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CS/14668
19 octobre 2021
8883e séance – matin

Conseil de sécurité: le Coordonnateur spécial pour le Moyen-Orient préoccupé par la crise financière de l’Autorité palestinienne et par la violence sur le terrain

Intervenant au Conseil de sécurité ce matin, par visioconférence depuis Jérusalem, le Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient, M. Tor Wennesland, n’a pas rapporté de progrès sur la voie de la réalisation de la solution des deux États, même s’il s’est dit encouragé par les discussions récentes entre l’Autorité palestinienne et Israël.

Ce débat trimestriel sur la situation au Moyen-Orient, y compris la question de Palestine, qui intervient après le point d’information de M. Wennesland le 29 septembre dernier, était présidé par le Secrétaire principal au Ministère des affaires étrangères du Kenya, M. Macharia Kamau.

M. Wennesland a mis en garde, à deux reprises, contre la crise financière « sans précédent » à laquelle est confrontée l’Autorité palestinienne, qui a « atteint un point de rupture ».  Il s’est également inquiété des problèmes budgétaires de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), dont l’action est indispensable à la stabilité de la région.  Le Coordonnateur spécial a appelé les donateurs internationaux à prendre toute leur part dans la Conférence internationale de soutien à l’UNRWA convoquée par la Suède et la Jordanie en novembre prochain.

M. Wennesland a, en outre, exprimé sa profonde préoccupation face aux tendances négatives et à la violence persistante tant à Gaza qu’à Jérusalem-Est ou en Cisjordanie.  Il a aussi prévenu que si 3 200 unités de logement devaient être construites à proximité de la zon E1, en Cisjordanie, elles signifieraient une « division physique pour les Palestiniens » et constitueraient un obstacle à la solution des deux États.

La question de l’expansion des colonies de peuplement a été abordée par les membres du Conseil qui ont appelé Israël à renoncer à ses plans d’expansion, en particulier dans les zones sensibles comme la zone E1 et Giv’at Hamatos.

Nous avons besoin d’un ensemble de mesures adoptées par la communauté internationale, en accord avec les autorités palestiniennes et israéliennes, a poursuivi M. Wennesland.  Saluant les efforts du Quatuor pour le Moyen-Orient, il a appelé les parties à prendre des mesures pour renforcer la gouvernance, cesser la violence et collaborer.  « Nous ne sommes pas là face à une fin du processus mais plutôt à l’entame d’une période de négociation sur la base des décisions prises auparavant », a-t-il conclu.

Pour ce qui est de la solution des deux États, l’Observateur permanent de l’État de Palestine a reproché à Israël de ne pas avoir cet objectif, « ce qui est clairement manifeste dans ses déclarations et ses actions dans le territoire occupé ».  Les Palestiniens sont assiégés, divisés, emmurés, leurs terres sous contrôle israélien, leurs droits bafoués: « c’est une politique d’apartheid », s’est-il érigé.  Interpellant le Conseil, l’Observateur permanent palestinien a déclaré: « Nous avons besoin que vous preniez les commandes », avant de prévenir que tout retard rendra la situation plus dangereuse et complexe.  « Qui mieux que le Quatuor pour le Moyen-Orient peut prendre le taureau par les cornes? » a-t-il encore demandé.  Il a appelé le Conseil à commencer par mettre un frein aux mesures unilatérales, et à convoquer une conférence internationale sous l’égide du Quatuor à laquelle participeraient toutes les parties concernées.

« L’heure est venue de nous réapproprier la justice et d’appliquer la Charte des Nations Unies et le droit international », a abondé Mme Hanan Ashrawi, personnalité politique et de la société civile palestinienne, qui a par ailleurs demandé que les dirigeants palestiniens cessent leurs disputes intestines.  Lorsqu’on se trouve dans une impasse, il faut « changer de logiciel et débrancher le pilote automatique », a lancé M. Daniel Levy, Président de U.S./Middle East Project.  Il a proposé de débattre de la légitimité de l’Autorité palestinienne, « parce que les Palestiniens doivent pouvoir choisir des dirigeants qui les représentent », et de lutter contre l’impunité dont jouit Israël et qui la renforce dans ses politiques.

Pour sa part, le représentant d’Israël a défendu les récents Accords d’Abraham qui normalisent les relations diplomatiques entre Israël et plusieurs pays arabes et ouvrent « une ère nouvelle » dans la région du Moyen-Orient.  Il a fustigé les dirigeants palestiniens qui, selon lui, versent des centaines de millions de dollars à des terroristes, glorifient leurs actes contre Israël et appellent aux meurtres de Juifs.  Il a, en outre, sommé le Conseil de constater que certains États Membres, comme l’Iran, sont opposés à la paix.  « L’Iran représente une menace existentielle pour Israël, raison pour laquelle Israël ne laissera pas ce pays obtenir l’arme atomique », a-t-il averti.

Plusieurs membres du Conseil de sécurité, dont les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, ont salué la reprise des contacts de haut niveau entre Israël et l’Autorité palestinienne, « qui ouvrent la voie à une nouvelle dynamique ».  Les États-Unis ont toutefois estimé que le Conseil consacrait beaucoup de temps au conflit israélo-palestinien et que, bien trop souvent, la substance de ces discussions était presque entièrement centrée sur la critique d’Israël.  La représentante américaine a espéré qu’à l’avenir les membres du Conseil feront de leur mieux pour adopter une approche « plus équilibrée ».

La Fédération de Russie a jugé inquiétant que la plupart des conflits ne soient pas seulement compliqués par des ingérences extérieures, mais aussi exacerbés par les tentatives de ceux qui interviennent.  Son représentant a mis en garde contre la promotion de « recettes unilatérales » ignorant les opinions des populations locales.

