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CS/14675
27 octobre 2021
8887e séance - matin

Abyei: le Conseil de sécurité débat du renouvellement du mandat de la FISNUA

Soudan du Sud: dans une déclaration présidentielle, il demande de créer une équipe d’assistance électorale intégrée, sous la direction de la MINUSS

Le Conseil de sécurité a adopté, ce matin, une déclaration présidentielle* à l’occasion de l’examen du rapport du Secrétaire général sur les progrès accomplis dans l’exécution du mandat de la Force intérimaire de sécurité des Nations Unies pour Abyei (FISNUA), présenté par le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. Jean Pierre Lacroix.  Le Conseil demande notamment de créer une équipe d’assistance électorale intégrée et de faire précéder les élections d’un processus de rédaction de la constitution qui soit « inclusif et transparent ».

Les Sud-Soudanais montrent de « fortes aspirations à des élections crédibles et pacifiques, quoique tempérées par des préoccupations généralisées au sujet de la précarité de la situation politique, socioéconomique et de sécurité ».  Cet avis de la mission d’évaluation des besoins est repris par le Conseil dans sa déclaration présidentielle.  Fort de cette évaluation, il prie le Secrétaire général de créer une équipe d’assistance électorale qui sera placée sous la direction de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS).  Il rappelle que les activités d’assistance électorale sont prévues pour la « phase 1 ».

Pour permettre une transition vers un État stable, inclusif, démocratique et autonome, le Conseil recommande pour les élections une participation pleine, égale et réelle des femmes, des jeunes, des personnes handicapées, des personnes déplacées, des réfugiés et des membres de tous les groupes politiques.  Il demande aussi que le processus de rédaction de la constitution, inclusif et transparent, soit mené dans « un environnement respectueux du droit à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique ». 

Afin de faciliter la tenue d’élections libres et régulières, le Conseil appelle les dirigeants sud-soudanais à prendre, sans délai, des mesures efficaces pour rétablir la stabilité dans tout le pays.  Il les exhorte à des progrès sur certains points clefs, entre autres l’établissement du cadre juridique des élections, le recensement national la composition et le fonctionnement de la Commission électorale nationale.

Saluant le rôle moteur de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), le Conseil se félicite qu’elle continue de s’engager et de s’employer à dialoguer avec les dirigeants sud-soudanais afin de résoudre la crise actuelle et de fournir un appui aux processus électoraux au Soudan du Sud, de même que le font la Commission mixte de suivi et d’évaluation reconstituée, l’Union africaine, et les pays de la région. 

Alors que le renouvellement du mandat de la FISNUA, qui se termine 15 novembre prochain, est à l’étude, M. Lacroix a présenté l’examen stratégique de la Force requis par le Conseil de sécurité et ses recommandations sur une éventuelle stratégie de retrait et de sortie.  S’appuyant sur « la nouvelle réalité » qu’est l’amélioration des relations entre les deux gouvernements, mais en tenant compte de « l’important déficit » de confiance entre les communautés d’Abyei, en particulier les Misseriya et les Ngok Dinka, le Secrétaire général recommande que le Conseil étudie deux options militaires « viables »: maintenir les effectifs globaux proches de ce qu’ils sont actuellement, ou poser un plafond de troupes légèrement réduit.  Il recommande également de laisser tel quel le Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière.

L’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Corne de l’Afrique, M. Parfait Onanga-Anyanga, de même que l’ancien Président de l’Afrique du Sud et Président du Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’Union africaine sur Abyei, M. Thabo Mbeki, ont appelé le Conseil de sécurité à soutenir « l’intensification » des contacts de haut niveau et les efforts de médiation « de bon augure » pour régler les problèmes entre les deux Soudans, mais aussi concernant le statut final d’Abyei.  M. Mbeki a rappelé le contexte dans lequel les communautés misseriya et ngok dinka estiment avoir le droit historique de revendiquer cette région.

En dépit des évènements récents, le Soudan reste favorable au renouvellement du mandat de la FISNUA pour une période de six mois, comme un signe que la communauté internationale et le Conseil continuent d’apporter l’appui nécessaire au Soudan pour préserver les acquis des dernières années et favoriser la marche vers la paix, a plaidé son représentant.  Malheureusement, avec les événements politiques survenus au Soudan depuis le 25 octobre, nous pensons qu’un réexamen de ces plans est de mise, a rétorqué son homologue du Soudan du Sud.

Également favorables au renouvellement du mandat, la Tunisie, le Kenya, le Niger et Saint-Vincent-et-les Grenadines, unis au sein du groupe A3+1, rejoints par le Mexique, ont estimé que le Conseil de sécurité devait non seulement reconduire mais aussi renforcer le mandat de la FISNUA, vu que les outils de maintien de la paix ne suffisent pas à l’heure actuelle.  Ils ont souligné la nécessité, notamment, de continuer d’appuyer de manière « cruciale » le Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière, comme le recommande le Secrétaire général.  L’Estonie a, elle, souhaité que le Conseil suive les recommandations du Secrétaire général en prévoyant une unité dédiée aux droits de l’homme au sein de la Force.

Face à ces demandes précises, quelques délégations se sont au contraire montrées moins pressantes.  L’Irlande et le Royaume-Uni ont fait preuve de prudence, se contentant de prendre « bonne note » des recommandations du Secrétaire général.  L’Inde a souligné l’absence de consensus sur le retrait de la FISNUA et sur la composition nationale de ses troupes, suggérant de différer « pour le moment » toute décision sur cette question « sensible », tandis que la Norvège jugeait « prématuré » de modifier « à ce stade », le mandat de la FISNUA. 

