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AG/EF/3558-ECOSOC/7065 
20 octobre 2021
Soixante-seizième session, Réunion conjointe avec l'ECOSOC – Matin  

L’ECOSOC et la Deuxième Commission examinent les moyens de renforcer les capacités de production des pays les plus vulnérables

La traditionnelle séance conjointe du Conseil économique et social (ECOSOC) et de la Deuxième Commission (questions économiques et financières) a jeté la lumière, ce matin, sur l’importance cruciale du renforcement des capacités de production dans les pays en situation particulière et les pays à revenu intermédiaire.  Divers moyens pour y arriver ont été défendus, à commencer par des politiques et des investissements pour la diversification des économies, en passant par le numérique, l’innovation, la compétitivité et le capital humain.

Cette séance a également été l’occasion pour le Président de la soixante-seizième session de l’Assemblée générale de s’adresser aux membres de la Deuxième Commission en les félicitant d’être « la cheville ouvrière de la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030 ».

Face au premier déclin du développement humain mondial depuis 30 ans et à une pandémie qui se poursuit dans le monde entier, ce sont les pays les moins avancés (PMA), les pays en développement sans littoral, les petits États insulaires en développement (PEID) et les pays à revenu intermédiaire qui en subissent de plein fouet les effets dévastateurs, a rappelé le Président de l’ECOSOC, M. Collen Vixen Kelapile.  Malheureusement, ces pays ont des capacités de production limitées, ce qui restreint leur aptitude à soutenir la croissance économique, à diversifier leur économie, à renforcer leur résistance aux chocs, à s’intégrer efficacement dans l’économie mondiale et à assurer le bien-être de leur population, a-t-il expliqué, en posant les termes du débat.

Pour le Président de l’ECOSOC, le nécessaire renforcement des capacités productives exige, d’une part, une approche intégrée du développement aux niveaux national et international et, d’autre part, que les pays s’attèlent à une transformation économique structurelle.

Il faut « des mesures transformatrices dans le domaine socioéconomique », a renchéri la Présidente de la Deuxième Commission, Mme Vanessa Frazier, soucieuse de voir les pays reconstruire en mieux, de manière plus verte, et retrouver la voie vers les ODD, tout en répondant à la crise sanitaire.  Elle a demandé de repousser les frontières, de renforcer les capacités de production et de mobiliser les investissements et l’innovation.

Ceci étant, il n’y a pas de solution passe-partout, a prévenu Mme Rebecca Grynspan, Secrétaire générale de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), plaidant pour que les mesures visant à renforcer les capacités de production soient adaptées aux réalités de chaque pays.  Elle a évalué à au moins trois ans le délai dont les pays en développement auront besoin pour retrouver leur niveau d’avant la pandémie.

Développer les capacités de production en attirant davantage d’investissements, qui permettront à leur tour d’accroître les capacités: tel est le cercle vertueux défendu par M. Earle Courtenay Rattray, Haut-Représentant des Nations Unies pour les PMA, les pays en développement sans littoral et les PEID.  Il a jugé prioritaire le développement du capital humain pour renforcer ces capacités, ainsi que des investissements dans les infrastructures, physiques ou numériques.

La dépendance aux ressources naturelles et la faible intégration des pays en développement sans littoral dans les chaînes régionales et mondiales de valeur sont deux éléments qui expliquent la stagnation de leurs capacités de production et un lent développement économique, a fait observer le Vice-Ministre des relations économiques et de l’intégration du Paraguay, panéliste de la première table ronde consacrée aux priorités d’action après la COVID-19.  Pour sa part, la Ministre du commerce et de l’industrie de Trinité-et-Tobago a témoigné de la diversification de l’économie dans son pays, qui passe par le renforcement des capacités productives, la transformation numérique et la promotion d’un environnement favorable aux investissements.  Le Gouvernement trinidadien s’efforce de renforcer la compétitivité des entreprises, a-t-il aussi fait valoir.

