Forum politique de haut niveau,
7e, 8e & 9e séances – matin & après-midi
ECOSOC/7001

Le Forum politique entend le rapport du groupe des scientifiques indépendants et l’invitation du groupe des jeunes à « aller plus vite et plus loin »

« Joignez-vous à nous pour aller plus vite et plus loin dans la réalisation des objectifs du développement durable. »  Applaudissements nourris et cris de joie ont accueilli, ce matin, cet appel lancé par le grand groupe des enfants et des jeunes aux États Membres et autres parties prenantes à la fin de la première table ronde sur le thème « perspectives de la société » du Forum politique de haut niveau pour le développement durable, qui en est à sa troisième journée.  Le Forum a également eu la primeur du rapport mondial sur le développement durable élaboré par le groupe de scientifiques indépendants. 

La journée a commencé par l’intervention du Président de l’Union mondiale des aveugles, invité à donner les ingrédients pour une bonne réforme du Forum politique de haut niveau.  M. José Viera a préconisé qu’elle soit « démocratique et constructive ».  Le Forum, a-t-il dit, doit tenir compte de toutes les propositions afin que le Programme de développement durable à l’horizon 2030 aboutisse à « changer la vie des gens. »  M. Viera a également demandé plus de marge de manœuvre pour les gouvernements et les parties prenantes, « pour qu’ils obtiennent des résultats concrets ».  La société civile peut d’ailleurs aider à améliorer l’efficacité des mesures prises dans la mise en œuvre, a-t-il ajouté en avertissant que « si ces quelques principes ne sont pas suivis, nous raterons les cibles ».

« Rater les cibles » est la hantise des grands groupes représentés à ce Forum.  C’est la raison pour laquelle ceux qui représentent les enfants et les jeunes, les femmes, les personnes handicapées, les peuples autochtones et les syndicats et travailleurs ont tous réclamé leur participation dans l’élaboration des rapports des examens nationaux volontaires et dans les efforts de mise en œuvre des objectifs de développement durable.  Soulignant l’importance de la collecte des données par les citoyens eux-mêmes, les jeunes ont demandé que ces données soient bien prises en compte dans les examens de suivi, tandis que les peuples autochtones ont plaidé, notamment, pour un environnement propice à la liberté d’expression.

« La société civile doit avoir son mot à dire », a insisté le groupe des travailleurs et des syndicats, laissant ensuite son homologue des jeunes lancer un appel à l’action: « Nous les jeunes, nous avons notre processus.  Il est ouvert aux États et à toutes les parties prenantes.  Vous êtes les bienvenus si vous souhaitez agir maintenant. » 

Face à toutes ces attentes, le groupe des 15 éminents scientifiques et spécialistes, créé en 2017 par le Secrétaire général, a présenté « le premier rapport mondial indépendant sur le développement durable » durant la deuxième table ronde du matin qui avait pour mission de faire le lien entre la politique et la science. 

Le rapport, qui sera rendu public en septembre, admet que la mise en œuvre du Programme 2030 a pris du retard.  Comme les objectifs de développement durable sont liés les uns aux autres, il serait judicieux de les mettre en œuvre de manière synergique, ont préconisé les scientifiques qui, dans le même temps, ont identifié des leviers ou des catalyseurs de changements rapides: la science et la technologie, la bonne gouvernance, l’économie et la finance, l’engagement personnel et collectif.  Il faut aussi que les parties prenantes fassent montre d’innovation et que la science soit au service des missions urgentes en vue de renforcer la mise en œuvre du Programme 2030, ont écrit les éminents spécialistes.

Dans un autre chapitre, le rapport indique que toutes les initiatives de mise en œuvre doivent être contextualisées pour tenir compte des réalités nationales.  La science est vue comme un moyen d’identifier les nouveaux problèmes et obstacles à la mise en œuvre des objectifs de développement durable.  Mais cela nécessite la transformation des institutions scientifiques, la mobilisation des connaissances existantes et le renforcement de l’éducation au développement durable, ont prescrit les scientifiques.  Sur le plan national, le rapport suggère la formation d’équipes interdisciplinaires de scientifiques qui auraient pour rôle central d’appuyer le travail des décideurs. 

