ECOSOC: au débat ministériel du Forum politique, le Secrétaire général rappelle que « le développement n’est pas durable s’il n’est pas juste et inclusif »

ECOSOC/7004
16 Juillet 2019
Session de 2019, 29e & 30e séances plénières – matin & après-midi

ECOSOC: au débat ministériel du Forum politique, le Secrétaire général rappelle que « le développement n’est pas durable s’il n’est pas juste et inclusif »

Pour le Secrétaire général de l’ONU, il est clair que « le développement n’est pas durable s’il n’est pas juste et inclusif ».  Il l’a affirmé ce matin, à l’ouverture du débat de haut niveau de la session de 2019 du Conseil économique et social (ECOSOC) et de la réunion ministérielle de trois jours du Forum politique de haut niveau pour le développement durable, lequel a lancé ses travaux annuels sous les auspices du Conseil le 9 juillet dernier.

Constatant que les inégalités grandissantes entravent la croissance à long terme, M. António Guterres a, dans la perspective des « sommets cruciaux » et des réunions de haut niveau de septembre prochain, mis l’accent sur « l’impératif d’inclusion ».  C’est aussi en prévision de ces sommets que la Présidente de l’ECOSOC, Mme Inga Rhonda King, a émis l’espoir que les discussions de cette réunion encourageront les chefs d’État et de gouvernement à venir en septembre présenter « des actions ambitieuses » permettant d’accélérer la mise en œuvre des objectifs de développement durable.  Elle a d’ailleurs créé un « groupe des amis des examens nationaux volontaires » afin de coordonner les efforts en ce sens.

M. Guterres a reconnu que quatre ans après l’adoption du Programme de développement durable à l’horizon 2030, la situation mondiale est inquiétante.  Outre les effets de la mondialisation et des mutations technologiques rapides, nous voyons comment les inégalités renforcent l’anxiété économique, érodent la confiance du public et sapent la cohésion sociale, les droits de l’homme, la paix et la prospérité, a-t-il noté.  Parallèlement, il y a de plus en plus de preuves que l’égalité et l’inclusion -en particulier des femmes– produisent des résultats transformateurs et font augmenter le produit intérieur brut (PIB), tout en entraînant une plus grande stabilité, de meilleures performances du secteur privé et plus d’efficacité au niveau institutionnel.

Il a relevé que les inégalités entre les pays et à l’intérieur de ceux-ci sont très élevées, avant de noter que « les gens s’interrogent à juste titre sur un monde où une poignée d’hommes -sachant qu’aucune femme n’en fait partie- détient autant de richesse que la moitié de l’humanité ».  Ainsi, aucun pays au monde n’est en voie d’atteindre l’égalité des sexes d’ici à 2030.

« Cet abîme entre les nantis et les démunis devrait nous faire honte à tous », s’est émue Mme Mary Robinson, Présidente du Conseil des Sages et ancienne Présidente de l’Irlande.  Elle a évoqué le rapport du Groupe de travail sur la justice qui conclut que 5,1 milliards de personnes n’ont pas accès à la justice.  Pour le Secrétaire général, c’est donc à juste titre que « les peuples du monde ne veulent pas de demi-mesures ni de promesses en l’air ».  Ils demandent plutôt des changements transformateurs qui soient « justes et durables ».  Pour que ces changements soient effectifs et pour faire avancer « l’impératif d’inclusion », il a fait quatre propositions. 

Premièrement, il a demandé d’intensifier considérablement les investissements publics et privés pour atteindre les objectifs de développement durable.  Ensuite, il a souhaité voir une action climatique mondiale qui contribue à réduire les inégalités.  Troisièmement, le Secrétaire général a demandé à la communauté internationale d’accélérer la mise en œuvre du Pacte mondial pour les migrations sûres, ordonnées et régulières.  Enfin, il a noté que « ne laisser personne de côté et atteindre les objectifs de développement durable sont intrinsèquement liés aux droits de l’homme, à la diplomatie et à la prévention ».  De même, en prélude aux réunions de septembre, il a dit avoir demandé aux dirigeants de venir « non pas avec de beaux discours, mais avec des actions, des plans et des engagements concrets » pour accélérer la mise en œuvre du Programme 2030 et de l’Accord de Paris sur les changements climatiques, afin de « lancer une décennie de réalisation et d’action pour les hommes et la planète ». 

C’est aussi à cette décennie qu’a appelé de tous ses vœux M. Richard Curtis, cinéaste du Royaume-Uni.  Ce dernier a même suggéré que la réunion du Forum politique sous les auspices de l’Assemblée générale soit désormais organisée chaque année en septembre, et qu’elle s’inspire des délibérations de la session de l’ECOSOC afin de faire des progrès radicaux, année après année.  « Le Programme 2030 n’est pas une utopie », a renchéri la Présidente de l’Assemblée générale.  Mme María Fernanda Espinosa Garcés a assuré que cet objectif est à portée de main, car « nous avons de nombreuses solutions et les ressources pour les mettre en œuvre ».  L’une de ces ressources est de faire fond sur l’autonomisation des femmes et des filles, « la formule magique » pour le développement durable, a—t-elle argué. 

Alors que de nombreux intervenants ont mentionné les risques climatiques, le Président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), M. Hoesung Lee, a mis en évidence les liens qui existent entre les changements climatiques et les objectifs de développement durable, à la lumière de la dernière évaluation menée par le Groupe.  Sachant que des actions climatiques ambitieuses peuvent ouvrir de nouvelles perspectives pour l’économie, l’environnement et la société, il a prévenu que « limiter le réchauffement à 1,5°C n’est pas faisable dans un monde qui est marqué par les inégalités, la pauvreté et l’absence de coopération internationale ».  Le Secrétaire général a par ailleurs reçu, à la fin de la cérémonie d’ouverture, la Déclaration du centenaire de l’Organisation internationale du Travail (OIT) portant sur l’avenir du travail.  Ce document, adopté le 21 juin dernier, lui a été remis par M. Jean-Jacques Elmiger (Suisse), qui fut Président de la cent-huitième Conférence internationale du travail.

La séance d’ouverture a également permis d’admirer la performance de « Gruppo Jobel », une organisation culturelle internationale qui s’est engagée depuis 2000 à sensibiliser sur les questions de développement par le biais de programmes artistiques et éducatifs.  Des enfants venus des cinq continents ont également transmis des messages aux hauts dignitaires des États Membres.  D’autres messages venus des régions ont été présentés dans l’après-midi par des représentants de pays, suivis de messages d’entités onusiennes. 

La journée a également été marquée par la présentation d’examens nationaux volontaires, comme ce fut le cas hier, et l’entame du débat général.  Ces deux points seront encore au programme de la journée de demain, 17 juillet, le matin et l’après-midi.

OUVERTURE DU DÉBAT DE HAUT NIVEAU DE LA SESSION DE 2019 DU CONSEIL ET DE LA RÉUNION MINISTÉRIELLE DE TROIS JOURS DU FORUM POLITIQUE DE HAUT NIVEAU POUR LE DÉVELOPPEMENT DURABLE

Déclarations liminaires

Mme INGA RHONDA KING (Saint-Vincent-et-les Grenadines), Présidente du Conseil économique et social (ECOSOC), a ouvert le débat de haut niveau de la session de 2019 du Conseil et de la réunion ministérielle de trois jours du Forum politique de haut niveau pour le développement durable.  Elle a rappelé que c’est le Forum politique qui maintient le niveau d’énergie et d’enthousiasme sur les objectifs de développement durable, avant d’inviter les participants à profiter de ces trois jours de travaux pour comprendre comment ils peuvent faire mieux pour apprendre les uns des autres et pour nouer de nouveaux partenariats.  Le « groupe des amis des examens nationaux volontaires » qu’elle a créé entend agir dans cette optique.  La Présidente de l’ECOSOC a dit espérer que les discussions de cette réunion encourageront les chefs d’État et de gouvernement à venir en septembre présenter des actions ambitieuses permettant d’accélérer la mise en œuvre des objectifs. 

