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CS/14623
7 septembre 2021
8850e séance – matin

Le Conseil de sécurité dialogue avec le Conseil des sages des moyens de répondre collectivement aux crises et menaces internationales

À l’initiative de la présidence irlandaise, le Conseil de sécurité a dialogué, ce matin, avec plusieurs membres du Conseil des Sages, dont sa Présidente, Mme Mary Robinson, des moyens de promouvoir des solutions multilatérales aux défis mondiaux de paix et de sécurité, de renforcer la prévention et le règlement des conflits et de faire face aux menaces émergentes. Saluée unanimement par les délégations, cette réunion a aussi été l’occasion de pointer les limites du Conseil de sécurité, du fait de sa composition ou encore du recours abusif au droit de veto. 

Dès l’entame de son intervention, Mme Robinson a évoqué la situation en Afghanistan, rappelant y avoir effectué une visite en mars 2002, en tant que Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, alors qu’était lancée une charte des droits des femmes.  Au moment où les Taliban viennent de reprendre le pouvoir, nous ne pouvons pas permettre que les femmes et les filles afghanes soient privées de ces droits, y compris le droit de quitter le pays, a-t-elle affirmé, avant d’appeler le Conseil de sécurité à « aller plus loin » que la résolution 2593 (2021) adoptée en août et à soutenir que la participation des femmes à la société et l’éducation des filles sont « non négociables ». 

Autre Sage invité à s’exprimer, M. Lakhdar Brahimi a lui aussi axé son propos sur l’Afghanistan, conseillant au Conseil de sécurité d’établir une forme de coopération avec les Taliban, pour poursuivre le travail réalisé sur les droits fondamentaux dans ce pays.  Au vu de la situation humanitaire désastreuse, il a également jugé urgent que le Secrétaire général de l’ONU, agissant avec le plein soutien d’un Conseil de sécurité « uni », dépêche un représentant spécial à Kaboul pour entamer une discussion franche avec le nouveau pouvoir. 

Le diplomate a par ailleurs jugé « plus nécessaire que jamais » le renouvellement, prévu le 17 septembre, du mandat de la Mission d’Assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA).  Plaidant pour un report technique de six mois afin de préparer le mandat fort dont la MANUA aura besoin dans la nouvelle phase à venir, il a relevé que les parties internationales impliquées en Afghanistan se rendent compte aujourd’hui que le boycott  des Taliban  pendant les années 1990 n’avaient pas été la meilleure option. 

Évoquant plusieurs des crises actuelles, Mme Robinson a, pour sa part, mis l’accent sur la pandémie de COVID-19 et la nécessité d’en tirer des leçons pour l’avenir.  Elle a indiqué à cet égard que le Conseil des Sages a invité les dirigeants mondiaux à faire une déclaration politique lors de la prochaine Assemblée générale, en vue d’appuyer les recommandations du Groupe indépendant sur la prévention et la réponse aux pandémies.  L’ancienne Présidente de l’Irlande a d’autre part réitéré le soutien du groupe qu’elle préside à un retour complet et inconditionnel au Plan d’action global commun sur le nucléaire iranien, tout en estimant que la Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération nucléaire prévue cette année sera « un moment crucial pour l’action ».  

La Présidente du Conseil des Sages a également appelé de ses vœux l’élaboration d’une résolution soulignant que les changements climatiques constituent une menace fondamentale pour la paix et la sécurité internationales.  « Si le Conseil se résout à adopter une résolution à ce sujet, elle doit être forte, faute de quoi le texte sera de peu d’utilité », a averti Mme Robinson selon qui les experts du climat s’étonnent que le Conseil de sécurité ne se rende pas compte que les changements climatiques représentent un « multiplicateur de menaces ».  

De même, s’agissant de la prévention et de la réponse aux conflits violents, elle a exhorté le Conseil à inciter les parties au Tigré à négocier un cessez-le-feu et à faire de la protection des femmes et des filles une priorité absolue.  À ses yeux, le Conseil gagnerait à se rendre sur place pour attirer l’attention sur le besoin urgent d’une solution non militaire.  Une unité d’objectif similaire est également nécessaire au Myanmar, a-t-elle soutenu.  Quant au conflit israélo-palestinien, elle a regretté que le Conseil n’ait pas traité les violations persistantes de la résolution 2334 (2016), ce qui a eu pour effet de saper les perspectives d’une solution des deux États. 

En phase avec les diagnostics et solutions avancées par les Sages, les délégations ont fait assaut de commentaires, la plupart concernant les dysfonctionnements du Conseil de sécurité.  Le Kenya a ainsi constaté qu’il a fallu trois mois à ce dernier pour se mettre d’accord sur la résolution 2532 (2020) appelant à soutenir l’appel du Secrétaire général à un cessez-le-feu mondial dans le contexte de la pandémie.  De son côté, l’Inde a déploré que cet organe clef de l’ONU soit devenu « l’outil politique de quelques privilégiés » et que l’« inégalité structurelle des droits de vote » continue de nuire  à  son efficacité  collective. 

À cet égard, la France a appelé tous les États Membres, en particulier les membres permanents du Conseil, à rejoindre l’initiative franco-mexicaine en faveur de la suspension volontaire et collective de l’usage du veto en cas d’atrocités de masse.  Elle a aussi appuyé l’élargissement de l’instance dans ses deux catégories de membres ainsi qu’une meilleure représentation de l’Afrique.  

Notant la valeur ajoutée de l’Assemblée générale lorsque le Conseil est paralysé, le Mexique s’est, lui, félicité que 179 pays aient coparrainé en avril 2020 sa résolution en faveur d’un accès transparent et équitable aux vaccins contre la COVID-19.   Cela ne l’a pas empêché de solliciter l’avis du Conseil des Sages sur la conduite à tenir face aux insuffisances du Conseil. 

« Certains États tentent de monopoliser l’ordre international ou d’imposer leurs propres valeurs », a, quant à elle, dénoncé la Fédération de Russie, mettant en garde contre toute tentative d’utiliser le Conseil comme outil de pression contre des gouvernements légitimes.  Un avis pleinement partagé par la Chine, selon laquelle le Conseil ne peut imposer des voies de sortie de crise aux pays, en particulier à l’Afghanistan. 

