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SC/14362
23 novembre 2020

Conseil de sécurité: la Somalie doit prendre des décisions déterminantes pour le processus électoral et la transition sécuritaire d’ici à 2021

La Somalie devra, au cours des prochains mois, prendre des décisions déterminantes: un processus électoral pour choisir le Parlement et le Président; une transition en matière de sécurité pour que les Somaliens soient en mesure d’assumer la responsabilité dans ce secteur d’ici à la fin de 2021; et des priorités urgentes pour la réponse humanitaire et les réformes économiques.  Tel est en bref le tableau dressé ce matin, au Conseil de sécurité, par le Représentant spécial du Secrétaire général pour la Somalie et Chef de la Mission d’assistance des Nations Unies en Somalie (MANUSOM), M. James Swan, et son homologue de l’Union africaine, le Représentant spécial du Président de la Commission de l’Union africaine pour la Somalie et Chef de la Mission de l’Union africaine dans ce pays (AMISOM), M. Francisco Caetano José Madeira.

Les deux hauts responsables, s’exprimant par visioconférence, comme l’ensemble des membres du Conseil, ont fait le point sur l’évolution de la situation en Somalie depuis le mois d’août dernier.  Après avoir repris leur dialogue, se sont-ils félicités, les dirigeants du Gouvernement fédéral et de tous les États membres de la fédération sont finalement parvenus, en septembre, à un accord sur les modalités du vote fédéral.  Le modèle électoral a en outre été accepté par toutes les principales parties prenantes somaliennes, y compris les partis politiques et la société civile, et a été ratifié par le Parlement fédéral, remplaçant ainsi l’ancienne loi électorale.

Si le modèle électoral convenu pour 2020-2021 n’a pas respecté l’engagement de tenir des élections suivant le principe « une personne, une voix », M. Swan a toutefois reconnu, comme M. Madeira, qu’il a été obtenu après des « compromis importants » et qu’il reflète un large consensus et une appropriation politique de la part des Somaliens.

Pour l’avenir, il sera nécessaire de préciser des aspects clef du modèle et de poursuivre le dialogue entre les dirigeants fédéraux et ceux des États, y compris pour répondre aux défis pressants auxquels fait face la Somalie, notamment la lutte contre les Chabab et les réformes politiques, économiques ou sécuritaires, dont certaines ont pris du retard et demeurent des sujets de litige.  De plus, se sont inquiétés MM. Swan et Madeira, le pays a continué de faire face au « triple choc » que constituent la pandémie de maladie à coronavirus (COVID-19), l’infestation de criquets pèlerins et les inondations.

Tel est bien l’engagement du Gouvernement, a assuré le nouveau Premier Ministre de la Somalie, M. Mohamed Hussein Roble, précisant que si le principe « une personne, une voix » n’a pas pu être atteint cette fois-ci, il demeure une « ambition pour tous les Somaliens ».

Pour les délégations, cette union politique devra d’autant plus persister que les conditions de sécurité sont demeurées « instables », avec 270 atteintes à la sécurité enregistrées par mois en moyenne entre août et novembre.  Dans la plupart des cas, il s’est agi d’attaques lancées par les Chabab, y compris à l’aide d’engins explosifs improvisés, selon le rapport du Secrétaire général (S/2020/1113) dont était saisi le Conseil.

En effet, ont abondé les deux hauts responsables, ce groupe reste la « première menace à la sécurité » en Somalie, avec ses attaques contre les civils, les travailleurs humanitaires et les personnels de l’ONU.  Selon les informations de l’AMISOM, ils essaient de déstabiliser Mogadiscio dans le contexte électoral et auraient même recruté des consultants étrangers pour renforcer leurs capacités en plus de prendre désormais pour cibles des aéronefs au décollage ou à l’atterrissage, mais heureusement, sans succès jusqu’à présent.

À leur suite, les délégations de la France, des États-Unis ou du groupe A3+1 (Niger, Tunisie, Afrique du Sud et Saint-Vincent-et-les Grenadines), de la Belgique ou encore du Viet Nam, de l’Indonésie et de l’Allemagne, ont salué cette « étape importante » dans le processus électoral grâce à l’entente des dirigeants somaliens, même si le principe « une personne, une voix » n’a pas été retenu pour les législatives.  Avec ce progrès par rapport à 2016, il reste maintenant à garantir un processus crédible, inclusif, avec la pleine participation des femmes, dont le quota devra atteindre les 30%, ont plaidé ces délégations.

En effet, a renchéri la Présidente de Somali Gender Equity Movement, Mme Zainab Hassan, invitée à participer à la réunion en tant que membre de la société civile, sans la pleine présence des femmes à la « table des décisions », la Somalie ne pourra pas parvenir à une paix durable et créer une société juste fondée sur l’état de droit.  L’accord politique qui prévoit un quota de 30% de femmes sera bel et bien sauvegardé, lui a répondu le Premier Ministre.

Concernant la situation sécuritaire, qualifiée de « précaire » et « préoccupante », de « volatile » ou « tendue », il a été dit que la stabilité ne pourra pas être atteinte sans une lutte efficace contre les attaques terroristes.  Pour l’Estonie, on ne pourra pas vaincre les Chabab uniquement par des moyens militaires, sans un renforcement des institutions et des activités de soutien.  Le développement et le déploiement de l’Armée nationale somalienne sont indispensables pour la contenir, ont plaidé les États-Unis. 

En la matière, un changement est en cours.  Les jeunes hommes et femmes courageux de l’Armée nationale somalienne ont toujours « la mainmise » sur les Chabab, a encore assuré le Premier Ministre somalien, ajoutant aussi que l’embargo sur les armes entrave les capacités de l’armée somalienne à réussir à « éliminer » les terroristes.

Dans ce contexte, ont plaidé les États-Unis, il est important, dans le cadre de la révision du plan de transition dont le but est de conférer la responsabilité de la protection des civils aux forces armées de la Somalie, de préparer les discussions de février 2021 sur le mandat de l’AMISOM en vue de permettre à la Somalie d’assurer de plus grandes responsabilités. 

