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CS/14620
30 août 2021
8848e séance - après-midi

Le Conseil de sécurité condamne l’attaque du 26 août contre l’aéroport de Kaboul et exige que le territoire afghan ne soit pas utilisé à des fins terroristes

Le Conseil de sécurité a condamné dans les termes les plus vigoureux, cet après-midi, les attaques « déplorables » perpétrées, le 26 août 2021, aux abords de l’aéroport international Hamid Karzaï à Kaboul, en Afghanistan, et revendiquées par l’État islamique-province du Khorassan.  En adoptant à 13 voix pour et 2 abstentions (Fédération de Russie et Chine) la résolution 2593 (2021), il exige en outre que le territoire afghan ne soit pas utilisé « pour menacer ou attaquer tout autre pays ni pour abriter ou entraîner des terroristes, ou pour planifier ou financer des actes terroristes ».

Par ce texte, le Conseil de sécurité demande par ailleurs à toutes les parties de permettre l’accès complet, en toute sécurité et sans entrave des organismes des Nations Unies, des institutions spécialisées et des partenaires d’exécution, ainsi que de tous les intervenants humanitaires participant aux activités de secours, pour veiller à ce que l’aide humanitaire parvienne à toutes les personnes qui en ont besoin.

D’autre part, il espère que les Taliban respecteront leurs engagements en ce qui concerne le départ d’Afghanistan, en toute sécurité et en bon ordre, des Afghans et de tous les ressortissants étrangers; et demande que tout soit mis en œuvre afin de permettre la réouverture rapide, en toute sécurité, de l’aéroport de Kaboul et de ses environs.

Les porte-plumes de ce texte -les États-Unis, la France et le Royaume-Uni- y ont vu un message clair du Conseil aux Taliban les sommant de respecter les engagements qu’ils ont pris.

Comme l’ont dit les États-Unis, la résolution d’aujourd’hui prouve à quel point le Conseil de sécurité prend au sérieux l’impératif de demander des comptes aux Taliban, en plus de l’engagement pris de fournir une assistance humanitaire à ceux qui sont en Afghanistan et de lutter contre le terrorisme.  La France, tout en regrettant que la résolution n’ait pas été soutenue par tous les membres du Conseil, a déclaré qu’elle n’en reste pas moins un texte important qui doit maintenant se traduire sur le terrain.  Les Taliban seront jugés par la communauté internationale à l’aune de leurs actes sur le terrain et non pas à celle de leurs paroles, leur a rappelé le Royaume-Uni.

Expliquant son abstention, la Fédération de Russie a regretté que les porte-plumes n’aient pas pris en compte ses considérations et a suggéré qu’en accordant un peu plus de temps, le résultat du vote aurait pu être différent.  Elle a prôné toutefois, à l’instar des autres membres du Conseil, un Afghanistan stable sur le territoire duquel il n’y aura pas de menace terroriste.  Même son de cloche du côté de la Chine, qui a émis des doutes quant à l’urgence d’adopter ce texte dont le projet a été soumis aux membres du Conseil vendredi dernier.  Elle a dit avoir néanmoins fourni des amendements « importants » et « raisonnables ».  Reste que la Chine s’est toujours opposée à imposer une résolution de force, et, par conséquent, elle s’est abstenue de voter sur cette résolution aujourd’hui.

LA SITUATION EN AFGHANISTAN

Texte du projet de résolution adopté

Rappelant ses résolutions antérieures sur l’Afghanistan et les déclarations de sa présidence sur la question,

Réaffirmant son ferme attachement à la souveraineté, à l’indépendance, à l’intégrité territoriale et à l’unité nationale de l’Afghanistan,

1. Condamne dans les termes les plus vigoureux les attaques déplorables perpétrées, le 26 août 2021, aux abords de l’aéroport international Hamid Karzaï à Kaboul, qui ont été revendiquées par l’État islamique-Province du Khorassan, entité affiliée à l’État islamique d’Iraq et du Levant (Daech), et qui ont fait plus de 300 morts ou blessés parmi les civils et 28 victimes parmi les membres du personnel militaire, et prend note de la condamnation de cette attaque par les Taliban;