La France est favorable à une reconfiguration de la FISNUA qui tienne compte des opportunités offertes par le rapprochement entre Khartoum et Djouba, tout en préservant la capacité de la Force à remplir son mandat de protection des civils, a tenté de concilier la délégation.  Aucune reconduction ou reconfiguration du mandat de la FISNUA ne doit se faire sans tenir compte des points de vue de Khartoum et de Djouba, a prévenu la Fédération de Russie.

* S/PRST/2021/20

LA SITUATION À ABYEI

RAPPORTS DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LE SOUDAN ET LE SOUDAN DU SUD- S/2021/881, S/2021/805

Déclaration du Président du Conseil de sécurité

Le Conseil de sécurité réaffirme son soutien au peuple sud-soudanais et son ferme attachement à la souveraineté, à l’indépendance, à l’intégrité territoriale et à l’unité nationale de la République du Soudan du Sud. 

Le Conseil réitère son appui à « l’Accord revitalisé sur le règlement du conflit en République du Soudan du Sud » (l’Accord revitalisé), conclu en 2018, et se félicite de la prestation de serment des membres du corps législatif national provisoire, qui constitue une étape importante dans la mise en œuvre de l’Accord revitalisé. 

Le Conseil prend note de la lettre du Secrétaire général datée du 15 juillet 2021 (S/2021/661), transmise en application de la résolution 2567 (2021), et de la conclusion de la mission d’évaluation des besoins selon laquelle les Sud-Soudanais montrent de « fortes aspirations à des élections crédibles et pacifiques, quoique tempérées par des préoccupations généralisées au sujet de la précarité de la situation politique, socioéconomique et de sécurité ». Le Conseil prie le Secrétaire général de créer une équipe d’assistance électorale intégrée placée sous la direction de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS), conformément à la résolution 2567 (2021), aux fins de la mise en œuvre des activités d’assistance électorale prévues pour la phase 1 et visées dans l’annexe à sa lettre du 15 juillet 2021 (S/2021/661), à l’appui de la feuille de route établie en vue des élections qui est présentée dans l’Accord revitalisé. 

Le Conseil est conscient que la tenue d’élections libres et régulières, qui reflètent la volonté de l’ensemble de la population sud-soudanaise, avec la participation pleine, égale et réelle des femmes, des jeunes, des personnes handicapées, des personnes déplacées, des réfugiés et des membres de tous les groupes politiques, sera essentielle pour permettre une transition vers un État stable, inclusif, démocratique et autonome. Le Conseil souligne que les élections devront être précédées d’un processus de rédaction de la constitution inclusif et transparent, qui soit mené dans un environnement respectueux du droit à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique, et qui encourage la participation citoyenne. 

Le Conseil exhorte les autorités sud-soudanaises à faire des progrès sur certains points clés, notamment l’adoption des mesures de sécurité nécessaires ; l’établissement du cadre juridique des élections, y compris le système électoral, la délimitation des frontières, le recensement national, les mesures particulières concernant les personnes déplacées à l’intérieur du pays, les réfugiés, le vote à l’étranger, les mécanismes de règlement des différends et d’observation des élections, ainsi que le type et le niveau d’élections à tenir ; la composition et le fonctionnement de la Commission électorale nationale et la désignation de ses membres, tant à Djouba qu’au niveau infranational ; l’allocation de ressources destinées à couvrir les frais de fonctionnement de la Commission électorale nationale et l’établissement d’un budget pour les opérations électorales. 

Le Conseil salue le rôle moteur de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), qui contribue au processus de paix au Soudan du Sud, et se félicite que l’IGAD et ses États membres, la Commission mixte de suivi et d’évaluation reconstituée, l’Union africaine, notamment son Conseil de paix et de sécurité, et les pays de la région continuent de s’engager et de s’employer à dialoguer avec les dirigeants sud-soudanais afin de résoudre la crise actuelle et de fournir un appui rapide et soutenu aux processus électoraux au Soudan du Sud. 

Le Conseil exprime sa profonde inquiétude face à l’augmentation des violences entre groupes armés dans certaines régions du Soudan du Sud, qui ont fait des milliers de morts et de déplacés, et condamne tous les actes de violence, toutes les violations des droits humains et atteintes à ces droits et toutes les violations du droit international humanitaire commis par toutes les parties au Soudan du Sud. Il appelle les dirigeants sud-soudanais à prendre sans délai des mesures efficaces pour rétablir la stabilité dans tout le pays afin de faciliter la préparation et la tenue d’élections libres et régulières, comme le prévoit l’Accord revitalisé. Il se félicite de l’appel au cessez-le-feu lancé par le Gouvernement sud-soudanais. 

Le Conseil salue le travail de la MINUSS et rend hommage aux Casques bleus et aux pays fournisseurs de contingents ou de personnel de police pour les actions qu’ils mènent afin de permettre à la Mission d’exécuter son mandat dans un environnement difficile. 

