Deuxième Commission: les commissions économiques régionales se penchent sur les sociétés inclusives fondées sur des modèles économiques nouveaux

AG/EF/3525
22 octobre 2019
Soixante-quatorzième session, 21e séance - matin & après-midi

Deuxième Commission: les commissions économiques régionales se penchent sur les sociétés inclusives fondées sur des modèles économiques nouveaux

Après plus de deux semaines de travaux à la Deuxième Commission (questions économiques et financières), qui ont souvent mis en lumière les approches novatrices pour accomplir les objectifs de développement durable, les délégations ont discuté, ce matin, de la façon dont les commissions économiques régionales des Nations Unies contribuent à mettre en œuvre des modèles de développement nouveaux.  Elles ont aussi examiné, dans l’après-midi, le point de leur ordre du jour consacré à la Palestine.

« Des sociétés inclusives fondées sur des modèles économiques nouveaux et l’utilisation durable des ressources naturelles: perspectives régionales », tel était le thème du dialogue avec les secrétaires exécutives des commissions régionales, qui a commencé par des exposés de ces dernières, intervenant par visioconférence depuis Addis-Abeba, Bangkok, Beyrouth, Genève et Santiago du Chili.

Les questions posées ensuite par les délégations ont eu trait au fonctionnement des commissions régionales, la nature de leur collaboration entre elles ou avec les gouvernements des pays partenaires de chaque région, ou encore l’influence de leurs analyses sur le terrain.

M. Cheick Niang, Président de la Deuxième Commission, a souligné l’importance du soutien apporté par ces commissions aux États Membres dans la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030.  L’action au niveau régional, a rappelé M. Niang, permet d’intégrer les trois dimensions du développement durable -économique, sociale et environnementale- et de forger des partenariats.  Les commissions régionales jouent aussi un rôle crucial pour faire le lien entre l’échelon national et l’échelon mondial.

Pour l’Asie occidentale, la Directrice exécutive de la CESAO, la Commission économique et sociale pour cette région, Mme Rola Dashti, a appelé à repenser le modèle arabe de développement et évoqué la mise en place par la Commission d’un « cadre de développement inclusif ».

Mme Alicia Bárcena, de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), a préconisé un nouveau modèle intégrant les besoins particuliers des pays à revenu intermédiaire et des petits États insulaires en développement de sa région, souhaitant que l’on n’utilise pas seulement le critère de PIB par habitant pour les classifier.

En ce qui concerne la Commission économique pour l’Afrique (CEA), Mme Vera Songwe, qui est la coordonnatrice de toutes les commissions régionales, a expliqué l’expérience menée pour mettre en place des instruments de durabilité axés sur le marché, qui sont testés de manière positive au Ghana et au Sénégal.  Autre exemple de ce que fait la CEA: elle débat avec les pays des moyens de parvenir à un bouquet énergétique plus propre.

Le difficile compromis entre croissance économique et viabilité de l’environnement en Asie et dans le Pacifique a été évoqué par Mme  Armida Alisjahbana, de la Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (CESAP).  Celle-ci développe, au niveau régional, des réseaux collaboratifs entre pays permettant de repérer les signes avant-coureurs des catastrophes, a-t-elle indiqué.

Enfin, la tendance à accroître l’efficience de la gestion des ressources naturelles a été soulignée par Mme Olga Algayerova, de la Commission économique pour l’Europe (CEE), dont les multiples conventions adoptées posent un cadre juridique pionnier pour la protection de l’environnement.

« Les commissions régionales mènent une réflexion innovante, élaborent des modèles économiques nouveaux et définissent des politiques propres à guider le changement de paradigme nécessaire à la réalisation du Programme 2030 », a relevé, en conclusion, le Président de la Deuxième Commission.

Les discussions de l’après-midi ont été consacrées à la question de « la souveraineté permanente du peuple palestinien dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et de la population arabe dans le Golan syrien occupé sur leurs ressources naturelles ».  L’occasion pour les délégations de réitérer leur appel à Israël pour qu’il cesse ses pratiques nuisibles au peuple palestinien et, par la même occasion, aux habitants du Golan syrien occupé.

Ces pratiques ont été dénoncées avant tout par l’observateur de l’État de Palestine qui s’est plaint de voir le peuple palestinien laissé pour compte, à cause de la politique israélienne, « ainsi que le prouvent les multiples rapports publiés par l’ONU au fil des ans ».  Parmi les conséquences des pratiques israéliennes, la Palestine a insisté sur le manque d’accès à l’eau qui pousse 22% des Palestiniens à acheter l’eau à Israël, pendant que celui-ci « vole l’eau de Cisjordanie pour la revendre aux Palestiniens à des prix faramineux ».  De nombreuses délégations, comme les Maldives, ont aussi attiré l’attention sur le dramatique taux de chômage de 52% à Gaza, soit le plus élevé du monde.

L’observateur de la Palestine a, en outre, dénoncé certains « termes inacceptables » employés dans le rapport de la CESAO, présenté en début de séance: le rapport parle des « forces de sécurité israéliennes » alors qu’il s’agit, selon lui, d’une « armée d’occupation ».  « Il faut appeler un chat un chat », a insisté le représentant.  Il a aussi reproché à la CESAO d’employer le terme « contrôle » pour le maintien de la sécurité, alors qu’après plus de 50 ans on parle d’« occupation », a-t-il rappelé.

« Bienvenue dans l’univers alternatif des Nations Unies », a ironisé Israël, dénonçant l’absence du mot « roquette » dans le rapport de la CESAO et affirmant que les autorités palestiniennes souffrent d’un problème de corruption.  Il a aussi accusé celles-ci d’aider financièrement les « terroristes » du Hamas.

La prochaine séance de la Deuxième Commission sera annoncée dans le Journal des Nations Unies.

DIALOGUE ANNUEL DE LA DEUXIÈME COMMISSION AVEC LES SECRÉTAIRES EXÉCUTIVES DES COMMISSIONS RÉGIONALES SUR LE THÈME « DES SOCIÉTÉS INCLUSIVES FONDÉES SUR DES MODÈLES ÉCONOMIQUES NOUVEAUX ET L’UTILISATION DURABLES DES RESSOURCES NATURELLES: PERSPECTIVES RÉGIONALES ».

Le Président de la Deuxième Commission, M. CHEICK NIANG, a tout d’abord rappelé que nous vivons une époque charnière pour le développement, ayant achevé le premier cycle d’examens du Programme de développement durable à l’horizon 2030.  « Alors que nous entamons un nouveau cycle redynamisé, axé sur « l’action et les résultats », il est indispensable que nous tirions le meilleur parti des connaissances produites par les régions et du formidable travail en cours au niveau régional », a recommandé M. Niang.

Ouvrant le débat en sa qualité de Directeur du Bureau des commissions régionales à New York, M. AMR NOUR a expliqué que, « dans de meilleures circonstances », le débat de ce jour aurait été animé par Mme Vera Songwe, Secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), mais que tout le dialogue ce matin se ferait par visioconférence.  M. Nour a espéré « revenir l’an prochain à des échanges personnels, et à une authentique interaction ».