Au cours d’une seconde table ronde, M. Taffere Tescfachew, du Comité des politiques de développement, un organe subsidiaire de l’ECOSOC, a dressé la liste des interventions politiques nécessaires au développement des capacités productives et s’est félicité que la CNUCED ait créé cette année un « indice de capacité de production », qui permet d’identifier les lacunes.

Après l’intervention des orateurs principaux et des différents panélistes, des délégations ont pris la parole pour exprimer leurs besoins en matière de capacités productives et rappeler l’importance de la solidarité internationale en vue de réaliser les ODD.  Les PMA ont dit attendre beaucoup du nouvel indice de la CNUCED, ainsi que des discussions prochaines à la cinquième Conférence sur les PMA qui aura lieu à Doha, en janvier 2022.  Le Groupe des États d’Afrique y a ajouté la nécessité d’établir des critères de vulnérabilité multidimensionnels.

Cette réunion a fourni des messages politiques pertinents, « donnant des raisons d’envisager l’avenir avec espoir », a conclu M. Liu Zhemin, Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales.  « Beaucoup d’entre vous ont souligné les innovations nécessaires au renforcement des capacités productives », a-t-il dit aux délégations.  « Nous avons entendu que la science, la technologie et l’innovation étaient les principaux moteurs de l’accélération du rythme de la diversification et de la transformation économiques. »

Sur une note positive et en marge du débat, le Président de la soixante-seizième session de l’Assemblée générale, M. Abdullah Shahid, est venu saluer le travail de la Deuxième Commission, dont le rôle est primordial pour la réalisation du Programme 2030.   M. Shahid a voulu défendre quelques priorités comme l’accès équitable aux vaccins contre la COVID-19, les efforts pour faire face aux changements climatiques, la réduction de la fracture numérique ou encore l’accès aux financements.  Il a assuré qu’il appellerait les États Membres de l’ONU à soutenir les mesures qui contribuent à soulager le fardeau pesant sur les PMA, les pays en développement sans littoral et les PEID.

La prochaine réunion de la Deuxième Commission sera annoncée ultérieurement dans le Journal des Nations Unies.

RENFORCEMENT DES CAPACITÉS PRODUCTIVES DANS LES PAYS LES MOINS AVANCÉS, LES PAYS EN DÉVELOPPEMENT SANS LITTORAL, LES PETITS ÉTATS INSULAIRES EN DÉVELOPPEMENT AINSI QUE LES PAYS À REVENU INTERMÉDIAIRE DANS LA PERSPECTIVE D’UN RELÈVEMENT ET D’UN DÉVELOPPEMENT DURABLE RÉSILIENTS APRÈS LA COVID-19

Réunion conjointe de la Deuxième Commission et du Conseil économique et social

Déclarations liminaires

Mme VANESSA FRAZIER (Malte), Présidente de la Deuxième Commission, a ouvert cette réunion conjointe avec le Conseil économique et social (ECOSOC) dont l’objectif est de réfléchir à des politiques permettant de renforcer les capacités de production des pays les moins avancés (PMA), des pays en développement sans littoral, des petits États insulaires en développement (PEID), ainsi que des pays à revenu intermédiaire.

Le monde connaît une crise d’une ampleur inédite et imprévisible, a d’emblée rappelé Mme Frazier.  Elle a espéré que les grands dangers de la pandémie s’amenuiseront grâce à la vaccination et aux efforts fructueux d’atténuation des risques.  Malheureusement, a-t-elle regretté, l’égalité vaccinale mondiale est un objectif encore lointain.  Selon elle, des mesures transformatrices dans le domaine socioéconomique sont nécessaires afin de reconstruire en mieux, de manière plus verte et de retrouver la voie vers les objectifs de développement durable (ODD).  Face à cette crise, les pays en situation particulière risquent d’accuser un plus grand retard, a-t-elle craint.  Elle a donc demandé de les aider à la surmonter, soulignant le besoin d’un appui international et d’un engagement du secteur privé.