M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général de l’ONU, a relevé que ces quatre dernières années, le Forum politique de haut niveau a maintenu l’attention sur les objectifs de développement durable.  Dans la perspective des « sommets cruciaux » et des réunions de haut niveau de septembre prochain, il a mis l’accent sur « l’impératif d’inclusion ».  Selon lui, il est clair que « le développement n’est pas durable s’il n’est pas juste et inclusif », et que les inégalités croissantes entravent la croissance à long terme.  Aujourd’hui, outre les effets de la mondialisation et des mutations technologiques rapides, nous voyons comment les inégalités renforcent l’anxiété économique, érodent la confiance du public et sapent la cohésion sociale, les droits de l’homme, la paix et la prospérité, a-t-il noté.  Parallèlement, il y a de plus en plus de preuves que l’égalité et l’inclusion -en particulier des femmes –produit des résultats transformateurs et entraîne un produit intérieur brut (PIB) plus élevé, une plus grande stabilité, de meilleures performances du secteur privé et une plus grande efficacité institutionnelle.

M. Guterres a reconnu que quatre ans après l’adoption du Programme 2030, la situation mondiale est inquiétante.  Même si nous avons fait des progrès encourageants malgré les obstacles politiques et autres, nous ne sommes pas encore sur la bonne voie et nous devons intensifier nos efforts, a—t-il recommandé.  Il a expliqué que même si les taux de pauvreté extrême baissent, le rythme n’est pas assez rapide pour atteindre les objectifs d’ici à 2030.  De plus, les inégalités entre les pays et à l’intérieur de ceux-ci sont très élevées.  Et « les gens s’interrogent à juste titre sur un monde où une poignée d’hommes, car ce sont bien des hommes et il n’y a aucune femme parmi eux, détient autant de richesse que la moitié de l’humanité.

Dans la même veine, des millions de femmes réclament et obtiennent l’égalité des sexes et l’égalité de traitement sur leur lieu de travail, mais beaucoup d’autres restent exclues de l’emploi.  Aucun pays au monde n’est en voie d’atteindre l’égalité des sexes d’ici à 2030 et on continue de voir des lois discriminatoires, un accès inégal aux opportunités et à la protection, des niveaux élevés de violence et des normes et attitudes préjudiciables aux femmes, a répertorié le Secrétaire général, qui a aussi constaté que cinq milliards de personnes ne peuvent avoir accès à des systèmes de justice équitables et efficaces, qui sont pourtant essentiels au développement inclusif.

De même, les organisations de la société civile et les défenseurs des droits de l’homme font également face à des niveaux croissants d’intimidation, de perturbation et de violence.  Et les migrants et les réfugiés souffrent de niveaux d’insécurité intolérables, de mauvais traitements et de discriminations.  Dans le même temps, les changements climatiques évoluent plus vite que nous.  Ainsi, nous avons vu trois records majeurs être battus devant nous, a relevé le Secrétaire général. 

Premièrement, les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ont atteint leurs plus hauts niveaux depuis trois à cinq millions d’années - et ce, à une époque où la température de la terre était jusqu’à 3 degrés plus chaude et le niveau de la mer jusqu’à 10-20 mètres plus élevé.  Deuxièmement, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) rapporte que notre planète connaîtra entre 2015 et 2019 les cinq années les plus chaudes jamais enregistrées.  Et Troisièmement, le problème n’est pas seulement que le niveau des mers monte, mais qu’il monte à un rythme accéléré.  En effet, certains scientifiques prévoient que l’élévation du niveau de la mer pourrait doubler par rapport à ce qui est actuellement projeté d’ici à la fin du siècle.  Pour M. Guterres, il est évident que ce sont les populations et les pays les plus pauvres et les plus vulnérables qui vont le plus en souffrir. 

Au vu de ce tableau peu reluisant, le Secrétaire général a fait quatre propositions pour faire avancer « l’impératif d’inclusion ».  Premièrement, nous devons intensifier considérablement les investissements publics et privés pour atteindre les objectifs de développement durable.  Il a donc invité les pays à inverser les tendances à la baisse de l’aide publique au développement (APD) et à respecter scrupuleusement leurs engagements au titre du Programme d’action d’Addis-Abeba.  Pour lui, il faut combiner l’aide fournie aux pays en développement pour qu’ils mobilisent leurs ressources nationales à une action mondiale pour lutter efficacement contre les flux illicites de capitaux, le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale.  Il a plaidé pour des mécanismes de financement solides en faveur de la santé mondiale.

En ce qui concerne l’avenir du travail, nous aurons besoin, a—t-il noté, d’investissements massifs dans une éducation de qualité, enracinée non seulement dans l’apprentissage, mais aussi dans « l’apprentissage de comment apprendre » et la capacité de le faire tout au long de la vie.  Il faut une nouvelle génération d’initiatives de protection sociale dans le contexte de la quatrième révolution industrielle et des progrès de l’intelligence artificielle.  Il a aussi appelé à créer les conditions du développement du secteur privé et des investissements à long terme sur les marchés, générateurs d’une croissance économique durable, d’un travail décent et de la prospérité dans les zones rurales.

Deuxièmement, le Secrétaire général souhaite voir une action climatique mondiale susceptible d’aider à réduire les inégalités.  Il a rappelé que le passage à une économie plus verte pourrait créer 24 millions d’emplois dans le monde d’ici à 2030, tout en préservant les 1,2 milliard d’emplois qui dépendent d’un environnement sain et stable.  Pour ce faire, il a demandé d’aider les gens à acquérir les compétences du XXIe siècle à mesure que le monde se désengage des combustibles fossiles.  Il faut également stimuler des investissements dans des infrastructures pauvres en carbone et résilientes au climat.  Il a invité les pays à reconstituer entièrement le Fonds vert pour le climat et à tenir leur engagement de mobiliser 100 milliards de dollars par an auprès de sources publiques et privées en faveur de l’action climatique dans les pays en développement d’ici à 2020.

Troisièmement, le Secrétaire général a demandé à la communauté internationale d’accélérer la mise en œuvre du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.  Il a rappelé qu’au-delà de la question cruciale de la sécurisation des frontières, les politiques de migration concernent les personnes ayant des droits, notamment des mères, des pères, des enfants et certaines des personnes parmi les plus vulnérables du monde.

Quatrièmement, ne laisser personne de côté et atteindre les objectifs de développement durable est intrinsèquement lié aux droits de l’homme, à la diplomatie et à la prévention, a-t-il assuré.  Ainsi, les États fragiles et touchés par un conflit, par exemple, devraient héberger environ 85% de ceux qui resteront dans l’extrême pauvreté en 2030.  Il faut donc un engagement mondial renforcé pour mettre fin aux conflits et aux déplacements de personnes.  Il a rappelé les grands moments prévus en septembre prochain: notamment le Sommet Action Climat, le Sommet sur les objectifs de développement durable, la réunion de haut niveau sur la couverture sanitaire universelle, le dialogue de haut niveau sur le financement du développement et l’examen des Orientations de SAMOA.  Il a dit avoir demandé aux dirigeants de se rendre aux sommets de septembre non pas avec de beaux discours, mais avec des actions, des plans et des engagements concrets pour accélérer la mise en œuvre du Programme 2030 et de l’Accord de Paris sur les changements climatiques.  Selon lui, « les peuples du monde ne veulent pas de demi-mesures ni de promesses en l’air ».  Ils demandent plutôt des changements transformateurs qui soient « justes et durables ».  Il a conclu en appelant à faire de septembre le moment de lancer une décennie de réalisation et d’action pour les hommes et la planète.

