’économie.  Ceci étant, d’importantes disparités entre les femmes et les hommes sur le marché du travail continuent d’être observées, tant dans les pays en développement que dans les pays développés, a fait observer Mme Regnér.  Les barrières structurelles et les discriminations institutionalisées continuent de perpétuer les écarts entre les sexes.

Le rapport met en avant les mesures prises au niveau national pour intégrer le principe de l’équité entre les sexes dans les politiques et stratégies nationales de développement durable, pour promouvoir des stratégies de croissance économique durable, partagée et équitable qui servent les intérêts des femmes ainsi que des politiques de l’emploi dynamiques axées sur l’instauration du plein emploi productif et l’accès des femmes à un travail décent.  Le but est d’éliminer le cloisonnement qui existe dans le monde du travail et les écarts de salaires entre les femmes et les hommes, d’accélérer le passage des femmes de l’emploi informel à l’emploi formel, de prévenir et éliminer toutes les formes de violence, de discrimination et de harcèlement sexuel à l’égard des femmes au travail, et de permettre de mieux concilier vie professionnelle et vie familiale.

Enfin, Mme Regnér a appelé l’attention des délégations sur le rapport d’ONU-Femmes intitulé « Le progrès des femmes dans le monde ».  Il faut faire en sorte que les familles soient un espace d’égalité et de justice, a-t-elle plaidé, en expliquant que cela peut aboutir à débloquer les objectifs de développement durable.

Mme MARION BARTHELEMY, Directrice du Bureau de l’appui aux mécanismes intergouvernementaux et de la coordination au service du développement durable, a présenté le rapport A/74/284 intitulé « Mise en valeur des ressources humaines », qui analyse les répercussions éventuelles des progrès technologiques sur la nature du travail et la création d’emplois, examine des nouveaux modèles d’activités, et met en avant les compétences qui seront probablement les plus recherchées et les adaptations qui devront être apportées aux systèmes éducatifs pour préparer les étudiants aux emplois de demain.

Les changements rapides sur le marché du travail influencent la nature, la qualité et la productivité de l'emploi, a expliqué Mme Barthelemy.  Elle a souligné que les nouvelles technologies sont le moteur du développement économique, mais qu’il s’agit de savoir comment garantir un travail décent, une protection sociale et une égalité des chances pour tous.  L’impact des progrès technologiques sur l’emploi et la croissance future pose la question des compétences nécessaires pour les générations futures et de l’évaluation des connaissances tout au long de la vie. 

Mme Barthelemy a aussi fait valoir que les questions relatives à la parité sont liées au secteur des nouvelles technologies.  Le rapport a d’ailleurs identifié un certain nombre de recommandations politiques pour éviter que les groupes de population les plus vulnérables soient laissés pour compte.  Le rapport invite, par exemple, à investir dans les connaissances de base et dans les écoles, en tenant compte du fait que les compétences doivent s’adapter aux demandes du marché du travail.  À cet égard, les gouvernements peuvent travailler avec le secteur privé et avec les syndicats pour cibler ces transformations en fonction des besoins.

Pour combler la fracture numérique, le rapport recommande de créer un environnement propice à l’innovation, « via la création de hubs en ligne favorisant échange de connaissance et d’idées », a expliqué la rapporteuse.  De manière générale, pour combler les lacunes de la population en matière de capacités, le rapport appelle à cibler et à aider les populations les plus vulnérables.

La troisième recommandation du rapport porte sur la protection sociale qui est essentielle.  « Les gouvernements devraient créer un fonds de formation en revoyant le système d’assurance professionnelle, pour permettre aux travailleurs de prendre des congés de formation », a expliqué Mme Barthelemy.  Les travailleurs les moins qualifiés devraient également être accompagnés en période de transition.

Enfin, devant la multiplication des « formes d’emploi non traditionnelles » comme « l’auto-emploi » et les contrats à temps partiel, le rapport estime nécessaire de renforcer les droits sociaux de ces nouveaux types de travailleurs et de modifier l’assiette fiscale.

Au nom du Groupe des 77 et la Chine, M. ABDULLAH ABU SHAWESH (État de Palestine) a noté avec regret que le monde n’est pas sur la bonne voie pour éradiquer la pauvreté avant 2030.  Le représentant a donc appelé la communauté internationale, le système des Nations Unies pour le développement, y compris les fonds, les programmes et les agences spécialisées, à continuer d’accorder la plus haute importance à l’éradication de la pauvreté et à prendre d’urgence des mesures pour déraciner les causes et relever les défis de la pauvreté sous toutes ses formes et dimensions.  Il faut trouver des solutions, en particulier à l’extrême pauvreté, la faim et la malnutrition, à la lumière de leurs impacts négatifs sur le développement durable, a plaidé le représentant, en conseillant d’adopter des stratégies intégrées, coordonnées et cohérentes à tous les niveaux, en conformité avec les décisions des grandes conférences et sommets des Nations Unies dans les domaines économiques et sociaux. 

Le représentant n’a pas non plus manqué de rappeler aux pays développés la nécessité de respecter leurs engagements au titre de l’aide publique au développement afin de soutenir les efforts nationaux des pays en développement avec des ressources financières et une aide technique prévisibles.  Sur la question de la participation des femmes au développement, il s’est dit profondément préoccupé de voir que les inégalités continuent d’exacerber l’impact de la pauvreté sur la vie des femmes et des filles.  Le Groupe, a-t-il dit, souhaite se focaliser sur les investissements dans l’éducation, la protection sociale, l’inclusion financière, l’accès aux ressources et aux moyens de production, et aux transferts de technologie en faveur des femmes.

Au nom des pays les moins avancés (PMA), Mme TAMANDA CHIBWENA (Malawi) a noté la baisse de l’extrême pauvreté mais a regretté que le rythme ait ralenti.  Dans la population mondiale, une personne sur 12 vit dans l’extrême pauvreté, une sur 9 a faim, la moitié n’a pas accès aux services de santé de base, la moitié n’est pas couverte par la protection sociale, un enfant sur 5 ne va pas à l’école, a énuméré la représentante, ajoutant que l’extrême pauvreté est concentrée dans les zones rurales et dans un petit nombre de pays, essentiellement des PMA.  En outre, les études montrent que même un emploi ne garantit pas une vie décente et, dans les PMA, environ 32% des travailleurs vivent dans l’extrême pauvreté.

