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CS/14328
15 octobre 2020
8770e séance – matin

Conseil de sécurité: le Yémen, entre bonnes nouvelles, escalade de violence et situation humanitaire catastrophique disent de hauts responsables onusiens

Le Yémen se trouve dans une situation comprise entre « bonnes nouvelles », escalade de violence et situation humanitaire catastrophique.  C’est le message contrasté que sont venus délivrer, ce matin, au Conseil de sécurité, l’Envoyé spécial des Nations Unies pour le Yémen, M. Martin Griffiths, et le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, M. Mark Lowcock.  

Pour le premier, « le ciel yéménite a vu l’avion de l’espoir, ce matin ».  En effet les parties ont commencé à libérer des prisonniers, suite à l’accord signé le 27  septembre  en Suisse, dans le cadre de la plus vaste opération de libération de prisonniers de l’histoire.   Plus d’un millier de prisonniers ont ainsi été rendus à leurs proches, même si d’autres restent encore détenus. 

Autre bonne nouvelle, les versements au Plan de réponse humanitaire pour le Yémen ont fait passer son niveau de financement de 30 à 42%, a annoncé M. Lowcock, soulignant toutefois qu’à la même époque l’année dernière, le financement était de 65%. 

Mais d’un autre côté, sur le plan  militaire, la situation s’est véritablement détériorée, avec les combats les plus intenses depuis l’Accord de Stockholm de 2018.  Depuis la dernière intervention du Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires devant le Conseil de sécurité, pas moins de 47  lignes de front ont été ouvertes, soit le nombre le plus élevé jusqu’ici.  Ces dernières semaines, des affrontements lourds ont eu lieu à Hodeïda, Mareb et  Jaouf, avec pour conséquence un nombre record de victimes civiles en septembre. 

De plus, selon les chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), près de 150 000 personnes ont fui leurs domiciles cette année, dont 80% au cours de ces deux derniers mois.   Par manque de fonds, les agences humanitaires n’aident plus que neuf millions de personnes par mois, contre 13 millions au début de l’année.    En outre, le personnel humanitaire fait toujours face à des problèmes liés aux restrictions imposées par les autorités d’Ansar Allah et au harcèlement des groupes armés, dans le Nord et le Sud respectivement. 

Face à ce tableau en demi-teinte, les deux responsables onusiens ont été clairs : le Yémen a besoin d’un cessez-le-feu national et d’une déclaration conjointe dont l’Envoyé spécial continue de négocier le texte avec les parties. « Votre appui n’a jamais été aussi important », a lancé le Secrétaire général adjoint aux membres du Conseil.  

En réaction, toutes les délégations ont partagé le point de vue des deux hauts fonctionnaires.  La solution à la crise yéménite ne peut être que « politique », dans le cadre d’un dialogue entre Yéménites eux-mêmes, avec l’appui de la communauté internationale et des Nations Unies, ont-elles redit.  

Le Gouvernement yéménite croit en l’importance d’un accord concerté, pour préserver la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays ainsi que pour sauver l’économie, a assuré le représentant du pays.  Il a rejeté la responsabilité de la situation sur « l’intransigeance, le chantage  politique » des houthistes qui ne font qu’occasionner des souffrances innommables à la population civile.  Dans ce contexte, le représentant du Yémen a appelé le Conseil à faire « immédiatement » cesser ce chantage. 

« Cela suffit maintenant », se sont impatienté l’Indonésie et Saint-Vincent-et-les Grenadines, soulignant combien le peuple yéménite mérite une paix durable, loin des batailles politiques.  Les belligérants ne peuvent en effet pas continuer de « faire la navette » entre le champ de bataille et la table de négociations, a tranché la Chine.  

S’agissant de la situation humanitaire, alors qu’elle continue d’être catastrophique, la France a estimé qu’il fallait « tout faire pour répondre aux besoins ».  « Le plus triste, c’est que nous savons comment régler le problème; les organisations humanitaires le savent », a fait remarquer la République dominicaine.  En attendant, les fonds actuels de l’aide humanitaire restent bien en-deçà des besoins, a observé le Viet Nam.  