Déclarations

M. JEAN PIERRE LACROIX, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, a commencé par certifier que la Force intérimaire de sécurité des Nations Unies pour Abyei (FISNUA) a poursuivi, avec succès son mandat.  La Force a assuré la protection de la population civile d’Abyei grâce à sa présence militaire et antimines, et a soutenu le dialogue intercommunautaire, ainsi que la participation des femmes à la vie politique et à l’état de droit, a-t-il dit, en ajoutant qu’elle a également œuvré dans l’action humanitaire de relèvement et touché plus de 103 000 personnes vulnérables.  Poursuivant, M. Lacroix a jugé « encourageant » de constater que le Soudan du Sud et le Soudan ont désormais établi des comités nationaux sur la question d’Abyei.  La FISNUA a tiré parti de cet élan en s’engageant avec les deux gouvernements sur toutes les questions intéressant la Mission, a-t-il indiqué.  « La Force a ainsi consacré une énergie et des ressources considérables à la planification militaire et logistique complexe qui sera nécessaire lorsqu’elle passera d’un contingent unique à une opération de paix multinationale. »

Concernant justement l’examen stratégique de la FISNUA, demandé par le Conseil de sécurité dans ses résolutions 2550 (2020) et 2575 (2021), visant à élaborer une éventuelle stratégie de retrait et de sortie de la FISNUA, M. Lacroix a indiqué avoir mené conjointement avec le Bureau de l’Envoyé spécial pour la Corne de l’Afrique, le Département de l’appui opérationnel et le Département de la sûreté et de la sécurité, des consultations avec des parties prenantes au Soudan, au Soudan du Sud et en Éthiopie du 18 au 30 juin dernier.  De ces consultations est issue une série de recommandations que le Secrétaire général a partagées avec le Conseil de sécurité dans une lettre datée du 17 septembre dernier.  Ces recommandations s’appuient sur la nouvelle réalité qu’est l’amélioration des relations entre les deux gouvernements et ses conséquences dans les zones frontalières ainsi qu’à Abyei.

Les recommandations tiennent compte de l’important déficit de confiance qui persiste entre les communautés d’Abyei, en particulier les Misseriya et les Ngok Dinka, a souligné M. Lacroix, tout en assurant qu’il existe toutefois un espace important pour l’action des Nations Unies en matière de consolidation de la paix, d’aide humanitaire, de relèvement et de développement.  L’ONU continue d’accorder la priorité à l’appui à ces questions et espère que le Conseil fournira à la FISNUA un mandat continu et quelque peu renforcé dans ces domaines, tout en identifiant ceux où la FISNUA pourrait commencer à se préparer à un éventuel retrait.  M. Lacroix a également déclaré qu’il est trop tôt pour connaître les conséquences sur la FISNUA du coup d’état militaire survenu, cette semaine, à Khartoum.  Mais compte tenu de la dynamique sur le terrain, « nous exhortons les parties à assurer un soutien efficace à nos efforts pour remplacer les contingents dans la période à venir, tout en préservant les acquis dans l’instauration de la confiance et la sécurité », a-t-il dit.

En ce qui concerne l’aspect militaire de la FISNUA, l’examen stratégique propose deux options viables: maintenir les effectifs globaux proches de ce qu’ils sont actuellement, ou poser un plafond de troupes légèrement réduit.  Cette dernière option nécessitera davantage d’ajustements opérationnels mais devrait encourager le Soudan et le Soudan du Sud à avancer sur les questions en suspens avec une urgence accrue, a expliqué M. Lacroix.  L’examen stratégique recommande également que l’ONU mette en place une stratégie de soutien à l’état de droit.  De plus, l’examen stratégique met en valeur la nécessité de laisser tel quel le Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière, car un manque de mise en œuvre du mandat du Conseil de sécurité pourrait compromettre la paix et la sécurité générales dans les zones frontalières, en violation de l’accord sur le statut des forces entre le Gouvernement de Soudan du Sud et la FISNUA.

Enfin les recommandations soulignent que les négociations en vue d’un règlement politique concernant la région d’Abyei, avec le Soudan et le Soudan du Sud en tête, restent des éléments cruciaux pour une stratégie de sortie de la FISNUA.  Dans le cadre de la définition d’une vision stratégique pour la Mission, il est important qu’un ensemble de repères soit établi en étroite coordination avec le Soudan du Sud et le Soudan, a plaidé le Secrétaire général adjoint.  Il a précisé que ces repères devraient être construits autour des mécanismes conjoints que les parties ont déjà établis en vue du règlement de la question d’Abyei.

M. PARFAIT ONANGA-ANYANGA, Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Corne de l’Afrique, a fait une mise à jour de l’application de la résolution 2046 (2012) en ce qui concerne des questions bilatérales en suspens entre le Soudan et le Soudan du Sud, ainsi que la situation dans les États du Kordofan méridional et du Nil-Bleu.  La réunion d’aujourd’hui est organisée dans le contexte de défis multiples qui menacent sérieusement la stabilité de plusieurs pays de la Corne de l’Afrique et de la région, a-t-il noté.  Il a également souligné que cette situation a été exacerbée par l’impact de la pandémie de COVID-19 alors que les conditions de vie étaient déjà très précaires.  Pour l’Envoyé spécial, les évènements « tragiques » qui se déroulent au Soudan au lendemain du changement inconstitutionnel de gouvernement reflètent clairement la fragilité des transitions que de nombreux pays traversent actuellement.  Il a jugé vital de restaurer, d’urgence, l’ordre constitutionnel au Soudan, conformément à la Déclaration constitutionnelle et à l’Accord de paix de Djouba.