Dans son mot de la fin, le responsable kényan a recommandé d’entendre davantage la société civile et de recadrer et réévaluer les efforts du Conseil de sécurité, « dans la même veine courageuse incarnée par les jeunes et les leaders communautaires israéliens et palestiniens qui coexistent et construisent de manière constructive une paix interethnique et interculturelle. »

LA SITUATION AU MOYEN-ORIENT, Y COMPRIS LA QUESTION DE PALESTINE

Déclarations

Intervenant depuis Jérusalem, M. TOR WENNESLAND, Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient, s’il s’est dit encouragé par les discussions entre l’Autorité palestinienne et Israël, n’a toutefois constaté aucun progrès sur la voie de la réalisation de la solution des deux États.  Il ne faut pas se faire d’illusions, a-t-il averti, car la stagnation politique alimente la tension et l’instabilité tandis que la situation à Gaza et à Jérusalem-Est, en particulier autour des Lieux saints, reste fragile.

De plus, a expliqué M. Wennesland, les expulsions, les destructions de maisons, les bouclages graves imposés à Gaza et ailleurs, alimentent la violence.  Beaucoup de Palestiniens continuent d’être tués et blessés, alors que des civils israéliens restent la cible d’attaques palestiniennes, qui ont également fait des morts et blessés.

De son côté, l’Autorité palestinienne est confrontée à une crise financière et budgétaire « sans précédent ».  M. Wennesland a exprimé sa profonde préoccupation face à ces tendances négatives qui interviennent simultanément à Gaza, Jérusalem-Est et en Cisjordanie.

Décrivant certains de ces incidents, il a rapporté qu’un Palestinien a été tué alors qu’il approchait de la clôture - les forces de l’ordre israéliennes ayant déclaré qu’il portait un sac suspect alors que ses amis témoignaient qu’il chassait des oiseaux.  Le 30 septembre, une femme palestinienne a été tuée après avoir tenté d’attenter à la vie d’un membre des forces israéliennes.  Le Jihad islamique a aussi revendiqué une attaque.

Le Coordonnateur spécial a fait état d’affrontements quotidiens près de la vieille ville à Bethléem; des Palestiniens ont mené des attaques contre des civils en Cisjordanie, alors que des soldats israéliens ont mené une attaque sur les collines d’Hébron.  Dans le cadre d’affrontements connexes, 20 Palestiniens ont été blessés et d’autres ont jeté des pierres faisant un blessé parmi les forces israéliennes.  Il a souligné que tous les acteurs de violence doivent être rapidement traduits en justice.

Le 15 octobre, 40 colons ont attaqué des Palestiniens près d’Al-souft.  Il a exhorté Israël à tenir les colons comptables de leurs actes.

Au sujet de la poursuite des projets de construction par Israël, près de 3 200 unités près de la zone E1 en Cisjordanie ont été annoncées par Israël.  Pour M. Wennesland, si ces unités de logement devaient être construites, elles signifieraient une « division physique pour les Palestiniens », ce qui serait un obstacle à la solution des deux États.

M. Wennesland a évoqué d’autres situations qui susceptibles de menacer la sécurité publique et de créer une flambée de violence, notamment autour des Lieux saints à Jérusalem-Est.  Il a encore critiqué la destruction de structures et d’habitations palestiniennes et la difficulté pour les Palestiniens à reconstruire, faute de permis de construction pratiquement impossibles à obtenir pour les Palestiniens.  Le village bédouin de Khan el-Ahmar a connu également des décisions de démolition.  Le Coordonnateur spécial a signalé que la situation reste difficile dans le quartier de Cheikh Asharrah où les expulsions de Palestiniens, qui avaient mis le feu aux poudres il y a quelques mois, se poursuivent.  Il a exhorté Israël à cesser les expulsions et les démolitions, conformément au droit international humanitaire.

Par ailleurs, la situation budgétaire de l’Autorité palestinienne a atteint « un point de rupture ».  Selon M. Wennesland, le déficit budgétaire atteindrait quelque 800 millions de dollars en 2021.  La capacité d’emprunt auprès des banques est épuisée.  Outre cette crise, Israël continue à déduire des milliers de dollars comme frais de dédouanement.  Le prêt récent de 50 millions de dollars ne fait que retarder cette crise et n’aide pas à la levée des problèmes structurels, a commenté le Coordonnateur spécial, qui a dès lors appelé les donateurs internationaux à prendre en considération cette question lors de la Conférence d’Oslo en novembre.

Les préparatifs de la reconstruction ont débuté à Gaza avec l’assistance du Qatar après la levée des restrictions.  Par ailleurs, à la fin du mois de septembre, l’Égypte a commencé à réparer une route charnière aux frontières.  Au 18 octobre, plus de 9 000 permis ont été délivrés aux commerçants de Gaza, ce qui donne quelque espoir.

Le Coordonnateur spécial s’est aussi dit préoccupé par les limites budgétaires de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) qui, pourtant, demeure indispensable à la stabilité de la région et doit bénéficier des ressources nécessaires.

Il a ensuite évoqué les confrontations entre les deux forces au Golan.  Au Liban, un nouveau Gouvernement, avec une femme ministre, a été constitué après de longs mois de vide politique.  L’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth a connu un revers par la mise en question du juge en charge et des violences ont eu lieu ces jours-ci.

Nous avons besoin d’un ensemble de mesures adoptées par la communauté internationale, en accord avec les autorités palestiniennes et israéliennes, a déclaré M. Wennesland.  Ces efforts présupposent un engagement sans faille des deux parties, pour une négociation pacifique.  Se félicitant des efforts du Quatuor pour le Moyen-Orient, ainsi que de sa visite, et il a appelé les parties à prendre des mesures pour renforces la gouvernance, cesser la violence et collaborer.  « Nous ne sommes pas là face à une fin du processus mais plutôt à l’entame d’une période de négociation sur la base des décisions prises auparavant », a-t-il espéré. 

M. DANIEL LEVY, Président de U.S./Middle East Project, a déclaré que lorsqu’on se trouve dans une impasse, il faut « changer de logiciel et débrancher le pilote automatique ».  Pour sortir de la voie sans issue que constitue la question palestinienne, il faudrait entamer une autre étape et envisager d’autres pistes de réflexion.  Parmi celles-ci, débattre de la légitimité de l’Autorité palestinienne.  Les Palestiniens, a dit M. Levy doivent pouvoir choisir des dirigeants qui les représentent et sont capables de défendre les droits du peuple palestinien, sans entraves de la part d’Israël, et sans que les Palestiniens subissent la répression de ces mêmes dirigeants.  Il faut également assurer la reddition de comptes, c’est-à-dire lutter contre l’impunité dont jouit Israël et qui la renforce dans ses politiques. 

