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SC/14232
29 juin 2020

Conseil de sécurité : l’Éthiopie, l’Égypte et le Soudan invités à trouver un accord mutuellement bénéfique sur le Grand Barrage de la Renaissance

«  Nous espérons fermement que l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan poursuivront leurs efforts pour parvenir à un accord sur le Grand Barrage de la Renaissance en Éthiopie (GERD)  qui soit bénéfique à tous   », a plaidé, devant le Conseil de sécurité, la Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix.   Mme Rosemary DiCarlo a affirmé devant les trois pays que 90% des problèmes techniques ont déjà été résolus. 

Distanciation sociale oblige, c’est chacun dans sa mission que les 15 membres du Conseil font leur déclaration et dialoguent avec leurs invités, grâce à un système de visioconférence spécialement conçu pour eux.  Outre la Secrétaire générale adjointe, le Ministre égyptien des affaires étrangères, M. Sameh Shoukry, et les délégations de l’Éthiopie et du Soudan ont également pris la parole.  

La Secrétaire générale adjointe, Mme DiCarlo, a félicité les trois pays pour leur détermination à négocier un accord et a salué les efforts de l’Union africaine (UA) pour faciliter ce processus, à quelques semaines de la mise en service du barrage hydroélectrique dont la construction a débuté en 2011 pour augmenter les sources d’énergie de l’Éthiopie, accroître son électrification, accélérer son industrialisation et exporter l’excédent d’électricité dans la région.  Elle a souligné la nécessité d’une coopération pour réaliser pleinement les avantages du barrage et atténuer les effets négatifs potentiels sur les pays en aval.   Elle a aussi rappelé, en la saluant, la Déclaration de principes de 2015 qui contient l’engagement des trois pays  de  respecter plusieurs principes, notamment la coopération, l’utilisation équitable et raisonnable, la sécurité et le règlement pacifique des différends.  

Le 26 juin dernier, l’Afrique du Sud, Présidente de l’UA,  a convoqué le Bureau des chefs d’État et de gouvernement, dont le Président égyptien et les Premiers Ministres  éthiopien et soudanais, qui ont convenu d’un processus dirigé par l’UA pour résoudre les questions en suspens.   Des réunions sont prévues au cours des deux prochaines semaines.  Aujourd’hui, l’Afrique du Sud a rappelé que les participants à la réunion du 26 juin ont demandé au Conseil de sécurité de prendre note du fait que l’UA est saisie de la question.  Le Conseil de sécurité n’a donc pas à en discuter, a insisté l’Éthiopie, qui a mis en avant le principe « des  solutions africaines aux problèmes africains  ».  

Nous avons porté cette question devant le Conseil de sécurité, s’est expliqué le Ministre égyptien des affaires étrangères, parce que nous voulons empêcher une nouvelle escalade et veiller à ce que des actions unilatérales ne  compromettent  pas les efforts  de  parvenir à un accord sur le GERD, sur le respect des droits et des intérêts des États  riverains  en aval, ou, plus important encore, la vie de près de 150 millions de citoyens égyptiens et soudanais.   L’Égypte a dit avoir  soumis au Conseil  un projet de résolution  qui  encourage les trois États à parvenir à un accord dans un délai de deux semaines et à ne prendre aucune mesure unilatérale à l’égard du GERD.  Le projet de résolution  souligne aussi le rôle du Secrétaire général de l’ONU à cet égard.  La France a d’ailleurs demandé à ce dernier de proposer ses bons offices, après que la Secrétaire générale adjointe a assuré que l’ONU est prête à apporter un appui technique et spécialisé. 

L’Éthiopie a argué que l’accès à ses ressources en eau n’est pas une question de choix, mais une nécessité existentielle; le  GERD  étant « la pièce centrale » de ses aspirations au développement.  Nous générons 86% du flux annuel moyen des eaux du Nil, mais nous n’avons jamais  pu  profiter  du  fleuve car toutes nos plaintes formulées depuis 1959 sont tombées dans l’oreille d’un sourd.  Une fois achevé, a-t-elle précisé, le GERD produira 15 700 GWh par an, apportant électricité et perspective d’une vie digne à plus de 65 millions de personnes plongées dans l’obscurité.  Ce barrage est un projet de développement qui ne peut en aucun cas être considéré comme une menace sécuritaire.   

C’est une « menace d’une proportion potentiellement existentielle », a rétorqué le Ministre égyptien des affaires étrangères.  Une menace, a-t-il dit, qui pourrait empiéter sur la source unique de subsistance de plus de 100  millions d’Égyptiens.  Un «  projet colossal  » qui pourrait mettre en danger la sécurité et même la survie d’une nation tout entière.   Le remplissage et l’exploitation unilatéraux de ce barrage, sans un accord sur les précautions nécessaires pour protéger les communautés en aval et éviter de porter un préjudice important à leurs droits riverains, exacerberaient les tensions et pourraient provoquer des crises et des conflits qui déstabiliseraient une région déjà en proie à des troubles, a prévenu le Ministre.  