S’agissant des pays sans littoral, Mme Frazier a attiré l’attention sur les défis inattendus qu’ils doivent relever.  En effet, en raison de leur géographie, les goulets d’étranglement peuvent avoir des effets profondément délétères sur leur économie.  Pour ce qui concerne les économies des PEID, elles ont fortement chuté en 2020 et l’effondrement du secteur touristique les a privés de ressources alors que ces pays en avaient plus besoin que jamais.  La situation des pays à revenu intermédiaire est diverse et requiert donc différentes interventions politiques, notamment au sujet du fardeau de la dette, qui sape les efforts de reconstruction, a fait observer Mme Frazier.  Elle a noté que ces pays peuvent se retrouver bloqués dans le statut de pays à revenu intermédiaire et voir leurs efforts de développement anéantis.

Adopter des mesures appropriées en cette ère de relance changerait la donne, a espéré la Présidente.  Elle a recommandé d’investir dans les capacités de production afin de créer des bases robustes pour des sociétés saines et pour réduire les inégalités à l’échelle mondiale.

M. COLLEN VIXEN  KELAPILE, Président de l’ECOSOC, a qualifié d’« opportun » le thème du jour -« Renforcer les capacités productives dans les PMA, les pays en développement sans littoral, les PEID ainsi que les pays à revenu intermédiaire pour une reprise plus résiliente et un développement durable dans l’ère post-COVID-19 »- car il porte l’essence même du type de mesures ambitieuses et innovantes dont nous avons besoin si nous voulons parvenir à la reprise de ces groupes de pays en situation particulière.

Face au premier déclin du développement humain mondial depuis 30 ans et alors que la pandémie de COVID-19 se poursuit dans le monde entier, ce sont les PMA, les pays en développement sans littoral, les PEID et les pays à revenus intermédiaires qui en subissent de plein fouet les effets dévastateurs, a-t-il rappelé.  Les conséquences sont, entre autres, une augmentation de la faim, de la pauvreté et une aggravation significative des inégalités préexistantes, a témoigné M. Kelapile, avant de rappeler qu’il faudrait probablement plusieurs années pour que la plupart de ces pays retrouvent les niveaux de PIB par habitant de 2019.

Les PMA, les pays en développement sans littoral, les PEID ainsi que les pays à revenus intermédiaires ont des capacités de production limitées, qui restreignent leur aptitude à soutenir la croissance économique, à diversifier leurs économies, à renforcer leur résistance aux chocs, à s’intégrer efficacement dans l’économie mondiale et à assurer le bien-être de leurs populations, a-t-il ajouté.

Il a préconisé le « renforcement » et « l’expansion de leurs capacités productives ».  Celles-ci auront un impact positif direct sur les objectifs de développement durable (ODD), la croissance, l’emploi et le développement des infrastructures.  De meilleures capacités productives bénéficieront aussi au secteur de la santé, surtout au moment où il est crucial de renforcer les capacités des pays en développement à produire des vaccins.

Pour le Président de l’ECOSOC, ce renforcement des capacités productives nécessite, d’une part, une approche intégrée du développement aux niveaux national et international et, d’autre part, que les pays favorisent la transformation économique structurelle, ce qui contribuera à réduire la pauvreté et à accélérer les progrès vers la réalisation des ODD.  Enfin, M. Kelapile a invité à prévoir des ressources financières adéquates ainsi que des investissements ciblés et fondés sur le risque.

Mme REBECCA GRYNSPAN, Secrétaire générale de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), intervenant par visioconférence, a indiqué qu’au contraire des pays développés, les pays en développement auront besoin d’au moins trois ans pour retrouver leur niveau d’avant la pandémie.  Elle a souligné le consensus international selon lequel leurs lacunes devraient être comblées.  Cependant, a-t-elle relevé, ce qui manque c’est la manière d’y parvenir.  Pour sa part, la CNUCED a placé le renforcement des capacités au centre de ses préoccupations et elle établit un classement annuel des pays en fonction de l’indice de capacités de production.  Il résulte de ce classement que les pays ayant le moins de capacités de production sont le plus souvent les pays les moins avancés (PMA), des pays qui font également face à un fort taux de chômage et reçoivent peu d’investissements étrangers directs.