Toute décision sur le retrait des soldats de la paix de la Somalie dépend des progrès accomplis dans la préparation de l’armée somalienne et dans la mise en place d’une architecture unitaire de sécurité, a prévenu la Fédération de Russie, rejointe par les A3+1, pour qui aussi, le retrait de l’AMISOM ne pourra se faire que sur la base de conditions de sécurité et après avoir pris en compte les avis des autres parties prenantes, en particulier l’Union africaine, l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et les pays contributeurs de contingents.

M. JAMES SWAN, Représentant spécial du Secrétaire général pour la Somalie et Chef de la Mission d’assistance des Nations Unies en Somalie (MANUSOM), a déclaré que la séance du Conseil se tient alors que la Somalie doit prendre des décisions déterminantes: un processus électoral pour choisir le Parlement et le Président au cours des prochains moins; une transition en matière de sécurité pour que les Somaliens soient en mesure d’assumer la responsabilité dans ce secteur d’ici à la fin de 2021; et des priorités urgentes pour la réponse humanitaire et les réformes économiques.

M. Swan a rappelé que depuis la dernière réunion du Conseil sur la Somalie, en août dernier, les dirigeants somaliens se sont rencontrés pour se mettre d’accord sur un plan pour les élections de 2020-2021 et qu’en septembre, ils ont approuvé, par consensus, un modèle électoral indirect susceptible de mettre fin à deux années d’impasse politique entre le Gouvernement fédéral et les États membres de la fédération.

S’il a regretté que le modèle électoral convenu n’ait pas respecté les dispositions constitutionnelles prévoyant des élections au suffrage universel direct pour les élections législatives, M. Swan a reconnu que l’accord reflète un large consensus et une appropriation politiques somaliens.  En effet, outre l’appui du Gouvernement fédéral et des États membres de la fédération, le modèle indirect a également été endossé par d’autres parties prenantes, notamment par les partis politiques et la société civile, et il a aussi été ratifié par le Parlement fédéral.

Le Représentant spécial a en conséquence recommandé de « préserver ce large consensus politique », et de l’approfondir à mesure que l’accord sera mis en œuvre, de façon plus participative et inclusive qu’il y a quatre ans.  À cet égard, M. Swan a salué l’accord conclu entre les dirigeants politiques tendant à réserver un quota de 30% aux femmes, et espéré qu’ils s’y tiendront.  De la même façon, le processus agréé devra être conduit de façon juste, transparente, largement acceptée et pacifique.

Le Représentant spécial a ensuite évoqué les retards de plusieurs semaines pris dans les nominations des organes électoraux, qui restent « sujets de litiges », et dans l’achèvement du plan de sécurité électorale pour veiller à ce que les scrutins soient aussi sûrs que possible et minimiser le risque de perturbation ou d’interférence des Chabab dans le processus.

De son côté, la MANUSOM projette de contribuer à la mise en œuvre du plan électoral, dans le cadre de son mandat, en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le Bureau d’appui des Nations Unies en Somalie (BANUS) et les partenaires internationaux, a précisé M. Swan, ajoutant que ces efforts se poursuivront à l’occasion des futures élections au suffrage universel.  À cette fin, il a exhorté les dirigeants somaliens à préparer une feuille de route consensuelle avec des « calendriers et des échéanciers clairs », garantissant des élections sur le principe « une personne, une voix » en 2024-2025.

Au titre des autres avancées, le Représentant spécial a indiqué qu’en septembre, le Président Mohamed Abdullahi Mohamed Farmajo a nommé le nouveau Premier Ministre en la personne de M. Mohamed Hussein Roble, lequel a désigné son gouvernement, qui fait face à des défis de taille: non seulement engager le pays dans le processus électoral mais aussi de faire progresser les réformes dans les domaines politique, sécuritaire et économique.  Dans cette optique, la MANUSOM demeure prête à épauler le Gouvernement dans ses priorités nationales, a-t-il assuré, en louant « l’esprit de compromis » des dirigeants somaliens dans la recherche d’un accord entre le Gouvernement fédéral et les États membres de la fédération.

Au-delà des élections, M. Swan a également appelé de ses vœux un consensus autour d’autres réformes démocratiques, comme le processus d’examen constitutionnel, l’établissement d’une commission des services judiciaires; d’une commission des droits de l’homme et d’une cour constitutionnelle.

Le dialogue demeure également fondamental pour d’autres priorités pressantes, notamment les opérations contre les Chabab, les réformes économiques et liées à la sécurité, ainsi que pour s’attaquer aux multiples défis humanitaires.  M. Swan a ainsi invité les acteurs politiques à « institutionnaliser ce dialogue », notamment par le biais du Forum consultatif national récemment mis sur pied.  À cet égard, le Représentant spécial a effectué une série de visites dans les différentes capitales des États membres de la fédération.  Il y a été rejoint par le Chef de la Mission de l’Union africaine en Somalie, M. Madeira, et par des représentants de l’Union européenne et des autorités intergouvernementales de développement.  Il a salué l’initiative du Premier Ministre, M. Roble, qui s’est également efforcé de promouvoir le dialogue.

Du point de vue de la sécurité, M. Swan a jugé que la situation demeure préoccupante avec des attaques renouvelées des Chabab, « première menace à la sécurité » en Somalie.  Il a mis l’accent sur la protection des civils en cette période préélectorale délicate, et sur le démantèlement des capacités des Chabab, soulignant que l’année prochaine sera aussi une période clef de transition puisque les autorités somaliennes prendront la pleine responsabilité de la sécurité.  D’ailleurs, a-t-il expliqué, le Gouvernement s’y attelle et il a d’ores et déjà un plan de sécurité pour la transition.