Selon les États-Unis, appuyés par le Royaume-Uni, les souffrances humaines au Yémen sont aggravées par l’attitude de l’Iran qui « soutient et livre des armes aux houtistes », prolongeant ainsi « une guerre sans fin ».  La Fédération de Russie a cependant jugé « inacceptables » les tentatives visant à faire porter la responsabilité de la situation au Yémen à un pays en particulier. 

Les délégations se sont aussi inquiétées de la situation du pétrolier SAFER et du risque évident de provoquer une catastrophe environnementale.  Elles ont demandé aux milices houthistes de laisser les experts de l’ONU accéder au navire échoué, afin de pouvoir l’inspecter et de prévoir comment gérer la situation.  

LA SITUATION AU YÉMEN

Déclarations

Nous avons de bonnes nouvelles au Yémen, s’est exclamé M. MARTIN GRIFFITHS, l’Envoyé spécial des Nations Unies pour ce pays.  Depuis ce matin, le ciel yéménite a vu l’avion de l’espoir.  Les parties, s’est-il expliqué, ont commencé à libérer prisonniers et détenus, après l’Accord conclu le 27 septembre en Suisse. Le processus conduira à la libération de plus d’un millier d’individus et apportera un immense répit à de nombreuses familles qui attendent leurs proches. Il s’agit d’un nombre « extraordinaire » dé libérations, s’est réjoui l’Envoyé spécial, surtout pendant les hostilités.  Certains disent même que c’est l’opération la plus vaste dans l’histoire de la libération des prisonniers. Toutefois, a-t-il tempéré, l’Accord ne couvre pas les autres milliers de personnes qui ont été détenues pendant le conflit.  l’Envoyé spécial a donc dit son intention de convoquer les parties à des discussions sur d’autres libérations, conformément à l’engagement qu’elles ont pris en décembre 2018 à Stockholm.  Il a espéré que le dernier accord renforcera la confiance et donnera un élan, en montrant que le dialogue pacifique peut porter des fruits. 

Mon bureau, a poursuivi l’Envoyé spécial, continue de négocier un accord sur une déclaration conjointe et « je ne suis ni surpris ni découragé car nous demandons beaucoup aux parties », a-t-il reconnu.  La déclaration conjointe est une série d’accords ambitieux sur le cessez-le-feu à l’échelle nationale, des mesures économiques et humanitaires et la reprise du processus politique.  Les négociations ont été menées virtuellement pendant la pandémie de COVID-19 et les parties ne se sont pas encore rencontrées en personne. 

Le but premier de la déclaration est de mettre fin à la guerre et d’ouvrir la voie de la paix.  Je ne saurais trop insister sur la nécessité pour les parties d’agir rapidement, a pressé l’Envoyé spécial.  Ce que nous avons appris du conflit au Yémen, a-t-il dit, c’est que plus le temps passe, plus les solutions deviennent difficiles.  Les acteurs se sont fragmentés et multipliés.  Les institutions publiques sont étiolées.  L’économie de guerre s’est développée et est devenue une incitation à poursuivre le conflit.  L’ingérence étrangère s’est renforcée. 

Sur le plan militaire, la situation demeure volatile, a ajouté l’Envoyé spécial, en appelant à la fin des attaques contre Marib.  À Hodeïda, la situation s’est véritablement détériorée, avec les combats les plus intenses depuis l’Accord de Stockholm en décembre 2018.  Le calme s’emble être revenu et il faut espérer que les parties le maintiendront.  Il faut aussi, a poursuivi l’Envoyé spécial, débloquer la situation à Taëz.  Après avoir parlé de la situation des femmes et de leur implication dans le processus de paix, des enfants, et en particulier des enseignants qui ne reçoivent pas leur salaire, l’Envoyé spécial a demandé aux Nations Unies et à la communauté internationale de faire tout leur possible pour concrétiser la vision de la paix que le peuple yéménite attend.  « J’espère que tous ceux qui ont le pouvoir d’arrêter cette guerre, finiront par le faire. »