Concernant la volonté d’accélérer les efforts pour atteindre les objectifs de développement durable d’ici à 2030, un processus de réformes est en cours avec une réforme régionale concernant les commissions régionales, a-t-il résumé, avant de céder la parole aux intervenantes.

Mme VERA SONGWE, Secrétaire générale adjointe et Secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) et coordonnatrice des commissions régionales, en visioconférence depuis Addis-Abeba, a d’emblée rappelé que 13 des 17 objectifs de développement durable sont liés à l’environnement naturel, au climat ou à la durabilité.  Les économistes se penchent depuis longtemps sur l’environnement mais le Programme de développement durable à l’horizon 2030 est celui qui se penche, pour la première fois, sur de nouveaux modèles de croissance dans le respect de l’environnement, a fait valoir Mme Songwe.  Pour être en mesure de gérer l’austérité, la durabilité et l’inclusion, il est essentiel de créer un modèle de croissance assurant une viabilité sur le long terme, a-t-elle ajouté.

En Afrique, a-t-elle poursuivi, les ressources naturelles ont joué un rôle essentiel dans la trajectoire de développement socioéconomique et restent importantes au regard de certaines priorités.  En effet, a expliqué Mme Songwe, la croissance du PIB est affectée par les prix des produits de base.  L’Algérie et le Nigéria dépendent ainsi des exportations de pétrole, dont les prix sont volatiles.  Dans ce contexte, la croissance de l’Afrique se contracte et il est prévu qu’elle atteigne 3,2% en 2019 et 3,6% en 2020.  Une vingtaine d’économies de la région, cependant, devraient connaître une croissance de plus de 5%.  Quant à la question des conflits et de la sécurité, Mme Songwe a fait remarquer qu’il s’agit d’un problème qui se pose réellement dans la région, notamment en Libye et au Sahel.

Faisant valoir que les infrastructures sont responsables de plus de la moitié de la croissance récente en Afrique, puisqu’elles améliorent la compétitivité, Mme Songwe a indiqué que la CEA veille à l’amélioration des infrastructures dans la mise en place de ce nouveau modèle économique durable et inclusif qu’elle promeut.  Elle a aussi mentionné les nouveaux modèles climatiques qui sont élaborés pour aider les pays à prendre des décisions, la Commission veillant à étudier l’interaction entre divers mécanismes.  Il faut créer des capacités analytiques non seulement au sein de la Commission mais aussi dans les pays pour que l’économie soit inclusive et durable, a-t-elle précisé.

La CEA débat aussi avec les pays sur les moyens de parvenir à un bouquet énergétique plus propre.  Par exemple, l’Afrique du Sud est en transition vers des énergies renouvelables.  Mais davantage doit être fait dans ce domaine en termes de mobilisation des ressources, a recommandé Mme Songwe.  Le Zimbabwe vient, par exemple, d’introduire une taxe sur les services téléphoniques, dont la CEA essaie d’étudier les effets, pour veiller à ce que ceux qui sont à la traîne ne soient pas pénalisés.

La CEA mène également beaucoup d’activités de plaidoyer, notamment en ce qui concerne le développement alternatif.  Quatorze pays font l’objet d’un projet pilote afin de développer un nouveau modèle économique intégré, tenant compte des modèles climatiques.  La Commission essaie de mettre en place des instruments de durabilité axés sur le marché, testés de manière positive au Ghana et au Sénégal.  Elle a aussi lancé les premières « obligations bleues », un instrument financier novateur utilisé pour financer les projets marins qui ont un impact positif.  Un outil de suivi et d’évaluation a été mis sur pied, afin d’être en mesure de corriger le tir en cours de route, a ajouté Mme Songwe.

Mme ARMIDA ALISJAHBANA, Secrétaire générale adjointe et Secrétaire exécutive de la Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (CESAP), en visioconférence depuis Bangkok, a commencé par examiner l’avancement des objectifs de développement durable dans la région Asie-Pacifique, subdivisée en cinq sous-régions.  L’Asie-Pacifique est un centre mondial de croissance économique, bien que celle-ci soit ralentie par la situation actuelle, a-t-elle observé.  La gestion des ressources naturelles est un défi avec un recul ou une stagnation constatée dans ce domaine, a-t-elle aussi signalé.

La région met en œuvre un nouveau modèle de développement en suivant une approche plus intégrée, qui prend en compte les trois piliers du développement durable, a poursuivi Mme Alisjahbana.  Parmi les éléments à prendre en considération dans le développement de la région, elle a cité les dynamiques démographiques différentes: la population est assez jeune dans beaucoup de pays, vieillissante dans d’autres.  La lutte contre les changements climatiques et la réduction des risques de catastrophe sont d’autres priorités, ainsi que la protection sociale, la lutte contre les inégalités, l’identification des laissés-pour-compte, la promotion de l’égalité de genre et l’autonomisation des femmes.

Venant au financement du développement, Mme Alisjahbana a souligné le rôle important des ressources nationales et notamment le potentiel fiscal.  La CESAP, a-t-elle indiqué, a comparé les modèles fiscaux des pays de la région pour identifier les plus performants.  Elle a aussi attiré l’attention sur la nécessité d’avoir des mécanismes de financement pour les infrastructures, avant de dire que les partenariats public-privé et la collaboration entre pays sont encouragés.

La connectivité est aussi un élément très important, selon la Secrétaire exécutive.  En effet, beaucoup de pays de la région sont des pays en développement sans littoral, et la connexion des infrastructures énergétiques est très importante pour réaliser leur potentiel, trouver des débouchés ou augmenter leur capacité de production.  De même pour les réseaux routiers et le développement des technologies de l’information et des communications (TIC).

Les pays de la région étant très vulnérables aux changements climatiques, la Secrétaire exécutive a démontré l’importance des efforts de réduction des risques de catastrophe.  Cela se fait notamment par le développement au niveau régional de réseaux collaboratifs entre pays permettant de repérer les signes avant-coureurs des catastrophes.

La CESAP, qui travaille également sur le suivi de l’avancement des objectifs de développement durable, est en mesure d’aider les pays directement dans certains domaines, a ajouté Mme Alisjahbana, qui a aussi mis en avant les efforts de constitution de capacité.  « En tant que commission régionale, notre principale aire de travail est la capacité d’action des gouvernements », a conclu Mme Alisjahbana.  À cet effet, plusieurs résolutions adoptées par la CESAP ont été basées sur la coopération entre pays, comme la résolution 75/4 (ESCAP/RES/75/4) intitulée « Renforcement de la coopération régionale pour lutter contre les problèmes de pollution atmosphérique en Asie et dans le Pacifique ».