Saint-Vincent-et-les Grenadines  a  invoqué  la  «  sagesse collective  »  de l’Afrique pour  espérer  une solution durable, tandis que l’Indonésie a   imploré les parties, au plus haut niveau, à travailler dans un esprit de coopération et de solidarité.  Les progrès accomplis par les trois pays au cours des derniers mois montre qu’il est possible de parvenir à un accord équilibré et équitable qui tienne compte des intérêts des trois pays, ont relevé les États-Unis, dont la médiation a été saluée par le Ministre égyptien des affaires étrangères.  Le Royaume-Uni a espéré que les trois pays ont entendu le message des membres du Conseil : s’abstenir  de  toute  action qui pourrait saper les négociations  et s’engager dans des négociations  et  la recherche d’un accord.   

La Section des communiqués de presse ne couvre que les déclarations faites en visioconférence dont les textes ont été transmis à temps par la Division des affaires du Conseil de sécurité.

La Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix, Mme ROSEMARY DICARLO, a expliqué au Conseil que le Nil-Bleu, qui représente environ 85% du volume principal du Nil lorsqu’il fusionne avec le Nil-Blanc à Khartoum, est une importante ressource en eau transfrontalière, essentielle pour les moyens de subsistance et le développement des populations d’Égypte, d’Éthiopie et du Soudan. 

La construction du Grand Barrage de la Renaissance en Éthiopie (GERD), un important projet hydroélectrique situé sur le Nil-Bleu dans la région de Benishangul-Gumuz en Éthiopie, a commencé en avril 2011, a—t-elle rappelé.  La production d’hydroélectricité grâce au GERD doit stimuler considérablement les sources d’énergie de l’Éthiopie, ce qui permettra d’accroître l’électrification du pays, d’accélérer l’industrialisation et d’exporter l’excédent d’électricité dans la région.  Reconnaissant la nécessité d’une coopération sur le GERD pour réaliser pleinement ses avantages et atténuer les effets négatifs potentiels sur les pays en aval, les pays riverains du Nil-Bleu ont entrepris plusieurs initiatives louables au cours de la dernière décennie.  Mme DiCarlo a cité, à ce titre, le groupe international d’experts -créé en 2012- chargé d’examiner les plans de conception et de construction du GERD, le Comité national tripartite de suivi datant de 2014 et la Déclaration de principes de 2015 sur le GERD.

La Déclaration de 2015, qui prend note de la demande croissante pesant sur les ressources en eau transfrontalières de l’Égypte, de l’Éthiopie et du Soudan, contient l’engagement des trois pays de respecter plusieurs principes, notamment la coopération, l’utilisation équitable et raisonnable, la sécurité et le règlement pacifique des différends.  

En 2018, les trois pays ont formé un groupe national indépendant de recherche qui devait discuter du remplissage et du fonctionnement du barrage.  Des discussions trilatérales ont eu lieu au niveau ministériel, ainsi qu’entre les chefs d’État, avec l’assistance des États-Unis et de la Banque mondiale depuis 2019.  Un projet de texte a été examiné, mais les trois États riverains n’ont pu parvenir à un accord sur le texte présenté en février 2020, a précisé Mme DiCarlo tout en indiquant que le Soudan, sous la direction du Premier Ministre Abdullah Hamdok, a pris l’initiative en début de mois de chercher à réduire les divergences sur cette question.  Selon Mme DiCarlo, 90% des problèmes techniques ont déjà été résolus. 

À la suite des négociations non concluantes de février dernier, les trois pays ont convenu de nommer des observateurs aux pourparlers, notamment la République sud-africaine, les États-Unis et l’Union européenne (UE).  Le 26 juin, l’Afrique du Sud qui assure la présidence de l’Union africaine, a convoqué le Bureau des chefs d’État.  Le Président Sissi d’Égypte, le Premier Ministre Abiy d’Éthiopie et son homologue du Soudan ont assisté à la session et ont convenu d’un processus dirigé par l’Union africaine (UA) pour résoudre les problèmes en suspens.  Les parties se réuniront au cours des deux prochaines semaines à cet effet.  La Secrétaire générale adjointe a félicité les parties pour leur détermination à négocier un accord et a salué les efforts de l’UA pour faciliter un processus à cette fin.  Les divergences restantes sont de nature technique et juridique, a—t-elle expliqué, avant de préciser qu’elles sont relatives au caractère contraignant de l’accord à adopter, au mécanisme de règlement des différends et à la gestion du débit d’eau lors des sécheresses. 

Bien que l’ONU n’ait pas participé aux négociations sur le barrage, le Secrétaire général est pleinement saisi de cette question, a assuré Mme DiCarlo, rappelant à cet effet sa déclaration du 19 mai dans laquelle il appelait les parties à résoudre pacifiquement toutes les divergences en suspens.  Celles-ci peuvent en effet être surmontées et un accord peut être trouvé si toutes les parties font preuve de la volonté politique nécessaire pour faire des compromis, conformément à l’esprit de coopération mis en évidence dans la Déclaration de principes de 2015.  La Secrétaire générale adjointe a assuré que l’ONU est prête à apporter un appui technique et spécialisé, selon qu’il conviendra et selon la demande des trois pays.  Cette assistance couvrira tout soutien qui pourrait être requis par le processus dirigé par l’UA. 