M. MARK LOWCOCK, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, a prévenu que les experts sont de plus en plus préoccupés par le fait que les chances d’éviter la famine au Yémen s’amenuisent rapidement.  Il a indiqué que depuis sa dernière intervention au Conseil, la conflit a connu une autre escalade et comprend désormais 47 lignes de front, soit le nombre le plus élevé jusqu’ici.  Ces dernières semaines, des affrontements lourds ont eu lieu à Hodeïda, Mareb et Jaouf.  Au mois de septembre, le nombre des victimes parmi les civils a connu un record.  Ces derniers jours, l’intensité des combats a baissé, mais cela ne suffit pas, a souligné le Secrétaire général adjoint. 

Près de 150 000 personnes ont fui cette année et l’Organisation internationale des migrations (OIM) estime que 80% des gens qui ont fui, ces deux derniers mois, se sont réfugiées dans des abris déjà surpeuplés.  Des infrastructures civiles essentielles sont prises pour cible et malgré la crise de la faim, les fermes sont attaquées avec une régularité alarmante.  Je répète, a dit le Secrétaire général adjoint : « le Yémen a besoin d’un cessez-le-feu national. »

Dans le sud, le personnel humanitaire fait toujours face à des problèmes liés à l’insécurité, dont le harcèlement des groupes armés.  Les discussions sur les moyens de rationaliser les processus bureaucratiques avec le Gouvernement sont toujours en cours.  Dans le nord, les agences sont confrontées aux restrictions imposées par les autorités d’Ansar Allah.  Elles ont certes pris des mesures pour ouvrir l’aéroport de Sanaa aux vols humanitaires mais il faut d’autres progrès. Les discussions se poursuivent aussi sur l’accès au pétrolier SAFER et nous espérons, a dit le Secrétaire général adjoint, recevoir une autorisation officielle dans les jours à venir pour que l’équipe de l’ONU puisse enfin mener une évaluation globale de l’état du pétrolier et commencer les premières réparations. 

Depuis ma dernière intervention, a ajouté le Secrétaire général adjoint, les versements au Plan de réponse humanitaire pour le Yémen sont passés de 30 à 42%.  Mais, à la même époque l’année dernière, le financement était à 65%.  La semaine dernière, l’Organisation internationale des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture a dû fermer son programme vétérinaire de vaccination qui profitait à 3 millions de familles paysannes.  Les agences humanitaires n’aident plus que neuf millions de personnes par mois contre 13 millions au début de l’année.  

Les importations sont restées stables mais le prix de la nourriture et des produits de première nécessité sont hors de portée pour des millions de familles yéménites.  Les pénuries dans le nord font grimper le prix du carburant, avec les conséquence que l’on sait sur les besoins humanitaires.  En ce moment, des navires commerciaux attendent au port d’Hodeïda pour décharger à peu près trois mois d’importations.  Le Gouvernement bloque ces navires à cause d’un différend avec les autorités d’ Ansar Allah sur la gestion des revenus à l’importation.  Les dérogations sporadiques du Gouvernement ne résoudront pas le problème.  

À ce stade, a prévenu le Secrétaire général, même si les agences humanitaires reçoivent tous les fonds dont elles ont besoin, elles ne pourront pas prévenir la famine sans des mesures urgentes pour soutenir l’économie yéménite.  La crise au Yémen nécessite une solution politique qui permettrait d’éviter la famine.  Les données sur la sécurité alimentaire montrent clairement que les points chauds du point de vue de l’insécurité alimentaire sont dans les zones de conflit.  « Votre appui n’a jamais été aussi important », a dit le Secrétaire général adjoint aux membres du Conseil. 

