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CS/14636
15 septembre 2021
8859e séance – matin

Conseil de sécurité: le Représentant spécial s’inquiète de la lenteur de la mise en œuvre de l’Accord revitalisé sur le règlement du conflit au Soudan du Sud

Trois ans après la signature de l’Accord revitalisé sur le règlement du conflit en République du Soudan du Sud, le Représentant spécial du Secrétaire général, a averti ce matin, devant le Conseil de sécurité, que la réalisation des dispositions transitoires en matière de sécurité représente un important défi pour le processus de paix. 

Selon, M. Nicholas Haysom la lenteur dans la mise en œuvre de ces dispositions a amené à une fracture au sein de l’Armée populaire de libération du Soudan dans l’opposition.  Il a notamment alerté que la désertion des forces dirigées par les généraux Gatwech, Olony and Thomas Dhul, ainsi que les conflits entre ces groupes et les forces de Riek Machar, saperont le processus de paix, tandis qu’au niveau politique, cette situation a exacerbé le déséquilibre entre les principales parties à l’Accord. 

« Il est impératif que les parties mettent de côté les antagonismes pour travailler en tant que gouvernement d’unité en faveur de la paix », a martelé le Représentant spécial qui a appelé les deux factions à résoudre leurs différends politiquement.  Il a également averti que les divisions au sein de l’Armée populaire de libération du Soudan dans l’opposition pourraient déclencher des violences au sein des camps de déplacés.  

Le Chef de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS)a en outre souligné que la réalisation des dispositions transitoires en matière de sécurité est d’autant plus importante que le processus électoral ne peut être garanti que par des institutions de sécurité impartiales et unifiées.  De même, il s’est inquiété de l’absence de consensus sur les délais exacts dans lesquels les élections auraient lieu, l’interprétation la plus généreuse fixant leur tenue au début de 2023, « ce qui suppose que l’enregistrement de tous les électeurs soit finalisé d’ici á la fin de 2022 ». 

« À défaut de préparations techniques et politiques adéquates, cette élection pourrait être une catastrophe au lieu d’un tournant national positif », a mis en garde le Représentant spécial qui a demandé au Conseil d’encourager tous les acteurs concernés, y compris la communauté internationale, à concentrer leur attention sur cette tâche. 

« Ces élections sont essentielles pour l’édification d’un État autosuffisant et démocratique mais elles doivent s’accompagner d’un processus constitutionnel et de la création d’espaces pour l’expression des mécontentements », a renchérit la délégation des États-Unis qui s’est inquiétée des efforts déployés par le Gouvernement pour s’opposer à des groupes de la société civile. 

Les préoccupations de M. Haysom ont également trouvé écho dans l’intervention de Mme Merekaje Lorna Nanjia, une activiste sud-soudanaise, qui a qualifié les mesures prises pour la mise en œuvre de l’Accord revitalisé de « minimes, incohérentes, intermittentes et lentes ».  De nombreux citoyens estiment que cette mise en œuvre retardée ne sert que l’intérêt de l’élite politique, a-t-elle expliqué, appelant à plus de pression pour que les choses aillent plus vite.   La France a pour sa part insisté auprès des autorités pour qu’elles préparent dès maintenant le cadre juridique des élections, l’opérationnalisation de la commission électorale nationale et l’affectation des ressources nécessaires à l’organisation des élections.  À l’instar du Mexique, de nombreuses délégations ont en outre appelé à des efforts supplémentaires pour que soit respecté l’objectif de 35% de participation des femmes au sein du gouvernement. 

Cette séance a également été marquée par l’intervention de la Directrice des opérations au Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) qui a alerté que la population du Soudan du Sud fait aujourd’hui face au plus haut niveau d’insécurité alimentaire jamais enregistré depuis l’indépendance.  Plus de 60% des Sud-Soudanais souffrent d’une insécurité alimentaire sévère, et plus de 8,3 millions de personnes ont actuellement besoin d’une assistance humanitaire, dont 1,4 million d’enfants, a-t-elle notamment précisé. 

Mme Reena Ghelani a également indiqué que le Plan de réponse humanitaire pour le Soudan du Sud de 1,7 milliard de dollars n’est financé qu’à hauteur de 56% et que les défis liés au financement ont contraint depuis avril le Programme alimentaire mondial (PAM) à réduire les rations dans tous les sites de protection des civils et les camps de déplacés, affectant 700  000 personnes.  « Si nous avons évité une catastrophe cette année, nous devons plus que jamais rester vigilants afin que nous ne nous retrouvions pas de nouveau au bord de la famine », a-t-elle déclaré.  

