Comité des droits du peuple palestinien: Amnesty International présente un rapport sur le tourisme dans les colonies de peuplement

AG/PAL/1420
15 février 2019
394e séance – matin

Comité des droits du peuple palestinien: Amnesty International présente un rapport sur le tourisme dans les colonies de peuplement

Ce matin, le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien a tenu une séance d’organisation*, en présence du Secrétaire général de l’ONU, au cours de laquelle l’ONG « Amnesty International » a présenté un rapport alarmant sur le tourisme dans les colonies de peuplement israéliennes.  En 2018, plus de 40% des 4 millions de touristes qui ont visité Israël sont allés en Cisjordanie, avec les bénéfices énormes que cela suppose. 

« Il n’y a pas de plan B », a répété le Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres: une solution juste et pacifique à la question de Palestine passe nécessairement par la solution des deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte, dans la paix et la sécurité, avec Jérusalem comme capital des deux États, sur la base des résolutions pertinentes des Nations Unies, des principes agréés depuis longtemps, des accords précédents et du droit international. 

Le moment est venu de traduire en actes concrets l’engagement de la communauté internationale en faveur de la solution des deux États, « seule option viable », a renchéri le Président du Comité.  M. Cheikh Niang n’a pas manqué de rappeler qu’à ce jour, 139 États Membres de l’ONU ont reconnu officiellement l’État de Palestine.  L’Observateur palestinien, M. Riyad Mansour, en a profité pour confirmer sa foi dans le multilatéralisme et les Nations Unies. 

Les Palestiniens, a dit le Secrétaire général, ont enduré plus d’un demi-siècle d’occupation et de déni de leur droit légitime à l’autodétermination.  Israéliens et Palestiniens continuent de souffrir de cycles de violence meurtriers.  Leurs leaders, a-t-il souligné, ont la responsabilité à l’égard de leurs populations, en particulier les jeunes, d’inverser cette tendance négative et d’ouvrir la voie à la paix, à la stabilité et à la réconciliation. 

Force est de reconnaître que la réalité sur le terrain, en plus d’être volatile, renvoie de plus en plus à celle d’un seul État, a alerté le Président du Comité.  La colonisation et l’occupation, la violence, la situation catastrophique à Gaza et les dissensions entre acteurs politiques palestiniens sont autant de facteurs qui sapent la confiance entre les parties. 

Le représentant d’Amnesty International a soulevé une autre question, celle du « tourisme numérique ».  Airbnb, Booking.com, Expedia et TripAdvisor proposent des hôtels, des chambres d’hôte, des activités et des excursions dans les colonies de peuplement israéliennes.  Or, une simple étude de risque indiquerait à ces entreprises que toute activité commerciale menée dans les colonies ou avec elles contribuerait inévitablement au maintien d’une situation illégale et d’un régime intrinsèquement discriminatoire portant atteinte aux droits fondamentaux des Palestiniens.  En établissant des relations commerciales avec ces colonies, ces quatre entreprises contribuent à l’aménagement et à l’extension de colonies illégales, et en bénéficient, ce qui constitue des crimes de guerre au titre du droit pénal international.  Cette mise en valeur des colonies israéliennes a pour effet de « normaliser » et de légitimiser ce qui est reconnu au regard du droit international comme une situation illégale.  En 2018, plus de 40% des 4 millions de touristes qui ont visité Israël sont allés en Cisjordanie.  Il a laissé aux délégations le soin d’en calculer les bénéfices et a dénoncé les différentes incitations qu’Israël offre à ce type d’entreprises.  Après ces interventions, plusieurs délégations ont fait le point sur les activités menées et prévues. 

En début de séance, le Comité a adopté son programme de travail pour 2019*.  Le Président a attiré l’attention sur le Forum des Nations Unies sur la question de Palestine, le 4 avril, à New York, sur le thème « La menace de facto de l’annexion: quel avenir pour la Palestine? ».  Il a aussi parlé de la Conférence internationale sur la question de Jérusalem, à Genève, les 27 et 28 juin 2019, en collaboration avec l’Organisation de la coopération islamique (OCI), sur le thème « Préserver le caractère culturel et religieux de Jérusalem ».