Les changements et catastrophes climatiques sont un autre phénomène affectant chaque pays sur chaque continent, a continué la déléguée.  Les événements météorologiques extrêmes menacent l’approvisionnement en nourriture, poussent les personnes à quitter leur foyer, séparent les familles et augmentent donc les risques de faim et de pauvreté.  Elle a donc plaidé pour une approche multidimensionnelle de la pauvreté, estimant que la croissance économique seule ne peut pas réaliser l’objectif d’élimination de la pauvreté. 

La communauté internationale doit procéder à des interventions ciblées là où la pauvreté et la vulnérabilité sont concentrées, comme les PMA, a recommandé la représentante.  L’investissement doit augmenter dans l’éducation, la santé, l’accès à l’eau potable et à l’énergie, l’accès à l’assainissement, l’exposition aux maladies infectieuses et beaucoup d’autres dimensions du bien-être, a-t-elle précisé.  Il est vital de garantir le plein emploi et un travail décent avec un salaire minimum correct, de même que des régimes de protection sociale pour prévenir et réduire la pauvreté et fournir un filet de sécurité aux personnes vulnérables.

Pour l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS), Mme SHARON LINDO (Belize) a déclaré que pour relever le défi de l’éradication de la pauvreté, il s’agit bien plus d’assurer l’avenir que de s’attaquer au présent: il faut donc gérer les défis des changements climatiques, édifier des communautés sûres et pacifiques et établir des partenariats.  Paraphrasant le Premier Ministre des Bahamas, le représentant a dit que « les petits États insulaires sont sur le point d’être engloutis dans un abîme créé initialement par l’activité humaine et de plus en plus par l’inaction ».  Le rythme actuel des changements climatiques et l’ampleur de ses impacts exigent de tripler le niveau de nos ambitions, a-t-il mis en garde.  De l’avis de l’AOSIS, l’action climatique ne peut pas être séparée de l’action pour le développement dans les petits États insulaires en développement (PEID).

Le représentant a remarqué que la nécessité de prendre des mesures audacieuses devient encore plus prononcée lorsque ces PEID doivent détourner une partie des ressources prévues pour les dépenses sociales pour les rediriger vers la lutte contre les conséquences des changements climatiques.  Cela exerce une pression encore plus grande sur nos sociétés qui luttent déjà beaucoup pour offrir des opportunités, notamment pour les jeunes, s’est désolé le représentant, en soulignant que ces jeunes veulent un avenir fondé sur la sûreté et la sécurité.  Le délégué a reconnu la difficulté de faire face à des problèmes dont « on n’est pas responsable. »  Avant de terminer, Mme Lindo souligné l’importance des partenariats et a exhorté le Secrétaire général, dans le cadre de sa réforme du système des Nations Unies, à assurer que toutes les entités de l’ONU prennent en compte les PEID et leurs priorités telles qu’elles sont exprimées dans les Orientations de Samoa. 

Au nom de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), M. SOVANN KE (Cambodge) a dit que le Plan-cadre d’action 2016-2020 de l’ASEAN a trois objectifs: améliorer l’accès aux ressources, aux services financiers et à la protection sociale pour avoir des communautés résilientes et autonomes; promouvoir la participation des pauvres et des personnes vulnérables aux opportunités socioéconomiques grâce à l’innovation financière; et renforcer les initiatives de développement rural et d’éradication de la pauvreté aux niveaux local, régional et national, grâce à une amélioration des mécanismes de coordination, de la cohérence des politiques et de la localisation efficace des programmes et actions.  Cette approche promeut la coopération, en permettant aux communautés locales de mettre en œuvre les meilleures pratiques.  L’autonomisation des communautés est au centre des efforts de l’ASEAN pour réduire la pauvreté et pour promouvoir des moyens de subsistance durable.  L’accent mis par l’ASEAN sur les chances d’accès à l’éducation contribue également à l’effort de l’éradication de la pauvreté. 

« L’ASEAN Community Vision 2025 » et ses plans directeurs visent à promouvoir l’intégration régionale en renforçant la cohésion des efforts de développement communautaire, a poursuivi le représentant.  L’ASEAN exhorte d’ailleurs les pays développés à respecter leurs engagements, s’agissant de l’aide publique au développement (APD) aux pays les moins avancés (PMA).  Renforcer les coopérations Sud-Sud et triangulaire peut aussi faire avancer les efforts collectifs d’éradication de la pauvreté.  L’ouverture des marchés mondiaux contribuera également à stimuler le commerce mondial et à améliorer les conditions économiques dans tous les pays, a conclu le représentant, qui n’a pas oublié d’insister sur l’allégement de la dette, autre vecteur des efforts pour éradiquer la pauvreté dans les pays en développement.

Au nom du Groupe des États de l’Afrique, M. TAPIWA R. RUPENDE (Zimbabwe) a estimé qu’il revient aux gouvernements des pays en développement de formuler leur propre stratégie de développement, calquée sur leurs besoins et tenant compte de leurs priorités nationales.  Les pays africains ont besoin, a relevé le délégué, de renforcer leurs capacités techniques et financières s’ils veulent vraiment gagner la bataille de la pauvreté.  Ils doivent donc prendre des mesures pour attirer les flux de capitaux et mobiliser les ressources nationales et étrangères.  Cela signifie aussi, a ajouté le représentant, investir dans les gens, car que ce sont eux qui doivent prospérer pour contribuer au développement de leur pays.

Si la pauvreté extrême est en baisse en Afrique, les progrès ne sont pas assez rapides, a reconnu le représentant, en alertant que le nombre de personnes en Afrique subsaharienne vivant avec moins de 1,25 dollar par jour a augmenté.  Le remède, a prescrit le représentant, c’est la création d’emplois, un accès universel à des services sociaux de base, des systèmes de protection sociale efficaces, l’autonomisation des populations pour qu’elles puissent saisir les opportunités économiques et des mesures de protection de l’environnement.  Dans ce cadre, le représentant a insisté sur l’industrialisation de l’Afrique qui permettrait de soutenir une croissance durable et équitable, créer des emplois, favoriser l’innovation et la sécurité alimentaire.