Cette situation a alarmé la majorité des membres du Conseil, à l’instar de la Norvège qui a fait observer que même si le conflit est le principal moteur de la situation humanitaire, on ne saurait ignorer les effets directs et indirects des changements climatiques, y compris les inondations, qui agissent comme un « amplificateur et multiplicateur de la crise »

Le représentant du Soudan du Sud est également intervenu au cours de cette réunion.

RAPPORTS DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LE SOUDAN ET LE SOUDAN DU SUD - S/2021/784

Déclarations

M.  NICHOLAS HAYSOM, Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan du Sud et Chef de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS), a rappelé que le 12 septembre a marqué le troisième anniversaire de l’Accord revitalisé sur le règlement du conflit en République du Soudan du Sud. Le 30 août, l’Assemblée législative nationale provisoire reconstituée a été inaugurée et ses membres ont ensuite prêté serment le 2 août.  Le Soudan du Sud est entré dans l’Histoire avec la nomination, pour la première fois, d’une femme Présidente de l’Assemblée législative nationale provisoire reconstituée et Vice-Présidente du Conseil des États.  Ces mesures positives doivent maintenant être complétées par la reconstitution des corps législatifs sous-nationaux des États. 

Il a précisé que des projets de loi prioritaires ont été préparés par le Comité national d’amendement de la Constitution, lesquels portent notamment sur la réforme des institutions sécuritaires, financières, judiciaires, constitutionnelles et électorales.  Un groupe de travail ministériel a présenté un projet de loi sur le processus d’élaboration de la Constitution au Ministère de la justice et à l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD).  C’est un grand pas en avant vers un nouveau contrat social, s’est réjoui le Représentant spécial, ajoutant que la MINUSS et l’équipe de pays des Nations Unies travaillent avec des organisations locales pour garantir que les consultations constitutionnelles soient inclusives et que les voix extérieures aux élites politiques, en particulier au niveau local, soient entendues. 

Les préparatifs électoraux doivent être menés parallèlement à l’élaboration de la Constitution, a poursuivi le Représentant spécial. Le président Kiir a d’ailleurs récemment reconnu qu’un tel processus est essentiel et que sa préparation doit être lancée rapidement.  Toutefois, a noté M. Haysom, il n’y a pas encore de consensus sur les délais exacts et l’interprétation la plus généreuse verrait des élections au début de 2023, ce qui suppose que l’enregistrement de tous les électeurs soit finalisé d’ici á la fin de 2022. « À défaut de préparations techniques et politiques adéquates, cette élection pourrait être une catastrophe au lieu d’un tournant national positif », a mis en garde le Représentant spécial.  Il a demandé au Conseil d’encourager tous les acteurs concernés, y compris la communauté internationale, à concentrer leur attention sur cette tâche. 

Après avoir salué le lancement du processus consultatif de la Commission vérité, réconciliation et apaisement, M. Hayson a indiqué que le comité de coordination de haut niveau composé de hauts représentants du Gouvernement et de la MINUSS, avait amélioré la liberté de mouvement des patrouilles de la MINUSS. Par conséquent, le soutien de la Mission à la livraison de biens et de services humanitaires, sa capacité à se déplacer librement vers les points chauds et le réapprovisionnement de ses bases opérationnelles temporaires se sont également améliorés.  

Le Représentant spécial a évoqué les réformes économiques envisagées afin d’améliorer la stabilité macroéconomique et la transparence des finances publiques. L’une des premières tâches du nouveau parlement sera d’adopter le budget, a-t-il souligné, rappelant que les efforts de gestion des finances publiques, avec l’appui de la Banque mondiale, du PNUD et du FMI, ont permis au Soudan du Sud de régler les arriérés de salaires et d’harmoniser les taux de change.  Il est essentiel d’encourager le gouvernement à poursuivre sur cette voie, a-t-il estimé.  

Poursuivant, M. Hayson a indiqué que la réalisation des dispositions transitoires en matière de sécurité représente un important défi pour le processus de paix.  C’est d’autant plus important que le processus électoral ne peut être garanti que par des institutions de sécurité impartiales et unifiées, a-t-il souligné.  Le Président Kiir a fait état d’un accord imminent au sujet des structures de commandement et de contrôle unifiées des institutions de sécurité nationales et de la remise des diplômes au personnel en uniforme actuellement stationné dans les centres de formation. 