2. Exige que le territoire afghan ne soit pas utilisé pour menacer ou attaquer tout autre pays ni pour abriter ou entraîner des terroristes, ou pour planifier ou financer des actes terroristes, et réaffirme qu’il importe de combattre le terrorisme en Afghanistan, y compris les personnes et entités désignées par la résolution 1267 (1999), et note les engagements pris par les Taliban en la matière;

3. Demande le renforcement des efforts visant à fournir une assistance humanitaire à l’Afghanistan, demande à toutes les parties de permettre l’accès complet, en toute sécurité et sans entrave de l’Organisation des Nations Unies, de ses institutions spécialisées et des partenaires d’exécution, ainsi que de tous les intervenants humanitaires participant aux activités de secours, y compris en ce qui concerne les personnes déplacées à l’intérieur du pays, pour veiller à ce que l’aide humanitaire parvienne à toutes les personnes qui en ont besoin, demande à tous les donateurs et aux acteurs humanitaires internationaux d’apporter une aide humanitaire à l’Afghanistan et aux principaux pays accueillant des réfugiés afghans, et souligne que toutes les parties doivent respecter les obligations que leur impose le droit international humanitaire en toutes circonstances, notamment celles ayant trait à la protection des civils;

4. Réaffirme qu’il importe de respecter les droits humains, y compris ceux des femmes, des enfants et des minorités, encourage toutes les parties à rechercher un règlement politique inclusif et négocié qui prévoie la participation entière, égale et véritable des femmes et qui réponde à l’aspiration des Afghans de conserver et de consolider les acquis obtenus par le pays ces 20 dernières années dans le respect de l’état de droit, et souligne que toutes les parties sont tenues de s’acquitter de leurs obligations;

5. Note la déclaration du 27 août 2021, dans laquelle les Taliban se sont engagés à ce que les Afghans puissent se rendre à l’étranger, quitter l’Afghanistan quand ils le souhaitent et le faire par n’importe quel point de passage de la frontière, par voie aérienne ou terrestre, y compris depuis l’aéroport de Kaboul rouvert et sécurisé, sans que personne ne les empêche de voyager, et compte que les Taliban respecteront ces engagements et tous les autres, notamment en ce qui concerne le départ d’Afghanistan, en toute sécurité, en toute sûreté et en bon ordre, des Afghans et de tous les ressortissants étrangers;

6. Prend note de la situation dangereuse en matière de sécurité qui règne autour de l’aéroport international Hamid Karzaï et s’inquiète de ce que, d’après les renseignements, de nouvelles attaques terroristes puissent se produire dans la zone, invite les parties concernées à travailler avec les partenaires internationaux pour prendre des mesures visant à renforcer la sécurité et à éviter toutes nouvelles victimes, et demande que tout soit mis en œuvre afin de permettre la réouverture rapide, en toute sécurité, de l’aéroport de Kaboul et de ses environs;

7. Décide de rester saisi de la question.

Déclarations

Mme LINDA THOMAS-GREENFIELD (États-Unis) a souligné qu’en adoptant ce texte, le Conseil de sécurité dit clairement qu’il attend des Taliban de tenir leurs engagements et de permettre aux Afghans et aux ressortissants étrangers de pouvoir quitter le territoire afghan en toute sécurité et quelles qu’en soit les raisons.  « Malheureusement, les États-Unis ont perdu 13 soldats et des centaines d’Afghans ont connu la mort lors de l’attentat du 26 août à Kaboul. »  Les États-Unis continueront de défendre les droits de ceux qui veulent quitter le pays, a assuré la représentante en rappelant qu’à ce jour, les États-Unis ont assuré l’évacuation de plus de 100 000 personnes - Américains, Afghans et autres.