Les droits de l’homme et la justice étant des composantes fondamentales, le Représentant spécial a réitéré son appel, à l’approche des élections, en faveur de la protection de l’espace politique, de la tolérance d’opinions divergentes, du respect de la liberté d’expression et d’association, et de liberté de la presse.  Il s’est alarmé du récent accroissement des incidents de violence sexuelle contre les femmes et les filles, et d’une régression de la législation sur les droits et libertés sexuels passée à Mogadiscio et Hargeisa, contraires aux normes internationales.

Par ailleurs, alors que la Somalie a été fortement frappée par la pandémie de COVID-19, les inondations et une invasion de criquets pèlerins, la situation humanitaire est dramatique, a souligné M. Swan.  Il a salué la réponse du Gouvernement somalien à la pandémie, ainsi que les travailleurs médicaux sur la ligne de front dans cette la lutte.  Par ailleurs, il a mentionné le Cadre quinquennal de coopération pour le développement durable entre le Gouvernement fédéral somalien et les Nations Unies, aligné sur le neuvième Plan national de développement, et censé guider l’appui de l’ONU sur les priorités de développement « par et pour les Somaliens ».  Il a vivement invité le Gouvernement à « maintenir le cap » en matière de réformes pour avancer dans l’initiative en faveur des pays les plus lourdement endettés.  Il a dit attendre le prochain Forum sur le partenariat, annoncé pour début décembre par le Premier Ministre, qui évaluera le progrès accomplis depuis l’année dernière et fixera les priorités pour l’avenir.

En conclusion, le Représentant spécial a insisté sur le fait que les bons offices de son Bureau visent à atteindre les « niveaux les plus élevés possibles d’inclusion et de consensus ».  Dans le processus électoral, a-t-il assuré, l’ONU n’aura de cesse de plaider en faveur de la participation des groupes historiquement sous-représentés, dont les femmes, les jeunes et les communautés marginalisées.

M. FRANCISCO CAETANO JOSÉ MADEIRA, Représentant spécial du Président de la Commission de l’Union africaine (UA) pour la Somalie et Chef de la Mission de l’Union africaine dans ce pays (AMISOM), a déclaré que des « compromis importants » entre les parties somaliennes avaient permis d’ouvrir la voie aujourd’hui à un processus électoral, en gardant à l’esprit le modèle de 2016.  Le modèle retenu a été appuyé par toutes les parties, société civile incluse, ainsi que les anciens présidents somaliens, s’est-il félicité.  Un nouveau premier ministre a été nommé et s’est tout de suite mis au travail, avec le soutien de l’AMISOM, s’est félicité le haut fonctionnaire, avant d’affirmer que la Mission entend aider la Somalie à réaliser ses priorités nationales dont la tenue d’élections, la lutte contre les divisions ou le terrorisme. 

Pour cette raison, l’AMISOM souhaite que les réunions importantes qui se sont tenues à Mogadiscio se poursuivent dans le même esprit que les précédentes négociations.  Il est important que les discussions portant sur la composition de la commission électorale ne portent pas atteinte au calendrier électoral, a souligné M. Madeira, qui a également plaidé pour la hausse de la participation des femmes pour atteindre l’objectif de 30%.  Le Représentant spécial a également rappelé que les résolutions 2472 (2018) et 2520 (2020) du Conseil de sécurité donnent mandat à l’AMISOM pour appuyer et assister les autorités somaliennes, ce qu’elle n’a pas manqué de faire en dispensant des formations électorales, en proposant des ateliers de sensibilisation à la gravité des violences sexuelles à la police et à des organisations de la société civile.  Elle a également participé à la révision du concept et des normes sécuritaires en période électorale.

En Somalie, les Chabab demeurent la principale menace à la paix et à la sécurité, a relevé le haut fonctionnaire, en dénonçant les tentatives de déstabilisation de cette organisation terroriste.  Des informations révèlent que le groupe a lancé depuis août dernier un programme de formation de ses troupes et a même recruté des consultant étrangers pour renforcer ses capacités.  À tel point qu’ils ont tenté d’abattre des aéronefs en phase de décollage ou d’atterrissage, sans succès heureusement, a relevé M. Madeira.  En réaction à cette menace, l’AMISOM a lancé des opérations militaires, notamment à Galmudug et à El Baraf, qui ont abouti à la saisie d’armes et à la capture de combattants Chabab.

En ce qui concerne le plan de transition en cours d’examen, l’UA est heureuse de constater que le processus a évolué, a indiqué le Représentant spécial, en rappelant qu’elle est favorable à la désignation d’un expert international de haut niveau, issu du continent africain, afin d’assister le Gouvernement somalien. 

Mme ZAINAB HASSAN, fondatrice et Présidente du Mouvement somalien pour l’équité entre les sexes (Somali Gender Equity Movement), s’est présentée comme une militante de longue date des droits de l’homme, de la justice sociale et de l’égalité des sexes.  Son organisation, créée en 2015, compte près de 9 000 membres en Somalie et dans la diaspora.  Elle a également participé, en tant qu’expert, à l’élaboration du Cadre de réconciliation nationale pour le Ministère de l’intérieur, des affaires fédérales et de la réconciliation. 

Les femmes somaliennes s’efforcent d’être actives dans les aspects sociaux, économiques et politiques de la société, malgré les barrières institutionnelles et culturelles, a déclaré Mme Hassan.  Mais en dépit de la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité, qui appelle à l’inclusion des femmes dans les processus de paix, les femmes somaliennes en sont encore largement absentes.  Or, sans leur pleine présence à la « table des décisions », la Somalie ne pourra pas parvenir à une paix durable et créer une société juste fondée sur l’état de droit, a-t-elle mis en garde. 

L’intervenante a estimé que l’autonomisation des femmes en matière d’éducation et leur participation à la sphère économique ont une corrélation directe avec la participation politique.  En effet, a-t-elle poursuivi, l’éducation est une « clef importante » pour le développement de ressources humaines qualifiées et productives.  En la matière, les filles somaliennes ont fait des progrès significatifs, avec un taux d’alphabétisation qui n’a cessé d’augmenter. 