La coopération transfrontalière dans le domaine de l’eau est un élément crucial de la mise en œuvre des objectifs de développement durable, a fait remarquer Mme DiCarlo.  Elle a souligné que les changements climatiques, combiné à la croissance démographique et aux changements socioéconomiques escomptés, aggraveront les difficultés de gestion de l’eau dans le monde, et pas seulement pour les pays riverains du Nil-Bleu.  Elle a ensuite affirmé que la coopération n’est pas un jeu à somme nulle.  C’est plutôt la clef de la réussite pour l’effort collectif visant à réduire la pauvreté et renforcer la croissance, en exploitant le potentiel de développement de la région.  « Nous espérons fermement que l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan poursuivront leurs efforts pour parvenir à un accord sur le GERD qui soit bénéfique à tous. »  

Les États-Unis ont estimé, en tant que pays facilitateur et observateur des négociations sur un accord sur le Grand Barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD), que le Nil est profondément lié aux identités nationales de l’Égypte, de l’Éthiopie et du Soudan et qu’il est d’une importance capitale pour les moyens de subsistance et le bien-être de leurs peuples.  Le GERD représente une opportunité unique pour cette partie de l’Afrique, où les sécheresses dues aux faibles précipitations, la désertification et le sous-développement économique ont frappé des générations de personnes.  La délégation américaine a estimé qu’un accord sur le GERD pourrait transformer une région de 250 millions d’habitants, en élargissant les opportunités économiques grâce à la coopération transfrontalière et l’intégration régionale.  « Une sécurité alimentaire accrue, un meilleur accès à l’énergie et des projets d’agriculture élargis ne sont que quelques-uns des avantages transformationnels que le GERD peut apporter à la région. »  

Le travail considérable accompli par l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan au cours des derniers mois montre qu’il est possible de parvenir à un accord équilibré et équitable qui tienne compte des intérêts des trois pays, ont relevé les États Unis qui ont salué les efforts passés du Gouvernement du Soudan pour encourager le processus de négociations, ainsi que les efforts récents de l’UA pour faciliter des discussions supplémentaires entre les trois pays sur le GERD et ceux déployés plus récemment par le  Président sud-africain Ramaphosa pour porter cette question devant le bureau de l’UA.  Après avoir noté que cette question est portée devant le Conseil parce que le temps presse et que la fenêtre de tir pour parvenir à un tel accord pourrait se fermer rapidement, les États-Unis ont encouragé tous les pays à tirer parti des progrès substantiels dans les négociations antérieures et des compromis qui ont conduit à ces progrès.  « Nous appelons en outre tous les pays à s’abstenir de faire des déclarations ou de prendre des mesures qui porteraient atteinte à la bonne volonté nécessaire pour parvenir à un accord. » 

L’Afrique du Sud a rappelé que le Nil n’est pas seulement une source de développement, mais aussi un moyen de survie pour tous les États riverains, et une ressource naturelle partagée pour l’utilisation de laquelle il est essentiel de coopérer.  La délégation a indiqué que le Grand Barrage de la Renaissance sera le plus grand barrage hydroélectrique du continent et devrait donc être célébré comme un symbole de développement indispensable, au lieu de devenir une source de conflit et de désaccord.  Elle a rappelé que le Président de l’UA, le Président de la République d’Afrique du Sud, M. Cyril Ramaphosa, a convoqué une réunion du Bureau de l’Assemblée de l’UA le 26 juin 2020, invitant les dirigeants des trois pays à participer et à discuter des développements concernant le GERD.  Le Bureau était représenté par les Présidents de la République démocratique du Congo, de l’Égypte, du Kenya et du Mali.  

« Nous nous félicitons de l’engagement pris par les trois Parties lors de la réunion du Bureau de s’abstenir de faire des déclarations ou de prendre toute mesure qui pourrait compromettre ou compliquer le processus dirigé par l’UA visant à trouver une solution acceptable sur toutes les questions en suspens. »  Ainsi, le Bureau de l’Assemblée de l’UA a décidé de renforcer la Commission tripartite chargée de la question du GERD avec la participation d’observateurs que sont l’Afrique du Sud en sa qualité de Présidente de l’UA, les membres du Bureau de l’UA et les experts de la Commission.  La Commission examinera toutes les questions techniques et juridiques en suspens et présentera son rapport au Président du Bureau dans une semaine.  

En outre, le Bureau de l’Assemblée et les chefs d’État et de gouvernement participants sont convenus de se réunir à nouveau dans deux semaines pour examiner un rapport sur le résultat des négociations sur les questions en suspens concernant le GERD.  Enfin, le Bureau de l’Assemblée de l’UA et les chefs d’État et de gouvernement participants ont demandé au Conseil de sécurité des Nations Unies de prendre note de ces faits nouveaux et du fait que l’UA est saisie de cette question qui préoccupe le continent.  Selon l’Afrique du Sud, il est donc important que le Conseil de sécurité respecte ces efforts continentaux et offre aux parties, par le biais des mécanismes convenus, un espace pour trouver une solution qui garantira un avenir pacifique et prospère à ces trois pays voisins. 