M. JONATHAN GUY ALLEN.(Royaume Uni) a espéré que l’élan donné par les pourparlers mèneront à un accord politique concret.  Il a souligné l’importance de l’implication des femmes dans le processus politique et a appuyé l’appel de l’Envoyé spécial à la cessation de la violence.  Les combats d’Hodeïda sont « inutiles » dans un pays qui est en proie à la famine et il faut insister pour que toutes les parties yéménites se mettent d’accord sur une déclaration, avec la médiation de l’Envoyé spécial.  Le représentant a exigé de l’Iran qu’il cesse ses activités au Yémen et qu’il appuie une solution politique.  Il a plaidé pour l’augmentation des fonds à la lutte contre la famine, notant que ceux versés jusqu’ici, soit 42% du total, restent inférieurs à ceux de l’année dernière.  Tous les obstacles à l’acheminement de l’assistance humanitaire doivent être levés, a-t-il conclu, non sans réclamer la réouverture des ports pour stabiliser les prix alimentaires.  

M. DIAN TRIANSYAH DJANI (Indonésie) a salué le Prix Nobel de la paix attribué au Programme alimentaire mondial (PAM).  La situation générale au Yémen est sombre, a-t-il dit. Il a appelé à la cessation de la violence, en regrettant l’intensification des attaques par les Houthistes.  L’escalade militaire à Hodeïda sape l’Accord qui a été signé, a-t-il souligné, avant de déclarer que ces attaques sont une véritable menace régionale, y compris pour l’Arabie saoudite.  Il a demandé un accès immédiat pour les travailleurs humanitaires et a jugé impératif la mise en place d’un processus politique inclusif, qui seul pourra restaurer une paix durable.  La déclaration conjointe, prônée par l’Envoyé spécial, contient d’ailleurs les éléments d’un règlement, a-t-il déclaré, en demandant aux Houthistes et au Gouvernement d’y adhérer.  « Le peuple yéménite mérite une paix durable.  Cela suffit maintenant. » Enfin, le représentant a insisté sur un accès humanitaire sans entraves et sur l’accès de l’équipe de l’ONU au pétrolier SAFER. 

M. JUN ZHANG.(Chine) a reconnu les nombreux efforts déployés par la communauté internationale et les parties impliquées mais, a-et-elle constaté, les accords n’ont pas été mis en œuvre et la crise politique et humanitaire persiste.  Il a appelé à un cessez-le-feu le plus rapidement possible, en se disant préoccupé par les attaques de drones et de missiles contre l’Arabie saoudite.  Les belligérants ne peuvent pas continuer de « faire la navette » entre le champ de bataille et la table de négociations, s’est impatienté le représentant, en se félicitant tout de même des progrès dans l’échange de prisonniers et en espérant d’autres mesures d’établissement de la confiance.  Une solution politique durable exige l’établissement d’une plateforme de dialogue entre les pays de la région, a estimé le représentant qui a exhorté ces pays à respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale du Yémen.  S’alarmant de l’aggravation de la crise humanitaire et des 2000 cas de COVID-19, il a appelé les bailleurs de fonds à honorer leur promesse pour contribuer à résorber cette crise, à lutter contre les inondations, à faciliter la réouverture des ports et à favoriser une solution politique.  La Chine, a promis le représentant, continuera à fournir une assistance au Yémen.  

Mme INGA RHONDA KING, (Saint-Vincent-et-les Grenadines) s’est déclarée solidaire avec le peuple du Yémen et a rappelé que la seule solution est un processus politique inclusif dirigé par le peuple yéménite lui-même car les solutions militaires sont toujours « contre-productives ».  « Cela suffit », s’est impatientée la représentante, en arguant que trop d’enfants souffrent de cette guerre . 

Elle a remercié les bailleurs de fonds pour leurs efforts et loué la percée politique que représente l’accord sur la libération de prisonniers.  Elle s’est tout de même dit préoccupée par la situation liée au pétrolier SAFER et pour éviter une catastrophe écologique, elle a plaidé pour l’accès de l’équipe d’inspection de l’ONU. 