Dans le même temps, le taux d’inscription des filles à l’école, qui aujourd’hui est de 83% dans l’enseignement primaire, se réduit « considérablement » à mesure qu’elles vieillissent et sont retirées de l’école pour aider leur famille, voire devenir des enfants mariées.  Cette situation est encore pire pour les filles et les femmes rurales, nomades et déplacées, qui peuvent ne pas avoir accès aux écoles ou aux moyens de les payer, a expliqué Mme Hassan.  Dans ce contexte, le Gouvernement somalien devrait, selon elle, augmenter le budget de l’éducation publique pour améliorer l’accès, élaborer des politiques pour réduire les taux d’abandon et accroître la qualité de l’éducation.  L’ONU et la communauté internationale peuvent, de leur côté, investir dans des programmes et des initiatives éducatives comme Bar Ama Baro, un projet de partenariat entre l’USAID Somalie et le Ministère de l’éducation visant à augmenter l’éducation, la sécurité et la santé des filles en Somalie. 

Mme Hassan a également estimé que la contribution économique des femmes est « très forte », compte tenu du fait qu’elles représentent un nombre important dans les micro et petites entreprises.  Cependant, leur absence dans les moyennes et grandes entreprises est remarquable, en raison notamment du manque d’investissements dans les entreprises appartenant à des femmes.  Les barrières socioculturelles, financières et structurelles limitent l’autonomisation économique des femmes, alors qu’elles sont de plus en plus engagées dans des secteurs dominés par les hommes tels que les secteurs de l’élevage, de la pêche, de l’agriculture et des importations de pétrole, a assuré la militante.  Il faut donc, selon elle, un soutien « plus systématique » aux entreprises dirigées par des femmes.  Il faut également étoffer les recherches pour mieux comprendre le rôle et la position des femmes dans l’économie somalienne, les obstacles institutionnels et culturels au travail productif des femmes, en ventilant les données par statut socioéconomique, région et secteur. 

Abordant la question de la participation politique des femmes en Somalie, Mme Hassan a jugé que ce pays se trouve à un moment critique, avec la fin des mandats du Parlement fédéral et de l’exécutif, qui s’achèvent respectivement le 28 décembre 2020 et courant février 2021.  L’expérience des élections fédérales de 2012 a montré qu’en l’absence de mécanisme de mise en œuvre de l’accord de quota de 30% de femmes, cet objectif est difficilement atteignable.  Pour preuve, cette année-là, les femmes ont obtenu 14% des sièges au Parlement, contre 24% en 2016.  Bien que le quota minimum de 30% pour les femmes n’ait jamais été atteint, l’augmentation significative de la représentation des femmes peut être attribuée à un plaidoyer concerté et à des campagnes de lobbying des organisations, mouvements et groupes de femmes de la société civile en collaboration avec le Comité des ambassadeurs de bonne volonté, et à la pression et au soutien des Nations Unies et des membres clefs de la communauté internationale.  Le Mouvement somalien pour l’équité entre les sexes, que Mme Hassan a créé et dirige, était à l’avant-garde de cette campagne. 

Mme Hassan a également affirmé qu’il existe un lien notoire et de fortes corrélations entre l’accès aux ressources financières et la participation politique des femmes.  De nombreuses candidates n’ont pas été en mesure de générer les ressources financières nécessaires pour participer à des campagnes politiques et à des activités de lobbying, y compris pour les frais d’inscription.  En 2016, afin d’encourager la participation politique des femmes, les frais d’inscription des candidates ont été réduits de 50% par rapport à leurs homologues masculins.  Mais selon elle, « ce n’est pas assez », car les femmes somaliennes doivent obtenir un soutien ciblé afin de créer des opportunités d’investissement de manière systémique pour tirer parti des acquis antérieurs et les maintenir, afin d’atteindre le quota minimum de 30% pour les femmes lors des élections indirectes de 2020, a-t-elle plaidé.  De plus, il n’est « pas clair » à ce jour, si les femmes paieront les mêmes frais d’inscription élevés de 20 000 dollars pour la Chambre haute et 10 000 dollars pour la Chambre du peuple, ou le double de ce qu’elles ont payé en 2016, a-t-elle dit, en appelant une fois de plus le Conseil consultatif national à honorer son accord sur la garantie du quota de femmes au Parlement.

Le Royaume-Uni a commencé sur une note sombre, car, en dépit des appels au cessez le feu du Secrétaire général, les Chabab continuent de lancer des attaques en Somalie.  Il a condamné fermement les attaques terroristes, dont les meurtres de travailleurs humanitaires commis le mois dernier.  Mais il s’est félicité de constater que, grâce à des réformes économiques impressionnantes, la Somalie ait pu de nouveau sécuriser des financements internationaux.

En ce qui concerne le processus électoral, le Royaume-Uni a salué les accords conclus entre l’État fédéral et les État fédérés pour 2020-2021, soulignant l’importance de préserver l’esprit de consensus.  Il a exhorté les parties prenantes à travailler ensemble et à réussir des élections en temps voulu, inclusives et crédibles, avec un quota de 30% de femmes.

Toutefois, la délégation britannique a fait part de sa préoccupation profonde devant le nombre croissant d’attaques commises contre la liberté d’expression, en particulier celles visant des journalistes.  Au-delà des élections, l’adhésion à un fédéralisme efficace est déterminante pour la stabilité à long terme de la Somalie, avec la mise en place d’institutions étatiques, et une répartition équitable des ressources et du pouvoir à travers tout le pays.  Le Royaume-Uni a estimé qu’il fallait renouveler l’engagement envers les principes de responsabilité mutuelle.

