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ECOSOC/7024
22 Juillet 2020

Le Segment de haut niveau de l’ECOSOC, tenu virtuellement pendant la pandémie de COVID-19, entend des appels à un multilatéralisme « inclusif »

Le débat de haut niveau de la session de 2020 du Conseil économique et social (ECOSOC), tenu conjointement avec la réunion ministérielle de trois jours du forum politique de haut niveau pour le développement durable, s’est achevé le 17 juillet sans l’adoption d’une déclaration ministérielle mais sur des appels forts à forger une riposte multilatérale et inclusive face à la pandémie de COVID-19.

Le Secrétaire général, comme les Présidents de l’Assemblée générale et de l’ECOSOC ou encore la Première Ministre de la Finlande, a appelé à un multilatéralisme « renforcé et renouvelé » et surtout « inclusif ».  Il est en effet ressorti des discussions de haut niveau que, pour résoudre les problèmes actuels, il faut s’appuyer sur les contributions essentielles de la société civile, des entreprises, des fondations, de la communauté des chercheurs, des autorités locales, des villes et des gouvernements régionaux.

Or l’ECOSOC veille précisément à être un organisme des Nations Unies inclusif, en offrant des espaces dédiés pour travailler avec les jeunes et de nombreuses autres parties prenantes, a relevé le Secrétaire général.  Il a aussi recommandé un multilatéralisme « en réseau » dans lequel l’ONU et ses institutions ainsi que les institutions financières internationales, les organisations régionales et autres, collaborent plus efficacement.

Sans s’arrêter là, M. António Guterres a estimé que l’ECOSOC devrait entrer en contact avec un public mondial beaucoup plus large et renforcer ses relations avec ses organes subsidiaires et les conseils d’administration des entités du système des Nations Unies pour le développement.

Encore au début de la décennie d’action et de mise en œuvre lancée par les chefs d’État et de gouvernement lors du sommet sur les objectifs de développement durable (ODD) en septembre 2019, l’ECOSOC a débattu pendant cette session de haut niveau sur le thème suivant: « Action accélérée et solutions transformatrices: une décennie d’action et des résultats pour le développement durable. » 

Si les conditions de négociations virtuelles n’ont pas permis cette année aux États Membres de se mettre d’accord sur le texte d’une déclaration ministérielle, après une procédure d’approbation tacite s’achevant le 22 juillet sans accord, la Présidente de l’ECOSOC a estimé que les participants avaient démontré leur engagement à « reconstruire en mieux » après la pandémie, en s’appuyant sur la feuille de route que constitue le Programme de développement durable à l’horizon 2030.

Dans une lettre du 17 juillet, Mme Mona Juul a en effet souligné que les réunions du forum politique et de l’ECOSOC ont lancé « un appel clair à l’action ».  Malgré leur format virtuel, ces réunions ont été « substantielles », a-t-elle constaté tout en se désolant que la pandémie ait empêché les délégations de travailler de manière véritablement interactive comme elles le font habituellement lors des consultations.

Après la première semaine de travaux du forum politique de haut niveau pour le développement durable réuni sous les auspices de l’ECOSOC, les examens volontaires nationaux se sont poursuivis pendant la semaine de haut niveau de l’ECOSOC, en même temps que les participants entendaient les messages des régions et que les États Membres exposaient leur vision de l’avenir.  

Celle du Secrétaire général de l’ONU, présentée en fin des travaux, est claire: en ce moment charnière, alors que la COVID-19 continue de se propager, que les tensions géopolitiques augmentent et que l’on entend les cris pour la justice raciale, la justice sociale et la justice climatique, « nous avons la responsabilité de répondre aux angoisses, aux craintes et aux espoirs des personnes que nous servons ».  Il faut « une réponse collective, dans l’unité et la solidarité », a-t-il précisé en invitant la communauté internationale à tenir compte du réveil actuel pour aller de l’avant.  Ces propos ont conclu une session qui a vu la participation de deux premiers ministres -Inde et Norvège- et d’une quinzaine de ministres.

Au début de ce segment de haut niveau, le 14 juillet, le Président de l’Assemblée générale, M. Tijjani Muhammad-Bande, a prévenu que la décennie d’action et de réalisation est devenue « la décennie de rétablissement ».  Pour qu’à l’avenir les communautés soient mieux armées contre les chocs, elles doivent construire des systèmes résilients qui s’appuient sur les ODD, a-t-il dit en substance.  « Il est donc temps de reconstruire en mieux, de renforcer notre ambition et de traduire les objectifs mondiaux en action locale, afin de créer l’avenir que nous voulons. »

Pour la Présidente de l’ECOSOC, qui publiera ultérieurement le rapport des travaux, « bien que la COVID-19 change le monde dans lequel nous vivons, cela ne devrait pas changer notre engagement à réaliser l’avenir que nous voulons ».