Cependant, la lenteur de la mise en œuvre de ces dispositions a amené à une fracture au sein de l’Armée populaire de libération du Soudan dans l’opposition.  La désertion des forces dirigées par les généraux Gatwech, Olony and Thomas Dhul, ainsi que les conflits entre ces groupes et les forces de Riek Machar saperont le processus de paix, a-t-il alerté.  Et au niveau politique, cette situation a exacerbé le déséquilibre entre les principales parties à l’Accord de paix revitalisé.  Il est impératif que les parties mettent de côté les antagonismes pour travailler en tant que gouvernement d’unité en faveur de la paix, a martelé le Représentant spécial qui a appelé les deux factions à résoudre leurs différends politiquement.  La MINUSS suivra en tout état de cause de près l’évolution des divisions au sein de l’Armée populaire de libération du Soudan dans l’opposition, étant donné qu’elles pourraient déclencher des violences au sein des camps de déplacés.   

M. Haysom s’est également inquiété de l’augmentation de la violence sous-nationale, en particulier au Grand Tonj et à Tambura, notant que cette situation est aggravée par la prolifération d’armes légères et, en dehors de Djouba, par des structures étatiques de gouvernance et de sécurité sous-financées.  Il a exhorté tous les participants au processus de paix à continuer à travailler ensemble de manière respectueuse et inclusive, et à élargir l’espace civique et politique pour un dialogue intrasoudanais. 

Le Représentant spécial a par ailleurs mis en exergue les défis humanitaires auxquels se heurte le Soudan du Sud, notant que plus de 60% de la population vit dans une insécurité alimentaire grave.  La récente annonce du Programme alimentaire mondial n’en est que plus alarmante puisqu’il a épuisé ses ressources pour l’année en cours et n’est plus en mesure de distribuer des rations d’aide alimentaire avant 2022. 

« La population au Soudan du Sud fait face au plus haut niveau d’insécurité alimentaire jamais enregistré depuis l’indépendance », a déclaré Mme REENA GHELANI, Directrice des opérations au Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), en précisant que plus de 60% des Sud-Soudanais souffrent d’une insécurité alimentaire sévère.  Plus de 8,3 millions de personnes ont actuellement besoin d’une assistance humanitaire, dont 1,4 million d’enfants. L’ONU estime en outre que 2,4 millions d’enfants ont fait face à une insécurité alimentaire sévère entre avril et juillet 2021.  Près de 108 000 personnes ont connu une insécurité alimentaire catastrophique au plus haut de la saison sèche. Face à ce défi, elle a indiqué que les agences humanitaires ont renforcé leur réponse afin de prévenir toute détérioration de la crise, en apportant une aide à plus de 500 000 personnes entre janvier et juin.  Cette réponse robuste, cruciale pour éviter la famine, fait partie d’efforts plus larges en vue d’aider 4,4 millions de personnes dans tout le pays sur la même période.  Malgré ces gains, Mme Ghelani a précisé qu’il y a eu un changement limité dans le comportement des groupes armés non-étatiques et de certains groupes de jeunes qui continuent d’entraver l’accès humanitaire.  Depuis le début de l’année, quatre travailleurs humanitaires ont été tués et plus de 170 ont dû se réinstaller en raison de menaces à leur sécurité.  Elle a également déploré les attaques fréquentes sur les convois humanitaires et civils, y compris le long des principales routes d’approvisionnement. 

Cette situation difficile a été aggravée par l’émergence de nouveaux besoins en raison de la violence à l’échelle régionale, a poursuivi Mme Ghelani.  Ainsi, le conflit armé dans l’Équatoria-Central, impliquant principalement des parties non-signataires à l’Accord de paix revitalisé, a conduit au déplacement de 120 000 personnes depuis le début de l’année.  Mme Ghelani a également mentionné les inondations exceptionnelles qui ont touché, pour la troisième année consécutive, le pays affectant plus de 426 000 personnes.  Le risque d’inondation pourrait conduire à une insécurité alimentaire extrême l’année prochaine, a-t-elle averti. 

La responsable de l’OCHA a indiqué que le Plan de réponse humanitaire pour le Soudan du Sud de 1,7 milliard de dollars n’est financé qu’à hauteur de 56%.  Les défis liés au financement ont contraint depuis avril le Programme alimentaire mondial à réduire les rations dans tous les sites de protection des civils et les camps de déplacés, affectant 700 000 personnes.  En octobre, si rien n’est fait, l’agence devra cesser son appui aux camps de personnes déplacées de Bor, Djouba et Wau.  « Si nous avons évité une catastrophe cette année, nous devons plus que jamais rester vigilants afin que nous ne retrouvions pas de nouveau au bord de la famine. »  

Mme Ghelani a ensuite exhorté tous les acteurs clefs à œuvrer à une désescalade de la violence.  Les civils veulent la paix, a-t-elle dit, en déplorant la très lente mise en œuvre du processus de paix.  Elle a rappelé que les acteurs humanitaires ont besoin d’un appui continu du Gouvernement sud-soudanais afin de venir en aide aux personnes dans le besoin.  Enfin, tout en soulignant les besoins en financement du Plan de réponse humanitaire, la responsable a exhorté les donateurs à apporter des ressources suffisantes au début de l’année 2022 afin d’anticiper sur les besoins.  