Qualifiant aussi l’éducation de moteur de réduction de la pauvreté, le représentant a prôné un partenariat entre les pays africains pour renforcer le secteur de l’éducation mais aussi assurer la couverture sanitaire universelle.  Pour illustrer la menace que représentent les changements climatiques pour l’éradication de la pauvreté, le représentant a rappelé les effets dévastateurs du cyclone Idai au Malawi, au Mozambique et au Zimbabwe en mars dernier. Il a plaidé pour une mise en œuvre pleine et entière de l’Accord de Paris.

Au nom de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), Mme DIEDRE N. MILLS (Jamaïque) a estimé que la réalisation ou non des progrès dans l’élimination de la pauvreté au cours de cette Décennie des Nations Unies dépendra des succès ou des échecs dans la lutte contre les changements climatiques.  Il faut, a-t-elle souligné, reconnaître les interactions entre changements climatiques, action climatique et développement durable pour pouvoir identifier des synergies et les compromis qu’il faut entre action climatique et objectifs de développement durable.  Dans les Caraïbes, a-t-elle poursuivi, les effets des changements climatiques ont aggravé les problèmes sociaux.  Ils ne sont pas les seuls: le déclin démographique dû aux taux de fécondité et d’émigration, et au vieillissement de la population constitue d’autres défis socioéconomiques qui se profilent de plus en plus dans la région.

La CARICOM a donc élaboré une stratégie d’intégration de la jeunesse à la planification et aux actions multisectorielles.  Elle développe de l’esprit d’entrepreneuriat chez les jeunes dans une nouvelle approche de lutte contre le chômage des jeunes et les comportements néfastes tels que la toxicomanie, la criminalité et la violence.  Parallèlement aux efforts pour le développement des jeunes, la région travaille à la réalisation progressive de l’égalité des sexes.  Pour promouvoir le développement global des ressources humaines, la CARICOM a adopté une stratégie de développement de ces ressources pour 2030, qui propose à ses États membres un schéma directeur pour le développement des plans sectoriels.  Il s’agit d’une approche convergente pour booster l’éducation et la formation, a indiqué la représentante.  

M. IVAN KONSTANTINOPOLSKIY (Fédération de Russie) s’est dit préoccupé par le ralentissement des progrès mondiaux dans la lutte contre la pauvreté, ce qui menace les autres objectifs comme celui d’éliminer la faim.  Le représentant a insisté sur les efforts qu’il faut déployer en zone rurale.  Même si, a-t-il expliqué, la Fédération de Russie a éliminé l’extrême pauvreté, elle s’est fixé pour objectif de réduire la pauvreté de moitié d’ici à 2024 par rapport à 2017.  Dans ce cadre, elle met l’accent sur les familles nombreuses et les populations rurales pour lesquelles ont été créés plus de 100 000 emplois depuis 2013.  L’objectif reste d’élargir l’accès à l’emploi et d’augmenter les revenus, mais aussi de connecter ces zones à Internet, pour freiner l’exode rural.  L’élimination de la pauvreté, c’est la clef pour parvenir à l’égalité des chances et à l’égalité des sexes, a souligné le représentant.

Pour M. ANTONY MULA (Indonésie), l’élimination de la pauvreté passe par des investissements massifs dans les infrastructures et la connectivité des secteurs productifs.  Les inégalités, a professé le représentant, ne relèvent pas seulement d’une mauvaise distribution des revenus entre les hommes et les femmes mais aussi des fossés entre les zones rurales et urbaines.  Grâce aux efforts déployés, l’Indonésie a pour la première fois un taux de pauvreté inférieur à 1%, s’est félicité le représentant.

Mme OUMIA OUMATE PABA SALE (Cameroun) a attiré l’attention sur le succès des mesures prises par son gouvernement pour diminuer le niveau d’insécurité alimentaire.  La nouvelle politique nationale de protection sociale vise à promouvoir le bien-être des populations et l’accès aux services de base.  L’accès à la propriété foncière a été d’autant plus élargie que le Cameroun accorde une importance capitale à l’agriculture verte.  Près de 6,5 millions d’hectares ont été reboisés et régénérés, a indiqué la représentante, qui a souligné que son pays aimerait faire plus mais qu’il fait face à de nombreux problèmes sécuritaires découlant des activités terroristes du groupe Boko Haram.  Si l’éradication de la pauvreté est l’objectif final, le développement est le moyen d’y parvenir, ce qui ne peut se faire sans sécurité, a-t-elle conclu.

Mme ANA SILVIA RODIRGUEZ ABASCAL (Cuba) s’est demandé comment on peut prétendre éliminer la pauvreté si des pays comme les États-Unis consacrent des millions de dollars aux dépenses militaires, les pratiques protectionnistes et unilatérales sont en hausse, le cadre multilatéral est sapé, les mesures économiques coercitives unilatérales se multiplient, l’aide publique au développement (APD) diminue en termes réels et si la dette extérieure continue d’augmenter.  L’ordre économique international, « injuste et non viable », mène à la marginalisation d’un nombre considérable de nations du Sud », a-t-elle asséné, ajoutant que le plus regrettable est que ce sont les pays en développement qui sont les plus touchés alors que ce sont les moins responsables de cette déviation.

La représentante a qualifié de « chimère » le fait de parler des progrès dans l’élimination de la pauvreté alors que la faim augmente de nouveau dans le monde et que la malnutrition frappe des millions d’enfants.  Il est d’ailleurs « moralement insupportable » que les États-Unis, eux-mêmes, aient un taux de pauvreté de 16,9% en zone rurale et de 13,6% en zone urbaine.  La représentante a dénoncé le blocus auquel le Gouvernement américain soumet son pays, lequel a été aggravé cette année par l’activation du titre III de la Loi Helms-Burton.  En dépit de ces contraintes, Cuba a fait des progrès sociaux notables et réalisé plusieurs des cibles du Programme de développement durable à l’horizon 2030.  Cuba, s’est enorgueillie la représentante, est le deuxième pays au monde à avoir la valeur la plus basse de l’Indice de pauvreté multidimensionnelle et le seul de l’Amérique latine et des Caraïbes à avoir éliminé la malnutrition infantile grave, comme l’indique le Rapport publié en 2018 par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).