Mme MARÍA FERNANDA ESPINOSA GARCÉS (Équateur), Présidente de la soixante-treizième session de l’Assemblée générale, a rappelé les priorités de sa présidence qui ont toutes contribué au Programme de développement durable à l’horizon 2030, y compris aux préparations du Forum politique de haut niveau et du Sommet sur le développement durable prévu en septembre.  En premier lieu figurent les actions nécessaires pour relever les défis urgents comme l’action sur le climat qui a un potentiel de 26 000 milliards de dollars en termes de croissance jusqu’en 2030.  Vient ensuite l’inclusion: nous devons exploiter les contributions de toutes les parties prenantes.  En troisième lieu se trouve l’autonomisation des femmes et des filles qui est, pour Mme Espinosa Garcés, « la formule magique » pour le développement durable.  La Présidente a d’ailleurs exhorté les États Membres à profiter du vingt-cinquième anniversaire du Programme d’action de Beijing pour honorer les promesses faites à « la moitié de l’humanité ». 

Le Programme 2030 n’est pas une utopie, a-t-elle dit en assurant que cet objectif est à portée de main, car « nous avons de nombreuses solutions et les ressources pour les mettre en œuvre ».  La Présidente a rappelé que, en mai dernier, au cours de la « Semaine de la prospérité », on a parlé des milliards de dollars disponibles, prêts à être utilisés et investis intelligemment.  Pour cela, il faut trois éléments, a-t-elle expliqué.  Premièrement, les gouvernements doivent relever les défis structurels et financiers qui empêchent les progrès, créer un environnement propice à tous les niveaux et prendre des décisions difficiles pour le long-terme en dépit des cycles électoraux pour assurer des économies inclusives et durables.  Nous devons, deuxièmement, intensifier les partenariats car les objectifs de développement durable exigent un nouveau contrat social, a ajouté la Présidente.  Troisièmement, nous devons avoir une vision extrêmement précise des prochaines étapes les plus transformatrices et donner la priorité à la mise en œuvre, en se basant sur une évaluation factuelle de ce qui a fonctionné et de ce qui n’a pas fonctionné. 

Le Sommet sur le développement durable de septembre est le fruit de nombreuses années d’efforts qui ont commencé en 2015 à tous les niveaux -local, national et international-, a rappelé la Présidente.  « Ce sera une grande étape depuis l’adoption du Programme 2030 et une bonne occasion de réaffirmer et honorer nos engagements à nos populations. »  Mme Espinosa Garcés a rappelé qu’il reste 11 ans pour le faire.  « Servons-nous de la semaine de haut niveau de septembre pour être plus ambitieux et annoncer des mesures accélérées et des étapes spécifiques qui répondent à l’urgence. »  Mme Espinosa Garcés a invité à utiliser la semaine de haut niveau pour « démontrer que le multilatéralisme marche » et pour apporter des résultats concrets à la vie des gens. 

Mme MARY ROBINSON, Présidente du Conseil des sages, a mis l’accent sur les objectifs 13 et 16 relatifs respectivement aux changements climatiques et à la justice pour tous.  Mme Robinson a rappelé que le travail dans ces domaines devrait être guidé par le principe d’Ubuntu ou « le sens que nous ne sommes humains que par l’humanité de nos semblables », en paraphrasant Nelson Mandela.  Nous ne surmonterons pas les défis actuels, qui vont de la menace des armes nucléaires aux changements climatiques, si nous refusons la coopération, ni si nous affirmons qu’une nation est plus grande qu’une autre et ne doit pas être contrainte au-delà de son intérêt personnel, a ajouté la Présidente.  Ce Forum est une importante occasion à son avis pour renforcer l’engagement du Programme 2030, entreprendre plus d’actions afin d’accélérer la mise en œuvre, et insister pour que les stratégies pour réaliser les objectifs de développement durable respectent les droits de l’homme et ne laissent personne de côté.  La justice est le fil qui lie chacun des 17 objectifs de développement durable, a-t-elle souligné.  Sans un accès égal à la justice pour tous, à chaque niveau de la société, nous avons peu de chance de réaliser tous les objectifs, a-t-elle prévenu.  « C’est la raison pour laquelle, lorsque je parle des changements climatiques, je parle souvent de justice climatique », a justifié Mme Robinson.

La Présidente du Conseil des sages a averti que l’incapacité à agir constituera « une terrible tache sur la conscience du monde ».  Le risque est que toute référence future à la justice ou à une entreprise commune sonne creux pour des millions de personnes appauvries et déplacées par la catastrophe climatique.  L’injustice prend de nombreuses formes, au niveau mondial comme dans la vie quotidienne des femmes et des hommes.  Souvent, les systèmes de justice censés prévenir et résoudre les problèmes profitent à une minorité au détriment de la majorité, a-t-elle rappelé. 

Cette année, a indiqué Mme Robinson, le Groupe de travail sur la justice a lancé un rapport qui conclut que 5,1 milliards de personnes n’ont pas accès à la justice.  « Cet abîme entre les nantis et les démunis devrait nous faire honte à tous. »  Le Groupe de travail estime que dans les pays à faible revenu, les problèmes quotidiens de justice coûtent plus de 2% du PIB.  À l’échelle mondiale, la violence à l’égard des femmes coûterait entre 1% et 4% du PIB.  Ces chiffres doivent être rappelés aux responsables mais ils devraient aussi savoir que, pour une fraction de ces coûts, le changement est possible, a déclaré la Présidente du Conseil des sages.  Les calculs préliminaires du Groupe de travail suggèrent que dans les pays à faible revenu, il ne faudrait que 20 dollars pour fournir à une personne l’accès à des services de justice de base.

Mais l’argent ne résoudra pas à lui seul les problèmes, a encore prévenu Mme Robinson, pour qui l’accès à la justice ne peut être réalisé qu’en suivant une approche centrée sur la personne.  Cette semaine, a-t-elle continué, nous entendrons des comptes rendus sur les réponses des gouvernements à ce défi.  Par des interventions peu coûteuses, des lois et la collaboration avec la société civile, on pourra aider les citoyens à accéder à la justice, a-t-elle assuré.  En rassemblant de nouvelles données sur les besoins réels des populations en matière de justice, les gouvernements constatent comment le renforcement de l’accès à la justice contribue à la réalisation des autres objectifs de développement durable, de la croissance économique, de l’égalité des sexes et de l’accès à la santé et à l’éducation.  Nous devons consacrer plus d’attention et de ressources pour prévenir ces problèmes et résoudre les causes des conflits et de l’injustice, a encouragé la Présidente du Conseil des sages.  Elle a aussi souligné la nécessité de reconnaître et de protéger ceux qui travaillent pour rendre la justice comme les juges, les avocats, les procureurs, les clercs, les conseillers, les dirigeants communautaires et les groupes de la société civile, pour qu’ils puissent être des partenaires dans cette lutte.  Aujourd’hui, nous devons utiliser le Forum politique de haut niveau comme un tremplin pour agir afin de tenir la promesse des objectifs de développement durable et créer un monde que Nelson Mandela et d’autres défenseurs de la justice pourraient reconnaître comme « équitable, ouvert et libre », a-t-elle conclu. 

M. RICHARD CURTIS, scénariste, réalisateur et producteur du Royaume-Uni, a avoué avoir hésité sur la version du discours qu’il devait présenter.  En fin de compte, il s’est dit qu’en tant que celui qui a donné au monde le personnage de « Mister Bean » et a rendu célèbre l’acteur britannique Hugh Grant, son rôle ici au Forum politique devait être de « défendre ceux qui ne sont pas là aujourd’hui ».  Il y a des gens qui ne savent rien des objectifs de développement durable, a-t-il rappelé, et encore moins de l’ECOSOC, ou qui ignorent qui est la « PGA » (la Présidente de l’Assemblée générale), quoiqu’ils pensent que « cela doit avoir un lien avec les tournois de golf » (Professional Golfers Association).  Toujours sur le ton de l’humour, il a ajouté que ces gens dont il parle savent tout de même qui est le Secrétaire général.  « En fait, ils savent qu’il est secrétaire et pas du tout un général. »  Ils savent également que l’ONU qu’il dirige est « quelque chose qui porte leurs espoirs et leurs rêves pour un monde meilleur ». 

M. Curtis a dit préféré parler avec le cœur, tout en traduisant ce que des gens autour du monde ont dans leur cœur.  Il a voulu parler de ces vieux aborigènes de son Australie natale qui continuent de lutter pour leurs droits ou encore des messages de ces enfants, y compris son fils, qui manifestent pour susciter l’action climatique à Trafalgar Square, à Londres.  Il est donc venu faire passer un message se résumant en trois mots.