Malgré les contraintes dues à la pandémie, M. Onanga-Anyanga a été en mesure de s’entretenir, en compagnie de M. Lacroix, avec les dirigeants des deux pays à Khartoum, Abyei et New York, en personne ou à distance, a-t-il indiqué.  Les deux responsables ont visité Khartoum et Abyei du 6 au 8 septembre dans le cadre des consultations entre les gouvernements soudanais, sud-soudanais et éthiopien sur le statut futur de la FISNUA.

L’Envoyé spécial s’est excusé du fait que ses commentaires semblent « quelque peu éloignés de la situation actuelle au Soudan », qui est susceptible de changer négativement la donne, et a espéré que l’élan positif imprimé aux relations bilatérales se poursuivra.  Au titre des signes encourageants, il a rappelé que ces relations sont allées en s’approfondissant ces derniers temps, grâce principalement à des visites et initiatives de haut niveau en appui aux accords de paix respectifs.  Il a cité à cet égard l’entame, le 26 mai, des pourparlers à Djouba entre le Gouvernement soudanais et la faction d’Abdel Aziz Al Hilu du Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS); le lancement du processus permanent pour la rédaction de la Constitution; et les efforts tendant à faire cesser les hostilités entres les factions rivales du MPLS qui pourraient favoriser le processus de paix.

Le Président Kiir et le Premier Ministre Hamdok ont accepté de relancer les exportations et le commerce transfrontière ainsi que de rouvrir les points de passages entre les deux nations, a-t-il aussi indiqué, déplorant cependant que cela ne se soit pas matérialisé compte tenu des derniers événements survenus au Soudan.  M. Onanga-Anyanga a également assuré que les deux pays se sont attelés à abattre tous les obstacles aux transactions bancaires, et ont entamé la préparation d’une stratégie conjointe sur le pétrole et le gaz.  Lors de la réunion du Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière à Djouba, les 8 et 9 septembre dernier, ils se sont également engagés au renforcement de leur coopération en matière de renseignement et de sécurité.

Le Mécanisme a notamment appelé à plus de progrès en ce qui concerne l’ouverture des points de passage, demandé aux deux pays de retirer leurs forces d’Abyei avec effet immédiat et pas plus tard que le 31 décembre 2021.  Il a en outre prié les deux pays à s’engager avec le MPLS qui se trouve encore dans la zone frontalière démilitarisée, les exhortant aussi à la reprise des réunions du Comité mixte de contrôle d’Abyei, la dernière remontant à 2017.  M. Onanga-Anyanga a souligné que les deux parties ne sont pas encore d’accord sur une nouvelle date, le Soudan du Sud considérant que la discussion sur les institutions conjointes, en particulier le Service de police d’Abyei, est inacceptable, car elle risque de renforcer la position de Khartoum dans cette ville.

Les éléments armés restent présents dans la zone d’Abyei, a relevé l’Envoyé spécial, qui a espéré que toutes les forces seront retirées pour permettre la reprise des discussions mixtes.  Cette impasse de longue date a entravé les progrès concernant Abyei, a-t-il déploré.  Toutefois, il a rappelé que chaque pays avait créé un comité de haut niveau sur cette zone, ce qui pourrait aboutir au règlement du statut final d’Abyei.  L’Envoyé spécial a également regretté les incidents violents qui ont mis en péril la sécurité du personnel de la FISNUA et entraîné le terrible décès de l’un des Casques bleus.

L’intensification des contacts de haut niveau et les efforts de médiation pour régler les problèmes sont de bon augure, a conclu l’Envoyé spécial.  La communauté internationale, elle, ne doit ménager aucun effort pour les assister, a-t-il ajouté.  Il a formé l’espoir que les derniers événements survenus au Soudan ne mettent pas en cause les avancées enregistrées.  Il a plaidé pour encourager les parties à atténuer les tensions et à consolider les accords de coopération.

M. THABO MBEKI, Président du Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’Union africaine sur Abyei, a évoqué l’historique de la question, remontant à la période coloniale du Soudan.  Il a rappelé qu’un référendum aurait dû avoir lieu en 1972 pour que la population décide de son statut.  En 2005, le Protocole d’Abyei le prévoyait également, dans un contexte où les communautés misseriya et ngok dinka estiment avoir le droit historique de revendiquer Abyei.  M. Mbeki a souligné que l’Union africaine (UA) avait fait une proposition aux deux Soudans en 2012, et qu’elle avait arrêté des mesures temporaires en attendant le statut final.  Malheureusement ces mesures n’ont pas été mises en œuvre, a-t-il regretté.  Il a noté que le Soudan du Sud avait accepté ces propositions, mais pas le Soudan qui les avait rejetées.

Pour parvenir au statut final, le Président du Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’UA a demandé que les deux gouvernements s’en tiennent au Protocole d’Abyei qui prévoyait ce référendum.  Et si l’une ou l’autre est partie à des réserves, il faut qu’elle les signale à l’UA, a-t-il ajouté.  Dans le même temps, il a dit que l’Union africaine entend consulter d’autres parties prenantes, notamment des communautés locales d’Abyei.  Il a souligné que l’une des questions clef est la coexistence pacifique des deux grandes communautés, sachant que les pasteurs misseriya devraient pouvoir poursuivre leurs activités pastorales.  En ce qui concerne le référendum, la question majeure à son avis est de savoir qui peut voter.  Pour l’Union africaine, les électeurs doivent être des résidents permanents de la région d’Abyei, une mesure à laquelle n’agrée pas tout le monde.  Pour M. Mbeki, le Conseil de sécurité doit donner mandat à la FISNUA de poursuivre son travail, car elle joue un rôle très important.