Selon Mme NADIN HAMZA ALOUFI (Arabie saoudite), l’élimination de la pauvreté relève de la responsabilité « morale ».  Le Royaume d’Arabie saoudite est d’ailleurs l’un des principaux bailleurs de fonds au monde.  Par le biais de la Banque islamique de développement islamique, il a alloué la somme d’un milliard de dollars au Fonds pour la lutte contre la pauvreté.  Cette somme a été partagée entre l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI), le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) ou encore le Programme alimentaire mondial (PAM).

Cumulées, les sommes versées par l’Arabie saoudite totalisent plus de 100 milliards de dollars.  Le pays lui-même, a affirmé la représentante, est « un modèle de développement ».  Devant les souffrances humaines dues à la marginalisation des femmes, l’Arabie saoudite s’est fixé pour objectif de parvenir à la parité hommes-femmes, en lançant de multiples réformes sur les mariages, les divorces, le droit foncier.  Il ne peut y avoir de progrès dans la lutte contre la pauvreté sans dialogue entre les nations, a estimé la représentante.

Mme GLADYS TAN (Singapour) a indiqué que son pays croit en l’éducation, en son rôle et en son pouvoir de facilitateur social précisément.  C’est pour cette raison que tout enfant vivant à Singapour a accès à une éducation abordable et de qualité afin de lui permettre de bien commencer dans sa vie.  À ce jour, plus de 90% des enfants âgés de 5 à 6 ans sont scolarisés dans les écoles maternelles, a précisé le délégué.  

Singapour croit aussi que la propriété immobilière peut contribuer à l’édification de communautés inclusives et de systèmes d’entraide sociale forts.  Pour cette raison, le Gouvernement a étendu les aides d’accès à la propriété et garanti des taux d’intérêt bas.  Ces mesures visent, en premier lieu, les familles vulnérables ayant des enfants en bas âge.  À tel point que 87% des Singapouriens sont propriétaires de leurs maisons, s’est félicité le représentant.

Enfin, Singapour croit aussi à la mise en place de filets de sécurité et de protection pour les personnes et communautés à faibles revenus, à travers des partenariats avec toutes les parties prenantes.  Par exemple, le Gouvernement a étendu son assistance aux personnes en incapacité permanente de travailler, dans le même temps que les agences gouvernementales ont renforcé leurs partenariats avec les communautés pour identifier les personnes ayant besoin d’aide.  En 2017, les dépenses sociales ont représenté la moitié des dépenses gouvernementales, a assuré le représentant.

La faim demeure dans les PMA, a prévenu M. MOHAMMAD NAEEMI (Afghanistan). Les efforts d’élimination de la pauvreté ont été ralentis par les conflits, les catastrophes naturelles et les changements climatiques, a -t-il précisé.  La croissance économique est souvent bien trop faible pour inverser la tendance, « ce qui devrait nous alarmer pour la réalisation des objectifs de développement durable ».  Pays piégé dans un conflit de plusieurs décennies, l’Afghanistan, a indiqué le représentant, se concentre sur la lutte contre la faim et l’insécurité alimentaire chronique.  Avec un taux de pauvreté de 57%, la moitié de la population n’a aucun accès à des services sociaux de base adéquats.  Le Gouvernement a compris que la victoire dans l’élimination de la pauvreté exige le rétablissement de la paix et de la sécurité. 

Mme CATHERINE UDIDA (Nigéria) s’est dite préoccupée de la pauvreté dans les PMA, en particulier africains.  Elle a indiqué que son pays a élaboré des « matrices de la pauvreté », pour identifier les plus pauvres et les plus vulnérables des Nigérians.  Un programme alimentaire a ainsi été mis en place en faveur des étudiants de tous âges.  L’éducation des femmes et des filles a bénéficié de mesures d’incitation.  L’accès aux services financiers a été élargi aux femmes sous la forme de coopératives.  La représentante a aussi évoqué le renforcement des écosystèmes financiers pour garantir une inclusion financière et un accès à la microfinance.  Étant donné que les changements climatiques touchent de manière disproportionnée les zones rurales, le Nigéria appelle les grands pollueurs à limiter leurs émissions pour inverser la tendance.

Mme FADUA ORTEZ (Honduras) a indiqué que le Honduras a intégré l’objectif d’élimination de la pauvreté extrême dans sa « Vision 2010-2038 ».  Le pays mise, pour ce faire, sur une approche multidimensionnelle de la pauvreté qui ne repose pas que sur le niveau des revenus des ménages.  À ce propos, la représentante a dénoncé le classement des pays à partir du seul critère du revenu par habitant, ce qui ne peut que masquer la réalité socioéconomique et cacher l’un des principaux défis mondiaux: la hausse des inégalités.  Le Honduras a donc mis en place un plan fondé sur quatre piliers: la paix, les opportunités d’investissement et d’emploi massif, le soutien aux familles extrêmement pauvres et la lutte contre la corruption et pour une plus grande transparence.  À ce jour, quatre millions de personnes ont bénéficié du plan.

Mme LILIANA OROPEZA (Bolivie) a reconnu que la pauvreté existe encore dans son pays, même si elle diminue d’année en année.  Ces 13 dernières années, la Bolivie s’est donné pour objectif prioritaire d’éliminer la pauvreté et de réduire les inégalités par le biais d’un modèle de développement fondé sur la sagesse des peuples autochtones. En un peu plus d’une décennie, le PIB par habitant a triplé, la pauvreté extrême est passée de 38,5 à 15,2% et l’écart des revenus entre les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres est passé d’un ratio de 128 à 47.

Les conflits et les questions de sécurité continuent de menacer les progrès dans la lutte contre la pauvreté, s’est inquiétée Mme JINGNAN GUO (Chine).  La communauté internationale doit rester soudée autour du multilatéralisme, soutenir l’ONU et répondre aux besoins des pays en développement.  En 2020, a-t-elle affirmé, la Chine parviendra à l’élimination totale de la pauvreté dans les zones rurales, grâce à une approche centrée sur la personne.  Les Chinois sont encouragés à faire preuve d’innovation et de dynamisme, dans le cadre propice au respect de l’environnement qui a été créé.  La Chine, a conclu la représentante, est le plus grand pays en développement.  C’est la raison pour laquelle elle aide d’autres pays du Sud, et en particulier les PMA, dans leur lutte contre la pauvreté.