Pour symboliser cet engagement, elle a dévoilé les nouveaux timbres de l’Administration postale de l’ONU lancés avec le slogan: « Nous sommes tous dans le même bateau - Aidons à stopper la propagation de la COVID-19. »  Des timbres qui rendent hommage aux intervenants de première ligne et qui envoient des rappels clairs sur les moyens de se protéger pendant la pandémie.  Le thème de la « solidarité » est d’ailleurs inscrit sur l’un des six timbres dont une partie des recettes de la vente alimentera le Fonds de solidarité pour la lutte contre la COVID-19 de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Ouverture de la session ministérielle

Dans son message d’ouverture, le Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, a rappelé que des heures de travail équivalentes à quelque 400 millions d’emplois ont été perdues au deuxième trimestre de l’année 2020.  Le monde connaît la baisse du revenu par habitant la plus forte depuis 1870, tandis qu’entre 70 et 100 millions de personnes risquent de se retrouver dans l’extrême pauvreté.  À un moment où nous devons désespérément prendre de l’avance, la COVID-19 pourrait nous faire reculer de plusieurs années, voire de plusieurs décennies, laissant les pays confrontés à d’énormes problèmes budgétaires et de croissance, a rappelé le Secrétaire général, ajoutant que la crise nous éloigne davantage de la réalisation des ODD.

Il s’est néanmoins dit encouragé par la formidable réponse à la crise des gouvernements, des partenaires internationaux, des coordonnateurs résidents et de l’ensemble du système des Nations Unies pour le développement, ainsi que des héros du système de santé et des communautés du monde entier.  Il a énuméré d’autres facteurs positifs comme la voix des jeunes, l’activisme de la société civile, la puissance de l’innovation et l’agilité des entreprises, qui sont selon lui de véritables ingrédients d’un mouvement mondial « pour de bon ».  À partir du réveil que cette crise entraîne, nous avons la possibilité de créer un multilatéralisme inclusif, en réseau et efficace, a-t-il poursuivi.  Il a également rappelé la mise en place d’un plan de sauvetage, représentant 10% du PIB de l’économie mondiale, ainsi que des mécanismes de solidarité destinés aux pays en développement.  Il a enfin promis de continuer à faire avancer cet effort en septembre, en coopération avec les États Membres.

Pour sa part, le Président de l’Assemblée générale, M. Tijjani Muhammad-Bande, a appelé à des efforts collectifs pour accélérer l’action et tracer des voies de transformation pour nous assurer de « ne laisser personne de côté », l’objectif principal du Programme de développement durable à l’horizon 2030.  Alors que le monde fait face à des crises sur plusieurs plans -sanitaire, humanitaire et économique- provoquées par la pandémie de COVID-19, il a invité la communauté internationale à imiter les rédacteurs de la Charte des Nations Unies en faisant avancer le multilatéralisme.

Le Président de l’Assemblée générale a également demandé, en cette « super année » pour la nature, de remodeler les systèmes alimentaires pour répondre aux besoins des personnes.  Devant le problème de la faim dans le monde qui est en augmentation depuis quatre ans, il a appelé à garantir la sécurité alimentaire et à éliminer la pauvreté en se basant sur des systèmes alimentaires inclusifs, efficaces, résilients et durables.  « Je compte sur la nouvelle Alliance pour l’élimination de la pauvreté, qui sera la principale voix pour parvenir à une faim zéro. »

Le Président de l’Assemblée générale a recommandé de concentrer la réponse mondiale sur les deux tiers de la population mondiale qui risquent d’être laissés pour compte.  « Pour aller au-delà de la COVID-19, nous devons respecter nos engagements de financer les efforts de développement durable.  « Selon lui, la décennie d’action et de réalisation est devenue la décennie de rétablissement. »  Pour qu’à l’avenir les communautés soient mieux armées contre les chocs, elles doivent construire des systèmes résilients qui s’appuient sur les ODD, a-t-il dit en substance.  « Il est donc temps de reconstruire en mieux, de renforcer notre ambition et de traduire les objectifs mondiaux en action locale, afin de créer l’avenir que nous voulons. »

