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CS/14588
28 Juillet 2021
8826e séance – matin

Le Conseil de sécurité face a l’impact des 11 jours de violences du mois de mai dans le Territoire palestinien occupé

Le Conseil de sécurité a entendu, ce matin, de nombreux appels à l’action urgente au niveau économique, humanitaire et politique dans le Territoire palestinien occupé qui subit les conséquences de l’escalade de 11 jours de violence du mois de mai 2021.  Outre le défi de la reconstruction, une grande majorité de délégations a appelé à saisir l’opportunité qui s’offre pour ouvrir une nouvelle page sur le dossier israélo-palestinien, à condition que les parties s’abstiennent de toute mesure unilatérale, que l’on puisse consolider la cessation des hostilités à Gaza et améliorer la gouvernance palestinienne. 

Illustrant l’impact du conflit du mois de mai, Mme Lynn Hastings, Coordonnatrice spéciale adjointe pour le processus de paix au Moyen-Orient et Coordonnatrice des Nations Unies pour les activités humanitaires dans le Territoire palestinien occupé, a indiqué que les dommages à Gaza sont estimés à entre  290 et 380  millions de dollars, et les pertes économiques à près de 200 millions de dollars, tandis que les besoins de relèvement et de reconstruction à court terme se situeraient entre  345 et 485  millions de dollars.  S’agissant des besoins humanitaires, elle a précisé que seuls 45  millions des 95  millions de dollars sollicités par l’appel éclair humanitaire de l’ONU du mois de mai ont été obtenus. 

Face à ce constat, elle a jugé que le Mécanisme trilatéral de reconstruction de Gaza, qui regroupe le Gouvernement israélien, l’Autorité palestinienne et les Nations Unies - établi en 2014 et géré par le Bureau des Nations Unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS) reste le mieux placé pour permettre l’entrée et la livraison d’un large éventail d’importations essentielles en provenance d’Israël. 

La Coordonnatrice spéciale adjointe s’est aussi inquiétée de la situation budgétaire de l’Autorité palestinienne, et a souligné qu’une coopération renforcée entre Israël et l’Autorité palestinienne est cruciale pour relever les défis financiers en suspens sur des dossiers budgétaires et économiques clefs.  À son instar, de nombreuses délégations ont par ailleurs appelé l’Autorité palestinienne à diligenter une enquête sur la mort, le 24 juin, du militant politique Nizar Banat. 

Tout en se disant préoccupée par le niveau record atteint cette année en matière de démolitions et de confiscations de structures palestiniennes –113 structures détruites dans la zone C de la Cisjordanie occupée et 16 à Jérusalem-Est, déplaçant 177 Palestiniens et affectant 1 934 autres- la France s’est voulu confiante en notant que les derniers échanges entre Israéliens et Palestiniens montrent une volonté de reprendre le dialogue de part et d’autre.  La délégation a appelé à matérialiser cette volonté par des « petits pas » réciproques visant à rétablir la confiance et a jugé vital que les parties s’abstiennent de toute mesure unilatérale pour permettre ce nouveau départ et éviter un nouvel embrasement. 

À ce sujet, la Norvège a relevé que la tenue, au début du mois, d’une réunion du Comité spécial de liaison pour la coordination de l’assistance internationale aux Palestiniens avait été suivie, pour la première fois depuis plusieurs années, d’un contact direct entre le Gouvernement israélien et le Président Abbas. 

Sur le même ton, la Fédération de Russie a appelé la communauté internationale à « ne pas s’assoupir au milieu du cessez-le-feu en cours », pour relancer au plus vite les négociations directes palestino-israéliennes sur toutes les questions relatives au statut final.  À cette fin, il a plaidé pour une consolidation des efforts internationaux, notamment par le biais du Quatuor pour le Moyen-Orient, avant de saluer le rôle joué par l’Égypte dans la médiation actuelle des problèmes intrapalestiniens 

Après avoir souligné l’attachement de son pays à la solution des deux États et son rejet des initiatives visant à stigmatiser Israël dans les forums des Nations Unies, les États-Unis ont exhorté les deux parties à faire preuve de retenue et à s’abstenir de tout acte de provocation - dont les démolitions de maisons, les expulsions, et toutes formes d’incitation à la violence. 

Militant pour une Jérusalem « équitable et durable », la Directrice exécutive de l’organisation Ir Amim a dénoncé que les droits et libertés dont elle bénéficie en tant que citoyenne israélienne ne sont pas accordés aux 350 000 habitants palestiniens qui représentent 40% de la population de Jérusalem.  Mme  Yudith Oppenheimer a fustigé les politiques de discrimination des autorités israéliennes –dont la confiscation de terres et la construction de colonies, le déni de citoyenneté et de droits politiques– visant à affaiblir la présence palestinienne et déstabiliser les conditions d’un règlement basé sur une solution des deux États. 

Réagissant à ces propos, le représentant d’Israël a estimé que demander à une « militante d’extrême gauche » de faire un exposé devant le Conseil sur la situation à Jérusalem est « aussi absurde que de demander à un représentant des Gilets jaunes de commenter les décisions politiques du Gouvernement français », notant que la population arabe de Jérusalem a augmenté de plus 400% depuis 1967 et que 100 000 musulmans ont pu prier en paix à Al-Aqsa pendant le Ramadan alors que les fidèles juifs ne peuvent pas en faire autant. 

Le délégué israélien a assuré que son gouvernement s’emploie à dépasser un « passé de fondamentalisme et de haine » pour se projeter dans un avenir d’espoir.  Or, a-t-il déploré, le Hamas et l’Iran s’opposent à cet avenir meilleur et font tout pour que le Moyen-Orient reste coincé dans les conflits et la « diabolisation d’Israël ». 

Face à ceux qui veulent faire croire que la paix est possible en marginalisant le peuple palestinien et en maintenant l’occupation de Jérusalem, l’Observateur permanent de la Palestine a exhorté, pour sa part, à maintenir un sentiment d’urgence pour aller de l’avant, prévenant que « la seule alternative à la paix est l’apartheid des deux côtés de la ligne verte ».

« La bataille pour la paix sera gagnée ou perdue sur le terrain en mettant fin à l’annexion et à l’occupation galopantes et en défendant les droits des palestiniens », a martelé l’Observateur permanent qui, parmi les raisons d’espérer, a notamment cité: une administration américaine qui adhère au consensus international; une communauté internationale qui partage la clarté sur l’objectif des deux États; et la multiplication d’acteurs, d’États, d’entreprises, de fonds et d’organisations faisant la distinction entre le territoire de la Puissance occupante et le Territoire occupé. 