La Suisse a salué un rapport qui est « un instrument factuel dont les décideurs politiques devraient désormais faire usage ».  Il a exhorté les scientifiques et les politiques « à parler désormais le même langage ».  D’ailleurs, a renchéri la République de Corée, les rapports produits au sein de l’ONU gagneraient en pertinence s’ils étaient élaborés en collaboration avec le monde scientifique. 

Sur le plan pratique, le représentant de l’Institut de recherche pour le développement de la France (IRD) a affirmé qu’avec les connaissances scientifiques actuelles, on pourrait inverser la tendance négative que l’on observe dans la mise en œuvre du Programme 2030.  Il a plaidé pour le renforcement des capacités scientifiques dans les pays du Sud, donnant l’exemple de l’Afrique qui, malgré ses nombreux talents, ne contribue qu’à hauteur de 2% des connaissances scientifiques mondiales.  La Suède a déploré, pour sa part, le manque de femmes scientifiques, tandis que le Rwanda a plaidé pour que les jeunes scientifiques soient plus impliqués dans le développement durable. 

Le Forum politique de haut niveau, qui a examiné dans l’après-midi l’état de la mise en œuvre du dixième objectif de développement durable sur la réduction des inégalités, poursuivra ses travaux demain, vendredi 12 juillet, à partir de 9 heures. 

DONNER DES MOYENS D’ACTION AUX POPULATIONS ET ASSURER L’INCLUSION ET L’ÉGALITÉ

Table ronde 1: Perspectives de la société

Les deux modératrices, Mme KATARINA POPOVIC, Secrétaire générale du Conseil international pour l’éducation des adultes, et Mme PAOLA SIMONETTI, Directrice adjointe du Département économique et social de la Confédération syndicale internationale, ont demandé aux intervenants de réfléchir aux questions suivantes: « Sommes-nous sur la bonne voie?  Sommes-nous en mesure de réaliser le mandat du Programme de développement durable à l’horizon 2030?  Comment améliorer la gouvernance du Forum politique de haut niveau?  Quels devraient être les principes directeurs du renforcement du processus de suivi et d’examen du Programme 2030, y compris la réforme du Forum politique de haut niveau? »

C’est à cette dernière question qu’a répondu M. JOSE VIERA, Président de l’Union mondiale des aveugles, qui a insisté sur la nécessité de rendre ce processus « démocratique et constructif ».  Le Forum doit tenir compte de toutes les propositions afin de rendre le Programme 2030 « capable de changer la vie des gens », a-t-il réclamé en prônant un suivi plus inclusif, les groupes marginalisés devant être au cœur des préoccupations.  « Sans inclusion, le processus d’examen et de suivi ne sera pas un succès. »  M. Viera a donc suggéré des mesures plus concrètes et des analyses des causes et facteurs qui ont débouché sur les lacunes actuelles.  Nous devons être aujourd’hui beaucoup plus dynamiques et tenir compte des tensions à tous les niveaux: mondial, national, régional et local.  Des mesures orientées sur les résultats sont plus efficaces, a-t-il laissé entendre, en conseillant aussi de laisser une large marge de manœuvre aux gouvernements et à la société civile pour qu’ils obtiennent des résultats concrets.  Nous avons également besoin d’espaces de discussion et de réflexion sur les améliorations possibles, comme ce Forum, afin d’apprendre les uns des autres, des échecs comme des succès.  M. Viera a encore souligné que la société civile peut aider à améliorer l’efficacité des mesures prises dans la mise en œuvre.  Si nous ne suivons pas ces quelques principes, nous raterons les cibles, a-t-il prévenu. 

Les grands groupes ont réagi à ces propos, en commençant par le grand groupe des enfants et des jeunes qui a exigé la participation de ces derniers et des enfants dans l’élaboration des rapports des examens nationaux volontaires et dans les efforts de mise en œuvre des objectifs de développement durable.  Soulignant l’importance de la collecte des données par les citoyens eux-mêmes, il a demandé des orientations pour assurer de leur utilité et pour qu’elles soient prises en compte dans les examens de suivi.  Ces informations contribuent à façonner la suite des travaux, a-t-il estimé.  Il a donc insisté pour que les jeunes filles et les jeunes garçons soient impliqués dans la collecte des données pour alimenter le rapport soumis au Forum lors de l’examen national volontaire.  Après ce Forum, a-t-il indiqué, le groupe demandera des comptes aux gouvernements pour qu’ils expliquent la marche à suivre et veillent à ne laisser personne de côté.  Pour ce faire, les examens nationaux volontaires doivent être transparents et ouverts à tous, y compris la société civile, a-t-il martelé. 

