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CS/14297
10 septembre 2020
8756e séance – matin

Le Conseil de sécurité condamne les attaques contre les écoles, en pleine recrudescence, notamment au Sahel, et demande des « mesures concrètes » pour y remédier

Dans une déclaration présidentielle, le Conseil a réaffirmé, ce matin, le droit à l’éducation, véritable « contribution à la réalisation de la paix et de la sécurité », et a réitéré sa ferme condamnation des attaques commises contre les écoles, les enfants et les enseignants.  Celles-ci connaissent en effet une recrudescence préoccupante en particulier au Sahel, comme l’ont noté à l’entame de ce débat ouvert la Représentante spéciale pour le sort des enfants en temps de conflit armé et la Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). 

En 2019, 494 attaques ont été perpétrées dans le monde contre des écoles, tandis que près de 650 000 enfants ont été touchés, depuis 2017, par la fermeture des écoles en raison de l’insécurité au Sahel.  Le Conseil rappelle que les filles et les femmes peuvent être les victimes d’attaques visant des écoles et endurer des conséquences spécifiques, notamment la violence sexuelle.

Par cette déclaration, les membres du Conseil déplorent l’utilisation d’écoles à des fins militaires -une « violation du droit international humanitaire »- et encouragent les États Membres à prendre des mesures concrètes pour empêcher cette utilisation « par des forces armées et des groupes armés non étatiques ».  Toutes les parties à un conflit armé doivent respecter le caractère civil des écoles.

Les forces armées et de sécurité des États Membres doivent, selon le Conseil, intégrer des mesures concrètes de protection, notamment en s’abstenant d’utiliser des écoles à des fins militaires.  Avant tout, le Conseil demande aux parties à des conflits armés énumérées dans les annexes du rapport du Secrétaire général sur le sort des enfants en temps de conflit armé de faire cesser les attaques contre les écoles. 

Le Conseil déplore aussi la détérioration continue de la sécurité et l’augmentation du nombre d’actes de terrorisme dans la région du Sahel, qui ont privé des enfants de l’accès à l’éducation en raison de la fermeture des écoles.  Enfin, le Conseil reconnaît l’impact négatif disproportionné de la pandémie de COVID-19 et note le risque accru pour les enfants touchés par des conflits armés de ne pas reprendre leurs études après la fermeture des écoles, en particulier les filles. 

« Nous assistons à l’émergence d’une tactique de guerre, en particulier dans le Sahel, qui cible les écoles précisément parce qu’elles sont des écoles et en particulier lorsqu’elles sont fréquentées par des filles », a déclaré Mme Virginia Gamba, Représentante spéciale du Secrétaire général pour le sort des enfants en temps de conflit armé.  « Cela doit cesser », a martelé la Représentante spéciale, en demandant la sanctuarisation des écoles et en rappelant que l’éducation est « un droit, pas un choix ». 

La Représentante spéciale a exhorté toutes les parties belligérantes à mieux protéger écoliers et enseignants et à respecter le caractère civil des écoles.  Les gouvernements ont l’obligation de protéger l’éducation, même par temps de pandémie et de guerre, a dit Mme Gamba.  Aucun chiffre ne peut illustrer les dommages infligés à l’âme de ces jeunes gens qui voient leurs écoles attaquées, a appuyé Mme Henrietta Fore, Directrice générale de l’UNICEF. 

La protection des écoles est une obligation morale que nous avons échoué à faire respecter, a poursuivi la Directrice générale.  Comparant les attaques à une véritable « maladie », Mme Fore a exhorté le Conseil à remédier à ses causes profondes et à aller « au-delà de ce que nous avons déjà fait ».  Même son de cloche du côté de Mme Marika Tsolakis, de la Coalition mondiale pour la protection de l’éducation contre les attaques, qui a indiqué que près de 100 attaques ont déjà été recensées en 2020 au Sahel. 

Ces trois intervenants ont exhorté les États Membres qui ne l’ont pas encore fait à rejoindre les 105 États à avoir signé la Déclaration sur la sécurité dans les écoles.  Mme Tsolakis a demandé une application sexospécifique de cette déclaration, ainsi que la dotation des opérations de paix d’un mandat de protection de l’enfance.  La République dominicaine a suggéré à cet égard la désignation au sein des missions de paix d’un expert en protection des enfants. 

La délégation dominicaine a aussi rappelé l’appel de Malala: « Un enfant, un enseignant, un livre et un crayon peuvent changer le monde. »  Sans oublier l’enseignement à distance pour lequel a plaidé une jeune fille nigérienne, Hadiza, qui s’est adressée spécifiquement au Gouvernement de son pays en l’exhortant à œuvrer au développement de cette forme d’enseignement, en prévoyant les moyens nécessaires à cette fin, en particulier des ordinateurs. 

Cette Déclaration sur la sécurité dans les écoles, signée hier par Saint-Vincent-et-les Grenadines, a été au cœur des interventions des États Membres.  L’Estonie, la France ou bien encore le Viet Nam ont demandé l’universalisation de ce texte, tandis que la République dominicaine a rappelé que le Niger, le Burkina Faso et le Mali font partie des signataires.  Le Royaume-Uni a noté les préoccupations de certains pays devant cette déclaration, qui pourrait ne pas respecter ou aller au-delà du droit existant. 

« Mon pays s’est livré à une analyse poussée de son droit interne et de ses pratiques opérationnelles et a conclu que ce n’est pas le cas », a déclaré le délégué britannique.  Il a ainsi a applaudi les « efforts considérables » du Niger et de la Belgique afin que ladite déclaration soit incluse dans la déclaration présidentielle de ce jour « malgré l’opposition ».  La Belgique, qui préside le Groupe de travail sur le sort des enfants en temps de conflit armé, a appelé les États non seulement à rejoindre la Déclaration mais aussi à ratifier le Protocole facultatif à la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés.

« La Déclaration sur la sécurité dans les écoles est le fruit d’un groupe restreint de pays et ne bénéficie pas d’une reconnaissance universelle », a tempéré le représentant de la Fédération de Russie.  Ce dernier a également déploré que la déclaration présidentielle n’aborde pas la question du rapatriement des enfants qui se trouvent dans des zones de conflit.  La séance a enfin été marquée par des explications entre la Fédération de Russie et l’Allemagne autour du bombardement d’écoles en Syrie. 

LE SORT DES ENFANTS EN TEMPS DE CONFLIT ARMÉ

Les attaques visant des écoles, une grave violation des droits de l’enfant

Lettre datée du 1er septembre 2020, adressée au Secrétaire général par le Représentant permanent du Niger auprès de l’Organisation des Nations Unies (S/2020/881)

Texte de la déclaration du Président du Conseil de sécurité

Le Conseil de sécurité réaffirme ses résolutions 1261 (1999), 1314 (2000), 1379 (2001), 1460 (2003), 1539 (2004), 1612 (2005), 1882 (2009), 1998 (2011), 2068 (2012), 2143 (2014), 2225 (2015) et 2427 (2018), ainsi que toutes les déclarations pertinentes de sa présidence, qui s’inscrivent dans un cadre général de protection des enfants touchés par des conflits armés. 