LA SITUATION AU MOYEN-ORIENT, Y COMPRIS LA QUESTION PALESTINIENNE

Déclarations

Mme LYNN HASTINGS, Coordonnatrice spéciale adjointe pour le processus de paix au Moyen-Orient et Coordonnatrice des Nations Unies pour les activités humanitaires dans le Territoire palestinien occupé, a attiré l’attention sur l’impact économique des 11 jours de conflits du mois de mai qui ont exacerbé la crise humanitaire et affaibli gravement l’économie de Gaza.  Elle a indiqué que selon une « Évaluation rapide des dommages et des besoins », publiée le 6 juillet par l’ONU, la Banque mondiale et l’Union européenne, les dommages à Gaza sont estimés à entre  290 et 380  millions de dollars, et les pertes économiques à près de 200 millions de dollars.  Les besoins de relèvement et de reconstruction à court terme se situeraient entre  345 et 485  millions de dollars, a-t-elle ajouté, avant de préciser que 45  millions des 95  millions de dollars sollicités par l’appel éclair humanitaire de l’ONU du mois de mai ont été obtenus. 

Mme Hastings a indiqué que les livraisons de carburant ont repris le 28  juin via le point de passage de Kerem Shalom et que l’électricité est désormais disponible 14  heures par jour à Gaza.  En outre, les autorités israéliennes ont étendu la zone de pêche de Gaza de 6 à 12  milles marins et levé des restrictions à l’importation et à l’exportation de certaines marchandises.  Cependant, le 25  juillet, la zone de pêche a de nouveau été restreinte à six milles marins, suite au lancement de ballons incendiaires depuis la bande. 

Face à ce constat, Mme Hastings a jugé essentiel qu’Israël mette en œuvre des mesures supplémentaires pour permettre l’entrée sans entrave de l’aide humanitaire.  Elle a prévenu que la capacité de l’ONU et de ses partenaires à effectuer des interventions critiques est menacée, tout comme la fourniture de services de base, les moyens de subsistance des populations et l’économie de Gaza au sens large.  Dans ce contexte, elle a estimé que le Mécanisme pour la reconstruction de Gaza, qui regroupe le Gouvernement israélien, l’Autorité palestinienne et les Nations Unies, reste le mieux placé pour permettre l’entrée et la livraison responsable d’un large éventail d’importations essentielles en provenance d’Israël.  

En outre, elle a appelé Israël à assouplir les restrictions sur la circulation des biens et des personnes à destination et en provenance de Gaza.  « Le Hamas et d’autres groupes armés doivent arrêter le lancement d’engins incendiaires, de roquettes et de mortiers et cesser le recrutement de militants », a insisté Mme Hastings.  Elle a par ailleurs prévenu que tout avenir durable à Gaza nécessite des solutions politiques et a souligné la nécessité du retour d’un gouvernement palestinien légitime dans la bande de Gaza. 

Poursuivant, la Coordonnatrice spéciale adjointe s’est inquiétée de la situation budgétaire de l’Autorité palestinienne, citant un déficit budgétaire escompté de plus d’un milliard de dollars pour l’année budgétaire en cours, alors que les autorités israéliennes ont gelé, le 11  juillet, 600  millions de shekels provenant des recettes de dédouanement qu’Israël collecte au nom de l’Autorité palestinienne.  Une coopération renforcée entre Israël et l’Autorité palestinienne est cruciale pour relever les défis financiers en suspens sur des dossiers budgétaires et économiques clefs, a-t-elle estimé. 

Mme Hastings a ensuite fait le point sur la violence qui s’est poursuivie dans tout le Territoire palestinien occupé lors de la période considérée.  Elle a notamment indiqué que les Forces de défense israéliennes (FDI) ont tiré 18 missiles contre ce qu’elles ont qualifié de cibles du Hamas dans la bande de Gaza, en représailles du lancement de 13  ballons incendiaires vers Israël.  « En Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est, des affrontements, des attaques, des opérations de recherche et d’arrestation et d’autres incidents ont fait quatre morts parmi les Palestiniens, dont un enfant, et blessé 638  Palestiniens, dont 46 enfants et 7  femmes », a dit Mme Hastings en précisant que cinq membres du personnel de sécurité israéliens ont été blessés lors de ces événements. 

Elle a aussi indiqué que le 18 juillet, des affrontements ont éclaté entre Palestiniens et les FDI dans et aux alentours des lieux saints, avant l’arrivée de centaines de visiteurs juifs observant la commémoration de Tisha Beav.  Pendant ce temps, des colons et d’autres civils israéliens en Cisjordanie occupée ont perpétré quelque 36 attaques contre des Palestiniens, faisant 13  blessés, et les Palestiniens ont perpétré 47  attaques contre des colons israéliens et d’autres civils, faisant huit blessés.  Le 26 juin, des colons ont attaqué des Palestiniens dans le village de Mgheïr, près de Ramallah.  Les forces israéliennes sont intervenues, blessant 18  Palestiniens. 

La Coordonnatrice spéciale adjointe a également indiqué que la mort, le 24 juin, du militant politique Nizar Banat a été suivie de manifestations, certaines ayant été réprimées violemment, notamment le 26  juin et le 5  juillet à Ramallah.  Elle a appelé l’Autorité palestinienne à veiller à ce que la mort de Nizar Banat et toutes les allégations de recours à une force disproportionnée contre des manifestants par les forces de sécurité palestiniennes fassent l’objet d’une enquête approfondie, transparente et indépendante et que les responsables soient tenus de rendre des comptes. 

Passant aux activités de peuplement, Mme Hastings a indiqué que le 2  juillet, une cinquantaine de familles de colons israéliens ont quitté l’avant-poste illégal d’Evyatar.  Selon l’accord conclu avec le Gouvernement israélien, a-t-elle expliqué, l’administration civile israélienne procédera à un relevé du cadastre pour déterminer le statut des terres.  Les zones qui n’appartiennent pas à des Palestiniens seront déclarées « terre de l’État » et mises à disposition pour la construction d’une école religieuse et d’une résidence pour le personnel.  Toutes les structures existantes trouvées en dehors des « terres de l’État » seront démolies. 

En outre, Mme Hastings a indiqué que les autorités israéliennes ont démoli ou saisi 113  structures appartenant à des Palestiniens dans la zone  C de la Cisjordanie occupée et 16 à Jérusalem-Est, déplaçant 177  Palestiniens et affectant 1 934 autres.  « Les démolitions ont été effectuées en raison du manque de permis de construire délivrés par les Israéliens, qui sont presque impossibles à obtenir pour les Palestiniens », a-t-elle précisé avant de citer aussi la démolition de 31  structures dans la communauté bédouine de Homsa el-Bqaiaa.  Au cours de la période considérée, les forces israéliennes ont aussi confisqué au moins 49 structures dans la communauté d’éleveurs de Ras al-Tin, entraînant le déplacement de 84  Palestiniens.  Face à ce constat, elle a exhorté Israël à cesser la démolition et la saisie de biens palestiniens dans toute la Cisjordanie occupée, y compris Jérusalem-Est, conformément à ses obligations en vertu du droit international humanitaire. 