Le Conseil ne peut tout simplement pas se permettre d’être divisé sur des questions qui nécessitent une action urgente, a fait valoir l’Irlande, jugeant que la promotion du respect des droits humains, y compris la protection de l’espace de la société civile et des défenseurs des droits, doit être au cœur de son engagement envers les pays en crise. 

MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES

Déclarations

Mme MARY ROBINSON, Présidente du Conseil des Sages, a souhaité, à l’entame de son intervention, partager un souvenir de sa visite en Afghanistan en tant que Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme au mois de mars 2002. Elle avait alors rencontré Mme Sima Simar, alors Ministre de la condition féminine, et Mme Noeleen Heyzer, Directrice d’ONU-Femmes, qui avaient aidé une centaine de femmes à rédiger un projet de charte des droits des femmes.  Avant la prise de pouvoir des Taliban, a-t-elle rappelé, ces femmes étaient des juges, des avocates, des médecins et des enseignantes, toutes actives dans leurs communautés. Elles avaient décidé de lancer leur charte à l’occasion de la Journée internationale des femmes dans le cinéma qu’elles fréquentaient.  Ce lieu avait été détruit, mais les femmes avaient déblayé les gravats et l’ONU avait fourni la couverture du toit en toile.  L’ONU avait également garanti que les femmes pourraient venir sans leur burqa.  Ce 8 mars, a encore relaté Mme Robinson, je me souviens avoir regardé du haut du podium les hommes barbus qui avaient pris place aux premiers rangs.  Ces femmes ont néanmoins lancé leur charte pour rappeler que les droits des femmes ne sont pas des droits occidentaux, mais des droits humains fondamentaux, revendiqués conformément à leurs valeurs culturelles.  Au cours des près de 20 ans qui ont suivi, a-t-elle relevé, des avancées durement acquises en matière d’égalité des sexes et de droits des femmes ont été obtenues grâce à des changements constitutionnels, législatifs et politiques.  

Aujourd’hui, a poursuivi la Présidente du Conseil des Sages, nous ne pouvons pas permettre que les femmes et les filles afghanes soient privées de ces droits, y compris le droit de quitter le pays.  Les membres du Conseil de sécurité ne peuvent leur faire défaut, a-t-elle affirmé, saluant à cet égard la lettre que l’Irlande et le Mexique ont écrite en tant que coprésidents du Groupe informel d’experts du Conseil sur les femmes, la paix et la sécurité.  À ses yeux, la résolution 2593 (2021), adoptée le 30 août, est un « bon premier pas ».  Mais le Conseil doit maintenant aller plus loin, a-t-elle martelé, avant d’appeler la Chine et la Russie à encourager les Taliban à reconnaître que la participation des femmes à la société et l’éducation des filles, sur un pied d’égalité avec les garçons, sont « non négociables » et doivent être respectées. 

Rappelant à toutes fins utiles que les membres du Conseil de sécurité ont pour mandat d’agir au nom des Nations Unies en tant que principal organe international chargé de maintenir la paix et la sécurité internationales, ce qui implique de lourdes responsabilités, Mme Robinson les a invités à redoubler d’efforts, dans l’unité, face à la pandémie de COVID-19.  Nous devons être proactifs pour en tirer des leçons et pour nous préparer à la prochaine pandémie, a-t-elle souligné, notant que le rapport du Groupe indépendant sur la prévention et la réponse aux pandémies a tracé une voie pour le renforcement de l’architecture multilatérale de prévention et de riposte à ce risque.  Elle a ajouté que le Conseil des Sages a demandé aux dirigeants mondiaux de faire une déclaration politique lors de l’Assemblée générale, plus tard ce mois-ci, en vue de mettre en œuvre les recommandations du rapport. 

Les Sages sont également alarmés par les dangers existentiels posés par les armes nucléaires, a indiqué l’ex-Présidente de l’Irlande, observant que ces dernières années ont été marquées par la rupture des accords de contrôle des armements et l’émergence de nouvelles technologies dangereuses et de capacités de cyberguerre, ainsi que par le risque sérieux d’une nouvelle course aux armes nucléaires.  Elle s’est aussi déclarée préoccupée par l’absence, à ce jour, de nouvel accord entre les États-Unis et l’Iran sur son programme nucléaire, avant de réitérer le soutien des Sages à un retour complet et inconditionnel au Plan d’action global commun.  De l’avis de Mme Robinson, la prochaine Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération sera un « moment crucial pour l’action ».  À cette occasion, les États non nucléaires attendent des cinq puissances nucléaires reconnues qu’elles démontrent des progrès concrets dans leurs engagements au titre du Traité, a-t-elle soutenu, appelant le Conseil de sécurité à assurer le succès de la Conférence d’examen. 

Pour la Présidente du Conseil des Sages, l’urgence d’agir est également nécessaire sur les changements climatiques, qui sont un « multiplicateur de menaces pour toutes les questions à l’ordre du jour ».  Alors que les dernières données scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ont clairement montré les risques posés à la stabilité planétaire et à la survie humaine, elle a souhaité que le Conseil de sécurité élabore une résolution à ce sujet car il s’agit d’une menace fondamentale pour la paix et la sécurité internationales.  De même, s’agissant du rôle du Conseil dans la prévention et la réponse aux conflits violents, elle a exhorté ses membres à utiliser les outils à leur disposition, notamment le pouvoir d’enquête que leur confère l’Article 34 de la Charte des Nations Unies. 

Mme Robinson a par ailleurs estimé qu’au Tigré, la protection des femmes et des filles doit être une priorité absolue.  Le Conseil a été informé de la gravité de la crise humanitaire et de l’insécurité alimentaire qui résultent directement du conflit, ainsi que de l’ampleur horrible des atrocités commises contre les droits humains, y compris l’utilisation de la violence sexuelle contre les femmes et les filles comme arme de guerre, a-t-elle relevé.  Elle a ensuite enjoint le Conseil à prendre des mesures pour inciter les parties à négocier un cessez-le-feu et à se rendre sur place pour attirer l’attention sur les conditions sur le terrain et sur le besoin urgent d’une solution politique et non militaire. 

