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CS/14535
27 mai 2021
8782e séance – matin

Conflit israélo-palestinien: l’absence d’horizon politique « tue l’espoir », dit le Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Conseil de sécurité

Une semaine après l’accord de cessez-le-feu qui a mis fin le 21 mai à 11 jours de conflit entre Israéliens et Palestiniens, M. Tor Wennesland, Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient, a, ce matin, appelé le Conseil de sécurité à « créer un horizon politique qui permet aux parties de reprendre la voie de négociations constructives ».  Représentant personnel du Secrétaire général auprès de l’Organisation de libération de la Palestine et de l’Autorité palestinienne, il a, par ailleurs, répété que seules des négociations qui mettent fin à l’occupation et créent une solution viable des deux États, avec Jérusalem comme capitale, pourront définitivement clore ces « cycles de violence insensés ».  Tous se sont accordés pour dire que la trêve doit permettre de répondre aux besoins humanitaires les plus urgents, en particulier à Gaza. 

Intervenant aux côtés de M. Philippe Lazzarini, Commissaire général de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), et de M. Rashid Khalidi, Professeur d’études arabes à l’Université de Columbia, M. Wennesland a prévenu les membres du Conseil de sécurité que l’absence d’horizon politique, après des décennies de conflit, tue l’espoir, profitant à ceux qui ne sont « pas intéressés par une paix durable ».  

Expliquant que l’ONU coordonne l’acheminement d’une aide humanitaire d’urgence à la population de Gaza, M. Wennesland a annoncé le lancement aujourd’hui d’un appel éclair humanitaire de 95 millions de dollars.  « Dans le même temps, nous restons concentrés sur les mesures politiques importantes qui sont nécessaires pour consolider la cessation des hostilités », a assuré le Coordonnateur spécial.  

« Votre responsabilité n’est pas seulement d’adopter des résolutions ici mais de protéger les Palestiniens là-bas », a lancé aux membres du Conseil de sécurité M. Riyad Mansour, l’Observateur de la Palestine, avant d’appeler à une solution radicale pour mettre un terme au « siège israélien ».  Tout en remerciant la communauté internationale d’avoir fait barrage contre la tentative d’Israël de légitimer la colonisation, M. Mansour a dit que la patience des Palestiniens avait des limites.  Après avoir accusé Israël de ne pas respecter ses obligations internationales, l’Observateur a demandé « comment Israël peut justifier le droit au retour des juifs partis il y a 5 000 ans, tout en niant le droit des Palestiniens de rentrer chez eux seulement 73 ans après leur éviction ». 

« Tant qu’il n’y aura pas une solution politique au conflit, y compris pour répondre aux conditions de vie des réfugiés palestiniens, seule une UNRWA « forte » sera capable d’apporter « un semblant de normalité », a déclaré M. Philippe Lazzarini.  Il a exhorté les États Membres à protéger l’UNRWA contre les attaques politiques répétées qui ne visent qu’à saper son rôle et son mandat. « Ceux qui pensent qu’ils arriveront à faire disparaître la question palestinienne en sapant la réputation et la légitimité de l’agence se trompent », a-t-il dit avant de prévenir que ceux qui cherchent à affaiblir l’agence, affaiblissent en fait toute perspective de paix.  

« L’UNRWA, au lieu de dénoncer les tirs de roquettes du Hamas se livrent à des tweets de propagande politique incompatibles avec son mandat humanitaire » a, de son côté, dénoncé la représentante d’Israël avant de prévenir que blâmer Israël, pour les victimes d’un mouvement terroriste, ne fera qu’alimenter l’antisémitisme.  Réagissant à la déclaration du représentant de la Palestine, elle a estimé qu’il n’y avait pas de conflit entre Israéliens et Palestiniens mais entre les forces israéliennes et le Hamas, un mouvement terroriste qui a tiré en moyenne 400 roquettes par jour contre Israël entre le 10 et 21 mai. 

« Ce n’est pas la première fois que nous assistons à la fin d’une guerre à Gaza » a dit M. Wennesland avant de préciser qu’à chaque fois, ceux qui perdent le plus sont les civils.  Il a réaffirmé que tous les auteurs de violence doivent être tenus pour responsables. 

Citant des chiffres publiés par le Bureau de coordination humanitaire des Nations-Unies (OCHA), plusieurs délégations ont rappelé que ces violences ont entrainé la mort d’au moins 242 palestiniens, dont 230 tués par les frappes israéliennes, et environ 12 Israéliens victimes des tirs de roquettes palestiniennes.  Les délégations ont aussi évoqué 1948 blessés, dont 610 enfants et 400 femmes, du côté palestinien et 710 blessés du côté israélien.  Selon l’ONU au moins 57 écoles, 9 hôpitaux et 19 centres de soins de santé primaires ont été endommagés ou détruits, y compris 4 tours - dont une hébergeant des médias internationaux, soit près de 2 000 logements et unités commerciales.  Face à ce constat, elles ont souhaité que la trêve permette de répondre aux besoins humanitaires les plus urgents, notamment à Gaza.  

Quels que soient leurs mérites, « les palliatifs » actuellement à l’étude n’apporteront pas à eux seuls une solution durable, a prévenu le professeur Khalidi, pour qui rien ne garantit que les infrastructures de Gaza ne soient pas détruites une cinquième fois.  On ne peut pas améliorer la qualité de vie des Palestiniens sans leur offrir un horizon politique clair.  L’intervenant a critiqué la relance d’un processus de paix « dénué de sens », puisqu’il est défini par les acteurs les plus puissants qui évitent les questions fondamentales et douloureuses qui remontent aux premiers efforts de l’Assemblée générale et du Conseil pour régler la question de Palestine.   

« Une diplomatie silencieuse, intensive et opiniâtre au plus haut niveau a mis un terme temporaire à la violence - et les États-Unis sont déterminés à poursuivre cette diplomatie pour garantir le calme », a assuré la représentante américaine.  Son pays a annoncé une aide de 38 millions de dollars pour soutenir les efforts humanitaires en Cisjordanie et à Gaza, dont 33 millions à l’appui des opérations d’urgence de l’UNRWA.  Elle a tenu à préciser que son pays n’accordera aucune assistance directe au Hamas. 

« Nous serons très attentifs à ce qu’aucun nouveau tir de roquette n’intervienne contre le territoire israélien », a enchaîné la France dans le même esprit.  Elle a aussi rappelé sa ferme opposition à la colonisation sous toutes ses formes et appelé au plein respect du statu quo de 1967 sur les Lieux saints.  « Ces 11 jours de graves violences nous rappellent que l’on ne peut pas évacuer le conflit israélo-palestinien.  Si nous faisons le choix de nous en accommoder ou de l’oublier, il se rappellera à nous par de nouveaux épisodes de violences », a conclu le représentant français. 