À son tour, le grand groupe des femmes a réclamé l’autonomie des femmes, sur les plan politique, social et économique, pour qu’elles puissent contribuer au marché du travail et à la croissance économique.  Pour cela, le groupe a préconisé de faire tomber les barrières comme certaines lois restrictives sur l’emploi et le travail non rémunéré des femmes.  Il a exigé des investissements dans la prise en charge des soins aux enfants, une plus grande responsabilisation du secteur privé ainsi que des mesures contre les pratiques de discrimination basée sur le genre dans le milieu professionnel.  Enfin, le groupe a réclamé la réforme du modèle de développement actuel. 

Le principe d’inclusion dans les processus d’examen et de suivi de la mise en œuvre du Programme 2030 a aussi été brandi par le grand groupe des peuples autochtones.  Les peuples autochtones, a-t-il plaidé, doivent être impliqués dans l’élaboration des rapports en vue des examens nationaux volontaires au niveau national dans les domaines les concernant, comme les langues, la propriété foncière, les savoirs et les connaissances traditionnelles.  Pour y parvenir voici les mesures à mettre en place, a-t-il suggéré: instaurer un environnement propice à la liberté d’expression des peuples autochtones, mener des campagnes de sensibilisation, faire participer les groupes marginalisés et la société civile.  Il faut en outre garantir des ressources adéquates pour cette participation, a réclamé le groupe, qui a fait de l’inclusion un élément essentiel du processus d’examen et de suivi. 

Une représentante de la société civile de Singapour, qui a salué la contribution des travailleurs migrants aux sociétés de sa région, a défendu leurs droits, notamment les droits à un salaire décent et le droit à des conditions de travail conformes aux normes légales.  Elle a demandé des mesures pour réduire les écarts salariaux et pour garantir la justice sociale des travailleurs migrants qui sont « plus que des envoyeurs de fonds » dans leur pays d’origine. 

Les délégations des États Membres qui ont participé au débat ont présenté leurs initiatives gouvernementales respectives destinées à favoriser la participation de la société civile et d’autres parties prenantes aux processus d’examen et de suivi du Programme 2030 et à l’élaboration des examens nationaux volontaires.  Aux Philippines, la participation de toutes les parties prenantes au processus d’élaboration de l’examen national volontaire a été renforcée: les travailleurs, les femmes, les universitaires, le secteur privé ont ainsi été invités à apporter leurs contributions, a indiqué la délégation en précisant que le rapport national avait été mis en ligne pour recueillir les avis de tous, y compris des jeunes. 

L’Azerbaïdjan a organisé des réunions avec tous les groupes dont les marginaux, les femmes, le secteur privé, les travailleurs.  De plus, une rencontre a eu lieu avec les partenaires internationaux œuvrant à la réalisation des objectifs de développement durable relatifs à l’éducation de qualité et à l’emploi décent, a dit la délégation azerbaïdjanaise.  Au Kenya, l’élaboration du rapport pour l’examen national volontaire a été confiée à l’unité de coordination nationale qui a des antennes régionales et locales.  En outre, le Parlement kényan a créé un groupe parlementaire sur les objectifs de développement durable.  Au Maroc, c’est une commission nationale du développement durable qui a été mise en place, tandis que le Gouvernement a mené une deuxième consultation sur le rapport de l’examen national volontaire avec la participation du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), des ONG, du secteur privé et des collectivités territoriales.  Parmi les recommandations de ce rapport a figuré la nécessité de mettre en œuvre les objectifs de développement durable de manière efficace.