La Fédération de Russie a indiqué que les modalités d’utilisation des ressources du Nil devraient être déterminées par tous les pays du bassin sur un pied d’égalité, en tenant compte des chantiers de leur développement social et économique, du droit international et de la stabilité régionale.  La délégation a estimé que la recherche d’une solution mutuellement acceptable devrait être menée conformément à l’esprit et à la lettre de la Déclaration de 2015, tout en tenant compte des progrès accomplis dans le format trilatéral sur une série de questions dont le régime du remplissage du barrage, les délais de mise en service de la centrale, le volume d’écoulement écologique, les mesures d’atténuation de la sécheresse et la sécurité du projet. 

Nous prenons note de la contribution des États africains à la résolution du différend entre l’Éthiopie, l’Égypte et le Soudan, a poursuivi la délégation russe, rappelant que les diplomates africains ont démontré leur attachement au principe « des solutions africaines aux problèmes africains ».  La Fédération de Russie a dit souhaiter que la question soit réglée de manière rapide et juste car cela contribuerait au progrès, au développement et à la prospérité du continent africain, conformément à l’esprit et aux objectifs fixés lors du tout premier Sommet « Russie-Afrique » qui s’est tenu l’année dernière à Sotchi. 

Pour l’Estonie, les trois parties prenantes ont des intérêts légitimes.  Elle s’est donc félicitée de la reprise du dialogue, le 26 juin, et de l’engagement à trouver une solution négociée à toutes les questions en suspens.  La réunion du Bureau de l’Union africaine a été une étape positive, a estimé la délégation avant d’exhorter les parties à maintenir le cap et à faire les concessions nécessaires pour parvenir à un accord mutuellement pacifique, dans les prochaines semaines.  Les parties ont une occasion « historique » de donner l’exemple et de montrer au reste du monde comment une source de conflit potentiel peut être transformée en coopération de laquelle tout le monde sort gagnant.  

En tant que pays sans littoral et abritant le troisième plus long fleuve d’Afrique, le Niger a considéré que la gestion des eaux transfrontières est essentielle pour la coexistence pacifique des pays partageant cette importante ressource naturelle qu’est un fleuve.  C’est dans ce sens que nos États ont mis en place l’Autorité du bassin du Niger, la Commission du bassin du lac Tchad et l’Union du fleuve Mano, a indiqué le Niger avant d’ajouter que l’eau doit être une source de coopération et de prospérité partagée, et non une source de conflit ou de discorde entre les nations riveraines.  À cet égard, le Niger a souhaité que le GERD, bien que source de préoccupation, trouve une issue heureuse car elle concerne trois pays frères, unis par l’histoire et la géographie. 

Le Niger a salué l’initiative de l’actuel Président de l’Union africaine, qui a convoqué une réunion le 26 juin.  Le Niger s’est félicité de ce que plus de 90% des questions en litige aient été résolues par des pays déterminés à examiner les questions restantes dans le cadre de l’Union africaine, dans un esprit constructif.  Le Conseil, a estimé le Niger, pourrait soutenir cette initiative régionale.  Ce faisant, il enverrait un signal fort de reconnaissance du rôle essentiel joué par les organisations régionales dans le règlement pacifique des différends de cette nature.  Les organisations régionales, comme l’Union africaine, ont souvent une meilleure compréhension des dynamiques régionales, a insisté le Niger.  

Alors que le rôle du Conseil de sécurité est essentiel au maintien de la paix et de la sécurité internationales, le Niger a souhaité qu’au nom du principe de subsidiarité, l’initiative africaine soit soutenue dans ce cas particulier, afin de donner toute sa force au principe selon lequel les problèmes soient résolus par des solutions africaines. 

Dans un discours qu’elle a voulu bref, l’Allemagne s’est ralliée, sur le fonds, à tout ce que son collègue européen de l’Estonie a déclaré quelques minutes avant lui.  Après avoir écouté le débat jusqu’à présent, nous pouvons tous constater qu’il y a beaucoup d’unité au sein du Conseil, s’est félicitée l’Allemagne avant de préciser que cette unité est très importante et envoie un signal fort de soutien aux trois parties prenantes.  L’Allemagne a dit compter sur elles pour trouver une solution équilibrée répondant à leurs intérêts respectifs.  Elle s’est dit déterminée à maintenir son soutien technique à ce processus, en espérant que ces négociations aboutiront rapidement à un accord à l’amiable. 

La République dominicaine a estimé que la meilleure façon pour les trois pays de résoudre leurs différends concernant le Grand Barrage de la Renaissance en Éthiopie (GERD) est de mener des pourparlers directs.  La décision prise par les trois parties de s’abstenir de faire des déclarations ou de prendre des mesures qui pourraient menacer ou compliquer davantage le processus dirigé par l’Union africaine montre leur niveau de compromis et de bonne foi, a poursuivi la délégation.  Les trois parties devront faire des compromis pour parvenir à un accord dans les prochaines semaines, a-t-elle réitéré, en leur demandant « humblement » de prendre en considération les préoccupations et les intérêts légitimes de chacune d’elles et de rétablir la confiance entre elles.  Il faut préserver cet esprit renouvelé de conciliation et profiter de cette fenêtre d’opportunités pour s’éloigner des confrontations potentielles et créer un instrument commun, grâce auquel les trois pays pourraient officialiser leur coopération, a encouragé la délégation.  

