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SG/SM/19934
9 janvier 2020

Au Conseil de sécurité, le Secrétaire général rappelle que la Charte des Nations Unies reste le cadre commun de coopération internationale

On trouvera, ci-après, le texte de l’allocution du Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, prononcée lors du débat du Conseil de sécurité consacré au respect de la Charte des Nations Unies, tenu à New York, aujourd’hui:

Je remercie la présidence vietnamienne du Conseil d’avoir organisé ce débat qui tombe à point nommé.  Je félicite le Viet Nam de son accession à la présidence du Conseil de sécurité, alors qu’il vient d’entamer son mandat au sein du Conseil.  Je salue également la présence de la Présidente des Sages, Mary Robinson.  Je me réjouis que nous commencions l’année du soixante-quinzième anniversaire de l’ONU par un débat sur son document fondateur. 

La paix est notre valeur la plus précieuse et l’essence même de notre action.  Tout ce à quoi nous aspirons en tant que famille humaine dépend de la paix.  Mais la paix dépend de nous.  Malheureusement, la nouvelle année s’est ouverte sur de nouveaux bouleversements et des souffrances de longue date qui se poursuivent.  Les tensions géopolitiques ont atteint des niveaux périlleux, tout récemment dans le Golfe.  À cela s’ajoutent les menaces militaires traditionnelles qui pèsent sur l’économie et le cyberespace, et des conflits sans vainqueur dont on ne voit pas la fin, de la Libye à la Syrie en passant par l’Afghanistan et le Sahel.

La multiplication des turbulences s’accompagne d’une érosion de la confiance dans et entre les pays.  Nous constatons ce déficit de confiance dans les rues du monde entier, alors que les gens laissent éclater leur frustration et dénoncent des dirigeants politiques qui leur semblent loin des réalités, incapables ou non désireux d’honorer leurs engagements.  Nous le voyons dans l’action des Nations Unies, y compris du Conseil de sécurité, lorsque les États Membres éprouvent des difficultés ou échouent à trouver un terrain d’entente raisonnable.  Et, dans ce vide, la crise climatique s’abat sur nous maintenant avec une fureur qui va croissant, n’épargnant personne. 

La coopération internationale est à la croisée des chemins.  Tout cela met à rude épreuve le multilatéralisme et constitue un défi pour le Conseil de sécurité qui, en vertu de la Charte, à la responsabilité première du maintien de la paix et de la sécurité internationales.  Cela met plus que jamais en exergue l’objectif de la séance d’aujourd’hui, à savoir le respect de la Charte des Nations Unies. 

En ces temps de divisions et de troubles mondiaux, la Charte demeure notre cadre commun de coopération internationale, pour le bien de tous.  En cette ère où la haine et l’impunité gagnent du terrain, la Charte nous rappelle la primauté de l’état de droit et de la dignité humaine.  En cette ère de transformation rapide et de changement technologique, les valeurs et les objectifs de la Charte restent pertinents: le règlement pacifique des différends; l’égalité des droits entre hommes et femmes, la non-intervention, l’autodétermination et l’égalité souveraine des États Membres, et des règles claires régissant le recours à la force, telles qu’énoncées au paragraphe 4 de l’Article 2 et au Chapitre VII de la Charte. 

Ces principes ne sont ni des faveurs ni des concessions.  Ils sont au fondement des relations internationales.  Ils sont au cœur de la paix et du droit international.  Ils ont sauvé des vies, promu le progrès économique et social et, surtout, permis d’éviter une descente dans une autre guerre mondiale.  Mais lorsque ces principes ont été bafoués, mis de côté ou appliqués de manière sélective, le résultat a été catastrophique: conflit, chaos, mort, désillusion et méfiance.  Notre défi commun est de faire beaucoup mieux pour défendre les valeurs consacrées dans la Charte et tenir la promesse qui y est faite aux générations futures. 

Tandis que la Charte et les buts et principes qui y sont énoncés restent aussi pertinents que jamais, nos outils doivent s’adapter aux nouvelles réalités.  Nous devons les utiliser avec plus de détermination et de créativité.  Cela implique de garantir la mise en œuvre par les États Membres des décisions du Conseil de sécurité, conformément à l’Article 25 de la Charte. 

L’un des moyens les plus efficaces de démontrer notre impact, c’est d’investir dans la prévention.  Nous consacrons beaucoup trop de temps et de ressources à gérer les crises et à y répondre qu’à les prévenir.  Nous devons rééquilibrer notre approche.  Les fondateurs de l’Organisation des Nations Unies ont clairement mis l’accent sur la prévention en rédigeant la Charte, et ce depuis les premiers mots de son préambule.  Ils ont consacré un chapitre entier au règlement pacifique des différends. 