Le premier mot est « partenariat », a-t-il dit, soulignant que sa présence même à cette séance est le fruit d’un partenariat.  En effet, lui qui a milité pour les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) fait partie d’un groupe dénommé « Project Everyone » qui entend aider à la mise en œuvre des objectifs de développement durable.  Ce groupe a aidé à dessiner le logo des objectifs de 2030 et à trouver leur déclinaison en des termes clairs afin de susciter autant de soutien que possible.  Il y a tellement de partenariats possibles autour de ces objectifs, s’est-il exclamé.  Pour le cinéaste, le partenariat est crucial car « nous sommes tous dans le même bateau ».  Il faut donc des gens pour construire le bateau, d’autres pour le guider et d’autres pour le sauver si d’aventure il coulait.  Il a estimé qu’il était temps d’accélérer les partenariats en y consacrant de l’argent.

Le second mot d’importance selon le réalisateur est « urgence ».  Le fait d’avoir établi une date limite pour la mise en œuvre des objectifs de développement durable traduisait en fait ce sens d’urgence, a—t-il rappelé.

Enfin, le troisième mot important est « opportunité », ou plutôt deux mots: « opportunité unique ».  Selon lui, les objectifs de développement durable représentent en effet une opportunité unique.  C’est pourquoi le Forum politique doit donner une impulsion au Sommet de septembre sur les objectifs de développement durable, notamment en lui fournissant de l’énergie et des informations pour qu’il soit un succès.  Et « surtout pas une réunion pour parler du chemin parcouru », a-t-il supplié, voulant plutôt une réunion qui permette de définir « comment parvenir là où nous voulons aller ».  Il a même suggéré que le Forum politique sous les auspices de l’Assemblée générale soit désormais organisé chaque année en septembre et qu’il s’inspire des délibérations de celui de l’ECOSOC afin de faire des progrès radicaux, année après année, dans le but de faire que 2020-2030 soit « la décennie de réalisation des objectifs de développement durable ». 

M. HOESUNG LEE, Président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), a mis en évidence les liens qui existent entre les changements climatiques et les objectifs de développement durable à la lumière de la dernière évaluation du Groupe.  Car le réchauffement actuel produit déjà des effets négatifs sur la nature et sur l’homme et freine gravement les progrès vers certains des objectifs.  Des objectifs climatiques ambitieux tels que l’Accord de Paris, qui consiste à limiter le réchauffement climatique à moins de 2°C et même à 1,5°C, permettent de réaliser la plupart des objectifs de développement durable, mais constituent un compromis pour certains d’entre eux.  Équilibrer les objectifs sera donc un défi, selon le GIEC.  De plus, le Groupe a relevé que des actions climatiques ambitieuses ouvrent de nouvelles perspectives pour l’économie, l’environnement et la société.  Celles-ci sont toutefois subordonnées à la coopération internationale, à la justice sociale et à l’équité qui sont des aspects essentiels d’un développement résilient au climat. 

M. Lee a énuméré les conséquences positives qu’aurait un réchauffement limité à 1,5°C, au lieu de 2°C: il y aurait moitié moins de personnes exposées au manque d’eau; moitié moins d’impact sur les insectes, les plantes et les vertébrés dans leur aire géographique déterminée par le climat; 10 millions de personnes en moins exposées au risque d’élévation du niveau de la mer; 10 fois moins de risque de perdre la mer de glace dans l’Arctique en été; un tiers du risque de diminution des rendements des cultures car même à 1,5°C, des pénuries alimentaires peuvent émerger dans le Sahel, en Méditerranée, en Europe centrale, en Amazonie et en Afrique occidentale et australe. 

De plus, en limitant le réchauffement à 1,5°C, les risques seraient réduits pour la biodiversité, la santé, les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la sécurité humaine et la croissance économique; la partie occidentale de l’Afrique tropicale profiterait le plus de la croissance économique future; et le risque de déclencher une instabilité en Antarctique et/ou une perte irréversible de calottes glaciaires du Groenland serait réduite, a encore énoncé M. Lee.  Limiter le réchauffement climatique à 1,5°C nécessite une neutralité mondiale en carbone d’ici à 2050, a-t-il précisé. 

Le choix est clair, a montré le Président du GIEC.  Nous devrions poursuivre un monde de consommation d’énergie et de matériaux à haute efficacité énergétique, associé à une consommation alimentaire à faible intensité de gaz à effet de serre.  Cela entraînera une limitation du réchauffement à 1,5°C, ainsi que des synergies et le moindre compromis possible entre les objectifs de développement durable.  Mais l’évaluation montre également que limiter le réchauffement à 1,5°C n’est pas faisable dans un monde marqué par les inégalités, la pauvreté et l’absence de coopération internationale, a informé M. Lee.  Elle confirme que la coopération internationale pour améliorer les capacités nationales et l’accès au financement et aux technologies est la clef permettant le développement des pays et des régions vulnérables afin de renforcer leurs actions en faveur de réponses climatiques cohérentes à la limitation à 1,5°C du réchauffement, y compris l’adaptation. 

Toutefois, les conséquences d’une transition vers une limitation à 1,5°C sont des sujets de préoccupation, a indiqué M. Lee.  Les régions fortement dépendantes des combustibles fossiles pour générer des revenus et des emplois sont confrontées à des risques en termes de développement durable lorsqu’elles adoptent des mesures d’atténuation conformes à la norme 1,5°C.  Elles sont aussi confrontées à la nécessité de faire accepter ces mesures par le public qui risque de chercher à empêcher leur mise en œuvre.  En résumé, a conclu le Président du GIEC, nous avons besoin d’efforts collectifs à tous les niveaux, en fonction des circonstances et des capacités, pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, en tenant compte de l’équité et de l’efficacité, afin de renforcer la réponse mondiale aux changements climatiques et de parvenir au développement durable et à l’élimination de la pauvreté.

Que disent les régions de la mise en œuvre du Programme 2030 et des objectifs de développement durable?

La modératrice, Mme ALICIA BÁRCENA IBARRA, Secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), s’est réjouie du fait que les cinq commissions économiques régionales soient toutes dirigées par des femmes.  Avant d’introduire les participants, elle a souligné l’importance d’entendre ce qu’ont à dire les régions dans la mise en œuvre du Programme 2030.

M. RODRIGO MALMIERCA, Ministre du commerce extérieur et de l’investissement étranger de Cuba, parlant au nom du Forum régional de l’Amérique latine et des Caraïbes pour le développement durable, a dit que sur les 33 États membres de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), 30 ont commencé à mettre en œuvre le Programme 2030 et une majorité ont déjà soumis des examens nationaux volontaires au Forum politique de haut niveau.  Ces pays ont également mis en place un système d’interaction avec le secteur privé et la société civile et collaborent étroitement avec les divers organismes, fonds et programmes des Nations Unies.  Il a indiqué que la région est un ardent défenseur du multilatéralisme, avant de signaler la publication par le Secrétariat de la CEPALC, en avril, d’un rapport d’activité quadriennal faisant le point sur les progrès accomplis dans des domaines tels que la cohésion sociale et les défis environnementaux.  Il a souligné les défis majeurs et les contraintes en termes de ressources auxquels font face les pays en développement et ceux qui se trouvent dans des situations particulières.  Le Ministre a déclaré que la région de l’Amérique latine et des Caraïbes est la plus égale du monde et que cela représente un défi.  « Nous devons travailler ensemble pour tenir nos engagements dans un environnement respectueux de la souveraineté des pays », a dit M. Malmierca qui a invité les pays à collaborer et à partager leurs expériences afin de préserver leur avenir commun.