Après avoir résumé ses activités en 2018, le Président a annoncé quelques activités prévues entre le 26 février 2019 et le 7 mars 2019 dont la quarante-sixième Réunion des ministres des affaires étrangères du Conseil de l’Organisation de la Coopération islamique à Abu Dhabi, une visite à l’Union européenne et en Belgique ou encore la projection du documentaire intitulé Naila and the Uprising sur le rôle des Palestiniennes durant la première Intifada. 

Le Comité, qui est présidé cette année par M. Cheikh Niang du Sénégal, a élu à ses vice-présidences Mmes Adela Raz, de l’Afghanistan, et Ana Silvia Rodríguez Abascal, de Cuba, et MM. Dian Triansyah Djani, de l’Indonésie, Neville Melvin Gertze, de la Namibie, et Jaime Hermida Castillo, du Nicaragua.  M. Carmelo Inguanez, de Malte, assumera les fonctions de Rapporteur.

* A/AC.183/2019/L.2

SÉANCE D’ORGANISATION

Déclarations

M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général de l’ONU, a souligné qu’une solution juste et pacifique à la question de Palestine passe nécessairement par la solution des deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte, dans la paix et la sécurité, avec Jérusalem comme capital des deux États, sur la base des résolutions pertinentes des Nations Unies, des principes agréés depuis longtemps, des accords précédents et du droit international.  Malheureusement, a regretté le Secrétaire général, au cours de l’année écoulée, la situation n’a pas évolué dans ce sens.  Les manifestations à Gaza ont donné lieu à des centaines de morts et des milliers de blessés des mains des forces de sécurité israéliennes.  Les incidents et les provocations du Hamas et autres militants à Gaza, y compris les tirs de roquettes et de cerfs-volants enflammés, ont aggravé dangereusement la situation.  Grâce aux efforts de médiation des Nations Unies et de l’Égypte, l’escalade a été évitée.

Le Secrétaire général a appelé les autorités du Hamas à Gaza à éviter les provocations, tout en rappelant la responsabilité qu’a Israël, en vertu du droit international humanitaire, de faire preuve d’un maximum de retenue et de ne pas utiliser une force léthale, sauf dans les cas prévus par le droit international et comme mesure de dernier recours contre une menace imminente de mort et de grave danger.

Les Nations Unies, a-t-il insisté, appuient fermement la réconciliation palestinienne et le retour du Gouvernement légitime à Gaza.  Il salué les efforts déployés en ce sens par l’Égypte.  Gaza, a souligné le Secrétaire général, est une partie intégrante du futur État palestinien dont la stabilité politique, la viabilité économique, la souveraineté et l’indépendance dépendent de l’unité palestinienne.

Le Secrétaire général a aussi appelé à une solution à la crise humanitaire à Gaza et exhorté Israël à lever les restrictions à la libre circulation des biens et des personnes, sans pour autant compromettre son souci sécuritaire.  La communauté internationale doit renforcer substantiellement ses efforts pour revitaliser l’économie de Gaza.  Le Secrétaire général a d’ailleurs salué le travail essentiel de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA).  Il a remercié les donateurs qui aident l’Office à surmonter une crise financière sans précédent.  Le Secrétaire général s’est aussi inquiété du risque de tension en Cisjordanie où la construction et les projets de construction de colonies s’enfoncent de plus en plus dans la Zone C, y compris Jérusalem-Est.  Les colonies de peuplement sont illégales, en vertu du droit international, aggravent la méfiance et compromettent la solution des deux États.  La violence des colons reste un problème très grave, a dit le Secrétaire général qui s’est également dit choqué par le meurtre d’un adolescent israélien, dans ce qui a été identifié comme un acte terroriste.  Il a en outre regretté la décision d’Israël de ne pas renouveler le mandat de la présence internationale temporaire à Hébron et a espéré un autre arrangement pour préserver les acquis.