En ce qui concerne la région dans son ensemble, Mme Hastings a indiqué que dans le Golan occupé, le cessez-le-feu entre Israël et la Syrie a été généralement maintenu malgré les violations continues de l’Accord sur le dégagement de 1974 par les parties.  Au Liban, l’ONU réitère la nécessité d’une enquête impartiale et transparente sur l’explosion du port de Beyrouth le 4  août 2020, et attend avec impatience la formation rapide d’un nouveau gouvernement capable de faire face aux crises du pays, suite de la nomination de M. Najib Miqati au poste de Premier Ministre désigné le 26  juillet.  Mme Hastings s’est par ailleurs inquiétée de la crise de trésorerie de l’UNRWA et d’un déficit prévu de 100  millions de dollars.  Elle a exhorté tous les donateurs, y compris ceux de la région arabe, à maintenir les niveaux de financement des années passées afin d’éviter une interruption des services essentiels et de l’aide humanitaire. 

Enfin, Mme Hastings a fait savoir que suite aux violences explosives du mois de mai, quelque 200  organisations féminines et militantes israéliennes et palestiniennes ont publié une déclaration commune appelant à une action immédiate, basée sur les principes de la résolution  1325 du Conseil de sécurité, pour trouver une issue au conflit.  Elle a expliqué que cette déclaration souligne l’importance particulière de protéger les femmes contre toutes les formes de violence et d’assurer leur représentation aux postes de décision, et appelle à des efforts plus larges vers une solution négociée et à long terme, « et pas seulement un calme temporaire ». 

Mme  YUDITH OPPENHEIMER, Directrice exécutive de l’organisation IrAmim, a dit avoir grandi à Jérusalem et y avoir élevé ses enfants.  Elle a expliqué que son éducation juive orthodoxe a approfondi sa compréhension du rôle profond que jouent la religion et la tradition dans le processus d’attachement à la ville.  « Jérusalem est dans tous les sens du terme ma maison, mais aussi la maison des nombreux Palestiniens qui vivent aux côtés d’Israéliens comme moi », a-t-elle confié, estimant que c’est précisément cette diversité qui rend Jérusalem « si extraordinaire », mais aussi ce qui la transforme en une « arène de conflit aigu ».  Elle a dit avoir rejoint pour cette raison Ir Amim, une organisation israélienne qui envisage une Jérusalem équitable et durable.  « Ir Amim » signifie « ville des peuples », a-t-elle indiqué, avant de constater que les droits et libertés dont elle bénéficie en tant que citoyenne israélienne ne sont pas accordés aux 350 000 habitants palestiniens de Jérusalem, qui représentent aujourd’hui près de 40% de sa population. 

Depuis l'occupation de 1967 et l'annexion unilatérale de Jérusalem-Est, les autorités israéliennes ont utilisé un système de politiques discriminatoires pour affaiblir l'emprise palestinienne sur la ville, a souligné Mme Oppenheimer.  Ces politiques, a-t-elle précisé, ont inclus la confiscation de terres et la construction de colonies, le déni de citoyenneté et de droits politiques, les révocations de résidence permanente, la fourniture insuffisante de services et de sévères restrictions sur la planification et la construction à Jérusalem-Est.  À ses yeux, cela viole non seulement les droits individuels et collectifs des Palestiniens à Jérusalem, mais contrevient également aux résolutions du Conseil de sécurité, y compris la résolution 2334 (2016), et déstabilise les conditions d'un règlement basé sur une solution à deux États, avec deux capitales à Jérusalem. 

Pour Mme Oppenheimer, la récente escalade des tensions dans la région a encore souligné le rôle central de Jérusalem dans le conflit. En effet, le principal déclencheur des affrontements a été la pression continue visant à saper les droits des Palestiniens à Jérusalem, comme en attestent l'érosion du statu quo sur le Mont du Temple/Haram al-Charif, la fermeture arbitraire de la place de la Porte de Damas pendant le Ramadan, les expulsions de familles palestiniennes et les destructions de maisons. Ces dernières années, ces mesures ont considérablement augmenté, entraînant des déplacements d’une ampleur sans précédent, a-t-elle alerté, indiquant que quatre communautés palestiniennes de Jérusalem-Est, à Cheikh Jarrah, Batan el-Haoua, Al Bustan et Al Walajeh, comptant environ 3 000 Palestiniens, sont simultanément sous la menace imminente d'une expulsion massive. Beaucoup de ces familles ayant épuisé leurs recours juridiques, cette situation pourrait conduire à une vague dévastatrice d'expulsions et de démolitions dans les mois à venir, a encore averti la Directrice exécutive d’Ir Amim. 

Au-delà des implications géopolitiques, a poursuivi Mme Oppenheimer, ces mesures violent gravement les droits des Palestiniens au logement et à la vie familiale et communautaire en tant que groupe minoritaire protégé par le droit international. Si le Gouvernement israélien présente ses actions comme légitimes dans le cadre de ses institutions démocratiques et légales, ces mêmes institutions sont largement inaccessibles aux Palestiniens de Jérusalem-Est qui sont dépourvus de droits politiques et du pouvoir de participer aux processus législatifs et politiques qui régissent leur vie, a-t-elle fait valoir. 

Après avoir détaillé l’ampleur des expulsions et démolitions auxquelles sont confrontés les Palestiniens de Jérusalem, Mme Oppenheimer a rappelé que le Ministre israélien des affaires étrangères, M. Yair Lapid, a récemment déclaré que tout doit être fait pour qu’aucune mesure ne soit prise qui empêche la possibilité d'une paix à l'avenir, ce qui passe par l’amélioration de la vie des Palestiniens. En écho à ces propos, elle a souhaité que le Gouvernement israélien soit exhorté à cesser immédiatement toutes les démolitions et expulsions de familles palestiniennes; à faire progresser une planification urbaine appropriée et des politiques de logement équitables à Jérusalem-Est; à assurer la prestation de services justes et adéquats pour tous les résidents de la ville; à sauvegarder les droits des deux peuples à leurs maisons et à la ville; et enfin à s'engager avec l’Autorité palestinienne, soutenue par la communauté internationale, pour favoriser les conditions d'un règlement durable du conflit israélo-palestinien, conformément à la résolution 2334.  Ces éléments, a-t-elle conclu, doivent constituer une base de négociation vers une solution viable, étant entendu que les deux peuples continueront à vivre côte à côte à Jérusalem. 

