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AG/12350
28 Juillet 2021
Soixante-quinzième session, 94e séance – matin

L’Assemblée évalue les progrès de la lutte contre le paludisme en Afrique dans le cadre d’une pandémie de COVID-19 mettant à nu les fragilités du continent 

L’Assemblée générale a évalué aujourd’hui les progrès dans la Décennie pour faire reculer le paludisme, particulièrement en Afrique, et dans le Nouveau partenariat pour le développement du continent dont les fragilités viennent d’être « mises à nu » par la pandémie de COVID-19, ont reconnu les six délégations qui ont pris la parole. 

Malgré une période de succès sans précédent dans la lutte contre le paludisme au niveau mondial, avec environ 1,5 milliard de cas et 7,6 millions de décès évités au cours des deux dernières décennies, il n’y a guère eu de progrès ces dernières années et de nombreux pays à forte charge de morbidité perdent du terrain, prévient l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans le rapport qu’elle a soumis à l’Assemblée générale.  Selon les estimations, la maladie a causé 409 000 décès en 2019, contre 453 000 en 2015. 

L’OMS explique que l’efficacité des mesures visant à lutter contre le paludisme est évaluée sur la base des critères suivants: l’évolution de la charge de morbidité, l’accès aux principaux outils de lutte contre la maladie et les progrès accomplis sur la voie de la réalisation des objectifs énoncés dans sa Stratégie technique mondiale 2016-2030 dont une version actualisée a été publiée au mois de juin dernier, en tenant compte de la pandémie de COVID-19 et des confinements et autres mesures de restriction qui ont entraîné des perturbations majeures des services essentiels de prévention, de dépistage et de traitement du paludisme.

La Stratégie technique mondiale vise à l’horizon 2025, à réduire d’au moins 75% les taux d’incidence et de mortalité et à éliminer le paludisme dans au moins 20 pays.  Il faut « les bons outils », a préconisé le Royaume-Uni, grand contributeur de la lutte contre ce fléau, avec 200 millions de dollars en 2019, après les États-Unis et leur 1,1 milliard de dollars.  L’OMS reconnaît en effet que dans de nombreux pays, cette lutte se heurte à la résistance des moustiques aux insecticides utilisés pour imprégner les moustiquaires et effectuer des pulvérisations intradomiciliaires à effet rémanent. 

L’Organisation donne tout de même une bonne nouvelle: le premier vaccin antipaludique au monde, connu sous le nom de RTS,S, est aujourd’hui administré à des centaines de milliers d’enfants africains au Ghana, au Kenya et au Malawi dans le cadre d’un programme pilote dont les données éclaireront une décision de principe concernant l’éventuel déploiement du vaccin à plus grande échelle en Afrique cette année, promet l’OMS qui n’oublie pas d’alerter sur l’insuffisance des fonds.

Pour pérenniser les acquis, l’OMS souligne qu’une approche multisectorielle du contrôle du paludisme, qui s’appuie sur les synergies avec d’autres priorités de développement, sera nécessaire pour optimiser les interventions, lutter contre les inégalités et s’attaquer aux déterminants plus généraux de la maladie. 

Le problème, a fait observer le Groupe des États d’Afrique, est que la pandémie de COVID-19 a « mis à nu » les fragilités du continent, comme en attestent la chute du PIB et la réduction de la marge de manœuvre budgétaire.  Cette pandémie a entravé les efforts visant à réaliser le Programme de développement durable à l’horizon 2030.  Au nom du Groupe des 77 et la Chine, la Guinée a plaidé avec les autres pour un accès équitable aux vaccins contre la COVID-19 et la création de capacités de production en Afrique, ce qui requiert la levée des droits de propriété intellectuelle.  Le fossé en matière de vaccination doit être comblé, a martelé la Chine qui a exhorté la communauté internationale à respecter l’indépendance de l’Afrique et son droit de choisir librement son mode de développement.  

