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SG/SM/20278
24 septembre 2020

Le Secrétaire général fait appel à « la conscience de nos responsabilités » et à la « souplesse » pour un multilatéralisme post-COVID-19 « en réseau »

Je vous remercie de me donner l’occasion d’aborder le sujet de la gouvernance mondiale en lien avec la pandémie de COVID-19.  

Un virus microscopique est aujourd’hui la principale menace dans notre monde.  

La pandémie de COVID-19 est une crise à part entière, qui se déroule de manière imprévisible et dangereuse dans un contexte de fortes tensions géopolitiques et d’autres menaces mondiales, et qui met manifestement à l’épreuve la coopération internationale – épreuve à laquelle nous avons échoué.  Le virus, qui a tué près d’un million de personnes et en a infecté plus de 30 millions dans le monde, n’est pas encore maîtrisé.  Cette situation a été créée par le manque de préparation, de coopération, d’unité et de solidarité à l’échelle mondiale.  

Le soixante-quinzième anniversaire de l’Organisation des Nations Unies nous rappelle ce que nos fondateurs ont accompli et nous invite à être à la hauteur de leurs ambitions.  Nous devons de toute urgence mener une réflexion innovante sur la gouvernance mondiale et le multilatéralisme, afin de les adapter au XXIe siècle.  

Avant tout, nous avons besoin d’un multilatéralisme en réseau, fondé sur des liens et une coopération solides entre les organisations internationales et régionales, les institutions financières internationales et autres alliances et institutions mondiales.  

Depuis que j’ai pris mes fonctions de Secrétaire général, j’ai fait de notre partenariat stratégique avec l’Union africaine une priorité.  Nos relations se caractérisent par des valeurs partagées, un respect mutuel et des intérêts communs.  Le partenariat entre l’Union africaine et l’ONU est un modèle que nous devrions reproduire dans nos relations avec d’autres organisations régionales.  Nous disposons désormais d’un cadre solide Union africaine-Organisation des Nations Unies pour la paix et la sécurité sur le continent.   

Je demande instamment à ce Conseil d’approfondir notre collaboration en créant des liens solides et officiels avec le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine et en communiquant régulièrement avec lui.  Cela permettrait de répartir le travail de la façon la plus efficace possible : l’Union africaine pourrait mener des opérations d’imposition de la paix et de lutte contre le terrorisme, qui seraient appuyées par des mandats du Conseil de sécurité et bénéficieraient d’un financement prévisible, garanti par les contributions obligatoires.  C’est la seule façon de construire la coalition dont nous avons besoin pour lutter contre le terrorisme sur le continent africain et de mener à bien l’initiative phare de l’Union africaine pour faire taire les armes.  

L’Organisation des Nations Unies a aussi la responsabilité d’améliorer l’efficacité de la gouvernance mondiale.  L’accent que nous mettons sur la prévention, les efforts que nous déployons afin de renforcer l’architecture de paix et de sécurité, l’initiative Action pour le maintien de la paix en partenariat avec les États Membres et l’action que nous menons pour mettre fin à l’exploitation et aux atteintes sexuelles dans l’ensemble du système des Nations Unies sont autant de mesures qui visent à relever ce défi.  

Je me félicite de la résolution 2532 que le Conseil de sécurité a adoptée en juillet, en soutien de mon appel au cessez-le-feu mondial immédiat.  Nous avons maintenant besoin d’un effort collectif, mené par ce Conseil, pour faire taire les armes dans le monde entier d’ici la fin de cette année.  

C’est aux États Membres, y compris ceux qui siègent dans ce Conseil, qu’incombe au premier chef la responsabilité de s’assurer du fonctionnement de la gouvernance mondiale.  

La réforme de la gouvernance mondiale ne saurait se substituer à l’action collective menée par les États Membres pour surmonter les défis communs.  

Les conflits, les atteintes aux droits humains, les crises humanitaires et les retards dans le développement sont interconnectés et s’aggravent mutuellement, alors que la réponse mondiale que nous leur apportons est de plus en plus fragmentée.  Nous ne sommes pas en phase avec la réalité du monde d’aujourd’hui.  Les institutions de gouvernance mondiale devraient collaborer de façon coordonnée afin de contenir, d’atténuer et de réduire les risques de toutes sortes.  Le multilatéralisme en réseau ne doit pas se limiter à la paix et à la sécurité, mais doit englober les institutions de Bretton Woods, les banques de développement, les alliances commerciales, etc.  

La pandémie accentue les risques dans tous les domaines.  Les besoins humanitaires s’alourdissent, des décennies de progrès en matière de développement durable sont en jeu et les troubles sociaux se multiplient.  De nombreux pays du Sud ont été laissés à leur désespoir, sans ressources financières ou pratiques.  Certains pays à revenu intermédiaire sont écrasés par le fardeau de la dette alors qu’ils tentent de répondre à la crise.  

D’emblée, j’ai plaidé pour un plan de relance mondial et pour une action coordonnée en matière de dette, mobilisant tous les partenaires.  Il faut que le Groupe de la Banque mondiale et le Fonds monétaire international soutiennent les États Membres en leur donnant un meilleur accès aux dispositifs et aux outils.  Il faut également que le FMI reçoive des ressources plus importantes et qu’un appui renforcé soit apporté au Groupe de la Banque mondiale et à d’autres institutions financières et mécanismes bilatéraux.  