Les Palestiniens, a conclu le Secrétaire général, ont enduré plus d’un demi-siècle d’occupation et de déni de leur droit légitime à l’autodétermination.  Israéliens et Palestiniens continuent de souffrir de cycles de violence meurtriers.  Leurs leaders, a rappelé le Secrétaire général, ont la responsabilité à l’égard de leurs populations, en particulier les jeunes, d’inverser cette tendance négative et d’ouvrir la voie à la paix, à la stabilité et à la réconciliation.  Il n’ y a pas de plan B, a répété le Secrétaire général.

« Si les paramètres d’une solution définitive au différend israélo-palestinien ont été clairement identifiés et connus de l’ensemble des acteurs, jamais l’horizon politique n’a été aussi incertain », a déclaré M. CHEIKH NIANG (Sénégal), Président du Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien.  Force est de reconnaître que la réalité sur le terrain, en plus d’être volatile, renvoie de plus en plus à celle d’un seul État, a-t-il poursuivi.  Il a indiqué que la colonisation et l’occupation, la violence, la situation catastrophique à Gaza et les dissensions entre acteurs politiques palestiniens sont autant de facteurs qui sapent la confiance entre les parties.  « Parce qu’il demeure résolument attaché à un règlement pacifique de la question de la Palestine, le Comité condamne toute forme de violence et toute incitation à la haine, quels qu’en soient les auteurs ou les motivations. »  Le Président a appelé à renoncer à toute forme de violence et de politique du fait accompli et à retourner à la table des négociations.  Concernant Jérusalem, a-t-il souligné, notre appel au respect du statu quo, en attendant une solution définitive relevant du statut final, reste pertinent.  Il a estimé que le risque d’une quatrième confrontation militaire existe toujours à Gaza, avant d’exhorter les États Membres à doter l’UNRWA de ressources suffisantes et prévisibles.  Le Président a ensuite indiqué que 139 États Membres de l’ONU ont reconnu officiellement l’État de Palestine.  Le moment est venu de traduire en actes concrets l’engagement de la communauté internationale en faveur de la solution des deux États, seule option viable, a-t-il conclu.  « Mettons sur la table toutes les questions en suspens comme les colonies de peuplement, le statut de Jérusalem, les réfugiés, la sécurité et la situation à Gaza. »

L’Observateur permanent de l’État de Palestine, M. RIYAD H. MANSOUR, a fait écho au Secrétaire général en affirmant lui aussi qu’il n’existe pas d’autre alternative à la solution des deux États.  Cette solution pourrait mettre fin à l’occupation qui a commencé en juillet 1967, a-t-il poursuivi.  Nous avons confiance dans le multilatéralisme et l’ONU, a déclaré M. Mansour, même si la situation actuelle s’avère particulièrement difficile.  Il a dit adhérer aux objectifs fixés par le Secrétaire général et le Président du Comité, à commencer par la réconciliation intrapalestinienne pour permettre l’émergence d’un système unifié.  Avant de conclure, M. Mansour a rappelé le processus initié l’an dernier par le Président Mahmoud Abbas en vue d’une conférence internationale sur la question de Palestine à laquelle participeraient l’ONU et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité.  M. Mansour s’est réjoui de voir « quelques lueurs d’espoir à l’horizon » et a remercié la mobilisation internationale qui a permis à l’UNRWA de sortir de sa crise financière en 2018.  Il a cependant dit craindre qu’un scénario similaire ne se répète cette année à moins que les bailleurs de fonds ne décident de pérenniser leurs contributions. 