La France a vanté la participation de la société civile qui fait « la richesse de ce Forum ».  La France soutiendra cette approche à l’avenir et cèdera son temps de parole aux représentants de la société civile, a annoncé la délégation.  L’Union européenne a également été d’avis que la mise en œuvre du Programme 2030 doit être inclusive et ouverte à toutes les parties prenantes.  Pour ce qui est de la participation au Forum, la Belgique a regretté la « sous-représentation des jeunes dans les délégations des pays du Sud ».  Le mandat des jeunes au Forum est de jeter des ponts entre les différentes parties prenantes, a-t-elle estimé.

Table ronde 2: Financement et suivi du développement durable - Rôle de la science, de la technologie et de l’innovation

Comment intégrer au mieux la contribution d’autres processus transversaux et thématiques, tels que le Processus d’examen du financement du développement, le processus science, technologie et innovation et le processus de Sendai?

Mme POOJA RANGAPRASAD, Directrice de politique et de plaidoyer à la Société internationale pour le développement (SID), a souligné l’importance de la cohérence des processus pour garantir le succès du Programme 2030.  La question qui se pose est de savoir si tous ces mécanismes permettent d’éliminer les obstacles?  Dans cet objectif, elle a invité à démocratiser la gouvernance financière au niveau international.  L’ONU, à son avis, doit jouer un rôle à cet égard et s’approprier le mandat de traiter le problème mondial de l’évasion fiscale.  En outre, le modèle fiscal mondial devrait être réorienté pour qu’il profite aux pays en développement.  La panéliste a attiré l’attention sur les risques liés aux dettes qui limitent les capacités à financer les projets sociaux et économiques.  Un mécanisme de gestion de la dette devrait être créé à l’ONU, a-t-elle encore recommandé.  Par ailleurs, Mme Rangaprasad a suggéré l’établissement d’un mécanisme mondial de contrôle de l’impact des technologies dans les domaines socioéconomique et écologique.

Comment renforcer l’interaction entre les processus mondiaux et régionaux, y compris le rôle des forums régionaux sur le développement durable?

En abordant cette question de la modératrice, Mme WARDA RINA, Présidente du Forum des femmes de l’Asie et du Pacifique, a plaidé pour un système de développement centré sur l’individu, qui répartisse de manière équilibrée les ressources entre hommes, femmes, jeunes et autres groupes sociaux, et qui ouvre la porte aux changements ainsi qu’à la participation de la société civile.  Ce système devrait faciliter la participation de tous pour que le débat sur le développement durable se fonde sur la réalité du terrain, a-t-elle expliqué.  Il faut, en outre, que le Forum donne un mandat clair aux régions en matière de suivi et d’évaluation, a dit Mme Rina en soulignant le potentiel important des processus régionaux pour réaliser les objectifs de développement durable.  Le mot « régional » apparaît 33 fois dans le Programme 2030, a-t-elle d’ailleurs noté tout en constatant que c’est très difficile à réaliser.  Elle a aussi revendiqué un cadre de responsabilisation clair pour les gouvernements et le secteur privé.  Identifier les obstacles régionaux et intégrer davantage les perspectives régionales dans les rapports nationaux, telles ont été ses recommandations. 

Pour le Mexique, le Programme 2030 ne fonctionnera pas si les gouvernements ne travaillent pas avec les sociétés civiles.  Le Gouvernement du Mexique a créé une plateforme de participation institutionnelle et inclusive de la société civile, a dit le représentant en invitant à suivre cet exemple.  Il ne faut pas non plus se limiter aux échanges entre les forums régionaux, il faut faire le lien entre les forums régionaux et mondiaux pour tirer parti de toutes les contributions, a-t-il aussi conseillé. 

Invité là aussi à présenter leurs vues, les grands groupes ont insisté sur l’analyse régionale ainsi que sur les thèmes qui leur sont chers, comme les droits de l’homme et la sécurité alimentaire.  Le groupe des LGBTQI a estimé, par exemple, que les recommandations de la Commission des droits de l’homme pourraient contribuer et nourrir les examens nationaux volontaires.  Le groupe des organisations non gouvernementales a mis l’accent sur l’insécurité alimentaire croissante au niveau mondial.  L’objectif de développement durable sur la lutte contre la faim n’est pas atteint, a-t-il déploré avant d’appeler à revoir les politiques et stratégies relatives à la sécurité alimentaire.  Le groupe a notamment recommandé de soutenir les petits producteurs alimentaires en leur octroyant les moyens nécessaires pour assurer la sécurité alimentaire au niveau local.  Il faut aussi se pencher sérieusement sur la question de la sous-alimentation des femmes et des enfants, ainsi que sur les problèmes entourant le droit foncier. 