Mme ALICIA BÁRCENA, Secrétaire générale adjointe et Secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), s’exprimant en visioconférence depuis Santiago du Chili, a relevé une situation paradoxale: la coopération internationale décline au moment où elle est plus nécessaire que jamais pour mettre en œuvre le Programme 2030.  En conséquence, la croissance du commerce et de l’économie est plus lente ces dernières années.  De plus, le modèle économique reposant sur les exportations n’est plus viable.  Avec la mondialisation, la distribution des richesses a changé et le sentiment d’inégalité est plus vif, a fait également remarquer Mme Bárcena.

L’Amérique latine et les Caraïbes sont très vulnérables aux effets des changements climatiques alors qu’elles contribuent relativement peu à l’émission des gaz à effet de serre responsable du réchauffement de la planète, a mis en avant la Secrétaire exécutive.  La situation des Caraïbes est particulièrement préoccupante: la plupart des villes sont côtières, avec une grande partie de la population vivant à moins de 5 mètres du niveau de la mer, et l’ampleur des catastrophes naturelles dépasse celle des autres régions. 

En Amérique latine, les progrès dans la réduction de la pauvreté et la répartition des revenus ont été plus lents depuis 2015, en raison des mesures d’austérité et de la baisse des dépenses sociales.  Les 20% des plus riches représentent 45% des revenus totaux des ménages, a relevé Mme Bárcena, en expliquant que le véritable problème repose sur les inégalités.  Dans ce contexte, elle a préconisé un nouveau modèle intégrant les préoccupations sociales et environnementales, et ne reposant pas seulement sur le critère de PIB par habitant.

En ce qui concerne la mise en œuvre des cibles des objectifs de développement durable, elle a signalé, d’une part, les bons résultats atteints en termes de mortalité infantile et de zones marines protégées, et, d’autre part, les mauvais résultats en termes d’emploi, de sous-nutrition et de réduction de la pauvreté.  Une croissance de 4% au moins est nécessaire pour réduire la pauvreté, a-t-elle insisté, de même qu’une meilleure répartition des richesses.  Sans changement de modèle de développement, il ne sera pas possible de créer des emplois et de réduire la pauvreté avec les contraintes externes actuelles, a conclu Mme Bárcena.

La CEPALC a fait trois propositions pour aboutir à une sorte de « Green Deal »: faire évoluer les infrastructures en matière de mobilité et d’énergie; modifier l’organisation territoriale et urbaine avec des services publics mobiles; changer de modèles de production et de consommation pour utiliser moins d’énergie et produire moins de déchets.  La CEPALC a aussi identifié les lieux où une agriculture pauvre en carbone peut devenir une réalité.  Un nouveau pacte social pour ces changements structurels est également nécessaire, a-t-elle plaidé. 

Pour Mme Bárcena, les pays en développement doivent pouvoir tirer parti de la croissance mondiale des technologies environnementales.  La CEPALC a, par exemple, mené une analyse comparative de 30 villes et conclu qu’il fallait être plus actif en termes de transports publics et de véhicules électriques.  Un nouveau multilatéralisme et un nouveau pacte social sont nécessaires pour donner davantage la parole aux pays en développement et donc aux citoyens, a-t-elle conclu.

Rappelant que l’économie linéaire n’était pas tenable et qu’il fallait la remplacer par une économie circulaire des biens, Mme OLGA ALGAYEROVA, Secrétaire générale adjointe et Secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Europe (CEE), en visioconférence depuis Genève, a parlé des normes et règles juridiques produites par la CEE pour faire face à l’utilisation excessive des ressources naturelles.  Cette utilisation, qui a triplé depuis 1972, est inégale suivant les régions.  L’empreinte est bien plus forte sur les pays à revenu élevé comme ceux de la CEE: 27 tonnes par tête, soit 13 fois l’empreinte moyenne d’un habitant d’un PMA.  Reconnaissant ce fait, la représentante a expliqué que la région de la CEE était aussi le principal contributeur de l’économie circulaire.  La région développe de nombreuses solutions novatrices dont les autres régions peuvent s’inspirer, a-t-elle fait valoir. 

La CEE, qui prône des politiques de planification intégrée pour l’utilisation viable des ressources naturelles, compte réduire l’impact environnemental négatif en se concentrant sur les villes, les productions durables, l’économie circulaire, la gestion raisonnable des ressources, le développement d’une économie pauvre en carbone et l’action pour le climat.  « La cohérence régionale, les normes internationales et l’application de bonnes pratiques réduisent les incertitudes et les risques des investissements », a insisté Mme Algayerova: un système uniformisé augmente la confiance des investisseurs.

Elle a cité les multiples conventions adoptées par la CEE posant un cadre juridique pionnier pour la protection de l’environnement et, d’abord, la Convention sur l’accès à l’information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement, dite Convention d’Aarhus.  C’est « l’outil de participation publique et d’évaluation le plus démocratique que je connaisse », a-t-elle insisté. 

Elle a ensuite cité la Convention sur l’évaluation de l’impact sur l’environnement dans un contexte transfrontière (Convention d’Espoo) et la Convention sur la pollution atmosphérique transfrontière à longue distance, ou Convention sur l’air.  Concernant la Convention sur la protection et l’utilisation des cours d’eau transfrontières et des lacs internationaux (Convention sur l’eau), adoptée en 1992 et entrée en vigueur en 1996, le Tchad et le Sénégal y ont adhéré l’an dernier.  Cette convention est « perçue comme un excellent outil de réduction des risques de catastrophe », a relevé Mme Algayerova.

Portant aussi l’attention sur les forêts durables, elle a rappelé que la CEE abrite 43% des forêts du monde, et environ 60% des réserves mondiales de bois, et qu’elle s’est engagée à restaurer 2,5 millions d’hectares de terres dégradées en terres forestières productives.  Enfin, concernant les transports durables, la CEE s’efforce d’être une « force motrice », en mettant en place des régulations pour des moteurs de voitures qui soient plus propres, et à plus fort potentiel de recyclage en fin de vie, des moteurs qui consomment moins et qui émettent moins de gaz à effet de serre. 

Mme ROLA DASHTI, Secrétaire générale adjointe et Secrétaire exécutive adjointe de la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO), en visioconférence de Beyrouth, a expliqué combien la région des États arabes est confrontée à des défis importants.  Il en découle de grandes vulnérabilités pour les populations et une croissance économique qui devrait se contracter en 2020.  La région a du mal à créer de l’emploi et elle connaît le taux de chômage le plus élevé de la planète, à environ 26%, a ajouté Mme Dashti, en indiquant aussi que la classe moyenne est passée de 51 à 34%.  Elle a en outre rappelé que plusieurs pays de la région connaissent des conflits.

La région des États arabes a besoin de créer huit millions d’emplois par an pour atteindre le plein emploi d’ici à 2030, a chiffré Mme Dashti.  Actuellement, seulement 2,7 millions sont créés annuellement, dont 68% dans le secteur informel.  Elle a déploré les forts taux de chômage qui touche 85% des jeunes, ainsi que le manque de couverture sociale de nombreux groupes de population, dénonçant aussi l’exclusion et autres obstacles qui limitent leur contribution au développement économique.  L’économie favorise un petit nombre de privilégiés et les richesses sont réparties de manière inéquitable, a continué Mme Dashti, en évoquant les manifestations sociales qui ont eu lieu récemment.