Une unité d’objectif similaire est nécessaire au Myanmar, a fait valoir Mme Robinson, selon laquelle « la normalisation et l’acceptation d’un coup d’État illégal ne sont pas une voie vers la stabilité régionale ».  Au contraire, la prolongation de l’état d’urgence par l’armée et la détention illégale des dirigeants politiques de la Ligue nationale pour la démocratie risquent d’entraîner le pays sur la voie d’un conflit civil prolongé, a-t-elle averti, invitant le Conseil de sécurité à soutenir et renforcer le rôle de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), qui n’a pas été en mesure de faire progresser la mise en œuvre de son plan en cinq points convenu en avril.  Selon elle, l’Envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU devrait également être habilité à travailler avec le nouvel Envoyé spécial de l’ASEAN pour trouver une solution politique à la crise via le renforcement de la confiance et du dialogue entre toutes les parties.  

Enfin, s’agissant du conflit israélo-palestinien, elle a noté que le dernier cycle de violence a montré la nécessité pour la communauté internationale de s’attaquer aux causes profondes et de se fonder sur le respect du droit international.  Regrettant que le Conseil n’ait pas traité les violations persistantes de la résolution 2334 (2016), ce qui a eu pour effet de saper les perspectives de paix et une solution à deux États, elle l’a sommé de prendre des mesures énergiques pour tenir les parties responsables.  Elle a également souhaité que les États Membres encouragent toutes les parties à coopérer avec l’enquête de la Cour pénale internationale (CPI) sur la situation en Palestine, dans le cadre de leur engagement envers le système international fondé sur des règles.  Bien que des divisions existent entre eux sur ces questions, elle a exhorté les membres du Conseil à revenir à la « base fondamentale de leur mandat » et à travailler sans relâche pour parvenir à un consensus « dans la mesure du possible ».  

M. LAKHDAR BRAHIMI, Membre émérite du Conseil de Sages, a déploré le fait que depuis sa dernière intervention devant le Conseil il y a trois ans, au sujet de la Palestine, la situation dans ce malheureux territoire occupé ne s’est pas améliorée.  Bien au contraire, la puissance occupante est ouvertement responsable d’une situation d’apartheid et son oppression excessivement dure et la dépossession systématique des Palestiniens ont embarrassé même certains de leurs partisans inconditionnels à travers le monde.  N’est-il pas grand temps de mettre un terme aux politiques ratées qui trahissent si injustement le droit fondamental du peuple palestinien à l’autodétermination et à une vie digne? a-t-il lancé.  

Axant ensuite son intervention sur l’Afghanistan, il a déploré l’échec de la « tentative courageuse » du Vice-Président de la République islamique d’Afghanistan, Amrullah Salih, et d’Ahmed Massoud, fils du « légendaire » chef de la guérilla, feu Ahmed Chah Massoud, de résister dans leur vallée du Panshir. 

Il a souligné qu’au centre du mandat et de l’action de l’ONU, se trouve la protection des droits fondamentaux de tous les Afghans, en particulier les plus vulnérables que sont les femmes et les filles, les déplacés internes, les minorités ethniques et religieuses, ainsi que les défenseurs des droits humains.  Pour poursuivre ce travail, l’ONU doit avoir le soutien du Conseil qui devra établir une sorte de système de coopération avec les autorités nationales et locales, « ce qui veut dire avec les Taliban ». 

Dire que la situation humanitaire est désastreuse serait un euphémisme, a-t-il poursuivi.  Pourtant, le flux d’aide s’est brutalement arrêté et la tendance des donateurs est d’abandonner l’Afghanistan maintenant que les Taliban ont repris le contrôle du pays.  Il a alerté que cette situation risque de mener au désastre, en particulier pour les secteurs de la santé et de l’éducation.  De telles positions absolutistes qui coupent l’Afghanistan de tout soutien financier prive les modérés de tout levier ou argument au sein des Taliban qui, a-t-il affirmé, ne sont pas monolithiques. 

Il faut faire face au fait que les Taliban contrôlent désormais tout l’Afghanistan, a-t-il insisté, relevant que nombreux sont ceux qui, au sein de la communauté internationale, ne souhaitent pas traiter avec les Taliban et ne sont pas prêts à accorder immédiatement une reconnaissance diplomatique au gouvernement que les Taliban sont sur le point de former.  Et alors que les Taliban ne semblent pas parler d’une seule voix, les institutions de l’État sont paralysées et le peuple afghan est abandonné.  La famine et le désespoir apparaissent comme la fatalité inéluctable de millions d’hommes, de femmes et d’enfants, a-t-il constaté.  

Comme première étape extrêmement urgente, il appartient au Secrétaire général de l’ONU, agissant avec le plein soutien du Conseil de sécurité uni, d’envoyer un représentant spécial à Kaboul pour entamer une discussion franche avec la direction des Taliban, a-t-il proposé.  Dans le même temps et quelle que soit l’évolution des discussions avec les Taliban, un programme humanitaire urgent et important doit être mis en place.  L’ONU, ses agences et les grandes ONG ont l’expérience nécessaire pour mettre en œuvre un tel programme et leur personnel local est hautement compétent et dévoué.  Il a rappelé que lorsque que l’ONU avait retiré son personnel international de l’Afghanistan pendant les années 1990, comme il l’a d’ailleurs fait cette fois encore, le personnel local est resté au travail et s’est acquitté de sa tâche d’une façon « remarquable », sans l’interférence des Taliban.  Pour le Sage, l’ONU devrait donc obtenir une garantie claire des Taliban que, comme la dernière fois, ils n’interféreront pas avec les opérations humanitaires.  

S’agissant du renouvellement, le 17 septembre, du mandat de la Mission d’Assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) « plus nécessaire que jamais », M. Brahimi a suggéré de limiter son action à un report technique de six mois afin de préparer le mandat fort dont la MANUA aura besoin dans la nouvelle phase à venir.  Il a relevé que les parties internationales impliquées en Afghanistan se rendent compte que le boycott des Taliban pendant les années 90 n’avait pas été la meilleure option.  Maintenus dans un isolement total, les Taliban avaient une image déformée du reste du monde: Oussama Ben Laden aurait-il bénéficié de la protection dont il avait besoin pour préparer et exécuter les attentats du 11 septembre si les Taliban avaient bénéficié d’une reconnaissance internationale? 

M. Brahimi a aussi estimé que les Taliban pensent qu’ils représentent désormais l’écrasante majorité du peuple afghan et qu’ils gouvernent en leur nom, « bien que cela ne soit pas vrai ».  Pour le Sage, ils ne sont pas différents des auteurs d’un coup d’État ou d’un parti politique qui a remporté une élection: nombre de leurs compatriotes ne les soutiennent pas.  Et ils doivent comprendre que les centaines de milliers, peut-être des millions d’Afghans qui se sont précipités vers l’aéroport de Kaboul et les frontières de chacun de leurs voisins ne sont que la partie émergée de l’iceberg.  En effet, beaucoup plus de citoyens afghans ne se réjouissent pas de leur autorité. 