Pour la CNUCED, il faut adapter les mesures visant à renforcer les capacités de production en fonction des réalités de chaque pays, car il n’y a pas de solution passe-partout.  Par conséquent, a expliqué Mme Grynspan, il faut d’abord évaluer les lacunes nationales afin d’identifier les contraintes locales et créer des politiques à long terme.  De même, la communauté du développement doit accompagner les pays mettant en œuvre les programmes de renforcement de capacités de production.  Enfin, il est important de comprendre les difficultés du secteur privé de certains pays, lequel secteur fait face à de nombreux défis comme le coût des transports et de la logistique.  Il est d’autant plus crucial de s’attaquer à cette question quand on sait que les pays enclavés dépensent en moyenne trois fois le prix de la logistique déboursé par les pays ouverts à la mer, a pointé la Secrétaire générale de la CNUCED.

M. EARLE COURTENAY RATTRAY, Haut-Représentant des Nations Unies pour les pays les moins avancés (PMA), les pays en développement sans littoral et les petits États insulaires en développement (PEID), a fait remarquer que les capacités de production représentent un socle qui permettra de se relever après la COVID-19.  Le développement des capacités de production peut être un cercle vertueux, en attirant davantage d’investissements, qui permettront à leur tour d’accroître les capacités.  Malheureusement, la plupart de ces pays sont relégués au rang d’exportateur de produits non transformés, sans valeur ajoutée, a-t-il noté.

Pour le Haut-Représentant, il n’y a pas de réponse simple à la question de savoir comment augmenter les capacités de production des pays en situation particulière et des pays à revenu intermédiaire.  Ceci dit, a poursuivi M. Rattray, le développement du capital humain devrait constituer une priorité essentielle.  Ensuite, pour exploiter à fond le potentiel du capital humain, des investissements dans les infrastructures, physiques ou numériques, sont essentiels, par exemple par le biais de partenariats public-privé.  La transition permettant de passer d’activités à faible valeur ajoutée à des activités à forte valeur ajoutée est un autre élément indispensable.  À cet égard, il a regretté que les investissements directs étrangers ne se concentrent que sur l’exploitation des ressources naturelles.

La coopération triangulaire et Sud-Sud peut être un pilier important pour accroître la cadence et la portée du renforcement des capacités de production, a ajouté M. Rattray.  Quant à la communauté internationale, il a suggéré qu’elle contribue à ces efforts, par exemple, en allégeant le fardeau de la dette ou par l’octroi de privilèges réglementaires permettant d’augmenter les exportations de produits à forte valeur ajoutée.

Table ronde 1: « Voix du terrain – Priorités d’action après la COVID-19 »

M. RAÚL CANO RICCIARDI, Vice-Ministre des relations économiques et de l’intégration du Paraguay, a fait observer que pour beaucoup de pays, en majorité les pays en développement sans littoral, la stagnation des capacités de production a entraîné un lent développement économique en raison de leur dépendance aux ressources naturelles et de leur faible intégration dans les chaînes régionales et mondiales de valeur.

Le Paraguay a fait des efforts pour renforcer cette capacité de production, en investissant notamment dans les infrastructures, le capital humain, le développement entrepreneurial, les sciences, la technologie et l’innovation, créant ainsi les conditions d’un développement du secteur privé plus rigoureux.  Le pays est ainsi un important producteur d’énergie hydroélectrique et sa production d’électricité provient à 100% d’énergies renouvelables, dont une partie est exportée vers les pays voisins, a assuré le Vice-Ministre.  Il a toutefois reconnu que, malgré ces efforts, le Paraguay reste confronté à de nombreux défis.