En outre, la région arabe est très vulnérable aux changements climatiques, avec des impacts potentiels en termes de ressources hydriques, de récoltes, de bétail, d’écosystèmes, d’inondations et de stress thermique.  Les conflits posent également des défis pour la sécurité alimentaire.  La productivité énergétique est assez faible et des problèmes dans la gestion des énergies vertes ont été constatés, a poursuivi Mme Dashti.

En conclusion, il faut repenser le modèle arabe de développement.  La CESAO a mis en place un cadre de développement inclusif fondé sur quatre grands points: la création d’emplois décents et productifs; l’inclusion économique avec réduction de la pauvreté pour venir en aide à la classe moyenne; une croissance verte et durable en prenant en considération la question environnementale et en réalisant des études de vulnérabilité liées notamment à la crise de l’eau; une hausse de la capacité budgétaire pour les dépenses sociales.

Dialogue avec les délégations

Après avoir résumé les différents engagements de son pays au sein du Groupe des États d’Afrique, le Maroc a mentionné ses réformes de fond visant à diversifier les mécanismes de financement.  Il a rappelé le contexte économique et social du continent africain: une croissance nécessaire pour réaliser les objectifs de développement durable, sans pouvoir encore régler le problème des inégalités.  « Les investissements sont là, mais les PME stagnent encore », a-t-il ajouté, en estimant que le continent africain n’épargne pas assez.

La Thaïlande a demandé aux Secrétaires exécutives des commissions régionales comment éviter les fragmentations dans les efforts de coordination entre l’échelon régional et l’ONU.  La délégation a également voulu connaître leurs avis sur la réforme du système des coordonnateurs résidents.

L’Éthiopie s’est félicitée de l’entrée en vigueur de la Zone de libre-échange continentale africaine, prioritaire pour elle.  Mais quelles sont les initiatives envisagées par la CEA pour que les pays puissent vraiment tirer profit de ce marché unique continental? a-t-elle demandé.

S’adressant à la CESAP, l’Afghanistan a demandé quelles sont les contraintes ou obstacles rencontre-t-elle sur le plan régional?  Et quelle est la coopération entre la Commission et les organisations régionales dans la réalisation des objectifs de développement durable?

Attaché au renforcement du capital humain pour des sociétés prospères et inclusives, le Timor-Leste a évoqué son plan national stratégique et sa politique de diversification de l’économie, dont le but est notamment de réduire sa dépendance au pétrole.

Après avoir fait observer que plusieurs régions ont des points communs, comme l’évolution démographique, le Népal a demandé à quelle fréquence les commissions régionales débattent-elles des meilleures pratiques?

Estimant que ces commissions sont très importantes pour la mise en œuvre du Programme 2030, le Bélarus a posé une question à la CEE: quelles nouvelles initiatives et approches peuvent être prévues pour accélérer la réalisation des objectifs de développement durable?  Il a aussi demandé à la CEPALC si elle travaille avec d’autres commissions régionales ou autres organismes sur les problèmes des pays à revenu intermédiaire pour essayer d’y trouver des solutions.

Quel est le lien entre les capacités analytiques des commissions et les activités opérationnelles de développement menées par les Nations Unies, a demandé le Mexique en s’adressant aux cinq commissions régionales.  Comment les analyses influencent-elles les capacités sur le terrain?  Et, s’adressant plus spécifiquement à Mme Bárcena, il a voulu savoir comment la CEPALC travaille-t-elle avec les coordonnateurs résidents?

La Mongolie a, pour sa part, résumé ses efforts de collaboration au sein de la CESAP, ainsi que sa coopération avec la CEE au niveau de la gestion de l’eau.

La Chine a qualifié la CESAP d’agence importante pour le renforcement des capacités et la réalisation des objectifs de développement durable.  La Chine, a dit la délégation, continuera à soutenir cette commission pour renforcer le consensus autour des questions environnementales.

Le Panama s’est félicité d’apprendre que la CEPALC travaillait à une résolution pour les pays à revenu intermédiaire. 

Le rôle des commissions régionales dans le nouveau système des Nations Unies pour le développement est à privilégier, a estimé la Fédération de Russie, en faisant valoir leurs compétences techniques et leur précieuse production de normes.  Espérant recevoir des informations sur le réaménagement à long terme du fonctionnement de chaque commission régionale, la Russie, à la fois membre de la CEE et de la CESAP, a souligné qu’elle travaille dans les deux commissions.  Elle s’est d’ailleurs félicitée de leur production statistique.

Comme le Mexique et la Russie, l’Union européenne a demandé aux Secrétaires exécutives leur avis sur les progrès de la réforme du système des Nations Unies pour le développement et sur les risques et avantages qu’elles envisagent dans ce cadre pour les commissions économiques régionales.

L’Uruguay est revenu sur le critère de classification des pays par groupe de revenu, en déplorant l’utilisation d’un seul critère, celui du PIB par habitant.  Il a suggéré l’organisation de séances de travail sur cette question.

La France s’est interrogée sur le lien entre les capacités analytiques des commissions et les activités opérationnelles de développement.  Elle a demandé si les commissions faisaient un listing et un suivi des différents partenariats.  Elle a aussi demandé si chaque secrétaire exécutive de commission pouvait citer un exemple réussi de coopération dans sa région en matière de bonne gestion des ressources naturelles et de développement durable.

Quelles sont les initiatives de la CEA axées sur l’intégration économique et l’inclusion des femmes dans les entreprises? a ensuite demandé la Namibie.

Quant à l’Égypte, elle s’est interrogée sur les difficultés rencontrées par la CESAO.  Elle a appelé celle-ci à travailler avec l’Union africaine et ses États membres dans la mise en œuvre de la nouvelle zone de libre-échange.

Venu le temps des réponses aux questions des États Membres, Mme Dashti a répondu que la CESAO était devenue un centre de négociation sur les changements climatiques.  S’agissant de la communication et du soutien aux États Membres, la Commission coordonne ses efforts avec d’autres commissions régionales dans les domaines suivants: production de statistiques, énergies renouvelables, promotion de l’égalité.  Mme Dashti a aussi mentionné un rapport mondial conjoint sur les questions les plus pressantes.  Beaucoup d’efforts de coordination sont menés à bien entre les différentes commissions régionales, a-t-elle insisté.

Concernant la coordination avec le système des coordonnateurs résidents, la CESAO participe à toutes les réunions des équipes de pays, par le biais de visioconférences, où sont abordées les questions politiques ou transfrontalières.  « Nous aidons tous les coordonnateurs résidents de la région et les rencontrons à un rythme mensuel », a-t-elle déclaré.

