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SG/SM/20085
18 mai 2020

Le Secrétaire général souligne le caractère « indispensable » de l’OMS et lance un appel à l’unité et à la solidarité face à la « tragédie » qu’est la COVID-19

On trouvera ci-après le message du Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, à l’occasion de la soixante-treizième Assemblée mondiale de la santé, à New York aujourd’hui:

Je vous remercie de me donner l’occasion de vous parler du plus grand défi de notre époque. La pandémie du COVID-19 a exposé notre fragilité collective.  Malgré les grands progrès scientifiques et technologiques de ces dernières années, il a suffi d’un virus microscopique pour nous mettre à genoux.  Nous ne savons pas encore comment l’éradiquer, le traiter ou le prévenir.  Nous ne savons même pas quand nous y parviendrons.  Toutefois, la fragilité exposée par le virus ne se limite pas à nos systèmes de santé.  Elle touche tous les domaines de notre monde et de nos institutions.

Fragiles, les initiatives mondiales concertées, comme le montre l’échec de notre action face à la crise climatique.  Fragile, notre régime de désarmement nucléaire, comme l’atteste le risque toujours plus grand de prolifération.  Fragiles, nos protocoles Internet, mis à nu par les atteintes répétées contre notre cybersécurité, car la guerre de l’information est déjà là, dans un environnement international sans loi.

Le COVID-19 doit être un signal d’alarme.  Il est temps de mettre un terme à l’arrogance.  Le profond sentiment d’impuissance que nous ressentons doit nous inciter à plus d’humilité.  Devant ces menaces mondiales, mortelles, nous devons trouver une nouvelle unité, une nouvelle solidarité.  Nous avons vu des expressions de solidarité, mais très peu d’unité dans notre réponse face au COVID-19.

Les pays ont suivi des stratégies différentes, parfois contradictoires, et nous en payons tous le prix fort.  De nombreux pays ont ignoré les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé.  En conséquence, le virus s’est répandu dans le monde entier et se dirige maintenant vers les pays du Sud, où il pourrait avoir des effets encore plus dévastateurs; et nous risquons de nouveaux pics et de nouvelles vagues.

Depuis le début de la pandémie, les Nations Unies et moi-même avons plaidé en faveur d’une réponse en trois points.  Premièrement, une intervention sanitaire complète, coordonnée et à grande échelle, guidée par l’OMS, et mettant l’accent sur la solidarité avec les pays en développement.  Nous devons unir nos efforts pour aider les pays les plus vulnérables et renforcer et étendre leurs systèmes de santé. Des mesures humanitaires doivent venir compléter ce dispositif.  Nous devons également investir dans l’extension des services de santé mentale, afin de faire face à l’immense souffrance psychologique causée par cette maladie, qu’il s’agisse du deuil, de la dépression, de l’anxiété ou de la peur de l’avenir.

Deuxièmement, nous avons appelé à la mise en place de mesures pour faire face aux terribles conséquences économiques et sociales de la crise.  Permettez-moi d’être clair: nous ne devons pas choisir entre la réponse aux conséquences sanitaires ou aux retombées économiques et sociales de cette pandémie.  Il s’agit d’une fausse dichotomie.  Si nous ne contrôlons pas la propagation du virus, l’économie ne s’en remettra jamais.

Ainsi, parallèlement aux mesures sanitaires, nous avons besoin d’un appui direct pour aider les ménages et les entreprises à se maintenir à flot.  Il faut porter une attention toute particulière aux plus touchés: les femmes, les personnes âgées, les enfants, les bas salaires et les autres groupes vulnérables.

C’est pourquoi j’ai exhorté le G20 à envisager de toute urgence un plan de relance coordonné, complet et à grande échelle, représentant au moins 10% du produit intérieur brut mondial.  Si les pays développés ont les moyens d’y parvenir par eux-mêmes, nous devons voir une augmentation massive des ressources disponibles pour les pays en développement.  J’ai également demandé un renforcement de l’appui apporté via le Fonds monétaire international, le Groupe de la Banque mondiale et d’autres institutions financières internationales.