En mai, de concert avec les Premiers Ministres du Canada et de la Jamaïque, j’ai réuni des chefs d’État et de gouvernement, des dirigeants d’organisations internationales, des représentants du secteur privé et de la société civile pour lancer une initiative sur le financement du développement.  Cette initiative est axée sur des domaines qui sont essentiels à la survie et à la mise en œuvre d’une relance forte, notamment la liquidité mondiale, la stabilité financière et la vulnérabilité liée à la dette, et c’est avec le plus grand intérêt que j’attends ses conclusions, prévues pour la semaine prochaine.  

Mais nous ne pouvons pas continuer à répondre de la sorte à des risques globaux systémiques et prévisibles par des solutions ad hoc.  Cette pandémie est un signal d’alarme pour des catastrophes plus graves encore qui pourraient survenir, à commencer par la crise climatique.  Si nous y répondons avec la désunion et la désorganisation dont nous avons été témoins cette année, je crains le pire.  Nous avons besoin d’une gouvernance mondiale qui soit déterminée, coordonnée, souple et prête à réagir à l’éventail des défis auxquels nous devons faire face.  Dans un monde où les menaces sont interconnectées, la solidarité est dans l’intérêt de chacun.  

Nombre des problèmes transfrontières auxquels nous sommes en proie aujourd’hui, comme la crise climatique, la montée des inégalités ou encore la cybercriminalité, font intervenir des groupes d’intérêt, des entreprises, des organisations et des secteurs entiers, qui échappent aux concepts traditionnels de la gouvernance mondiale.  Les États ne sont pas en mesure de répondre chacun isolément à tous ces problèmes.  Nous devons élargir notre idée de la gouvernance mondiale, et y inclure les entreprises, la société civile, les villes et les régions, le monde universitaire et la jeunesse.  

Les conférences internationales ne sont pas le seul moyen de parvenir à des accords contraignants au service du bien commun.  Nous avons besoin de mécanismes souples, par lesquels les différentes parties prenantes se réunissent, adoptent des protocoles et des codes de conduite, définissent des limites et créent les conditions d’une coopération fructueuse.  

La gouvernance mondiale doit également reposer sur la conscience de nos responsabilités envers notre planète et les générations futures.  Les mouvements de la société civile, en particulier ceux qui sont dirigés par des jeunes, sont les chefs de file mondiaux pour ces questions.  Il faut admettre la réalité : jusqu’à présent, les mécanismes de gouvernance mondiale ont été exclusifs, et le plus grand groupe laissé pour compte est celui des femmes – soit la moitié de l’humanité.  Les femmes qui regardent le débat général de cette semaine sont parfaitement en droit de sentir qu’elles ne sont pas représentées et que leurs revendications ne sont pas prises au sérieux.  La pandémie de COVID-19 a rappelé l’évidence : les femmes sont éminemment efficaces lorsqu’elles prennent les rênes.  Nous ne pouvons pas espérer surmonter la crise climatique, réduire les divisions sociales ou instaurer une paix durable sans la pleine contribution de toute la société.  

La réforme de la gouvernance mondiale concerne les approches, mais aussi les institutions, qui doivent être remaniées et renforcées.  Nous avons besoin d’un multilatéralisme plus fort et de meilleure qualité, qui fonctionne efficacement et bénéficie réellement aux populations que nous servons.  Nous avons besoin d’une meilleure gouvernance mondiale, de plus grande portée, fondée sur la souveraineté nationale et exprimée à travers nos idéaux communs, qui sont consacrés avec éloquence dans la Charte des Nations Unies.  

La pandémie a illustré les carences incontestables de notre système multilatéral.  Lorsque les pays choisissent de faire cavaliers seuls, le virus gagne du terrain.  Pour réduire le nombre de décès évitables, il faut une approche rationnelle et équitable de la vaccination, qui donne la priorité aux travailleurs et travailleuses de première ligne et aux plus vulnérables.  Mais nous avons eu grand-peine à mobiliser les ressources nécessaires pour que le vaccin devienne un bien public mondial, d’accès universel et d’un coût abordable.  

Il nous faut d’urgence des institutions multilatérales qui soient en mesure d’agir de manière décisive, sur la base d’un consensus mondial, pour le bien de la planète.  Et nous avons besoin d’institutions multilatérales qui soient équitables et représentent mieux les pays en développement, afin que toutes les parties aient leur place proportionnelle à la table mondiale.  

La déclaration de l’Assemblée générale sur le soixante-quinzième anniversaire de l’ONU a ouvert un espace de réflexion sur l’avenir de la coopération multilatérale et le monde post-COVID.  Je présenterai des analyses et des recommandations, qui auront la solidarité pour fil conducteur: la solidarité, au sein des sociétés et entre elles, aux niveaux national et international, mais aussi envers les générations futures.  

Notre monde n’est plus ni bipolaire ni unipolaire : il s’oriente vers la multipolarité.  Il y a cent ans, nous avons fait l’expérience de la polarisation et de la fragmentation sans mécanismes efficaces de gouvernance multilatérale.  Cette situation a conduit à la Première Guerre mondiale.  La pandémie de COVID-19 recouvre le monde d’une chape d’obscurité.  Mais nous pouvons aussi la considérer comme l’avertissement qui nous pousse à agir et, de fait, nous n’avons pas d’autre choix.  Nous devons impérativement nous unir dans des institutions mondiales adaptées à la réalité, faute de quoi nous serons terrassés par la division et le chaos.  

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