Répondant au Bélarus, la représentante de la CEE a qualifié le Président du Bélarus « d’excellent », et a expliqué que les principaux objectifs de développement durable abordés étaient ceux relatifs aux questions de transport, de connectivité, de facilitation des échanges commerciaux et de statistiques.  Répondant ensuite à la Russie et à l’UE, elle a expliqué que les réformes avaient beaucoup d’effets positifs.  Ces réformes apportent un changement auquel la CEE doit s’adapter.

En ce qui concerne les partenariats, « nous avons une politique basée sur des questions précises -l’environnement, la santé la jeunesse- et pour cela nous avons une excellente collaboration au sein de notre système », a-t-elle dit.  Répondant enfin à la question de la France, la CEE a signalé l’existence d’un rapport de la CEE qui montre toutes les réussites de la Commission à Genève.  L’UE et Eurostat soutiennent aussi financièrement la CEE, a-t-elle aussi indiqué.

Mme Bárcena a confirmé que la CEPALC travaille sur les questions des pays à revenu intermédiaire et qu’un dialogue a été mis en place avec l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) afin de plaider pour une nouvelle approche de développement inclusif.  Il n’y a, en effet, pas de correspondance entre le bien-être de la population et le PIB par habitant, a abondé la Secrétaire exécutive de la CEPALC.  Le Bélarus, le Costa Rica, le Chili sont sortis de cette catégorie et sont des partenaires importants dans cette phase d’apprentissage, a-t-elle continué.  Elle a invité les coordonnateurs résidents à participer au Forum politique de haut niveau pour le développement durable, qui est très intéressant pour échanger sur ces perspectives, selon elle.

À propos des liens entre capacité analytique et activités opérationnelles, Mme Bárcena a mis en avant la dimension régionale.  À l’intention de la France, elle a cité comme exemples de réussite la Conférence statistique des Amériques, qui constitue une plateforme unique pour les pays de la région, et l’examen des causes structurelles des migrations entre plusieurs partenaires.

Mme Alijahbana a cité des exemples réussis de partenariats régionaux, notamment entre la CESAP et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) sur la question de la gestion des ressources naturelles.  À propos du profilage régional, elle a indiqué que beaucoup restait à faire mais que des progrès avaient été enregistrés.

La représentante de la CEA, Mme Songwe, a répondu à l’Éthiopie en citant l’exemple des ressources minières.  La vision minière de la CEA a permis d’accroître l’inclusivité « parce que dans le passé on n’utilisait pas les fournisseurs locaux », a-t-elle expliqué.  Or aujourd’hui, il y a beaucoup de fournisseurs locaux dans le secteur minier comme au Ghana ou en Guinée et nous allons dorénavant pouvoir utiliser ces ressources dans différents pays.

Concernant les coordonnateurs résidents, « le travail est en cours », a-t-elle assuré ».  Nous avons un rôle d’intégrateur et utilisons nos expériences acquises dans l’intérêt de la réforme », a-t-elle résumé.

Le Président de la Deuxième Commission a conclu le dialogue annuel en remerciant le Bureau de New York et les oratrices.

SOUVERAINETÉ PERMANENTE DU PEUPLE PALESTINIEN DANS LE TERRITOIRE PALESTINIEN OCCUPÉ, Y COMPRIS JÉRUSALEM-EST, ET DE LA POPULATION ARABE DANS LE GOLAN SYRIEN OCCUPÉ SUR LEURS RESSOURCES NATURELLES

Présentation de rapport

M. AMR NOUR, Directeur du Bureau des commissions régionales à New York, a présenté le rapport A/74/88–E/2019/72 intitulé « Répercussions économiques et sociales de l’occupation israélienne sur les conditions de vie du peuple palestinien dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et de la population arabe dans le Golan syrien occupé ».  Établi par la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO), le rapport rend compte des pratiques et mesures auxquelles Israël continue de recourir, en particulier celles qui pourraient contrevenir au droit international humanitaire et au droit international des droits de l’homme et qui ont des répercussions sur la situation économique et sociale des populations vivant sous l’occupation militaire israélienne.

M. Nour a d’abord fait état de « mesures administratives discriminatoires » pratiquées par le Gouvernement israélien, notamment pour révoquer le statut de résident de Palestiniens de Jérusalem-Est.  « L’année 2018 a été la plus meurtrière pour les Palestiniens depuis le conflit de 2014 à Gaza, avec un nombre record de blessés depuis 2005. »  Les pratiques auxquelles recourent les forces militaires et de sécurité israéliennes continuent de susciter des inquiétudes, a-t-il dit, en citant, en particulier, la réaction de l’armée aux manifestations hebdomadaires organisées le long de la barrière frontalière de Gaza dans le cadre de la Grande Marche du retour.

Du 1er avril 2018 au 31 mars 2019, 299 Palestiniens, dont 60 enfants et 4 femmes, ont été tués, et 32 696, dont 6 713 enfants et 1 812 femmes, blessés par les forces militaires et de sécurité israéliennes ou par des colons.  Parmi ces victimes, 199 décès et 30 200 blessures au moins se sont produits dans le cadre de la Grande Marche du retour à Gaza.  Le quart des blessures avaient été provoquées par des tirs à balles réelles.

M. Nour a relayé les préoccupations en ce qui concerne la réponse armée à la manifestation palestinienne de la Grande Marche du retour, que le rapport associe à des crimes de guerre, et par la situation à Hébron, où le Gouvernement israélien a décidé de ne pas renouveler le mandat de la Présence internationale temporaire au-delà du 31 janvier 2019.  Conjuguée à l’intensification du harcèlement et des restrictions que subissent les habitants et les organismes encore présents pour assurer une protection dans la zone, cette décision expose la population, en particulier les écoliers, à des risques accrus en matière de sécurité, selon le rapport.

Concernant les arrestations administratives, le rapport fait état de mauvais traitements envers les Palestiniens, y compris envers des enfants.  À la fin du mois de février 2019, 5 248 Palestiniens étaient détenus dans les quartiers de sécurité d’établissements pénitentiaires israéliens, dont 205 enfants, 48 femmes et 7 membres du Conseil législatif palestinien.

Il est à craindre que l’ensemble des actes cautionnés par l’État, à savoir les saisies de terres, la légalisation rétroactive d’avant-postes de colonies, la démolition de logements et de structures de subsistance des Palestiniens auxquels on refuse le permis de construire, les restrictions à la liberté de circulation et d’accès à des moyens de subsistance, ainsi que la violence des colons et l’absence de responsabilisation, à cet égard, contribuent à créer, dans les régions sous le contrôle exclusif d’Israël, un climat oppressant, poussant les Palestiniens à quitter certains quartiers de la zone C et de Jérusalem-Est, selon le rapport.