Pour le groupe des femmes de l’Amérique latine, c’est au niveau régional que nous avons la possibilité de surmonter les obstacles.  Pour son homologue du groupe des femmes de la Communauté des États indépendants, ce qui manque c’est une analyse de ce qui se fait au niveau des régions.  Elle a dénoncé les exploitations des femmes, des migrants et des réfugiés, ainsi que les accords commerciaux ayant des impacts délétères sur l’environnement.  Les examens nationaux volontaires doivent être décortiqués au niveau régional avant d’être présentés, a-t-elle recommandé.  La société civile doit avoir son mot à dire sur ces documents, a-t-elle ajouté.  Un représentant de la société civile africaine, qui a voulu faire entendre la voix des « citoyens régionaux », a demandé la participation de la société civile africaine et des groupes marginaux africains dans les processus nationaux et régionaux.  Il a souligné l’importance de la collecte de données et la nécessité de faire entendre la voix des communautés marginalisées. 

Plusieurs pistes ont ensuite été données pour l’amélioration de la participation des groupes à la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030.

« Comment assurer une participation dynamique et un dialogue effectif dans le cadre du processus de l’examen national volontaire aux niveaux national et mondial? » a demandé la modératrice.  M. DONOVAN GUTTIERES, du grand groupe des enfants et des jeunes, a déclaré que les efforts nationaux pour réaliser le Programme 2030 ont été assortis de progrès lents qui, poursuivis à ce rythme, seront insuffisants pour réaliser les objectifs.  De son avis, « ce dialogue passif ne nous aidera pas ».  Il a donc proposé quelques recommandations: repenser la participation des différentes parties prenantes à la mise en œuvre du Programme 2030, examiner les causes empêchant d’atteindre les cibles, collecter les données et renforcer les capacités de les analyser, tenir compte des enseignements et des expériences passés. 

Les gouvernements sont les premiers responsables de la réalisation du Programme 2030, a rappelé la Norvège en les invitant à ne pas travailler isolément: ils doivent associer la société civile, les médias, les universités et le secteur privé.  « Nous sommes préoccupés des barrières érigées contre les défenseurs des droits de l’homme et la limitation de la liberté d’expression un peu partout dans le monde », a indiqué le représentant en plaidant pour le respect de la liberté d’expression de toutes les parties prenantes.  « C’est la réponse la plus intelligente pour atteindre les objectifs de développement durable. »  Son voisin, la Suède, s’est rallié à cette position en préconisant d’inclure tous les groupes, notamment les jeunes, pour réussir la mise en œuvre. 

Voulant donner un exemple à suivre, le Guatemala a dit que son rapport d’examen national volontaire se fonde sur la participation de toutes les parties prenantes.  Mais le représentant a prié « la société civile d’éviter un rapport conflictuel avec les gouvernements ».  Le grand groupe des travailleurs et des syndicats a été d’avis, lui aussi, que les rapports des gouvernements doivent être présentés et discutés au niveau national.  « La société civile doit avoir son mot à dire. »  Il a, cependant, demandé de faire la différence entre le secteur privé et la société civile, qui n’ont pas les mêmes objectifs.  Quant au Forum, il doit aider les pays à faire que la cohérence, les pratiques optimales, l’engagement, le dialogue deviennent la norme. 

« Allons plus loin au lieu de ressasser la participation des parties prenantes », a rebondi la représentante du grand groupe des enfants et des jeunes en constatant que les délégations parlent des mêmes choses depuis 2015.  « Agissez maintenant!» a-t-elle lancé.  « Nous les jeunes, nous avons notre processus.  Il est ouvert aux États et à toutes les parties prenantes.  Vous êtes les bienvenus si vous souhaitez agir maintenant », a-t-elle offert. 