Le Conseil réaffirme qu’il a la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales et, à cet égard, qu’il est résolu à s’attaquer aux effets généralisés des conflits armés sur les enfants et à leurs conséquences à long terme sur la paix, la sécurité et le développement durables.

Le Conseil souligne que c’est aux gouvernements qu’il incombe au premier chef d’offrir secours et protection à tous les enfants touchés par les conflits armés et a conscience qu’il importe de renforcer les capacités nationales à cet égard. 

Le Conseil rappelle que toutes les parties à des conflits armés sont tenues de respecter strictement les obligations que leur impose le droit international aux fins de la protection des enfants dans les conflits armés, notamment celles résultant des Conventions de Genève du 12 août 1949 et des Protocoles additionnels de 1977 ainsi que de la Convention relative aux droits de l’enfant et de son Protocole facultatif concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés, et se félicite des efforts faits par plusieurs États Membres pour prendre des engagements visant à protéger les enfants touchés par des conflits armés, notamment la ratification du Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés et les initiatives internationales et régionales prises sur le sort des enfants en temps de conflit armé, notamment la conférence internationale tenue à Paris en 2007 sur la protection des enfants contre une utilisation ou un recrutement illégaux par des groupes ou des forces armés et la conférence de suivi tenue à Paris en 2017, et les engagements pris à ces conférences. 

Le Conseil réitère sa ferme condamnation de toutes les violations du droit international applicable impliquant le recrutement et l’utilisation d’enfants par les parties à un conflit armé ainsi que leur réenrôlement, le meurtre et les mutilations, les viols et autres formes de violence sexuelle, les enlèvements, les attaques contre des écoles et des hôpitaux ainsi que le refus de l’accès humanitaire par les parties à un conflit armé et toutes les autres violations du droit international, notamment du droit international humanitaire, du droit des droits de l’homme et du droit des réfugiés, commises contre des enfants dans des situations de conflit armé et exige que toutes les parties concernées mettent immédiatement fin à ces pratiques et prennent des mesures spéciales pour protéger les enfants. 

Le Conseil réaffirme le droit à l’éducation et sa contribution à la réalisation de la paix et de la sécurité et se déclare gravement préoccupé par l’augmentation considérable des attaques contre des écoles ces dernières années et par le nombre alarmant d’enfants qui sont en conséquence privés de l’accès à une éducation de qualité, ainsi que par les attaques contre des écoles et leurs infrastructures évoquées dans le dernier rapport du Secrétaire général en date du 9 juin 2020 sur le sort des enfants en temps de conflit armé (A/74/845-S/2020/525), par la gravité et la fréquence des menaces d’attaques proférées et des attaques commises contre des écoles, des enfants, des enseignants et d’autres personnes ayant droit à une protection qui sont liées aux écoles, par l’utilisation d’écoles à des fins militaires, ainsi que par les conséquences graves de ces attaques sur la sécurité des élèves et leur capacité d’exercer leur droit à l’éducation. 

Le Conseil réitère sa ferme condamnation des attaques commises ainsi que des menaces d’attaque proférées, en violation du droit international humanitaire applicable, contre des écoles, des enfants, des enseignants et d’autres personnes ayant droit à une protection qui sont liées aux écoles, réitère la profonde préoccupation que lui inspire la fermeture d’écoles en temps de conflit armé du fait d’attaques et de menaces d’attaque et exhorte toutes les parties à des conflits armés à mettre immédiatement fin à ces attaques et menaces d’attaques et à s’abstenir de toute action qui entrave l’accès des enfants à l’éducation.

Le Conseil se déclare profondément préoccupé par l’utilisation d’écoles à des fins militaires, en violation du droit international humanitaire applicable, et considère qu’une telle utilisation peut faire des écoles des cibles légitimes d’attaque, mettant ainsi en danger la sécurité des enfants et des enseignants et l’éducation des enfants et, à cet égard, encourage les États Membres à prendre des mesures concrètes pour empêcher l’utilisation d’écoles en violation du droit international applicable par des forces armées et des groupes armés non étatiques, et pour faciliter la poursuite de l’enseignement en situation de conflit armé, et exhorte toutes les parties à un conflit armé à respecter le caractère civil des écoles conformément au droit international humanitaire. 

Le Conseil se déclare particulièrement préoccupé par le fait que de nombreux enfants touchés par des conflits armés, en particulier les filles, n’ont pas accès à l’éducation du fait que les écoles sont la cible d’attaques ou que les bâtiments sont endommagés ou détruits, du fait de la présence de mines et de restes explosifs de guerre, de l’insécurité, de la prévalence de la violence, y compris les violences sexuelles et fondées sur le genre commises sur la personne d’enfants, dans les écoles et à leurs abords, ou de la perte ou de l’absence de documents d’état civil. 

Le Conseil demeure profondément préoccupé par le fait que les filles et les femmes peuvent être les victimes désignées d’attaques visant des écoles, et se déclare préoccupé par les conséquences spécifiques de telles attaques, notamment, mais pas exclusivement, les viols et autres formes de violence sexuelle, les menaces d’attaques, à l’école et sur le chemin de l’école, les enlèvements, les mariages forcés, l’esclavage sexuel, la traite des êtres humains, et toute stigmatisation et conséquence grave qui en résultent pour leur santé, qui peuvent être autant d’obstacles supplémentaires à la poursuite de leur éducation. 

Le Conseil condamne l’impunité pour les violations commises contre des enfants, des enseignants et d’autres personnes ayant droit à une protection qui sont liées aux écoles dans les situations de conflit armé, ainsi que pour les attaques et menaces d’attaques contre des écoles commises ou proférées en violation du droit international humanitaire, ce qui peut contribuer à la répétition de ces actes, et exhorte les États Membres à faire en sorte que les attaques commises contre des personnes ayant droit à une protection qui sont liées aux écoles et contre des écoles en violation du droit international humanitaire fassent l’objet d’enquêtes et que les responsables soient dûment poursuivis.

Le Conseil prie le Secrétaire général de continuer à suivre la question de l’utilisation d’écoles à des fins militaires en violation du droit international humanitaire, ainsi que des attaques et des enlèvements d’enfants, d’enseignants et d’autres personnes ayant droit à une protection qui sont liées aux écoles, et à lui rendre compte à ce sujet, et demande aux équipes spéciales de pays des Nations Unies de suivre de plus près l’utilisation d’écoles à des fins militaires et d’améliorer la communication d’informations à ce sujet. 