Notant enfin que l’islam politique est désormais une réalité dans de nombreux pays à majorité musulmane, il a jugé urgent de mettre fin à l’exclusion mutuelle et d’accepter de vivre ensemble dans la tolérance, le respect mutuel et la coopération.  

M. NIANDOU AOUGI (Niger) a tout d’abord souligné qu’en dépit des divergences du Conseil de sécurité sur ces questions, les menaces de la prolifération nucléaire et des changements climatiques sont bien réelles.  C’est pourquoi, a-t-il dit, il est nécessaire d’écouter tous les acteurs concernés et d’user des outils de la négociation et du dialogue pour un règlement pacifique des différends entre les nations.  À propos des armes nucléaires, le représentant a rappelé la vision des Sages sur la nécessité pour les États membres de se conformer à leur position en « 4 D »: doctrine, désamorçage, déploiement et décroissance.  S’agissant de la crise climatique, il a jugé inévitable de reconnaître son lien avec la paix et la sécurité internationales au regard de plusieurs conflits dus aux effets des changements climatiques, notamment dans la région du Sahel et dans le bassin du lac Tchad. 

Face à ces défis, il importe de renforcer le multilatéralisme afin de maintenir la paix et la sécurité, favoriser le développement durable, lutter contre les changements climatiques, proposer des solutions pacifiques aux conflits et favoriser la reconstruction après les conflits, a plaidé le délégué, souhaitant que le Conseil de sécurité continue d’user de ses bons offices en vue de prévenir l’apparition, l’aggravation ou la propagation des conflits internationaux.  Selon lui, le Conseil de sécurité doit aussi s’adapter aux menaces non traditionnelles et aux crises à déclenchement rapide, comme l’apparition de la pandémie de COVID-19.  À ce titre, il doit veiller au suivi de ses résolutions 2532 (2020) et 2565 (2021) relatives à cette crise, a-t-il ajouté, avant d’appeler une nouvelle fois les États à la solidarité internationale pour la distribution des vaccins, au respect de la trêve mondiale demandée par le Secrétaire général pour des raisons humanitaires et à un renforcement du multilatéralisme de santé. 

Le délégué a ensuite encouragé les Sages à servir de référence pour les institutions des Nations Unies en général et le Conseil de sécurité en particulier.  Leurs messages antérieurs ainsi que ceux d’aujourd’hui démontrent un signal fort et des conseils pratiques qui nous aideront sans aucun doute dans la prise de nos décisions futures, a-t-il affirmé. 

Mme BARBARA WOODWARD (Royaume-Uni) a exhorté le Conseil de sécurité à évoluer et ne pas s’autocensurer face à des menaces émergentes, citant les changements climatiques et la pandémie de COVID-19.  « Nous devons réagir plus tôt pour prévenir les conflits et l’escalade », a-t-elle aussi insisté, l’appelant à faire des progrès en matière d’alerte précoce.  Tout en notant que le Conseil de sécurité n’a pas agi assez vite face au conflit au Tigré, elle s’est dite persuadé qu’un engagement continu et constructif du Conseil peut empêcher une nouvelle escalade et encourager une solution politique au conflit.  À cette fin, comment le Conseil peut-il soutenir au mieux les efforts de l’Envoyé spécial de l’Union africaine pour la Corne de l’Afrique? 

S’agissant de l’Afghanistan, la déléguée a souligné que le système multilatéral et des messages clairs et coordonnés de l’ensemble de la communauté internationale, y compris via le Conseil, seront nécessaires pour obliger les Taliban à répondre de leurs actes.  L’adoption de la résolution 2593 la semaine dernière fournit une base solide pour que le Conseil continue de jouer son rôle dans cette entreprise vitale.  « L’adoption de la résolution 2593 la semaine dernière fournit une base solide pour que le Conseil continue de jouer son rôle dans cette entreprise vitale », a-t-elle dit.  Elle a ensuite salué l’unité exprimé par le Conseil pour condamner la violence et appeler au rétablissement de la démocratie au Myanmar, appelant à la poursuite de l’examen de toutes les options en appui à une solution politique . 

Mme HALIMAH AMIRAH FARIDAH DESHONG (Saint-Vincent-et-les Grenadines) a relevé que dans les contextes fragiles, tels que les États touchés par des conflits et vulnérables au climat, la pauvreté et le sous-développement restent des réalités répandues.  Notant que ces défis de développement se manifestent souvent par des cycles douloureux d’hostilité et de violence et provoquent des crises humanitaires dévastatrices, elle a appelé à faire mieux pour protéger les plus vulnérables.  Les principes fondamentaux du droit international énoncés dans la Charte des Nations Unies ne sont pas négociables et doivent continuer à être la pièce maîtresse de tous les efforts visant à maintenir la paix et la sécurité internationales. 

Elle a appelé à une approche « globale » de la prévention des conflits, de leur résolution et des activités de consolidation de la paix après les conflits.  Le Conseil de sécurité devrait ainsi collaborer plus étroitement avec l’Assemblée générale et le Conseil économique et social (ECOSOC) pour élaborer des stratégies de développement pratiques, sensibles au genre, centrées sur les personnes et sensibles au climat, et mises en œuvre dans les pays touchés par un conflit conformément à leurs besoins et priorités nationaux. 

Mme Deshong a également appelé le Conseil à prendre pleinement en compte les risques sécuritaire découlant de l’aggravation de la crise climatique.  La justice réparatrice pour les abus passés, y compris les injustices historiques qui ont laissé dans leur sillage de terribles héritages d’iniquité et de sous-développement, doit également faire partie de tout programme sérieux pour une paix et une sécurité durables, a-t-elle estimé.  En outre, la question de l’accès équitable à l’échelle mondiale aux vaccins contre la COVID-19 reste une préoccupation primordiale.  Il en va de même de la nécessité pour tous les États d’abandonner les pratiques unilatérales, y compris les sanctions économiques et autres mesures qui entravent les efforts pour se remettre durablement de cette pandémie. 