M. SUVANGA PARAJULI (Népal) a noté que si le taux de réduction de la pauvreté a augmenté, la bataille n’est pas gagnée pour autant: elle se joue en milieu rural, là où ceux qui en souffrent vivent en majorité.  Les efforts de lutte contre la pauvreté et les inégalités doivent être holistiques dans les PMA, a-t-il recommandé, en conseillant notamment de promouvoir le développement industriel, de renforcer les exploitations agricoles et de procéder aux changements technologiques nécessaires.  Le représentant a aussi souligné que « la fracture numérique se creuse à mesure que les nouvelles technologies s’étendent », appelant à l’élaboration d’un cadre réglementaire pour y remédier.  À cet égard, les plans nationaux du Népal nécessitent une collaboration et un appui technologique des autres nations, a-t-il réclamé.

M. SANDEEP KUMAR BAYYAPU (Inde) a demandé qu’un engagement soit pris par la communauté internationale afin que la troisième Décennie des Nations Unies pour l’élimination de la pauvreté (2018-2027) soit la dernière du genre.  Pour sa part, l’Inde a pris des mesures pour éradiquer la pauvreté et peut se féliciter d’avoir permis à 271 millions de personnes de sortir de cet état entre 2006 et 2016, notamment en « déployant les outils technologiques modernes afin d’autonomiser les pauvres et les marginalisés ».  Ainsi, le programme « Jan Dhan Yojana », qui est le plus grand du genre au monde en matière d’inclusion financière, a permis d’ouvrir pas moins de 370 millions de comptes bancaires en faveur de pauvres auparavant exclus du système bancaire.  De plus, 1,3 milliard de gens ont pu recevoir des cartes d’identification biométriques uniques.  Avec l’utilisation des téléphones intelligents, ces mesures ont permis de délivrer des services électroniques directement aux bénéficiaires, tout en améliorant la transparence dans les affaires publiques et en tordant le cou à la corruption. 

La question des sanitaires est également importante pour éradiquer la pauvreté rurale.  C’est ainsi que l’Inde a mené la plus grande campagne mondiale dans ce secteur, en construisant plus de 110 millions de toilettes en cinq ans.  En plus, les autorités ont lancé un programme alimentaire qui ambitionne de faire de l’Inde un pays exempt de malnutrition d’ici à 2022.  Le représentant a aussi mentionné un programme de microcrédits dénommé « Mudra Yojana », qui a pour but de fournir des prêts à des petits entrepreneurs, dont le quart est constitué de femmes.  L’Inde contribue également à l’éradication de la pauvreté dans le monde par le biais de la coopération Sud-Sud, a assuré la délégation.

M. KALDEN DORJI (Bhoutan) a expliqué que le Bhoutan, en tant que PMA, cherchait à lutter contre la pauvreté sous toutes ses formes.  Il a indiqué que 1,4% seulement des Bhoutanais vivent avec moins de 1 dollar par jour et que le Bhoutan pense quitter le groupe des PMA d’ici à 2023.  Le pays compte aussi sur la coopération de la communauté internationale pour éliminer la pauvreté, a ajouté le représentant.  Le Bhoutan a également progressé sur la voie de la réalisation des objectifs de développement durable concernant la santé, la parité dans l’éducation et le taux d’emploi des femmes.  Des progrès restent cependant à faire pour que celles-ci participent davantage aux prises de décisions, a noté le représentant. Pour rendre la sortie du Bhoutan du groupe des PMA irréversible, l’amélioration de l’éducation professionnelle et technique est l’un des principaux axes de travail du Gouvernement, a indiqué le délégué, en parlant des réformes entreprises en matière d’éducation technique pour adapter les formations aux besoins actuels et futurs. 

Mme MARIA FERNANDA SIWERA (Uruguay) a souligné que la pauvreté empêchait les femmes de se développer sur le plan professionnel.  « La pauvreté a un visage féminin »: pour 100 hommes pauvres en Amérique latine, on compte 118 femmes, a rappelé la représentante, en précisant que la moitié d’entre elles sont en dehors du monde du travail.  Le salaire des femmes en Amérique latine est 16% inférieur à celui des hommes en moyenne, même pour celles qui ont de longues années d’études derrière elles, a encore précisé la déléguée.

Dans ce contexte, l’Uruguay a développé une politique transversale pour pallier l’inégalité de genre, a-t-elle fait valoir.  Le Gouvernement a lancé un programme pour les femmes en milieu rural, un autre pour les femmes entrepreneuses.  Les résultats sont encourageants, mais les femmes font face à des défis allant au-delà des salaires, a constaté la représentante: elles ne participent pas assez aux prises de décisions nationales.  De plus, si leur présence au Parlement uruguayen a augmenté, elles travaillent en majorité sur les questions sociales et culturelles et très peu dans le champ économique.  Concernant les violences faites aux femmes, l’Uruguay n’a pas encore de données fiables sur les féminicides, malgré les efforts du Gouvernement, a regretté la représentante avant de conclure, en affirmant que la démocratie est impossible sans une pleine égalité entre hommes et femmes.

M. WADE HENCKERT (Namibie) a assuré que l’éradication de la pauvreté était une priorité de son gouvernement.  Celui-ci estime que ce phénomène de nature multifacette va au-delà de la question des faibles revenus, et que, de ce fait, la lutte contre la pauvreté doit être inclusive, globale et coordonnée, dans le but de ne laisser personne derrière.  Il a ensuite indiqué que son pays traversait, pour la quatrième année consécutive, la pire sécheresse de son histoire.  Les stocks alimentaires issus de l’agriculture sont aujourd’hui de 40% inférieurs à la moyenne annuelle des années précédentes.  Cette situation a, en outre, affecté les capacités d’exportation et de revenus issus de l’agriculture, qui n’ont fait que décliner.  En réponse à ces phénomènes, la Namibie cherche désormais à diversifier son économie, notamment en élargissant la base de son secteur industriel, a indiqué son représentant.