Il faut par ailleurs comprendre et mesurer le déficit de symétrie qui caractérise la situation, c’est-à-dire reconnaître qu’il y a un État occupant et un peuple occupé, que l’on ne peut mettre sur le même plan, a poursuivi M. Levy.  Il faut enfin ne pas réaliser les droits des uns au détriment de ceux des autres, c’est-à-dire réaliser les droits d’un Israël qui se construit sur le dos des Palestiniens.  Une nouvelle approche conceptuelle devrait aujourd’hui guider notre action, sans quoi on empruntera toujours le même chemin, sans comprendre pourquoi toutes les initiatives sont vouées à l’échec, a-t-il ajouté.

M. Levy a estimé qu’alors qu’il célèbrera bientôt le cinquième anniversaire de la résolution 2334 (2016), adoptée alors que M. Joe Biden était Vice-Président des États-Unis, le Conseil de sécurité doit la mettre en œuvre.  Il ne s’agit pas d’exercer une pression maximale sur qui que ce soit, mais uniquement de recourir aux outils existants, afin que les Palestiniens ne vivent plus dans la peur d’être expulsés, a-t-il précisé.  N’y a-t-il pas de moyen de faire cohabiter les droits des uns et des autres, sans exclure aucun?  Vous devez réexaminer la situation de 1947, a insisté M. Levy.  Et si cela n’a pas lieu, il faut commencer une réflexion longue et profonde et sortir de notre zone de confiance, a-t-il conclu.

Mme HANAN ASHRAWI, dirigeante politique et de la société civile, a demandé au Conseil de sécurité de corriger ses erreurs et de rectifier le tir en ce qui concerne la question israélo-palestinienne, au nom de la justice.  Il faut faire en sorte qu’Israël rende des comptes et assurer le respect des droits des Palestiniens.  Selon elle, le calme ne peut être imposé par le siège et l’occupation.  Elle a ironisé sur le mensonge des mesures dites de « renforcement de la confiance », arguant qu’un peuple opprimé ne peut faire confiance à son oppresseur pour obtenir la justice et la liberté.

D’un côté, Israël se présente sur la scène internationale comme « la seule démocratie au Moyen-Orient » et comme « allié stratégique », alors que de l’autre côté, les populations palestiniennes sont diabolisées et traitées de « terroristes » pour les priver de leurs droits, a relevé Mme Ashrawi.  Elle a décrié ces campagnes internationales qui parlent de « provocations palestiniennes », « comme si l’occupation en elle-même n’était pas une provocation ».  Pour Mme Ashrawi, ces médias font fi des mesures injustes imposées par Israël.  Elle a ainsi évoqué les prisonniers politiques palestiniens, plus d’un million depuis 1967, et des milliers d’autres Palestiniens tués du fait des actions d’Israël.  On ne peut pas non plus ignorer l’agression systémique et la colonisation.  Selon elle, les chiffres parlent d’eux-mêmes et montrent qu’Israël s’approprie de tout ce qui est palestinien: les terres, le patrimoine, les sites saints.  C’est une « guerre sainte contre nos Lieux saints », a-t-elle dénoncé.

Mme Ashrawi a reconnu qu’il faudrait également « que les Palestiniens considèrent leurs défauts afin de s’améliorer ».  Elle a ainsi mentionné les violations des droits de l’homme dont ils sont responsables et la nécessité de mener des réformes démocratiques tout en mettant fin aux divisions internes.  Il faut veiller à ce que nos défauts ne soient pas exploités pour justifier les actions israéliennes et décourager la communauté internationale, a-t-elle souligné.  « L’heure est venue de nous réapproprier la justice et d’appliquer la Charte des Nations Unies et le droit international », a-t-elle lancé à l’endroit du Conseil de sécurité.  « L’heure est venue de prendre des actions déterminées pour se lancer sur la voie de la paix pour tous ».

M. RIYAD H. MANSOUR, Observateur permanent de l’État de Palestine, a salué le fait que le Secrétaire principal aux affaires étrangères du Kenya dirige la séance.  « Peu importe les mesures que nous prenons, nous le faisons dans l’espoir d’arriver à notre destination », a-t-il déclaré en rappelant le consensus international qui existe autour de la solution des deux États vivant côte à côte sur la base des frontières d’avant 1967.  Toutefois, a regretté l’Observateur permanent, Israël n’a pas ce dessein, ce qui est clairement manifeste dans ses déclarations et ses actions dans le territoire occupé.  « Israël viole activement le droit international en faisant fi de toutes les invitations à changer de comportement. »  La vision d’Israël, a estimé M. Mansour, est guidée par ses velléités coloniales, à l’origine de bien des souffrances pour la population palestinienne depuis des générations, y compris la misère et l’exil forcé.  Après 75 ans de privations, les deux-tiers de la population ayant dû fuir ses terres, « Israël estime encore qu’il peut s’emparer de notre géographie et démographie alors que les Palestiniens constituent la majorité », s’est-il indigné.

Les Palestiniens sont assiégés, divisés, emmurés, leurs terres sous contrôle israélien, leurs droits bafoués, avec un système garantissant les privilèges à un seul groupe: « c’est une politique d’apartheid », a déclaré en substance M. Mansour.  Israël veut que notre peuple perde espoir et cède, mais les Palestiniens savent au plus profond d’eux-mêmes que leur situation n’est pas compatible avec la dignité humaine, a-t-il assuré.  Il s’est tourné vers le Conseil de sécurité qui a clairement rejeté des mesures coercitives unilatérales, mais continue pourtant à ne pas agir sauf lorsque la situation sur le terrain atteint ses limites, ou lorsqu’il faut exiger un cessez-le-feu, ou encore lorsqu’on annonce de nouvelles colonies de peuplement.  « Nous avons besoin que vous preniez les commandes », a-t-il tancé, prévenant que tout retard rendra la situation plus dangereuse et complexe.