Mme MONA JUUL (Norvège) a estimé que le Conseil de sécurité hésite trop souvent à agir tôt pour prévenir les conflits.  C’est pourquoi, elle a jugé pertinent d’institutionnaliser un mécanisme d’alerte précoce en exploitant les ressources des équipes de pays, mais aussi la valeur ajoutée des partenariats avec des entités régionales, sous-régionales et locales.  Par ailleurs, elle a souligné l’importance des séances d’information et des missions d’enquête pour détecter les signes avant-coureurs de conflits potentiels, jugeant en outre que l’inclusion de la société civile, y compris les organisations de femmes et les défenseurs des droits humains, permet des réponses plus efficaces. 

« En Afghanistan, les femmes sont confrontées à une incertitude extrême », a-t-elle déclaré avant de prévenir qu’il n’y a « pas de solution humanitaire sans femmes, pas de croissance économique sans femmes et pas de paix sans femmes ».  La Représentante a également estimé qu’il était important de tendre la main à des homologues considérés comme « hors limites ».  Illustrant son propos, elle a expliqué que la Norvège, dans le cadre de son action de médiateur des pourparlers de paix au Moyen-Orient, a maintenu des contacts avec les Taliban depuis 2007.  Elle a par ailleurs exhorté le Conseil de sécurité à développer de nouvelles façons de répondre aux menaces non traditionnelles, telles que les changements climatiques.  Enfin, malgré d’apparentes divisions entre les membres du Conseil, la représentante norvégienne s’est félicitée et s’est dite encouragée par l’adoption unanime d’une série de résolutions. 

M. T. S. TIRUMURTI (Inde) a regretté que le Conseil de sécurité soit devenu « l’outil politique de quelques privilégiés ».  Alors que l’ONU a été fondée sur la base de l’égalité souveraine des nations, nulle part ailleurs ce principe n’a été plus démenti que dans son principal organe, où « certains sont plus égaux que les autres », a-t-il dénoncé, observant que, plus de sept décennies et demie après la création du Conseil, l’« inégalité structurelle des droits de vote » continue de nuire à son efficacité collective.  En outre, a insisté le représentant, il existe une tendance à trop insister sur les responsabilités du Conseil, en particulier au titre du Chapitre VII, tout en ignorant les mesures collectives, c’est-à-dire les outils de diplomatie préventive reflétés dans la Charte des Nations Unies. Déplorant les « conséquences désastreuses » d’interventions faites sans tenir compte des efforts de médiation régionale, il a appelé à « tirer les bonnes leçons de l’histoire ». 

Ces dernières années, a-t-il poursuivi, l’expression « maintien de la paix et de la sécurité internationales » est devenue « un objet d'interprétation subjective et une question de commodité politique ».  Selon le représentant, les appels à invoquer l’Article 99 de la Charte, associés aux tentatives d’influencer la situation sur le terrain par le biais de la société civile et des médias, sapent les outils de prévention des conflits.  De fait, a-t-il souligné, « ce dont nous avons besoin aujourd’hui, ce sont des efforts de diplomatie préventive proactifs et collaboratifs de l’ONU et des organisations régionales ». 

Dans ce contexte, la réforme des réponses et des processus de l’ONU est la « nécessité du moment », a estimé M. Tirumurti.  À ses yeux, le Conseil de sécurité ne peut s’acquitter efficacement de ses responsabilités de maintien de la paix et de la sécurité internationales sans être « véritablement représentatif du monde contemporain ».  Il a plaidé pour une répartition claire des rôles des principaux organes de l’ONU, soutenant que les questions sociales et économiques doivent être traitées par l’Assemblée générale et non par le Conseil de sécurité.  En outre, la tendance à charger le Conseil d’un nombre croissant de défis mondiaux fondés sur leur « lien perçu » avec une menace à la paix et à la sécurité sera vouée à l’échec, a-t-il estimé. 

Le représentant a par ailleurs exhorté le Conseil à adopter rapidement une convention globale sur le terrorisme international.  Évoquant la mise en œuvre des résolutions 2532 (2020) et 2565 (2021), il a prévenu que la vaccination est le meilleur espoir pour l’humanité de sortir avec succès de la pandémie. 

Mme LINDA THOMAS-GREENFIELD (États-Unis) a estimé que « les résultats sont indéniables », notant que depuis la fondation des Nations Unies, il y a eu moins de conflits à grande échelle qu’à aucun autre moment de l’histoire.  Tout en reconnaissant que le travail du Conseil peut être imparfait, elle a estimé que l’organe est l’un des meilleurs outils dont on dispose pour relever les grands défis auxquels on est confronté. 

S’agissant de la pandémie de COVID-19, elle indiqué que le Président Biden compte faire des États-Unis « l’arsenal de la vaccination ».  Le pays a fait don de plus de 126 millions de doses de vaccins conte la COVID-19 à des pays du monde entier, et en particulier aux pays à revenu faible ou intermédiaire et à l’Union africaine (UA).  Nous avons fourni ces vaccins sans aucune condition, et nous en avons fourni plus que tous les autres pays réunis, s’est enorgueillie la déléguée.  Elle a estimé que le Conseil de sécurité lui-même a un rôle clef à jouer dans la réponse à la COVID-19, évoquant notamment l’adoption de résolutions appelant à un cessez-le-feu mondial et à une plus grande coopération pour distribuer des vaccins dans les zones de conflit.  Et nous devons nous exprimer dans les cas où ces résolutions doivent être mises en œuvre, notamment en « Birmanie » où la violence continue paralyse la réponse à la pandémie, a dit la déléguée. 

Mme Thomas-Greenfield s’est ensuite penchée sur la menace que représente la crise climatique, évoquant notamment les incendies de forêt extrêmes en Californie, les ouragans dévastateurs qui se sont abattus en Louisiane et des inondations dangereuses qu’a subi la région de New York ces dernières semaines.  Elle a appelé à maintenir à portée de main l’objectif de limiter à 1,5 degré Celsius l’augmentation moyenne de la température mondiale, arguant en outre que les impacts des changements climatiques constituent également une menace pour la paix et la sécurité.  Au Conseil de sécurité, les États-Unis sont ravis d’avoir rejoint le Groupe des amis sur le climat et la sécurité plus tôt cette année pour mettre en évidence les implications de la crise climatique sur la sécurité. 