Le Conseil encourage le Secrétaire général, avec sa Représentante spéciale pour la question des enfants et des conflits armés et les organes de l’ONU ainsi que les acteurs compétents en matière de protection de l’enfance, à mettre en œuvre et à inclure dans ses rapports les enseignements tirés et les meilleures pratiques concernant le mandat relatif au sort des enfants en temps de conflit armé, s’agissant notamment de la protection des écoles contre les attaques en temps de conflit armé commises en violation du droit humanitaire international, en s’appuyant sur sa résolution 1998 (2011)

Le Conseil exhorte les États Membres à mettre au point des mesures concrètes pour prévenir les attaques et les menaces d’attaques contre les écoles et y faire face, y compris, le cas échéant, en élaborant des cadres juridiques nationaux pour assurer le respect des obligations juridiques internationales pertinentes qui leur sont applicables, et encourage les États Membres à veiller à ce que les cadres stratégiques nationaux incluent, selon qu’il convient, des mesures complètes destinées à prévenir les attaques contre des écoles en violation du droit international humanitaire, contre des enfants, des enseignants et d’autres personnes ayant droit à une protection qui sont liées aux écoles lors des conflits armés ainsi que dans les phases postérieures aux conflits, avec le concours d’entités compétentes des Nations Unies. 

Le Conseil demande aux États Membres de veiller à ce que leurs forces armées et leurs forces de sécurité, dans la limite des compétences respectives que leur confère la législation nationale, intègrent ou continuent d’intégrer des mesures concrètes de protection des écoles, des enfants, des enseignants et d’autres personnes ayant droit à une protection qui sont liées aux écoles dans la planification et la conduite de leurs opérations, notamment en s’abstenant d’utiliser des écoles à des fins militaires en violation du droit international humanitaire. 

Le Conseil souligne qu’il importe de fournir aux militaires, aux policiers et aux civils chargés du maintien de la paix une formation adéquate, avant le déploiement et pendant la mission, sur les questions de protection des enfants propres à la mission, y compris les attaques contre les écoles, et sur les mesures globales de prévention et de protection appropriées. 

Le Conseil encourage les États Membres touchés par des conflits armés qui ne l’ont pas encore fait à procéder à un recensement des écoles qui ont été la cible d’attaques et des écoles dans lesquelles des enfants, des enseignants ou d’autres personnes ayant droit à une protection qui sont liées aux écoles ont fait l’objet de menaces d’attaques.

Le Conseil appelle les États Membres à fournir l’assistance nécessaire aux enfants, y compris ceux qui sont en situation de vulnérabilité, tels les déplacés, les réfugiés et les enfants handicapés, les enseignants et les autres personnes ayant droit à une protection qui sont liées aux écoles touchées par des attaques contre des écoles ou par l’utilisation d’écoles à des fins militaires en violation du droit international et à prendre immédiatement des mesures pour remettre en état, réparer ou remplacer les écoles qui ont été attaquées et rétablir l’accès des enfants aux écoles en toute sécurité, en soulignant qu’il faut protéger et soutenir les enseignants, qui jouent un rôle important à cet égard, et demande que l’UNICEF et les autres entités compétentes des Nations Unies, ainsi que les organismes internationaux et régionaux, continuent d’aider les États Membres qui le souhaitent. 

Le Conseil insiste sur la nécessité pour les États Membres de faciliter la continuité de l’enseignement dans les situations de conflit armé, y compris en recourant à l’apprentissage à distance et aux technologies numériques, et à cet égard appelle les États Membres à promouvoir des tels programmes d’enseignement, et encourage la communauté internationale à soutenir les services d’enseignement à distance.

Le Conseil demande à nouveau aux parties à des conflits armés énumérées dans les annexes du rapport du Secrétaire général sur le sort des enfants en temps de conflit armé qui ne l’ont pas encore fait d’élaborer et de mettre en œuvre sans plus tarder, avec l’appui de l’Organisation des Nations Unies, des plans d’action destinés à prévenir et à faire cesser les attaques ou les menaces d’attaques contre des personnes ayant droit à une protection qui sont liées aux écoles ainsi que contre des écoles en violation du droit international humanitaire.

Le Conseil se déclare préoccupé par le caractère régional et transfrontalier des violations et atteintes que subissent les enfants touchés par des conflits armés et demande aux États Membres, aux missions de maintien ou de consolidation de la paix et aux missions politiques des Nations Unies ainsi qu’aux équipes de pays des Nations Unies et aux organismes régionaux et sous-régionaux, dans le cadre de leurs mandats respectifs et en étroite coopération avec les gouvernements des pays concernés, de continuer à s’efforcer de mettre au point et d’appliquer des stratégies et des mécanismes de coordination appropriés pour les échanges d’informations et la coopération concernant les questions de protection de l’enfance, en particulier les problèmes transfrontières, et de veiller à ce que la protection de l’enfance soit prise en compte dans les stratégies et mécanismes de coordination transfrontières déjà existants, en ayant à l’esprit les conclusions pertinentes du Groupe de travail du Conseil de sécurité sur les enfants et les conflits armés et l’alinéa d) du paragraphe 2 de sa résolution 1612 (2005).

Le Conseil se déclare préoccupé par la détérioration continue de la sécurité et de la situation humanitaire et par l’augmentation du nombre d’actes de terrorisme dans la région du Sahel, qui ont coûté la vie à de nombreux civils ainsi qu’à de nombreuses personnes déplacées, et privé des enfants de l’accès à l’éducation en raison de la fermeture des écoles. 

Le Conseil se félicite du renforcement de la surveillance et de la communication de l’information concernant l’impact des dynamiques régionale et sous-régionale des conflits armés sur les enfants dans le bassin du lac Tchad et encourage l’adoption d’une approche similaire pour la surveillance et la communication de l’information dans les régions concernées, notamment la région du Sahel. 

Le Conseil prend note des initiatives internationales et régionales prises sur le sort des enfants en temps de conflit armé, et prend également note des efforts faits pour promouvoir et protéger le droit à l’éducation et pour faciliter la poursuite de l’enseignement en situation de conflit armé, y compris les efforts faits par les États Membres qui sont signataires de la Déclaration sur la sécurité dans les écoles.

Le Conseil prend note de la résolution 74/275 de l’Assemblée générale, qui a institué la Journée internationale pour la protection de l’éducation contre les attaques, souligne la nécessité de l’accès à une éducation de qualité pour toutes les filles et tous les garçons en temps de conflit armé, y compris celles et ceux qui suivent des programmes de réintégration, notant que les écoles peuvent offrir des espaces sûrs d’une importance vitale, des services de soutien psychosocial et autres, promouvoir les compétences, être une base pour l’apprentissage tout au long de la vie et contribuer à la stabilité et à la réduction de la pauvreté et, à cet égard, reconnaît l’importance de l’éducation pour ce qui est de prévenir les conflits violents et de pérenniser la paix.

Le Conseil demande aux États Membres de protéger les écoles en tant qu’espaces libres de toute forme de violence, de veiller à ce qu’elles soient accessibles à tous les enfants, y compris aux enfants en situation de vulnérabilité, et de prendre des mesures pour apporter une réponse à la question de l’exercice du droit à l’éducation dans des conditions d’égalité entre les filles et les garçons. 