« Qui mieux que le Quatuor pour le Moyen-Orient peut prendre le taureau par les cornes? » a demandé l’Observateur permanent de l’État de Palestine.  Il a appelé le Conseil à commencer par mettre un frein aux mesures unilatérales, et à convoquer une conférence internationale sous l’égide du Quatuor à laquelle participeraient toutes les parties concernées.  Il y a 30 ans, la Conférence de Madrid était le reflet de la très forte volonté de la communauté internationale qui n’avait laissé aux parties d’autre choix que d’y participer pour parvenir à une avancée.  Se demandant quelles seraient les incitations à donner à Israël pour qu’il change de comportement, M. Mansour a rappelé à la communauté internationale qu’elle est « acteur » et non « spectateur ».  Si vous n’êtes pas en mesure d’appliquer des décisions en rapport avec la paix et la sécurité internationales, alors qui le fera? s’est-il emporté.  « Le Peuple palestinien ne disparaîtra pas », a-t-il martelé, concluant que « les actes sont plus forts que les écrits ».    

M. GILAD MENASHE ERDAN (Israël) a déclaré que les récents Accords d’Abraham, normalisant les relations diplomatiques entre Israël et plusieurs pays arabes ouvraient une ère nouvelle dans la région du Moyen-Orient.  « Le potentiel est clair », a-t-il affirmé.  Avant de faire observer qu’en revanche, plutôt que de faire avancer la paix, les débats au Conseil de sécurité ne faisaient que perpétuer le conflit.  Les discussions « biaisées » ne font que répéter une « réalité alternative » qui donne le sentiment aux Palestiniens qu’ils n’auront jamais à répondre de leurs crimes, a poursuivi le représentant.

Interpellant directement l’Observateur de la Palestine, M. Erdan lui a lancé « n’avez-vous pas honte » de venir parler d’agression, alors que vos dirigeants tabassent des militants de la société civile, alors que 80% des Palestiniens, en ont assez de M. Abbas?  « N’avez-vous pas honte » de parler des droits de l’homme alors que vos dirigeants versent des centaines de millions de dollars à des terroristes, glorifient leurs actes contre Israël et appellent aux meurtres de Juifs?  S’adressant ensuite au Président du Conseil, il a dit qu’en organisant ce débat, il perpétuait cette réalité alternative, y compris en invitant des personnes opposées à la paix, comme Mme Hanan Ashrawi.  Pourquoi ne pas inviter des enfants juifs victimes des roquettes du Hamas? a-t-il demandé.

En ce qui le concerne, Israël souhaite la paix et privilégie la voie diplomatique.  Mais Israël considère que celle-ci ne viendra que lorsque l’Autorité palestinienne cessera de verser des millions de dollars aux terroristes et que les enfants palestiniens apprendront que leurs héros sont des scientifiques, des chercheurs et non des terroristes.

Le Conseil devrait pour sa part constater que certains États Membres sont opposés à la paix, a poursuivi M. Erdan, qui a cité l’Iran, qui continue de défier la communauté internationale en poursuivant son programme nucléaire et en soutenant des groupes armés comme le Hezbollah.  Si le Conseil ne fait rien, ces groupes détiendront demain l’arme atomique, a mis en garde le représentant.  L’Iran représente une menace existentielle pour Israël, a-t-il ajouté.  Et pour cette raison, Israël ne laissera pas ce pays obtenir l’arme atomique.  Israël fera tout ce qui est nécessaire pour y parvenir, a encore averti le représentant.

Mme LINDA THOMAS-GREENFIELD (États-Unis) a estimé que le Conseil de sécurité consacrait beaucoup de temps au conflit israélo-palestinien, ce qui est à la fois compréhensible et conforme à l’ordre du jour.  Mais bien trop souvent, la substance de ces discussions est presque entièrement centrée sur la critique d’Israël, a-t-elle ajouté.  Elle a dit espérer qu’à l’avenir, les membres du Conseil feront de leur mieux pour adopter une approche plus équilibrée.  En outre, a-t-elle fait valoir, il existe d’autres pays et situations dans la région qui méritent l’attention du Conseil de sécurité et ne doivent pas être négligés.

Les États-Unis soutiennent la reprise des contacts directs entre les dirigeants israéliens et palestiniens.  À cette fin, ils ont salué le réengagement entre les dirigeants israéliens et jordaniens, ainsi que les progrès représentés par les Accords d’Abraham, a rappelé la représentante.  Elle a ensuite invité les États Membres à fournir une assistance financière et matérielle pour aider à répondre aux besoins de la population de Gaza.

Cela inclut le financement de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), afin que l’Office puisse continuer à gérer des écoles et des services de santé qui soutiennent les familles palestiniennes.  Mme Thomas-Greenfield a rappelé que les États-Unis avaient fourni plus de 318 millions de dollars à l’UNRWA cette année, avant de noter que l’Office faisait toujours face à un déficit d’environ 100 millions de dollars.  Elle a appelé l’UNRWA à entreprendre les réformes nécessaires pour assurer sa viabilité financière.

De même, alors que la communauté internationale s’apprête à accroître son aide à la population de Gaza, Mme Thomas-Greenfield a appelé le Hamas à cesser sa détention cruelle de deux civils israéliens.  Les civils ne sont pas des pions, a-t-elle lancé.  Elle a aussi exhorté le Hamas à rendre les dépouilles de deux soldats israéliens à leur famille, affirmant qu’il s’agissait d’une question de décence humaine fondamentale.

Nous sommes profondément préoccupés par la violence perpétrée par les colons israéliens en Cisjordanie contre les Palestiniens et leurs biens, a poursuivi la représentante.  Elle a appelé les autorités israéliennes à enquêter sur ces incidents, y compris sur la réponse des forces de sécurité israéliennes.  Ce type de violence diminue la liberté, la dignité, la sécurité et la prospérité des Palestiniens et des Israéliens, a-t-elle argué, ajoutant que cela faisait obstacle à la paix.