Concernant l’accès à l’eau: à Gaza, l’aquifère côtier, seule source d’eau naturelle, est pratiquement asséché en raison de la surexploitation et de la contamination par l’eau de mer, qui ont rendu plus de 97% de ses eaux impropres à la consommation humaine.  Seuls 10,5% des Palestiniens de Gaza sont alimentés en eau potable par le réseau public, contre 98,3% en 2000.  Depuis cette date, la proportion de personnes dépendant des citernes d’eau, des conteneurs et de l’eau en bouteille, qui sont bien plus onéreux et ne sont ni réglementés ni fiables, est passée de 1,4% à 89,6%.

Concernant les ressources agricoles, à Gaza, en raison de l’imposition par Israël de zones terrestres et maritimes d’accès restreint, 85% des ressources halieutiques sont inaccessibles aux pêcheurs palestiniens, et la moitié de la zone cultivable est inexploitable par les producteurs palestiniens.

M. Nour a évoqué la pratique d’Israël consistant à vaporiser des herbicides sous prétexte de faciliter l’observation de ce qui se passe à Gaza.  Celle-ci nuirait également à la production agricole, a-t-il dit, en soulignant aussi que les effets de l’arrosage ont été constatés jusqu’à 1 000 mètres ou plus de la barrière.

Concernant la situation économique, selon les données préliminaires du Bureau central palestinien de statistique, le taux de croissance réelle du produit intérieur brut (PIB) du Territoire palestinien occupé a fortement diminué, passant de 3,1% à 0,9% entre 2017 et 2018.  Quant au taux de chômage à Gaza, 52%, c’est le plus élevé au monde.

L’insécurité alimentaire touche près d’un tiers de la population, soit 1,56 million de personnes, et s’explique par des taux de pauvreté et de chômage élevés.  Les prix alimentaires dépendent des marchés israéliens.  « Les écoles, en nombre insuffisant, sont menacées de démolition en Cisjordanie, et la fragmentation de la Cisjordanie a des conséquences sur la santé des habitants », a déclaré M. Nour.

Concernant le Golan syrien, le Secrétaire général continue de réaffirmer la validité de la résolution 497 (1981) dans laquelle le Conseil de sécurité a décrété que la décision prise par Israël d’imposer ses lois, sa juridiction et son administration dans le territoire syrien occupé des hauteurs du Golan était nulle et non avenue et sans effet juridique sur le plan international.

« La crise humanitaire et les éléments présentés dans le rapport sont contraires au droit international, et font qu’il sera impossible de réaliser les objectifs de développement durable dans les territoires occupés d’ici à 2030 », a conclu M. Nour.

Dialogue interactif

M. ABDULLAH ABU SHAWESH (État de Palestine) a regretté que le rapport n’établisse pas de lien clair entre le Programme 2030 et la capacité des Palestiniens à réaliser les 17 objectifs de développement durable.  Le principal obstacle à la réalisation de ces objectifs est la Puissance occupante, l’armée et les colons, « qui sont des criminels », a dit le représentant.  Il a espéré que les prochains rapports établiront que l’incapacité des Palestiniens à réaliser les objectifs de développement durable est due à l’occupation.

Il a encore reproché à la CESAO d’utiliser des termes inacceptables, comme « forces de sécurité israéliennes » alors qu’il s’agit d’une « armée d’occupation ».  « Il faut appeler un chat un chat », a insisté le représentant, ajoutant que les « criminels présents en uniforme militaire » dans les territoires palestiniens devraient être décrits comme faisant partie de l’armée d’occupation et non comme des forces de sécurité.  Le rapport emploie le terme de « contrôle » pour maintenir la sécurité, alors qu’après plus de 50 ans on parle d’« occupation », a-t-il aussi relevé.

Le représentant a également demandé aux auteurs du rapport de mesurer la diaspora en termes de pourcentage et non en chiffres absolus.  Le rapport ne fait pas non plus la distinction entre armée d’occupation, colons israéliens illégaux et civils israéliens, a encore critiqué le représentant.  Enfin, il a noté que le rapport reprend les termes utilisés par les Israéliens qui qualifient de « terroristes » les prisonniers palestiniens.

Le Directeur du Bureau des commissions régionales à New York a répondu qu’il transmettrait ces remarques.

Débat général

M. ABDULLAH ABU SHAWESH (État de Palestine) s’est plaint que le peuple palestinien soit laissé pour compte à cause de la politique israélienne, « ainsi que le prouvent les multiples rapports publiés par l’ONU au fil des ans ».  Le manque d’accès à l’eau, en particulier, est un problème: il pousse 22% des Palestiniens à acheter l’eau à Israël, pendant que celui-ci « vole l’eau de Cisjordanie pour la revendre aux Palestiniens à des prix faramineux ».  La région reçoit moins de 50 litres d’eau par jour et par personne, ce qui fait que plus de 40% des habitants de Cisjordanie sont impactés par le manque d’eau.  Israël empêche aussi les Palestiniens de réaliser l’objectif de développement durable no 4 (éducation de qualité) à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, a dénoncé l’observateur en indiquant qu’une quarantaine d’écoles ont été détruites, et qu’un harcèlement quotidien est perpétré par les forces d’occupation et les colons.  Près de 100 000 enfants souffrent de maladies profondes à Gaza, a-t-il ajouté.

Au nom du Groupe des 77 et la Chine, M. ABDULLAH ABU SHAWESH (État de Palestine) a réaffirmé le soutien de son groupe aux efforts de développement économique et à la réalisation des aspirations du peuple palestinien.  Le rapport de la CESAO souligne que l’occupation israélienne entrave le développement, le travail et les moyens de subsistance des Palestiniens ainsi que la jouissance de leurs droits socioéconomiques, a-t-il noté.  Il a aussi fait remarquer l’insécurité alimentaire qui frappe le tiers de la population, à cause de la pauvreté et du chômage.  L’occupation du Golan continue d’avoir un effet néfaste sur les conditions de vie des populations palestiniennes et syriennes ainsi que sur le développement socioéconomique des territoires occupés, a dit le représentant avant de parler de la zone C de la Cisjordanie, qui contient les ressources naturelles les plus précieuses et qui reste presque entièrement interdite au Gouvernement palestinien, aux producteurs et aux investisseurs.

Le G77 est gravement préoccupé par l’application de deux systèmes juridiques différents sur le même territoire sur la seule base de la nationalité ou de l’origine.  Cela constitue une pratique discriminatoire, selon lui, et une violation du principe d’égalité devant la loi.  L’application de la loi israélienne aux colons et de la loi martiale israélienne aux Palestiniens apporte plus de complications et entraîne des restrictions à la vie quotidienne du peuple palestinien, a remarqué le représentant.  En conclusion, il a appelé la communauté internationale à mettre fin immédiatement à ces blocages systématiques et aux mesures de restriction empêchant l’économie palestinienne et le Golan de se développer.