La pandémie a entravé les progrès de développement des capacités de production dans le monde en développement, et en particulier dans les économies vulnérables, a poursuivi M. Cano Ricciardi, notant que les pays en développement sans littoral en sont un clair exemple, puisqu’ils ne participent au commerce mondial qu’à hauteur d’à peine 1%.  Leur géographie exige donc des efforts supplémentaires et différenciés, ce qui se traduit souvent par des allègements fiscaux pour attirer les investissements et le capital étranger.  Mais ces mesures peuvent affecter les recettes publiques et limiter la marge de manœuvre des politiques publiques nécessaires pour un développement inclusif, ce qui représente un goulet d’étranglement.

Le Vice-Ministre a également observé que les changements climatiques ont des répercussions négatives sur le développement des capacités de production des pays sans littoral.  Par exemple, les sécheresses touchent gravement et souvent le Paraguay, et le manque d’eau prive le pays de sa principale source de production d’électricité propre et renouvelable.

La transition après la pandémie interviendra dans un contexte de plus en plus compétitif à mesure que l’investissement étranger s’amoindrit, a relevé M. Cano Ricciardi.  Par conséquent, a-t-il lancé, les pays en développement ont besoin d’un soutien urgent pour le développement de leurs capacités de production.  Le délégué a suggéré trois domaines d’intervention prioritaires pour les pays en développement sans littoral: l’appui technique pour améliorer les industries manufacturières, et donc la valeur ajoutée; l’assistance intégrale au développement des infrastructures physiques et numériques; le développement du capital humain.

Mme PAULA GOPEE-SCOON, Ministre du commerce et de l’industrie de Trinité-et-Tobago, a expliqué que son pays avait mis en œuvre un certain nombre de mesures pour atténuer les effets de la pandémie, cherchant l’équilibre nécessaire entre sauver des vies et préserver les moyens de subsistance.  Alors que nous nous dirigeons vers l’ère post-pandémique, Trinité-et-Tobago est en train de transformer son économie.  Celle-ci ne dépend plus uniquement des exportations d’énergie: elle génère désormais des revenus à partir d’un large éventail de secteurs et de produits, a fait valoir la Ministre.  Elle a présenté les trois piliers de la feuille de route trinidadienne: diversification et transformation de l’économie en tirant parti de la numérisation; sécurité alimentaire; recherche d’une société plus équitable.

Nonobstant, le secteur de l’énergie de Trinité-et-Tobago continue de fournir des revenus importants, a reconnu Mme Gopee-Scoon.  Le Gouvernement avait déjà mis en œuvre un programme de développement agressif avant la COVID-19, a assuré la Ministre, ce qui a facilité le renforcement de sa résilience.  Son approche économique repose sur trois piliers: renforcement des capacités productives nationales; transformation numérique; promotion d’un environnement favorable aux investissements.

Alors que le renforcement des capacités productives nationales est essentiel au processus de développement des PEID et constitue un élément crucial pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD), le Gouvernement trinidadien s’efforce de renforcer la compétitivité des entreprises, en mettant l’accent sur les petites et moyennes entreprises, a-t-elle poursuivi.  Enfin, Trinité-et-Tobago s’est engagée à créer un climat propice aux investissements dans le pays par le biais d’une série d’incitations à la fois financières et non financières, de réformes législatives, et de la création de nouveaux espaces économiques, a conclu Mme Gopee-Scoon.

Table ronde 2: « Capacités productives de récupération et de reconstruction - Point de vue d’un groupe d’experts »

M. TAFFERE TESCFACHEW, Chef d’équipe du sous-groupe PMA au sein du Comité des politiques de développement, et Conseiller principal du Tony Blair Institute for Global Change, a dressé la liste des interventions politiques nécessaires au développement des capacités productives.  Il a d’abord noté que ces interventions ont reçu moins d’attention dans les discussions récentes, tout comme la question de savoir comment mesurer les progrès réalisés par les pays dans le renforcement de leurs capacités productives.  Heureusement, a-t-il salué, « la CNUCED a résolu le problème de la mesure » en introduisant un « indice de capacité de production ».