Troisièmement, il est clair que la reconstruction après la crise du COVID-19 doit aboutir à des économies plus égalitaires, plus inclusives et plus durables et à des sociétés plus fortes et plus résilientes.  Cette pandémie est une tragédie.  Notre réponse à cette tragédie et notre reconstruction doivent placer les droits humains au centre.  Mais nous devons aussi saisir cette occasion pour faire face à la crise climatique et pour lutter contre toutes les inégalités, et notamment les lacunes béantes de nos systèmes de protection sociale.  Il s’agit d’une opportunité pour reconstruire autrement et mieux.  Au lieu de revenir à des systèmes qui n’étaient pas durables, nous devons faire un bond vers un avenir qui fait place aux énergies propres, à l’inclusion et à l’égalité, au renforcement des filets de sécurité sociale, y compris à travers une couverture médicale universelle.  Il faudra un effort multilatéral énorme.

J’espère que la recherche d’un vaccin pourra en être le point de départ.  L’initiative « ACT Accelerator » est une collaboration mondiale historique visant à accélérer la recherche, la production et l’égalité d’accès aux solutions diagnostiques et thérapeutiques et aux vaccins pour le COVID-19.  Il est essentiel que toute personne, où qu’elle se trouve, ait accès – physiquement et financièrement- à ces solutions, qui constituent un bien public mondial par excellence.  Nous pouvons le faire.  Mais, le ferons-nous?

Pour terminer, je souhaite rendre hommage au personnel de santé en première ligne, qui sont les héros de cette pandémie.  Infirmières et infirmiers, médecins, sages-femmes, techniciennes et techniciens, administratrices et administrateurs : ils sont des millions à mettre leur santé en péril chaque jour pour nous protéger.  Nous leur devons notre plus profonde reconnaissance et notre soutien.

Tous les membres de la famille des Nations Unies sont solidaires de nos milliers de collègues de l’OMS qui travaillent dans le monde entier pour aider les États Membres à sauver des vies et à protéger les personnes vulnérables, en fournissant des conseils, des formations et des tests, des traitements et des équipements de protection.  Nous vous remercions de votre dévouement.

J’ai pu constater le courage et la détermination du personnel de l’OMS qui a travaillé sans relâche pour mettre fin à l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo l’année dernière.  C’est en grande partie grâce à leurs efforts, dans des conditions très difficiles et dangereuses, que les nouvelles infections ont été endiguées et que nous entrevoyons la fin de l’épidémie d’Ebola.  L’OMS est irremplaçable.  Elle a besoin de ressources accrues, notamment pour apporter un soutien aux pays en développement, qui doivent être notre plus grande préoccupation.

L’humanité ne saurait être plus forte que son système de santé le plus faible.  Protéger les pays en développement n’est pas une question de charité ou de générosité, mais une question d’intérêt commun éclairé.  Les pays du Nord ne pourront venir à bout du COVID-19 que si les pays du Sud le neutralisent en même temps.

Comme je l’ai dit le mois dernier, « lorsque nous aurons clos le chapitre de cette épidémie, il faudra nous accorder un temps de rétrospection pour comprendre comment une telle maladie est apparue et a fait de tels ravages, si rapidement, à travers le monde, et comment tous les acteurs ont réagi face à la crise.  Les enseignements que nous en tirerons seront essentiels pour nous permettre de bien relever les défis similaires qui pourraient se présenter à l’avenir.  Mais nous n’en sommes pas là.  Pour l’instant, nous devons être unis, faire en sorte que la communauté internationale collabore dans la solidarité pour éliminer ce virus et ses conséquences dévastatrices ».

Nous ne pouvons pas envisager un avenir fait de peur et d’insécurité.  Ou bien nous traverserons cette pandémie ensemble, ou bien nous échouerons.  C’est dans l’unité que réside notre survie. Je vous remercie.

 

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