M. NICOLAS DE RIVIÈRE (France) a demandé la fin de la guerre au Yémen et estimé que la seule solution est « politique ».  Les parties doivent se mettre d’accord sur le projet de déclaration conjointe proposé par l’Envoyé spécial, a-t-il dit, en lui apportant son soutien résolu.  Il a salué l’accord d’échange de prisonniers signé à Montreux fin septembre et demandé sa pleine mise en œuvre, ainsi que l’adoption d’autres mesures de confiance.  Il a dénoncé les attaques des Houthistes contre l’Arabie saoudite, ainsi que la recrudescence des hostilités dans la province d’Hodeïda, en violation de l’Accord de Stockholm.  Dans le sud du pays, l’Accord de Riyad doit être pleinement mis en œuvre, a souligné le représentant français qui a exhorté les parties yéménites à faire preuve de compromis, surtout face à la détérioration de la situation humanitaire.  « Il faut tout faire pour répondre à ces besoins », a martelé le représentant, jugeant par ailleurs urgent d’agir sur le dossier du pétroler SAFER, par l’octroi d’un accès à bord de l’équipe d’inspection de l’ONU. 

M JOSÉ SINGER WEISINGER (République dominicaine) s’est félicité de l’échange de prisonniers, y voyant la preuve que l’accord commence à porter « quelques » fruits.  Il a en effet déploré la poursuite du conflit en dépit des Accords de Ryad et Stockholm, soulignant que les hostilités à Hodeïda menacent 70% du commerce du pays.  Le représentant a dit voir remarquer que l’Envoyé spécial mentionne, dans son rapport, la présence d’enfants soldats.  Il a aussi déploré l’effondrement de l’économie et les difficultés d’approvisionnement en pétrole.  Une injection de devise est nécessaire, compte tenu de l’insécurité alimentaire, a prescrit le représentant. 

« Le plus triste, c’est que nous savons comment régler le problème.  Les organisations humanitaires le savent », a souligné le représentant, en appelant les bailleurs de fonds à se hisser à la hauteur des espérances.  La COVID-19 touchant le Yémen, il a plaidé pour une plus grande aide aux pays en voie de développement touchés par la pandémie et pour que le futur vaccin soit accessible à tous, grâce à une collaboration entre l’OMS et le secteur privé. 

Mme KELLY CRAFT (États-Unis) a salué le récent accord signé sur l’échange des prisonniers, avant de dénoncer l’intensification des attaques de la part des Houthistes.  Elle s’est dit préoccupée par la recrudescence des combats à Hodeïda et estimé que seule une solution politique permettra de ramener la paix.  Elle a dénoncé l’appui de l’Iran aux Houthistes, comme en attestent les livraisons d’armes malgré l’embargo.  Le rôle de l’Iran aggrave les souffrances humaines au Yémen, a souligné la représentante qui a invité les membres du Conseil à se joindre à son pays pour demander à l’Iran de cesser son appui aux Houthistes, afin d’éviter « une guerre sans fin ». 

Elle a pointé le risque de catastrophe environnementale liée au pétrolier SAFER et exhorté les Houthistes à ménager un accès à bord pour l’équipe d’inspection de l’ONU.  Malgré les appels répétés, y compris de ce Conseil, les Houthistes ne font rien et continuent de dicter de nouvelles conditions pour un accès des experts à bord, s’est agacée la représentante.  Le fait que les Houthistes soient prêts à risquer une catastrophe montre leur cynisme et manque de cœur, a-t-elle asséné.  « Mais peut-on s’attendre à autre chose de la part de gens qui ont fermé l’aéroport de Sana et qui entravent l’accès humanitaire? ».  Elle a exhorté les Houthistes à renoncer à cette politique jusqu’au-boutiste, avant d’affirmer que « nous ne pouvons rester silencieux devant une telle intransigeance ».  Enfin, elle a salué l’aide apportée par Oman pour la libération de deux otages américains au Yémen, ainsi que pour le rapatriement de la dépouille d’un troisième Américain.  L’Administration Trump a fait du rapatriement des otages américains une priorité absolue, a conclu Mme Craft. 