Le Conseil réaffirme les appels à un cessez-le-feu mondial lancés par le Secrétaire général, tels qu’il les a appuyés dans sa résolution 2532 (2020) et tels que les a réaffirmés la Représentante spéciale du Secrétaire général pour la question des enfants et des conflits armés à la lumière de la pandémie de COVID-19, ainsi que l’appel de la Représentante spéciale à préserver et à respecter le caractère civil des écoles, comme l’exige la protection des enfants en temps de conflit armé.

Le Conseil reconnaît l’impact négatif disproportionné de la pandémie de COVID-19, notamment l’impact socioéconomique, et les effets néfastes sur les enfants en temps de conflit armé et des enfants séparés de groupes armés et de forces armées qui bénéficient d’une aide à la réintégration, et note le risque accru pour les enfants touchés par des conflits armés de ne pas reprendre leurs études après la fermeture des écoles, en particulier les filles, ce qui les rend plus vulnérables au travail des enfants et au recrutement d’enfants ainsi qu’au mariage forcé et, à cet égard, exhorte les États Membres à assurer l’accès à une éducation de qualité pour tous. 

Le Conseil réitère sa détermination à assurer le respect et la mise en œuvre de ses résolutions et des déclarations de sa présidence concernant le sort des enfants en temps de conflit armé, ainsi que le respect d’autres engagements et obligations internationaux en matière de protection des enfants touchés par les conflits armés. 

Déclarations

Mme VIRGINIA GAMBA, Représentante spéciale du Secrétaire général pour le sort des enfants en temps de conflit armé, a rappelé que dans sa résolution 2143 (2014), le Conseil de sécurité a reconnu que l’utilisation des écoles à des fins militaires entrave gravement l’accès à l’éducation des enfants et appelé les États à prendre des mesures concrètes pour y remédier.  Certains membres ont ensuite lancé la Déclaration sur la sécurité dans les écoles, qui compte aujourd’hui 105 signataires.  « Cela montre bien que quand on veut, on peut », a déclaré Mme Gamba, tout en notant l’insuffisance des progrès en la matière.  « Au contraire, il semble que nous assistons à l’émergence d’une tactique de guerre, en particulier dans le Sahel, qui cible les écoles précisément parce qu’elles sont des écoles et en particulier lorsqu’elles sont fréquentées par des filles », a déclaré la Représentante spéciale.  Ces deux dernières années au Mali, des enseignants ont essuyé des menaces, tandis que des bâtiments scolaires ont été démolis et du matériel éducatif a été brûlé, conduisant à la fermeture de plus de 1 260 écoles.  Une tendance similaire est à l’œuvre au Burkina Faso, qui a enregistré la fermeture de 2 500 écoles.  En Asie et en Amérique du Sud, la Représentante spéciale a fait état d’attaques grandissantes entravant l’accès à l’éducation au sein des communautés autochtones. 

Mme Gamba a déclaré que la pandémie n’a fait qu’aggraver les choses, les fermetures d’écoles et l’effondrement des économies constituant un terrain favorable pour l’enrôlement d’enfants, les violences sexuelles à leur endroit ou bien encore les mariages d’enfants.  La privation d’éducation des enfants revient à éliminer l’outil à leur disposition pour surmonter le désespoir et se forger un avenir.  « Cela doit cesser », a martelé la Représentante spéciale, en demandant la sanctuarisation des écoles et en rappelant que l’éducation est un droit, pas un choix.  Elle a exhorté toutes les parties belligérantes à mieux protéger écoliers et enseignants et à respecter le caractère civil des écoles.  Les gouvernements ont l’obligation de protéger l’éducation, même par temps de pandémie et de guerre.  En conclusion, la Représentante spéciale a espéré que les différentes mesures et initiatives, y compris ce débat public, permettront de renforcer l’élan en vue d’améliorer la protection des écoles et de mettre un terme aux attaques contre l’éducation.  « Agissons maintenant. »

Mme HENRIETTA FORE, Directrice générale du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), a indiqué que la pandémie perturbe l’apprentissage scolaire de plus d’un milliard d’enfants dans le monde.  Elle a rappelé les 494 attaques perpétrées contre les écoles l’année dernière, ajoutant que ces attaques semblent n’avoir pour but que de priver des enfants et des communautés de tout espoir en l’avenir.  Un cinquième de ces attaques de 2019 a eu lieu en Afrique de l’Ouest et centrale, y compris la région sahélienne.  D’année en année, ce nombre ne fait que croître, a-t-elle déploré, en mentionnant les 55 écoles attaquées au cours des 18 derniers mois au Burkina Faso ainsi que plus de 340 écoles qui ont dû être fermées au Niger en raison de l’insécurité.  La Directrice générale a déclaré qu’un nombre disproportionné d’enfants ayant besoin d’une protection humanitaire vivent dans le Sahel.  Elle a indiqué que les enfants privés d’école courent un risque accru d’être enrôlés par des groupes armés et d’être la cible de violences.  « Aucun chiffre ne peut illustrer les dommages infligés à l’âme de ces jeunes gens qui voient leurs écoles attaquées », a affirmé Mme Fore. 

La protection des écoles est une obligation morale que nous avons échoué à faire respecter, a poursuivi la Directrice générale, avant de détailler les efforts de l’UNICEF pour remédier aux besoins des enfants privés d’école.  L’UNICEF fournit kits scolaires et cahiers au Burkina Faso, au Niger et en Mauritanie.  L’UNICEF apporte un soutien psychosocial aux enfants ayant été témoins « de ce que l’humanité a de pire » et œuvre de concert avec les gouvernements de la région sahélienne au développement de l’enseignement à distance.  L’UNICEF voit dans cette pandémie l’occasion de développer un tel enseignement, qui constitue une réelle alternative pour les enfants vivant dans une situation de conflit, a-t-elle argué. 

Appelant à la générosité des donateurs, Mme Fore a rappelé que le manque de financement dans le domaine de l’éducation est criant au Sahel, soulignant la nécessité de le combler afin que les pays sahéliens ne perdent pas une « génération entière de jeunes cerveaux ».  Reconnaissant que ces efforts ne visent qu’à remédier aux symptômes, elle a exhorté le Conseil à remédier aux causes de cette maladie que sont les attaques liées à l’éducation.  « Traiter cette maladie implique que nous allions au-delà de ce que nous avons déjà fait. »  Mme Fore a ainsi exhorté le Conseil à condamner toutes ces attaques; à prendre des mesures concrètes pour protéger l’accès à l’éducation; à mettre un terme à l’impunité des responsables de violations du droit international et à signer la Déclaration sur la sécurité dans les écoles.  « Il n’y a pas d’excuses.  Nous devons mettre un terme à l’utilisation militaire des écoles.  Maintenant. »  Enfin, la Directrice générale a exhorté le Conseil à continuer de faire de cette question une priorité.