Au nom de l’Organisation de coopération islamique (OIC), M. AHMED BIN SAIF AL-KUWARI (Qatar) a réitéré sa profonde inquiétude en évoquant la baisse de l’aide des donateurs, la baisse du revenu par habitant, la hausse du taux de chômage, l’aggravation de la pauvreté, la situation fiscale volatile, les conséquences environnementales et l’impact sur les conditions socioéconomiques et le développement de l’occupation de l’État de Palestine.  Les conséquences de l’occupation israélienne sont sévères, a insisté le représentant, qui a plaidé en faveur d’une intervention robuste pour garantir la justice, assurer la redevabilité et prévenir d’autres violations des droits de l’homme par Israël.  La communauté internationale doit demander que la Puissance occupante cesse ses actions illégales et soit tenue responsable, a-t-il réclamé.

Le délégué a relevé que l’occupation israélienne continue d’avoir des effets néfastes sur les conditions de vie des populations palestiniennes et syriennes ainsi que sur le développement socioéconomique.  M. Al-Kuwari a appelé la communauté internationale à garantir l’appui aux droits des réfugiés palestiniens.  Il a aussi demandé aux donateurs de maintenir le même niveau de financement pour l’UNRWA.  Dénonçant aussi l’expansion des colonies israéliennes, le représentant a rappelé la résolution 2334 (2016) du Conseil de sécurité qui appelle à faire la distinction entre le territoire de l’État d’Israël et les territoires occupés depuis 1967. Pour en finir avec la souffrance du peuple palestinien et pour faire des progrès concrets vers la paix, la sécurité et la prospérité, il faut qu’Israël mette fin à l’occupation illégale et respecte le droit international et les résolutions de l’ONU, a conclu le représentant.

Au nom du Groupe des États arabes, M. TAREK LADEB (Tunisie) a fait part de son inquiétude à propos des résultats des analyses et des statistiques confirmant que les pratiques d’Israël visent à priver les Palestiniens de leurs droits.  Des difficultés énormes demeurent, quant à l’impunité d’Israël au niveau international, a ajouté le représentant.  Il a dénoncé les pratiques de détention administrative sans motif d’accusation, y compris des cas de détention d’enfants, ainsi que la persistance de la pratique de la torture.  Les enfants sont même poussés à reconnaître des crimes qu’ils n’ont jamais commis, a-t-il affirmé.  Le représentant a déploré, enfin, « l’incapacité de la communauté internationale à traduire Israël en justice ».

M. AHMED SALMAN ZAKI (Maldives) a appelé les Nations Unies et la communauté internationale à faire des progrès concrets pour stopper la mauvaise trajectoire du conflit israélo-palestinien.  Les Palestiniens ne sont pas les seules victimes des politiques oppressives d’Israël, a-t-il dit, en parlant des résidents syriens du Golan occupé qui font face aux restrictions de leurs droits à cause des politiques discriminatoires sur les terres et les habitations.  En effet, a-t-il précisé, il est pratiquement impossible à ces Syriens d’obtenir des permis de construire.  Ces politiques ont aussi freiné le développement des villages syriens, a dénoncé le représentant, regrettant que cela conduise à la surpopulation avec une population en croissance et à une multitude de problèmes sociaux.  Les Maldives plaident pour un État palestinien indépendant et pour le droit inaliénable du peuple palestinien à l’autodétermination, a dit le délégué, qui a condamné la violation continue des droits de l’homme et le non-respect du droit international par Israël dans les territoires occupés, ainsi que l’expansion des colonies.

Mme BIANA LEYVA (Cuba) a dit que la mise en œuvre du Programme 2030 est un droit souverain de tous les peuples, y compris lorsqu’ils sont sous occupation étrangère.  Cuba condamne l’occupation militaire du territoire palestinien par Israël, la colonisation, les violations des droits de l’homme et les crimes de guerre systématiques.  Il soutient l’exigence du Gouvernement syrien de récupérer le plateau du Golan, conquis en 1967 par Israël dont il réclame le retrait total et sans condition du Golan syrien et de tous les territoires arabes occupés.  Par ailleurs, la représentante a rejeté l’action unilatérale des États-Unis d’établir leur représentation diplomatique dans la ville de Jérusalem, y voyant un total manque de respect de la légalité internationale et des résolutions des Nations Unies.  Elle a aussi condamné la reconnaissance par le Gouvernement des États-Unis du Golan syrien occupé comme territoire d’Israël.

M. TAREQ MOHAMMAD ARIFUL ISLAM (Bangladesh) s’est dit très frustré face à la poursuite de l’occupation, de l’expansion des colonies, des violations des droits de l’homme et des attaques contre les civils palestiniens.  Comme l’indique le rapport, la situation économique est préoccupante et la pauvreté reste omniprésente dans le Territoire palestinien occupé, a continué le représentant, soulignant que le principe de « ne laisser personne de côté » s’applique à tous, y compris aux peuples sous occupation étrangère.  Il a appelé la communauté internationale à faire pression sur Israël, Puissante occupante, pour qu’elle cesse ses violations systématiques du droit international humanitaire et des principes des droits de l’homme.  Il a exhorté à faire des efforts pour remédier à la crise financière de l’UNRWA, qui n’a fait qu’aggraver la situation des réfugiés palestiniens.

Mme ROUA SHURBAJI (République arabe syrienne) a dénoncé des pratiques discriminatoires dans le domaine foncier, ainsi que des violations de droits et des procédures illégales, comme la confiscation de terre pour l’érection d’éoliennes, comme son pays l’a dénoncé dans une lettre au Président du Conseil de sécurité.  « De telles pratiques sont en violation des résolutions internationales », a-t-elle martelé.  Préoccupée par les conditions de détention d’habitants syriens du Golan dans les prisons israéliennes, la représentante a dénoncé les conditions dans lesquelles se sont déroulées les dernières élections locales dans le Golan.

M. ABDULLAH AL-MOUALLIMI (Arabie saoudite) a rappelé la position de son pays depuis le début du conflit, à savoir que l’Arabie saoudite soutient le droit au retour et demande de revenir aux frontières de 1967.  Sachant qu’il ne peut y avoir de développement durable si ce développement n’est pas juste et global, le représentant a mis en parallèle cet axiome avec une politique israélienne « discriminatoire qui ne respecte pas la Convention de Genève ».  Dénonçant le recours excessif à la force par Israël contre des laissés-pour-compte, comme les femmes et les enfants, le représentant a qualifié les pratiques israéliennes d’« horribles ».  Il a déploré, en particulier, que les professionnels de la santé sont empêchés d’exercer leur métier.

M. ANDREANO ERWIN (Indonésie) a parlé de « conditions inquiétantes » à propos du peuple palestinien, et de « conditions humanitaires qui rendent impossibles la réalisation des objectifs de développement durable ».  Partisane de la solution des deux États, l’Indonésie a dénoncé les actions de la Puissance occupante, et appelé la communauté internationale à prendre des mesures concrètes « pas seulement en matière de développement mais aussi en matière d’aide immédiate ». Les Nations Unies devraient contribuer davantage au fonctionnement de l’UNRWA, ainsi que le fait l’Indonésie, a-t-il conclu.