Mme TRA PHUONG NGUYEN (Viet Nam) a salué la bonne nouvelle de la libération de 1081 personnes mais a déploré l’escalade de la violence, en particulier les attaques dont sont victimes les femmes et les enfants.  Elle s’est félicitée de l’augmentation des contributions même si les fonds actuels de l’aide humanitaire restent bien en-deçà des besoins.  La représentante s’est en effet déclarée préoccupée par l’insécurité alimentaire, par l’invasion des criquets pèlerins et la fragilité du système de santé.  Elle s’est aussi attardée sur la menace écologique que constitue le pétrolier SAFER. 

Nous exhortons les parties au conflit à respecter les appels au cessez le feu émis par le Secrétaire General le 25 mars 2020 pour faciliter les pourparlers et l’aide humanitaire, a déclaré la représentante.  Il n’y a pas de solution militaire au conflit.  Elle a réclamé un accès sûr et sans entrave aux travailleurs humanitaires.  Toutes les parties, a-t-elle conclu, doivent appliquer les Accords de Ryad et Stockholm, avec la médiation des Nations Unies.  La représentante a tenu à réaffirmer le soutien de son pays à la souveraineté, à l’unité, à l’indépendance et à l’intégrité territoriale du Yémen, insistant sur une participation substantielle des femmes au processus politique. 

M. CHRISTOPHE HEUSGEN (Allemagne) a émis le vœu de voir un cessez-le-feu être instauré à l’échelle du pays.  Il a redit son soutien à une plus grande implication de la société civile et des femmes dans le processus de paix et s’agissant de la situation humanitaire, il l’a qualifiée de « pire qu’il soit ». Dans ce contexte, il s’est réjoui de voir les membres de la Coalition participer désormais au financement de l’aide humanitaire.  Il a remercié l’Arabie saoudite et dit espérer que les Émirats arabes unis feront de même.  

L’Allemagne, a indiqué le représentant, a décaissé la somme de 150 millions de dollars promise, en plus des 100 millions de dollars versés au Programme alimentaire mondial (PAM) et au Bureau des Nations Unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS).  L’Allemagne juge donc « inacceptables » les informations selon lesquelles, une partie de cette aide serait détournée par les milices houthistes et que l’acheminement de l’aide soit entravé par le Gouvernement yéménite.  « Vous avez la responsabilité de fournir l’aide humanitaire à votre peuple  », a-t-il lancé, à l’endroit du représentant Yémen, présent dans la salle.  

M. NIANDOU AOUG (Niger) a déclaré que dans une guerre enlisée comme celle qui secoue le Yémen, l’accord d’échange de prisonniers résonne comme un pas prometteur car les parties ont fait preuve de responsabilité et de confiance partagée.  Il a voulu que l’on fasse tout pour parvenir à une solution politique, en maintenant la confiance bâtie en septembre entre les parties au conflit.  Le représentant a aussi demandé des progrès sur la déclaration conjointe proposée par l’Envoyé spécial, avant de se dire préoccupé par le manque de financement de l’assistance humanitaire.  La communauté internationale doit faire preuve de plus de solidarité, a dit le représentant qui a aussi commenté l’état de délabrement du pétrolier SAFER et de réclamer, à son tour, l’accès de l’équipe d’inspection des Nations Unies.

M. ADEL BEN LAGHA (Tunisie) a réitéré son appui à une solution politique globale qui sauvegarde l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’unité du Yémen.  Il a également salué l’échange de prisonniers, qui est un pas important dans la mise en œuvre de l’Accord de Stockholm.  Dans le même temps, il a condamné l’escalade de la violence, en particulier à Hodeïda.  Elle l’a condamnée d’autant qu’il n’y a pas de solution militaire à cette crise.  Le représentant a réitéré le fait que les solutions à la crise se trouvent dans divers documents, dont l’Initiative du Conseil de coopération du Golfe ou les résolutions du Conseil de sécurité, en particulier la résolution 2216 (2015).  Pour y parvenir, les belligérants doivent respecter le cessez-le-feu et ouvrir des processus inclusifs, comprenant les femmes et la société civile, a-t-il dit. 