Mais, alors que cette politique vise à accroître les revenus d’exportation et à se donner des marges pour éradiquer la pauvreté, le représentant a dit déplorer la tendance grandissante au protectionnisme qui risque d’affecter les exportations namibiennes et limiter ses capacités à réduire la pauvreté. Pour cette raison, le représentant a appelé à une mise sous surveillance multilatérale des mesures unilatérales afin de restaurer l’esprit du commerce international et s’assurer que la lutte contre la pauvreté n’est pas contrecarrée, a dit son représentant.

M. KARAT UMAROV (Kazakhstan) a regretté le retard pris dans l’élimination de la pauvreté, en particulier dans les PMA, les pays en conflit ou les pays à revenu intermédiaire.  Il a noté le lien direct entre pauvreté et chômage et appelé à prendre les mesures nécessaires.  Au Kazakhstan, la pauvreté étant plus marquée dans les zones rurales, le Président s’est engagé à créer un État-providence moderne, dans lequel les femmes jouent un rôle pivot.  Plus de 40% des entrepreneurs sont d’ailleurs des femmes.

Mme ISABEL MONTEIRO (Cabo Verde) a estimé que les travaux de la Deuxième Commission doivent refléter les nombreux facteurs de la pauvreté et la façon dont ils sont liés les uns aux autres.  Elle a insisté sur la résilience laquelle est « impossible », a-t-elle prévenu, dans un contexte de pauvreté.  Depuis 1990, Cabo Verde a connu une croissance économique « remarquable », qui a contribué à la baisse de la pauvreté et à la réduction des inégalités.  Le développement national est accéléré grâce à une transformation structurelle qui permet au pays de prétendre éliminer l’extrême pauvreté d’ici à 2030 et d’entrer dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire.  Dans le contexte des changements climatiques, Cabo Verde s’efforce de parvenir à la neutralité en carbone et de progresser vers la résilience du secteur forestier et l’adaptation des secteurs de l’eau et de l’agriculture.

Pour M. JAIME HERMIDA CASTILLO (Nicaragua), le défi de l’élimination de la pauvreté doit être abordé de manière multidimensionnelle.  C’est le point de départ pour atteindre les autres objectifs de développement durable, a-t-il tranché.  Dans ce cadre, a prévenu le représentant, les mesures coercitives unilatérales qui portent atteinte au droit international et aux droits fondamentaux des peuples doivent cesser.  Sur le plan national, le Nicaragua a réussi à faire baisser la pauvreté de 42,5% en 2009 à 24,9% en 2016 et la pauvreté extrême de 14,6% en 2009 à 6,9% en 2016.

M. YANNICK-MICHEL LENANGUY BRINZ (République centrafricaine) a indiqué que la politique du Gouvernement centrafricain en matière de réduction de la pauvreté est basée sur la mise en œuvre du plan de relèvement et de consolidation de la paix pour la Centrafrique. Ce plan, a-t-elle précisé, sert de cadre conjoint aux différentes interventions de l’État pour la période allant de 2017 à 2021.  Le Gouvernement met ainsi l’accent sur l’éducation, l’accès aux infrastructures socioéconomiques de base, la création d’emplois dans les régions défavorisées et pauvres.  La déléguée a indiqué que les inégalités croissantes, les conflits et les changements climatiques aggravent les difficultés dans le pays.  Ainsi, le nombre de personnes exposées à l’insécurité alimentaire a augmenté de 50%, passant de 1,2 million en 2015 à 1,8 million en 2018.  Et cette hausse est principalement attribuable aux conflits, à la déforestation et aux catastrophes naturelles liées aux changements climatiques, a expliqué M. Brinz.

M. KANYI FOLIVI (Togo) a dit que les solutions pour redresser la courbe négative de la pauvreté dans le monde résident dans des interventions ciblées et efficaces à un double niveau.  D’une part, a lancé le représentant, il faut une coopération multilatérale sincère capable de mobiliser les ressources financières et techniques nécessaires pour des actions concrètes, et d’autre part, il faut pour chaque État une politique nationale de développement spécifique qui fait de la lutte contre la pauvreté une priorité absolue et qui intègre des leviers d’actions importants tels que le soutien aux populations rurales, la participation des femmes et la responsabilisation des jeunes. 

Prenant la pleine mesure des enjeux de développement durable, le Togo a mis l’accent sur l’autonomisation des couches sociales les plus défavorisées, en agissant notamment sur leur capacité de production, leur autonomie financière et leur sécurité alimentaire, a indiqué M. Folivi.  Le Togo s’active aussi à réduire les inégalités de genre et à augmenter la participation effective des femmes et des jeunes au développement.  C’est dans cette optique que le Gouvernement ambitionne de relever, avant 2022, le défi d’avoir 28% de femmes qui détiennent leurs propres entreprises.  Le but est de faire de la femme togolaise un acteur de premier plan du processus de développement national en portant substantiellement à la hausse le taux de représentativité des femmes dans tous les secteurs.  En 2018, 25% des entreprises créées sont à l’initiative des femmes, s’est déjà félicité M. Folivi, en précisant que le Gouvernement a décidé d’accompagner cette tendance en soutenant l’accès des femmes au crédit à hauteur de 60% jusqu’en 2022.

Mme SU NANDAR HLAING (Myanmar) a rappelé que l’élimination de la pauvreté est une condition sine qua non du développement durable.  Le Myanmar a d’ailleurs déployé d’énormes efforts, en se concentrant sur le développement « crucial » des zones rurales pour combler le fossé avec les zones urbaines.  Bénéficiant d’une croissance rapide qui devrait atteindre 6,8% en 2020, le Myanmar voit l’impact positif de la croissance économique sur la pauvreté.  Le rôle du secteur privé est « impératif », a martelé la représentante.  Elle a aussi reconnu l’importance des ressources humaines pour lesquelles son gouvernement a élaboré une feuille de route « appuyée sur les faits » et visant à améliorer la qualité de l’éducation. Dans ce cadre, la représentante a insisté sur la parité et l’autonomisation des femmes et des filles.