M. FIDELIS MAGALHAES, Ministre des réformes juridiques et des affaires parlementaires de Timor-Leste, au nom du Forum régional de l’Asie et du Pacifique pour le développement durable, a déclaré que le sixième Forum de développement pour l’Asie et le Pacifique, tenu en mars, avait été organisé de manière inclusive et avait mobilisé plus de 1 000 représentants des gouvernements, de la société civile et d’autres parties prenantes.  Les participants ont mis en exergue non seulement les réalisations, mais également les défis.  Ils ont souligné l’importance de la responsabilité et du dialogue multipartite.  Ils ont aussi élaboré un ensemble de recommandations de politiques applicables sur les thèmes abordés cette année: une éducation de qualité, le travail décent et la croissance économique, la réduction des inégalités, l’action pour le climat et la paix, la justice et des institutions fortes.  Le Forum a également examiné les progrès accomplis avec la feuille de route régionale pour la mise en œuvre du Programme 2030.  Les pays de la région et les autres parties prenantes ont appelé à une coopération régionale plus étroite dans les domaines prioritaires identifiés dans cette stratégie.  Les pays membres de la Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (CESAP) ont également approuvé une résolution intitulée « s’engager à renforcer les liens entre le suivi et l’examen du Programme de développement durable à l’horizon 2030 en Asie et dans le Pacifique aux niveaux national, régional et mondial ». 

Mme NEZHA EL OUAFI, Secrétaire d’État au développement durable du Maroc, au nom du Forum régional de l’Afrique pour le développement durable, a mis en garde le Forum politique de haut niveau contre « l’inaction qui nous coûtera très chère » après avoir défendu que la croissance économique et la transition climatique peuvent aller main dans la main.  Le Forum régional a unanimement adopté un ensemble de mesures pour accélérer les actions requises afin d’atteindre les objectifs du Programme 2030 et l’Agenda 2063 de l’Union africaine: intensifier les efforts nationaux et la mobilisation du soutien mondial pour les pays les moins avancés (PMA), les PEID et les pays en conflit; harmoniser les deux programmes avec les stratégies nationales de développement; appliquer les réformes commerciales favorisant les investissements privés; mettre en place des mesures d’urgence pour consolider les arrangements visant la mise en application du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières; mettre en œuvre des processus intégrés de mobilisation de ressources; et créer un fonds de solidarité pour le développement de la statistique.

Mme OGERTA MANASTIRLIU, Ministre de la santé et de la protection sociale de l’Albanie, au nom du Forum régional de l’Europe pour le développement durable, a déclaré que la région européenne avait contribué à près d’un tiers de tous les examens nationaux volontaires soumis au Forum politique de haut niveau depuis 2016.  Ces examens peuvent aider à clarifier les responsabilités, à faire progresser le suivi et à inspirer les initiatives nationales, l’innovation et le débat public, a constaté la Ministre.  Mme Manastirliu a ajouté que la technologie, « une tendance lourde de notre époque », offre à la fois des avantages et des inconvénients.  La numérisation peut entraîner des changements radicaux sur les marchés du travail et de nouvelles demandes de compétences.  Il n’est pas facile de développer une main-d’œuvre flexible qui puisse s’adapter à de tels changements.  Elle a aussi souligné qu’il importe d’améliorer la disponibilité des données et leur collecte.  Le Forum a souligné que les inégalités économiques grandissantes compromettent le développement durable et que l’action climatique en particulier doit être intensifiée.  À cet égard, il faut mobiliser les consommateurs, la société civile et les jeunes.  Mme Manastirliu a appelé la société à adopter une approche globale face à ces défis.  Le prochain Forum régional de l’Europe se tiendra à Genève, en mars 2020.

M. NOORU AL-DULAIMI, Ministre du plan de l’Iraq, au nom du Forum arabe pour le développement durable, qui s’est tenu à Beyrouth, au Liban, a constaté la lenteur des progrès accomplis dans la mise en œuvre du Programme 2030 au niveau régional.  Les États membres se sont alors engagés à trouver des moyens novateurs d’accélérer cette mise en œuvre.  Ils ont commencé par partager des informations au niveau national et ont examiné les défis auxquels la région est confrontée, notamment la pauvreté, le chômage, la dégradation de l’environnement, les inégalités de développement, le défi de l’autonomisation des femmes, la guerre, les conflits, les occupations, les déplacements et les problèmes structurels.  Le Forum a également souligné la nécessité de redoubler d’efforts pour améliorer la collecte de données, redistribuer la richesse, bâtir des institutions plus fortes prêtes à réagir aux situations d’urgence, mieux utiliser les technologies modernes, donner la priorité à l’action climatique, s’attaquer à la corruption et améliorer la participation des femmes.  Les défis actuels de la mise en œuvre des objectifs de développement durable appellent plus de décentralisation et des partenariats multipartites plus forts, a rapporté le Ministre.

Le dialogue qui a suivi ces présentations a entendu quelques pays ajouter des commentaires sur ce qu’ils ont réalisé individuellement.  L’Ouganda et la Guinée ont attiré l’attention sur l’importance des services statistiques et de l’harmonisation des données dans les États Membres.  Le Tchad a souligné la volonté politique de la région de l’Afrique centrale pour réaliser une diversification économique.  La grande question est la mobilisation du financement, a-t-il dit, raison pour laquelle il a prié le Forum d’aider la Commission économique pour l’Afrique (CEA) à trouver divers financements, à mobiliser les marchés intérieurs et à élargir l’assiette fiscale.  Le délégué tchadien a aussi souligné l’importance de l’accès à l’énergie pour des pays comme le Tchad.  La Guinée a également parlé de l’importance de porter secours aux victimes de l’Ebola dans la région. 

M. OLA ELVESTUEN, Ministre du climat et de l’environnement de la Norvège, est intervenu en sa qualité de Président de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement, pour transmettre les messages de l’Assemblée de mars dernier, qui ont permis de souligner en premier l’importance d’assurer la bonne santé de la planète.  Il faut changer notre manière de produire et de consommer, pour la rendre « durable », sinon les écosystèmes en pâtissent, est l’un des messages.  De plus, les gains économiques sont possibles tout en préservant l’environnement.  Autre idée venue de cette assemblée: les transports et l’énergie sont parmi les secteurs qui ont un besoin urgent d’innovation.  Il faut aussi lutter contre la pauvreté en utilisant les écosystèmes sains.  Il a conclu en soulignant que si les lois environnementales adoptées par les pays sont certes de bonne facture, il faudrait cependant qu’elles soient effectivement mises en œuvre. 

Mme VERONICA MICHELLE BACHELET JERIA, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a affirmé que l’on ne peut réduire les inégalités sans des politiques efficaces qui permettent de défendre les droits.  Selon elle, les droits de l’homme, notamment les droits économique, sociaux, culturels, politiques et civils, ainsi que le droit au développement, ne sont pas seulement universels et inaliénables, mais ils sont également interdépendants et indivisibles et font partie des 17 objectifs de développement durable. 

Mme Bachelet a rappelé que le Conseil des droits de l’homme, au cours d’un dialogue sur les droits de l’homme et le Programme 2030, avait souligné que la mise en œuvre des objectifs de développement durable requiert une approche basée sur les droits de l’homme, à tous les niveaux (local, national, régional et international).  Les participants à cette réunion ont également insisté sur l’importance de renforcer les partenariats entre le Siège de l’ONU, traditionnellement en charge des questions de développement, et Genève qui abrite le siège des organes dévolus aux droits de l’homme. 

M. BORIS GREGUŠKA, Président du bureau de la quatorzième session du Forum des Nations Unies sur les forêts et Conseiller d’État en chef au Ministère de l’agriculture et du développement rural de la Slovaquie, a présenté les principaux messages du Forum.  Le premier est qu’il faut renforcer la mise en œuvre des solutions climatiques en rapport avec les forêts.  Ainsi, les forêts peuvent et devraient apporter une contribution majeure à la lutte contre les changements climatiques en permettant par exemple de séquestrer 15 gigatonnes de gaz carbonique par an jusqu’en 2050.  De même, étant donné que la plupart des populations les plus pauvres au monde vivent dans ou autour de forêts, leur vie est améliorée quand ils bénéficient d’un accès sûr et équitable aux ressources forestières.  Enfin, le Forum des forêts a appelé à accélérer la mise en œuvre du plan stratégique des Nations Unies sur les forêts (2017-2030), « notre cadre commun d’action en faveur des forêts ».