La Chine a dit comprendre parfaitement les préoccupations des trois pays. Elle a salué la visioconférence extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement de l’UA du 26 juin, ainsi que l’engagement des pays concernés à résoudre les différends par la négociation.  L’exploitation des ressources en eaux transfrontalières implique la répartition des avantages entre les pays en amont et en aval, a souligné la Chine.  C’est par conséquent une question « compliquée et sensible » à régler entre les trois parties par le dialogue.  L’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan sont tous des pays importants de la région et de « bons amis » de la Chine, a dit la délégation qui a espéré que les trois parties parviendront à une solution acceptable par tous.  La communauté internationale, a-t-elle conseillé, doit créer un environnement favorable et aider les trois parties à s’entendre. Mais, a prévenu la Chine, l’« implication  » du Conseil de sécurité dans la question du GERD ne saurait en aucun cas constituer un précédent.  

Le Viet Nam s’est dit préoccupé par la tendance actuelle à surexploiter les cours d’eau internationaux, en lésant les droits et les intérêts légitimes des pays riverains, en particulier les pays en aval qui sont placés dans une position naturellement plus désavantageuse.  Les effets néfastes de cette tendance, aggravés par ceux des changements climatiques, ont posé des problèmes de sécurité, de stabilité et de développement dans de nombreuses régions.  En ce qui concerne le Nil-Bleu, le Viet Nam a appelé toutes les parties concernées à  mettre pleinement en œuvre la Déclaration de 2015 et à régler les questions en suspens pacifiquement, dans un esprit amical et de bonne foi.  Il s’est félicité du rôle important joué par l’Union africaine et a dit attendre des efforts sérieux et continus des parties concernées pour résoudre le plus rapidement possible les problèmes restants, y compris les questions juridiques et techniques.  

Les parties, a-t-il insisté, doivent s’abstenir de toute mesure unilatérale qui pourrait aggraver les tensions.  Il est important, a-t-il ajouté, que l’utilisation des cours d’eau internationaux soit conforme au droit international et aux engagements des pays concernés.  Il est également important d’encourager la codification et le développement du droit international sur l’utilisation des cours d’eau transfrontières.  Il a mis l’accent sur la Convention des Nations Unies sur le droit relatif aux utilisations des cours d’eau internationaux à des fins autres que la navigation.  

Le Royaume-Uni s’est dit heureux de constater que de nombreux éléments nécessaires à un consensus soient inscrits dans l’accord de « principe » du 23 mars 2015, en particulier le principe consistant à ne pas causer de préjudice important.  Depuis l’adoption de l’accord de principe, les trois parties ont poursuivi les pourparlers, notamment avec la médiation des États-Unis, pour parvenir à un accord trilatéral plus détaillé sur le remplissage et l’exploitation du barrage, s’est encore félicité le Royaume-Uni avant de saluer l’esprit de coopération qui prévaut « à travers le Nil ».  Le Royaume-Uni a particulièrement remercié le Soudan et la contribution de son Premier Ministre Hamdok pour la réussite des pourparlers.  

Il a aussi remercié le Président de l’Union africaine et celui de la Commission de l’UA pour avoir lancé une nouvelle série de pourparlers pour résoudre les problèmes en suspens.  Notant que la conclusion d’un accord nécessite de toutes les parties un compromis, le Royaume-Uni a jugé important qu’elles gardent à l’esprit les principes clefs de la Déclaration du 23 mars 2015.  La délégation britannique a espéré que les trois pays ont tous entendu aujourd’hui le message des membres du Conseil qui les appellent à s’abstenir de toute action qui pourrait saper les négociations et à s’engager de manière constructive et urgente, et dans un esprit de compromis, dans des négociations et la recherche d’un accord. 

Saint-Vincent-et-les Grenadines s’est dit encouragé par la détermination des parties de poursuivre leurs négociations trilatérales, de bonne foi et dans un esprit de solidarité, pour parvenir à un accord raisonnable, équitable et à l’amiable.  Nous les exhortons à prendre les mesures politiques audacieuses pour conclure ces négociations, a insisté la délégation.  Compte tenu de l’intensification des sécheresses et des pénuries de ressources provoquées par les changements climatiques, Saint-Vincent-et-les Grenadines a reconnu la nécessité d’un accord global et durable qui réponde pleinement aux préoccupations de chaque partie.  

Saint-Vincent-et-les Grenadines a noté que les parties concernées sont presque au terme de ce voyage « laborieux », puisque plus de 90% des problèmes ont été résolus.  Nous sommes donc convaincus que « nos frères et sœurs » régleront leurs différends, comme le font toutes les familles, « avec discrétion et harmonie ».  Saint-Vincent-et-les Grenadines a invoqué la « sagesse collective » de l’Afrique pour espérer une solution durable. 