Cette année, dans son rapport sur la promotion d’une paix et d’un développement durables en Afrique, le Secrétaire général examine les difficultés de la prévention des conflits et du maintien de la paix d’un point de vue « souvent négligé », à savoir l’impact de la faiblesse ou de la défaillance des services publics, tant dans leur planification que dans leur prestation, comme source d’instabilité et moteur ou déclencheur potentiel des conflits. 

Il conclut en disant que la décennie d’action en faveur des objectifs de développement durable et la réalisation des aspirations de l’Agenda 2063 de l’Union africaine nécessiteront des mesures concrètes et audacieuses pour réduire les inégalités.  Il ajoute que la compréhension locale des relations entre la fourniture de services inclusifs et les menaces pour une paix durable doit guider le renforcement des partenariats multisectoriels et multipartites, dans le cadre d’une coordination et d’une hiérarchisation fortes des priorités, afin de concrétiser la vision de « l’Afrique que nous voulons ».

L’Assemblée générale a prévu une autre séance publique demain, jeudi 29 juillet, à partir de 10 heures, pour examiner le rapport de la Commission de consolidation de la paix et se prononcer sur plusieurs textes.

DÉCENNIE POUR FAIRE RECULER LE PALUDISME EN AFRIQUE ET NOUVEAU PARTENARIAT POUR LE DÉVELOPPEMENT DE L’AFRIQUE

Pour son débat conjoint, l’Assemblée générale était saisie du rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) intitulé « Consolider les acquis et intensifier l’action menée contre le paludisme et l’éliminer dans les pays en développement, particulièrement en Afrique, à l’horizon 2030 » (A/75/854); des Rapports du Secrétaire général sur les causes des conflits et la promotion d’une paix et d’un développement durables en Afrique (A/75/917) et (A/75/950); et du Rapport biennal du Secrétariat sur l’examen de la concrétisation des engagements pris en faveur du développement de l’Afrique (A/75/964).

Au nom du Groupe des États d’Afrique, M. LANG YABOU (Gambie) a estimé que ces rapports dressent un tableau pertinent des difficultés de l’Afrique.  Il a salué la meilleure utilisation des données statistiques, avant de mettre l’accent sur les progrès enregistrés par les pays africains sur la voie du développement durable.  Il a aussi attiré l’attention sur les 19 milliards que ces pays ont débloqués pour la lutte contre la pandémie de COVID-19.  Plaidant pour un accès équitable aux vaccins, le représentant a reconnu l’importance du Mécanisme COVAX.  Estimant néanmoins qu’il ne suffira pas à charrier la quantité nécessaire des vaccins, il a milité pour des capacités de production sur le continent. 

L’Afrique, a-t-il dit, a vu ses fragilités mises à nu par la pandémie: chute du PIB et réduction de la marge de manœuvre budgétaire.  Ces phénomènes ont souligné la nécessité de mettre davantage l’accent sur le capital humain, de lever les droits de douane entre pays africains et d’obtenir l’augmentation de l’aide publique au développement (APD).  À ces impératifs, le représentant a ajouté le renforcement de la coopération fiscale pour lutter contre les flux illicites de capitaux.  « Cela doit être la priorité », a-t-il martelé, avant de plaider pour des efforts collectifs dans la réalisation des objectifs de développement durable et un partenariat plus robuste entre l’ONU et l’Union africaine.

Au nom du Groupe des 77 et la Chine, M. BOUBACAR DIALLO (Guinée) a souligné à quel point les pays africains font des efforts « extrêmes » pour contenir et surmonter les répercussions de cette crise sanitaire mondiale qu’est la pandémie de COVID-19.  Cette crise a directement affecté la capacité de l’Afrique de réaliser les objectifs de développement durable, comme en attestent l’insécurité alimentaire, la pauvreté extrême, le chômage et la vulnérabilité aux changements climatiques dont souffrent plusieurs régions du continent.  L’Afrique, a martelé le représentant, face à des difficultés « nouvelles et émergentes » qui pourraient entraver son chemin vers le développement durable dans ses dimensions socioéconomiques et écologiques.  

