Comité de l’information: les délégations insistent une fois de plus sur la lutte contre la désinformation et pour le multilinguisme

PI/2257
30 avril 2019
Quarante et unième session - 3e séance – matin

Comité de l’information: les délégations insistent une fois de plus sur la lutte contre la désinformation et pour le multilinguisme

Le Comité de l’information a achevé aujourd’hui le débat général qu’il a lancé hier et au cours duquel les délégations ont appelé une fois de plus le nouveau Département de la communication globale (DCG) à lutter plus efficacement contre la désinformation et pour le multilinguisme.  Certains programmes du DCG ont essuyé les critiques acerbes des États-Unis et d’Israël.

La Fédération de Russie s’est déclarée préoccupée par la prolifération des « fake news » et a appelé le DCG à combattre la désinformation avec plus d’efficacité.  La coopération entre les médias du monde étant sapée par les antagonismes entre États, elle a dit voir le risque d’un retour à la guerre froide.  La ligne éditoriale du DCG doit sensibiliser le public aux principes et au travail de l’ONU « de manière impartiale », a insisté la Fédération, avant que l’Arabie saoudite n’appelle le même Département à se prémunir contre des informations dénaturées ou présentant une vision « négative » de tel ou tel pays.

C’est exactement ce qu’a rapproché Israël au DCG.  Il s’en est pris, avec les États-Unis, au programme d'information spécial sur la question de Palestine qui, depuis sa création, a toujours présenté un point de vue « malhonnête » de l’origine du conflit israélo-palestinien et une présentation « biaisée » de la situation actuelle.  Israël a cité comme exemple, l’exposition sur la « Question de Palestine » qui n’évoque même pas la cause sous-jacente du conflit, à savoir l’entêtement du leadership palestinien à refuser de reconnaître le droit du peuple juif à l’autodétermination, un droit pourtant reconnu dans le mandat de la Société des Nations puis dans la résolution 181 de l’Assemblée générale. 

Le DCG, a encore accusé Israël, s’étend sur le sort des réfugiés palestiniens, en oubliant celui des 850 000 Juifs des pays arabes devenus réfugiés après la guerre de 1948.  Le DCG oublie aussi que les initiateurs de cette guerre étaient les Palestiniens qui ont attaqué les Juifs dès le lendemain de l’adoption de la résolution 181.  Nous voulons, a insisté Israël, un programme différent sur le conflit israélo-palestinien, un programme qui reflète les « vérités fondamentales », qui soit conforme à la Charte et qui présente la réalité en tenant dûment compte des droits à l’autodétermination et à la légitime défense. 

L’information doit être accessible à un maximum de personnes, a insisté, à son tour, la Fédération de Russie, en se faisant le défenseur du multilinguisme, un principe, a-t-elle souligné, qui ne saurait être violé sous le prétexte du manque de ressources.  Face à la prédominance de l’anglais, s’est énervée la Fédération de Russie, le multilinguisme semble être considéré comme un « anachronisme ».  Le DCG devrait même chercher à communiquer dans d’autres langues que les six langues officielles de l’ONU pour pouvoir toucher le public le plus large possible, a renchéri l’Iran.

Le Comité de l’information, qui poursuit ses travaux à huis-clos, devrait adopter ses recommandations à l’Assemblée générale le vendredi 10 mai.

Débat général (suite et fin)

Mme ANDREA STANFORD (États-Unis) a affirmé que la liberté de la presse est la pierre angulaire de la démocratie américaine, « un droit fondamental auquel nous consacrons beaucoup d’efforts afin de le faire respecter aux États-Unis ».  Elle a estimé que le travail du Département de la communication globale (DCG) est « essentiel » et a salué les efforts qu’il consacre pour promouvoir le multilinguisme sur toutes ses plateformes, et ajouter tout un éventail de médias sociaux à ses outils de communication traditionnels.

Nonobstant ce travail « précieux », la « situation n’a rien d’habituel », a-t-elle poursuivi, appelant le Département à accomplir son travail de la manière la plus efficace et efficiente possible, notamment en optimisant ses centres d’information et en veillant à ce que la technologie soit adaptée aux besoins.  Elle a également réitéré l’importance d’éliminer toute partialité anti-israélienne dans l’ensemble du système de l’ONU.  Elle s’est dite préoccupée par le programme d’information spécial sur la question de Palestine qui, a-t-elle dénoncé, promeut des idées fausses sur Israël.  Elle a appelé le DCG à veiller à ce que les messages anti-israéliens disparaissent de ses activités.