Enfin, sur la question des droits humains, la représentante a décrié que le racisme systémique, le ciblage régulier de la communauté LGBTQIA+ et la discrimination persistante contre les minorités religieuses, les personnes handicapées, les femmes et les filles se poursuivent dans tous les pays du monde.  Elle a indiqué qu’en juillet, les États-Unis ont annoncé leur intention d’adresser une invitation permanente formelle à tous les experts de l’ONU qui font des rapports et conseillent sur des questions thématiques relatives aux droits de l’homme.  La représentante a également souligné que ce n’est qu’en promouvant les droits du peuple afghan que l’on pourra jeter les bases d’un Afghanistan stable, sûr, inclusif et en paix avec lui-même.  Aux États qui estiment que les droits humains sont facultatifs, elle a prévenu que tous les efforts visant à faire reculer la protection des droits humains au Conseil de sécurité, y compris les efforts visant à limiter la surveillance et les rapports sur les droits de l’homme, se heurteront à la plus forte opposition possible de notre part. 

Mme ANNA M. EVSTIGNEEVA (Fédération de Russie) a constaté que l’ordre mondial subit actuellement une transformation profonde dans un contexte de polarisation croissante et de tentatives de diviser les pays.  « Certains États tentent de monopoliser l’ordre international ou d’imposer leurs propres valeurs » a dénoncé la représentante avant de fustiger les États qui menacent de sanctions, voire de l’usage de la force, ceux qui ne sont pas d’accord avec eux.  Après avoir prévenu qu’une telle vision du monde faite de menaces et de coercition n’aide pas à résoudre les conflits ou à réduire les tensions, la délégué a appelé à l’émergence d’une véritable coopération qui se traduise par la participation libre et égale de tous les États.  Notant le mandat unique du Conseil de maintenir la paix et la sécurité internationales, elle a appelé à une approche prudente pour intégrer d’autres sujets dans ses travaux et a appelé au strict respect des principes de non-ingérence et d’égalité souveraine des États.  Dans cette optique, elle a mis en garde contre toute tentative d’utiliser le Conseil comme outil de pression contre des gouvernements légitimes. 

M. SVEN JÜRGENSON (Estonie) a rappelé que les Nations Unies ont été créées « en pensant à l’avenir ».  À cette aune, les valeurs et principes juridiques convenus il y a 76 ans restent tout aussi valables aujourd’hui, a-t-il assuré, avant de se féliciter que le Conseil de sécurité continue d’évoluer, comme il l’a prouvé lors de la pandémie actuelle en faisant de son mieux pour faire face aux conflits dans le monde entier.  Se disant inquiet de la détérioration de la situation des droits de l’homme, notamment au Tigré, au Bélarus et en Afghanistan, il a noté que la tâche du Conseil est de promouvoir et d’encourager le respect des droits humains, tout en obligeant les auteurs à répondre de leurs actes.  Toutefois, a ajouté le représentant, l’objectif principal du Conseil est de maintenir la paix et la sécurité internationales.  « Quand des bombes explosent et que des personnes perdent la vie, il est déjà trop tard pour nous ».  De fait, il est essentiel de privilégier la prévention et la préparation plutôt que de faire face aux conséquences. 

Pour rester pertinent et s’acquitter de sa responsabilité dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales, le Conseil doit faire face aux menaces de sécurité nouvelles et émergentes, a fait valoir le délégué, évoquant l’apparition ces dernières années de cyberactivités malveillantes qui ciblent les infrastructures pétrolières, le secteur de l’alimentation et de la santé. Face à ces menaces, il est nécessaire que les États prévoient le cadre d’un « comportement étatique responsable » et se conforment au droit international, a-t-il plaidé, avant de rappeler que, pendant la récente présidence estonienne, le Conseil a tenu son tout premier débat public consacré au maintien de la paix et de la sécurité dans le cyberespace.  Enfin, il a estimé que le multilatéralisme doit être plus inclusif, plus en réseau et placer les droits humains au cœur de ses préoccupations.  À cette fin, a-t-il conclu, nous devons aider à la création d’un espace de société civile sûr et diversifié, vital pour les communautés résilientes. 

M. BING DAI (Chine) a appelé à promouvoir le multilatéralisme, y compris dans le cadre actuel de lutte contre la pandémie de COVID-19.  Il a dénoncé le nationalisme vaccinal qui conduit à la détérioration des stocks de vaccins.  Le représentant a également appelé au respect des modèles de développement choisis par les pays tiers.  Comme l’a démontré le cas de l’Afghanistan, le Conseil de sécurité ne peut imposer des voies de sortie de crise aux pays. 

Le représentant a rappelé que les attentats du 11 septembre ont eu lieu il y a 20 ans, mais que le terrorisme reste bien vivant à travers le monde.  Il a dit que depuis 50 ans que la Chine a pris sa place au sein du concert des Nations à l’ONU, elle a œuvré pour la paix et la sécurité internationales et entend poursuivre en ce sens. 

M. MICHAEL KAPKIAI KIBOINO (Kenya) a estimé que les Sages peuvent apporter des idées au Conseil sur la façon de répondre à des menaces existentielles de notre temps, telles que les pandémies, les changements climatiques, le terrorisme et l’extrémisme violent.  S’agissant tout d’abord de la pandémie de COVID-19, le délégué a rappelé qu’il a fallu trois mois au Conseil pour se mettre d’accord sur la résolution 2532 (2020) appelant à soutenir l’appel du Secrétaire général à un cessez-le-feu mondial dans ce contexte de crise sanitaire mondiale.  Il s’est demandé comment le Conseil peut appuyer au mieux la mise en œuvre de ce texte et de la résolution 2565 (2021) pour permettre une coopération mondiale accrue en matière vaccinale, lutter contre la désinformation et préparer les populations à une prochaine pandémie.  Sollicitant l’avis des Sages, il a souhaité savoir si un traité international aiderait à guider le système multilatéral en reconnaissant que les pandémies ont des implications sur la durabilité de la paix et du développement. 

M. Kiboino a ensuite jugé urgent de parvenir à un consensus multilatéral sur le lien entre la paix et la sécurité internationales et les changements climatiques. Il n’est plus tenable, à son avis, de sous-estimer les effets dévastateurs de ce phénomène à la fois comme cause sous-jacente et multiplicateur des conflits et de l’insécurité à l’échelle mondiale.  Quelles approches innovantes devraient adopter les Nations Unies en général et le Conseil de sécurité en particulier pour faire face à l’impact de cette crise en Afrique, dans les petits États insulaires et dans le monde, a-t-il interrogé les Sages?