À ceux qui invitent les Palestiniens à faire fi du passé et à se concentrer sur l’avenir, M. RIYAD H. MANSOUR (État Observateur de Palestine), a déclaré que les dépossessions, les déplacements, les dénis de droits ne pouvaient être acceptés comme une perpétuelle réalité.  Le représentant a dit qu’il ne pouvait accepter une situation qui voit des enfants tués dans leurs maisons, dans leurs écoles, dans les rues, être arrêtés dès l'âge de 5 ou 6 ans, ou craindre d’être expulsés de chez eux dès le jour de leur naissance.  « À Jérusalem, à Gaza, dans tous les coins de notre pays, c’est la réalité à laquelle parents et enfants sont confrontés », a-t-il décrié avant de juger indispensable d’aborder l’avenir en examinant les moyens de changer cette triste réalité des enfants palestiniens.  

« La bataille pour la paix sera gagnée ou perdue sur le terrain en mettant fin à l’annexion et à l’occupation galopantes et en défendant les droits des palestiniens », a-t-il martelé avant d’exhorter les parties à traduire en pratique leur attachement à la paix.  Il a souligné que l’occupation et la paix s’excluent mutuellement et que mettre fin à l’occupation est le seul moyen de faire avancer la paix.  L’alternative à la paix, a-t-il ensuite prévenu, est l’apartheid des deux côtés de la ligne verte. 

Face à la poursuite de l’annexion et aux tentatives de faire croire que la paix est possible en ignorant ou en marginalisant le peuple palestinien et que Jérusalem puisse rester occupée pour toujours, l’Observateur de la Palestine a exhorté à maintenir un sentiment d’urgence et générer une dynamique pour aller de l’avant.  Parmi les raisons d’espérer, M. Mansour a notamment cité la résilience du peuple palestinien; une administration américaine qui adhère au consensus international; une communauté internationale qui partage la clarté sur l’objectif des deux États; et la multiplication d’acteurs, d’États, d’entreprises, de fonds et d’organisations faisant la distinction entre le territoire de la Puissance occupante et le Territoire occupé. 

Il a regretté que le Conseil a montré ses limites en temps d’agression et de guerre, avant d’appuyer la proposition russe de convoquer le Quatuor au niveau ministériel.  Répondant à ceux qui ont dit que la nouvelle génération palestinienne était désespérée et qu’elle pouvait coexister avec l’occupation tant que ses besoins étaient pourvus, M. Mansour a déclaré que cette génération fait preuve de courage et qu’elle a déjà vaincu l’occupation en surmontant la peur et le désespoir.  « Cette génération mérite votre soutien même lorsqu’elle ne s’y attend peut-être plus après des années de déception », a-t-il dit avant de souligner le symbole fort que représentante la participation d’une équipe de la Palestine aux Jeux Olympiques.  Il a ensuite prévenu que le droit à l’autodétermination est un droit auquel le peuple palestinien ne renoncera pas. 

M. GILAD MENASHE ERDAN (Israël) a commencé par rappeler qu’il y a deux semaines, les Émirats arabes unis ont ouvert une ambassade à Jérusalem.  De plus, a-t-il dit, nous allons bientôt célébrer le premier anniversaire des Accords d’Abraham, qui ont conduit à la normalisation des relations entre Israël et quatre États arabes.  Les temps sont en train de changer, et ce, « même sans l’implication du Conseil de sécurité » et « peut-être parce que le Conseil de sécurité n’est pas impliqué », a observé le représentant, assurant que son pays s’emploie à dépasser un « passé de fondamentalisme et de haine » pour se projeter dans un avenir d’espoir.  Or, le Hamas et l’Iran s’opposent à cet avenir meilleur et font tout pour que le Moyen-Orient reste coincé dans les conflits et la « diabolisation d’Israël », a-t-il constaté.  Selon lui, les milliers de roquettes lancées en mai dernier par le Hamas contre des civils israéliens étaient une réaction à l’annonce de l’annulation des élections par l’Autorité palestinienne.  Le Hamas a trouvé cette « excuse » pour agresser Israël et renforcer sa popularité aux dépens de l’Autorité palestinienne, a-t-il accusé, avant de demander aux membres du Conseil s’ils accepteraient de tels agissements de la part d’une organisation terroriste. 

Dans ce contexte, a poursuivi le délégué, le Conseil de sécurité fait comme si la seule question en jeu concernait les « fausses prétentions palestiniennes » au sujet de Jérusalem.  Si ce n’était pas le cas, pourquoi entendrait-t-il une « militante d’extrême gauche » qui oublie que la population arabe de Jérusalem a augmenté de plus 400% depuis 1967 et que 100 000 musulmans ont pu prier en paix à Al-Aqsa pendant le Ramadan alors que les fidèles juifs ne peuvent pas en faire autant, s’est-il interrogé.  À ses yeux, demander à cette militante de faire un exposé devant le Conseil est « aussi absurde que de demander à un représentant des Gilets jaunes de commenter les décisions politiques du Gouvernement français ». 

De fait, M. Erdan a estimé que les débats d’aujourd’hui pourraient conduire à renforcer l’influence du Hamas à Jérusalem et dans les milieux palestiniens.  S’adressant à l’Observateur de l’État de Palestine, il lui a fait remarquer que son gouvernement « reste bloqué dans le passé ».  Plutôt que de résoudre les problèmes, l’Autorité palestinienne consacre ses efforts à attaquer Israël et à inciter au terrorisme, a-t-il martelé, dénonçant au passage la création par le Conseil des droits de l’homme d’une commission d’enquête internationale sur les violations commises lors des récents affrontements entre son pays et le Hamas. Cette « histoire de commission d’enquête » est non seulement un « gaspillage » mais aussi un « travestissement de la justice ».  Alors que les forces du « régime » s’en prennent brutalement à des manifestants et à des journalistes, l’Autorité palestinienne continue d’accuser Israël, a observé le représentant, regrettant que cette approche ait conduit cette dernière à refuser le transfert de plus d’un million de doses de vaccin contre la COVID-19.  Préférant « la haine plutôt que le bien-être de sa population », l’Autorité palestinienne a prétexté que ces doses allaient expirer, ce qui est faux, a-t-il martelé. 