LA SITUATION AU MOYEN-ORIENT, Y COMPRIS LA QUESTION PALESTINIENNE

Déclarations

M. TOR WENNESLAND, Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient et Représentant personnel auprès de l’Organisation de libération de la Palestine et de l’Autorité palestinienne, s’est félicité de l’accord de cessez-le-feu qui a mis fin le 21 mai à 11 jours de conflit, et permet de s’attaquer aux besoins humanitaires urgents de la population de Gaza.  Il a salué le rôle crucial de l’Égypte et des États-Unis, ainsi que le travail du Qatar, qui, en étroite coordination avec l’ONU, ont contribué à mettre fin à cette dernière vague de violence.  Expliquant que l’ONU coordonne l’acheminement d’une aide humanitaire d’urgence à la population de Gaza, M. Wennesland a annoncé le lancement aujourd’hui d’un appel éclair humanitaire de 95 millions de dollars.  « Dans le même temps, nous restons concentrés sur les mesures politiques importantes qui sont nécessaires pour consolider la cessation des hostilités », a ajouté le Coordonnateur spécial. 

Mettant l’accent sur les conséquences des hostilités intervenues du 10 au 21 mai entre Israël et les groupes armés à Gaza, M. Wennesland a rapporté que 253 Palestiniens, dont au moins 66 enfants, 38 femmes et trois personnes handicapées, ont été tués lors de frappes aériennes et bombardements israéliens. 

Au cours de la même période, 9 Israéliens, dont 2 enfants et 5 femmes, et 3 ressortissants étrangers ont été tués par des roquettes et des mortiers tirés sans discernement par le Hamas et d’autres militants à Gaza, et un soldat a été tué par un missile antichar tiré près de la clôture délimitant le périmètre de Gaza.  

« Des roquettes en provenance de Gaza ont été tirées à une intensité et à une portée sans précédent, dont un nombre important a été intercepté par le Dôme de fer d’Israël », a précisé M. Wennesland avant de citer des impacts directs causant des dommages à des propriétés résidentielles et commerciales en Israël, ainsi qu’à des infrastructures scolaires et énergétiques, y compris des lignes électriques alimentant Gaza.  Il a aussi indiqué que des centaines d’Israéliens ont été blessés lors de ces attaques. 

« À Gaza, l’armée israélienne a mené plus de 1 500 frappes contre ce qu’elle a dit être des cibles militantes appartenant au Hamas et au Jihad islamique palestinien », a poursuivi M. Wennesland avant de noter des dommages importants causés aux habitations et aux infrastructures civiles.  Il a relevé que l’ONU et ses partenaires ont signalé qu’au moins 57 écoles, 9 hôpitaux et 19 centres de soins de santé primaires avaient subi des dommages complets ou partiels et qu’au moins 258 bâtiments, y compris 4 tours -dont une hébergeant des médias internationaux- ont été endommagés ou détruits.  « Cela se traduit par près de 2000 logements et unités commerciales », a-t-il dit avant d’indiquer que l’ONU et ses partenaires entreprennent actuellement une évaluation rapide des dommages et des besoins pour comprendre l’ampleur de la destruction et les besoins sur le terrain. 

« Selon le Ministère de la santé de Gaza, 1 948 Palestiniens ont été blessés par les frappes et plus de 112 000 personnes ont été déplacées, dont 77 000 hébergées dans près de 60 écoles de l’UNRWA, où elles n’avaient qu’un accès limité à l’eau et pratiquement aucun accès aux soins de santé ou à la nourriture », a expliqué le Coordonnateur spécial. 

Citant les efforts des Nations Unies et du Secrétaire général pour restaurer le calme, M. Wennesland a rappelé que le Conseil de sécurité s’est réuni quatre fois pour discuter des moyens de mettre fin aux hostilités, et que l’Assemblée générale a tenu un débat spécial sur la crise.  « Le 20 mai, Israël et le Hamas ont annoncé qu’ils étaient convenus de la cessation des hostilités, qui est entrée en vigueur tôt le matin du 21 mai » a relaté M. Wennesland avant de se féliciter que le cessez-le-feu ait tenu, sans nouvelles roquettes ni frappes aériennes signalées. 

Il a précisé que 40 camions de fournitures humanitaires ont été autorisés à entrer et que le 25 mai, Israël a annoncé l’ouverture des points de passage pour certains biens et personnels humanitaires, notamment une expédition de plus de 46 000 vaccins du mécanisme COVAX.  Il a jugé essentiel qu’un calendrier prévisible pour l’entrée de tous les matériels et personnels humanitaires soit mis en place aux deux points de passage.  Il a relevé qu’Israël a rétabli le 25 mai la zone de pêche au large de la côte de Gaza à 6 000 marins, qui avait été complètement fermée pendant les hostilités. 

M. Wennesland s’est ensuite inquiété de la forte augmentation du nombre d’affrontements en marge de ce conflit, entre les forces de sécurité israéliennes et les Palestiniens, la violence liée aux colons et les attaques palestiniennes contre les Israéliens en Cisjordanie occupée, ainsi qu’une augmentation apparente de l’utilisation de balles réelles des Forces israéliennes contre des Palestiniens participant à des manifestations. 

M. Wennesland a réaffirmé que tous les auteurs de violence doivent être tenus pour responsables.  Il a exhorté les forces israéliennes à faire preuve de la plus grande retenue et n’utiliser la force meurtrière que lorsqu’elle est strictement inévitable afin de protéger la vie.  Il s’est inquiété des expulsions potentielles à Jérusalem-Est occupée, notamment à Cheik Jarrah et Silwan.  Rappelant que toute activité de colonisation est illégale au regard du droit international, il a exhorté Israël à cesser les démolitions et les saisies de biens palestiniens, conformément à ses obligations au titre du droit international humanitaire, et à permettre aux Palestiniens de la zone C et de Jérusalem-Est de développer leurs communautés. 

« Ce n’est pas la première fois que nous assistons à la fin d’une guerre à Gaza » a dit le haut responsable avant de préciser qu’à chaque fois, ceux qui perdent le plus sont les civils.  « Mettre fin à la violence et prendre des mesures pour faire face de toute urgence aux conséquences humanitaires sont des priorités cruciales », a insisté M. Wennesland avant d’appeler à tout faire pour éviter que cette réalité ne se répète et trouver des solutions durables. 

« Nous devons créer un horizon politique qui permette aux parties de reprendre la voie de négociations constructives.  Je reste en contact étroit avec mes collègues Envoyés du Quatuor pour le Moyen-Orient, avec les principaux partenaires arabes et internationaux, ainsi qu’avec les dirigeants israéliens et palestiniens à cette fin », a assuré le Coordonnateur spécial. 

« C’est l’absence d’horizon politique - après des décennies de conflit, qui tue l’espoir et offre un espace à ceux qui ne sont pas intéressés par une paix durable », a conclu M. Wennesland.  Ce n’est que par des négociations qui mettent fin à l’occupation et créent une solution viable des deux États, sur la base des résolutions de l’ONU, du droit international et des accords mutuels, avec Jérusalem comme capitale, que nous pourrons mettre un terme définitif à ces cycles de violence insensés. 