Le Président de l’Union mondiale des aveugles a résumé ainsi la discussion de la table ronde: « Nous avons entendu un appel urgent à inclure tous les groupes et tous les acteurs intersectoriels pour le développement durable.  C’est ce qu’il faut faire de manière urgente. »  La Présidente du Forum des femmes de l’Asie et du Pacifique a estimé que le processus régional est le lieu idoine pour régler et aborder les défis des régions.  Elle a souligné l’importance de donner du poids politique aux documents finaux des processus régionaux par la participation de tous.  Pour le représentant du grand groupe des enfants et des jeunes, « nous sommes dans l’impasse ».  Il a appelé à réexaminer les espaces de dialogue et de travail.  « Nous devons vite aller plus loin et présenter des solutions pour réaliser le Programme 2030. »

Table ronde 3: Discussion sur « l’interface entre la politique et la science » et présentation du rapport mondial sur le développement durable élaboré par le groupe de scientifiques indépendants

Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 évoque la science, la technologie et l’innovation (les « STI ») comme des moyens essentiels pour mettre en œuvre les objectifs de développement durable.  Cette table ronde a permis d’entendre la présentation de suggestions et propositions contenues dans le tout premier rapport mondial indépendant sur le développement durable, élaboré par le groupe des 15 éminents scientifiques et spécialistes désignés par le Secrétaire général de l’ONU en janvier 2017.  Leur rapport est censé, comme l’avait recommandé le Secrétaire général, « renforcer l’interface science-politique, offrant ainsi aux décideurs un argument scientifique à la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 ». 

En plus du rapport d’éminents scientifiques, d’autres orateurs ont partagé leurs propres expériences en matière de renforcement de l’interface science-politique à tous les niveaux.  C’est ainsi qu’une scientifique norvégienne a affirmé sans ambages que « sans la participation de la science, nous échouerons à mettre en œuvre les objectifs de développement durable ».  Lui emboitant le pas, l’animateur du débat, M. ROMAIN MURENZI, Directeur exécutif de l’Académie mondiale des sciences, a expliqué que la croissance économique ne vient pas seulement des capacités de production et des travailleurs, mais avant tout de la science et de l’innovation. 

Le coprésident du groupe d’éminents scientifiques, M. PETER MESSERLI, qui est Directeur du Centre pour le développement et l’environnement à l’Université de Berne (Suisse), a tout d’abord présenté la méthodologie qui a prévalu pour l’élaboration de leur rapport qui sera rendu public en septembre au cours du Forum politique de haut niveau placé sous les auspices de l’Assemblée générale. 

Globalement, le rapport laisse voir que la mise en œuvre du Programme 2030 a pris du retard.  Leur travail a mis en évidence que les objectifs de développement durable sont liés les uns aux autres et qu’il serait judicieux de les mettre en œuvre de manière synergique.  Le groupe de scientifique a aussi identifié des leviers ou des catalyseurs de changements rapides, notamment la science et la technologie, la bonne gouvernance, l’économie et la finance, tout comme l’engagement personnel et collectif.  Il faut aussi que les parties prenantes fassent montre d’innovation et que la science soit au service des missions urgentes en vue de renforcer la mise en œuvre du Programme 2030. 

L’autre coprésidente du groupe d’éminents scientifiques, Mme ENDAH MURNININGTYAS, ancienne Vice-Ministre des ressources naturelles et de l’environnement au Ministère de la planification du développement national de l’Indonésie), a souligné que toutes les initiatives de mise en œuvre doivent être contextualisées pour tenir compte des réalités nationales.  La science peut aussi aider à identifier les nouveaux problèmes et obstacles à la mise en œuvre des objectifs de développement durable.  Pour ce faire, il faut donc transformer les institutions scientifiques, mobiliser les connaissances existantes et renforcer l’éducation au développement durable.  Sur le plan national notamment, elle a préconisé la formation d’équipes interdisciplinaires de scientifiques qui auraient pour rôle central d’appuyer le travail des décideurs. 

En effet, l’exactitude scientifique est importante pour la mise en œuvre de politiques de développement appropriées, a acquiescé M. STEPHEN CONTIUS, commissaire chargé du Programme de développement durable à l’horizon 2030 au Ministère fédéral de l’environnement, de la protection de la nature et de la sécurité nucléaire de l’Allemagne.  C’est cette exactitude des données qui manque cruellement à la Jamaïque, a retroqué sa représentante qui a déploré la rareté des données dans la plupart des petits États insulaires en développement (PEID) confrontés aux aléas climatiques.