M. JAYATHMA WICKRAMANAYAKE, Envoyée du Secrétaire général de l’ONU pour la jeunesse, a dit que sans action pour lutter contre l’intolérance et sans action climatique, la présente génération de jeunes pourrait payer le prix le plus cher.  Elle a dit qu’un avenir prospère et durable n’est pas une utopie si et seulement si les jeunes sont associés aux solutions. 

Elle a rappelé qu’au dernier Forum de la jeunesse de l’ECOSOC, les jeunes ont discuté de certaines questions majeures les concernant.  Ces jeunes ont ainsi insisté sur leur implication dans les solutions, notamment pour résoudre le chômage qui touche particulièrement les jeunes.  Elle a appelé à créer des emplois décents en faveur des jeunes.

De même, les jeunes sont affectés par les changements climatiques et doivent faire partie des solutions.  Il en est de même pour les questions de paix et de sécurité, a-t-elle noté.  Les organisations de jeunes doivent, a—t-elle conclu, avoir des compétences requises et des espaces pour apporter leur contribution.

M. GUY RYDER, Directeur général de l’Organisation internationale du Travail (OIT), a présenté les principaux résultats de la Conférence internationale du travail du centenaire de l’OIT tenue à Genève en juin dernier, qui a réuni 34 chefs d’État et de gouvernement.  Il a d’abord mentionné la Déclaration du centenaire sur l’avenir du travail, qui a été transmise formellement au Président de l’ECOSOC ce matin.  Ce texte bref examine les principaux défis et opportunités de l’avenir du travail: de la technologie aux changements climatiques, des évolutions démographiques au besoin de nouvelles compétences.  La Déclaration donne des orientations sur la façon d’aborder ces questions pressantes et propose une plateforme de coopération avec d’autres organisations du système international.  Elle réaffirme aussi avec force le mandat de l’OIT d’œuvrer pour la justice sociale et son rôle crucial dans le dialogue social et les normes internationales du travail. 

Le Directeur a ensuite signalé l’adoption de la Convention concernant l’élimination de la violence et du harcèlement dans le monde du travail, qui a permis de réaffirmer les fonctions normatives de l’OIT et de franchir des étapes importantes pour éliminer ces problèmes.  En outre, la Conférence internationale du travail a examiné divers sujets liés, entre autres, au travail des enfants, à la liberté d’association, aux voies technologiques favorisant le travail décent ou encore au multilatéralisme pour un avenir de travail équitable.  M. Ryder a dit être confiant que la Déclaration et la Convention constitueront des instruments solides pour soutenir la mise en œuvre du Programme 2030.

Présentation du rapport

Avant l’entame du débat général, le Sous-Secrétaire général au Département des affaires économiques et sociales et Chef économiste de l’ONU, M. ELLIOT HARRIS, a présenté le rapport E/2019/66 du Secrétaire général sur les « effets à long terme des tendances économiques, sociales et environnementales actuelles sur la réalisation des objectifs de développement durable ». 

Le rapport indique que la réalisation des objectifs de développement durable sera fonction d’un certain nombre de tendances déterminantes en matière de changements démographiques; d’urbanisation; de changements climatiques; de conflits et de crises prolongées; et enfin de nouvelles techniques de pointe.  De même, on observe une interaction, des synergies et des corrélations négatives marquées entre les tendances prédominantes, aussi sera-t-il nécessaire, pour parvenir à les gérer au moyen de mesures et d’initiatives elles-mêmes synergiques, d’établir des institutions et de définir des méthodes de travail sur la base de stratégies mobilisant l’ensemble des pouvoirs publics et de la société.

En ce qui concerne les changements démographiques, le rapport souligne qu’étant donné que la population mondiale devrait atteindre 8,6 milliards de personnes d’ici à 2030, les changements démographiques auront une forte incidence sur les sociétés, les économies et l’environnement.  De ce fait, les mesures relatives à l’accroissement de la population, aux diverses structures d’âge et aux migrants contribuent chacune à leur niveau à la réalisation des objectifs de développement durable concernant l’élimination de la pauvreté, la santé, l’égalité femmes-hommes, la croissance économique et le travail décent, la réduction des inégalités et les villes durables.  Ces mesures devront être adoptées de manière intégrée afin que toutes ces questions soient prises en compte durant la mise en œuvre du Programme 2030 et des objectifs qui y sont énoncés, propose le Secrétaire général dans le rapport.

Dans le cadre de l’urbanisation, le rapport note que de nos jours, 55% de la population mondiale vit dans des villes, proportion qui devrait atteindre 68% d’ici à 2050.  À mesure que le monde continuera de s’urbaniser, le développement durable dépendra de plus en plus de la bonne gestion de la croissance urbaine, surtout dans les pays à faible revenu et dans les pays à revenu intermédiaire (tranche inférieure), où le rythme de l’urbanisation devrait être le plus rapide d’ici à 2050.  Il importe donc, suggère le rapport, d’adopter des politiques intégrées pour améliorer les conditions de vie des habitants des villes comme de ceux des zones rurales, mais aussi de renforcer les liens entre zones urbaines et rurales, en exploitant leur interdépendance sur les plans économique, social et environnemental.

Sur la question des changements climatiques, le rapport indique qu’il est crucial d’appliquer des politiques en matière d’adaptation et d’atténuation.  Ainsi, si le niveau de réchauffement de la planète était limité à 1,5°C, plutôt qu’à 2°C au-dessus des niveaux préindustriels, il deviendrait nettement plus aisé de progresser à divers titres sur la voie du développement durable, ce qui faciliterait du même coup l’élimination de la pauvreté et la réduction des inégalités.

En ce qui concerne les conflits et les crises prolongées, le Secrétaire général souligne que là où la paix ne règne pas, le Programme 2030 ne pourra être mené à bien.  Il est donc particulièrement inquiétant de constater que, pour ce qui est de la prospérité, le fossé se creuse entre les pays qui sont en paix et les autres, ce qui se traduit notamment par des écarts à divers titres − capital humain, situation au regard de la corruption, fonctionnement des pouvoirs publics et répartition des ressources.  Par conséquent, dans les pays fragiles et touchés par des conflits, il importe de renforcer les capacités des populations pauvres, de faire en sorte que les associations locales leur donnent davantage de moyens d’agir et de favoriser leur participation à la prise de décisions, ainsi que d’encourager l’inclusion sociale et l’égalité femmes-hommes – tous éléments dont l’absence est souvent une cause sous-jacente de conflit. 

Le cinquième point évoqué dans le rapport est la disponibilité de nouvelles techniques de pointe.  Selon le rapport, si l’on parvient à les exploiter, les technologies de pointe pourraient faciliter la réalisation des objectifs de développement durable et l’édification de sociétés plus prospères, plus durables, plus saines et plus inclusives.  Elles laissent entrevoir des perspectives de développement durable et des solutions en la matière plus efficaces, plus économiques, plus rapides, modulables et faciles à mettre en place.  De plus, ces technologies devront s’accompagner de mesures visant à remédier aux inégalités qui persistent entre les pays développés et les pays en développement en matière d’accès aux technologies existantes et d’utilisation de ces dernières, ainsi qu’en matière d’innovations, y compris les innovations non technologiques et les nouvelles formes d’innovation sociale.

Débat général

M. TOMMY ESANG REMENGESAU, JR (Palau), qui s’exprimait au nom du groupe des 12 États insulaires du Pacifique, a rappelé que cette année un nombre record de pays de son groupe présentent leur examen national volontaire, ce qui est indicatif, à ses yeux, de « l’engagement du Pacifique » en faveur d’une approche inclusive, prise en main par les pays, dans la réalisation des objectifs de développement durable.  Ces pays ont aligné leurs plans respectifs de développement national et les plans au niveau régional sur le Programme 2030, mais il reste encore beaucoup à faire, a-t-il reconnu, pour atteindre les cibles fixées dans les temps impartis.  Les progrès réalisés dans les quatre objectifs de développement durable à l’examen sont mitigés dans la région du Pacifique, a notamment relevé le représentant.  Si l’accès à l’éducation s’est amélioré (avec en moyenne plus de 80% d’enfants scolarisés), l’accent est mis maintenant sur la qualité de l’éducation et la création d’institutions d’éducation supérieure. 