La Première Ministre de la Finlande, Mme Sanna Marin, a rappelé que l’adoption du Programme 2030 et l’Accord de Paris sur les changements climatiques de 2015 ont été des réalisations remarquables.  Si depuis lors, l’ordre international fondé sur des règles a subi des pressions et a même été remis en question, « personne n’a pu présenter de meilleures alternatives que les institutions multilatérales et le système onusien », a-t-elle affirmé.  Selon elle, la crise à laquelle nous sommes confrontés ne peut être résolue par des mesures nationales unilatérales.  Mme Marin a souligné qu’après 75 années d’existence, l’ONU est peut-être plus que jamais nécessaire.  « Les réunions de haut niveau de septembre et d’octobre seront l’occasion de réaffirmer notre attachement aux valeurs des Nations Unies: paix, sécurité et droits de l’homme. »  Elle a précisé que le sommet sur la biodiversité sera particulièrement pertinent pour lutter contre la perte de biodiversité et la dégradation de l’environnement, ce qui est la cause profonde de l’actuelle crise de la COVID-19 selon elle.  Le Programme 2030, l’Accord de Paris et la Convention sur la diversité biologique sont des outils essentiels pour assurer une reprise plus durable et plus verte, a-t-elle suggéré en les qualifiant de « feuilles de route mondiales ».

La Première Ministre a ensuite cité en exemple l’Union européenne comme exemple de la façon dont les pays deviennent plus forts par la coopération.  Quant au niveau sous-régional, elle a parlé des pays nordiques qui ont travaillé sur un schéma directeur pour une reprise plus verte avec pour slogan « Reconstruire en mieux et plus écologique. »  Pour elle, le « Modèle de bien-être nordique » est la clef de leur succès.  Le modèle de protection sociale nordique se résume à des choix concrets dans la société, a-t-elle expliqué, soulignant que sans décisions politiques, le changement ne se produira pas.

Mme Marin a annoncé que la Finlande entend contribuer au Fonds d’intervention et de relèvement COVID-19 des Nations Unies.  Nous devons agir rapidement pour éviter les crises alimentaires en transformant les systèmes alimentaires mondiaux, en prônant une utilisation efficace des ressources et une alimentation plus saine pour tous, a-t-elle encore recommandé.  Insistant pour que personne ne soit laissé pour compte, elle a demandé de ne pas oublier les personnes handicapées, les lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres et intersexués (LGBTI) qui continuent d’être parmi les plus menacés.  Mme Marin a ajouté que l’égalité des sexes est un élément essentiel pour ne laisser personne de côté.  Et tant que les droits des femmes, en particulier leurs droits à la santé et les droits sexuels et reproductifs, continuent d’être contestés, nous ne pourrons réaliser l’égalité des sexes et nous n’atteindrons pas le développement durable, a-t-elle prévenu.

En outre, dans le contexte de la mise en œuvre du Programme 2030, elle a salué le rôle majeur que jouent de plus en plus les villes.  Elle a rappelé que New York fut la première ville à présenter un examen volontaire au forum politique de haut niveau, suivie par Helsinki.  La cheffe du Gouvernement finlandais a ensuite salué l’engagement des ministres des finances dans le Programme 2030.  Elle a rappelé qu’une coalition des ministres des finances pour l’action climatique a été créée à l’initiative de la Finlande au printemps 2019.  Avec la Finlande et le Chili comme Coprésidents, la Coalition compte désormais plus de 50 membres de tous les continents.  Mme Marin a aussi salué le rôle des innovations qui sont vitales pour répondre aux problèmes complexes de l’humanité.  Pour terminer, elle a rappelé la longue tradition de la Finlande dans le travail en faveur de la durabilité.  Elle a aussi jugé nécessaire de réfléchir de manière concrète, par exemple en s’assurant que les finances publiques soutiennent les objectifs de durabilité.  Elle a également insisté sur l’importance d’impliquer les citoyens dans un dialogue actif sur le développement durable, avant d’insister sur l’importance de la volonté politique et du « courage d’agir en faveur des ODD ».