Mme LOLWAH AL-DOSARI (Koweït) a déploré les pratiques qui empêchent les Palestiniens de jouir de leur liberté de mouvement, et ce, au mépris des résolutions du Conseil de Sécurité.  Elle a condamné la poursuite de la colonisation des territoires arabes occupés par Israël, en soulignant que cela est contraire à l’objectif de réalisation des objectifs de développement durable.  La représentante a réaffirmé le soutien total du Koweït au peuple palestinien et au peuple syrien, souhaitant qu’ils puissent exercer leurs droits légitimes.

Pour M. FIRAS AL-HAMMADANY (Iraq), les pratiques de la Puissance occupante constituent une menace pour la vie et compliquent la situation socioéconomique.  Ces pratiques privent le peuple palestinien du droit au développement, a-t-il ajouté.  Il a donc suggéré que les violations des droits inaliénables du peuple palestinien donnent lieu à dédommagement.

Mme AYSHA AL-MENHAL (Émirats arabes unis) a jugé important de redoubler d’efforts pour réaliser les objectifs de développement durable et parvenir à la paix.  Israël doit cesser ses pratiques illégales dans les territoires occupés, notamment l’installation de colonies et la destruction de maisons de Palestiniens, car cela fait obstacle au développement des Palestiniens, a-t-elle plaidé.  La représentante a fait savoir que, ces cinq dernières années, les Émirats arabes unis ont attribué plus de 630 millions de dollars à la Palestine.  Ils ont aussi annoncé une contribution de 15 millions de dollars pour soutenir l’UNRWA cette année, ce qui a permis à l’Office de poursuivre son programme d’éducation dans plus de 700 écoles, a ajouté la représentante avant d’exhorter la communauté internationale à soutenir la solution des deux États pour mettre un terme aux souffrances des Palestiniens.

Mme HANIZAH MOHD IZZUDDIN (Malaisie) a appelé les États Membres et la communauté internationale à continuer à mettre la pression pour qu’Israël cesse l’expansion des colonies illégales ainsi que les destructions des habitations palestiniennes.  Israël doit cesser les violations du droit international et du droit humanitaire, a-t-elle exhorté, en demandant aussi à Israël de respecter toutes les résolutions des Nations Unies.  La représentante a aussi exigé d’Israël qu’il cesse immédiatement et totalement toutes ses politiques et mesures illégales visant à altérer le caractère et le statut du Territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est.  S’agissant du financement de l’UNRWA, Mme Izzuddin a appelé les États Membres à continuer de soutenir l’Office en contribuant généreusement à son financement.  Pour ce qui est du Golan occupé, elle a réitéré la position de sa délégation selon laquelle le Golan doit revenir à la Syrie.

M. XOLISA MAGHONGO (Afrique du Sud) a déclaré que les restrictions imposées par Israël et l’expansion des colonies illégales ainsi que d’autres pratiques de la Puissance occupante entravent le développement et posent une menace à la quête palestinienne pour réaliser les objectifs de développement durable.  Il est regrettable qu’Israël continue de mener des politiques et des pratiques qui vont à l’encontre des résolutions du Conseil de sécurité, du droit international humanitaire et des droits de l’homme, a-t-il dit.  Le représentant a attiré l’attention sur la situation critique de la jeunesse palestinienne et l’impact de l’occupation sur leurs vies et sur celles des générations futures.  Concernant la situation de l’UNRWA, M. Maghongo a salué les promesses de soutien à l’Office en prévenant que le manque de financement aggrave la situation déjà calamiteuse dans la région.  Il a également souhaité voir la fin de l’occupation israélienne du territoire palestinien et du Golan syrien.

Mme SHEYAM ELGARF (Égypte) a évoqué les décennies de souffrance du peuple palestinien sous l’occupation israélienne, comme le confirme le rapport de la CESAO sur les répercussions économiques et sociales de l’occupation israélienne sur les conditions de vie du peuple palestinien dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et de la population arabe dans le Golan syrien occupé.  Ce rapport prévoit que cette occupation aura des conséquences négatives sur la réalisation des objectifs de développement durable pour le peuple palestinien, a relevé la représentante, qui s’est prononcée pour un retour aux frontières de 1967.  Elle a aussi exprimé son soutien à l’UNRWA qui fournit des services essentiels au peuple palestinien.

M. SERHAD VARLI (Turquie) a parlé des effets destructeurs de la politique israélienne sur le peuple palestinien.  Elle a noté que les pratiques israéliennes perdurent malgré les nombreux appels de la communauté internationale à cesser de forcer les déplacements et de détruire les biens, en ayant recours à la force excessive contre les civils.  Évoquant la crise financière de l’UNRWA, le représentant a insisté sur le fait qu’Israël nuit au développement des Palestiniens.  Pour la Turquie, la seule solution viable au conflit est une solution des deux États.

M. MOHAMED ELMAGHUR (Libye) s’est basé sur le rapport examiné pour affirmer qu’étant donné les conditions économiques et sociales actuelles, il sera impossible pour les Palestiniens de parvenir au développement durable, à moins que les restrictions d’Israël ne cessent.  « La communauté internationale s’est engagée à ce qu’il n’y ait pas de laissés-pour-compte, or, le rapport montre que le peuple palestinien ne peut se développer puisqu’il n’a pas accès à l’eau, à la santé, à l’emploi et à ses droits », a poursuivi M. Elmaghur.  Il a déploré, en particulier, les arrestations arbitraires et le non-accès aux soins de santé, en violation de la Convention de Genève et du droit international.

M. WADE HENCKERT (Namibie) s’est, en particulier, inquiété de l’état du système sanitaire et du manque de stock de médicaments à Gaza.  L’occupation prolongée continue d’avoir un effet négatif sur les populations et il n’est pas possible de se contenter de simples discours, a-t-il lancé.  Une paix durable ne pourra être mise en œuvre qu’à travers l’application des résolutions des Nations Unies et de la solution des deux États, selon le représentant.

M. MOHAMED ISA ALBUFLASA (Bahreïn) a relevé que les destructions forcées de maisons de Palestiniens en Cisjordanie ne laissent à ces habitants d’autres alternatives que de partir.  De plus, a-t-il ajouté, la poursuite de la colonisation se fait en violation du droit international.  Le représentant a souligné la position ferme du Bahreïn en faveur des efforts de paix déployés par l’ONU, conformément au plan d’une solution des deux États.

Mme ANAT FISHER TSIN (Israël) a jugé que le rapport n’apportait rien de nouveau et ne contribuait pas de manière constructive au débat.  Elle a critiqué le fait que, selon elle, « le rapport évoque la Grande Marche du retour comme un grand pique-nique », alors qu’à son avis, il s’agit plutôt d’un bouclier humain derrière lequel se trouvent des cocktails Molotov.  Elle a ensuite évoqué ce qui ne figure pas dans le rapport, comme les tirs de roquette contre Israël.  Elle a aussi avancé que les autorités palestiniennes offrent des ressources aux terroristes et qu’elles font face à un grave problème de corruption.

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