L’Indonésie a dit que cette question aurait pu être réglée entre les trois pays trois « voisins et frères. »  Cette réunion du Conseil ne devrait pas créer de précédent.  Elle doit être considérée comme une partie des efforts collectifs pour aider les parties à reprendre les négociations et à parvenir à une solution à l’amiable, acceptable et réalisable.  Les parties, a insisté la délégation, doivent poursuivre les négociations pour trouver une solution mutuellement bénéfique d’autant que la plupart des problèmes techniques ont été résolus.  Pour ce qui est des problèmes en suspens, « comme tout marathon, le plus important est le dernier tour de piste et bien sûr pour tous les coureurs d’atteindre la ligne d’arrivée. »  Par conséquent, a ajouté l’Indonésie, les parties ne devraient ménager aucun effort pour résoudre ces questions à l’amiable et ne pas oublier que parfois, quand des questions sont en suspens, ce n’est pas par manque de solution mais par manque de volonté politique.  L’Indonésie a  « imploré » les parties, au plus haut niveau, à travailler dans un esprit de coopération et de solidarité, et dans cet « esprit d’Ubuntu » pour laquelle  l’Afrique est célèbre.   

Toutes les pistes de négociation doivent être explorées et toute personne ou institution susceptible de contribuer à la recherche de la paix doit être envisagée, y compris les Nations Unies et le Secrétaire général.  Régler cette question dans le contexte régional est l’une des meilleures options, a affirmé l’Indonésie, en appelant les parties à s’abstenir de toute action unilatérale qui entraverait la poursuite des négociations et exacerberait une situations déjà fragile.  En exerçant nos droits, nous sommes également liés par des responsabilités, y compris avec nos voisins.  Ce qui est en jeu, c’est la vie et les moyens de subsistance de millions de personnes en amont et en aval du Nil.  

Le Ministre des affaires étrangères de la République arabe dÉgypte, M. SAMEH SHOUKRY, a souligné que la question en débat devant le Conseil de sécurité est «  de la plus grande importance pour le peuple égyptien  ».  Le Grand Barrage est «  une menace d’une proportion potentiellement existentielle » qui pourrait empiéter sur la source unique de subsistance pour plus de 100 millions d’Égyptiens.  Ce «  projet colossal  » que l’Éthiopie a construit à travers le Nil-Bleu, pourrait mettre en danger la sécurité et même la survie d’une nation tout entière. 

Bien que nous reconnaissions l’importance de ce projet pour les objectifs de développement du peuple éthiopien, il est essentiel de reconnaître que ce méga-barrage, qui est la plus grande infrastructure hydroélectrique d’Afrique, menace potentiellement le bien-être et l’existence de millions de citoyens égyptiens et soudanais, a argué le Ministre.  Le remplissage et l’exploitation unilatéraux de ce barrage, sans un accord sur les précautions nécessaires pour protéger les communautés en aval et éviter de porter un préjudice important à leurs droits riverains, exacerberaient les tensions et pourraient provoquer des crises et des conflits qui déstabiliseraient une région déjà en proie à des troubles. 

Il est important, a dit le Ministre, que le Conseil de sécurité examine cette question et agisse « avec diligence et vigueur » pour résister aux cas d’unilatéralisme qui pourraient saper les principes fondamentaux de notre système international, sont inscrits dans la Charte « sacrée » de cette Organisation.  En tant que partie prenante responsable, l’Égypte a choisi de porter cette question à l’attention du Conseil de sécurité afin d’empêcher une nouvelle escalade et de veiller à ce que les actions unilatérales ne compromettent pas les efforts de parvenir à un accord sur le GERD et les droits et intérêts des États riverains en aval, ou, plus alarmant, la vie de près de 150 millions de citoyens égyptiens et soudanais, générant une tension accrue dans une région instable. 

M. Shoukry a expliqué qu’en Égypte, les populations sont installées sur les rives les plus arides du bassin du Nil, dans un des pays les plus pauvres en eau de la planète.  Cette dure réalité nous oblige à n’occuper que 7% de notre territoire le long d’une mince bande verte et d’un delta fertile regorgeant de millions d’âmes, dont la part annuelle d’eau ne dépasse pas 560 mètres cubes, ce qui place l’Égypte bien en deçà du seuil international de pénurie d’eau.  Nos frères en Éthiopie, a rappelé le Ministre, ont été dotés par la « providence divine » de ressources abondantes en eau, avec une pluviométrie annuelle moyenne de près de 936 milliards de mètres cubes d’eau, dont à peine 5% se jettent dans le Nil-Bleu et 11 autres bassins fluviaux, qui offrent tous des possibilités infinies de coopération et d’intégration économiques régionales.  

Cela signifie que si le Grand Barrage est rempli et exploité unilatéralement, en l’absence d’un accord mutuellement bénéfique qui protège la vie et les moyens de subsistance des communautés en aval, il mettra à jour une réalité hydrologique déjà très tendue.  Pendant plus d’une décennie, a affirmé le Ministre, nous avons engagé des négociations sur le GERD, pour parvenir à un accord juste et équitable.  M. Shoukry a rappelé que les deux lettres adressées par son gouvernement au Conseil de sécurité, les 1er mai et 19 juin 2020, ont détaillé les étapes successives des négociations.   

Il a aussi rappelé que son pays a assisté et convoqué plusieurs sommets et réunions bilatéraux et multilatéraux régionaux avec «  nos autres frères africains  », pour faciliter un accord qui assure à l’Éthiopie une production hydroélectrique efficace et durable, tout en limitant et en minimisant les effets négatifs et en prévenant des dommages importants pour les États en aval. 