M. NICOLAS DE RIVIÈRE (France) a salué « l’unité renouvelée du Conseil de sécurité pour soutenir la solution des deux États ».  C’est pourquoi le conseil a endossé les paramètres de cette solution dans plusieurs résolutions, notamment la résolution 2334 (2016), a-t-il déclaré.  Le représentant a appelé les parties à s’abstenir de toute mesure unilatérale.  Il a appelé instamment Israël à « revenir sur ses projets d’expansion des colonies », notamment dans les zones sensibles comme la zone E1 et Giv’at Hamatos, qui portent directement atteinte à la viabilité et à la contiguïté territoriale d’un futur État palestinien et remettent en cause sur le terrain la solution des deux États, en plus d’être contraires au droit international.

Par ailleurs, M. de Rivière a réitéré sa préoccupation à l’égard de la hausse record des violences et des démolitions, ainsi qu’à l’égard des procédures d’éviction en cours à Silwan et Cheik Jarrah.  Toutes les parties doivent réaffirmer sans ambiguïté leur attachement au respect du statu quo sur les Lieux saints de Jérusalem, a-t-il déclaré.  À cet égard, il a salué la reprise des contacts de haut niveau entre Israël et l’Autorité palestinienne, ainsi que l’action de l’Égypte pour préserver un cessez-le-feu durable à Gaza.  Le représentant a condamné toute attaque ciblant le territoire israélien. Il a estimé que l’Autorité palestinienne doit faire toute la lumière sur l’assassinat de Nizar Banat.  La France, a rappelé M. de Rivière, est déterminée à accompagner toutes les initiatives qui contribueront à rétablir le fil du dialogue entre Israéliens et Palestiniens.  En outre, la France prendra toute sa part dans la prochaine conférence de soutien à l’UNRWA, dont l’action est essentielle à la stabilité de la région et pour répondre aux besoins des réfugiés palestiniens.

Mme INGA RHONDA KING (Saint-Vincent-et-les Grenadines) a jugé préoccupants les récents développements concernant les colonies israéliennes.  L’annonce, le 13 octobre, de la construction de milliers de logements à Giv’at Hamatos constitue en effet une violation flagrante du droit international et sape davantage le processus de paix et la solution des deux États.  Une fois de plus, Saint-Vincent-et-les Grenadines a dénoncé la démolition et la confiscation de maisons et de structures palestiniennes, dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est.  La délégation a demandé à Israël de mettre immédiatement fin à toutes les expulsions forcées et de cesser sa politique systématique d’expansion des colonies, de démolition des structures palestiniennes et d’obstruction au développement palestinien.

Préoccupée par les allégations d’usage excessif de la force par les forces de sécurité israéliennes contre les civils palestiniens, y compris des enfants, Mme King a réitéré son appel à Israël pour qu’il respecte le droit humanitaire international.  Quant au blocus illégal de la bande de Gaza par Israël, elle a estimé qu’il doit prendre fin afin de faciliter le passage de l’aide humanitaire pour les Palestiniens dans le besoin et la reconstruction de Gaza.  De plus, elle a demandé à la communauté internationale de faire des investissements tangibles pour résoudre le manque critique de financement des efforts de reconstruction à Gaza et des programmes gérés par l’UNRWA.

Pour Mme GERALDINE BYRNE NASON (Irlande), Israël doit s’assurer que les auteurs de violences rendent des comptes.  La représentante s’est dite profondément préoccupée par la flambée de violence en Cisjordanie, en particulier celle commise par les colons, ainsi que l’utilisation de balles réelles par les forces israéliennes.  Elle a également souligné que toute réponse sécuritaire devait être conforme au droit international.

Tout en condamnant les tirs de roquette depuis Gaza, Mme Byrne Nason a appelé Israël à cesser toutes les activités de colonisation illégales, ainsi que les démolitions, expulsions et saisies de structures palestiniennes.  Israël doit accorder des permis de construction aux Palestiniens, a souligné la représentante.  Réaffirmant son attachement à la solution des deux États, elle a également plaidé en faveur du maintien du statu quo des Lieux saints de Jérusalem.  Par ailleurs, la représentante a rappelé l’impact disproportionné de l’occupation sur les femmes et les enfants.

Nous félicitons la société civile dans les territoires palestiniens occupés et en Israël pour leurs efforts visant à développer une approche d’autonomisation des femmes basée sur la communauté, a déclaré Mme Byrne Nason.  La représentante a ensuite condamné les récentes attaques contre les militants palestiniens et organisations de la société civile, appelant les responsables israéliens et palestiniens à protéger et à faire respecter leurs droits.  Saluant ensuite le travail de l’UNRWA, Mme Byrne Nason a incité les donateurs, y compris ceux du Golfe, à renforcer leur soutien.  Elle s’est également dite préoccupée par l’accès à Gaza et les obstacles aux efforts de reconstruction, en dépit de certaines mesures récentes bienvenues.  La santé mentale des habitants de Gaza subit les lourdes conséquences de l’exposition à la violence prolongée, a-t-telle rappelé.

Saluant la tenue d’élections municipales en décembre, la représentante a affirmé une nouvelle fois que des élections législatives palestiniennes – avec la pleine participation des femmes - dans tout le territoire occupé étaient nécessaires pour donner une voix démocratique à tous les Palestiniens et pour renouveler la légitimité des institutions nationales.

Enfin, l’Irlande invite une nouvelle fois le Quatuor pour le Moyen-Orient à intensifier ses efforts en faveur de la reprise d’un processus politique.  Elle salue les contacts au niveau ministériel entre le Gouvernement israélien et l’Autorité palestinienne.  Mais elle juge impératif que le Conseil de sécurité, les partenaires de la région et la communauté internationale restent engagés dans la recherche d’une solution à l’approche du trentième anniversaire de la Conférence de Madrid.