S’agissant du terrorisme et de l’extrémisme violent, le représentant a rappelé que son pays a constamment réclamé l’inscription sans exception de tous les groupes terroristes reconnus, tels que les Chabab, aux régimes de sanctions du Conseil.  À cet égard, il a voulu savoir comment le système multilatéral devrait se reconfigurer en termes de préparation et de réponse pour traiter cette menace inextricable.  Autre interrogation: comment les approches multilatérales peuvent-elles être mieux utilisées pour réduire les opportunités sur lesquelles tablent les groupes terroristes et militants pour se renforcer à l’échelle mondiale ? 

M. JUAN RAMÓN DE LA FUENTE RAMIREZ (Mexique) a appelé à soutenir le retour de la démocratie au Myanmar et ne pas laisser s’effondrer les progrès réalisés en Afghanistan.  « Comme nous l’avons déclaré conjointement avec l’Irlande, en tant que coprésidents du Groupe informel sur les femmes, la paix et la sécurité, le Conseil de sécurité doit s’unir pour rejeter toute atteinte aux droits des femmes et des filles afghanes et insister sur une pleine participation des femmes dans tout nouveau gouvernement afghan », a-t-il insisté. 

En outre, le représentant a mis l’accent sur le désarmement en rappelant qu’il n’y a « pas de bonnes mains pour les mauvaises armes ».  Il a exhorté le Conseil de sécurité à soutenir les processus multilatéraux tels que la Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération, la dénucléarisation de la péninsule coréenne et un Moyen-Orient exempt de toutes sortes d’armes de destruction massive.  « En tant que président du Comité 1540, le Mexique s’efforcera de renforcer les mesures qui empêchent les acteurs non étatiques d’avoir accès à ce type d’armes de destruction massive lors du prochain examen complet », a-t-il indiqué avant d’appeler à accorder plus d’attention à la menace que représentent les armes légères et de petit calibre en restreignant les transferts irresponsables de ces armes qui alimentent les conflits partout où elles existent. 

Le délégué s’est aussi inquiété de l’impact désastreux des changements climatiques sur les conflits existants, notamment au Sahel ou la Corne de l’Afrique, ainsi qu’en Amérique latine et dans les Caraïbes.  Il a cité l’impact de la récente tempête qui a frappé Haïti, ajoutant aux conséquences du récent tremblement de terre, et a jugé que ce pays et d’autres petits États insulaires en développement méritent une plus grande attention de la part de ce Conseil. 

Notant la valeur ajoutée de l’Assemblée générale lorsque le Conseil est paralysé, le représentant du Mexique s’est félicité que 179 pays aient coparrainé la résolution 74/274 promue par le Mexique en avril 2020, en faveur d’un accès transparent et équitable aux futurs vaccins, afin de lutter contre la pandémie de COVID-19.  Il a ensuite appelé à solliciter l’avis du Groupe des sages sur la conduite à tenir face à des actions insuffisantes du Conseil de sécurité. 

M. TAREK LADEB (Tunisie) a jugé important d’effectuer un diagnostic objectif de la performance du Conseil de sécurité afin de développer des solutions appropriées pour être en mesure de relever les divers défis du moment, dont le terrorisme, les changements climatiques, les pandémies et les cybermenaces, en plus de la complexité des crises et des conflits existants et nouveaux.  Sollicitant l’avis du Conseil des Sages, il s’est interrogé sur le rôle que le Conseil de sécurité peut jouer face à ces menaces, surtout en l’absence de consensus entre ses membres sur la question de savoir si elles relèvent de ses pouvoirs. 

Alors que les membres du Conseil de sécurité conviennent à l’unanimité de l’importance stratégique de la coopération et de la complémentarité entre le Conseil de sécurité et les organisations régionales, le délégué a noté que l’impression qui prévaut reste que cette coopération n’a pas atteint le niveau souhaité, notamment sur le continent africain et dans la région arabe qui accueillent le plus grand nombre de missions de maintien de la paix de l’ONU.  Quelle est votre vision pour une coopération plus efficace et le partage des rôles pratiques entre le Conseil et les organisations régionales, en particulier à la lumière de la période prolongée pendant laquelle la plupart des questions sont inscrites à l’ordre du jour du Conseil, a-t-il lancé à l’endroit des Sages. 

M. DINH QUY DANG (Viet Nam) a appelé à favoriser un sentiment d’appropriation de la part des gouvernements et des autorités locales, en particulier dans les situations d’après-conflit et de reconstruction.  « Pour que le système multilatéral fonctionne de manière plus efficace, réactive et en synergie », le représentant a appelé à réformer le Conseil de sécurité afin d’améliorer sa transparence, sa démocratie, sa représentativité et son efficacité.  Il a aussi souligné le rôle complémentaire des organisations régionales, telles que l’Union africaine, dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales et régionales.  « Dans notre région, l’ASEAN a affirmé son rôle central dans l’architecture de sécurité régionale, notamment dans la prévention et le règlement des conflits et dans le traitement des problèmes régionaux et internationaux », s’est-il félicité avant de souligner l’importance d’une assistance au renforcement des capacités nationales.

Enfin, le représentant du Viet Nam a demandé au Conseil des Sages leur avis sur les mesures pratiques envisageables pour améliorer l’efficacité et la souplesse du Conseil face aux nouveaux défis, tout en maintenant l’unité et l’inclusivité. 

NICOLAS DE RIVIÈRE (France) a commencé son intervention en précisant que la France s’est jointe à l’appel de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour condamner les événements survenus en Guinée le 5 septembre, demander le retour à l’ordre constitutionnel et la libération du Président Condé.  Rappelant que l’unité des membres du Conseil de sécurité est le garant de la paix et de la sécurité internationales, le représentant a cité en exemple l’unité dont a fait preuve le Conseil de sécurité pour régler la crise de Côte d’Ivoire en 2011 et de la Libye « où la paix est à portée de main à l’aune des élections parlementaires et présidentielle du 24 décembre prochain. »   

Le représentant a appelé le Conseil à mettre de côté ses différends pour parvenir à régler enfin le conflit syrien, avant de préciser que les 10 milliards de dollars mobilisés lors du Forum Génération Égalité à Paris en juillet dernier doivent y contribuer.  Il a également exhorté à ne ménager aucun effort pour favoriser le retour mutuel des États-Unis et de l’Iran au respect de leurs engagements au titre de l’accord de Vienne de juillet 2015. 