Après avoir salué le renouvellement du régime de sanctions applicables en Somalie, la délégation a exprimé sa profonde préoccupation devant les statistiques inquiétantes sur les enfants soldats et la hausse des violences sexuelles et sexistes en Somalie.  Elle a ensuite favorablement accueilli les efforts du Gouvernement fédéral pour renouveler le plan de transition, rappelant que l’Union africaine et les pays contributeurs de troupes de l’AMISOM avaient consenti d’énormes sacrifices pour soutenir la Somalie dans l’espoir qu’elle assure à terme sa propre sécurité.  « Il est évident que ce soutien sera toujours nécessaire après 2021 », a souligné le Royaume-Uni.

En conclusion, le Royaume-Uni a rappelé que la Somalie fait face à une crise humanitaire prolongée, aggravée par la pandémie, les criquets et les inondations.  La délégation a indiqué qu’elle avait versé 64 millions de livres sur le plan humanitaire, appelant la communauté internationale à fournir une plus ample réponse financière pour mettre en place la résilience à long terme.  La réponse internationale unie est essentielle pour aider à la Somalie.  La paix à long terme dépend de la sécurité du pays et de l’engagement international, a insisté la délégation.

Les prochains mois seront particulièrement importants pour la trajectoire future de la Somalie, ont déclaré les États-Unis, reconnaissant que la coopération entre les dirigeants somaliens a conduit à l’élaboration d’un modèle électoral.  Bien que ce modèle ne corresponde pas au principe « une personne, une voix » souhaité par la majorité des Somaliens, la délégation s’est dite encouragée par le fait qu’un processus pacifique et un dialogue entre le Gouvernement fédéral et les États membres de la Fédération l’ont rendu possible.  La délégation a exhorté le Gouvernement et les États membres de la Fédération à poursuivre le dialogue, pour parvenir à un consensus sur des questions électorales allant de la composition des autorités électorales au nombre de sièges réservés au Somaliland.  Elle a encouragé le maintien du quota de 30% de femmes auquel la Somalie a consenti, et la mise en place en temps voulu des mesures de sécurité entourant les élections.

Notant que le conflit et le terrorisme restent des obstacles à la stabilité et au développement de la Somalie, les États-Unis ont réitéré leur soutien aux efforts menés par l’Afrique pour faire face à cette menace pour toute la région en condamnant les attentats des Chabab contre des civils innocents, des travailleurs humanitaires, des institutions et des membres du Gouvernement.  Les États-Unis ont jugé important, dans le cadre de la révision du plan de transition pour la Somalie et du travail d’évaluation indépendante demandé par le Conseil de Sécurité, de préparer les discussions de février 2021 sur le mandat de l’AMISOM en vue de permettre à la Somalie d’assurer de plus grandes responsabilités en matière de Sécurité.  La délégation s’est inquiétée de la capacité des Chabab à lever des fonds importants via des activités illicites, une taxation informelle et la manipulation des institutions.  Selon certains rapports, ce financement s’élève à 50 millions de dollars par an, a précisé la délégation.  Saluant néanmoins les progrès récents accomplis par la Somalie pour limiter le financement du terrorisme, elle a encouragé les autorités à continuer de collaborer avec le Groupe d’experts sur la Somalie.

Notant que la COVID-19, les inondations extrêmes et l’infestation de criquets pèlerins ont aggravé la situation d’urgence humanitaire en Somalie, les États-Unis ont rappelé qu’ils ont contribué à hauteur de 505 millions de dollars en 2020 aux efforts humanitaires et de développement dans ce pays et ont appelé d’autres États à en faire davantage.  La délégation a aussi loué les efforts du Gouvernement somalien pour revenir dans le système financier international, par des réformes économiques. Les États-Unis, en tant que membre du Club de Paris et « plus grand donateur bilatéral » en Somalie, ont collaboré avec le Gouvernement pour réduire et reporter ses prêts vieux de dizaines d’années.  La Somalie est sur la voie de la stabilité et de la prospérité, a conclu la délégation.

La France a salué les récents accords électoraux conclus entre l’État fédéral somalien et les États fédérés.  Toutefois, elle a regretté que le principe « une personne, une voix » n’ait pas été retenu, si bien que l’ensemble des Somaliens n’a pu prendre part directement au scrutin.  Celui-ci doit être crédible, inclusif et la pleine participation des femmes devra être importante, a rappelé la délégation.

Par ailleurs, elle reste préoccupée par la situation humanitaire et sécuritaire dans le pays, d’autant que les Chabab poursuivent leurs attaques contre les populations civiles dont le sort est aggravé par la crise de la COVID-19 et les changements climatiques, d’où la nécessité de garantir l’accès humanitaire.  Les Chabab s’en prennent également aux forces de sécurité somaliennes et à leurs soutiens, dont la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM), laquelle devra évoluer en 2021 pour faciliter un transfert de responsabilités aux forces de sécurité somaliennes.

En outre, la France a noté que la lutte contre les Chabab ne peut être uniquement sécuritaire et c’est la raison pour laquelle elle a salué l’adoption de la résolution 2551 qui proroge le régime de sanctions et renforce la lutte contre le financement de l’organisation terroriste.  La lutte antiterroriste ne peut être efficace que si elle s’accompagne d’un développement économique et d’une bonne gouvernance, a recommandé la délégation.  La France a salué en conclusion la nomination d’un procureur spécial chargé d’enquêter sur les attaques commises contre les journalistes.

L’Afrique du Sud, s’exprimant au nom du groupe A3+1 (Niger, Tunisie, Afrique du Sud et Saint-Vincent-et-les Grenadines), a fait remarquer que tous les dirigeants somaliens étaient parvenus à un compromis en ce qui concerne l’organisation des prochaines élections.  Le groupe a donc félicité toutes les parties prenantes pour cet effort, tant il constitue une étape importante, en particulier l’adoption du modèle et du calendrier électoraux.  Le groupe a donc appelé toutes les parties prenantes à préserver cet esprit de cohésion afin de mettre en œuvre le concept d’« une personne, une voix », à conclure la rédaction de la future constitution fédérale, le partage du pouvoir, ou encore à atteindre la représentativité des femmes, entre autres objectifs.