M. PHILIPPE LAZZARINI, Commissaire général de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine au Proche-Orient (UNRWA), a indiqué qu’il s’exprime depuis le siège de son agence à Jérusalem-Est, à quelques centaines de mètres du quartier de Cheik Jarrah, où huit familles palestiniennes risquent d’être expulsées.  Pendant 11 jours, a-t-il rappelé, le personnel de l’UNRWA à Gaza a connu  « l’enfer sur terre », parce qu’il n’y a pas eu de répit dans les combats.  « Un enfer » pour les quelque 70 000 personnes qui ont trouvé refuge dans nos écoles parce que vivre sous un blocus n’offre aucun autre endroit pour se réfugier.  « Un enfer », en raison de l’intensité des frappes aériennes sur des zones densément peuplées dans le cœur de Gaza.  Le Commissaire général, qui a dit revenir de Gaza, s’est alarmé de ce que toutes les personnes qu’il a rencontrées sont « terrifiées et traumatisées »  Ce dernier conflit, a-t-il rappelé, est le quatrième en 13 ans dans un Gaza en proie à un blocus qui brise l’économie depuis 14 ans. 

M. Lazzarini s’est dit très préoccupé par les conséquences des frappes aériennes pour la santé mentale des civils, en particulier des enfants, ainsi que par la nouvelle vague de COVID-19 qui frappe Gaza.  Il s’est fait l’écho des sentiments d’injustice et de peur des familles palestiniennes de Cheik Jarrah qu’il a rencontrées, avant d’attirer l’attention sur la situation grave qui prévaut en Cisjordanie, avec des opérations accrues des forces israéliennes et les actes de violence des colons qui vont croissant.  Il a dénoncé l’utilisation par les forces israéliennes de balles réelles pendant les manifestations de Palestiniens, faisant des morts et des blessés.  « Le désespoir se répand dans les camps de réfugiés palestiniens au-delà du Territoire occupé », a-t-il déclaré, ajoutant que ce désespoir est un ingrédient dangereux dans une région aussi volatile.  Les jeunes se sentent de plus en plus marginalisés et pris au piège. 

Tant qu’il n’y aura pas une solution politique au conflit, y compris pour répondre aux conditions de vie des réfugiés palestiniens, seule une UNRWA « forte » sera capable d’apporter « un semblant de normalité », a-t-il déclaré. M. Lazzarini a précisé qu’une UNRWA « forte » exige un financement suffisant et prévisible, parce que c’est l’un des investissements les plus efficaces que les États peuvent faire.  C’est en effet investir dans le développement humain des réfugiés palestiniens, c’est investir dans les principes et les valeurs de l’ONU, a-t-il martelé, précisant que les cours dispensés par son agence sont « l’antidote à la violence et la haine » qui se répandent dans la région. 

Le Commissaire général a exhorté les États Membres à appuyer l’UNRWA et à la protéger contre les attaques politiques répétées qui ne visent qu’à saper son rôle et son mandat.  « Ceux qui pensent qu’en sapant la réputation et la légitimité de l’agence arriveront à faire disparaître la question palestinienne se trompent. » Rappelant que les réfugiés palestiniens tiennent leur statut et leurs droits du droit international, le Commissaire général a prévenu que ceux qui cherchent à affaiblir l’agence affaiblissent en fait toute perspective de paix. 

Contenir le conflit et mettre sous le boisseau tout processus politique n’est plus une option, a-t-il martelé.  Il a demandé au Conseil de sécurité de briser l’approche « digne de Sisyphe », en ce qui concerne la réponse post-conflit à Gaza.  Rappelant en effet que l’aide humanitaire n’évitera pas un nouveau conflit, le Commissaire général a souligné la nécessité de veiller à ce que les efforts de relèvement s’accompagnent d’un processus politique « véritable », dont la levée du blocus.  Il a aussi demandé que les auteurs de violations des deux côtés soient traduits en justice et réclamé la fin des expulsions et des démolitions en Cisjordanie, afin de prévenir les tensions.  Enfin, M. Lazzarini a plaidé pour que les efforts humanitaires et de reconstruction soient pleinement financés, avant d’insister sur un accès élargi aux vaccins contre la COVID-19. 

Les Palestiniens, où qu’ils soient, à Jérusalem-Est arabe occupée, en Cisjordanie occupée, à Gaza assiégée, en Israël ou dans la vaste diaspora, ont répondu aux événements de ces dernières semaines avec « un degré d’unité sans précédent », a souligné M. RASHID KHALIDI, Professeur d’études arabes à « Columbia University », en offrant au Conseil « ce qui pourrait être un nouveau tournant dans l’évolution de la question de Palestine ».  Ces événements et cette démonstration d’unité, a-t-il poursuivi, ont obligé le monde à reconnaître la réalité sur le terrain: discriminations systémiques, oppression et colonialisme des colons, qui ne sauraient plus être ignorés ou masqués par les clichés « périmés » de certains politiciens et médias.  Les jeunes et les personnes de conscience du monde entier ont réagi aux images des différentes parties de la Palestine diffusées sur les médias sociaux, et même par les grands médias, et cela a provoqué un changement « indéniable » du discours. 

Depuis la création des Nations Unies, a rappelé le Professeur, le Conseil de sécurité a adopté une série de résolutions sur la question de la Palestine et le conflit israélo-arabe, des questions qui ont occupé son temps et son énergie plus que tout autre problème mondial.  Pourtant, la plupart de ces résolutions sont restées lettre morte et en large partie, à cause de « l’impunité » qui est assurée à un État Membre par un des membres permanents du Conseil depuis 1967.  Cette situation a discrédité « à juste titre » le Conseil et l’ONU elle-même, mais ce qui est grave, c’est que cette impunité a été « un obstacle majeur » à l’instauration de la paix, de la justice et de la sécurité pour tous ceux qui vivent en Palestine et en Israël.  Le Professeur a passé en revue les échecs et fait des suggestions fondées sur sa propre compréhension de l’histoire pour aider le Conseil à réaliser une paix et une sécurité durables en Palestine et en Israël. 

Quels que soient leurs mérites, « les palliatifs » actuellement à l’étude n’apporteront pas à eux seuls une solution durable, a tranché M.  Khalidi, en parlant entre autres de la reconstruction des infrastructures de Gaza, sans garantie qu’elles ne seront pas détruites une cinquième fois.  Il a aussi parlé de l’accent mis sur l’amélioration de la qualité de vie des Palestiniens, sans leur offrir un horizon politique clair et fixe ou encore de la relance d’un processus de paix « dénué de sens », puisqu’il est défini par les acteurs les plus puissants qui évitent soigneusement les questions « fondamentales, difficiles et essentielles », dont le règlement est indispensable à un règlement durable du conflit.  Ce règlement, a prévenu le Professeur, ne sera possible que lorsqu’on s’attaquera, même tardivement, à ces questions « douloureuses » qui remontent aux premiers efforts de l’Assemblée générale et du Conseil pour régler la question de Palestine, juste après la création de l’ONU.  