Mme MEREKAJE LORNA NANJIA, activiste de la société civile sud-soudanaise, a déclaré que le peuple du Soudan du Sud est confronté à de nombreuses incertitudes et dilemmes concernant l’avenir immédiat de « notre pays ».  Selon elle, les mesures prises pour la mise en œuvre de l’Accord de paix revitalisé de 2018 sont pour la plupart minimes, incohérentes, intermittentes et à un rythme lent.  De nombreux citoyens estiment que cette mise en œuvre retardée ne sert que l’intérêt de l’élite politique, a-t-elle expliqué, appelant à plus de pression pour que les choses aillent plus vite.  

Selon Mme Nanjia, si la signature de l’Accord revitalisé a été suivi d’une réduction de la violence associée au conflit politique au niveau national, il y a eu depuis 2018 une augmentation systématique de l’ampleur et de l’intensité des conflits intercommunautaires dans presque toutes les régions du pays.  Les femmes et les filles en particulier ont été touchées par la violence sexuelle liée au conflit et cela a conduit à l’augmentation continue des déplacements.  Les citoyens ne savent plus à qui faire confiance et il est donc prudent pour le Gouvernement de transition d’accélérer l’unification des forces et de mettre en œuvre un plan de sécurité global passant par le processus de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) à l’échelle nationale, et ce, sans discrimination ou faveur, a-t-elle estimé.  Elle a également regretté la tendance à reporter des questions critiques telles que la gestion des diversités et de l’ethnicité.  Elle a souhaité que de tels processus soient dirigés par des personnalités sud-soudanaises indépendantes et réputées qui n’ont pas participé aux accords de gouvernance transitoire précédents ou actuels.  

Poursuivant, l’intervenante a dénoncé les violations des droits humains dans le pays.  Elle a évoqué le maintien des soldats dans les zones de cantonnement et des camps d’entraînement pour plus d’un an, avec un accès minimal à la nourriture, à l’eau, à un abri ou aux installations sanitaires.  Elle a également parlé de l’environnement opérationnel intimidant pour la société civile, les groupes de femmes, les médias et le secteur privé, ainsi que des restrictions à la liberté d’association avec l’exigence d’une autorisation pour tout rassemblement public. C’est ainsi que le 30 août, le Gouvernement a déployé du matériel militaire lourd et des soldats dans les rues de Djouba pour dissuader un projet de manifestation. Et les commerçants qui avaient gardé leurs magasins fermés le 30 août en raison de la peur ont été condamnés à une amende. 

Cela peut être difficile à croire, mais depuis l’indépendance, pas une seule école primaire ou secondaire n’a été construite grâce à une allocation budgétaire nationale, a-t-elle enchainé.  « L’éducation, la santé, l’eau et les routes ne semblent pas faire partie des priorités nationales. »  Dans le même temps, le taux de chômage des jeunes est très élevé et les femmes restent largement exclues des processus nationaux.  Mme Nanjia a rappelé que la lutte et le sacrifice du peuple du Soudan du Sud pour l’indépendance ont été fait en quête d’émancipation et en vue de l’établissement d’un État où tous jouissent de la justice, de la liberté et de la prospérité.  Cependant, c’est le contraire qui est vrai aujourd’hui, a-t-elle regretté, affirmant que seuls quelques élus profitent du fruit de l’indépendance.  Le Soudan du Sud aurait pu faire mieux et peut faire mieux si seulement le leadership est engagé, a-t-elle conclu. 

M. RICHARD M. MILLS, JR. (États-Unis) s’est félicité que le Gouvernement provisoire d’union nationale revitalisé du Soudan du Sud ait remis en place l’Assemblée législative nationale provisoire reconstituée.  Il y a vu un « pas en avant important », tout en enjoignant les dirigeants du pays à tenir leurs engagements et à appliquer l’Accord de paix revitalisé de 2018 en déployant des forces unifiées, en amorçant la rédaction d’une Constitution permanente et en préparant des élections libres et régulières. Selon le représentant, ces élections sont essentielles pour l’édification d’un État autosuffisant et démocratique mais elles doivent s’accompagner d’un processus constitutionnel et de la création d’espaces pour l’expression des mécontentements.  À cet égard, il a dit partager la préoccupation du Représentant spécial face aux efforts déployés par le Gouvernement pour s’opposer à des groupes de la société civile. 