Mme MARIK TSOLAKIS, chercheuse principale à la Coalition mondiale pour la protection de l’éducation contre les attaques, a relevé que 105 États ont adopté la Déclaration sur la sécurité dans les écoles, mais que les attaques violentes contre les écoles se poursuivent à un rythme alarmant dans le monde.  La Coalition mondiale a répertorié au moins 11 000 attaques contre l’éducation au cours des cinq dernières années et signalé que, dans au moins 34 pays, les établissements scolaires ont été utilisés à des fins militaires, aussi bien par les forces de l’État que par des groupes armés non étatiques.

Elle a alerté que la situation au Sahel est particulièrement préoccupante, notamment au Burkina Faso, au Mali et au Niger où des groupes armés menacent, enlèvent et tuent régulièrement les enseignants et détruisent les écoles à l’aide d’engins explosifs.  Les militaires et les groupes armés ont également tous deux utilisé des établissements scolaires comme lieu d’exécution.  Près de 100 attaques ont déjà été recensées en 2020 lesquelles, a-t-elle expliqué, provoquent la fuite ou l’arrêt de travail des enseignants et la suspension des cours.  Craignant d’être les prochaines cibles, les écoles environnantes ferment à leur tour leurs portes, ce qui se répercute sur l’apprentissage de centaines de milliers d’enfants.  En outre, les victimes souffrent de répercussions psychologiques et économiques à long terme et n’obtiennent pas l’appui dont elles ont besoin.

Mme Tsolakis a aussi indiqué que des groupes armés ont eu recours à la force pour maintenir la fermeture des écoles qui avaient fermé leurs portes en raison de la pandémie de COVID-19.  Au Mali, 27 attaques et 500 menaces ont été signalées au courant du mois de juin 2020, tandis qu’au Burkina Faso, 13 écoles ont été la cible d’attaques fin juillet dans un seul district, s’est-elle inquiétée.

Poursuivant, l’experte a engagé le Conseil de sécurité à entériner et mettre en œuvre la Déclaration sur la sécurité dans les écoles de façon sexospécifique.  Elle l’a également appelé à appuyer les équipes de pays de l’ONU pour leur permettre d’intervenir en toute sécurité auprès des parties à un conflit pour qu’elles signent des plans d’action visant à mettre un terme et prévenir les attaques contre les écoles.  Mme Tsolakis a également voulu que les opérations de paix et les missions politiques spéciales soient dotées d’un mandat de protection de l’enfance et de l’appui nécessaire pour contrôler et signaler les attaques contre les écoles ou leur utilisation à des fins militaires.  Il conviendrait en outre d’intégrer la question de la protection des étudiants, des enseignants, des écoles et des universités aux agendas « protection des civils » et « jeunes, paix et sécurité », a-t-elle recommandé.

La jeune femme invitée du Conseil, HADIZA, a noté les graves conséquences sociales du déni d’accès à l’éducation des enfants.  Ceux-ci sont pourtant les espoirs de demain, a-t-elle déclaré.  Elle a ensuite égrené les sévices et violences endurés par des camarades au Niger, en particulier la violence sexuelle qui vise les jeunes filles.  Elle a imputé ces violences à des groupes et individus qui ne veulent pas voir les enfants fréquenter « des écoles occidentales ».  « Voudriez-vous voir vos enfants souffrir de la sorte? » a-t-elle lancé aux membres du Conseil.  « Évidemment que non. »

Elle a ainsi demandé l’adoption d’une véritable stratégie au niveau international afin de garantir aux enfants un accès à l’éducation, en particulier pour les filles.  Elle a aussi plaidé pour une meilleure sécurisation des écoles en temps de conflit, afin de mieux protéger les droits des enfants, et appelé à une mobilisation de la communauté internationale afin de prévenir les attaques contre les écoles.  Enfin, elle s’est adressée spécifiquement au Gouvernement du Niger en l’exhortant à œuvrer au développement de l’enseignement à distance, en prévoyant les moyens nécessaires à cette fin, en particulier des ordinateurs.  Les écoles ne doivent pas être utilisées à des fins militaires, a aussi demandé Hadiza. 

Mme RIMANA YOUSSOUF ASSANE MAYAKI, Présidente du Parlement des jeunes du Niger, a indiqué qu’elle n’a pas eu de difficultés lors de sa scolarité mais que cela aurait été une autre histoire si elle était née ailleurs au Niger.  Des écoles ont été brûlées et des enseignants ont été menacés, a-t-elle dit.  Elle a énuméré les causes du terrorisme, parmi lesquelles la pauvreté, le chômage, une idéologie religieuse dévoyée et un manque d’accès à l’éducation.  En conséquence, l’illettrisme gagne du terrain et les parents sont contraints de marier leurs filles afin de les préserver de l’insécurité dans les écoles.  « Une génération entière a vu son enfance se dérouler au son des armes », a-t-elle dit, avant de rappeler l’importance du droit à la vie et à l’éducation. 

Mme Mayaki a déclaré que l’éducation des enfants vivant dans une situation de conflit armé est au cœur du travail du Parlement des jeunes du Niger, qu’elle préside.  Lors de sa dernière session, les membres du Parlement ont, pendant deux heures, pu partager leurs indignations et recommandations avec le Premier Ministre et le Ministre de la justice du Niger, a-t-elle indiqué. 

S’exprimant au nom des A3+1 (Afrique du Sud, Tunisie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et Niger), M. ABDOU ABARRY (Niger) s’est félicité qu’à l’occasion de ce débat public sur les attaques contre les écoles, le Conseil de sécurité donne la parole à des victimes de ce phénomène.  Face à cette « barbarie de notre temps », il a jugé essentiel que le Conseil de sécurité évalue les progrès réalisés depuis l’adoption de la résolution 1998 (2011) et des résolutions connexes ultérieures, et qu’il renouvelle son engagement à offrir un environnement d’apprentissage adéquat à tous les enfants. 

Saluant les développements intervenus dans la protection des écoles au niveau mondial, M. Abarry a estimé que la signature d’un plan d’action pour décourager les attaques contre les écoles, entre un groupe armé en République centrafricaine et le Bureau de la Représentante spéciale pour le sort des enfants en temps de conflit armé, mérite d’être citée en exemple.  Il s’est également félicité que le Mali ait mis en œuvre les engagements pris dans la Déclaration sur la sécurité dans les écoles et que le Burkina Faso, en raison de la pandémie de COVID-19, ait étendu l’enseignement à distance aux enfants touchés par le conflit, en collaboration avec l’UNICEF, l’UNESCO, et les organismes régionaux. 

Convaincu de la nécessité d’assurer une éducation de qualité aux enfants, y compris ceux qui se trouvent dans des situations de vulnérabilité, M. Abarry a aussi jugé important d’accorder une attention particulière aux violences et aux traumatismes subis par les filles dans les situations de conflit.  Il s’est par ailleurs réjoui que la déclaration présidentielle, adoptée à son initiative et à celle de la Belgique, se concentre sur le ciblage des écoles dans le cadre plus large de la protection des enfants dans les conflits armés et appelle à des « efforts hardis » pour remédier aux effets néfastes de ces attaques, en particulier le travail des enfants, le recrutement forcé des enfants par des groupes armés et le mariage précoce. 