Ces questions sont, a martelé le Professeur, la dépossession du peuple palestinien à partir de 1948, le statut de Jérusalem, l’occupation militaire que l’on disait « temporaire » et qui dure depuis 1967, et le non-respect du droit international et des résolutions du Conseil.  En tant qu’historien du Moyen-Orient moderne et observateur des travaux du Conseil, « où mon père a travaillé pendant près de 20 ans, en tant que fonctionnaire de l’ONU », le Professeur a dit parfaitement comprendre les relations de pouvoir qui sous-tendent ce qui est possible et ce qui ne l’est pas, et la difficulté de faire coïncider les agendas nationaux au nom d’une action collective.  Mais, a-t-il martelé, si le monde n’a jamais eu un moment pour transcender ces problèmes et agir collectivement pour s’attaquer à une source de souffrances qui dure depuis près d’un siècle, c’est bien celui-ci. 

Les affrontements les plus récents en Palestine et en Israël ont accentué les divisions, suscité de nouvelles passions, « et mêmes des laides », et éveillé les consciences.  Le Professeur a voulu piquer « la bulle des illusions tant chéries », comme l’illusion que personne dans le monde arabe ou dans le monde ne se soucie de la Palestine.  Les marches de solidarité, l’explosion des réseaux sociaux, la couverture médiatique, la vague de solidarité sans précédent avec les Palestiniens du monde entier montrent tous que, même si certains souhaiteraient que ce ne soit pas le cas, la Palestine est importante, qu’elle ne peut être ignorée et que les Palestiniens ne vont pas baisser les bras et renoncer à la lutte pour leurs droits inaliénables.  

C’est donc le moment « d’appeler un chat un chat » et de renoncer à la « cruelle fausse équivalence » qui ignore les ratios des pertes en vies humaines, de 4, 10 ou 20 pour 1 et qui place l’occupant, une puissance nucléaire, sur un pied d’égalité avec l’occupé, un peuple qui n’a jamais été autorisé à exercer son droit à l’autodétermination.  Si cette « fausse équivalence » est maintenue et si l’on persiste à tolérer ce déséquilibre des pouvoirs entre les deux peuples, on ne pourra jamais, a prévenu le Professeur, mettre fin aux bains de sang et à l’oppression, et le Conseil de sécurité continuera à adopter des résolutions « creuses » sans aucune force pour le reste du XXIe siècle, comme il l’a toujours fait. 

Alors comment surmonter l’impunité dont jouit l’une des parties?  Par des petites mesures et d’autres plus ambitieuses, a répondu le Professeur.  Parmi les petites mesures, il a exhorté le Conseil « à exiger et non pas demander » aux puissances de blocage, sous peine de sanctions, que les besoins humanitaires, médicaux et alimentaires et autres du peuple de Gaza soient épargnés de toute considération politique « cruelle » et qu’il soit mis fin « enfin » à la punition collective de deux millions de personnes.  Le Conseil doit aussi contribuer à consolider l’unité du peuple palestinien, sur une base démocratique, une unité que la « puissance coloniale » s’emploie sans cesse à saper.  Par-là, le Professeur a voulu dire: organisation d’élections par les Nations Unies pour prévenir les interférences  de la « puissance occupante ou des puissances étrangères ».  Il a aussi voulu dire, respect du statu quo sur les lieux saints de Jérusalem. 

Quant aux mesures plus ambitieuses, il a jugé « impératif » de réitérer avec force les éléments de base des résolutions de l’ONU: l’inadmissibilité de l’acquisition de territoire par la force, l’illégalité de la colonisation, le droit des réfugiés au retour et leur indemnisation et la garantie d’un rôle international dans le règlement de la question de Jérusalem.  Le Conseil, s’est impatienté le Professeur, doit tout simplement réaffirmer « clairement et explicitement » que ces éléments de base, tous enracinés dans le droit international et les résolutions de l’ONU, sont la seule base possible d’une solution juste et durable, « même s’il sera difficile de parvenir à l’unanimité »

Un autre pas important serait que le Conseil affirme ses prérogatives et fasse pression pour la mise en place d’une structure plus multilatérale et moins unilatérale pour le règlement de la question de Palestine, a souligné le Professeur, estimant qu’il est temps de privilégier des efforts « moins biaisés ».  Il est temps, a-t-il martelé, de réaliser « qu’un siècle d’échec absolu » appelle à une meilleure approche, plus multilatérale. 

« Un pas beaucoup plus important », « et il ne devrait pas être si difficile de le faire accepter au Conseil de sécurité et au monde », serait le respect du principe selon lequel, dans toute solution envisagée, tous les citoyens, Palestiniens et Israéliens, doivent jouir des mêmes droits et de la même sécurité sur la base d’une égalité complète.  Le moment est venu de saisir « cette patate chaude », cette question insoluble qui résonne dans les politiques internes et qui suscite d’intenses passions.  Le moment est venu, a conclu le Professeur, de mettre en œuvre les concepts du droit et les principes de justice et d’égalité pour laisser derrière nous « les décennies d’opportunisme » qui ont créé « une coquille vide ».  Puisse cette dernière nous pousse à casser « cette coquille » et à placer Israéliens et Palestiniens sur la voie d’une paix juste et durable et d’une sécurité réelle et égale. 

Israël n’a pas réussi à vaincre la conscience palestinienne et à démanteler l’unité nationale, a tranché M. RIYAD H. MANSOUR, État de Palestine.  Malgré les moyens « énormes » qu’il a actionnés pour changer la réalité historique et géographique de la « patrie palestinienne », Israël s’est heurté au « courage » des jeunes palestiniens « plus attachés à la nation qu’à leur vie ».  Il n’y a pas d’alternative aux droits et aux libertés, a souligné M. Mansour.  Attirant l’attention sur « le visage colonial et raciste du régime d’apartheid israélien », il s’est demandé comment Israël peut sérieusement justifier le « droit au retour » de Juifs partis, il y a 5 000 ans, et nié en même temps celui des réfugiés palestiniens chassés, il y à peine 73 ans. 

Comment justifie-t-il les attaques contre les Lieux saints musulmans et chrétiens?  Comment peut-il invoquer son droit à la légitime défense quand il considère comme « criminel » chaque Palestinien qui défend sa maison, sa terre et son droit à pratiquer sa religion?  Cette dernière crise, a souligné M. Mansour est la conséquence directe de l’occupation d’Israël, une puissance occupante qui ignore ses obligations, en vertu du droit international. 