Le délégué a ensuite demandé au Conseil si une ONG israélienne pourrait venir dénoncer les agissements des dirigeants palestiniens.  Selon lui, le fait d’adopter le point de vue d’extrémistes et de donner une tribune à ceux qui veulent que la région reste bloquée dans le passé est une « erreur ».  Évoquant la crise hydrique qui sévit au Liban et en Iran, il a assuré qu’Israël serait heureux de faire bénéficier ces pays de son expertise en la matière, comme il l’a fait pour d’autres, notamment pour la Jordanie.  Ouvrir des perspectives de coopération présente de grands avantages pour la région, mais certains pays ne s’intéressent pas à la construction d’un avenir meilleur, a-t-il noté, non sans accuser l’Iran de chercher à se doter de l’arme nucléaire.  Il a rappelé à cet égard que l’AIEA a récemment annoncé que ce pays entend produire de l’uranium métal enrichi jusqu’à 20%.  De surcroît, a-t-il ajouté, l’Iran s’emploie à déstabiliser des pays comme le Yémen et le Liban, mène des attaques aux drones contre la Jordanie et a essayé il y a quelques jours d’enlever une journaliste irano-américaine aux États-Unis.  Que fera-t-il une fois qu’il aura accès à l’arme nucléaire, a interrogé le représentant, s’étonnant que cette question ne figure pas dans les discussions d’aujourd’hui.  L’Iran essaie de kidnapper ses opposants et, avec le Hezbollah, c’est tout le Liban qu’il kidnappe, au mépris des résolutions du Conseil, a-t-il asséné, accusant Téhéran d’aider cette organisation à obtenir des systèmes de guidage précis et d’autres armes avancées.  Dans ces conditions, « pourquoi le Conseil de sécurité et l’Union européenne ne considèrent-ils pas le Hezbollah comme une organisation terroriste? »  Qualifiant d’inacceptable le tir, la semaine dernière, de roquettes depuis le champ opérationnel aérien de la FINUL, il a souhaité que le prochain renouvellement du mandat de cette mission soit l’occasion de contraindre le Hezbollah à cesser ses activités dans le sud du Liban. 

Ces sujets devraient être au centre de la réunion d’aujourd’hui, a-t-il insisté.  Or, le Conseil s’efforce d’encourager l’extrémisme des Palestiniens et de mettre à l’index l’État hébreu.  Ainsi, a-t-il déploré, on incite les ennemis d’Israël à se radicaliser et on encourage le boycott, soi-disant pour des motifs humanitaires.  Revenant à la question de Jérusalem, le délégué a souligné que le lien millénaire entre Israël et sa capitale ne peut être nié.  Israël s’engagera toujours en faveur de la liberté de tous les peuples et religions dans la Ville sainte et maintiendra le statu quo sur les lieux saints, a-t-il affirmé.  « Mais nous n’accepterons jamais la diabolisation de notre droit à Jérusalem ».  Quant au processus de paix, il a jugé que les pressions du Conseil « n’apportent pas solution ».  D’après lui, seules des négociations bilatérales permettront de progresser et Israël aura toujours « une main tendue pour ceux qui veulent la paix et l’amitié ». 

LINDA THOMAS-GREENFIELD (États-Unis) a souligné l’attachement de son pays à une solution à deux États ainsi que son rejet des efforts visant à distinguer Israël dans les forums des Nations Unies.  Elle a exhorté les deux parties à faire preuve de retenue et à s’abstenir de tout acte de provocation - y compris les démolitions de maisons, les expulsions, l’incitation à la violence et l’indemnisation des personnes emprisonnées pour des actes de violence.  Nous espérons nous associer avec Israël et l’Autorité palestinienne pour maintenir le calme et éviter que les points chauds, comme Jérusalem, n’attisent la situation.  À mesure que la récente vague de violence s’estompe, elle a appelé à honorer les engagements à fournir une aide humanitaire et à soutenir les efforts de redressement à Gaza. 

La représentante a ensuite indiqué que les États-Unis ont signé, il y a deux semaines, un cadre pour la coopération avec l’UNRWA lequel définit des attentes et des indicateurs pour renforcer la transparence et la responsabilisation de l’Office.  Les États-Unis ont une tolérance zéro pour les manifestations d’antisémitisme, de racisme ou d’autres formes de haine au sein des agences des Nations Unies, et cela inclut l’UNRWA, a-t-elle dit avant de faire état de la promesse de 136 millions de dollars supplémentaires d’aide humanitaire - portant son total pour 2021 à 318 millions de dollars.  Dans ce contexte, elle a appelé les autres États membres, en particulier ceux de la région du Golfe, à accroître leur soutien. 

Mme Thomas-Greenfield s’est par ailleurs déclarée préoccupée par les récentes informations faisant état de l’usage de la force par l’Autorité palestinienne pour restreindre la liberté d’expression parmi les militants et les organisations de la société civile.  Elle a appelé à enquêter sur les circonstances de la mort du militant Nizar Banat.  Elle a par ailleurs plaidé pour la restitution des dépouilles des soldats israéliens tués au combat à Gaza, ainsi que pour le retour des civils israéliens qui y sont détenus. 

M. NAGARAJNAIDU (Inde) a exhorté les parties à faire montre de retenue et souhaité un allègement des mesures de restriction à Gaza.  Il a souligné la nécessité d’un relèvement rapide de Gaza et exhorté les bailleurs de fonds internationaux à l’appuyer.  Le délégué indien a dénoncé les tendances négatives sur le terrain qui sapent les acquis et éloignent toujours plus la solution des deux États.  Il a dénoncé l’expulsion de familles palestiniennes à Jérusalem-Est, ainsi que les heurts autour de la mosquée Al-Aqsa.  Le statu quo autour des lieux saints doit être préservé, a-t-il souligné.  Enfin, le représentant a exhorté les Palestiniens et les Israéliens à s’atteler à la réalisation de ladite solution, estimant que celle-ci passe nécessairement par la reprise de négociations directes. 

M. JUAN RAMÓN DE LA FUENTE RAMIREZ (Mexique) a souligné les risques d’affrontement majeurs entre Palestiniens et Israéliens et dénoncé les récentes démolitions par Israël d’habitations palestiniennes qui ont conduit au déplacement de 108 personnes, dont 52 mineurs.  Il a exhorté Israël à respecter les territoires occupés palestiniens et à prendre des mesures pour inverser les tendances négatives sur le terrain.  Le délégué mexicain a par ailleurs appelé l’Autorité palestinienne à garantir la liberté de manifestation et à faire la lumière sur la mort du militant Nizar Banat.  Il a également souhaité que celle-ci fixe une date pour la tenue des élections.  Le représentant a ensuite condamné les lancements de ballons incendiaires en direction d’Israël depuis Gaza, ainsi que les tirs depuis le sud du Liban.  Il a enfin jugé encourageants les contacts récemment noués par Israël avec la Jordanie, l’Égypte et la Turquie et souhaité une reprise des négociations de paix pour briser le cycle de la violence. 