Les économies des petits États insulaires du Pacifique connaissent une croissance liée aux secteurs de la pêche et du tourisme, mais elles restent vulnérables aux chocs extérieurs, a poursuivi le représentant.  De ce fait, elles comptent sur le soutien sans faille de leurs partenaires de développement pour les rendre plus résilientes.  L’objectif 13 relatif au climat est le plus important pour ces pays, a-t-il encore expliqué, avant d’appeler à la pleine mise en œuvre de l’Accord de Paris.  Au niveau régional, l’accent est mis sur la résilience, à travers le cadre mis en place pour un développement résilient dans la région du Pacifique, alors qu’au niveau local, les communautés utilisent leurs connaissances traditionnelles.  Le Groupe appelle cependant à être plus ambitieux en termes de lutte contre les changements climatiques et exhorte la communauté internationale à en faire preuve lors du Sommet de septembre.

Le représentant a ensuite mis en exergue trois domaines dans lesquels le Forum politique de haut niveau pourrait venir en aide aux petits États insulaires en développement (PEID) du Pacifique, à commencer par un financement prévisible, adéquat et accessible, y compris en termes d’aide publique du développement (APD).  De plus, la vulnérabilité et la fragilité aux effets des changements climatiques devraient être prises en compte dans les critères d’accès aux financements, a estimé le représentant.  Avant de conclure, il a réitéré son appel aux progrès à travers des partenariats, y compris dans le contexte des Orientations de Samoa.  Enfin, le Groupe réitère la nécessité de rendre le système des Nations Unies pour le développement plus flexible et adapté, afin qu’il puisse répondre au mieux aux besoins des États membres qu’il sert.  Le Groupe applaudit la décision du Secrétaire général de créer un bureau multipays dans la région du Pacifique.

Au nom du Groupe des pays à revenu intermédiaire, Mme EPSY CAMPBELL BARR (Costa Rica) a insisté sur le fait que la croissance économique n’est pas forcément synonyme de développement durable.  De fait, a-t-elle affirmé, l’appartenance à la catégorie de revenu intermédiaire ne représente pas la réalité complexe de nos pays, qui représentent 70% de la population mondiale pour seulement un tiers du PIB mondial.

Une amélioration des critères macroéconomiques ne signifie pas automatiquement une amélioration de la pauvreté, a poursuivi Mme Campbell, en raison des taux élevés d’inégalités dans les pays à revenu intermédiaire.  Ces derniers éprouvent selon elle des difficultés importantes non seulement à renforcer leurs capacités technologiques et urbaines, mais aussi à faire face à la pollution et à fournir une éducation de qualité à leur population. 

Ces défis sont aggravés par la capacité limitée qu’ont ces pays d’accéder au financement issu de la coopération internationale, du fait de leur appartenance à la catégorie de pays à revenu intermédiaire, a expliqué Mme Campbell.  La représentante a par conséquent appelé à donner la possibilité à ces pays de bénéficier de sources de financement « innovantes », pour leur éviter de tomber dans le « piège du revenu intermédiaire ».  La coopération internationale demeure toutefois un « instrument puissant » pour aider ces pays à mobiliser des ressources publiques en faveur du développement, a-t-elle reconnu, en citant au même titre la coopération Sud-Sud et la coopération triangulaire. 

Au nom du Groupe des 77 et de la Chine, M. RIYAD MANSOUR (État de Palestine) a rappelé que, il y a cinq ans, « nous avons déclaré que nous étions la première génération à être en mesure de venir à bout de la pauvreté et la dernière capable de sauver la planète ».  Nous avons exprimé cette vision en adoptant le Programme 2030, a salué M. Mansour, déclarant que le sort de la planète était « entre nos mains ».  Cette année est très importante, a poursuivi le représentant, car nous mettons un point d’orgue au premier cycle de quatre ans d’examen des objectifs de développement durable au sein du Forum politique de haut niveau.  Dans ce cadre, le représentant a appelé à redoubler d’efforts pour mobiliser les ressources nécessaires à la réalisation du Programme 2030, notamment les objectifs 4, 8, 10, 13, 16 et 17 de développement durable, qui font l’objet d’un examen cette année.

Or, le représentant s’est dit très préoccupé par le fait que les projections actuelles concernant le taux d’extrême pauvreté, censé atteindre 6% en 2030, alors même que la faim continue d’augmenter pour la troisième année consécutive.  Le représentant a également jugé urgent de lancer une action globale pour lutter contre les effets des changements climatiques, dans le respect de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et de l’Accord de Paris, afin de maintenir le réchauffement de la planète en dessous de 1,5 C.  M. Mansour s’est inquiété du fait qu’un million d’espèces soient actuellement menacées d’extinction, soit plus que jamais auparavant dans l’histoire humaine.

Les changements climatiques et les catastrophes naturelles accroissent par ailleurs les inégalités, a regretté le représentant, au même titre que le fossé digital et technologique, ainsi que les entraves à l’accès à une éducation et à des soins de santé de qualité.  Pour lutter contre cette tendance, M. Mansour a appelé à prendre en compte la diversité des besoins et des défis des pays en développement, y compris les pays africains, les PMA, les pays en développement sans littoral et les PEID, sans oublier les défis spécifiques auxquels font face les pays à revenu intermédiaire, en situation de post-conflit ou vivant sous occupation étrangère.  Le représentant a également reconnu le rôle crucial des efforts menés aux niveaux régional et local pour mettre en œuvre le Programme 2030. 

M. Mansour a par ailleurs réaffirmé le droit souverain des États à exploiter leurs propres ressources en fonction de leur politique environnementale et de développement nationale.  Il a ainsi rejeté fermement l’imposition de loi extraterritoriales et de toute autre forme de coercition économique, y compris les sanctions unilatérales, contre des pays en développement.  Il a appelé à prendre des mesures immédiates pour éradiquer l’utilisation de telles mesures.

M. NEVEN MIMICA, Commissaire à la coopération internationale et le développement de la Commission européenne, a souligné l’engagement sans faille des membres de l’Union européenne en faveur d’un développement durable, au nom d’une « responsabilité partagée ».  L’Union européenne a d’ailleurs publié cette année un document portant sur « une Europe durable ».  Pour créer une économie véritablement inclusive et verte il faut aller rapidement vers une économie circulaire et s’assurer que la transition verte bénéficie à tous et ne laisse personne à la traîne, a recommandé M. Mimica.  Il faut en outre travailler avec plusieurs moteurs horizontaux, a poursuivi le représentant, en évoquant notamment la coopération pour le développement.  Il en a profité pour annoncer que le nouveau plan de l’Union européenne pour le développement prévoit de libérer 44 milliards d’euros pour des investissements en Afrique sur les années à venir.  Il faut, en outre, promouvoir des politiques publiques qui encouragent des économies neutres en carbone, des sociétés inclusives, des systèmes de production et de consommation durables et l’égalité entre les sexes.

L’Union européenne se félicite du document final du Forum de cette année, notamment de la référence qui y est faite au cadre de financement intégré.  À cet égard, le représentant a rappelé que l’Europe est le premier fournisseur d’APD.  Elle souhaite à cet égard devenir le meilleur prestataire dans ce domaine.  Avant de conclure, le représentant de l’Union européenne a salué la réforme en cours dans le système des Nations Unies pour le développement.