L’incapacité de la communauté internationale de mettre un terme à « l’oppression » ne fait qu’aiguiser l’appétit d’Israël pour d’autres terres.  Les Palestiniens, a prévenu M. Mansour, n’abdiqueront pas devant cette « occupation misérable » et ils continueront de réclamer l’exercice de leur droit à l’autodétermination, à l’indépendance et à dignité, conformément au droit international.  Après avoir remercié cette communauté internationale d’avoir fait barrage aux tentatives d’Israël de légitimer la colonisation, M. Mansour a tout de même souligné que « la patience des Palestiniens a des limites ».  « Jusque quand voulez-vous que nous restions patients, jusqu’au prochain massacre? », s’est-il impatienté.  Votre responsabilité n’est pas seulement d’adopter des résolutions ici mais de protéger les Palestiniens là-bas.  M. Mansour a exigé une solution « radicale » et d’abord la levée du blocus de Gaza, promettant que « la Palestine a un passé, un présent et un futur, malgré tout et malgré tous ». 

Mme NOA FURMAN (Israël) a affirmé qu’il n’y a pas de conflit entre Israël et le peuple de Gaza, mais entre Israël et le Hamas, qui porte l’entière responsabilité de la dernière escalade.  Le Hamas a envoyé près de 400  roquettes par jour en moyenne sur Israël et tout pays se serait défendu comme mon pays l’a fait, a dit la déléguée, ajoutant que l’escalade n’a rien à voir avec le sort des familles de Cheik Jarrah.  « Il n’y a jamais d’excuse pour le terrorisme. »  Elle a accusé le Hamas de nourrir les tensions et de vouloir supplanter l’Autorité palestinienne.  Elle a précisé qu’Israël a neutralisé 200  terroristes et détruit près de 100  kilomètres de tunnels, en veillant à minimiser les pertes civiles.  « Nous sommes attristés par chaque victime civile. » 

Mme Furman a accusé le Hamas de commettre des crimes de guerre, en ajoutant que son pays respecte dûment le droit de la guerre.  Elle a jugé « inquiétante  » la réaction de ce Conseil, « qui a préféré ignorer les 400 tirs de roquettes susmentionnés ».  La déclaration du Conseil à la presse a ignoré le Hamas, a déploré la déléguée, avant de rappeler que l’Iran arme le Hamas.  Elle a invité la communauté internationale à appuyer le droit d’Israël à exister et à blâmer le Hamas, comme certains pays l’ont fait.  Ne pas blâmer le Hamas et procéder à une équivalence morale entre ce dernier et Israël ne fait qu’encourager l’extrémisme et l’antisémitisme.  Le fait que la déclaration du Conseil ne mentionne pas le Hamas encourage les groupes terroristes, a-t-elle insisté, en rappelant que ces tirs de roquettes sont une violation du droit international.  

La déléguée israélienne a ensuite accusé l’UNRWA d’avoir déformé les faits, ainsi que le rôle du Hamas, dans une série de tweets, en contradiction avec son mandat.  Blâmer les Juifs pour les morts causés par les groupes terroristes ne fait qu’encourager l’antisémitisme, a poursuivi la déléguée, en dénonçant les attaques récentes de Juifs dans le monde et la diabolisation d’Israël.  Elle a rappelé que son pays s’est retiré de Gaza en laissant des infrastructures qui auraient pu être utiles.  « Le Hamas s’est empressé de transformer Gaza en camp militaire », a-t-elle dit.  En conclusion, elle a estimé que le Hamas, en refusant le droit de son pays à exister, constitue un obstacle à la paix.  « Il est impossible de discuter avec une organisation terroriste qui veut votre destruction. » 

Mme LINDA THOMAS-GREENFIELD (États-Unis) a remercié le Gouvernement égyptien d’avoir travaillé avec son pays pour parvenir à ce cessez-le-feu, ainsi que les Gouvernements jordanien et qatari et d’autres partenaires.  « Une diplomatie silencieuse, intensive et opiniâtre au plus haut niveau a mis un terme temporaire à la violence - et les États-Unis sont déterminés à poursuivre cette diplomatie pour garantir le calme. »  C’est pourquoi, a expliqué Mme Thomas-Greenfield, le Président Biden a envoyé le Secrétaire d’État Blinken dans la région - pour s’appuyer sur ce cessez-le-feu et favoriser la stabilité et la sécurité. 

La représentante a commencé par reconnaître « l’énorme bilan humain de la violence ».  Les pertes sont souvent réduites à des chiffres, mais derrière chaque chiffre se trouve un être humain.  Et au-delà de ceux qui ont été tués, il y a ceux qui ont été blessés - à la fois physiquement et psychologiquement.  « Pour eux, nous devons trouver une solution.  Les pensées ne suffisent pas », a-t-elle martelé.  Les États-Unis se sont engagés à contribuer au processus de relèvement. En plus des annonces de mars et avril de 250 millions de dollars d’aide américaine aux Palestiniens, M. Blinken a annoncé une nouvelle aide de plus de 38 millions de dollars pour soutenir les efforts humanitaires en Cisjordanie et à Gaza, soit près de 33 millions de dollars à l’UNRWA à l’appui de ses opérations d’urgence en Cisjordanie et à Gaza, et 5,5 millions de dollars supplémentaires fournis par USAID. 

Nous travaillerons en étroite collaboration avec l’ONU, l’Autorité palestinienne et les autres partenaires et ne donnerons aucune assistance directe au Hamas, a assuré Mme Thomas-Greefield.  En outre, nous allons travailler avec le Congrès pour contribuer 75 millions de dollars supplémentaires d’aide au développement et à l’économie en Cisjordanie et à Gaza au cours de l’année prochaine.  « Notre aide ira loin, mais les besoins -en particulier à Gaza- sont immenses.  Et nous appelons le reste de ce Conseil, ainsi que la communauté internationale, à soutenir ces efforts et à offrir une aide humanitaire aux plus vulnérables. »  Une réponse humanitaire efficace nécessite l’ouverture continue des points de passage d’Erez et de Kerem Shalom, le traitement accéléré des convois humanitaires et la libre circulation des secours et des fournitures de secours à Gaza, a demandé la représentante américaine.  Tant les Palestiniens que les Israéliens méritent de vivre en sécurité et liberté, de jouir d’opportunités égales et d’être traités avec dignité, a-t-elle conclu.  