M. Tescfachew a expliqué que cet indice constitue « un outil politique pratique », car en déterminant le niveau de développement des capacités productives il permet d’identifier les lacunes qui nécessitent une attention politique.  L’indice se base sur huit éléments de mesure des capacités productives à l’aide de 46 indicateurs compilés par diverses agences des Nations Unies, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI).

De manière générale, il existe de nombreux et divers instruments politiques que les économies vulnérables peuvent utiliser pour développer leurs capacités productives, a-t-il poursuivi, soulignant trois lignes directrices de base que les gouvernements devraient prendre en compte.  Premièrement, la nécessité d’une approche intégrée de la formulation et de la mise en œuvre des politiques pour assurer un développement équilibré des capacités productives, ceci afin d’éviter « une croissance déséquilibrée et une mauvaise répartition des ressources ».

Deuxièmement, la nécessité d’une cohérence et d’une complémentarité entre les politiques de développement des capacités productives et le soutien international apporté par les partenaires du développement.  En d’autres termes, pour avoir un impact maximal sur les objectifs de développement nationaux, les mesures de soutien international fournies aux PMA et l’aide au commerce offerte aux pays en développement sans littoral, aux PEID et à certains pays à revenu intermédiaire devraient compléter le développement des capacités productives plutôt que de le compromettre.

Enfin, M. Tescfachew a appelé à maximiser le potentiel du « commerce intrarégional », face aux perturbations des circuits mondiaux dues à la pandémie et à la croissance rapide de l’automatisation.  Ce type de commerce permet d’accroître les échanges et de stimuler les capacités productives, puisque des pays collaborent au sein de chaînes régionales pour fabriquer des produits, destinés à la fois aux marchés régionaux et à l’exportation internationale.

Allocution du Président de l’Assemblée générale

M. ABDULLAH SHAHID (Maldives), Président de la soixante-seizième session de l’Assemblée générale, a d’emblée souligné le rôle primordial de la Deuxième Commission au regard des fondements de la croissance et du développement socioéconomiques durables.  « Elle est la cheville ouvrière de la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030. »

Malheureusement, la double menace sanitaire et climatique a encore réduit les capacités financières des pays en situation particulière, a déploré M. Shahid, encourageant toute mesure visant à y faire face.  Le Président de l’Assemblée générale a voulu mettre l’accent sur quatre points essentiels pour la Deuxième Commission.  Tout d’abord, en reconnaissant que les vaccins sont le seul outil fiable contre la pandémie, leur accès abordable pour tous devrait être une priorité, a-t-il martelé.

Ensuite, sachant que les changements climatiques ont des effets négatifs sur la réalisation des objectifs de développement durable (ODD), la Deuxième Commission doit stimuler l’engagement de la communauté internationale à faire des efforts renouvelables et durables, faute de quoi il sera impossible d’atteindre l’objectif de ne pas dépasser un réchauffement de la planète de 1,5°C.

Pour les pays à faible revenu, les progrès technologiques restent une frontière hors d’atteinte, a encore souligné le Président.  Il a donc jugé important que la Commission oriente le soutien de la communauté internationale vers un accès équitable à une technologie durable, afin de réduire la fracture numérique, qui est devenue une nouvelle dimension des inégalités.

Enfin, M. Shahid a souligné la nécessité de faire face aux contraintes budgétaires et de faciliter l’accès au financement.  Il a assuré que, pour appuyer ces propositions, il appellerait les États Membres de l’ONU à soutenir les mesures qui contribuent à soulager le fardeau pesant sur les PMA, les pays en développement sans littoral et les PEID.  Le Président a dit espérer y parvenir au cours de dialogues de haut niveau à l’Assemblée générale.

Sachant que la crise de la COVID-19 a constitué le premier test de résistance majeur pour le système réformé des Nations Unies pour le développement, M. Shahid a jugé pertinent pour la Deuxième Commission d’examiner ce système, afin d’évaluer si les réformes ont effectivement aidé les pays à répondre à l’urgence sans précédent posée par la pandémie.