Le délégué s’est également dit inquiet de la poursuite de violences dans toutes les régions du pays et de la présence de groupes lourdement armés.  À Tamboura, a-t-il relevé, plusieurs dizaines de civils sont victimes des affrontements entre factions, lesquels ont entraîné le déplacement de 35 000 personnes et perturbé l’acheminement de l’aide humanitaire.  Dans l’Équatoria-Occidental, a poursuivi M. Mills, des centaines d’hommes armés s’en sont pris à un camp de réfugiés, ont pillé des entrepôts humanitaires et violé des femmes.  Se disant alarmé par ces flambées de violence, il appelé à des mesures immédiates pour protéger les populations civiles, en particulier les déplacés internes, les femmes et les enfants. Il a aussi souhaité que les auteurs de violations à l’encontre de civils, y compris les travailleurs humanitaires répondent de leurs actes, avertissant que, dans l’immédiat, ils pourraient être visés par des mesures de sanction. 

M. JUAN GÓMEZ ROBLEDO VERDUZCO (Mexique) a fait écho aux appels à l’accélération de la mise en œuvre de l’Accord de paix revitalisé, en particulier les parties liées aux arrangements de sécurité.  Après avoir exhorté les différentes factions de l’Armée populaire de libération du Soudan dans l’opposition à résoudre leurs différends de manière pacifique et à respecter la protection des civils, le représentant a souligné que l’Accord reste le seul cadre viable pour la paix.  Par ailleurs, il a exhorté les dirigeants de l’État d’Équatoria-Occidental et d’autres régions touchées par les récents affrontements à travailler en étroite collaboration avec la MINUSS pour réduire la violence, dans le strict respect des normes internationales des droits humains.  Notant que les troubles récents affectent de manière disproportionnée les femmes et les filles, il a appelé à davantage d’efforts pour garantir la responsabilité pour les crimes commis à leur encontre.  Il a également appelé à davantage d’actions pour répondre aux besoins de ceux qui souffrent de déplacements, de malnutrition, d’inondations et des impacts de la pandémie de COVID-19.  En outre, le représentant du Mexique a demandé au gouvernement de garantir un accès humanitaire sûr et sans entrave.  Il a aussi jugé nécessaire des efforts supplémentaires pour que soit respecté l’objectif de 35% de participation des femmes au sein du gouvernement. 

M. MADHU SUDAN RAVINDRAN (Inde) a salué le nouvel élan donné à la réalisation de l’accord de paix revitalisé au Soudan du Sud, notamment la reconstitution du Parlement et l’investiture de ses membres en août.  Cependant il faut revigorer le processus de réconciliation intranational, a souligné le représentant qui a insisté sur l’importance de la mise sur pied de la Commission réconciliation, vérité et apaisement.  

Sur le front de la sécurité, le cessez-le-feu a continué d’être largement respecté, même s’il y a eu des violences armées dans certains états du Sud. I l a appelé à établir un commandement unifié des forces armées, afin de mettre un terme aux violences entre les factions rivales.  Préoccupé par la situation humanitaire alarmante, il a également appelé la communauté internationale à combler le déficit de financement de la réponse humanitaire pour le Soudan du Sud.  Il a condamné la prise pour cible d’acteurs humanitaire et de leurs fournitures. 

En tant que l’un des principaux fournisseurs de contingents à la MINUSS avec 135 personnels, l’Inde s’est dite convaincue que le maintien de la paix doit reposer sur les technologies et les innovations.  En ce moment charnière, le Soudan du Sud mérite le soutien de la communauté internationale et de l’IGAD pour la pleine mise en œuvre de l’Accord de paix revitalisé, a conclu le représentant. 

M. MARTIN KIMANI (Kenya), au nom des A3+1 (Kenya, Niger, Tunisie et Saint-Vincent-et-les Grenadines) a félicité la population sud-soudanaise en ce dixième anniversaire de l’indépendance du Soudan du Sud tout en l’invitant « à faire son introspection ».  Il a salué les progrès louables accomplis dans le pays, dont la création de la Commission vérité, réconciliation et apaisement.  Il a exhorté la nouvelle Assemblée à prendre les mesures nécessaires pour mettre en œuvre l’Accord de paix revitalisé, avant de se féliciter qu’elle soit pour la première fois présidée par une femme.  Malgré ces résultats, nous sommes préoccupés par la persistance de la violence armée dans certaines zones et par les conflits ethniques qui gagnent en vigueur, a déclaré le délégué.  Il a engagé tous les acteurs à renoncer à la violence et à appliquer l’Accord précité, ainsi que les recommandations de l’IGAD, dont il a souligné le rôle positif.  Les parties doivent par ailleurs accélérer la mise en œuvre de la transition sécuritaire en finalisant notamment l’examen stratégique de défense et de sécurité.  Enfin, le représentant du Kenya a insisté sur le rôle de protection majeur que joue la MINUSS et s’est félicité de la baisse des violations de l’accord sur le statut des forces. 