M. NICOLAS DE RIVIÈRE (France) a salué l’annonce de la cessation des hostilités intervenue le 21 mai 2021 et appelé à son plein respect.  La cessation des hostilités est le fruit d’efforts diplomatiques collectifs, a-t-il rappelé.  La France y a pris toute sa part en appelant à la cessation immédiate des hostilités, en se coordonnant étroitement avec ses partenaires jordanien et égyptien, américain et européens, et en étant au contact des autorités israéliennes et de l’Autorité palestinienne.  « Nous avons ainsi contribué aux pressions internationales qui ont permis d’aboutir à la fin des combats dans la nuit du 20 au 21 mai.  Nous avons aussi veillé à ce que le Conseil de sécurité participe à ces pressions, en prenant l’initiative d’un projet de résolution. »  La trêve doit désormais être pérennisée à travers des arrangements durables de cessez-le-feu, a poursuivi M. de Rivière.  « Nous serons très attentifs à ce qu’aucun nouveau tir de roquette n’intervienne contre le territoire israélien », a-t-il précisé.  La trêve doit permettre de répondre aux besoins humanitaires les plus urgents, notamment à Gaza.  La France appelle à un accès humanitaire sans entrave.  Elle se félicite des premiers pas réalisés en ce sens avec l’ouverture de points de passage à l’aide et au personnel humanitaires.  La France entend consacrer plusieurs millions d’euros –qui viendront s’ajouter à son aide annuelle– pour répondre aux besoins les plus pressants. 

À Gaza, au-delà de la réponse d’urgence, a anticipé le représentant, un programme de reconstruction plus large sera requis, notamment pour les infrastructures civiles critiques, ainsi que dans le domaine médical, y compris pour faire face à la COVID-19.  « Nous sommes prêts à prendre toute notre part à ces efforts, en lien avec les Nations Unies, et en veillant à ce que l’ensemble de l’aide bénéficie uniquement à ses destinataires », a-t-il assuré.  La trêve doit enfin s’accompagner d’un apaisement des tensions dans l’ensemble des Territoires palestiniens, y compris à Jérusalem-Est, et en Israël.  « Nous restons très préoccupés par les menaces d’éviction de familles palestiniennes à Jérusalem-Est, que nous appelons les autorités israéliennes à ne pas mettre en œuvre, et rappelons notre ferme opposition à la colonisation sous toutes ses formes.  Nous appelons aussi au plein respect du statu quo de 1967 sur les lieux saints. »  

« Ces 11 jours de graves violences nous rappellent que l’on ne peut pas évacuer le conflit israélo-palestinien.  Si nous faisons le choix de nous en accommoder ou de l’oublier, il se rappellera à nous par de nouveaux épisodes de violences », a déclaré M. de Rivière.  La France rappelle son soutien déterminé à une solution à deux États vivant en paix et en sécurité, à l’intérieur de frontières sûres et reconnues sur la base des lignes de 1967, ayant tous deux Jérusalem pour capitale.  Elle est déterminée à jouer pleinement son rôle pour préserver cette perspective, en lien avec tous ses partenaires internationaux.  Le Ministre de l’Europe et des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian poursuivra sa mobilisation dans le cadre du format d’Amman, avec ses homologues allemand, égyptien et jordanien, a annoncé le représentant.  

M. MARTIN KIMANI (Kenya) a exhorté les parties israélienne et palestinienne à accorder l’attention nécessaire au règlement du conflit, avant de saluer l’accord de cessez-le-feu du 21 mai.  Il a appuyé la solution des deux États et appelé à œuvrer pour que ce qui s’est passé ne se reproduise pas.  Le délégué a salué le lancement aujourd’hui de l’appel humanitaire et insisté sur le rôle clef de l’UNRWA. 

Ce Conseil doit revivifier ses efforts, en partenariat avec les États voisins, en vue de négociations directes et d’un règlement de toutes les questions du statut final, a martelé le délégué.  Il a affirmé que les groupes terroristes se sont emparés des récents évènements pour renouveler leur message de radicalisation.  « Aucune cause ne peut justifier le lancement par le Hamas de roquettes contre des cibles civiles en Israël. »  En conclusion, il a fermement condamné ces actes terroristes et souligné la nécessité de remédier à la radicalisation et à l’extrémisme. 

Presqu’une semaine après la conclusion d’un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, Mme MONA JUUL (Norvège) a condamné à nouveau toutes les attaques contre des civils qui ont eu lieu pendant les 11 jours de combats.  Il est désormais « impératif » que le cessez-le-feu soit pleinement mis en œuvre et respecté par toutes les parties et la priorité doit être la fourniture d’une aide humanitaire à la population civile de Gaza.  La représentante a plaidé pour un accès rapide, sûr et sans entrave des acteurs humanitaires à la bande de Gaza et a rappelé que son gouvernement a annoncé la semaine dernière, une augmentation de plus de 12 millions de dollars de sa contribution en 2021.  En tant que principale donatrice du Fonds central pour les interventions d’urgence des Nations Unies (CERF), la Norvège, a-t-elle précisé, contribuera également à la réponse humanitaire pour Gaza par le biais de sa dernière contribution de 4,5 millions de dollars. 

Il ne fait pas aucun doute, a poursuivi la représentante, que la dernière escalade ne s’est pas produite dans le vide.  Tant que l’occupation israélienne se poursuivra et qu’il n’y aura pas de processus politique pour trouver une solution, les conflits comme celui-ci surgiront régulièrement, a-t-elle pronostiqué.  La représentante a donc exhorté les parties, et la communauté internationale, à saisir cette occasion pour intensifier leurs efforts et relancer les négociations en vue de parvenir à la solution des deux États, reconnaissant le rôle important du Quatuor et des pays de la région. 

En tant que Présidente du Comité spécial de liaison pour la coordination de l’assistance internationale aux Palestiniens (AHLC), la Norvège, a dit la représentante, reste concentrée sur le programme de renforcement de l’État et sur les efforts des donateurs et partenaires pour renforcer l’économie palestinienne et améliorer la situation budgétaire de l’Autorité palestinienne.  Depuis 2014, cet agenda se concentre également sur la reconstruction de Gaza qui restera « partie intégrante de la Palestine ».  Pour la représentante, le AHLC reste le mécanisme le mieux adapté pour coordonner l’assistance à Gaza, compte tenu de sa vision holistique des besoins de développement et de gouvernance, avec l’Autorité palestinienne au centre. 

Nous allons, a annoncé la représentante, convoquer des réunions de travail au niveau des experts pour aligner les priorités et faire des recommandations dès que l’ONU et la Banque mondiale présenteront leur évaluation des dégâts et des besoins.  Le Comité verra si les structures et les mécanismes déjà financés et opérationnels, comme le mécanisme de reconstruction de Gaza, doivent être maintenus en l’état ou nécessitent des ajustements.  La Norvège, a conclu la représentant, a aussi l’intention de convoquer une réunion de l’AHLC au niveau ministériel, à la fin du mois de septembre ou au début du mois d’octobre, en collaboration avec l’Union européenne, les États-Unis et les partenaires régionaux et autres. 