M. SVEN JÜRGENSON (Estonie) a redit son souhait d’une solution durable au conflit israélo-palestinien, fondée sur la solution des deux États, le droit international et les résolutions pertinentes du Conseil.  Partisan de négociations directes sur les questions relatives au statut final, il s’est félicité du dialogue récent entre les dirigeants israéliens et palestiniens, avant d’exhorter les parties à s’engager dans une coopération plus pratique, notamment dans les domaines économique et financier.  Concernant Gaza, le représentant a appuyé les efforts visant à maintenir le cessez-le-feu.  Appelant le Hamas et les « autres organisations terroristes » à s’abstenir de tirer des roquettes et des engins incendiaires, il a également exhorté Israël à user de son droit de se défendre de manière proportionnée.  Il a d’autre part jugé essentiel que les efforts internationaux et régionaux de reconstruction se poursuivent afin d’améliorer la situation humanitaire et socioéconomique désastreuse dans la bande.

S’agissant de la Cisjordanie, M. Jürgenson s’est déclaré préoccupé par la poursuite des affrontements entre Palestiniens et forces de sécurité israéliennes.  Il a appelé toutes les parties à s’abstenir de toute violence, incitation et actes de provocation, dénonçant à cet égard les démolitions et expulsions de biens palestiniens par Israël.  Enfin, soulignant le rôle crucial de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient dans la fourniture d’aide aux réfugiés palestiniens et la stabilisation de la région, il a formé le vœu que la prochaine conférence organisée par la Suède et la Jordanie permettra de trouver des moyens d’assurer un financement plus durable de l’Office.

Mme MONA JUUL (Norvège) a qualifié d’« évolution positive » le calme relatif régnant actuellement à Gaza, l’augmentation récente des importations et du nombre de permis de travail délivrés, et de « succès » la distribution d’une aide en espèces à des dizaines de milliers de familles vulnérables.  Elle a toutefois jugé la situation intenable.  « Le bouclage de Gaza doit être levé », a-t-elle demandé, pour améliorer la vie des Palestiniens vivant à Gaza.

Pour Mme Juul, la croissance économique doit être stimulée « en permettant à davantage de Gazaouis de chercher du travail en Israël et en Cisjordanie »; « en créant de bons emplois à Gaza même »; et « en assouplissant les restrictions à l’importation et à l’exportation ».  Appelant tous les acteurs à aider à maintenir le calme, Mme Juul s’est félicitée des signaux émis par le Gouvernement israélien indiquant qu’il soutiendrait l’amélioration des conditions de vie à Gaza.  L’Autorité palestinienne restera le partenaire de la Norvège pour les efforts de développement en Palestine, y compris à Gaza, a-t-elle aussi précisé.

Profondément préoccupée par les plans israéliens visant à mettre en œuvre un plan de colonisation qui couperait Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie, Mme Juul a rappelé que l’implantation de colonies israéliennes en territoire occupé constituait une violation du droit international.  Elle a instamment demandé à Israël de mettre fin aux activités de colonisation, aux démolitions de maisons et aux expulsions.

Mme Juul s’est aussi félicitée de la reprise du dialogue à haut niveau entre Israël et l’Autorité palestinienne, dialogue que la Norvège est prête à aider à renforcer.  Elle accueillera d’ailleurs une réunion du Comité spécial de liaison pour la coordination de l’assistance internationale aux Palestiniens, les 16 et 17 novembre, à Oslo.  Il s’agira, a expliqué Mme Juul, d’examiner la détérioration de la situation budgétaire de l’Autorité palestinienne et de réfléchir aux moyens de la renforcer.  « Cette réunion sera également l’occasion pour les parties, les donateurs et les partenaires de développement de convenir de mesures concrètes pour aller de l’avant, tant sur les aspects économiques que sur les aspects politiques de la construction de l’État palestinien », a-t-elle déclaré.

M. JUAN RAMÓN DE LA FUENTE RAMÍREZ (Mexique) a rappelé que la construction et l’expansion des colonies israéliennes en territoires palestiniens occupés étaient contraires au droit international et constituaient un obstacle à la mise en place d’une solution des deux États ainsi qu’à toute perspective de paix.  La construction d’unités, le transfert de colons, la confiscation de terres, la démolition de maisons et le déplacement de civils palestiniens doivent cesser, a asséné le délégué, demandant des mesures pour mettre un terme à ces tendances négatives, conformément à la résolution 2334 (2016).

Observant avec préoccupation la tension croissante dans la vieille ville de Jérusalem, le Mexique a prié Israël de renoncer à toute mesure altérant le statut et le caractère géographique, démographique et historique de Jérusalem.

M. de la Fuente Ramírez a exhorté l’Autorité palestinienne à continuer d’organiser les élections municipales et à convoquer des élections législatives et présidentielles, insistant sur la nécessité de garantir la participation pleine et égalitaire des femmes et des jeunes à la vie politique et civile palestinienne.  Il a au passage salué les efforts de médiation de l’Égypte en faveur d’une réconciliation intra-palestinienne.  Il s’est également dit encouragé par les contacts de haut niveau sur le plan civil et sécuritaire entre Israël et l’Autorité palestinienne, espérant qu’ils seraient approfondis et élargis vers un accord politique pour les négociations de paix.

M. ZHANG JUN (Chine) a déploré la situation humanitaire « désastreuse » qui règne à Gaza, avec notamment 110 000 personnes déplacées, des coupures d’électricité et des infrastructures de base détruites.  À cet égard, la Chine salue les activités entreprises par l’UNRWA, mais insiste sur la nécessité de reconstruire Gaza.  Israël doit permettre l’entrée de matériel de construction à Gaza, a dit le représentant.

La Chine déplore par ailleurs les violences qui s’y déroulent en Cisjordanie, dont certaines sont exercées par l’Autorité palestinienne.  Israël, en tant que Puissance occupante, doit poursuivre les auteurs de crimes et cesser tout acte et politique allant à l’encontre de la solution des deux États, comme la construction de colonies d’occupation, a poursuivi le représentant.

Pour la Chine, le processus de paix doit se poursuivre. Israël et l’Autorité palestinienne doivent continuer le dialogue de haut niveau, notamment dans le cadre de l’initiative menée par l’Égypte.  Les pays qui ont de l’influence sur les parties doivent éviter la politique des deux poids, deux mesures.  Le représentant a rappelé la disponibilité de son pays à accueillir des pourparlers de paix sur son territoire.  La Chine est également favorable à la tenue d’une conférence internationale sur la paix, avec la participation de l’ONU et des autres parties prenantes.