Malheureusement, tous ces efforts ont échoué, a déploré le Ministre, rappelant aussi que l’Accord sur la Déclaration du 23 mars 2015 a reconfirmé l’obligation juridique de l’Éthiopie de mener des études sur les effets hydrologiques et socioéconomiques transfrontières du Grand Barrage et d’entreprendre une évaluation de son impact environnemental.  L’Accord a également réaffirmé l’engagement politique de l’Éthiopie et son obligation juridique de ne pas remplir le barrage sans un accord avec ses deux voisins en aval.  Le Ministre a regretté que les études engagées par son pays sur les effets et les impacts du barrage aient été entravées.  Nous n’avons pas non plus de garanties « inattaquables » sur la sécurité et la solidité structurelle du barrage.  

En l’absence de données scientifiques suffisantes, les communautés en aval de cette grande structure semblent condamnées à vivre dans l’ombre d’une grande inconnue.  Si le Grand Barrage connaissait des défaillances ou des défauts structurels, il placerait le peuple soudanais dans un danger « inimaginable » et exposerait l’Égypte à des menaces « impensables ».  Le Ministre a rappelé le traité « librement signé » par l’Empereur d’Abyssinie en 1902, qui interdit la construction de tout aqueduc à travers le Nil-Bleu qui affecterait le débit naturel du fleuve.  Il a aussi rappelé le Cadre général de coopération signé par l’ancien Premier Ministre éthiopien Meles Zenawi et le Président égyptien en 1993, suivi par la Déclaration de 2015.  Il va sans dire que tous ces traités restent juridiquement contraignants et en vigueur. 

Avec l’aide des États-Unis et de la Banque mondiale, a indiqué le Ministre, mon pays a pu signer un accord le 28 février 2020, lequel a été rejeté à la vingt-cinquième heure par l’Éthiopie.  L’Égypte s’est dit convaincue qu’un accord sur le GERD doit être un instrument juridiquement contraignant en vertu du droit international, qui doit inclure des définitions claires, des préjudice à éviter et un mécanisme contraignant de règlement des différends.  Le Ministre a rappelé qu’à la réunion extraordinaire du Bureau de l’Union africaine, le 26 juin, il a été convenu que des négociations techniques intergouvernementales se tiendraient dans un délai de deux semaines.  De plus, l’Éthiopie s’est engagée à ne prendre aucune mesure unilatérale, dont le remplissage du Grand Barrage, avant qu’un accord ne soit conclu.  Pour le Ministre, il incombe au Conseil de sécurité de prendre note et de saluer les résultats de la réunion du Bureau de l’UA et d’appeler les trois pays à respecter leurs engagements et promesses.  

Dans ce contexte, l’Égypte a soumis au Conseil un projet de résolution qui encourage les trois États à parvenir à un accord dans un délai de deux semaines et à ne prendre aucune mesure unilatérale à l’égard du GERD, et qui souligne le rôle important du Secrétaire général des Nations Unies à cet égard.  Ce projet de résolution ne vise pas à anticiper ou à empêcher les négociations, mais plutôt à exprimer, au plus haut niveau, le vif intérêt de la communauté internationale pour un accord sur le GERD et prévenir du danger des actions unilatérales. 

L’Éthiopie a estimé que le Conseil de sécurité n’a pas à discuter de cette question, compte tenu du risque d’ouvrir la boite de Pandore et de politiser cet organe chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales.  Elle a indiqué que les négociations tripartites avec l’Égypte et le Soudan ne sont pas terminées et qu’un consensus a déjà été dégagé sur la plupart des questions techniques les plus importantes. 

La délégation a jugé « lamentable » que le principe de complémentarité et de subsidiarité entre l’ONU et les organisations régionale ait été ignoré puisque la question du Grand Barrage de la Renaissance (GERD) est portée «  sans justification  » à l’attention du Conseil.  Ce dernier sait qu’il y a trois jours, le Bureau de l’Assemblée de l’Union africaine a tenu une réunion extraordinaire au cours de laquelle les trois pays ont décidé de reprendre les négociations et de résoudre les questions en suspens par des consultations tripartites, dans le cadre « des solutions africaines aux problèmes africains  ».  L’Union africaine est donc saisie de cette affaire et ce Conseil doit laisser ce processus suivre son cours. 

La délégation a expliqué que le GERD est la pièce centrale des aspirations de développement de son pays.  L’Éthiopie génère 86% du flux annuel moyen des eaux du Nil, mais n’a jamais pu profiter du fleuve; l’Accord de 1959 entre l’Égypte et le Soudan ayant réparti les eaux du Nil entre eux et réservé la part du lion à l’Égypte.  « Rien pour l’Éthiopie », s’est indignée la délégation, rappelant qu’en 1997, l’Égypte a pris une autre décision unilatérale en construisant les canaux de Toshka et de la paix et en déviant les eaux du Nil de leur lit naturel.  Toutes les plaintes que nous avons formulées depuis 1959 sont tombées dans l’oreille d’un sourd.  L’Égypte continue pourtant de nous accuser d’avoir pris une action unilatérale avec le GERD.  