En ce qui concerne la sécurité, la délégation a indiqué que le groupe reste préoccupé par la situation « précaire » qui règne, en particulier à cause des attaques des Chabab contre des civils, les travailleurs humanitaires et le personnel des Nations Unies.  Pour cette raison, les A3+1 appuie les programmes de formation dont bénéficient les forces de police somaliennes, tout en estimant que la décision récente du Conseil de sécurité de lever l’embargo sur les armes permettra l’amélioration de la situation sécuritaire, a prédit la délégation.

S’agissant de la situation humanitaire, les A3+1 constatent que les défis que connaissait déjà ce pays sont exacerbés avec la pandémie.  De ce fait, ils appuient l’appel lancé par le Secrétaire général en faveur d’un appui financier supplémentaire pour répondre à la situation.  Ils déplorent aussi que le Fonds d’affectation spéciale pour aider l’AMISOM souffre d’un sous-financement chronique, au risque de mettre à mal les réalisations de la Mission.

Le groupe soutient en outre la présence de l’AMISOM et de la Mission d’assistance des Nations Unies en Somalie (MANUSOM) en Somalie, tant que la situation sécuritaire le justifie.  Saluant le plan de transition, il estime toutefois que le retrait de l’AMISOM ne pourra se faire que sur la base de conditions de sécurité.  Enfin, et de la même manière, les A3+1 estiment que tout examen de la situation en Somalie doit absolument tenir compte des avis des autres parties prenantes, en particulier l’Union africaine, l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et les pays contributeurs de contingents, a conclu la délégation.

L’Indonésie, s’exprimant également au nom du Viet Nam, a noté que seul un dialogue continu, dans un esprit d’unité et de coopération, permettra à la Somalie d’aborder les défis politiques, sécuritaires et humanitaires auxquels elle est confrontée.  La délégation a salué la nomination du Premier Ministre, M. Mohamed Hussein Roble.  Elle a fait savoir que l’accord convenu par le Gouvernement fédéral somalien et les États membres de la Fédération sur les modalités et le calendrier des élections constitue une étape importante, ajoutant que le modèle électoral représente un progrès par rapport à 2016, car il étend la marge de vote et garantit un quota de 30% de femmes au Parlement.  La délégation a espéré que le modèle électoral sera mis en place de manière sûre et pacifique, avec une protection accrue des civils pendant les élections.  Elle a réitéré le besoin d’un soutien international aux efforts de reconstruction du pouvoir de l’État, se félicitant de la signature du cadre de coopération pour le développement par la Somalie et les Nations Unies, dont les priorités s’alignent avec le plan de développement national du pays.

La délégation s’est aussi déclarée préoccupée par la volatilité de la situation en matière de sécurité, notant que malgré les efforts des forces somaliennes et de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM), les Chabab continuent leurs attaques, en particulier contre l’Armée nationale somalienne dans les régions reprises du Bas-Chébéli.  Elle a rappelé l’importance d’améliorer le plan de transition à ce sujet.  L’Indonésie a également jugé préoccupante la situation humanitaire, en raison du triple défi de la COVID-19, des inondations et des criquets pèlerins, qui ont causé des déplacements de population en quête d’aide humanitaire.  Déplorant en outre le financement insuffisant et l’insécurité qui pèsent sur les efforts humanitaires, elle a appelé les partenaires internationaux à augmenter leur soutien financier au plan de réponse humanitaire et a condamné les attaques contre le personnel humanitaire, en réclamant la levée des obstacles imposés à cette aide.

La Belgique a pris acte du choix d’un modèle électoral indirect pour les élections de 2020-2021, et salué le dialogue ayant permis d’aboutir à ce consensus, ainsi que l’engagement des autorités à tenir des élections au suffrage universel en 2024-2025, en les encourageant à tout mettre en place pour qu’elles se tiennent dans les meilleures conditions.  Elle a encouragé à élargir l’espace démocratique, notamment par une participation accrue des femmes, des jeunes et des personnes déplacées.  La Belgique a dénoncé les atteintes aux droits de l’homme à l’encontre des journalistes dans l’exercice de leur travail et de leur liberté d’expression.  Ces atteintes et ces entraves, a dit la délégation, participent aussi, par leur existence même, au manque de consensus et d’adhésion de la population envers ses autorités, ajoutant toutefois que la nomination d’un procureur spécial pour enquêter sur les meurtres de journalistes représente « un espoir que justice soit faite » dans ce dossier.

Si la Belgique a applaudi l’adoption par le Gouvernement d’une politique nationale sur les changements climatiques, elle s’est en revanche inquiétée des nombreuses et graves violations dont sont victimes les enfants, documentées dans le rapport.  Elle a invité, dans ce contexte, au suivi des recommandations du Groupe de travail sur les enfants et les conflits armés, appelé toutes les parties à mettre fin à ces violations, et salué la libération, en août dernier, de 33 enfants par les forces de sécurité somaliennes.  S’agissant du projet de loi sur les violences sexuelles, la délégation s’est également inquiétée de l’introduction au Parlement d’un texte « manifestement incompatible » avec les obligations internationales de la Somalie.  De plus, trois ans après son lancement officiel, la Commission nationale indépendante sur les droits de l’homme n’a toujours pas été mise sur pied.  Enfin, la délégation a condamné les actions criminelles des Chabab, qui restent « la première menace pour la sécurité et la stabilité du pays », estimant que le développement et le déploiement de l’Armée nationale somalienne sont indispensables pour la contenir.