M. NIANDOU AOUGI (Niger) s’est élevé contre la recrudescence des attaques perpétrées par des colons israéliens contre les populations palestiniennes, la poursuite des démolitions de structures palestiniennes et l’approbation par Israël d’un plan de construction de plusieurs unités de logement dans des zones palestiniennes situées à Jérusalem.  Il a aussi dénoncé la profanation de cimetières musulmans et les violations contre des Lieux saints de l’Islam, notamment la mosquée Al-Aqsa, évoquant des « actes odieux » qui ne font qu’accroître la haine, le fanatisme, la radicalisation et la violence.

Estimant que « le mépris flagrant d’Israël à l’égard de la légalité internationale et des résolutions des Nations Unies ne saurait perdurer indéfiniment », le représentant a assuré que la cause palestinienne continuerait de s’imposer « comme le rappel lancinant du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».  À ses yeux, créer les conditions de la paix implique de cesser la politique effrénée de colonisation menée depuis plusieurs décennies par Israël et de reprendre des pourparlers directs en vue de la création d’un État palestinien viable dans ses frontières de 1967.  « Cette solution doit être sauvegardée à tout prix », a-t-il insisté, avant d’appeler le Conseil à rendre ses résolutions effectives et non plus optionnelles.

M. Aougi a également jugé essentiel que la communauté internationale, le Quatuor, les membres du Conseil ainsi que les acteurs régionaux ayant une influence sur les parties continuent d’exercer la pression nécessaire pour éviter une nouvelle escalade et d’œuvrer pour la revitalisation du processus de paix.  S’agissant enfin de la situation humanitaire dans les territoires palestiniens occupés, le représentant a appelé Israël, en tant que Puissance occupante, à s’acquitter de ses responsabilités, en veillant au bien-être et à la survie de la population sous son contrôle.

Mme BARBARA WOODWARD (Royaume-Uni) a salué « l’engagement accru » entre le Gouvernement israélien et l’Autorité palestinienne au cours des derniers mois.  Elle s’est félicitée du retour au calme à Gaza, ainsi que des mesures prises par Israël pour réduire les contraintes sur l’accès des biens et des personnes à l’intérieur et à l’extérieur de Gaza.  Elle a demandé à Israël de définir un plan « complet et transparent », pour améliorer la circulation et l’accès à Gaza, conformément au droit international humanitaire, afin de permettre sa reconstruction et son développement.

En Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, la représentante a regretté le nombre de démolitions et d’expulsions de Palestiniens de leurs maisons, le pire depuis cinq ans.  Elle a instamment demandé au Gouvernement israélien de veiller à ce que les familles palestiniennes puissent vivre en sécurité dans leur maison.  Déplorant la hausse des violences en Cisjordanie, y compris les attaques des colons contre la population et les biens palestiniens, elle a condamné l’incident survenu le 28 septembre dans le village palestinien d’Umm Mufaqarah, dans les collines du sud d’Hébron, qui a entraîné l’hospitalisation d’un enfant palestinien de 3 ans.  Elle a sommé Israël de fournir une protection appropriée à la population civile palestinienne et exigé que les responsables soient traduits en justice.  Préoccupée par « l’usage excessif de la force » par les forces de sécurité israéliennes, elle a une fois de plus exhorté Israël à respecter les principes de nécessité et de proportionnalité.  Enfin, jugeant la situation budgétaire de l’Autorité palestinienne « désastreuse », Mme Woodward a réclamé une action rapide pour améliorer la situation.

M. TAREK LADEB (Tunisie) a rejeté toute tentatives visant à modifier le statu quo dans les Lieux saints de Jérusalem et réaffirmé son soutien au rôle joué par le Royaume Hachémite garant de ces lieux.  De fait, a regretté le représentant, malgré le soutien international et les exigences légitimes du peuple palestinien pour la solution des deux États, la Puissance occupante continue de fouler au pied le droit international et les résolutions du Conseil de sécurité.  Au vu des violences et des attaques contre la population civile palestinienne, il a souligné la nécessité de leur fournir une protection dans le respect du droit international.  Fort de sa responsabilité en matière de maintien de la paix et la sécurité internationales, le Conseil de sécurité est tenu de prendre les mesures nécessaires pour assurer l’application de ses résolutions relatives au conflit palestino-israélien, notamment en mettant un terme aux activités de colonisation, et pour sortir de l’impasse dans laquelle se trouve le processus de paix au Moyen-Orient, a poursuivi le représentant.  Saluant l’intensification des efforts du Quatuor pour le Moyen-Orient, il a redit son soutien à la proposition visant à convoquer une conférence internationale de paix sous l’égide du Quatuor.

Face à la détérioration de la situation humanitaire dans la bande de Gaza, notamment à la lumière de la récente agression militaire, de la poursuite du blocus de plus de 14 ans et des conséquences de la pandémie de COVID-19, M. Ladeb a exhorté Israël à faciliter l’accès humanitaire et à lever les restrictions à la liberté de circulation, et à s’abstenir d’entraver les efforts de reconstruction.  Il a également pressé les donateurs internationaux de revoir à la hausse l’assistance humanitaire dans les territoires palestiniens occupés et de soutenir les efforts déployés par l’ONU.  Il a également jugé urgent de combler le déficit budgétaire de l’UNRWA.

M. T. S. TIRUMURTI (Inde) a rappelé la position connue de longue date de son pays: seule la solution des deux États, négociée de manière pacifique permettra de résoudre le conflit.  Concernant la bande de Gaza, l’Inde appelle à la reconstruction de ce territoire, à travers l’Autorité palestinienne.  Elle demande également que cessent les discours incendiaires de nature à nourrir le conflit.

L’Inde soutient les initiatives conduites par l’Égypte.  À cet égard, elle demande au Quatuor de faire en sorte de favoriser la reprise des négociations, notamment en prenant des mesures concrètes.  Le représentant a enfin salué les récentes discussions de haut niveau tenues entre le Gouvernement israélien et l’Autorité palestinienne.

M. DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie) a dit regretter de ne pas encore avoir pu observer de progrès dans la résolution des nombreuses crises régionales au Moyen-Orient.  Il a en outre jugé inquiétant que la plupart des conflits ne soient pas seulement compliqués par des ingérences extérieures, mais soient exacerbés par les tentatives de ceux qui interviennent.  Le représentant a mis en garde contre la promotion de « recettes » unilatérales ignorant les opinions des populations locales ainsi que des groupes tribaux, ethniques, religieux et confessionnels.  Selon lui, la communauté internationale, principalement l’ONU, doit aider les peuples eux-mêmes à sortir de l’impasse, prévenir les conflits et fournir des efforts de médiation.

M. Polyanskiy a déploré les actions unilatérales, lourdes de conséquences et dangereuses qui se poursuivent, y compris l’expropriation et la destruction de biens palestiniens, la construction de colonies, les plans de construction dans le Golan syrien occupé, les arrestations arbitraires, la violation du statut des Lieux saints, et la violence.  Dans le même temps, nous notons l’importance de prendre en compte les intérêts de sécurité d’Israël, a-t-il dit.  Pour la Fédération de Russie, la tâche principale pour la période à venir est de fournir une aide humanitaire d’urgence à toutes les personnes touchées et dans le besoin dans la bande de Gaza.  Le représentant a estimé que le travail de l’UNRWA et le soutien de la communauté internationale étaient plus que jamais nécessaires.

M. Polyanskiy a estimé que toutes les questions relatives au statut final devraient être résolues dans le cadre de négociations directes entre les Palestiniens et les Israéliens.  Ces négociations devraient être lancées dès que possible.  En tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et du Quatuor des médiateurs internationaux, la Russie est prête à faire des efforts pour parvenir à un règlement sur une base internationalement reconnue, qui prévoie la création d’un État palestinien indépendant, souverain et territorialement continu à l’intérieur des frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale.  M. Polyanskiy a appelé leurs partenaires du Quatuor - ONU, Union européenne et États-Unis - à intensifier la coopération, à cet égard.  Après la réunion virtuelle des représentants spéciaux le 14 octobre, il a appelé à une réunion du Quatuor au niveau ministériel, si possible en marge du trentième anniversaire de la Conférence de Madrid sur le Moyen-Orient.

M. DINH QUY DANG (Viet Nam) s’est dit préoccupé par les violences perpétrées dans le territoire palestinien occupé.  Depuis l’annonce de la cessation des hostilités en mai, les tensions et les violences entre les parties ne se sont pas apaisées en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est et elles continuent de faire un nombre croissant de victimes palestiniennes, a-t-il déclaré.  En tant que Puissance occupante, Israël a l’obligation d’assurer la sûreté et la sécurité de la population palestinienne, en particulier des enfants, a-t-il souligné.  À cet égard, les autorités israéliennes doivent cesser l’usage excessif de la force contre les civils et mener des enquêtes impartiales sur toutes les attaques violentes.  Le représentant a exhorté toutes les parties à faire preuve de retenue et à s’abstenir de toute action et rhétorique susceptibles d’alimenter les tensions.  Qui plus est, tant que les activités de colonisation et la démolition des propriétés palestiniennes continueront, il n’y aura pas de paix durable, a-t-il insisté.  Il a réaffirmé que toutes les colonies étaient illégales au regard du droit international et qu’elles compromettaient les perspectives de parvenir à une solution viable des deux États.  Enfin, il a réitéré son ferme soutien à la solution des deux États, y compris la création de l’État de Palestine avec Jérusalem-Est pour capitale.

M. Dang s’est félicité de l’engagement entre de hauts responsables du Gouvernement israélien et de l’Autorité palestinienne, une étape positive pour renforcer la coopération dans les domaines de la sécurité et des politiques économiques.  Il a salué le travail de l’UNRWA et des agences des Nations Unies pour assurer la livraison d’une aide essentielle aux Palestiniens de Gaza.  Toutefois, le personnel humanitaire de l’ONU et des organisations non gouvernementales internationales doit pouvoir entrer et sortir de Gaza de façon régulière, a-t-il noté.  Il a en outre exhorté la communauté internationale à tenir compte de l’appel du Secrétaire général pour une augmentation de 6,1 millions de dollars, dont 43 postes supplémentaires pour l’UNRWA.

M. MACHARIA KAMAU, Secrétaire principal au Ministère des affaires étrangères du Kenya a rappelé qu’aussi insoluble que puisse paraître le conflit, dans le passé, il y a eu des percées politiques qui ont surmonté même les barrières les plus rigides et les plus anciennes.  « Quel est alors le chaînon manquant pour résoudre cette situation prolongée de manière durable? » s’est-il interrogé.  Pour lui, « nous ne devons plus prescrire la paix, mais plutôt permettre aux Palestiniens et aux Israéliens de tracer la voie de la paix et d’une coexistence harmonieuse par le biais d’un dialogue authentique et véritablement inclusif, enraciné dans la communauté ».

M. Kamau a expliqué que dans le cadre formel des pourparlers de paix, les canaux dits officiels, il y a eu une tendance à encadrer et à discuter de ce conflit et de ce processus de paix autour de cadres juridiques et politiques qui semblent bien éloignés des éléments importants avec lesquels les communautés de base israéliennes et palestiniennes sont aux prises.  Ainsi, les solutions proposées sont principalement axées sur les problèmes macro-politiques et/ou économiques, tandis que les tensions sociopolitiques et théologiques continuent de bouillonner en dessous.

Par conséquent, M. Kamau a recommandé d’entendre davantage la société civile et de revoir, recadrer et réévaluer les efforts du Conseil de Sécurité, « dans la même veine courageuse incarnée par les jeunes et les leaders communautaires israéliens et palestiniens qui coexistent quotidiennement et construisent de manière constructive une paix interethnique et interculturelle; qui appellent les choses comme elles sont; et cherchent à rendre des comptes là où cela est nécessaire ».

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