La pandémie, a-t-il poursuivi, s’est ajoutée aux difficultés préexistantes liées au paludisme.  Dès le début de la pandémie, a-t-il affirmé, nous avons commencé à craindre que des mesures, telles que le confinement, ne perturbent considérablement les services sociaux, dont la détection et la prévention et le traitement du paludisme.  Nous devons faire plus contre cette maladie et réaliser l’objectif agréé de l’éliminer totalement.  Les entités de l’ONU doivent contribuer au renforcement des systèmes de santé car le bien-être des populations doit être au cœur du développement durable.

M. ERICK THOMAS (Royaume-Uni) a déploré les progrès inégaux dans la lutte contre le paludisme et le nombre important des décès.  Rappelant que son pays est un contributeur important dans cette lutte, il a insisté sur le fait que « chaque centime compte ».  Il a aussi insisté sur « les bons outils » dans la riposte contre le paludisme, notamment pour remédier à la résistance aux insecticides.

M. RAVINDRA RAGUTTAHALLI (Inde) a souligné la solidarité entre l’Inde et l’Afrique en raison de leur passé colonial, du combat pour l’indépendance et des défis communs.  Nous sommes des continents très proches, a-t-il affirmé, en s’enorgueillissant du statut de son pays comme « partenaire stratégique » de l’Afrique dans tous les domaines, en particulier le développement économique et la lutte contre les changements climatiques, sans oublier la réforme des institutions internationales pour ménager une plus grande place à l’Afrique.  Le représentant a une nouvelle fois appuyé le consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte, reflétant la position africaine sur la réforme du Conseil de sécurité.  Il n’a pas manqué de souligner que des milliers de jeunes africains font leurs études en Inde et que l’Afrique reçoit 20% des produits pharmaceutiques fabriqués dans son pays.  L’Inde est aussi le principal pays contributeur de troupes aux missions de l’ONU en Afrique, a conclu le délégué.

À la lecture des rapports, M. XOLISA MFUNDISO MABHONGO (Afrique du Sud) a reconnu que beaucoup reste à faire pour que l’Afrique continue d’avancer de manière significative sur la voie de la paix et de la stabilité.  Il s’est attardé sur la défaillance des services sociaux et de la planification qui peuvent être, selon lui, une source d’instabilité et un vecteur potentiel de conflits.  Insistant ainsi sur le lien entre paix, sécurité et développement, le représentant a prévenu que les services publics sont aujourd’hui mis à rude épreuve par la pandémie de COVID-19, de même que tout le Programme de développement durable à l’horizon 2030.  Le représentant a donc insisté sur un accès équitable aux vaccins et sur des capacités de production en Afrique, grâce à la levée des droits de propriété intellectuelle.  Il a souligné rôle « crucial » de l’Union africaine et de ses agences, insistant sur le principe des « solutions africaines aux problèmes africains » et exprimant son ferme appui au Bureau des Nations Unies pour l’Afrique.  Il a conclu par un appel à l’allègement de la dette des pays africains parmi les questions « importantes » qui figurent dans deux projets de résolution.

Pour M. DAI BING (Chine), la paix et le développement en Afrique sont essentiels pour la prospérité du monde entier.  Ces dernières années, l’élan de solidarité et la coopération entre pays africains a continué de se renforcer.  Le représentant en a voulu pour preuve la mise en place de la Zone de libre-échange continentale africaine.  Il a tout de même reconnu que les pays africains continuent de faire face à des problèmes d’instabilité et que la pandémie de COVID-19 a considérablement affecté leurs économies.  Il est dès lors jugé important d’aider ces pays, en s’attaquant aux causes profondes des conflits et en favorisant des partenariats pour que l’Afrique puisse atteindre ses objectifs conformément au Programme de développement durable à l’horizon 2030 et à l’Agenda 2063.  À son tour, le représentant a plaidé pour un accès équitable et abordable aux vaccins contre la COVID-19; « le fossé en matière de vaccination devant être comblé ».  Il a conclu en exhortant la communauté internationale à respecter l’indépendance de l’Africain et son droit à choisir librement ses modalités de développement. 

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