La République dominicaine a salué la sortie de l’impasse politique entre le Gouvernement fédéral et les États membres de la Fédération, de même que l’accord sur le modèle électoral et sa ratification, espérant qu’il sera mis en œuvre de façon « pacifique, transparente et inclusive ».  Elle s’est en revanche inquiétée du retard dans le processus de réforme constitutionnelle et a espéré qu’il sera possible de conclure ce processus important.  La République dominicaine a également salué l’octroi d’un quota de 30% aux femmes et les efforts déployés par la MANUSOM, ONU-Femmes, le Ministère chargé des questions féminines et les organisations de la société civile.  La délégation a également mis l’accent sur la nécessité d’inclure les jeunes dans des processus fondamentaux de prise de décisions et dans les espaces civiques formels et informels en Somalie.  En matière de sécurité, il faut veiller à ce que les autorités soient dotées des outils adéquats pour assumer les responsabilités qui leur seront transférées, a-t-elle poursuivi, en condamnant en particulier les attaques perpétrées par le groupe terroriste des Chabab.

Préoccupée par la situation humanitaire, aggravée par des facteurs d’instabilité politique, la crise économique, la pandémie de COVID-19, l’invasion de criquets pèlerins et les inondations, la République dominicaine a relevé que plus de la moitié de la population somalienne nécessite désormais une assistance.  Elle s’est inquiétée de la vulnérabilité du pays aux changements climatiques alors qu’il dispose de capacités limitées en raison du conflit.  Elle a donc prié la communauté internationale de contribuer au Fonds d’assistance humanitaire pour la Somalie afin de sauver des vies et de réduire les besoins des plus vulnérables.

La Fédération de Russie a estimé que la tâche principale à court terme en Somalie est celle des élections du 1er décembre.  Tout en saluant le consensus autour de ces élections, elle a émis l’espoir que Mogadiscio pourra traiter des questions en suspens le plus vite possible avec les États fédérés, notamment la constitution des comités électoraux, mais surtout la garantie sécuritaire de ces élections.  La Russie a salué les progrès faits par le Gouvernement fédéral pour préparer les élections avec les États fédérés et émis l’espoir que le Gouvernement pourra reprendre au plus vite ses pourparlers avec le Somaliland et poursuivre la normalisation de ses relations avec le Puntland.  La Russie a espéré que des progrès seraient accomplis dans la révision constitutionnelle en cours, encourageant le Représentant spécial à maintenir son effort sur ces actions.

La Russie a constaté que la situation sécuritaire en Somalie reste tendue.  Ainsi, les Chabab multiplient leurs attentats terroristes à l’aide d’engins explosifs de plus en plus sophistiqués.  Préoccupée par le regain d’activités des Chabab dans les États fédérés et à Mogadiscio, la Russie a déclaré que l’AMISOM reste l’élément clef dans la lutte contre le terrorisme.  À cet égard, la délégation s’est déclarée opposée aux tentatives de forcer la réduction de cette mission.  Toute décision sur le retrait des soldats de la paix de la Somalie dépend des progrès accomplis dans la préparation de l’Armée nationale somalienne et dans la mise en place d’une architecture unitaire de sécurité, a-t-elle dit.  La Russie a encouragé en conclusion l’équipe des experts indépendants à coopérer avec les acteurs de la région, dont l’Union africaine.

L’Estonie s’est elle aussi réjouie de l’accord conclu par les parties sur les modalités du processus électoral.  La délégation a appelé à la mise en œuvre du quota sur la représentativité des femmes, tout en déplorant que le modèle « une personne, une voix » n’ait pas été retenu comme initialement convenu.  Elle s’est également dite préoccupée par la loi sur les infractions sexuelles, la Somalie devant respecter ses obligations internationales en la matière et discuter de cette loi dans un cadre parlementaire, a estimé l’Estonie.  Concernant la situation sécuritaire, la délégation a condamné les attaques perpétrées par les Chabab, saluant l’élaboration du plan de transition qui doit permettre à la Somalie d’assurer elle-même sa propre sécurité.  Pour autant, on ne pourra pas vaincre les Chabab uniquement par des moyens militaires, a observé la délégation, qui a plaidé pour un renforcement des institutions et des activités de soutien.

Notant que la situation sécuritaire en Somalie reste préoccupante, la Chine s’est félicitée du consensus qui a prévalu dans le processus électoral, notant que toutes les parties somaliennes ont su mettre l’intérêt du peuple au premier plan et améliorer l’éducation politique des autorités et du pays.  La délégation a ajouté que la sécurité et la stabilité ne pourront être atteintes sans une lutte efficace contre les attaques terroristes, saluant les efforts menés à cet effet par les Somaliens.  Elle a par ailleurs réitéré son soutien à la réforme de l’AMISOM ainsi qu’au financement nécessaire à la mise en œuvre de la transition.  La délégation a également déploré le lien entre les conflits armés et le retard pris par le développement de la Somalie, source de problèmes humanitaires, qui rendent indispensables l’aide au développement en faveur de ce pays.  La délégation chinoise a en conclusion mentionné l’aide apportée par son gouvernement à ce pays, dans le respect de sa souveraineté et de son intégrité territoriale, notamment sous la forme d’équipements sanitaires et de projets de coopération.

L’Allemagne s’est réjouie de la restauration du dialogue politique entre le Gouvernement fédéral et les États membres de la Fédération, appelant les deux parties à obtenir des résultats tangibles sur d’autres sujets de réforme, tels que la Constitution et la sécurité.  Regrettant que le modèle électoral ne soit pas au niveau des attentes et des promesses du Gouvernement, l’Allemagne a rappelé que des élections crédibles, transparentes et justes sont la clef de la construction du pouvoir de l’État en Somalie.  Cela implique un processus électoral pacifique, le respect du quota de 30% de femmes, l’inclusion des partis politiques, de la société civile et des groupes marginalisés, ainsi que le respect des droits de l’homme et la liberté de la presse.  Pour la délégation, la sécurité des élections doit rester une priorité dans les prochaines semaines.  Ainsi, les parties prenantes doivent-elles redoubler d’efforts pour achever leurs travaux sur le plan de la transition sécuritaire.  L’Allemagne a aussi souligné l’importance d’une augmentation des initiatives somaliennes et de la coordination efficace avec les partenaires internationaux et nationaux dans le secteur de la sécurité.  La délégation a reconnu le rôle clef de l’AMISOM à cet égard et son impact positif sur la stabilité et le processus institutionnel, mais elle a jugé crucial de réfléchir à la refonte de sa mission, « car la nature des menaces peut changer et nous ne pouvons négliger notre but commun, qui est de voir la Somalie recouvrer la pleine responsabilité de sa sécurité ».  Elle a encouragé un dialogue « ouvert et franc » lors de la rencontre sur la sécurité organisée par l’Union européenne, l’Union africaine et la Somalie le 30 novembre.