Plusieurs participants ont souligné l’importance, dans ce contexte, d’une collaboration entre scientifiques du Nord et du Sud, et même entre ceux des pays en développement.  Un représentant de l’Institut de recherche pour le développement de la France (IRD) a affirmé que les connaissances scientifiques actuelles pourraient inverser la tendance négative que l’on observe dans la mise en œuvre du Programme 2030.  Il a regretté le fait que l’Afrique, malgré ses nombreux talents, ne contribue qu’à hauteur de 2% des connaissances scientifiques mondiales.  Il faut donc renforcer les capacités et les infrastructures scientifiques en Afrique et dans les pays du Sud en général, a—t-il plaidé.

Le Kenya a pris les devants en créant un organe national de gestion des connaissances scientifiques afin de les partager avec les décideurs, a témoigné la délégation kényane.  Alors que la Suède a insisté sur la participation des chercheurs locaux, tout en déplorant le manque de femmes scientifiques, le Rwanda a plaidé pour plus d’implication de jeunes scientifiques. 

De son côté, la Directrice générale du Conseil international des sciences, Mme HEILE HACKMANN, a mis l’accent sur l’importance des politiques scientifiques dédiées au développement durable.  Il faut aussi investir dans des capacités de synthèse des données scientifiques, a-t-elle suggéré en soulignant qu’il revient à l’ONU de renforcer la place de la science dans la mise en œuvre des objectifs de développement durable. 

Mme MEERA JOSHI, commissaire sortante de la Commission des taxis et des limousines de la ville de New York, a expliqué comment la municipalité s’est servi de la science et des nouvelles technologies pour fluidifier la circulation des véhicules et offrir de meilleurs services de transports aux populations.  Ainsi, la Commission des taxis de New York, qui gère 200 000 chauffeurs, a recruté des scientifiques de haut vol afin de recueillir et exploiter des mégadonnées liées à la circulation urbaine, notamment les trajets des chauffeurs de taxi, l’utilisation des parkings ou encore les embouteillages.  Pour parvenir à un niveau d’efficience dans l’exploitation de telles informations, elle a indiqué que les décideurs locaux ont dû recruter des analystes de données et bâtir des infrastructures fiables de technologies de l’information et des communications (TIC).  Elle a reconnu qu’un tel partenariat avec le monde scientifique est rare, étant donné que le secteur privé est plus attractif en termes de salaire.

Mme VIRGINIA MURRAY, responsable de la réduction mondiale des risques de catastrophe à Public Health England et membre du Comité scientifique de la recherche intégrée sur les risques de catastrophe, a tiré la sonnette d’alarme en rappelant l’importance pour les politiques de prendre des mesures de réduction des risques de catastrophe. 

La représentante du grand groupe des personnes handicapées a mis l’accent sur une approche universelle qui assure que les technologies nouvelles sont accessibles à tout le monde, y compris les personnes handicapées.  Mme Joshi de la ville de New York a expliqué que la mairie avait établi un programme à succès pour réduire le temps d’attente entre la demande d’un véhicule adapté aux chaises roulantes et la mise à disposition de celui-ci.

Le grand groupe des femmes s’est insurgé contre un modèle de production et de consommation qui n’est plus tenable.  De même, si la technologie peut faciliter la vie, il faut s’assurer que la vie privée est protégée, a demandé le groupe avant d’exprimer le regret que le rapport des éminents scientifiques, en outre, ne tienne pas compte de l’approche sensible au genre.  De même, pour la République de Corée, le rapport des scientifiques aurait pu être amélioré.  Le pays estime également que les rapports produits au sein de l’ONU gagneraient en pertinence s’ils étaient élaborés en collaboration avec le monde scientifique. 

La Suisse a salué le travail des éminents scientifiques, notamment ce rapport qui est « un instrument factuel dont les décideurs politiques devraient désormais faire usage ».  Pour la Suisse, il est urgent que les scientifiques et les politiques parlent désormais le même langage.  En effet, « le monde scientifique a besoin des gouvernements, les gouvernements ont besoin des scientifiques, alors que le monde a tout simplement besoin des deux », a tranché la République dominicaine.

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