Mme MONA JUUL (Norvège) a indiqué qu’en sa capacité de Présidente du Comité spécial de liaison pour la coordination de l’assistance internationale aux Palestiniens, la Norvège avait convoqué, au début du mois, une réunion pour faire le point sur la situation financière critique de l’Autorité palestinienne, ainsi que sur les besoins humanitaires et de développement en Palestine, en particulier à Gaza.  Elle s’est félicitée du fait que l’issue de la réunion a été marquée par un contact direct entre le Gouvernement israélien et le Président Abbas pour la première fois depuis plusieurs années.  Elle a aussi salué l’intention de reprendre les réunions du Comité, notant que celui-ci est le seul forum où les parties et les donateurs se réunissent pour aider à jeter les bases d’un État palestinien dans la perspective de la solution des deux États. 

Notant que la situation économique et financière de la Palestine est particulièrement grave, la représentante a appelé la communauté internationale à travailler avec les parties pour renforcer l’économie palestinienne et améliorer les conditions socioéconomiques.  Une Autorité palestinienne forte est cruciale pour assurer la fourniture de services au peuple palestinien et le développement à la fois en Cisjordanie et à Gaza, a-t-elle souligné.  Et une Autorité palestinienne forte est une Autorité bien financée, qui fonctionne bien, qui est responsable et qui bénéficie d’une légitimité démocratique et d’un soutien populaire. 

La représentante a ensuite pris note des progrès enregistrés par les parties en ce qui concerne le système e-vat, les importations en porte-à-porte, les programmes de travail contre rémunération et l’accès des travailleurs palestiniens à Israël.  Elle a exhorté à résoudre les problèmes techniques qui demeurent en suspens et qui pourraient générer des revenus supplémentaires pour l’Autorité palestinienne.  Mme Juul s’est par ailleurs préoccupée de la poursuite des activités de peuplement, citant notamment les démolitions répétées au sein de la communauté bédouine de Homsa el-Bqaiaa et les projets de construction à Givat Hamatos qui isoleront Bethlehem et le sud de la Cisjordanie de Jérusalem-Est. 

M. DINH QUY DANG (Viet Nam) s’est déclaré inquiet par la poursuite des violences dans le Territoire palestinien occupé, en particulier en Cisjordanie.  Dans ce contexte, il a exhorté Israël à s’abstenir de recourir à une force excessive, en particulier à des balles réelles contre des civils.  Il a également appelé à la fin des actes de provocation qui ne font qu’aggraver les divisions entre Israéliens et Palestiniens.  Pour le représentant, il importe également de s’attaquer aux causes profondes de cette situation.  Évoquant l’incident survenu la semaine dernière dans l’avant-poste illégal d’Evyatar, près de Naplouse, il y a vu un exemple typique de la façon dont les activités de colonisation peuvent déclencher la violence.  Il a donc enjoint à Israël de mettre immédiatement fin à ces activités et à défendre et respecter l’importance historique et le statu quo des lieux saints de Jérusalem. 

Le délégué a aussi regretté l’absence de progrès dans le processus de paix.  Après les efforts qui ont permis de parvenir à un cessez-le-feu, il a jugé impératif de maintenir un niveau d’attention similaire pour les mesures à long terme.  Il s’est ainsi félicité des récents signaux positifs ouvrant la voie au dialogue et a exhorté les dirigeants de toutes les parties concernées à agir d’urgence pour revitaliser le processus de paix.  Saluant les initiatives qui tendent vers un règlement juste, global et durable, il a indiqué que le Viet Nam continue de soutenir la solution des deux États.  À ses yeux, les enfants ont le plus souffert de ces décennies de violence sans fin.  Pour éviter que cette tragédie traverse les générations, il a appelé les autorités compétentes et la communauté internationale à redoubler d’efforts pour mettre fin à la violence, faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire et contribuer à la reconstruction pour soulager le sort du peuple palestinien.  

M. ABDOU ABARRY (Niger) a estimé que la perspective d’un retour de la paix semble s’éloigner davantage, laissant toujours planer le spectre de l’instabilité et de la violence.  Les tirs de ballons incendiaires en direction d’Israël, depuis Gaza, sont des actes qui doivent cesser, a-t-il dit.  « Cela est aussi vrai pour la politique effrénée de colonisation menée par Israël, depuis plusieurs décennies, dans les territoires palestiniens avec son lot incalculable de souffrances et de désolations. »  Il a dénoncé les récentes démolitions du 29 juin à Silwan, dans le quartier occupé d’Al-Bustan de Jerusalem-Est, ainsi que celles du 7 juillet dans le village bédouin de Homsa el-Bqaiaa situé dans la vallée du Jourdain.  C’est la poursuite de la colonisation, de l’injustice et de la discrimination à l’égard du peuple palestinien qui engendre le mécontentement, la révolte et la violence, a déclaré M. Abarry.  Le délégué a appelé la communauté internationale, « le Quartet », les membres du Conseil ainsi que les acteurs régionaux à continuer d’exercer la pression nécessaire en vue de parvenir à l’arrêt de tous les actes et pratiques qui mettent en péril la paix et la coexistence pacifique entre Israéliens et Palestiniens.  Enfin, il a exhorté Israël à plus de compassion à l’égard de la population de Gaza, en assouplissant ses mesures afin d’éviter la catastrophe qui se profile à l’horizon.  

M. SHUANG GENG (Chine) a noté que, deux mois après la fin des derniers affrontements, la situation reste précaire  dans les territoires palestiniens.  Il a également constaté une augmentation des actions violentes commises par Israël, qui ont entraîné la démolition de dizaines de structures palestiniennes et provoqué le déplacement de plus d’une centaine de Palestiniens.  Il s’est par ailleurs alarmé des violences survenues avant la fête de l’Aïd al-Adha près de la mosquée Al-Aqsa, qui ont exacerbé les tensions à Jérusalem.  Dans ce contexte, il a appelé Israël à se conformer aux résolutions du Conseil de sécurité, à cesser ses destructions de foyers palestiniens et à renoncer à sa politique de peuplement ainsi qu’à ses mesures de provocation contre les communautés musulmanes. Parallèlement, la communauté internationale doit renforcer son aide aux Palestiniens et soutenir notamment la reconstruction de Gaza, a-t-il plaidé, avant d’exhorter Israël à assurer un accès sûr et sans entrave à l’aide humanitaire et à lever son blocus contre Gaza. 