Si les écoles sont devenues la cible des groupes armés terroristes, notamment au Sahel, c’est parce qu’elles constituent « un creuset du savoir », a souligné le représentant.  Dès lors, a-t-il ajouté, il importe que les États adoptent des législations et des politiques axées sur la protection de l’enfant, qui prennent en compte la dimension genre et qui soient conformes au droit international humanitaire, à la Convention relative aux droits de l’enfant et à ses protocoles facultatifs concernant les enfants dans les conflits armés.  Il convient également que les États s’engagent à respecter davantage le caractère civil des écoles, a-t-il plaidé, appelant en conclusion au soutien des opérations de réhabilitation et de reconstruction des écoles détruites, meilleure réponse, selon lui, pour « renforcer le rôle des écoles comme vecteur de promotion et de consolidation de la paix ». 

M. PHILIPPE KRIDELKA (Belgique) a estimé que la première Journée internationale pour la protection de l’éducation contre les attaques doit servir de « signal d’alarme », l’ONU ayant recensé en 2019 près de 500 attaques contre des écoles dans des zones de conflit, avec un nombre de violations graves vérifiées par l’ONU qui a triplé depuis 2010.  Au Sahel, par exemple, le nombre d’écoles fermées suite aux violences a été multiplié par six depuis 2017.  De plus, des centaines de milliers de filles sont exposées au risque de ne plus jamais retourner à l’école et des générations entières se voient privées de leurs espoirs.  C’est notre devoir collectif de protéger le droit à l’éducation pour tous, a-t-il souligné, apportant son plein soutien à la déclaration présidentielle adoptée ce jour. 

M. Kridelka a rappelé que la lutte contre l’impunité est une des pierres angulaires de la politique étrangère de la Belgique.  Il s’est donc réjoui que la déclaration présidentielle condamne l’absence de responsabilité pour les violations commises et demande aux États Membres d’assurer l’enquête et la poursuite des responsables des attaques en violation du droit international humanitaire.  Conformément aux résolutions de ce Conseil, toute la gamme des mécanismes de justice doit être utilisée, y compris les cours et tribunaux pénaux nationaux, internationaux ou mixtes, et les mécanismes de justice transitionnelle, a-t-il fait valoir.

En tant que Présidente du Groupe de travail sur le sort des enfants en temps de conflit armé, la Belgique a indiqué que son ambition était d’adopter des conclusions concernant chacune des 14 situations de conflit armé avec des parties qui commettent des violations graves contre des enfants.  Elle s’efforce également de maintenir les forces du mandat du Conseil de sécurité concernant les enfants en situations de conflit armé, notamment l’intégrité et l’impartialité du mécanisme d’inscription sur la liste des parties qui se livrent à des violations des droit de l’enfant, un « outil précieux et puissant », selon le représentant.  En outre, M. Kridelka a jugé plus pertinent que jamais que les questions de protection des enfants soient au centre des efforts de médiation et des formations des personnels chargés du maintien de la paix.  En conclusion, il a appelé tous les États à rejoindre la Déclaration sur la sécurité des écoles, à ratifier le Protocole facultatif à la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés, et à souscrire aux Principes de Paris et de Vancouver. 

M. SVEN JÜRGENSON (Estonie) a déploré la nette augmentation du nombre d’écoles qui ont été obligées de fermer leurs portes en raison de l’insécurité au Sahel, avec des conséquences négatives pour près de 650 000 enfants depuis 2017.  Il a souligné l’importance d’assurer un suivi des attaques liées aux écoles, de ventiler les données selon le genre et de renforcer la reddition de la justice.  Il a également souhaité que les missions onusiennes soient dotées d’une capacité spécifique de protection des enfants, avant de rappeler que son pays a signé la Déclaration sur la sécurité dans les écoles.

Le délégué a défendu une protection spécifique pour les filles qui sont souvent prises pour cible en raison de leur genre et sont victimes de violence sexuelle.  L’Estonie continue d’appuyer l’accès à l’éducation au Liban, en Jordanie, en Turquie et en Afrique de l’Est, ainsi qu’auprès des déplacés dans l’est de l’Ukraine.  M. Jürgenson a noté que la pandémie n’a pas abouti à une baisse des attaques et a aggravé la vulnérabilité des écoles et des écoliers.  Enfin, le représentant a indiqué que des mesures concrètes sont à prendre pour mieux protéger les écoles, les écoliers et les enseignants.  Il s’agit d’une des manières les plus efficaces de remédier aux causes des conflits et de la violence et d’assurer une paix et une sécurité sur le long terme, a-t-il conclu.

M. DANG DINH QUY (Viet Nam) a rappelé que 494 attaques ont été perpétrées contre des écoles en 2019 et s’est préoccupé de l’utilisation des écoles à des fins militaires.  La pandémie n’a fait qu’aggraver la situation, a-t-il ajouté.  Le délégué a estimé que la protection des enfants par temps de conflit armé demeure une tâche primordiale de ce Conseil, avant de rappeler la responsabilité première qui incombe à chaque État Membre de mieux protéger les enfants, qui sont « notre avenir ».  Les écoles doivent être des sanctuaires dans les zones de conflit et offrir un abri aux enfants vulnérables, a-t-il insisté.

Le délégué a défendu une approche conjuguant prévention, médiation et instauration d’un environnement propice pour remédier aux causes profondes de telles attaques.  Il a appelé toutes les parties belligérantes à se conformer au droit international humanitaire et souligné l’importance, à ce titre, de la Déclaration sur la sécurité dans les écoles.  Tous les pays qui ne l’ont pas encore fait devraient signer cette déclaration, a-t-il recommandé.  Enfin, le représentant du Viet Nam a redit l’engagement robuste de son pays en faveur de la protection des enfants et de leur accès à l’éducation.

Pour Mme CHERITH NORMAN-CHALET (États-Unis), il faut prendre en compte, dans la quête d’une paix et d’une sécurité durables, les conséquences des échecs à faire respecter les règles de protection des enfants et des écoles.  Les terroristes ciblent de manière délibérée les écoles parce qu’elles sont essentielles à la résilience des communautés et qu’elles sont un symbole des institutions gouvernementales, a-t-elle fait remarquer.  Elle a rappelé que les filles sont disproportionnellement prises pour cibles par les groupes opposés à l’égalité entre les genres s’agissant de l’accès à l’éducation.  Mme Norman-Chalet a déploré la recrudescence des attaques dans le centre du Sahel contre les enfants, près de cinq millions d’entre eux ayant besoin d’une assistance humanitaire.  La fermeture de centaines d’écoles a affecté près de 650 000 enfants.  La violence ayant conduit à ces fermetures doit cesser immédiatement, a martelé la déléguée. 