Mme SHERAZ GASRI (France) a relevé des avancées dans la mise en œuvre de l’Accord de paix revitalisé, notamment la formation de l’Assemblée nationale législative de transition et des étapes franchies vers l’opérationnalisation de la Commission pour la vérité et la réconciliation.   La France s’est dite prête à concrétiser la main tendue par le Conseil de sécurité au Soudan du Sud, à condition que les objectifs fixés  par le Conseil  soient atteints par le Gouvernement, avec le soutien de la MINUSS.   Si plusieurs engagements ont récemment été renouvelés, l’essentiel des mesures reste en attente, en particulier s’agissant de la réforme du secteur de la sécurité  et la mise en œuvre des instances de justice transitionnelle, a indiqué la déléguée. 

Le Conseil de sécurité a défini une orientation stratégique dans le mandat de la MINUSS, qui est guidée par la tenue des élections prévues à l’issue de la transition, a rappelé Mme Gasri.  Elle a appelé les autorités à préparer  dès maintenant  le cadre juridique des élections, l’opérationnalisation de la Commission électorale nationale et l’affectation des ressources nécessaires à l’organisation des élections.   En outre, la représentante a appelé les autorités à garantir les droits d’expression et de manifester  pacifiquement, et à lutter contre  l’impunité  des auteurs des violations.   Enfin, alors que les besoins humanitaires sont immenses et que le risque de famine s’accroît, les personnels humanitaires et médicaux doivent pouvoir circuler  librement  et délivrer une assistance aux populations sans entrave et sans peur d’être pris pour cible, a-t-elle conclu.  

Mme ANNA M. EVSTIGNEEVA (Fédération de Russie) a estimé que l’installation du Gouvernement provisoire d’union nationale au Soudan du Sud et l’achèvement de la période de « prétransition » créent les conditions nécessaires pour faire avancer le pays vers la stabilité politique et la réconciliation. Appelant de ses vœux la fin de la formation du Parlement et la poursuite des travaux sur la création de forces armées unifiées, il a exhorté les parties non-signataires de l’Accord de paix à rejoindre le processus d’édification de l’État.  À cet égard, la représentante a salué la tenue de pourparlers sous l’égide de la  Communauté de Sant’Egidio.  Elle a également rendu hommage aux efforts de médiation de l’Union africaine et des pays membres de l’IGAD pour soutenir la mise en œuvre de l’Accord de paix et établir une trêve entre les factions du Mouvement populaire de libération du Soudan dans l’opposition. 

Déplorant la poursuite d’affrontements armés intercommunautaires dans plusieurs régions du pays, la déléguée a jugé impératif que l’aide humanitaire puisse atteindre ceux qui en ont cruellement besoin.  Elle a ainsi rappelé que, selon les statistiques de l’ONU, entre avril et juin, 7,2 millions de personnes ont été confrontées à l’insécurité alimentaire et que 1,4 million d’enfants souffrent de malnutrition.  Dans ce contexte, a-t-elle affirmé, nous condamnons fermement toute violation de l’accord de cessez-le-feu et les actes de violence contre des civils, y compris les travailleurs humanitaires.  La représentante s’est déclarée convaincue qu’à mesure que la situation se normalisera au Soudan du Sud, il faudra procéder à un réexamen du régime de sanctions visant ce pays. Enfin, s’agissant de l’assouplissement de l’embargo sur les armes, elle a espéré que les autorités sud-soudanaises pourront progresser vers les paramètres établis par la résolution 2577 (2021). 

M. HAI ANH PHAM (Viet Nam) s’est félicité des progrès continus du processus de paix au Soudan du Sud avant d’appeler le gouvernement et les autres parties à intensifier la mise en œuvre de l’Accord de paix revitalisé.  Il a appelé à tout mettre en œuvre pour permettre l’aboutissement des élections nationales et aider les parties concernées à régler leurs différends et éviter tout impact négatif sur le processus de paix.  En outre, il a souhaité que l’objectif de 35% de femmes au gouvernement soit respecté.  Le représentant a également exhorté le Gouvernement du Soudan du Sud à lutter plus activement contre la violence intercommunautaire et à assurer la sécurité des travailleurs humanitaires et des civils. Il a indiqué qu’il continuera de soutenir activement le travail de la MINUSS, en encourageant le déploiement de femmes soldats de la paix. 