M. ANDRÉS CÓRDOVA (Équateur) a jugé important de dépasser la définition traditionnelle de la pauvreté, qui repose sur le manque de revenus, pour utiliser des indicateurs multidimensionnels.  Ceux-ci doivent aller au-delà de la croissance économique afin d’analyser réellement les réalités locales, pour arriver à briser les cycles de pauvreté et réduire les inégalités.  Pour sa part, l’Équateur a choisi de mettre en œuvre des programmes visant à combattre les causes structurelles de la pauvreté, telles que les inégalités et l’exclusion, et d’accorder une attention prioritaire à la population la plus vulnérable.  Le plan national de développement 2017-2021 donne des axes, des objectifs et des politiques en ce sens.  Il s’oriente vers les services de santé et d’éducation de qualité, donne la priorité aux enfants, aux personnes handicapées et aux personnes âgées, ainsi qu’à l’insertion dans le travail et l’accès au logement. 

L’élimination de la pauvreté exige également de prévenir l’évasion fiscale et les flux financiers illicites, a ajouté le représentant avant de souligner l’importance de la lutte contre la corruption.  Il a ensuite misé sur le soutien des institutions financières internationales et des institutions financières pour le développement, qui ont le potentiel de générer de la stabilité économique et sociale pour les pays en développement.

M. ALI MERZA AL MAWLANI (Bahreïn) a souligné le rôle essentiel que jouent les femmes dans les efforts de développement.  Au Bahreïn, elles ont joué un rôle déterminant dans les domaines de la santé, de l’économie et des affaires sociales, a-t-il indiqué.  Les femmes bahreïniennes, par exemple, occupent des postes importants dans des ministères, tandis que 64% des médecins sont des femmes.  Le royaume réaffirme son engagement en faveur de l’émancipation des femmes et du renforcement de leur participation au développement, a assuré le délégué.

M. KOMPITA SENGDALAVONG (République démocratique populaire lao) a exprimé la détermination de son gouvernement à réaliser ses objectifs nationaux de développement, avec un accent particulier sur l’éradication de la pauvreté.  Le huitième plan quinquennal de développement socioéconomique 2016-2020 vise à éradiquer la pauvreté et à faire sortir le pays de la catégorie des pays les moins avancés (PMA).  Pour atteindre ce dernier objectif, le pays devra, en 2021, répondre aux trois critères que sont le revenu national brut par habitant, l’indice du capital humain et l’indice de vulnérabilité environnementale.  Mais d’ores et déjà, entre 2009 et 2018, le revenu par habitant est passé de 510 dollars à 1 996 dollars.

M. TEDLA GATISO (Éthiopie) a suggéré, pour éradiquer la pauvreté « totalement et à temps », de revitaliser le partenariat mondial à travers un multilatéralisme efficace qui transforme nos engagements en actions afin de soutenir les efforts nationaux.  Pour réduire la pauvreté et réaliser une croissance économique rapide, durable et inclusive, le Gouvernement éthiopien a mis en œuvre des politiques publiques à tous les niveaux, a déclaré le représentant.  En conséquence, le revenu par habitant a augmenté substantiellement, tandis que le développement humain s’est significativement amélioré.

Avec pour ambition de devenir un centre africain de premier plan dans le secteur de l’industrie légère d’ici à 2025, l’Éthiopie cherche à développer le secteur manufacturier à forte intensité de main-d’œuvre en construisant des parcs industriels respectueux de l’environnement. Mais, pour M. Gatiso, cela n’est pas encore suffisant comparativement aux défis, raison pour laquelle l’Éthiopie prépare un plan de développement à long terme qui couvre la période 2019 à 2030 et qui prend en considération les dynamiques de la population.  Le Gouvernement est pleinement engagé à redoubler d’efforts efforts pour éradiquer la pauvreté, créer de l’emploi, en particulier pour les jeunes et les femmes, assurer la sécurité alimentaire et accélérer une croissance économique inclusive et durable en mettant en œuvre le Programme 2030.

Mme ISATOU BADJIE (Gambie) a fait part des progrès accomplis dans son pays dans la lutte contre la pauvreté, même si elle a stagné entre 2010 et 2016.  L’Afrique subsaharienne, a-t-elle plaidé, requiert une attention particulière et les initiatives doivent placer les populations au centre des efforts.  En Gambie, le plan national de développement 2018-2021 se fonde sur une approche intégrée de la lutte contre la pauvreté dans toutes ses dimensions.  S’il met l’accent sur cette lutte et la croissance économique, il s’attache aussi à la bonne gouvernance et à l’accès aux services sociaux de base, a précisé Mme Badjie.  Dans un souci de connectivité, le pays a construit de nouvelles routes dans les zones rurales pour qu’elles puissent écouler leurs marchandises.  En la matière, elle a insisté sur le rôle « déterminant » des investissements directs étrangers pour compléter les efforts nationaux. 

La représentante s’est dite préoccupée par le fait que les femmes continuent de se heurter à de nombreux obstacles qui les empêchent de réaliser leur plein potentiel.  La Gambie a d’ailleurs mis en place des programmes agricoles spécifiques qui produisent des résultats « exceptionnels ».

Pour M. MURTADA SHARIF (Soudan), l’élimination de la pauvreté est le défi le plus immense que doit relever la communauté internationale et une condition sine qua non du développement.  Il a déploré la stagnation des progrès dans les pays en développement, en particulier dans les PMA et certains pays africains.  Lui-même parmi les PMA, le Soudan a choisi de mettre en place un programme décennal de promotion économique pour pallier la cherté de la vie dans un environnement marqué par un conflit et la présence massive de réfugiés des pays voisins.

M. BOKOUM MAHAMADOU (Burkina Faso) a indiqué que 4 personnes sur 10 souffrent de la pauvreté dans son pays et que l’extrême pauvreté se concentre en milieu rural.  Le Gouvernement a donc élaboré un programme qui met l’accent sur la santé, l’eau, l’assainissement et d’autres mesures de développement s’attachant par exemple à la protection des personnes âgées, aux personnes les plus vulnérables et aux exclus.  Malgré les efforts consentis pour créer la croissance et réduire les inégalités, les résultats sont peu perceptibles sur les populations les plus vulnérables, a-t-il regretté, attirant l’attention sur la priorité qu’il faut donner à la lutte contre la pauvreté rurale.