Mme Norman-Chalet a indiqué que son pays a pour priorité non seulement d’apporter une protection vitale aux enfants mais aussi d’appuyer les efforts permettant une autonomisation des enfants sur le long terme, notamment par l’éducation.  « Nous avons récemment donné 2,3 millions de dollars pour étendre le programme de riposte d’urgence du Burkina Faso dans le cadre du programme “L’Éducation ne peut pas attendre” afin de préserver les services éducatifs auprès des communautés affectées par un conflit. »  L’Administration Trump est plus que jamais engagée en faveur de l’autonomisation des enfants, a conclu la représentante des États-Unis.

Mme MORRISON (République dominicaine) a condamné les attaques contre les écoles, ainsi que leur utilisation à des fins militaires.  « Les parties doivent immédiatement mettre un terme à une telle utilisation. »  Elle a insisté sur la pertinence de la Déclaration sur la sécurité dans les écoles, tout en notant que le Niger, le Burkina Faso et le Mali font partie des 104 signataires, dont la République dominicaine.  Elle a plaidé pour l’universalisation de ce texte et enjoint les États qui ne l’ont pas encore fait à la signer.  La déléguée a demandé que les attaques contre les écoles fassent l’objet d’une enquête systématique et que leurs auteurs soient traduits en justice, la Cour pénale internationale étant d’un appui crucial à cet égard. 

Une autre mesure importante est la sensibilisation et la formation des forces de défense et de sécurité nationales au droit international, a recommandé la déléguée, qui a aussi souhaité que l’éducation des enfants puisse se poursuivre en temps de conflit armé.  La déléguée a ensuite insisté sur la vulnérabilité particulière des filles, qui sont souvent la cible d’actes de violence odieuse lorsqu’elles sont à l’école ou sur le chemin de l’école.  À cette aune, elle a notamment souhaité la désignation au sein des missions de paix d’un expert en protection des enfants.  La déléguée a conclu son intervention par ces mots de Malala: « Un enfant, un enseignant, un livre et un crayon peuvent changer le monde. »

M. GENNADY V. KUZMIN (Fédération de Russie) a fait remarquer que depuis l’adoption des résolutions 1612 (2005) et 1998 (2011), la situation des enfants impliqués dans un conflit armé fait l’objet d’un suivi constant de la part du Conseil de sécurité.  Il a espéré que l’adoption, aujourd’hui, de la déclaration présidentielle permettra de renforcer le régime de protection des enfants ainsi que le droit international.  Le représentant s’est dit satisfait que les normes du droit international humanitaire permettent d’identifier quelles infrastructures sont civiles ou militaires.  Il est important que les informations en la matière ne soient pas ambiguës, a-t-il insisté avant d’appeler au respect des normes du droit international humanitaire. 

Poursuivant, M. Kuzmin a fait observer que la Déclaration sur la sécurité dans les écoles est le fruit d’un groupe restreint de pays et ne bénéficie pas d’une reconnaissance universelle.  Il a également déploré que la déclaration présidentielle n’aborde pas la question du rapatriement des enfants qui se trouvent dans des zones de conflit.  Il a fait savoir que la Russie avait rapatrié des enfants russes depuis la Syrie et a engagé les autres États Membres à faire de même.  S’agissant justement du conflit Syrien, le délégué a appelé à accorder une attention toute particulière à la reconstruction des écoles, jugeant en outre indispensable de fournir du matériel scolaire à la Syrie.  Il a en outre dénoncé les groupes armés qui s’en prennent délibérément aux écoles. 

Mme NATHALIE BROADHURST ESTIVAL (France) a rappelé son engagement en faveur de la protection des enfants et des écoles et s’est réjouie de l’adoption de la déclaration présidentielle portée par le Niger et la Belgique.  Au lendemain de la première Journée internationale pour la protection de l’éducation contre les attaques, elle a constaté que la « réalité glaçante » de ces agressions a perduré en 2019 et se poursuit en 2020, en totale violation du droit international.  La pandémie de coronavirus amplifie ces difficultés, a-t-elle relevé, ajoutant que la fermeture des écoles expose davantage les enfants, et en particulier les filles, au travail précoce mais aussi aux mariages précoces et forcés. 

Dans ce contexte, le Conseil de sécurité doit rester mobilisé, à travers son groupe de travail mais également dans l’ensemble de son action, a plaidé la déléguée.  Pour sa part, la France continuera à appeler à l’endossement universel des Principes et engagements de Paris, qui font de la scolarisation une priorité pour lutter contre le recrutement et contre l’exploitation d’enfants, et de la Déclaration sur la sécurité dans les écoles.  Affirmant avoir fait de l’éducation une priorité de son action extérieure, elle a indiqué avoir sensiblement augmenté son aide bilatérale dans ce domaine et soutenir activement l’UNESCO en la matière, notamment pour renforcer la résilience des jeunes face à l’extrémisme violent au Sahel. 

La France, a poursuivi la représentante, s’est également réengagée en 2018 au sein du Partenariat mondial pour l’éducation, avec une contribution de 200 millions d’euros pour le cycle 2018-2020.  Elle participera activement à la campagne de mobilisation des ressources en vue de la conférence de reconstitution des fonds de ce partenariat pour l’été 2021, a-t-elle assuré.  La France soutient en outre la mise en place d’environnements protecteurs pour les filles au sein des écoles via l’initiative « Priorité à l’égalité », qui intervient dans les pays du Sahel. 

M. GUENTER SAUTTER (Allemagne) a rendu hommage aux jeunes intervenants de Niamey et Diffa pour leur courage et leur récit de persévérance dans la recherche de la justice, avant de rappeler que l’Allemagne a été à l’initiative de la résolution 1998 (2011) qui a mis en place des normes et des dispositions pour la protection des écoles et des hôpitaux.  Constatant avec regret que les attaques et les menaces d’attaque sont en augmentation, il a estimé que l’initiative prise par le Niger et la Belgique de mettre à jour la résolution 1998 avec une déclaration présidentielle tombe à point nommé.  Pour la délégation, il importe que le Conseil reconnaisse la menace persistante pour les enfants résultant des attaques contre les écoles et qu’il prescrive des mesures opérationnelles supplémentaires. 

Les écoles sont bien davantage que des lieux d’éducation, a fait valoir le représentant, condamnant notamment les attaques perpétrées en Syrie, où, comme l’a dénoncé en février le Ministre allemand des affaires étrangères, « le régime et la Russie » ont bombardé des infrastructures civiles, telles que des écoles et des hôpitaux.  M. Sautter s’est également élevé contre les attaques ciblant des écoles pour filles, ces dernières souffrant de manière disproportionnée de ces violences.  Il a encouragé ceux qui ne l’ont pas encore fait à ratifier la Déclaration sur la sécurité dans les écoles et à la mettre en œuvre.