Par ailleurs, le délégué a estimé que la lutte contre le niveau élevé et croissant de l’insécurité alimentaire et d’autres défis humanitaires au Soudan du Sud reste cruciale.  C’est pourquoi, il a exhorté la communauté internationale à renforcer son soutien financier pour éviter la menace de famine, lutter contre la propagation du COVID-19 et accélérer la vaccination.  En ce qui concerne les sanctions, il a exhorté le Conseil à continuer d’examiner les progrès du Soudan du Sud par rapport aux critères énoncés dans la résolution 2577 (2021) en vue de lever les mesures imposées. 

Mme MONA JUUL (Norvège) a noté que la violence a augmenté au Soudan du Sud et reste à un niveau inacceptable.  La lenteur de la mise en œuvre de l’Accord de paix revitalisé provoque du mécontentement et fournit des incitations à des défections déstabilisatrices, comme en témoigne la scission du M/APLS dans l’opposition dans le Haut-Nil.  À cet égard, la Norvège a salué la réponse rapide de l’IGAD, notamment la convocation d’une réunion du Conseil des ministres et l’envoi d’une délégation de haut niveau à Djouba.  Un effondrement de l’Accord de paix pourrait avoir des conséquences désastreuses pour toute la région, a mis en garde la représentante, en appelant à former immédiatement des forces unifiées et à unifier la structure de commandement. 

Soulignant que l’Accord de paix revitalisé stipule que la période de transition doit déboucher sur des élections libres et équitables, la représentante a exhorté le Gouvernement et l’Assemblée législative de transition à fournir la base juridique d’une conférence constitutionnelle dès que possible.  Il est crucial que ce processus soit dirigé et contrôlé par le peuple du Soudan du Sud, a-t-elle exigé avant d’exprimer ses préoccupations face aux récentes arrestations, détentions et réductions au silence de militants de la société civile et des médias.  Elle a également appelé à lutter contre la corruption et l’impunité, en saluant le renforcement des capacités de la MINUSS dans ces domaines.  Sur le plan humanitaire, la Norvège a exhorté toutes les parties à garantir un accès sûr et sans entrave aux travailleurs humanitaires.  Les conflits sont le moteur le plus important des besoins humanitaires, a noté Mme Juul, mais les changements climatiques agissent comme un « amplificateur et multiplicateur de la crise ». Ainsi, la Norvège s’est réjoui des efforts de la MINUSS pour créer un groupe de travail sur les changements climatiques et la sécurité. 

M. BING DAI (Chine) a noté les « progrès remarquables » du processus de paix du Soudan du Sud, en louant la détermination de ses dirigeants.  Il a rappelé que l’Accord de paix revitalisé est le seul cadre possible pour une paix pérenne et exhorté les parties à préserver la dynamique en cours.  Le Soudan du Sud est le seul responsable de ses affaires intérieures, a dit le délégué, avant de souligner le rôle actif joué par l’IGAD.  « Les sanctions frappant le pays doivent être levées le plus rapidement possible. »  Il a exhorté toutes les parties à régler leurs divergences par le dialogue et à appuyer le processus de paix.  Enfin, le délégué a souhaité que la MINUSS, dont son pays est l’un des principaux contributeurs, joue un rôle accru dans la protection des civils et l’application de l’Accord précité.  

M. SVEN JÜRGENSON (Estonie) a salué les actions positives sur lesquelles le Gouvernement a travaillé avec succès, notamment l’avancement du programme de justice transitionnelle, l’inauguration de l’Assemblée le 30 août, et la perspective des prochaines élections.  Il a appelé le Gouvernement du Soudan du Sud à continuer d’œuvrer aux réformes énoncées dans l’Accord de paix, sinon, les prochaines élections ne pourront pas être considérées comme transparentes, crédibles et inclusives. 

Le représentant s’est dit très préoccupé par la suppression de l’espace civique.  Les arrestations arbitraires, les détentions, le harcèlement de militants des droits humains et la fermeture des principaux fournisseurs d’accès à Internet sont inacceptables.  Il a appelé à la libération immédiate de toutes les personnes arrêtées lors des manifestations, rappelant que la société civile doit pouvoir opérer librement au Soudan du Sud.  C’est dans l’intérêt d’un avenir pacifique pour le pays, a-t-il argué. 

M. Jürgenson a appelé les factions opposées du M/APLS dans l’opposition à s’abstenir d’alimenter l’animosité, avant de saluer l’intervention rapide de l’IGAD pour trouver une solution à leurs différends.  Il a ensuite déploré les exécutions extrajudiciaires perpétrées à Warrap et Lakes, appelant le Gouvernement à enquêter sur ces meurtres.  Nous devons voir des améliorations à la situation des droits humains dans le pays, en particulier en ce qui concerne les violences sexuelles liées aux conflits, a-t-il plaidé.  Le représentant a en outre relevé que la situation humanitaire continue d’être très dramatique, affectée par les tensions et les conflits dans la région et exacerbée par les inondations extrêmes et l’impact socioéconomique de la COVID-19.  Il incombe au Gouvernement de garantir un environnement sûr et sécurisé dans lequel les partenaires humanitaires puissent travailler, a-t-il conclu. 