M. RICHARD M. MILLS, JR. (États-Unis) a réitéré le soutien des États-Unis à la FISNUA, qui s’efforce de mettre son mandat en œuvre malgré les nombreuses contraintes.  Il a remarqué que l’examen de la prorogation du mandat de la Force avait lieu dans un contexte d’événements très inquiétants au Soudan.  Le représentant a, à ce propos, condamné la récente prise de pouvoir par la force.  Il a, par ailleurs, jugé inacceptable qu’un soldat de la paix de l’ONU ait succombé à ses blessures après qu’un voyage en avion pour des soins médicaux d’urgence a été refusé.  Il a appelé le Gouvernement du Soudan du Sud à permettre le réapprovisionnement, à faciliter une désescalade des tensions et à garantir la sécurité du personnel des Nations Unies.  De plus en plus alarmé par les tentatives des communautés de Gok Machar de pousser la FISNUA à quitter le secteur 1, il a estimé que cela sape de plus en plus la capacité de la Force à mener son mandat à bien.

Les États-Unis se réjouissent de voir les nombreuses mesures de sécurité prises par la FISNUA pour assurer la sécurité des civils et répondre rapidement aux violences, a déclaré le représentant.  Il a encouragé le Soudan et le Soudan du Sud à soutenir ces efforts.  Les autorités doivent faire face à l’insécurité croissante, a-t-il recommandé.  Enfin, le délégué a relevé avec satisfaction que la part des femmes augmente progressivement dans les espaces politiques à Abyei, grâce à la FISNUA.

Au nom du Groupe A3+1 (Tunisie, Kenya, Niger et Saint-Vincent-et-les Grenadines, M. ALI CHERIF (Tunisie) a déclaré que le rapprochement « croissant » entre le Soudan et le Soudan du Sud, bien que « louable », doit encore s’accompagner d’une stabilité durable dans la zone d’Abyei et le long de la frontière.  Pour cette raison, les A3+1 soulignent l’importance cruciale pour la FISNUA d’appuyer le Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière (JBVMM) et appellent le Gouvernement du Soudan du Sud à sensibiliser les communautés locales afin de les inciter à la retenue et au calme, ainsi qu’au respect des mandats de la FISNUA et du JBVMM.

Le représentant a également déclaré que, malgré les tensions persistantes le long des frontières communales, les A3+1 se félicitent des perspectives encourageantes pour les processus de paix, de consolidation de la paix et de renforcement de la confiance.  Ils apprécient les efforts de la FISNUA visant à défendre la participation des femmes à l’espace civique.  Sur le plan humanitaire, ils notent que des défis importants, aggravés par la pandémie de COVID-19 et la récession économique, continuent d’avoir un impact sur la vie quotidienne des populations de la zone.  Ils soulignent par conséquence l’importance d’améliorer l’aide humanitaire ainsi que les programmes de relèvement et de résilience pour les personnes et les communautés dans toute la zone.

Les A3+1, a poursuivi le représentant, soulignent par ailleurs que les progrès dans la mise en place des institutions de gouvernance conjointes, notamment la police et les tribunaux, auraient un impact direct et positif sur le règne de l’état de droit dans la zone.  Ils attendent avec intérêt, à cet égard, la redynamisation des réunions du Comité conjoint de contrôle d’Abyei et le soutien du Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’Union africaine.  Concernant la voie à suivre pour la présence de l’ONU à Abyei et l’examen stratégique de la FISNUA, les A3+1 approuvent la recommandation du Secrétaire général sur l’extension du mandat de la FISNUA et son soutien au JBVMM pour une nouvelle période de six mois, a conclu le représentant.

M. BRIAN PATRICK FLYNN (Irlande) a condamné le coup d’état militaire au Soudan et exigé la libération immédiate des dirigeants.  Il a exhorté le Soudan et le Soudan du Sud à trouver des solutions pérennes, notamment en incluant les jeunes.  Il s’est félicité d’apprendre que la FISNUA discute avec des représentants de la société civile sur les questions liées au genre.  Il a noté que seule une femme est ministre dans le nouveau Gouvernement de Djouba.  Le représentant de l’Irlande a aussi exprimé ses préoccupations concernant la situation sécuritaire à Gok Machar et dans les sites des Nations Unies.  Des violations inacceptables ont été observées dernièrement qui ont conduit à la mort d’un Casque bleu, a-t-il noté.  Il a encouragé le Gouvernement du Soudan du Sud à dialoguer avec la FISNUA, à faciliter le déploiement de la Force dans les bases d’opérations 11 et 12, et à appuyer le mandat de la FISNUA, notamment par la délivrance de visas à son personnel.  Il a enfin pris bonne note, avec prudence, des plans figurant dans l’examen stratégique du Secrétaire général.