À l’ouverture de la session ministérielle, la Présidente de l’ECOSOC, Mme Mona Juul (Norvège), a affirmé que reconstruire en mieux nécessitera « la coopération, la collaboration et le dialogue » entre de « multiples parties prenantes » pour s’assurer que personne ne soit laissé pour compte.  Reconstruire en mieux après la COVID-19 signifie, selon elle, prendre des mesures dans les domaines qui auront le plus d’impact sur les ODD: renforcer les systèmes de santé, dispenser des soins de santé universels à tous, autonomiser les femmes et les filles, garantir à celles-ci leurs droits fondamentaux et écouter les voix des jeunes, « car ils sont l’avenir ».

La parole a d’ailleurs été donnée à deux représentants de la jeunesse, la première étant Mme Farai Mubaiwa, cofondatrice de l’Afrika Matters Initiative (AMI) et responsable au Youth Employment Service en Afrique du Sud, qui a rappelé qu’à côté de la COVID-19, le monde connaît d’autres pandémies.  Des études laissent voir en effet que la pandémie de COVID-19 a exacerbé les taux de fémicide au Royaume-Uni.  Et la résurgence du mouvement « #BlackLivesMatter » souligne que le problème n’est plus limité aux États-Unis, mais bien une pandémie.  Des Pays-Bas à l’Indonésie, en passant par le Royaume-Uni, le Brésil et même l’Afrique du Sud, de nombreuses manifestations ont en effet mis en évidence la quête de justice et d’égalité et la situation critique des noirs dans le monde.  De même, le monde continue de lutter contre la pandémie de changements climatiques.  Nous avons besoin d’une action rapide contre les changements climatiques, a plaidé Mme Mubaiwa.

La jeune représentante a ensuite plaidé pour que l’inclusion soit au premier plan de la numérisation et pour que la justice technologique soit centrée sur les personnes et la planète.  En ce qui concerne la paix et la sécurité, les voix des jeunes appellent à un changement indispensable de l’appareil de paix et de sécurité au sein de l’ONU, y compris la réforme du Conseil de sécurité et la déclaration de l’écocide comme cinquième crime contre la paix.  En ce qui concerne l’équité entre les sexes et la pandémie de fémicide, nous appelons à accroître l’accessibilité aux plateformes éducatives, sanitaires et économiques pour les jeunes filles et à privilégier intentionnellement les femmes, les jeunes filles et les individus non binaires dans les interventions sanitaires, éducatives et économiques, a-t-elle demandé.

« Les jeunes ne sont pas les leaders de demain, nous sommes les leaders d’aujourd’hui », a clamé Mme Mubaiwa, soulignant qu’ils démontrent ce leadership à travers les contributions qu’ils apportent dans la société: que ce soit politiquement ou par le biais de la société civile, les jeunes changent activement leurs communautés pour le mieux.  La jeune déléguée a ensuite demandé à la communauté internationale de faire confiance aux jeunes et de croire en eux.  À l’heure actuelle, l’inclusion des jeunes n’est plus un débat, c’est une nécessité, a-t-elle conclu.

« Les jeunes sont déterminés à reconstruire en mieux », a enchaîné Mme Tina Hocevar, Vice-Présidente du Forum européen de la jeunesse, en précisant que les jeunes ne veulent pas une « reprise » qui vise à revenir à la « norme » car celle-ci n’a jamais fonctionné pour la majorité d’entre eux, encore moins pour la planète.  Elle a estimé que la crise de la COVID-19 est une opportunité de changement.  « N’ayez pas peur du changement, acceptez-le », a-t-elle conseillé, en précisant qu’avec ce changement, la boussole doit désormais être tournée vers la promotion de la justice, de l’équité, de l’intégrité, de la dignité humaine et de la valeur humaine.

Reconstruire en mieux signifie donc « prendre des décisions audacieuses maintenant » afin de préparer le terrain « pour un avenir durable ».  Et pour cela, le monde doit se concentrer sur les plus vulnérables comme les jeunes qui paient le prix le plus élevé dans cette crise, a-t-elle fait remarquer.  S’adressant aux dirigeants, elle a souligné leur devoir d’empêcher une « génération de confinés », d’assurer des emplois stables et des filets de sécurité sociale pour une plus grande inclusion. 

Mme Hocevar a aussi plaidé pour une reprise économique qui n’offre pas de soutien financier aux pollueurs.  « Le moment est venu de se départir des secteurs économiques qui ne contribuent pas, voire nuisent à la réalisation des ODD et de l’Accord de Paris. »  La déléguée de la jeunesse a aussi estimé que la pause économique actuelle doit être l’occasion de changer fondamentalement la façon dont notre système économique actuel perpétue la concentration de la richesse, des connaissances, des données et du pouvoir, et qui conduit à des inégalités croissantes entre et au sein des pays.  Pour y parvenir, les jeunes fourmillent d’idées, a-t-elle assuré.  Elle a proposé par exemple de ne plus utiliser le PIB comme critère de progrès et de le remplacer par des mesures alternatives de progrès pour redéfinir la prospérité et intégrer les valeurs des droits de l’homme, de la santé et du bien-être, ainsi que celles de la planète Terre. 