M. JAMES KARIUKI (Royaume-Uni) a constaté que la mise en œuvre de l’Accord de paix revitalisé au Soudan du Sud est encore loin de répondre aux attentes, ce qui favorise l’instabilité et exacerbe les divisions politiques.  Se faisant l’écho des préoccupations exprimées quant aux dissensions internes au Mouvement populaire de libération du Soudan dans l’opposition (MPLS) et aux diverses manœuvres de déstabilisation politique, il s’est félicité de l’action menée par l’IGAD pour réduire les divergences entre les factions en conflit.  Il a par ailleurs appelé tous les acteurs à œuvrer pour une meilleure situation sécuritaire tout en reconnaissant que le renforcement de la confiance entre l’État et le peuple sud-soudanais dépendra d’une participation de ce dernier à la gouvernance du pays.  

À cet égard, le représentant s’est déclaré préoccupé par les restrictions à la liberté d’expression imposées par le Gouvernement du Soudan du Sud en réponse aux appels publics à des manifestations pacifiques.  Les actes d’intimidation, les menaces et les détentions préventives d’acteurs de la société civile sont inacceptables, a-t-il martelé, avant d’appeler les dirigeants du pays à respecter les libertés prévues par la Constitution de transition et à garantir que les premières élections nationales seront ouvertes, inclusives et équitables. 

Évoquant ensuite la situation humanitaire et le fait que 60% de la population est menacée d’insécurité alimentaire aiguë dans les prochains mois, le délégué a souligné que les tensions politiques contribuent directement aux souffrances des millions de Sud-Soudanais et perturbent l’acheminement de l’aide. « C’est déplorable et doit cesser », a-t-il affirmé, plaidant en conclusion pour la mise en place de « briques fondamentales », telles que la fin de la violence, le respect des droits humains, l’accès humanitaire et des élections inclusives et crédibles. 

M. BRIAN PATRICK FLYNN (Irlande) a jugé insuffisants les progrès réalisés depuis la signature de l’Accord de paix revitalisé.  Un cessez-le-feu ne suffit pas à lui seul pour garantir la paix et un processus politique à grande échelle est nécessaire pour consolider la paix, a-t-il souligné.  Le représentant a appelé les autorités sud-soudanaises à garantir la participation pleine, équitable et significative des femmes, en gardant à l’esprit l’objectif du quota de 35% de femmes, ainsi que celui de l’inclusion des jeunes.  Mettant l’accent sur les nombreux obstacles auxquels le pays est confronté, le représentante s’est notamment inquiété du rétrécissement de l’espace de la société civile, l’insécurité alimentaire généralisée, les exécutions extrajudiciaires et le mécontentement croissant des jeunes.  Cependant, il a estimé que ces obstacles n’étaient pas insurmontables.  Il s’est dit persuadé qu’un engagement renouvelé des dirigeants du Soudan du Sud, allié à la détermination du peuple et au soutien de la communauté internationale et humanitaire, permettra de surmonter ces défis.  Rappelant que la protection des civils est au cœur du mandat de la MINUSS, Il a dit la nécessité de respecter les droits humains des personnes déplacées. 

M. AKUEI BONA MALWAL (Soudan du Sud) a remercié le Secrétaire général d’avoir mis en lumière dans son rapport certaines réalisations positives dans l’Accord de paix revitalisé, et a assuré que les parties de l’accord s’attèlent à dépasser les difficultés restantes en espérant pouvoir compter sur le soutien de la communauté internationale.  Il a exprimé la gratitude du Soudan du Sud pour le soutien dont il a bénéficié, en particulier de l’IGAD et de l’Afrique du Sud, et a précisé que le FMI et le Gouvernement du Soudan du Sud sont tombés d’accord sur un mécanisme efficace pour stabiliser la monnaie nationale. 

Le représentant a ensuite annoncé « avec fierté » que la délégation du Soudan du Sud pour le segment de haut niveau de la soixante-seizième session de l’Assemblée générale sera dirigée par une femme, la Vice-Présidente, Mme Rebecca Nyandeng De Mabior, qui sera accompagnée de cinq ministres.  Il a expliqué que cela illustre l’engagement du Gouvernement à respecter le quota de 35% pour la représentation des femmes.  Avant de conclure, le représentant a encouragé les membres du Conseil à rencontrer la délégation sud-soudanaise en réunions bilatérales pour pouvoir se faire une meilleure opinion de la situation.

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