Il s’est aussi préoccupé par la situation humanitaire qui continue de prévaloir au Yémen.  Il a donc appelé à la mobilisation de fonds et remercié ceux qui ont répondu à cet appel, notamment l’Arabie saoudite.  Concernant le pétrolier SAFER, il a demandé aux milices houthistes de laisser passer les experts onusiens. 

M. GERT AUVÄÄRT (Estonie) a noté que l’escalade militaire à Marib menace des centaines de milliers de déplacés ainsi que les efforts de paix de l’ONU.  L’escalade récente à Hodeïda, qui a fait de nombreuses victimes civiles, constitue un autre recul inquiétant qui risque d’entraver ces efforts.  Le représentant a demandé aux parties au conflit de cesser les hostilités, de retourner à l’application de l’accord sur Hodeïda et de s’impliquer dans les mécanismes de mise en œuvre.  Comme la violence ne fait qu’éloigner les possibilités d’une solution politique à long terme, le représentant a appelé toutes les parties à un cessez-le-feu immédiat sur tout le territoire et à leur adhésion à la déclaration conjointe, proposée par l’Envoyé spécial. 

Les premières libérations de prisonniers constituent un premier jalon dans la mise en œuvre de l’Accord de Stockholm, a reconnu le représentant.  Il a aussi appelé toutes les parties à prendre les mesures nécessaires pour protéger les civils, les groupes vulnérables, dont les femmes et les enfants.  Mettant l’accent sur le risque de famine, il a plaidé à l’augmentation des fonds et à la réouverture des ports.  Il faut aussi, a insisté le représentant, appuyer l’économie du Yémen.  À son tour, il a lancé un appel aux Houthistes pour qu’ils autorisent l’accès sûr et rapide de l’équipe de l’ONU au pétrolier SAFER. 

M. PHILIPPE KRIDELKA(Belgique) a déclaré que la récente escalade de violence à Hodeïda et Marib  fait  augmenter  la  pression sur une population civile déjà épuisée, en plus de saper  les efforts de l’Envoyé spécial. Par ailleurs, l’absence d’une déclaration conjointe qui remettrait les parties sur la voie de la paix conduit à se poser des  question sur leur véritable engagement politique.  Or, seul le dialogue peut mettre fin à la guerre et résoudre les différences  profondes  au Yémen, a-t-il dit, avant d’exhorter tous les acteurs à rester engagés dans les pourparlers de paix, sous les auspices de l’ONU, et à mettre en œuvre les Accords de Stockholm et de Riyad.  

Le représentant s’est également félicité de l’échange de plus d’un millier de prisonniers, qu’il a considéré comme « une bonne nouvelle ».  Cet acte a le potentiel de contribuer à une confiance accrue, fondamentale pour progresser vers une paix durable.  Il s’est ensuite inquiété du sort des civils détenus arbitrairement et portés disparus, en raison de leurs opinions politiques, profession, activisme ou appartenance religieuse.   Depuis 2016, l’organisation indépendante yéménite « Mwatana for Human Rights » a documenté un total de 1 605 cas de détention arbitraire et pas moins de 770 cas de disparition forcée, s’est alarmé le représentant.  

Il s’est en outre inquiété des conclusions du Groupe d’Experts éminents internationaux et régionaux sur le Yémen (GEE), qui a documenté un taux élevé de victimes parmi les enfants dans plusieurs cas d’attaques illégales contre des civils, y compris lors de frappes aériennes sur lesquelles le GEE n’a pu enquêter.  Selon son rapport, les enfants représentent près d’un tiers des civils tués ou mutilés dans les violences armées au premier semestre de 2020.   Ce sont des chiffres « horribles » , a dit le représentant, appelant à ce que la violence cesse et que la redevabilité soit assurée.  