Comme autres suggestions des jeunes, Mme Hocevar a recommandé de passer d’un modèle linéaire à une économie circulaire où on achète davantage de services que de produits, en menant des évaluations des empreintes écologiques et de l’impact social des produits tout au long de leur cycle de vie.  De plus, il faut intégrer les droits des jeunes et l’intersectionnalité pour s’attaquer aux obstacles spécifiques rencontrés par les jeunes pour accéder à leurs droits, en particulier ceux des jeunes filles, des individus non binaires, des jeunes handicapés, des jeunes migrants et des personnes déplacées.  L’inclusion des jeunes n’est plus un débat, c’est une nécessité, a conclu la Vice-Présidente du Conseil européen de la jeunesse.

Les messages des forums régionaux

Le Programme 2030 a souligné l’importance des dimensions régionales et sous-régionales dans le suivi et la révision de la mise en œuvre des ODD.  Depuis la création du forum politique de haut niveau, des forums régionaux sur le développement durable ont été organisés par les commissions régionales des Nations Unies pour contribuer aux préparatifs du forum.

Le Président du Forum des ministres de l’environnement d’Amérique latine et des Caraïbes, M. Trevor Prescod, Ministre de l’environnement de la Barbade, a rappelé que selon un récent rapport conjoint de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC) et de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), « l’Amérique latine et les Caraïbes pourraient connaître la plus forte baisse de produit intérieur brut (PIB) régional en un siècle (-5,3%), ce qui poussera 16 millions de personnes de plus dans des conditions d’extrême pauvreté en 2020, soit un total régional de 83,4 millions ».

Les pays de la région ont donc souligné la nécessité de mettre en place les systèmes de surveillance sanitaire et environnementale nécessaires pour répondre efficacement aux pandémies.  Cela nécessitera sans aucun doute l’aide de la communauté internationale, a relevé M. Prescod, avant d’émettre le vœu que le forum politique décide d’un plan et un cadre de mobilisation des ressources pour combler cette lacune.

En outre, les investissements dans les technologies vertes, les stratégies sectorielles résilientes en matière de climat, ainsi que les principes de l’économie circulaire, devraient être au cœur de nos efforts, a indiqué le Ministre de l’environnement de la Barbade, qui a précisé que l’accès à un financement durable est essentiel.  Convaincu que « nous pouvons utiliser ce moment pour prendre des décisions qui nous servent, comme un élan pour nous orienter vers des modes de vie plus durables », le Forum des ministres de l’environnement de l’Amérique latine et des Caraïbes est déterminé à saisir cette opportunité pour transformer sa vision en actions concrètes susceptibles de transformer la réalité sociale, économique et environnementale de la région.

Le Ministre de la fonction publique, du travail et des affaires sociales du Zimbabwe, M. Paul Mavima, a présenté pour sa part les messages clefs de la sixième session du Forum régional africain sur le développement durable, tenue à Victoria Falls (Zimbabwe) du 24 au 27 février 2020.  Le Ministre a précisé que les délibérations du forum ont eu lieu avant le début de la pandémie mortelle de COVID-19 en Afrique.  Le forum a fait le point de la réalisation des ODD en Afrique et noté des progrès mitigés en soulignant qu’une augmentation spectaculaire des ressources et une accélération des efforts sont nécessaires pour rester sur la bonne voie.  Certains problèmes majeurs qui constituent des obstacles pour la réalisation des ODD en Afrique ont été identifiés: maladies, pauvreté, urgences causées par les changements climatiques, guerres, chômage des jeunes et systèmes sociaux fragiles dans les secteurs de la santé et de l’éducation, entre autres.

Le forum a noté que la croissance moyenne du PIB africain est de 3,2% pour 2020, ce qui est insuffisant pour atteindre les ODD.  De même, alors que la proportion de personnes vivant dans l’extrême pauvreté a baissé -de 43% en 2013 à environ 32,5% en 2019-, le nombre absolu de pauvres est passé de 388 millions à 422 millions au cours de la même période.  De plus, à cause de la COVID-19, jusqu’à 29 millions de personnes pourraient être plongées dans l’extrême pauvreté et 19 millions d’emplois pourraient être perdus dans la région selon la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA).