M. NAVEH (Israël) a salué d’emblée « le travail important » du Comité et les efforts du DCG, en citant le Programme de communication sur l’Holocauste.  Éduquer les peuples du monde sur l’Holocauste c’est contribuer à la paix et la sécurité, et une coopération « positive » entre nations.  Demain, a rappelé le représentant, Israël va célébrer sa Journée nationale en mémoire des victimes de l’Holocauste pour honorer le courage des six millions de Juifs tués par les nazis.  Cette journée importante pour les Juifs est aussi un avertissement à toute l’humanité sur ce qui peut arriver quand des gens « éclairés » se soumettent à l’idée perverse de la suprématie raciale ou nationale.  La communauté internationale doit donc continuer de commémorer la Journée internationale en mémoire des victimes de l’Holocauste car cette Journée explique pourquoi notre ordre mondial doit se fonder sur le respect mutuel et le droit de chaque nation de vivre en paix, de déterminer sa propre destinée et de se défendre. 

Cet ordre, a poursuivi le représentant, a été envisagé par les rédacteurs de la Charte au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et de l’Holocauste.  C’est un ordre auquel tient le peuple d’Israël et peut-être parce qu’il retrouve le même esprit sur le Mur d’Isaïe ici même sur la 1re Avenue.  Le prophète parle de la paix dans le monde mais il montre aussi comment la réaliser, à savoir par le respect mutuel et la reconnaissance mutuelle de nations libres et indépendantes.  Dans la vision d’Isaïe, aucun « reich », aucun empire et aucun khalifat ne forcent une nation à se rendre.  Chaque nation doit respecter la liberté de l’autre.  La Charte garantit d’ailleurs les droits des nations à l’autodétermination et à la légitime défense et facilite la coopération internationale pacifique.

Mais aujourd’hui, s’est inquiété le représentant, les principes de la Charte sont défiés, voire menacés par le comportement déstabilisateur de certaines nations aux ambitions impériales partisans du terrorisme pour remplacer notre ordre mondial par le despotisme et la domination.  Malheureusement, même certaines décisions, résolutions et programmes des Nations Unies et du DCG sont également incompatibles avec les principes de la Charte.  Le Département, a rappelé le représentant, a la responsabilité de préserver les vertus d’impartialité, de crédibilité et d’intégrité de cette institution.  Or, depuis sa création, le programme d’information spécial sur la question de Palestine a toujours présenté un point de vue « malhonnête » de l’origine du conflit israélo-palestinien et une présentation « biaisée » de la situation actuelle.  Par exemple l’exposition sur la « Question de Palestine » à l’Assemblée générale n’évoque même pas la cause sous-jacente du conflit, à savoir l’entêtement du leadership palestinien à refuser de reconnaître le droit du peuple juif à l’autodétermination, un droit pourtant reconnu dans le mandat de la Société des Nations puis dans la résolution 181 de l’Assemblée générale.  En oubliant cette vérité fondamentale, le DCG risque de violer la Charte que nous devons tous honorer. 

La manière dont le Département parle de la situation est également « partiale », a dénoncé le représentant, qui a reproché au DCG de s’étendre sur le sort des réfugiés palestiniens, en oubliant celui des 850 000 Juifs des pays arabes devenus réfugiés après la guerre de 1948.  Le DCG oublie aussi que les initiateurs de cette guerre étaient les Palestiniens qui ont attaqué les Juifs dès le lendemain de l’adoption de la résolution 181.  En décrivant les Palestiniens comme les victimes de la guerre plutôt que comme les initiateurs et en ignorant leurs actes hostiles contre le droit des Juifs à l’autodétermination dès le premier jour du conflit, la présentation de la situation s’oppose à l’action légitime que les Juifs ont prise pour se défendre.  Cette vision biaisée décrit Israël comme le seul responsable de la situation actuelle, malgré les multiples offres de paix qui ne cessent de se heurter au refus palestinien et aux intifadas violentes contre les civils.  