M. MOHAMED AMAZOUROUEI (Émirats arabes unis) a loué la politique d’assistance de son pays qui a comme objectif proclamé de contribuer à l’élimination de la pauvreté dans le monde d’ici à 2030.  Notant des progrès significatifs au niveau régional, le représentant a posé son pays comme « modèle », avec un taux de pauvreté de moins de 1%.  Nous travaillons, a-t-il affirmé, avec les pays dans le besoin, en mettant en place de nombreux projets de développement et des programmes caritatifs qui se sont élevés à plus de 3 milliards de dollars l’an dernier.  Les Émirats arabes unis ont, par exemple, versé une somme de 100 millions de dollars au Partenariat mondial pour l’éducation des filles et des jeunes, dans ce qui était une aide visant 189 pays en développement.  Les Émirats arabes unis, a ajouté le représentant, travaillent aussi sans relâche à l’autonomisation des femmes et des filles, « une question centrale » dans l’élimination de la pauvreté.

Mgr . FREDERICK HANSEN, observateur du Saint-Siège, a estimé que l’éradication de la pauvreté nécessite plus que des mesures économiques visant à accroître les revenus.  Les efforts doivent prendre en compte le développement intégral de la personne humaine et aborder la réalité complexe de la pauvreté.  L’un des moyens les plus efficaces pour sortir les gens de cette situation, c’est de mettre en œuvre et de développer des politiques favorables à la création d’emplois et au travail décent pour tous.  Une approche qui place les droits et les besoins des travailleurs, y compris des travailleurs domestiques, au cœur des politiques économiques, sociales et environnementales est « essentielle » pour promouvoir des mesures intégrées d’éradication de la pauvreté et de garantie d’un monde économique au service de la personne humaine et des relations sociales.  L’éducation, les soins de santé, des systèmes de protection sociale fiables ainsi des programmes d’intégration sociale, y compris les femmes rurales, sont autant de moyens d’éradiquer la pauvreté. 

Mme EWA STAWORZYNSKA, de l’Organisation internationale du Travail (OIT), a fait remarquer qu’avoir un emploi rémunérateur restait le meilleur moyen d’échapper à la pauvreté.  Elle a en même temps remarqué que, à l’échelle mondiale, 730 millions de femmes et d’hommes sont en situation de pauvreté alors qu’ils ont un emploi.  En outre, 172 millions de personnes sont au chômage dans le monde.  L’accès à la protection sociale est un outil essentiel pour éliminer la pauvreté, ajouté Mme Staworzynska, en faisant savoir que, malgré les progrès enregistrés, seulement 29% de la population mondiale jouissent d’une protection sociale complète tandis que 55% n’ont aucune couverture.  Des recherches récentes menées par l’OIT montrent que les dispositifs de soutien au revenu sont un outil permettant d’assurer des ressources aux travailleurs sans emploi qui, lorsqu’il est combiné à une politique active du marché du travail, est très efficace pour lever les obstacles à l’emploi.  La Déclaration du centenaire de l’OIT pour l’avenir du travail récemment adoptée appelle, d’ailleurs, les États Membres à mettre en place un accès universel à une protection sociale complète et durable.

Les régimes de protection sociale doivent aussi être complétés par des politiques de formalisation, car la part des emplois informels reste importante, en particulier dans les zones rurales, où une grande majorité des personnes extrêmement pauvres travaille, a continué Mme Staworzynska.  Quant au manque de progrès dans la réduction des inégalités entre les sexes, il contribue au cycle de la pauvreté, a-t-elle ajouté.  Or, seulement 48% des femmes font partie de la population active, contre 75% des hommes.  La représentante a également cité la violence et le harcèlement dont les femmes sont victimes de façon disproportionnée, comme entrave à leur accès au travail.  Sur toutes ces questions, Mme Staworzynska a rappelé les normes internationales du travail qui s’appliquent et a encouragé les États Membres à prendre les mesures nécessaires pour les ratifier et s’y conformer.

Les femmes sont en effet le moteur du changement, en particulier pour l’industrialisation, a acquiescé Mme CLAUDIA LINKE-HEEP, de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI).  L’autonomisation des femmes, s’est-elle expliquée, promeut la prospérité et la cohésion sociale.  Elle est la solution pour stimuler la croissance économique.  Elle dépasse même la sphère économique, puisqu’il est connu que les femmes utilisent les ressources naturelles de manière « plus rationnelle ».  L’ère de l’industrialisation et de l’innovation donne la possibilité aux femmes d’entreprendre et c’est un plus, parce que les produits industriels et agricoles représentent la majorité des exportations des pays en développement.  Or, seulement 30% de ces produits sont transformés avant leur exportation vers les pays développés, d’où la nécessité, selon l’ONUDI, de diversifier et de développer les chaînes de valeurs agricoles en milieu rural pour faciliter la transition du secteur informel au secteur formel.  Une faible culture de l’entrepreneuriat est un frein qui piège les jeunes dans des emplois qui ne leur correspondent pas.  L’entrepreneuriat des jeunes est donc une priorité pour l’ONUDI qui veut les former aux emplois en forte demande. 

Mme CARLA MUCAVI, Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a rappelé que 736 millions de personnes vivent dans l’extrême pauvreté dans le monde, soit 10% de l’humanité, tandis que 820 millions de personnes vivent dans la faim.  Elle a ajouté que 80% des plus pauvres du monde vivent dans les zones rurales des pays en développement.  Si nous voulons ne laisser personne de côté, nous devons, a-t-elle préconisé, autonomiser d’abord les populations rurales.  C’est pourquoi la FAO et le Fonds international de développement agricole (FIDA) organisent une Conférence le 31 octobre prochain au Siège de l’ONU sur le thème « Redoubler d’efforts pour s’attaquer à la pauvreté rurale afin de réaliser l’objectif de développement durable no 1 d’ici à 2030 ».  Un cadre d’action conjoint de ces deux organisations vient d’être lancé, a souligné Mme Mucavi, avant d’inviter la communauté internationale à renforcer l’engagement politique et les actions concrètes pour réaliser les engagements pris dans le Programme 2030.

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