Intervenant par visioconférence de Jérusalem-Est, M. LAITH ABY ZAYED, d’Amnesty International, a présenté le dernier rapport de son ONG intitulé « Le tourisme numérique et les colonies de peuplement israéliennes illégale dans les territoires palestiniens occupés ».  Les entreprises du numérique, est-il expliqué dans le rapport, ont révolutionné les codes de l’industrie du tourisme.  Au lieu d’organiser leurs vacances à l’aide d’agences de voyage traditionnelles, les consommateurs peuvent à présent tout réserver en ligne.  Airbnb, Booking.com, Expedia et TripAdvisor leur proposent un choix sans précédent, d’où leur énorme succès et leur domination dans une industrie, le tourisme, qui représente plusieurs milliards de dollars.  Le site Internet de TripAdvisor est visité plus de 450 millions de fois par mois.  La valeur de la société mère de Booking.com est estimée à plus de 100 milliards de dollars. 

Le problème est que ces entreprises proposent également des hôtels, des chambres d’hôte, des activités et des excursions dans les colonies de peuplement israéliennes, alors qu’elles savent que l’occupation israélienne en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, est régie par le droit international humanitaire.  En vertu de ce droit, les colonies israéliennes sont illégales et les mesures qui sont prises pour leur établissement, comme le transfert de population israélienne et l’appropriation des biens, constituent des crimes de guerre en vertu du Statut de la Cour pénale internationale.  Ces entreprises savent aussi que les Nations Unies et les organisations israéliennes, palestiniennes ou internationales comme Amnesty International rassemblent depuis des années des informations sur le caractère discriminatoire de la politique israélienne d’établissement, d’extension et de protection de ces colonies. 

Une simple étude de risque indiquerait à ces entreprises que toute activité commerciale menée dans les colonies ou avec elles contribuerait inévitablement au maintien d’une situation illégale et d’un régime intrinsèquement discriminatoire portant atteinte aux droits fondamentaux des Palestiniens.  Airbnb, Booking.com, Expedia et TripAdvisor affirment toutes avoir une éthique élevée et un profond respect pour l’état de droit.  Or, aucune des normes de ces principes n’a apparemment eu d’influence sur leur décision de travailler dans les colonies.  En établissant des relations commerciales avec ces colonies, ces quatre entreprises contribuent à l’aménagement et à l’extension de colonies illégales, et en bénéficient, ce qui constitue des crimes de guerre au titre du droit pénal international.  Cette mise en valeur des colonies israéliennes a pour effet de « normaliser » et de légitimiser ce qui est reconnu au regard du droit international comme une situation illégale.

Le représentant a précisé qu’en 2018, plus de 40% des 4 millions de touristes qui ont visité Israël sont allés en Cisjordanie.  Il a laissé aux délégations le soin d’en calculer les bénéfices et a dénoncé les différentes incitations qu’Israël offre à ce type d’entreprises.

Plusieurs délégations ont pris la parole après ces interventions pour faire une sorte de résumé des activités menées et prévues.

L’année 2019 doit être celle de la paix, a pressé l’Équateur, avant que la Tunisie n’affirme qu’au trente-et-unième Sommet arabe, le 31 mars, la question palestinienne soit remise à l’ordre du jour.  Membre du Conseil de sécurité, l’Indonésie a promis des initiatives « à tous les niveaux » après le rejet du projet de résolution sur la présence internationale à Hébron.  L’Organisation de la coopération islamique (OCI) a confirmé la tenue d’une réunion du Conseil des ministres des affaires étrangères à Abu Dhabi, au mois de mars, et d’une conférence internationale prévue avec le Comité, au mois de juin à Genève.  Elle a aussi annoncé la création prochaine d’un « fonds pour la Palestine » comme partie du Fonds arabe de développement.  De nombreuses délégations sont en effet revenues sur la question des ressources nécessaires.  Le Bangladesh a rappelé que son gouvernement a offert une somme de 50 000 dollars à l’UNRWA qui a perdu les États-Unis comme contributeur, a dénoncé Cuba.  L’Afrique du Sud a aussi rappelé sa contribution d’un million de dollars. 

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