Nous voulons, a conclu le représentant, un programme différent sur le conflit israélo-palestinien, un programme qui reflète les « vérités fondamentales », qui soit conforme à la Charte et qui présente la réalité en tenant dûment compte des droits à l’autodétermination et à la légitime défense.  La route de la paix, pavée de respect mutuel et de reconnaissance véritable de nations libres, est tracée dans les principes de la Charte.  Israël souhaite parcourir cette route dans l’esprit de la vieille prophétie donnée en hébreux à Jérusalem.  

Mme MARIA ZAKHAROVA (Fédération de Russie) a d’abord appelé le DCG à présenter le rôle impartial de l’ONU dans les relations internationales, avant de donner des exemples concrets de l’appui que son pays fournit au Département.  Elle a évoqué le Séminaire international des médias sur la paix au Moyen-Orient et le travail du Centre d’information des Nations Unies à Moscou.  L’année dernière, une initiative conjointe sur le poète Alexandre Pouchkine a été largement relayée dans les médias russes.  Une exposition de photos sur le blocus de Leningrad a été organisée, une occasion que le pays a saisie pour émettre un timbre commémoratif, sans compter les 10 tomes sur les scientifiques russes qu’il a offerts à la Bibliothèque Dag Hammarskjöld.  Une manifestation spéciale sur l’implication russe et soviétique dans le maintien de la paix a aussi été organisée.

Passant à la réforme du DCG, Mme Zakharova a appelé l’ONU à s’ouvrir aux dernières tendances en matière de communication.  Elle a insisté sur des contenus de qualité et des pratiques novatrices et a souligné que la ligne éditoriale doit répondre à l’objectif d’augmenter le nombre des lecteurs, tout en sensibilisant le public aux principes et au travail de l’ONU « de manière impartiale ».  La représentante a salué les exposés officieux de la Secrétaire générale adjointe sur le processus de réforme et souhaité qu’ils soient organisés plus régulièrement.

Elle a voulu que les contraintes budgétaires n’aient « aucun impact » sur la diffusion, dans toutes les langues officielles de l’ONU, des réunions en Webcast.  Il faut aussi combattre la désinformation et promouvoir le multilinguisme, un principe qui ne saurait être violé sous le prétexte du manque de ressources.

La représentante s’est également inquiétée du fait que face à la prédominance de l’anglais, le multilinguisme semble être considéré comme un « anachronisme ».  Or, l’information doit être accessible à un maximum de personnes, a-t-elle souligné, regrettant par exemple que les informations sur les projets organisés par la délégation russe ne soient publiées qu’en russe et ignorées par conséquent, du public non russophone.  On ne peut, non plus, se permettre une fragmentation du travail de communication de l’ONU.  La représentante a donc appelé à une « véritable plateforme médiatique globale » et à se protéger des « groupes d’influence ».  Les positions de plus en plus antagonistes promeuvent la désinformation et les « fake news », une menace utilisée par certains pour contrer leurs opposants et renforcer leur contrôle de l’espace médiatique.  Nos appels n’ont jamais été entendus, s’est désolée la représentante, qui a par ailleurs dénoncé les « initiatives douteuses » contraires à la liberté d’expression et au droit à l’information.  Certains projets pourraient déboucher sur la légalisation de la censure, a-t-elle mis en garde.  Il faut, a-t-elle insisté, défendre un journalisme indépendant, seul garant des sociétés démocratiques et libres, et l’ONU est une des meilleures plateformes pour ce faire.

Constatant que la coopération entre les médias est sapée par certains antagonismes, elle a vu le risque de revenir à la guerre froide maintenant que certains s’opposent à tout dialogue.  À la veille de la célébration de la Journée de la liberté de la presse, elle a appelé les États à trouver un antidote à la désinformation.  La Fédération de Russie va d’ailleurs organiser une discussion d’experts sur cette question et, pour célébrer la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle compte aussi projeter un film le 4 mai, et le 6 mai, organiser une exposition de photos sur les héroïnes de la Grande guerre patriotique.