M. XOLISA MFUNDISO MABHONGO (Afrique du Sud) a estimé que la grave situation humanitaire au Yémen, intensifiée par la pandémie de COVID-19, est indissociable de l’impasse politique.  La flambée de violence, a-t-il prévenu, risque d’aggraver la situation la famine.  Quelque 7,4 millions Yéménites ne savent d’où viendra leur prochain repas, plus de 12 millions ont un besoin aigu d’aide pour l’accès à l’eau potable et deux millions d’enfants nécessitent des soins contre la malnutrition qui risque d’engendrer un arrêt de croissance et d’affecter leur développement mental.  Le Yémen est d’ores déjà vulnérable et il est « doublement repréhensible » de lancer une guerre de la faim, a martelé le représentant. Il a appelé toutes les parties à se mettre d’accord sur un ensemble de mesures unifiées contre la COVID-19, à améliorer la distribution de l’assistance alimentaire, et à imprimer l’élan nécessaire aux négociations politiques.  Seul un règlement politique pourra régler ce conflit, a conclu le représentant, en plaidant à son tour pour un accès au pétrolier SAFER.  

Mme ANNA EVSTIGNEEVA (Fédération de Russie) a déploré la dégradation de la situation humanitaire au Yémen.  Rappelant que la Fédération de Russie fournit une aide humanitaire à ce pays, à travers les mécanismes des Nations Unies, elle a souligné que celle-ci doit être livrée de manière impartiale, sans discriminations et indépendamment de savoir qui contrôle tels ou tels territoires.  Mme Evstigneeva a également souligné l’impact qu’a la situation au Yémen sur le Moyen-Orient et les autres pays de la région.  Pour cette raison, elle a engagé les autres délégations du Conseil de sécurité à tenir cette discussion de manière constructive.  L’initiative russe pour la sécurité collective au Moyen-Orient est toujours d’actualité, a-t-elle rappelé.  Pour autant, la Fédération de Russie juge « inacceptable » les tentatives visant à faire porter la responsabilité de la situation au Yémen à un pays en particulier, a conclu la représentante. 

M. ABDULLAH ALI FADHEL AL-SAADI (Yémen)s’est érigé contre l’intransigeance, le chantage, l’escalade militaire dans des villes des Houthistes qui ne font qu’occasionner des souffrances innommables à la population civile.  Ces milices se sont rebellées contre tous les résultats du dialogue national et ont pris le contrôle de Sanaa. Le Président Hadi et d’autres composantes du paysage politique ont tout tenté pour éviter que le sang yéménite ne coule, a-t-il rappelé.  L’Accord de paix a été signé mais il n’a pas été respecté puisque les milices houthistes ont placé le Président en détention.  Pour des raisons sectaires, elles ont détruit des secteurs publics et continuent de provoquer l’escalade militaire, de violer le cessez-le-feu et de se servir de Hodeïda comme base de lancement de missiles.  Ces milices posent des mines antipersonnel et se livrent au trafic d’armes, a encore accusé le représentant.  Dernièrement, a-t-il poursuivi, elles ont pilonné un hangar de nourriture prouvant ainsi leur mépris pour le peuple yéménite.  

Mon Gouvernement, a-t-il dit, croit en l’importance d’un accord concerté, pour préserver la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays et sauver l’économie.  Le représentant a en effet regretté l’impact « catastrophique » du conflit sur le développement, et le secteur de la santé en particulier, qui n’est pas en mesure de faire face à la pandémie COVID-19.  Il a jugé important de libérer tous les détenus et de retrouver les personnes disparues.  Exprimant son attachement au principe de « tous pour tous  » énoncé dans l’Accord de Stockholm, il a prié l’ONU, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et tous ceux qui œuvrent pour le Yémen à faire pression pour faire respecter cet Accord.  Le Conseil, a-t-il estimé, doit faire cesser immédiatement le chantage politique. Mon Gouvernement est celui de tous les Yéménites, y compris dans les provinces contrôlées par les milices houthistes, a martelé le représentant.  Ce sont ces milices qui aggravent la crise humanitaire, en provoquant une flambée des prix des denrées alimentaires, en entravant l’acheminement et la distribution de l’assistance alimentaire, en déstabilisant la devise nationale, en poursuivant la violence et ne payant pas les fonctionnaires, a encore martelé le représentant. 

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