Par ailleurs, le Forum africain a rappelé que le Programme 2030 des Nations Unies et l’Agenda 2063 de l’Union africaine restent les cadres les plus pertinents pour la réalisation des ODD.  L’Afrique réitère donc son engagement à la mise en œuvre complète et efficace de ces deux cadres qui se complètent.  Dans cette optique, l’Afrique entend rechercher des solutions au sein du continent et renforcer les partenariats pour aider les États à affiner leur cadre de mise en œuvre des ODD.  C’est ainsi que les États africains sont invités à tirer parti de l’accord instituant la Zone de libre-échange continentale (ZLECAf) pour soutenir l’augmentation de la production, créer des emplois, renforcer les chaînes de valeur régionales et développer la résilience aux chocs externes et aux crises futures.

En outre, l’Afrique entend assurer l’égalité des sexes, l’inclusion et l’autonomisation des femmes, des jeunes, des personnes handicapées, des personnes âgées et des autres groupes marginalisés, afin que personne ne soit laissé de côté.  Une attention particulière devrait être accordée à l’amélioration de la participation des femmes et des filles dans les secteurs des sciences, de la technologie et de l’ingénierie.  Enfin, le Forum régional a prôné l’amélioration de la disponibilité, de l’accessibilité et de la qualité des données et statistiques ventilées, afin de fournir des informations sur les progrès accomplis dans la mise en œuvre des ODD et pour améliorer la prise de décisions, conformément à la décennie d’action. 

La Représentante de Sri Lanka à la Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (CESAP), Mme Samantha K. Jayasuriya, a présenté le rapport du septième Forum Asie-Pacifique sur le développement durable.  Le Forum, qui s’est déroulé entièrement par visioconférence, a souligné la nécessité d’une ouverture et d’une transparence sur les causes et les conséquences de la COVID-19, pour que la communauté mondiale puisse aborder ces questions ensemble.  Les pays de la région ont vu dans la pandémie de COVID-19 non seulement une crise grave, mais aussi l’occasion d’accélérer la mise en œuvre des ODD, notamment dans le contexte des efforts visant à sortir de la crise et à « progresser ».  Selon Mme Jayasuriya, cela nécessitera un changement des mentalités et de nouvelles méthodes de travail transformatrices qui donnent la priorité à la durabilité et placent l’homme au centre, tout en ne laissant personne à la traine.

Le Représentant de l’Azerbaïdjan auprès des Nations Unies à Genève, M. Vaqif Sadiqov, Président du Forum régional sur le développement durable 2020 de la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe (CEE), a rappelé que la réunion virtuelle du 19 mars dernier s’est tenue dans un contexte de début de fermeture des frontières en Europe.  La pandémie de COVID-19 a conduit à une aggravation dramatique de la situation économique dans toute la région de la CEE et à des effets négatifs immédiats pour plusieurs ODD, y compris la santé et l’égalité des sexes.  Dans ce contexte, le Forum régional a souligné le rôle crucial des ODD en tant que modèles pour une reprise inclusive et durable dans l’ère post-COVID-19.

Le Représentant a mis en évidence quelques aspects importants des délibérations du Forum régional.  Ainsi, aucun pays de la région n’est sur la bonne voie pour atteindre les ODD.  Si certaines pressions sur l’environnement se sont atténuées pendant la crise de la COVID-19, du fait d’une moindre activité économique, c’est un phénomène temporaire et les programmes de reconstruction devraient s’aligner sur la nécessité d’une transformation écologique et sur les ODD.

Le Forum de la CEE a également permis de souligner qu’une action plus décisive est nécessaire pour accélérer les progrès vers les ODD et s’attaquer à la crise de la COVID-19.  Il est également crucial de favoriser un meilleur engagement d’acteurs variés qui peuvent innover, notamment les jeunes, les innovateurs, les entreprises et les villes.  Enfin, le Forum a relevé le rôle de la finance et de la technologie qui ont un potentiel important pour stimuler des produits plus écologiques et des investissements dans la durabilité.