M. Sautter s’est déclaré préoccupé des effets de la pandémie de COVID-19, qui prive d’éducation des millions d’écoliers, et de la situation dans les zones de conflit, où les enfants n’ont souvent aucun accès aux services de santé et manquent d’un approvisionnement alimentaire régulier.  Il a appelé à appuyer l’appel du Secrétaire général en faveur de « stratégies agressives de retour à l’école ».  Le délégué s’est par ailleurs réjoui que la déclaration présidentielle adoptée ce jour contienne des mesures concrètes pour améliorer le suivi de la dynamique régionale et sous-régionale des conflits armés concernant les enfants.  Selon lui, les attaques et les enlèvements commis par Boko Haram sont un exemple visible de violations des droits des enfants qu’il faut surveiller, prévenir et juger.  Avant de conclure, il a plaidé pour que le Groupe de travail sur les enfants dans les conflits armés continue de suivre de près la situation des enfants dans les conflits à l’ordre du jour du Conseil, saluant l’action de la Belgique dans ce sens. 

M. ZHANG JUN (Chine) a regretté que plus d’un quart des pays du monde continuent d’être affectés par la violence et les conflits et que pour les enfants qui y vivent, les attaques contre les écoles privent nombre d’entre eux de leur droit à l’éducation.  Les écoles ne doivent pas être les victimes de conflits armés, a-t-il martelé en appelant la communauté internationale à agir pour permettre à chaque enfant de réaliser ses rêves.  Les attaques contre les écoles sont une ligne rouge à ne pas franchir, a-t-il tranché.

L’éducation, a poursuivi le représentant, est fondamentale car elle permet de réaliser une vision de paix et d’engager les pays sur la voie du développement durable.  Il a appelé à renforcer la résilience des écoles et empêcher qu’elles ne deviennent la cible d’attaques armées.  Il faut également régler des problèmes pratiques tels que le financement et la mise à disposition des technologies.  L’éducation ne doit pas être soumise à des interruptions forcées parce que les écoles ont été détruites, a insisté M. Zhang qui a jugé « fondamental » de reconstruire les écoles.  Estimant que les technologies numériques et l’apprentissage à distance doivent permettre de réduire au minimum les perturbations dans l’enseignement, il a appelé à élargir les possibilités d’apprentissage à distance dans les zones de conflit.  Il a aussi appelé à atténuer l’impact des mesures unilatérales.  M. Zhang a ensuite fait le point sur les efforts déployés par la Chine pour reconstruire des écoles, notamment à Bujumbura et au Liban.

M. DIAN TRIANSYAH DJANI (Indonésie) a estimé que les droits des enfants doivent être garantis afin de leur permettre de devenir nos futurs agents de paix.  Il a noté à cet égard que l’accès à une éducation de qualité est un droit pour les enfants qui leur donne les bases nécessaires pour contribuer à la paix et à la sécurité.  Les exposés faits à l’occasion de cette séance montrent toutefois que les conflits font obstacle à ce droit, a constaté le délégué, dénonçant les quelque 500 attaques qui ont visé des écoles en 2019.  Dans un tel contexte, il s’est félicité de l’adoption, ce jour, d’une déclaration présidentielle exprimant un soutien ferme à la protection des enfants et des écoles. 

Le représentant a fait valoir qu’il revient en premier lieu aux gouvernements nationaux de protéger les enfants et de répondre à leurs besoins en matière d’éducation.  Soulignant son engagement à assurer l’accessibilité de l’éducation pour tous, il a indiqué que son système éducatif, le quatrième mondial par la taille, représente environ 646 000 établissements, 3 millions d’enseignants et 60 millions d’écoliers et étudiants.  Il a également jugé que les gouvernements, les agences de l’ONU et la société civile ont un rôle à jouer pour rétablir un accès sûr aux écoles.  Il a salué à cet égard le soutien des missions de paix qui s’emploient à réparer ou remplacer les écoles victimes d’attaques, tout en les appelant à trouver des moyens novateurs pour dispenser une éducation de qualité dans les zones de conflit, comme s’efforcent de le faire les Casques bleus indonésiens.  Enfin, il a appuyé fermement le respect du caractère civil des écoles, y compris pendant la pandémie de COVID-19, ajoutant que l’appel à un cessez-le-feu mondial pourrait être un moment critique pour la reconstruction des écoles dans les situations de conflit. 

L’éducation est un droit humain, a déclaré Mme SONIA FARREY (Royaume-Uni), avant de dire sa préoccupation devant la recrudescence des attaques contre les écoles, y compris au Burkina Faso et au Mali.  Elle s’est félicitée de la décision du Secrétaire général d’inclure le Burkina Faso et le Cameroun dans son prochain rapport sur les enfants et les conflits armés.  Elle a rappelé que ces attaques affectent de manière disproportionnée les filles et visent souvent à entraver leur accès à une éducation.  Les filles sont déjà confrontées à des défis de taille dans la région sahélienne et dans le monde, notamment la violence sexuelle, et les fermetures massives d’écoles en raison de la pandémie ont accru ces défis, a-t-elle relevé.  Elle a souhaité que les filles, d’ici à 2030, puissent bénéficier de 12 années d’une éducation de qualité, ajoutant que son pays a fourni 117 millions de dollars au fonds mondial éducatif dans des situations d’urgence intitulé « L’Éducation ne peut pas attendre ».

Le Royaume-Uni a par ailleurs signé la Déclaration sur la sécurité dans les écoles, aux côtés de plus de 100 pays.  Elle a noté les préoccupations de certains pays devant cette déclaration, qui pourrait ne pas respecter ou aller au-delà du droit existant.  Mon pays s’est livré à une analyse poussée de son droit interne et de ses pratiques opérationnelles et a conclu que ce n’est pas le cas, a-t-elle dit.  Elle a applaudi les efforts considérables du Niger et de la Belgique afin que ladite déclaration soit incluse dans la déclaration présidentielle de ce jour malgré l’opposition et exhorté les États Membres qui ne l’ont pas encore fait à signer cette déclaration.  Il est temps de prendre au sérieux la question de la protection de l’éducation, a conclu la représentante.

Reprenant la parole, M. KUZMIN (Fédération de Russie) s’est étonné des accusations de l’Allemagne qui a affirmé que Russie et Syrie continuent de bombarder des écoles.  Le représentant russe a enjoint la délégation allemande à respecter les normes de politesse diplomatique, soulignant notamment que l’on ne peut pas qualifier des États souverains de « régime », en tout cas dans l’enceinte de l’ONU.

Le délégué a affirmé que suite à des pressions exercées sur l’ONU pour créer une commission d’enquête sur les incidents dans le nord-ouest de la Syrie, la Russie avait organisé, le 16 septembres 2019, une réunion pour présenter des preuves démentant les accusations en question.  S’en est suivi une campagne de « fake news » dont on nous cache les sources, a-t-il déploré.  Le représentant a ensuite affirmé que les forces aériennes russes frappent des cibles précises et non pas des infrastructures civiles.

M. SAUTTER (Allemagne) s’est dit encouragé d’entendre la Russie affirmer qu’elle prend au sérieux les responsabilités qui lui incombent en vertu du droit international.  Le délégué a ensuite dit qu’il n’avait rien à ajouter à ses propos précédents.

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