S’agissant de la composition du Conseil de sécurité, le représentant a appuyé l’élargissement dans les deux catégories de membres et une présence accrue de l’Afrique.  Il a appelé tous les États membres, en particulier les membres permanents du Conseil, à rejoindre l’initiative en faveur de la suspension volontaire et collective de l’usage du veto en cas d’atrocités de masse.  Nous pouvons aussi étoffer notre réponse, a-t-il ajouté, citant le projet que les pays du Sahel, la France et leurs partenaires portent avec la Coalition pour le Sahel pour répondre à l’ensemble des dimensions de la crise. 

Notant en outre que « l’outil le plus efficace pour traiter les crises, c’est investir dans la prévention » le représentant de la France a appelé à mieux identifier les crises de demain pour circonscrire les menaces avant qu’elles ne dégénèrent.  Il a jugé indispensable que les conséquences du réchauffement climatique soient mieux prises en compte dans les résolutions du Conseil de sécurité afin d’anticiper ses répercussions sur la paix et la sécurité internationales. 

Mme GERALDINE BYRNE NASON (Irlande) a déclaré que le multilatéralisme doit être au cœur des efforts déployés pour relever les défis mondiaux, notamment les menaces à la paix et à la sécurité internationales.  Elle a également souligné que pour être durables, les processus de paix doivent être inclusifs et veiller à ce que les voix des plus vulnérables puissent se faire entendre. 

Notant que les changements climatiques sont le défi déterminant de notre génération et menacent de surcroit notre sécurité collective, elle a prévenu que si on ne tient pas en compte de cette réalité, leurs effets déstabilisateurs finiront par se faire sentir dans tous les pays.  Elle a indiqué que la présidence du Conseil de ce mois sera l’occasion d’examiner les mesures concrètes que le Conseil peut prendre en réponse aux risques pour la sécurité climatique.  Nous devons mettre en place les systèmes nécessaires pour permettre au Conseil de tenir compte des effets néfastes des changements climatiques dans l’exécution de son mandat, a-t-elle insisté. 

La représentante a ensuite fait part de sa préoccupation au sujet du sort des femmes et des filles en Afghanistan. Citant l’ancienne Présidente Mary Robinson, elle a déclaré que « dans une société où les droits et le potentiel des femmes sont limités, aucun homme ne peut être vraiment libre.  Il a peut-être le pouvoir, mais il n’aura pas la liberté  ».  Elle a appelé le Conseil à faire tout ce qui est en son pouvoir pour promouvoir et protéger les droits humains des courageuses femmes afghanes.  La promotion du respect des droits humains, y compris la protection de l’espace de la société civile et des défenseurs des droits, doit être au cœur de notre engagement envers les pays en crise, a insisté Mme Nason.  Le Conseil, a-t-elle souligné, ne peut tout simplement pas se permettre d’être divisé sur des questions qui nécessitent une action urgente. 

Reprenant la parole, la Présidente du Conseil des Sages a remercié les délégations pour leurs commentaires et questions, formant le vœu que le Conseil de sécurité et le Conseil des Sages « maintiennent cette qualité de relation ».  Elle s’est aussi félicitée que les membres du Conseil de sécurité aient réaffirmé l’importance d’un système multilatéral cohérent et intégré. 

En réponse aux questions posées sur la situation au Tigré, elle a réitéré sa proposition de visite des membres du Conseil dans cette région de l’Éthiopie en proie à un conflit violent.  Le Conseil a déjà effectué des visites au Tchad, au Sahel et en République démocratique du Congo, il est peut-être temps qu’il se rende au Tigré, ne serait-ce que pour entretenir sa collaboration avec l’Union africaine sur cette situation, a-t-elle avancé.  Évoquant ensuite la crise liée à la pandémie de COVID-19, elle a estimé que l’inégalité principale est l’accès inéquitable aux vaccins.  Elle a rappelé à cet égard que deux des Sages présents à cette réunion du Conseil, Mme Ellen Johnson Sirleaf et M. Ernesto Zedillo, traitent de ces questions au sein du Groupe indépendant sur la prévention et la réponse aux pandémies.  Cette crise sanitaire est aussi une crise économique et sociale, d’où l’idée d’une déclaration de l’Assemblée générale pour que les États Membres prennent acte qu’il ne s’agit pas seulement d’un problème de l’OMS mais de tous les pays, collectivement. 

Rappelant sa visite en Afghanistan en mars 2002, Mme Robinson a insisté sur le fait que les droits humains ne sont pas des droits occidentaux mais des droits universels reconnus par les différents instruments pertinents.  Tous les pays ont accepté la Déclaration universelle des droits de l’homme et un grand nombre ont avalisé les pactes relatifs aux droits humains, a-t-elle relevé, insistant sur l’importance de maintenir les avancées enregistrées en Afghanistan en matière de condition féminine.  « Que pourra-t-on offrir aux femmes et aux filles de ce pays si un coup d’État suffit à abolir tous leurs droits », a souligné la Présidente du Conseil des Sages, avant d’inviter les pays qui dialogueront avec les Taliban à aborder avec eux cette question fondamentale. 

Mme Robinson s’est également réjouie que de nombreuses délégations aient fait allusion aux changements climatiques et à leurs effets sur la paix et la sécurité internationales.  Selon elle, les experts du climat interrogé sur ce point s’étonnent que le Conseil de sécurité ne se rende pas compte qu’il s’agit d’un « multiplicateur de menaces ».  Si le Conseil se résout à adopter une résolution à ce sujet, elle doit être forte, faute de quoi le texte sera de peu d’utilité, a-t-elle averti, appelant les 15 à prendre conscience de l’ampleur de la menace.  Enfin, elle a salué les mentions faites à la question de la prolifération nucléaire, remerciant la présidence irlandaise du Conseil de revenir sur ce point au cours du mois.  Pour Mme Robinson, des occasions comme cette réunion avec les Sages rappellent au Conseil qu’il n’est « pas une somme d’individualités mais un collectif dont le monde a besoin ».  Bien sûr, a-t-elle convenu, sa composition n’est pas représentative du monde actuel mais le Conseil a une responsabilité collective et doit faire preuve d’unité face aux crises de notre temps.

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