Clôture du forum politique de haut niveau

En clôturant le forum politique de haut niveau pour le développement durable, le 16 juillet, la Vice-Secrétaire générale de l’ONU, Mme Amina Mohammed, a dit percevoir clairement le message central de ces travaux: « nous n’étions pas sur la bonne voie pour atteindre les ODD avant que la COVID-19 ne frappe, et compte tenu des impacts de la crise, la route à parcourir est maintenant encore plus raide ».  Elle a néanmoins estimé que nous pouvons inverser la tendance si nous restons fidèles au Programme 2030.  Cela signifie faire preuve de solidarité et de prévoyance en matière de financement.  Cela signifie augmenter les investissements dans les services publics, y compris la protection sociale, les systèmes de santé, l’éducation, l’eau, l’assainissement et la connectivité numérique.  Et cela signifie poursuivre une reprise qui bâtisse une économie inclusive, verte et sensible au genre.

En outre, a-t-elle poursuivi, rester fidèle au Programme 2030 signifie repenser et remodeler notre façon de travailler, d’apprendre, de vivre et de consommer.  Cela signifie être à l’écoute des jeunes du monde, qui réclament justice, égalité et durabilité.  Cela signifie aussi « investir dans un multilatéralisme inclusif et en réseau, avec l’ONU au centre ».  Nous devons continuer à donner un élan positif à travers les grandes réunions de septembre dont la commémoration du soixante-quinzième des Nations Unies, les réunions de haut niveau sur la biodiversité et l’égalité des sexes, ainsi que la convocation par le Secrétaire général du premier « moment ODD » et des réunions sur le financement de la lutte contre la COVID-19 et au-delà.

« Bien que la COVID-19 change le monde dans lequel nous vivons, cela ne devrait pas changer notre engagement à réaliser l’avenir que nous voulons », a conclu la Présidente de l’ECOSOC, Mme Mona Juul.  Reprenant les propos d’un représentant de la société civile du Zimbabwe, elle a insisté sur le fait que « le Programme 2030 est un programme du peuple, par le peuple, pour le peuple ».

Pour mieux nous redresser et reconstruire, nous avons besoin de politiques qui s’appuient sur les synergies incluses dans les ODD, a-t-elle affirmé.  C’est pourquoi au cours des deux dernières semaines du forum politique, les participants ont retenu certaines actions prioritaires: faire progresser le bien-être humain; promouvoir les systèmes alimentaires intégrés; protéger la planète; promouvoir l’énergie durable; œuvrer au développement urbain; et agir pour une croissance inclusive.  Les discussions ont souligné que la reprise après la COVID-19 représente « une rare opportunité de façonner une nouvelle normalité », a-t-elle également souligné.

Rapport du Comité des politiques de développement au Segment de haut niveau de l’ECOSOC le 17 juillet

Le Président du Comité des politiques de développement de l’ECOSOC, M. José Antonio Ocampo, a présenté le rapport de la vingt-deuxième session du Comité des politiques de développement qui a eu lieu à New York, du 24 au 27 février 2020, quelques jours avant que l’OMS ait qualifié la COVID-19 de pandémie.  Il a rappelé que même avant le déclenchement de la pandémie, l’absence de progrès dans la résolution des problèmes qui sont au cœur du Programme 2030 - inégalités et changements climatiques - freinait déjà la mise en œuvre des ODD et menaçait d’annuler les progrès réalisés.  Avec la pandémie, les multiples dimensions de l’inégalité sont devenues plus évidentes et ont été exacerbées à mesure que la fracture s’est considérablement élargie entre ceux qui ont un emploi sûr, l’accès à la sécurité sociale, un logement convenable, des installations sanitaires et des soins de santé, et ceux qui n’en ont pas.

Dans le même temps, malgré un ralentissement temporaire des émissions de carbone, la menace des changements climatiques reste plus grave que jamais.  Comme cela a été douloureusement mis en évidence par les récents événements météorologiques extrêmes, les chocs météorologiques pousseront ceux qui sont derrière encore plus loin.  Les personnes déjà vulnérables souffriront également de manière disproportionnée des effets cumulatifs à long terme des changements climatiques sur la nourriture, le carburant, l’eau et la santé publique.

De ce qui précède, relancer l’économie mondiale sous d’anciens paradigmes qui ne placent pas l’inégalité et les changements climatiques au premier plan et au centre de l’agenda mondial ne mettra pas le monde sur la voie établie par réaliser le Programme 2030 et n’assurera pas la résilience lors des crises futures.  Pour progresser de manière significative vers les ODD au cours de cette « décennie d’action », les États devront déployer stratégiquement toute la gamme d’instruments politiques pour catalyser et réorienter l’innovation et les investissements vers un développement équitable et vert.  Selon M. Ocampo, la COVID-19 donne aux gouvernements une occasion unique de fixer les conditions de l’interaction entre le secteur public, le secteur privé et le tiers secteur, en faisant des ODD les objectifs à atteindre et en adoptant des approches innovantes, participatives et sensibles au genre pour la politique, la réglementation et les partenariats. 