M. ANDRE LIPAND (Estonie) a condamné dans les termes les plus forts le coup d’état militaire du 25 octobre au Soudan, avant d’appeler les autorités militaires soudanaises à faire machine arrière, à s’abstenir de toute violence et, en fin de compte, à respecter la volonté du peuple soudanais de parvenir à la démocratie et au régime civil.  Le délégué s’est dit préoccupé par la grave détérioration des conditions de fonctionnement de la FISNUA.  Il a condamné fermement les récentes attaques contre la Force à Ngok Machar et sur les bases d’opérations.  La situation a déjà entraîné un bilan trop élevé avec la mort d’un Casque bleu, a dit M. Lipand.  Le représentant a appelé le Gouvernement du Soudan du Sud à faciliter la mise en œuvre sans entrave du mandat de la FISNUA.  Dans le même temps, il a appelé la FISNUA à répondre aux préoccupations des communautés.

L’Estonie est préoccupée par le cycle continu de violence intercommunautaire et ses effets négatifs sur les civils, a poursuivi M. Lipand qui s’est dit alarmé par l’augmentation des cas de violences sexuelles ces derniers mois.  Il a encouragé les autorités à unir leurs efforts pour une plus grande responsabilisation, afin de dissuader de nouvelles violations.  Afin de répondre à ces questions, il s’est fait écho de l’appel du Secrétaire général pour l’inclusion d’une expertise des droits de l’homme dans la Mission.  En outre, afin de créer un environnement plus propice à l’état de droit, il a dit soutenir pleinement l’approche intégrée de la protection des civils, telle que prévue par l’examen stratégique.  Il a réitéré son appel au renforcement de la composante civile de la Mission, y compris la nomination d’un chef de mission adjoint civil, car cela pourrait grandement aider le processus politique, a-t-il argué.

Notant l’amélioration des relations entre le Soudan et le Soudan du Sud, M. SUN ZHIQIANG (Chine) a encouragé les deux parties à continuer de respecter les accords politiques et à mettre en œuvre les accords passés.  Il a également salué le Groupe de haut niveau de l’Union africaine pour ses efforts de médiation.  Préoccupé par les conflits intercommunautaires à Abyei, le représentant s’est félicité de la reprise des négociations entre les communautés et a appelé les deux gouvernements à jouer un rôle constructif en la matière.  Estimant que la FISNUA joue un rôle essentiel dans le maintien de la paix et de la sécurité à Abyei, il s’est dit favorable à la prorogation de son mandat.  Le représentant n’a pas manqué de déplorer la mort récente d’un Casque bleu.  En tant que grand contributeur de troupes, la Chine, a-t-il dit, souligne l’importance de respecter les accords sur la protection du personnel de l’ONU.

M. AMARNATH ASOKAN (Inde) a déclaré que le règlement pacifique du statut final d’Abyei, conformément à l’Accord de paix global de 2011, reste fondamental pour une paix, une stabilité et un développement durables dans la région.  Alors que la situation générale en matière de sécurité est restée calme, les incidents violents entre les communautés Ngok Dinka et Misseriya sont un sujet de préoccupation.  Il est donc primordial, a estimé le représentant, d’encourager les deux parties à poursuivre leurs efforts, en se concentrant sur la convocation rapide du Comité de contrôle d’Abyei et la promotion du dialogue intercommunautaire, essentielles au processus de paix.

En ce qui concerne les questions opérationnelles de la Force, il a appelé les autorités soudanaises et sud-soudanaises à faciliter le règlement rapide des questions toujours en suspens, telles que la délivrance des visas au personnel de police, la conclusion d’un accord sur le chef adjoint civil de la Force et l’opérationnalisation de la piste d’atterrissage d’Athony.  Elles doivent adhérer à l’Accord sur le statut des forces (SOFA), a plaidé son représentant qui a par ailleurs pris note de l’absence de consensus concernant le retrait de la FISNUA, après des consultations intensives avec le Soudan, le Soudan du Sud et l’Éthiopie.  Nous partageons l’avis du Secrétaire général selon lequel, compte tenu de l’attente d’un consensus sur cette question « sensible » entre les trois pays, la décision finale devrait être différée pour le moment, a conclu le représentant.

Mme TRINE SKARBOEVIK HEIMERBACK (Norvège) a dit craindre qu’au Soudan, tous les progrès soient mis en péril par les événements de cette semaine.  Parlant des graves incidents de septembre à Abyei et du Communiqué de presse du 19 octobre publié par le Soudan du Sud, la représentante a souligné le rôle essentiel de la FISNUA et l’a encouragée à appuyer les initiatives menées par les femmes.  Aux dirigeants des deux pays, elle a réclamé volonté politique, courage et prise en compte de l’opinion des deux peuples.  La mise en œuvre des mécanismes conjoints de l’Accord de paix de 2011 reste de mise, a-t-elle dit.  La protection des civils étant déterminante, la représentante a regretté les retards dans la délivrance des visas aux membres de la FISNUA.  Elle a conclu en jugeant prématuré de modifier, à ce stade, le mandat de la FISNUA.

M. IVAN P. KHOROSHEV (Fédération de Russie) a salué la reprise des contacts entre les représentants du Soudan et du Soudan du Sud à différents niveaux et la volonté manifestée par les parties d’établir une coopération mutuellement bénéfique.  Pour la première fois depuis près d’un an, une réunion du Mécanisme conjoint pour les questions politiques et la sécurité s’est tenue, s’est-il félicité, en espérant que le dialogue qui a commencé sera tenu régulièrement pour faciliter la conclusion des accords sur le statut final d’Abyei.  Nous pensons que le Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière fait partie intégrante du système de prévention des incidents entre les parties, a indiqué le représentant.