Cette résolution réaffirme également l’engagement de la communauté internationale en faveur de ceux qui restent en Afghanistan et dont les besoins humanitaires seront immenses, a noté la représentante.  Un demi-million d’Afghans ont été déplacés ne serait-ce que cette année, et, selon l’UNICEF, le taux de vaccination a chuté de plus de 85%.  La résolution réitère en outre plusieurs des appels lancés auparavant par le Conseil de sécurité, notamment qu’il faut traiter de la menace du terrorisme en Afghanistan.  Les États-Unis veulent tout faire pour défendre leur propre sécurité et, en adoptant ce texte, la communauté internationale s’est engagée à faire en sorte que l’Afghanistan ne soit plus jamais un havre de paix pour le terrorisme, a expliqué la représentante qui a également insisté sur l’impératif de préserver les droits des femmes et des filles afghanes.  Un nouveau chapitre commence en Afghanistan, a-t-elle déclaré, et la communauté internationale doit continuer à demander des comptes aux Taliban.  La résolution d’aujourd’hui prouve à quel point le Conseil de sécurité prend cela très au sérieux en plus de l’engagement pris de fournir une assistance humanitaire et de lutter contre le terrorisme, a conclu la représentante.

Mme NATHALIE BROADHURST ESTIVAL (France) a regretté d’emblée que ce texte n’ait pas pu recueillir le soutien de tous les membres du Conseil de sécurité.  « Il n’en reste pas moins un texte important qui doit maintenant se traduire sur le terrain. »  Il fixe une série d’exigences vis-à-vis des Taliban, a-t-elle rappelé, et leur demande de respecter les engagements qu’ils ont pris, notamment de créer un couloir sécurisé vers l’aéroport de Kaboul pour permettre aux gens de quitter le pays, de permettre la poursuite des opérations humanitaires sur tout le territoire et de veiller au respect du droit international humanitaire.  La résolution insiste en outre sur l’impératif de la lutte contre le terrorisme et, « là encore », les Taliban ont pris des engagements et doivent les respecter, a martelé la représentante.  Cette résolution rappelle enfin les obligations de tous, notamment celle de préserver les droits des femmes et des filles afghanes.  La France sera attentive à la coordination des efforts de tous sur le terrain dans les prochains jours, pour que cette résolution se traduise en actes, a dit la déléguée.  Elle a dit soutenir le travail de la MANUA et être favorable à un mandat fort lors de son renouvellement.

Pour Mme BARBARA WOODWARD (Royaume-Uni), la priorité immédiate est de permettre à tous ceux qui le veulent de quitter l’Afghanistan en toute sécurité au-delà du 31 août.  L’Afghanistan ne doit pas redevenir un havre de paix pour les terroristes, a-t-elle exigé en appelant à une approche coordonnée pour lutter contre toute menace terroriste émanant d’Afghanistan.  Par ailleurs, la situation humanitaire exige une attention urgente et le Royaume-Uni est en contact avec ses partenaires pour renforcer ses efforts et assurer un accès humanitaire sûr et sans entraves, a-t-elle indiqué.  Les acquis des dernières années doivent être protégés, notamment ceux des femmes, des enfants et des minorités, a encore souhaité la déléguée en soulignant que la résolution d’aujourd’hui reprend toutes ces considérations et représente un pas vers une réponse internationale unifiée.  Les Taliban seront jugés par la communauté internationale à l’aune de leurs actes sur le terrain et non pas à celle de leurs paroles, a-t-elle conclu.

Mme GERALDINE BYRNE NASON (Irlande) a dit avoir voté en faveur de ce texte parce qu’elle croit en l’importance du rôle du Conseil de sécurité pour l’Afghanistan dans les mois à venir.  On ne saurait détourner le regard du sort des Afghans qui doivent pouvoir compter sur une aide humanitaire et dont les droits de l’homme doivent être protégés, a-t-elle lancé.  Il faut en outre veiller à la pleine participation des femmes à tous les niveaux et les Afghans et les ressortissants étrangers doivent être en mesure de quitter le pays, que ce soit par voie terrestre ou aérienne, en toute sécurité, a-t-elle exigé entre autres.