La délégation s’est dite inquiète des projets de loi passés dans le Somaliland qui affaiblissent la protection des victimes de violences sexuelles et ne sont pas conformes aux droits humains internationaux.  Elle a ainsi appelé à la restauration de la loi initiale sur le viol et les délits sexuels, et à l’entrée en vigueur de la loi de 2018 sur les délits sexuels.  Elle a déploré les cas de violence sexuelle liés aux conflits, perpétrés par des membres d’institutions gouvernementales.  « Cette conduite est inacceptable », a insisté la délégation, avant de reconnaître les progrès faits pour former les forces de police somalienne et les forces de cinq États fédérés contre ces violences.  L’Allemagne s’est en outre élevée contre la recrudescence des attaques contre les journalistes, leurs arrestations et détentions arbitraires.  « La liberté d’expression est toujours essentielle, a-t-elle déclaré mais elle est d’une importance plus grande encore dans le cadre d’élections », ajoutant son soutien à la nomination d’un procureur spécial par le Gouvernement fédéral.  La délégation a enfin abordé le problème des changements climatiques, des inondations et des sécheresses qui aggravent la situation humanitaire et contribuent à la dynamique de conflit.  Elle a encouragé l’AMISOM et tout le système de l’ONU à intégrer les risques liés au climat dans leurs analyses et dans leurs efforts.

M. MOHAMED HUSSEIN ROBLE, Premier Ministre de la Somalie, a réaffirmé son engagement à continuer de collaborer avec la Mission d’assistance des Nations Unies en Somalie (MANUSOM) pour l’aider à accomplir son mandat.  Le Premier Ministre a rappelé que le Président Mohamed Abdullahi Mohamed Farmajo a signé un accord électoral qui a été validé par les deux chambres le 26 septembre 2020.  L’agenda du processus électoral et les procédures à suivre seront guidés par le Conseil national consultatif, a-t-il dit.  À cet égard, les élections à la Chambre haute et à la Chambre du peuple se dérouleront à la fin de cette année.  Les élections des présidents des chambres suivront entre le 1er janvier et le 8 février 2021.

M. Roble a redit l’engagement du Gouvernement fédéral à assurer des élections inclusives, crédibles et dans les délais.  Ces élections coûtent de l’argent et la Somalie a demandé à ses partenaires de continuer à lui fournir un soutien technique et financier.  L’accord politique qui prévoyait un quota de 30% de femmes sera sauvegardé, a-t-il assuré, et le Gouvernement va continuer de défendre une pleine représentation des femmes dans les mécanismes de prise de décisions.  Le quota de 30% est considéré comme un minimum à atteindre et la Charte des femmes somaliennes, qui a été approuvée par le Gouvernement fédéral, prévoit 50% de femmes, a-t-il précisé.  En outre, la Somalie a rappelé que si le principe « une personne, une voix » n’a pas pu être atteint cette fois-ci, « cela reste une ambition pour tous les Somaliens ».  À cet égard, une équipe technique, composée du Ministère de l’intérieur, de la Commission électorale et de représentants de la société civile, a été mise en place, afin d’atteindre l’objectif « une personne, une voix » en 2025.

Passant à la question de la sécurité, le Premier Ministre a souligné qu’un changement est en cours.  Le Gouvernement continue de générer et d’intégrer des forces, ce qui permet de continuer la lutte contre les groupes terroristes.  Alors que le plan de transition de la Somalie, dont le but est de conférer la responsabilité de la protection des Somaliens aux Forces armées nationales somaliennes, a-t-il rappelé, touche à sa fin, les troupes de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) continuent de quitter le pays.  Les jeunes hommes et femmes courageux de l’Armée nationale somalienne, qui ont toujours la mainmise sur les Chabab, ont un besoin urgent d’argent pour investir dans leur entraînement, leur mobilité et leurs équipements.  L’embargo sur les armes entrave les capacités de l’Armée nationale somalienne pour réussir à éliminer les terroristes du pays, a-t-il déclaré.

En ce qui concerne l’économie, le Premier Ministre a indiqué que les réformes pour alléger le fardeau de la dette ont été mises en place.  Nous sommes déterminés à garder le cap, a-t-il insisté, avant d’émettre l’espoir d’une annulation de la dette.  S’agissant de la réforme de la justice, la Chambre basse du Parlement a approuvé les candidats pour le Conseil de la magistrature, qui fournira des conseils au Gouvernement pour administrer la justice.  En ce qui concerne la protection des droits de l’homme, a continué M. Roble, le Gouvernement a mis la dernière main à un texte pour la protection contre les atteintes sexuelles dès 2018, mais cette législation n’est pas nouvelle en Somalie, a-t-il noté.  Conscient de l’importance des médias, le Gouvernement fédéral est déterminé à les protéger.  Nous avons promulgué une législation à cet égard, a-t-il affirmé.

En outre, M. Roble a fait remarquer que la Somalie est en proie à des variations climatiques extrêmes, passant de périodes d’inondation à des périodes de sécheresse.  Il a déploré que la pandémie de COVID-19 et le confinement mondial risquent de faire dérailler les réformes.  Face à tous ces défis, les difficultés restent de taille, a conclu le Premier Ministre, en soulignant le besoin d’investissements à long terme.

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