Pour conclure, il a voulu partager une leçon qu’il a tirée de son récent voyage aux Maldives: au cours d’une réunion avec le Ministre de la justice, il a appris qu’il contribuait à la protection de la planète en éteignant toujours la lumière et en préférant, dans la mesure du possible, l’utilisation de la lumière du jour à l’électricité.  Il avait bien conscience qu’il s’agissait d’un acte relativement insignifiant mais il pensait aussi que chaque petit geste compte.  Un milliard de petits gestes peuvent avoir un immense potentiel de transformation, a fait observer le Président de l’Assemblée générale, invitant chacun à réfléchir à ce qu’il pourrait faire pour faire la différence à l’ONU et au sein de la Deuxième Commission.

Dialogue avec les États Membres

Après l’intervention des orateurs principaux et des différents panélistes, les délégations ont pris la parole pour exprimer leurs besoins en matière de capacités productives et rappeler l’importance de la solidarité internationale en vue de réaliser les objectifs de développement durable (ODD).  C’est ainsi qu’au nom du Groupe des pays les moins avancés (PMA), la Namibie a insisté sur l’importance du renforcement des capacités de production en vue de prévenir les futurs chocs.  Pour les PMA, le nouvel indice sur les capacités de production, établi cette année par la CNUCED, permettra aux États d’identifier les domaines où une amélioration de leur performance économique est possible.  L’indice permettra ainsi aux décideurs de faire de meilleurs choix dans leurs politiques.  Au moment où se prépare la cinquième Conférence sur les PMA, le représentant de ce groupe de pays a assuré que cette question sera au centre des échanges à Doha, en janvier prochain.

Au nom Groupe des pays en développement sans littoral, le Kazakhstan a rappelé que les pays en situation particulière ont été les plus affectés par les effets de la COVID-19.  Reconstruire en mieux pour les pays enclavés signifie renforcer la communication avec les pays de transit, a-t-il indiqué.  Le Groupe a lui aussi apprécié le nouvel indice sur les capacités de production et appelé à l’améliorer encore.  Pour sa part, l’Union européenne (UE) a insisté sur les projets de coopération visant l’amélioration des capacités de production dans les pays en développement, y compris les PMA.

Justement le Bangladesh, qui appartient à cette dernière catégorie, a attiré l’attention sur le défi de la transformation structurelle des économies des PMA afin de gagner en compétitivité.  Ces pays ont donc besoin d’un soutien spécifique pour pouvoir promouvoir leurs capacités productrices, a plaidé la délégation.  Un appel renforcé par la Fédération de Russie qui a surtout insisté sur le renforcement des capacités commerciales des PMA.

Au nom du Groupe des États d’Afrique, le Ghana a dénoncé l’abandon des pays intermédiaires qui se retrouvent piégés sans ressources et sans capacités productives.  D’où la nécessité d’établir des critères de vulnérabilité multidimensionnels.  Au nom du Groupe de pays soutenant les pays à revenu intermédiaire, le Guatemala a rappelé que ces pays représentent 75% de la population mondiale, mais seulement le tiers du PIB.  Il faut donc, a aussi insisté la délégation, un indice propre à ces pays, ainsi qu’une stratégie onusienne de soutien aux pays à revenu intermédiaire.

De son côté, Malte a rendu compte de certains projets qu’il mène en soutien aux PEID.  Il s’agit notamment de programmes de renforcement des capacités par l’octroi de bourses.  Au nom du Forum des îles du Pacifique, les Fidji ont demandé le soutien des bailleurs de fonds, rappelant leur promesse de fournir 100 milliards de dollars par an pour l’action climatique.  Le Royaume-Uni a promis de diversifier son apport en ce sens, en prélude à la COP26 qu’il préside le mois prochain à Glasgow.  Il faut, en effet, apporter un soutien probant aux pays en développement qui polluent le moins, a justifié le Kenya.