Nous voulons tout simplement, a affirmé l’Éthiopie, corriger une injustice et à assurer le partage « équitable et raisonnable » de cette «  ressource précieuse  ».  Bien que nous soyons dotés de ressources abondantes en eau dans le bassin du Nil, nous sommes privés depuis des années, s’est offusquée l’Éthiopie, du droit d’utiliser cette ressource pour sortir d’une pauvreté abjecte.  Pour nous, a souligné la délégation, l’accès à nos ressources en eau n’est pas une question de choix, c’est une nécessité existentielle.  

La délégation a expliqué qu’à l’heure actuelle, des dizaines de millions d’Éthiopiens utilisent encore du bois de chauffe comme combustible, et les ménages ruraux où vivent 85% des Éthiopiens et près des deux tiers des écoliers, sont plongés dans l’obscurité.  En revanche, près de 100% de la population égyptienne, tant dans les villes que dans les zones rurales, a accès à l’électricité.  Le GERD, a souligné l’Éthiopie, est la réponse aux appels à l’aide des mères éthiopienne qui ne veulent plus passer des heures à collecter du bois de chauffe, sans compter les femmes enceintes transportées sur de grandes distances sur des civières faute d’électricité et de soins obstétriques d’urgence. 

Une fois achevé, a-t-elle précisé, le barrage produira 15 700 GWh par an, apportant électricité et perspective d’une vie digne à plus de 65 millions de personnes plongées dans l’obscurité.  Le GERD est un projet de développement, a martelé l’Éthiopie, et ne peut en aucun cas être considéré comme une menace sécuritaire.  De nombreux obstacles ont été «  créés de toutes pièces » pour nous barrer l’accès à l’appui international.  

«  Depuis le tout début  », l’Éthiopie a dit avoir pris des initiatives sans précédent pour susciter la compréhension de l’Égypte et du Soudan, comme la création d’un panel international d’experts, d’un comité national tripartite et du Groupe national de recherche scientifique.  Ces initiatives n’ont pas pu aboutir en raison de l’ «  intransigeance  » de l’Égypte et son insistance sur «  les droits historiques et l’usage actuel ».  Ni l’Égypte, ni le Soudan n’ont consulté l’Éthiopie lorsqu’ils ont construit des barrages sur le Nil. 

La délégation a accusé l’Égypte d’avoir cherché à imposer des termes inacceptables lors des consultations organisées en octobre 2019 par les États-Unis, en cherchant à instrumentaliser le processus.  Pendant les négociations, nous avons fait preuve, a estimé l’Éthiopie, de beaucoup de souplesse, et comme mesure de bonne foi, nous avons accepté de remplir le réservoir du GERD en 4 à 7 ans alors qu’il pourrait être rempli en trois ans, sans provoquer de préjudices importants à l’Égypte et au Soudan.  Nous avons également accepté de reporter la deuxième phase de la première étape du remplissage si l’afflux annuel vers le GERD est en deçà de 31 milliards de mètres cubes. 

Selon la délégation éthiopienne, les trois pays se sont déjà accordés sur le remplissage initial du réservoir, et cette année représente un moment opportun pour commencer à recueillir les eaux, le niveau des eaux du Nil-Bleu et du Nil-Blanc étant au-dessus de la normale.  

Elle a également expliqué qu’au cours de la première étape de mise en eau, qui est une phase de test ou d’essai, l’Éthiopie ne conservera qu’environ un dixième du débit annuel moyen du Nil-Bleu . Par contre, chaque année, le double de la quantité d’eau retenue lors du remplissage initial du GERD est perdu par évaporation au barrage d’Assouan et cela s’ajoute au gaspillage dû aux pratiques d’irrigation à forte intensité et aux inondations en Égypte.  Plus de 60% de la superficie de l’Éthiopie est couvertes de terres arides, tandis que l’Égypte est dotée de nombreuses ressources en eau souterraine et a accès à l’eau de mer, qui pourrait être dessalée. 

La délégation a ensuite souligné qu’en ce qui concerne les cours d’eau transfrontières, la gestion de la sécheresse est la responsabilité commune des États riverains.  Mais, a-t-elle dénoncé, l’Égypte veut que l’Éthiopie assume seule le fardeau de la sécheresse.  « C’est inacceptable », s’est-elle exclamée. L’Éthiopie qui a fait observer que les règles régissant l’utilisation de l’eau ou l’opération des barrages dépendent de la disponibilité de l’eau et que les consignes d’exploitation doivent avoir des directives précises qui tiennent compte des différentes conditions hydrologiques, y compris la sécheresse.  Les trois pays doivent donc s’accorder sur les seuils de sécheresse et sur des mécanismes de coopération pour le partage des responsabilités en ce qui concerne la réponse et l’atténuation des conséquences de la sécheresse et des changements climatiques.  L’Éthiopie a également estimé qu’aucun accord ne doit restreindre ses droits souverains à une utilisation future et à un développement en amont sur le Nil-Bleu. 

La délégation a prévenu que toute implication du Conseil de sécurité sur cette question risque de provoquer un durcissement des positions et de rendre les compromis encore plus difficiles.  Elle a appelé le Conseil à encourager les trois pays à reprendre les négociations tripartites et à ne pas saper le processus dirigé par l’UA.  Il serait regrettable que l’appel de l’Éthiopie à ne pas politiser et internationaliser la question du GERD ne soit pas entendu par ce Conseil, a-t-elle prévenu. 

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