Au nom du Groupe des États d’Afrique, Mme MMAMOLOKO KUBAYI-NGUBANE (Afrique du Sud) a regretté qu’en dépit des rapports selon lesquels la croissance de l’économie mondiale devrait atteindre 3% cette année, le progrès économique demeure inégal en fonction des régions.  Elle a rappelé que les investissements nécessaires pour que l’Afrique puisse réaliser pleinement les objectifs de développement durable étaient estimés entre 600 et 638 milliards de dollars par an, soit environ un tiers du PIB annuel du continent.  Dès lors, la représentante a appelé à accélérer le transfert de technologie et les investissements publics et privés dans des secteurs clefs pour relancer l’économie des pays africains, y compris l’éducation.

La représentante a constaté que le continent africain compte parmi les régions du monde les plus touchées par les changements climatiques, alors qu’elle fait partie de celles qui ont le moins contribué à ce problème et sont le moins armées pour y faire face.  La représentante a toutefois souligné les nombreux progrès accomplis par l’Afrique pour atteindre les objectifs de développement durable.  Elle a appelé à mettre en œuvre pleinement le Plan d’action d’Addis-Abeba pour continuer sur cette lancée.  Elle a également jugé primordial de lutter contre l’évasion fiscale et les flux financiers illicites, ainsi que d’accorder la priorité à des investissements dans des secteurs capables d’accélérer la réalisation des objectifs de développement durable.

Mme MARTHA DELGADO, Vice-Ministre de affaires étrangères du Mexique, qui s’exprimait au nom des pays du MICTA (Mexique, Indonésie, République de Corée, Turquie et Australie), a souligné que la nature intégrée des objectifs de développement durable exige des partenariats publics-privés et des partenariats avec les milieux universitaires.  Il faut créer des contextes dynamiques pour les PME, a-t-elle affirmé en remarquant que les objectifs de développement durable fournissent aux entrepreneurs un cadre clair.  La réalisation de ces objectifs doit se faire sur la base d’une prise de décisions factuelle à tous les niveaux.  La représentante a notamment mis l’accent sur la coopération numérique et sur l’urgence de traiter des inégalités sous toutes leurs formes.  Le MICTA encourage tous les États à se concentrer sur les plus pauvres dans leurs cadres nationaux, ainsi que sur l’éducation et l’égalité entre les sexes. 

La représentante a également souligné que l’inclusivité doit être garantie dans tous les pays, se félicitant par ailleurs des efforts en cours du Secrétaire général pour un remaniement du système des Nations Unies pour le développement.  À titre national, elle a indiqué que le Mexique s’est engagé en faveur du multilatéralisme dans la réalisation des objectifs de développement durable.  Le Mexique a convoqué un Conseil national pour le Programme 2030 auquel étaient conviés des représentants de la société civile et du secteur privé. 

Au nom du Groupe LGBTI, M. JUAN PABLO DE LAIGLESIA GONZALES DE PEREDO (Espagne) a estimé que le Forum politique de haut niveau pour le développement durable est la principale plateforme pour discuter des pratiques optimales dans la réalisation du développement durable, au profit de toutes les personnes, y compris les personnes LGBTI.  Le représentant a appelé à réduire les inégalités entre les pays pour construire des institutions ouvertes.  Il a estimé que la réalisation du Programme 2030 est un élément clef pour lutter contre les discriminations, notamment à l’encontre des personnes LGBTI.  Dans le cadre de la réalisation des objectifs de développement durable, le représentant a donc appelé à mettre fin aux formes multiples de violences auxquelles font face les personnes LGBTI partout dans le monde.

Au nom de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN), M. THANI THONGPHAKDI (Thaïlande) a rappelé que depuis l’adoption du Programme 2030, l’ASEAN et la Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (CESAP) ont identifié des complémentarités avec la Vision 2025 de la région pour renforcer la coopération dans cinq domaines clefs à savoir l’élimination de la pauvreté, l’amélioration des infrastructures, celle de la connectivité, la gestion durable des ressources naturelles et le renforcement de la résilience.  L’ASEAN se prépare à ouvrir son Centre d’études et de dialogue sur le développement durable, en novembre prochain.  Elle a continué d’accorder la priorité à la « Durabilité des choses » sur le thème « Promouvoir le partenariat pour la durabilité ».  Il s’agit de faire de l’ASEAN une communauté inclusive, résiliente, viable écologiquement, connectée, homogène et prête pour la quatrième Révolution industrielle. 

Le représentant de l’Argentine, au nom des pionniers des sociétés pacifiques, justes et inclusives, a indiqué que les pays de ce groupe sont également membres de deux autres initiatives, notamment le Forum 16+.  Ce groupe cherche notamment à promouvoir l’objectif 16 de développement durable (paix, justice et institutions efficaces) et d’autres cibles connexes, a-t-il expliqué en affirmant qu’il faut une ambition plus grande pour garantir à tous un accès à la justice alors qu’un milliard de personnes n’ont toujours pas d’identité juridique dans le monde.  Ce Forum politique de haut niveau est l’occasion de constater les lacunes dans ce domaine et d’y remédier.  À ce titre, le représentant a souligné les besoins particuliers des pays en conflit ou sortant d’un conflit, ainsi que les opportunités pour une justice pour tous en évitant les injustices et en créant des moyens pour que chacun puisse contribuer au développement de son pays.  Il a plaidé pour des institutions judicaires et publiques transparentes.  Le Groupe demande, en outre, à tous d’être plus ambitieux dans la réalisation des objectifs de développement durable et de garantir les droits de toutes les personnes avec des lois non discriminantes. 

Au nom du Groupe des pays les moins avancés (PMA), M. PERKS LIGOYA (Malawi) a salué le fait qu’un nombre croissant de pays mènent des examens nationaux volontaires.  Sur 74 pays présentant leur examen cette année, 11 sont des PMA, a-t-il précisé.  Mais malgré les progrès réalisés pour réaliser le Programme 2030, beaucoup reste encore à faire, a déploré le représentant, notamment pour les PMA.  En effet, a-t-il précisé:  plus de 35% de notre population vit dans l’extrême pauvreté; 30% des malnutris dans le monde vivent dans des PMA; la moitié des personnes vivant dans des PMA n’a pas accès à l’électricité; et nos pays disposent d’un docteur seulement pour 1 000 personnes.  Quant à la croissance économique des PMA, a-t-il ajouté, elle est bien en dessous des 7% escomptés.

Ces résultats décevants sont source de préoccupation, a regretté le représentant.  Notre secteur industriel est également à la traîne, a-t-il dit, précisant que seulement 10% de la valeur ajouté industrielle des PMA provient d’industries de haute-technologie.  Étonnamment, c’est l’objectif 17 de développement durable (partenariats pour la réalisation des objectifs) qui a enregistré les progrès les plus décevants, a-t-il poursuivi.  Parallèlement, le représentant a constaté que l’APD a diminué de 3% en 2018 et que 5 des 7 pays en situation de surendettement sont des PMA.  Il a de plus noté que le volume des exportations des PMA représente 0,9% du volume mondial, soit bien en deçà également des objectifs. 

M. COURTENAY RATTRAY (Jamaïque), qui parlait au nom du groupe d’amis des enfants et des objectifs de développement durable, qui compte 59 États membres, a salué cette opportunité de plaider en faveur des droits des enfants dans le cadre des travaux du Forum politique de haut niveau.  Selon lui, 2019 est une année importante pour faire le point de la réalisation des objectifs de développement durable, car « nous ne sommes pas sur la bonne voie », et il est impératif d’accroître les investissements, notamment dans la jeunesse et l’enfance.  Chaque dollar dépensé en faveur des enfants a un retour sur investissement considérable, a-t-il assuré.  Il a donné un exemple: chaque dollar dépensé en vaccins pour les enfants a un bénéfice économique de 44 dollars.  De même, les congés parentaux ont des conséquences positives sur la rentabilité et la productivité des entreprises, a-t-il fait remarquer.

L’enfance a beaucoup changé au cours des 30 dernières années, depuis l’adoption de la Convention sur les droits des enfants, a noté le représentant, mais nous avons aussi été les témoins de nouvelles opportunités qui peuvent favoriser une action collective concertée pour venir en aide aux enfants dans le monde.  Il faut mettre les enfants au cœur de la réalisation des objectifs de développement durable, a-t-il exigé.

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