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a commencé par condamner les attentats terroristes du 26 août aux alentours de l’aéroport de Kaboul.  Il a expliqué qu’il s’est abstenu lors du vote sur ce texte parce que les considérations de la Fédération de Russie n’ont pas été prises en compte.  Il a notamment reproché aux auteurs de ce texte de passer sous silence les menaces terroristes de certains groupes; de ne pas vouloir aborder la question des conséquences économiques et sociales de l’évacuation; et de ne pas y aborder la problématique des avoirs financiers.  En outre, le texte ne souligne pas que la fourniture de l’aide humanitaire doit se faire dans le strict respect des principes énoncés par l’Assemblée générale, a-t-il commenté.  Il a regretté ne pas avoir disposé de plus de temps car cela aurait pu permettre, selon lui, un vote différent.  Quoi qu’il en soit, la Fédération de Russie prône un Afghanistan stable sur le territoire duquel il n’y aura pas de menace terroriste, a conclu le représentant. 

Pour M.  ANDRE LIPAND (Estonie), compte-tenu de la sécurité défaillante dans l’aéroport de Kaboul, et de la situation humanitaire qui se détériore, l’ONU a besoin d’un accès « sans entrave » et de travailler sans menace.  Et l’aéroport de Kaboul doit fonctionner de nouveau, pour de bon, en toute sécurité.  Les dernières semaines montrent des points d’accord au sein du Conseil, a-t-il noté: tous les membres demandent des efforts sécuritaires importants, des négociations prenant en compte l’inclusion des femmes, le respect des droits de l’homme et l’importance de combattre le terrorisme.  Fort de cela, le représentant estonien a aspiré au succès des négociations, pour l’intérêt de tout le peuple afghan. 

M. GENG SHUANG (Chine) a été d’avis que toute action prise par le Conseil de sécurité devrait aider à faciliter les choses plutôt que de renforcer les tensions.  Concernant le projet de résolution envoyé vendredi dernier, la Chine a émis des doutes quant à l’urgence d’adopter ce texte, et ce néanmoins en fournissant des amendements « importants » et « raisonnables ».  Mais la Chine s’est toujours opposée à imposer une résolution de force, c’est pourquoi elle s’est abstenue de voter sur cette résolution aujourd’hui, a expliqué le délégué.  Le retrait à la hâte et désordonné des forces américaines ne signifie pas la fin de leurs préoccupations, a déclaré le représentant.  Il faut, selon lui, en tirer les leçons, et respecter le droit du peuple afghan à décider de son avenir. 

Le délégué chinois a dit espérer que les États-Unis s’abstiendront à l’avenir « d’imposer leur volonté aux autres et d’utiliser la force ».  Ce pays devrait honorer ses engagements et se soucier du bien-être de la population, au lieu de sanctionner unilatéralement et de geler les avoirs étrangers, tout en prônant le développement économique du pays, a commenté le délégué.  Les « activités criminelles » des pays ayant occupé l’Afghanistan devraient faire l’objet d’enquêtes, et les États-Unis doivent impérativement cesser de mener des attaques où vivent des populations civiles, a-t-il poursuivi.  Il a encore demandé que la communauté internationale fournisse aux Afghans l’aide économique nécessaire pour maintenir le fonctionnement des institutions, éviter la dépréciation de la monnaie et reconstruire le pays. 

Condamnant les attaques terroristes commises à Kaboul et le retrait à la hâte des troupes étrangères, le représentant chinois a regretté que le retrait des troupes américaines ait fourni l’occasion aux terroristes de revenir sur le devant de la scène.  Il a espéré néanmoins que la sécurité de l’aéroport soit rapidement rétablie.  

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