Le délégué a rappelé que son pays a toujours défendu les intérêts du peuple palestinien.  Le mois dernier, a-t-il indiqué, la Chine a formalisé une donation à l’UNRWA d’un million de dollars pour soutenir son programme alimentaire à Gaza. Elle poursuit également son aide directe aux Palestiniens, notamment via un don d’un million de doses de vaccin contre la COVID-19 et un partenariat avec l’Égypte pour la fabrication locale de vaccins destinés à la population palestinienne.  Il a par ailleurs noté que la solution des deux États fait l’objet d’un consensus international reposant sur la justice et l’équité.  Pour que cette solution devienne réalité, il a plaidé pour un renforcement des pouvoirs et des fonctions souveraines de l’Autorité palestinienne, une unification des factions palestiniennes et une reprise des négociations directes entre Palestiniens et Israéliens.  Il a enfin rappelé que la Chine est favorable à la tenue d’une conférence internationale dirigée par l’ONU avec la participation de toutes les parties prenantes au processus de paix. 

M. MICHAEL KAPKIAI KIBOINO (Kenya) a noté qu’en plus du fragile cessez-le-feu, des efforts se poursuivent pour faire avancer le processus de paix, notamment sous l’impulsion du Bureau du Coordonnateur spécial des Nations Unies et des envoyés spéciaux du Quatuor pour le Moyen-Orient.  Dans ce contexte, il a exhorté toutes les parties à s’abstenir de la rhétorique et des actes de provocation qui contribuent à la poursuite des violences.  Condamnant fermement tous les attentats terroristes et actes propices au terrorisme commis par le Hamas, le Djihad islamique palestinien et d’autres groupes militants, le représentant a également exhorté le nouveau Gouvernement israélien à faire cesser les expulsions de familles palestiniennes de leurs domiciles à Cheikh Jarrah et Silwan, quartiers de Jérusalem-Est.  Il a par ailleurs estimé que la pleine mise en œuvre de la résolution 2334 (2016) exige d’aborder la question des colonies et de la viabilité de la solution des deux États. 

Le délégué a réitéré en outre que l’isolement de certaines parties de la région de l’économie régionale et mondiale a des implications pour la paix et la sécurité de l’ensemble du Moyen-Orient.  Alors que débute la reconstruction de la bande de Gaza, il a souhaité que des mesures soient prises pour empêcher l’utilisation abusive et le détournement de l’aide par le Hamas et d’autres groupes.  Il a d’autre part souhaité que l’opérationnalisation rapide et sans entrave de l’accès humanitaire aux zones touchées prenne en compte la fragilité économique de Gaza et se fasse en coordination avec l’UNRWA.  Enfin, s’alarmant du faible taux de vaccination à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, alors que le nombre de cas de contaminations au variant Delta augmente, il a salué les efforts visant à assurer l’équité dans l’accès aux vaccins et aux soins médicaux. 

M. DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie) a déclaré que la priorité doit être de renforcer le cessez-le-feu et de fournir une aide humanitaire d’urgence à tous ceux qui en ont besoin.  Il a appelé les Israéliens et les Palestiniens à faire preuve de retenue et à éviter toute action unilatérale, notamment en mettant fin aux démolitions de maisons et aux expulsions.  Le représentant russe a également souligné l’impact continu de la pandémie de COVID-19 et appelé à une assistance globale des agences des Nations Unies au peuple palestinien sans conditions préalables, ni politisation.  Appelant la communauté internationale à ne pas s’assoupir au milieu du cessez-le-feu en cours, il a dit la nécessité de relancer au plus vite les négociations directes palestino-israéliennes sur toutes les questions relatives au statut final.  À cette fin, il a plaidé pour une consolidation des efforts internationaux, notamment par le biais du Quatuor pour le Moyen-Orient.  Il a également salué le rôle de l’Égypte dans la médiation actuelle des problèmes intrapalestiniens et a appelé ses collègues du Quatuor à tenir une réunion au niveau ministériel ainsi que des consultations dans un format élargi, avec la participation des États de la région. 

M. ANDRE LIPAND (Estonie) a jugé essentiel que les parties au conflit continuent de respecter le cessez-le-feu et fassent tout leur possible pour éviter de nouvelles violences.  Dénonçant le lancement de ballons incendiaires vers Israël, il a rappelé que cet État a le droit de se défendre, tout en assurant la sécurité et la protection de sa population civile.  Le représentant a ensuite réitéré son appui aux efforts internationaux et régionaux visant à garantir une paix à long terme, permettre la reconstruction à Gaza et garantir un accès humanitaire sans entrave dans toute la bande.  Selon lui, les efforts doivent être poursuivis pour créer les conditions d’une reprise des négociations directes sur une solution des deux États fondée sur le droit international et les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité. 

Dans cette attente, le délégué a exhorté le Gouvernement israélien et l’Autorité palestinienne à prendre des mesures concrètes pour rétablir la confiance.  Il a estimé à cet égard que de nouveaux efforts coordonnés pour lutter contre la pandémie de COVID-19 et renforcer la coopération économique profiteraient aux citoyens des deux parties.  Appelant par ailleurs toutes les parties à apaiser la situation, notamment en maintenant le statu quo des lieux saints, le représentant s’est dit préoccupé par l’expansion continue des colonies israéliennes, les expulsions et les démolitions de propriétés palestiniennes en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est.  Celles-ci vont à l’encontre du droit international et aggravent un environnement déjà tendu, a-t-il fait valoir, avant de demander une enquête indépendante sur les circonstances de la mort du militant Nizar Banat, lors de son arrestation par les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne à Hébron.  Enfin, il a encouragé toutes les parties concernées à soutenir les efforts visant à fixer une nouvelle date pour les élections palestiniennes et à garantir que ces scrutins soient libres, équitables et inclusifs. 

M. TAREK LADEB (Tunisie) a déclaré que les colons israéliens continuent de violer le statu quo sur les lieux saints, dont la mosquée Al-Aqsa, alors que les démolitions des maisons persistent.  Le représentant a exhorté la communauté internationale et le Conseil de sécurité à obliger Israël à cesser ses violations, ses activités de colonisation expansionnistes et toutes les actions qui compromettent l’instauration d’une paix juste et durable au Moyen-Orient.  À cet égard, il a appelé à la fin de l’impunité.  Le Conseil doit jouer son rôle pour mettre fin à l’impasse dans le processus de paix, a-t-il dit, appelant le Quatuor pour le Moyen-Orient à aider à préparer les conditions de paix de manière à mettre fin à l’occupation et à établir un État palestinien.  