M. DINH QUY DANG (Viet Nam) a salué les efforts de l’Égypte, du Qatar et d’autres pays de la région ainsi que des partenaires internationaux qui ont négocié le cessez-le-feu.  Appelant toutes les parties à adhérer à l’accord, le représentant leur a demandé de s’abstenir de toute action ou rhétorique qui pourrait déclencher un nouveau cycle de violence.  Encourageant les efforts de médiation, il a appelé à des mesures concrètes pour s’attaquer aux causes profondes du conflit.  Israël, a-t-il dit, doit arrêter ses démolitions et l’expulsion des Palestiniens.  Toute tentative de changer le caractère culturel et démographique du Territoire palestinien occupé est illégale.  La solution des deux États, y compris l’établissement de la Palestine en tant qu’État, avec Jérusalem-Est pour capitale, est « essentielle » pour résoudre le conflit, a insisté le représentant qui a plaidé, en conclusion, pour le financement de l’aide humanitaire, en particulier à Gaza. 

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a indiqué que Gaza a besoin d’une assistance humanitaire urgente, avant d’apporter son soutien à l’UNRWA et de souhaiter que celui-ci soit doté d’un financement pérenne.  Il a salué le cessez-le-feu, ajoutant que « le règlement du conflit ne peut être une nouvelle fois ajourné ».  Le délégué a demandé des efforts accrus en vue de la création des conditions propices pour le dialogue et la concrétisation de la solution des deux États.  Les préoccupations sécuritaires d’Israël doivent être prises en considération, a-t-il dit.  

M. Nebenzia a souligné l’unité de la communauté internationale dans la compréhension de la situation et dans le fondement de son règlement.  Le Conseil doit rester uni, a-t-il insisté.  Enfin, il a proposé que le Quatuor se réunisse au niveau ministériel en y conviant également les pays de la région, ainsi que les Israéliens et les Palestiniens. 

Mme DAME BARBARA WOODWARD (Royaume-Uni) a salué le cessez-le-feu et souligné la nécessité qu’il soit préservé.  La récente flambée de violence rappelle l’urgence de progresser dans la voie de la paix, a-t-elle dit, en demandant le respect du statu quo en ce qui concerne les Lieux saints.  Mme Woodward a rappelé l’illégalité au regard du droit international des activités de colonisation israéliennes.  Les heurts dans les Lieux saints et le sort des familles de Cheik Jarrah ne peuvent pas justifier les tirs aveugles du Hamas contre Israël, a déclaré la déléguée. 

Israël a un droit à la légitime défense mais doit tout faire pour éviter les pertes civiles, a poursuivi Mme Woodward.  Elle a demandé l’ouverture des points de passage vers Gaza aux fins d’acheminement de l’aide humanitaire et précisé que son pays vient d’apporter une contribution de 4,5 millions de dollars à l’UNRWA. La déléguée a exhorté les Palestiniens et les Israéliens à reprendre le dialogue sur les dossiers économiques et sur la réponse à la pandémie.  Un horizon politique de long terme est essentiel, a-t-elle conclu, en soulignant la nécessité de parvenir à la solution des deux États.  « C’est la seule solution qui permettra de mettre fin au cycle des violences. »

Mme GERALDINE BYRNE NASON (Irlande) a salué l’entrée en vigueur du cessez-le-feu et le fait que le Conseil de sécurité soit parvenu à adopter une déclaration à la presse après l’accord sur le cessez-le-feu.  Nous n’avons cependant aucune raison de nous féliciter, a-t-elle tempéré.  « L’incapacité du Conseil à prononcer un seul mot convenu alors que le conflit faisait rage pendant 11 jours marque un échec de notre diplomatie qui donne à réfléchir. »  La représentante a insisté sur l’importance de répondre aux besoins humanitaires à Gaza, exhortant les donateurs à renforcer leur appui à l’appel éclair interinstitutions qui a été lancé aujourd’hui.  Elle a également engagé Israël et la Palestine à enquêter sur les allégations de violations du droit international humanitaire pendant les hostilités. 

À l’instar du Secrétaire général, Mme Byrne Nason a appelé les dirigeants israéliens et palestiniens à instaurer un dialogue sérieux pour s’attaquer aux causes profondes du conflit.  Il est essentiel que les femmes participent à ce processus, a-t-elle ajouté.  Le Conseil, agissant de concert avec le Quatuor et les États arabes clefs, doit exhorter les parties à faire des efforts sérieux pour aboutir à des négociations crédibles.  L’établissement d’un véritable horizon politique pour une solution négociée à deux États est essentiel pour assurer un avenir pacifique dans lequel Palestiniens et Israéliens pourront jouir de l’égalité des droits et de l’égalité des chances, a-t-elle conclu. 

Alors qu’un calme précaire règne dans le Territoire palestinien occupé, M. TAREK LADEB (Tunisie) s’est dit préoccupé par les informations faisant état des provocations de la part des colons israéliens qui risquent de relancer le cycle de violence.  Le Conseil de sécurité doit assumer sa responsabilité et exercer des pressions sur la puissance occupante pour qu’elle respecte « enfin » ses obligations au titre du droit international et du droit international humanitaire et qu’elle mette fin à ses activités de colonisation qui ne font que saper les perspectives d’une paix juste et durable au Moyen-Orient.  Le représentant a réitéré son appel à la communauté internationale pour qu’elle assure la protection du peuple palestinien et pour qu’elle veille à la levée du blocus de Gaza.  Les acteurs régionaux et internationaux doivent apporter une assistance humanitaire et à la reconstruction au Territoire occupé, et en particulier à Gaza.  Il faut également répondre aux appels de l’UNRWA, a-t-il ajouté. 

Mais, a demandé le représentant, le moment n’est-il pas venu de mettre fin à cette occupation illégale, de créer un État palestinien et de faire respecter enfin le droit international?  Le moment n’est pas-il pas venu de faire de la Palestine un membre à part entière des Nations Unies?  Il y va de la responsabilité collective du Conseil de sécurité et de la communauté internationale et de l’obligation morale d’éviter une recrudescence de la violence, a martelé le représentant, en appelant le Quatuor et le Conseil de sécurité à créer les conditions propices à un retour à la table de négociation, « avec des paramètres clairs et un calendrier précis ». 

M. T. S. TIRUMURTI (Inde) a appelé toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue et éviter les actes de violence, de provocation et de destruction, et à s’abstenir de tenter de changer unilatéralement le statu quo existant, y compris à Jérusalem-Est et dans ses environs.  Le représentant de l’Inde a jugé urgent l’acheminement immédiat de l’aide humanitaire à la population civile palestinienne, en particulier à Gaza, et la garantie d’un flux régulier de l’aide humanitaire vers Gaza par des canaux vérifiés.  « L’Inde continue de fournir une aide au développement et une aide humanitaire à l’Autorité palestinienne à la fois bilatéralement et par le biais de contributions aux mécanismes dirigés par l’ONU », a précisé le représentant avant d’ajouter que l’Inde a toujours soutenu l’UNRWA auquel elle a promis 10 millions de dollars au cours des deux prochaines années.  Il a estimé que l’Autorité palestinienne doit continuer d’être le pivot de cette assistance afin d’assurer le bien-être et les intérêts de tous les Palestiniens. 