Mme PENNELOPE ALTHEA BECKLES (Trinité-et-Tobago) a fait observer qu’en cette ère numérique, la capacité des citoyens à accéder « instantanément » à l’information est souvent étroitement liée au niveau de développement socioéconomique de leur pays.  Elle a salué les efforts déployés par le DCG pour trouver de nouveaux moyens d’atteindre le public, en utilisant les nouvelles techniques de communication et une multiplicité de langues, tout en maintenant les médias traditionnels.  Elle s’est félicitée du réseau des centres d’information des Nations Unies, notamment celui de Port of Spain qui dessert 19 territoires dans les Caraïbes anglophones et néerlandaises.  La représentante a salué les efforts déployés par ce CINU pour étendre sa portée au-delà des Caraïbes et fournir un appui au bureau d’ONU-Femmes dans la région.  Un appui supplémentaire s’impose pour aider le CINU à élargir ses capacités dans les techniques de communication et renforcer son efficacité opérationnelle.  La représentante a aussi voulu que la réforme du système des Nations Unies pour le développement n’érode pas les avancées « considérables » réalisées par le CINU ni n’élimine les outils de communications les plus efficaces pour la région.

M. ESHAGH AL HABIB (République islamique d’Iran) s’est dit conscient de l’importance du travail accompli par le Comité de l’information et du rôle joué par le DCG pour tisser des liens plus étroits entre les Nations Unies et l’opinion publique en temps voulu et de manière impartiale.  Après avoir noté l’utilité des nouvelles technologies de l’information, il a néanmoins souligné les risques d’abus des réseaux sociaux qui peuvent faciliter la désinformation.  L’utilisation de ces réseaux par les Nations Unies doit rester compatible avec les objectifs et principes de la Charte.  L’Iran encourage le Département à soutenir toutes les initiatives visant à promouvoir la paix et la tolérance, y compris la lutte contre la violence et l’extrémisme violent et pour le dialogue entre les civilisations.

Le représentant a aussi demandé au Département de communiquer davantage sur les conséquences négatives des sanctions unilatérales qui violent les principes et valeurs du droit international et affectent les droits de l’homme et les droits de la personne dans les pays visés.  Il a félicité le DCG pour son programme d’information spécial sur la question de Palestine et a salué le rôle important des centres d’information des Nations Unies.  Il faut les renforcer, en particulier dans les pays en développement.  Le représentant s’est aussi fait le défenseur du multilinguisme au sein des Nations Unies.  Le DCG devrait même chercher à communiquer dans d’autres langues que les six langues officielles de l’ONU pour pouvoir toucher le public le plus large possible.

M. MOHAMMAD ABDURRAHMAN S. ALKADI (Arabie saoudite) a appelé le DCG à veiller à la neutralité des informations qu’il diffuse.  Il a relevé que cette réunion actuelle n’est pas diffusée par le Web, jugeant qu’il sera difficile d’accéder aux déclarations.  La retransmission en direct des réunions et leur archivage sont très importants, a insisté le représentant, qui a d’ailleurs alerté de la difficulté à accéder aux archives des réunions.  Il a en effet noté la parution tardive des enregistrements vidéo sur le site Internet de l’ONU.  Il faut mettre à jour ce site Internet pour permettre aux utilisateurs d’enregistrer directement les réunions de l’ONU sans avoir à passer par le DCG.  Le représentant a aussi demandé que l’on améliore la page eDelegates pour que les délégations puissent savoir avec exactitude quelles réunions se tiennent et avec quels participants.  Il a également appelé le DCG à se prémunir contre la désinformation et contre des informations dénaturées ou qui présentent une vision « négative » de tel ou tel pays.

Mme NASIRA ELARDJA FLITTI, de la Ligue des États arabes, a réitéré la volonté de sa Ligue de coopérer avec le DCG, pour « atteindre nos objectifs communs ».  Elle a en effet souligné que le travail du Département contribue à renforcer la crédibilité de l’ONU dans le monde.  Il est clair que l’attention du Département sur l’action climatique est motivée par la volonté de sensibiliser l’opinion publique à ce phénomène dans le contexte de la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030.  La Ligue des États arabes a d’ailleurs adopté la même approche dans sa communication.  La coopération entre la Ligue et les Nations Unies, y compris dans le domaine de l’information, est basée sur la reconnaissance du rôle que jouent les canaux de communication dans la vie des gens.  C’est important pour les sensibiliser par exemple au danger des groupes terroristes.  La représentante a mis l’accent sur l’importance du CINU du Caire et a rappelé la tenue en 2020, aux Émirats arabes unis, de l’Expo 2020 à laquelle la participation de l’ONU est très attendue.  La Ligue, a-t-elle conclu, souhaiterait un recours plus marqué à la langue arabe dans la communication du DCG tant sur le plan régional qu’international.

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