S’interrogeant sur la durée de cette occupation injuste, il a rappelé que le Conseil a clairement dénoncé cette situation il y a 54 ans.  « Le Conseil doit désormais veiller au respect des résolutions internationales, notamment en œuvrant à la réouverture des négociations », a-t-il estimé.  S’agissant de la situation humanitaire, il a déclaré que le niveau d’assistance doit être augmenté, à la lumière des besoins croissants, en particulier pendant la pandémie, et que l’UNRWA et son travail important doivent être soutenus.  Par ailleurs, il a fustigé toute tentative d’imposer un fait accompli qui menacerait la paix et la sécurité internationales. 

Mme INGA RHONDA KING (Saint-Vincent-et-les Grenadines) a souligné qu’en tant que Puissance occupante, Israël a l’obligation de rétablir une vie civile normale pour tous les Palestiniens.  Elle a déploré que ces derniers mois, les tensions au sein de l’État de Palestine aient été attisées depuis l’extérieur, sapant les aspirations de son peuple.  Elle a appelé à consolider les efforts en faveur de la solution des deux États et estimé que l’activation du Quatuor pour le Moyen-Orient pour relancer les pourparlers et les négociations de paix est une priorité urgente. 

La représentante a ensuite rappelé l’illégalité des activités de peuplement et alerté de leur impact sur le « combat quotidien » des Palestiniens, avant de condamner, entre autres, les récentes démolitions dans la communauté bédouine de Homsa el-Bqaiaa.  Elle s’est aussi inquiétée de la détérioration de la situation humanitaire à Gaza et a appelé à entamer sérieusement la reconstruction de la bande.  La communauté internationale doit fournir des fonds supplémentaires à l’UNRWA et Israël doit lever le blocus imposé à Gaza.  Mme King a ensuite appelé à appuyer l’appel du Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 qui demande à la communauté internationale d’engager Israël à démanteler entièrement ses colonies illégales et à garantir la reddition de compte des dirigeants israéliens responsables de violations graves du droit international dans le Territoire palestinien occupé.

M. BRIAN PATRICK FLYNN (Irlande) a noté à son tour que le cessez-le-feu conclu en mai reste fragile. Réaffirmant que toutes les actions unilatérales qui compromettent les perspectives d'une solution à deux États doivent être évitées, il a également souhaité que l’on s’attaque aux causes profondes du conflit israélo-palestinien. Alarmé par les tendances préoccupantes sur le terrain, il a condamné les démolitions et les saisies opérées dans des communautés de la zone C de la Cisjordanie occupée au début du mois.  Ce cycle inquiétant a de graves implications pour les communautés affectées, notamment les enfants, a-t-il souligné, avant d’exhorter Israël à mettre fin à ces destructions inutiles et à garantir l’accès humanitaire aux communautés dans le besoin, conformément à la quatrième Convention de Genève.  Il s’est par ailleurs déclaré préoccupé par les expulsions possibles de familles à Jérusalem-Est, notamment à Cheikh Jarrah et Silwan, jugeant impératif qu’elles n’aient pas lieu.  

Le représentant a ensuite réitéré l’appel de son pays à Israël pour qu’il cesse toute activité de colonisation dans les territoires occupés, y compris à Jérusalem-Est.  Il a aussi exprimé le soutien de l’Irlande à la commission d’enquête nommée par le Conseil des droits de l’homme.  S’agissant de la bande de Gaza, il a salué l’évaluation des dommages et des besoins effectuée par la Banque mondiale, l’ONU et l’Union européenne, tout en estimant qu’un programme de soutien intégré est essentiel pour une reconstruction et un relèvement durables.  Il a appelé à cet égard Israël à mettre fin à son blocus de Gaza et a souhaité que l’UNRWA, en tant que plus grande organisation internationale opérant dans ce territoire, soit soutenu.  

Mme DAME BARBARA WOODWARD (Royaume-Uni) a exhorté les parties à prendre les mesures nécessaires pour une désescalade des tensions.  Elle a condamné fermement les attaques indiscriminées du Hamas contre Israël.  Le Hamas et les autres groupes terroristes doivent cesser leurs tirs de roquette contre Israël.  La déléguée a ensuite indiqué que les activités de colonisation israéliennes sont un obstacle à la paix avant de rappeler l’illicéité des démolitions de structures palestiniennes au regard du droit international.  Elle a aussi déploré les expulsions de familles palestiniennes à Jérusalem-Est, avant de se dire préoccupée par le nombre élevé de Palestiniens tués lors d’affrontements avec les forces israéliennes.  Elle a demandé que tout recours excessif à la force fasse l’objet d’une enquête approfondie afin de déboucher sur un établissement des responsabilités.  Le statu quo autour des lieux saints doit être préservé, a-t-elle insisté.  La déléguée a aussi souligné la nécessité de répondre aux besoins humanitaires à Gaza et de trouver une solution de long terme.  Il n’est pas trop tard pour inverser les tendances négatives et œuvrer à l’instauration d’une paix durable, a-t-elle conclu, en exhortant les parties à réaliser la solution des deux États. 

M. NICOLAS DE RIVIÈRE (France) s’est dit convaincu que seule la solution des deux États peut répondre aux aspirations des peuples israélien et palestinien et assurer la sécurité de tous et la stabilité de la région.  Il a appelé les membres de ce Conseil à ouvrir une nouvelle page sur le dossier israélo-palestinien.  « Les derniers échanges entre Israéliens et Palestiniens montrent une volonté de reprendre le dialogue de part et d’autre », a estimé le représentant avant d’appeler à matérialiser cette volonté par des « petits pas » réciproques visant à rétablir la confiance.  Pour ce faire, il a jugé vital que les parties s’abstiennent de toute mesure unilatérale pour permettre ce nouveau départ et éviter un nouvel embrasement.  « La France est à cet égard préoccupée par le niveau record atteint cette année encore en matière de démolitions et de confiscations de structures palestiniennes en zone C, dont certaines sont financées par la France et ses partenaires européens » a dit de Rivière, avant de condamner les nouvelles démolitions à Homsa el-Bqaiaa.  Il a aussi appelé Israël à suspendre les procédures d’éviction à Silwan et Sheikh Jarrah et à respecter le statu quo sur les lieux saints. 

En outre, le représentant de la France a estimé que l’apaisement des tensions passe aussi par une consolidation de la cessation des hostilités à Gaza, à travers des arrangements durables de cessez-le-feu qui permettent la reconstruction de Gaza et une plus grande liberté de mouvement des biens et des personnes, dont un plein accès humanitaire à l’ensemble des territoires palestiniens.  Il a aussi jugé nécessaire d’améliorer la gouvernance palestinienne en regrettant la décision du président Abbas de reporter les élections qui auraient permis de renouveler la légitimité démocratique des institutions palestiniennes.  Il a demandé à l’Autorité palestinienne de proposer un nouveau calendrier électoral dans les meilleurs délais.

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