Le Chapitre VI énumère les nombreux outils disponibles, notamment la négociation, l’enquête, la médiation, la conciliation, l’arbitrage et le règlement judiciaire.  Nous avons d’amples preuves que ceux-ci peuvent être efficaces lorsqu’appliqués avec détermination et unité.  J’invite le Conseil à utiliser davantage les prérogatives qui lui sont conférées par la Charte, notamment les enquêtes sur les différends, conformément au Chapitre VI, et le renvoi de questions juridiques à la Cour internationale de Justice pour avis consultatifs, conformément à l’Article 96 de la Charte. 

Reconnaissons également que les objectifs de développement durable, qui sont des objectifs à part entière, comptent parmi nos meilleurs outils de prévention.  J’engage instamment tous les États Membres à investir davantage dans le Programme 2030, en particulier dans l’égalité des sexes, l’inclusion, la cohésion sociale, la bonne gouvernance et une mondialisation équitable qui promeuve les droits de tous, libère les talents de tous et permette à chacun de jouer un rôle dans la société. 

Outre la prévention, la Charte a été visionnaire lorsqu’elle a imaginé un monde où l’ONU travaille de façon dynamique avec les organisations régionales au maintien de la paix et de la sécurité internationales.  Bien qu’antérieur à la plupart de nos partenaires régionaux, le Chapitre VIII établit un cadre de coopération et une division du travail.  Nous investissons dans les partenariats régionaux de façon nouvelle et cruciale.  J’ai beaucoup insisté sur un partenariat stratégique avec l’Union africaine, notamment via son initiative Faire taire les armes et l’Agenda 2063.  L’Union européenne continue d’apporter un soutien solide à l’ensemble de notre programme.  Dans le même temps, nous nous attachons à renforcer les liens avec toutes les autres organisations régionales, entre autres, bien entendu, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, que préside avec brio cette année le Président du Conseil, le Viet Nam.

Tout au long de son histoire, le Conseil de sécurité a adapté son travail en fonction de la nature changeante des conflits et renforcé la coopération multilatérale au service de la paix et de la sécurité.  La Charte ne parle pas de maintien de la paix, pourtant cette question est fermement ancrée dans ses idéaux et incarne le genre d’action collective en faveur de la paix que la Charte envisageait.  Aujourd’hui, quelque 100 000 Casques bleus de l’ONU protègent les civils et promeuvent la paix dans plusieurs régions parmi les plus troublées au monde.  Le maintien de la paix de l’ONU reste un investissement vital et rentable dans la paix et la sécurité mondiales.  Mais un maintien de la paix efficace requiert un soutien international fort.  L’initiative Action pour le maintien de la paix souligne notre volonté commune de rendre nos missions de maintien de la paix plus fortes, plus sûres et plus adaptées à l’avenir. 

Enfin, alors que nous marquons le soixante-quinzième anniversaire de l’Organisation des Nations Unies, je souhaite adresser un message spécial au Conseil de sécurité.  Le privilège d’être membre s’accompagne de la responsabilité vitale de respecter les principes et les valeurs énoncés dans la Charte, en particulier s’agissant de prévenir et de régler les conflits.  Les désaccords présents et passés ne doivent pas entraver l’action sur les menaces d’aujourd’hui.  Nous devons éviter le « deux poids, deux mesures », mais la perception du « deux poids, deux mesures » ne doit pas justifier l’absence de toutes normes. 

La guerre n’est jamais inévitable; c’est une question de choix – et, souvent elle est le produit d’une simple erreur de jugement.  La paix, elle aussi, n’est jamais inévitable; elle est le produit d’un travail acharné, et nous ne devons jamais la tenir pour acquise.  En cette période où les lignes de fractures mondiales risquent d’exploser, nous devons revenir aux principes fondamentaux.  Nous devons revenir au cadre qui nous a maintenus unis.  Nous devons revenir à la Charte des Nations Unies. 

Le renforcement de notre attachement à ce document résilient, adaptable et visionnaire -et donc à la notion même de coopération internationale– reste le moyen le plus efficace de faire face collectivement aux défis mondiaux de ce grave moment et de la décennie qui s’annonce. 

La Charte nous commande de tout mettre en œuvre pour préserver les peuples du fléau de la guerre et de l’injustice.  Alors que nous sommes confrontés à de nouvelles menaces, mais aussi à de nouvelles perspectives d’un monde meilleur, c’est le travail qui doit définir l’année du soixante-quinzième anniversaire.

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