Il s’est tout de même préoccupé de la situation dans laquelle se seraient retrouvés les Casques bleus à Ngok Machar.  Il a insisté sur le respect de l’Accord sur le statut des forces et a jugé important de comprendre les raisons qui ont provoqué les tensions.  Il faut mener un travail approprié avec les parties afin de prévenir de tels incidents, a-t-il estimé.  Il a aussi estimé que les propositions du Secrétariat sur la reconfiguration de la FISNUA, y compris sa composition nationale, doivent être examinées, en tenant compte des points de vue de Khartoum et de Djouba.

Si les relations bilatérales entre le Soudan et le Soudan du Sud se sont améliorées depuis le début de l’année, a relevé M. PHAM HAI ANH (Viet Nam), elles n’ont cependant pas encore porté leurs fruits à Abyei et les récents événements au Soudan n’incitent pas à l’optimisme.  Le représentant a encouragé les deux gouvernements à faire des progrès sur les indicateurs du Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière.  Préoccupé par la violence intercommunautaire, la criminalité, la présence de groupes armés à Abyei et la situation des équipes de la FISNUA sur certains sites, en particulier à Gok Machar, le représentant a présenté ses condoléances au Gouvernement de l’Éthiopie et à la famille du soldat de la paix décédé, le 14 septembre.  Il a exhorté toutes les parties prenantes à garantir effectivement la sécurité du personnel de l’ONU et à créer des conditions propices au mandat de la FISNUA.

S’agissant des problèmes humanitaires croissants à Abyei en raison de l’impact de la pandémie de COVID-19 et des catastrophes naturelles, il a appelé les deux gouvernements à garantir un accès sans entrave à l’aide humanitaire.  La présence de la FISNUA, a-t-il conclu, reste essentielle pour maintenir la stabilité à Abyei et fournir un appui au Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière.  Il s’est dit favorable à la prorogation du mandat de la Force.

Mme ALICE JACOBS (Royaume-Uni) a condamné le coup d’état militaire survenu cette semaine, au cours duquel l’armée soudanaise a détenu des membres civils du Gouvernement et dissout les institutions de transition.  Nous appelons l’armée à libérer les personnes détenues ainsi qu’à s’abstenir de toute violence pour permettre des manifestations pacifiques, a-t-elle dit.  La représentante s’est, en outre, préoccupée de l’impact que ces événements pourraient avoir sur la situation à Abyei et sur les circonstances opérationnelles déjà difficiles pour la FISNUA.

Abordant le rapprochement entre les Gouvernements du Soudan et du Soudan du Sud, la déléguée a qualifié ce changement de « bienvenu » dans les relations bilatérales.  Nous espérons qu’en dépit des actes unilatéraux de l’Armée soudanaise à Khartoum, cette coopération se poursuivra, a-t-elle ajouté.  « Nous exhortons également les deux pays à travailler ensemble pour parvenir à un règlement sur le statut final d’Abyei. »

La représentante a ensuite rappelé que les membres de ce Conseil ont lancé un message unifié le 15 octobre, réitérant leur plein soutien à la FISNUA et exigeant que le Gouvernement du Soudan du Sud facilite la mise en œuvre sans entrave de son mandat.  À cet égard, elle a pris note des options de reconfiguration proposées dans l’examen stratégique de la FISNUA par le Secrétaire général.  Nous espérons sincèrement que les intérêts du peuple d’Abyei resteront au premier plan de la prise de décisions sur la future configuration, a-t-elle conclu.

Mme SHERAZ GASRI (France) a jugé « inacceptables » les incidents contre les emprises de la FISNUA dans la zone frontalière démilitarisée et à Gok Machar.  Elle a appelé le Soudan du Sud à assurer la sécurité et la liberté de mouvement de la FISNUA, conformément à ses obligations en vertu de l’Accord sur le statut de la Force.  Nous attendons, en outre, du Soudan et du Soudan du Sud, a-t-elle ajouté, qu’ils clarifient leurs attentes, s’agissant de cette composante du mandat de la FISNU.  La représentante a pris note des conclusions de l’examen stratégique, qui tire les conséquences de l’évolution du contexte régional.  Elle s’est dite favorable à une reconfiguration de la FISNUA qui tienne compte des opportunités offertes par le rapprochement entre Khartoum et Djouba, tout en préservant la capacité de la Force à remplir son mandat de protection des civils.

La représentante s’est dite préoccupée par la persistance des violences intercommunautaires et en particulier par la recrudescence des violences sexuelles.  Au-delà du rôle de la FISNUA, a-t-elle souligné, il est indispensable que le Soudan et le Soudan du Sud facilitent la reprise du dialogue au niveau local pour traiter des questions sécuritaires et avancer vers la mise en place des administrations conjointes de la zone.

Enfin, elle a réaffirmé son soutien à l’Envoyé spécial pour la Corne de l’Afrique, d’autant que les crises se multiplient dans la région.  La représentante a condamné le coup d’État au Soudan et a exprimé son soutien au Gouvernement de transition soudanais.  Ce coup d’État, a-t-elle martelé, nuit gravement aux équilibres de la transition tels que définis dans le Document constitutionnel d’août 2019, « seul cadre » permettant le maintien du soutien de la communauté internationale.  Ce coup d’Etat, a-t-elle dénoncé, intervient de surcroît dans une région déjà fragilisée par les tensions, qu’il s’agisse d’Abyei, du triangle d’El-Fashaga, du barrage de la Renaissance ou du conflit au Tigré.  La représentante a appelé les pays de la région à se garder d’exploiter ces vulnérabilités.