Cloture

Dans son discours de clôture, M. LIU ZHENMIN, Secrétaire général adjoint au sein du Département des affaires économiques et sociales (DESA), a déclaré que les PMA, les pays en développement sans littoral, les PEID et les pays à revenu intermédiaire continuent de supporter l’essentiel des effets négatifs de la pandémie.  Pourtant, la réunion conjointe d’aujourd’hui sur les capacités productives a fourni des messages politiques pertinents, « donnant des raisons d’envisager l’avenir avec espoir », a-t-il estimé.  M. Liu a confirmé que le renforcement des capacités productives dans les PMA, les pays en développement sans littoral, les PEID et les pays à revenu intermédiaire est le pilier de leur résilience, de leur redressement résilient et de leur développement durable.

« Beaucoup d’entre vous ont souligné les innovations nécessaires au renforcement des capacités productives », a-t-il dit aux délégations.  « Nous avons entendu que la science, la technologie et l’innovation étaient les principaux moteurs de l’accélération du rythme de la diversification et de la transformation économiques ».  La réunion a également mis en évidence la nécessité de renforcer le lien entre la structure de production d’un pays et son niveau de développement humain pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD), a encore noté le Secrétaire général adjoint.  Il a aussi souligné la nécessité pour les PMA, les pays en développement sans littoral, les PEID et les pays à revenu intermédiaire d’augmenter rapidement les investissements pour leur transformation structurelle, par le biais du développement des capacités productives.

Au sortir de cette réunion conjointe, M. Liu a appelé à « ne pas relâcher notre ambition collective, alors que les besoins n’ont jamais été aussi grands », et à s’appuyer sur cette réunion pour les prochains travaux au sein de la Deuxième Commission et de l’ECOSOC.

Le Président de l’ECOSOC, M. Collen Vixen Kelapile, s’est félicité de la richesse de ce débat conjoint, qui a permis de mieux comprendre la situation et les efforts menés pour renforcer les capacités de production dans les pays en situation particulière et les pays à revenu intermédiaire.  Ce renforcement des capacités est en effet un élément essentiel pour que les pays les plus pauvres puissent mieux se remettre de la pandémie et atteindre les objectifs de développement durable (ODD), a-t-il noté.  Il a jugé nécessaire de regarder au-delà de l’horizon à court terme et des actions d’urgence.  La réponse aux terribles impacts de la crise sanitaire a, en effet, montré combien il est important de repenser nos systèmes et les politiques qui perpétuent les vulnérabilités et les inégalités depuis des décennies, a-t-il conclu.

Au terme de cette réunion conjointe, la Présidente de la Deuxième Commission, Mme Vanessa Frazier, a déclaré que les discussions traduisaient l’engagement ferme des délégations à renforcer les capacités de production dans les PMA, les pays en développement sans littoral, les PEID, ainsi que dans les pays à revenu intermédiaire, pour une reprise plus résiliente, et un développement durable dans l’ère post-COVID-19.

Au cours de ces derniers mois, l’innovation a permis aux gouvernements, aux lieux de travail, aux écoles, aux communautés et aux familles de s’adapter, mais il reste encore beaucoup à faire pour accélérer le renforcement des capacités de production, a souligné Mme Frazier.  « La science a réalisé ce qui semblait impossible il y a quelques mois », avec le développement rapide du vaccin.  La technologie a rendu possible un monde où l’on peut continuer à travailler, à apprendre et à rester en contact avec ses proches, malgré les fermetures et l’éloignement social.  « Nous devons continuer à repousser les frontières, à renforcer les capacités de production, à mobiliser les investissements et l’innovation pour répondre à la crise sanitaire et atteindre les objectifs de développement durable (ODD) », a martelé Mme Frazier.

Jugeant important d’investir dans les capacités productives pour aller de l’avant, mieux reconstruire et se remettre sur la voie de la réalisation des objectifs, la Présidente a conclu, en rappelant que « la solidarité internationale » et « le soutien multilatéral » étaient nécessaires pour soutenir les efforts des PMA, des pays en développement sans littoral, des PIED ainsi que des pays à revenus intermédiaires.

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