« Un système multilatéral solide et solidaire » est une condition du succès des stratégies pour se remettre de la COVID-19, lutter contre les inégalités et les changements climatiques et atteindre les ODD.  Le Soixante-quinzième anniversaire des Nations Unies est un moment important pour le renouvellement de l’engagement en faveur des règles et institutions multilatérales.  Le Comité des politiques de développement a proposé cinq principes pour guider la conception d’un nouveau multilatéralisme, formulé à travers une série de consultations récentes impliquant un groupe de parties prenantes des communautés mondiales des politiques, du plaidoyer et de la recherche.  Formulés avant la pandémie de COVID-19, ces principes sont toujours plus pertinents.  Selon le premier principe, les règles mondiales devraient être calibrées en fonction des objectifs primordiaux de stabilité sociale et économique, de prospérité partagée et de durabilité environnementale, et protégées contre la capture par les acteurs les plus puissants.

Selon le second principe, les États partagent des responsabilités communes mais différenciées dans un système multilatéral conçu pour faire progresser les biens publics mondiaux et protéger les biens communs mondiaux.  Troisièmement, le droit des États à un espace politique pour poursuivre les stratégies nationales de développement devrait être inscrit dans les règles mondiales.  Un autre principe veut que les réglementations mondiales soient conçues à la fois pour renforcer une division internationale dynamique du travail et pour empêcher les actions économiques unilatérales destructrices qui empêchent les autres nations de réaliser des objectifs communs.  Enfin, selon le cinquième principe, les institutions publiques mondiales doivent rendre des comptes à tous leurs membres, être ouvertes à une diversité de points de vue, connaître les nouvelles voix et avoir des systèmes de règlement des différends équilibrés.

Déclaration de clôture du Secrétaire général adjoint du DESA

Le Secrétaire général adjoint au Département des affaires économiques et sociales (DESA), M. Liu Zhenmin, a fait un résumé succinct des travaux du forum politique.  Il a rappelé que les participants ont discuté de la manière dont la pandémie a mobilisé une action d’urgence aux niveaux local et national.  Ils ont relevé que la pandémie a réaffirmé la nécessité de renforcer la coopération et la gouvernance multilatérales, ce qui est essentiel pour faire face aux urgences mondiales dans des domaines tels que la santé publique, les changements climatiques et autres.  Ils ont aussi reconnu que la propagation rapide de la COVID-19 et des pandémies similaires exige une forte volonté politique et des capacités au niveau mondial pour aider efficacement à coordonner les actions des États.  Dans ce contexte, il est important de réfléchir aux changements nécessaires pour que l’ONU joue un rôle de coordination d’appui.

En outre, la pandémie de COVID-19 a mis en évidence la nécessité de systèmes de santé publique et d’intervention d’urgence plus résilients, en particulier dans les pays en développement.  Cela nécessite une réponse qui ne se limite pas aux mesures à court terme et d’urgence, mais qui aborde également le profond changement systémique et les politiques structurelles nécessaires pour atteindre les ODD. 

Les orateurs ont convenu que la pandémie de COVID-19 est un signal d’alarme pour renforcer le multilatéralisme.  L’ECOSOC pourrait encore renforcer son engagement auprès de groupes cibles clefs, comme les jeunes et le secteur privé, de manière innovante.  Cela pourrait contribuer à ouvrir la voie à un multilatéralisme plus inclusif.

M. Liu a invité tous les États Membres, parties prenantes et autres à prendre à cœur les recommandations qui ont été partagées.  À mesure que nous progressons, réfléchissons de manière critique et créative aux mesures que nous pouvons prendre pour apporter des changements positifs dans le monde, a-t-il suggéré.  Faisons-en sorte que la décennie à venir révèle le « meilleur scénario possible » pour tout le monde, a-t-il conclu.

La Section des communiqués de presse a effectué ce résumé des travaux du segment de haut niveau à partir des documents envoyés par le Secrétariat de l’ECOSOC, qui sont également disponibles sur le site internet de l’ECOSOC.

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