Par ailleurs, le représentant indien a dit la nécessité de reprendre le dialogue entre Israël et la Palestine pour une solution des deux États.  « L’absence de négociations directes et significatives entre les deux parties n’a fait qu’aggraver le déficit de confiance, ce qui, à son tour, augmente les chances d’une escalade similaire à l’avenir », s’est-il inquiété avant de juger important que la communauté internationale et le Quatuor pour le Moyen-Orient en particulier déploient tous leurs efforts pour reprendre ces négociations directes. 

M. JUAN RAMÓN DE LA FUENTE RAMIREZ (Mexique) s’est félicité de l’annonce du cessez-le-feu et de son entrée en vigueur.  Il a déploré la gravité du bilan après 11 jours de conflit, s’inquiétant en outre du fait que les affrontements à Jérusalem n’ont pas encore cessé.  Tant que les causes historiques du conflit n’auront pas été prises en compte, nous continuerons de regretter des épisodes d’affrontement qui seront suivis de trêves temporaires, a-t-il prédit, avant d’appeler à la stricte mise en œuvre de la solution des deux États. 

Le représentant a ensuite exhorté les autorités palestiniennes à établir une nouvelle date pour la tenue des élections.  Il a également appelé le Hamas et les autres organisations de Gaza à s’abstenir de tirer des roquettes sur Israël. Israël, a-t-il poursuivi, doit mettre en place les conditions nécessaires pour appuyer le développement économique de la Palestine, lever le blocus de Gaza et mettre un frein aux efforts de colonisation.  Le statut spécial de Jérusalem doit être préservé et les dirigeants des parties doivent s’abstenir de toute rhétorique incendiaire.  Á ses yeux, un État de Palestine indépendant et économiquement viable contribuera à la sécurité d’Israël. 

M. SVEN JÜRGENSON (Estonie) a condamné les tirs indiscriminés de roquettes par le Hamas, avant de souligner la nécessité pour les parties de se conformer au droit international humanitaire.  Il a jugé vital que les parties respectent le cessez-le-feu, ce cessez-le-feu celui-ci permettant de se consacrer aux besoins humanitaires.  Le délégué a appuyé l’appel du Secrétaire général pour un soutien robuste au relèvement de Gaza et indiqué que son pays prévoit d’apporter des ressources financières supplémentaires à l’UNRWA.  Il a prôné l’apaisement de la situation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, tous les actes de provocation devant cesser.  « Le statu quo concernant les lieux saints doit être respecté. »

Le représentant a appelé Israël à mettre un terme à la poursuite de ses activités de colonisation et souligné l’importance de la solution des deux États.  Enfin, il a exhorté la communauté internationale, y compris le Quatuor, à créer les conditions propices à la reprise de négociations directes en vue de parvenir à ladite solution. 

M. ABDOU ABARRY (Niger) a appelé la communauté internationale, le Quatuor, les membres du Conseil ainsi que les acteurs régionaux ayant une influence sur les parties à continuer d’exercer la pression nécessaire en vue de parvenir à la relance du processus de paix interrompu depuis plusieurs années.  « La réalisation de la solution des deux États, l’unique solution à ce conflit, ne doit désormais souffrir d’aucune paralysie, elle doit s’inscrire comme une priorité afin de permettre à ces deux peuples si longtemps exposés aux affres de la violence et de l’incompréhension de coexister pacifiquement » a-t-il déclaré . Mais pour réussir, il faut résoudre le nœud du problème, c’est-à-dire mettre un terme à la politique de colonisation des territoires palestiniens par Israël.  

Citant les chiffres publiés par le Bureau de la coordination humanitaire (OCHA), le représentant a noté que les violences ont entrainé la mort d’au moins 242 palestiniens, dont 230 tués par les frappes israéliennes, et d’environ 12 israéliens victimes des tirs de roquettes palestiniennes.  Face aux nombreux défis humanitaires accentués par la pandémie, le Niger appelle à une grande générosité internationale à l’endroit de la population de Gaza tant éprouvée.  Après avoir salué l’acheminement des convois humanitaires vers Gaza, notamment à partir de l’Égypte et les aides financières déjà annoncées par certains pays, le représentant a jugé urgent qu’Israël, puissance occupante, prenne les mesures effectives que lui impose le droit international humanitaire pour veiller au bien-être et à la survie de la population sous son contrôle. 

M. INGA RHONDA KING, Saint-Vincent-et-les Grenadines, a jugé « impératif » que la communauté internationale parle d’une seule voix pour obtenir des parties qu’elles fassent preuve de la plus grande retenue possible et préservent le calme.  Elle s’est félicitée de la dernière déclaration à la presse du Conseil sur le cessez-le-feu, laquelle reflète sa détermination à alléger les souffrances à Gaza, malgré les obstacles politiques qui ont entravé sa faculté d’agir pour prévenir la crise.  Mme King a aussi jugé « intolérable » que, malgré le cessez-le-feu à Gaza, les forces d’occupation israélienne et les colons extrémistes aient pris d’assaut la mosquée Al-Aqsa, faisant des dizaines de blessés parmi les fidèles.  Le statu quo sur les Lieux saints doit être préservé et tous les points de passage vers Gaza, rouverts, pour faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire.  Estimant que la solution des deux États demeure le seul moyen de parvenir à la paix, la représentante a exhorté la communauté internationale à faire en sorte que les deux parties retournent à la table des négociations. 

M. JUN ZHANG (Chine) a espéré que le signal envoyé par le Conseil de sécurité dans sa déclaration à la presse contribuera à relancer le processus de paix.  Il a appelé les parties à respecter le cessez-le-feu, s’inquiétant des nouvelles confrontations qui ont eu lieu aux alentours de la mosquée Al-Aqsa.  Les parties concernées doivent faire preuve de retenue, a-t-il dit.  Le représentant a aussi exhorté Israël à mettre fin à la violence et aux provocations envers la communauté musulmane, à respecter le statut de Jérusalem et cesser ses activités de peuplement. 

M. Zhang s’est inquiété de la situation humanitaire qui prévaut à Gaza et a appelé la communauté internationale à apporter une assistance humanitaire aux Palestiniens notamment par l’intermédiaire de l’UNRWA.  Après avoir engagé Israël à lever le blocus imposé à Gaza, il a annoncé que la Chine va faire une donation d’un million de dollars à l’UNRWA et prévoit d’envoyer des doses de vaccins contre la COVID-19.  La dernière flambée de violence souligne qu’on ne peut ignorer la question de la Palestine, ni laisser dérailler le processus de paix au Moyen-Orient, a poursuivi le représentant.  Il a exhorté les parties à rétablir le dialogue aussi vite que possible pour trouver le moyen de vivre ensemble dans la paix.  Il a également engagé le Conseil de sécurité à prendre des mesures solides pour participer au règlement du conflit israélo-palestinien, pour ensuite réitérer l’appui de la Chine à la solution des deux États.

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