M. JUAN SANDOVAL MENDIOLEA (Mexique) a salué les multiples efforts de rapprochement entre le Soudan et le Soudan du Sud, qui ont abouti au sommet de Djouba au mois d’août, estimant que ce type de rencontres est indispensable pour consolider et formaliser la coopération et le dialogue.  Le représentant a condamné les récents événements au Soudan, espérant qu’ils n’auront pas d’impact négatif sur la stabilité et la sécurité de la région d’Abyei.

Il a attiré l’attention sur deux défis à relever et d’abord la nécessité pour le Soudan et le Soudan du Sud de recourir aux multiples outils et mécanismes disponibles, comme le Mécanisme conjoint pour les questions politiques et la sécurité, dont les décisions ne sont toujours pas appliquées, et le Comité mixte de contrôle d’Abyei, qui ne s’est pas réuni depuis 2017.  Ensuite, compte de la méfiance entre les communautés d’Abyei, qui constitue l’un des principaux défis pour la FISNUA, le représentant a appelé les deux gouvernements à redoubler d’efforts pour faciliter un dialogue et désamorcer les tensions entre les Misseriya et les Ngok Dinka.

Quant aux recommandations du Secrétaire général sur une éventuelle reconfiguration de la mission, il a estimé que les outils de maintien de la paix ne suffisent pas à l’heure actuelle et a dit suivre avec attention le débat relatif à la possible mise en place de critères dans l’objectif visant le statut final d’Abyei.  Le représentant a, à son tour, déploré la dégradation de la situation sécuritaire dans le secteur 1 du Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière et le départ d’une partie de son personnel, ce qui limite la capacité d’opération de la FISNUA.  Il a prié le Soudan du Sud de sensibiliser les communautés d’Abyei à la présence de l’ONU et à l’importance de son travail.  Il a également déploré que les efforts déployés en matière d’état de droit soient sapés par l’absence d’une police dans la région, pourtant essentielle pour réduire les tensions et parvenir à la stabilisation.

M. AMMAR MOHAMMED MAHMUD (Soudan) a déclaré qu’au cours des derniers mois écoulés, les relations entre son pays et le Soudan du Sud n’ont fait que s’améliorer, avec des échanges réguliers de visites entre les dirigeants et d’autres hauts responsables de divers secteurs.  Il a mentionné en particulier la visite effectuée, en août dernier à Djouba, par le Premier Ministre du Soudan durant laquelle trois mémoires d’entente ont été paraphés sur les transports, le commerce et le pétrole.  Les deux parties avaient, en outre, convenu d’ouvrir les couloirs frontaliers et de faciliter la liberté de mouvement et la circulation des marchandises.  Le représentant a souligné que les dernières discussions à l’occasion de la visite des Envoyés spéciaux, et au sein des différents mécanismes, avaient permis des progrès pour lever les obstacles qui subsistent, s’agissant du statut final d’Abyei.

Le représentant du Soudan s’est félicité de la recommandation du Secrétaire général tendant au renouvellement du mandat de la FISNUA pour une période de six mois.  Il a réitéré l’engagement du Soudan aux Accords de paix de 2011 et redit la nécessité que la communauté internationale et le Conseil de sécurité continuent d’apporter l’appui nécessaire au Soudan pour préserver les acquis des dernières années et favoriser la marche vers la paix.  L’appui au Soudan sera déterminant en cette période charnière pour rapprocher les différentes parties soudanaises, a-t-il réaffirmé.

M. AKUEI B. MALWAL (Soudan du Sud) a estimé que de meilleures consultations sur le terrain auraient permis au rapport du Secrétaire général de ne pas contenir « certaines inexactitudes ».  Il a présenté les plus sincères condoléances de sa délégation à la famille du Casque bleu qui a perdu la vie à Gok Machar.  Pour le représentant, il faut en tirer les leçons pour que cet événement malheureux ne se reproduise plus.  L’une des leçons est qu’une communication meilleure et précoce entre l’ONU et les autorités sud-soudanaises, et entre les deux autorités et les dirigeants communautaires concernés, est cruciale.  M. Malwal a insisté sur le fait qu’il faut toujours prendre le temps d’informer les dirigeants communautaires de tout mouvement de troupes dans une zone donnée.  Cela ne devrait pas relever uniquement de la responsabilité du Gouvernement, mais être une responsabilité conjointe, a-t-il précisé.

Le représentant a indiqué que sa délégation a tenu des réunions avec les départements concernés du Secrétariat de l’ONU sur le remplacement des Casques bleus éthiopiens de la FISNUA.  Malheureusement, avec les événements politiques malheureux survenus au Soudan depuis le 25 octobre, nous pensons qu’un réexamen de ces plans est de mise, a-t-il déclaré.  Il a demandé à l’ONU et à l’UA d’examiner sérieusement et positivement la suspension immédiate du remplacement prévu des Casques bleus éthiopiens et d’initier un dialogue avec le Gouvernement éthiopien sur la meilleure façon de faire tourner les troupes actuelles à Abyei.

M. Malwal a noté que le Gouvernement du Soudan du Sud, l’UA et l’ONU s’engagent dans une négociation juridique qui devrait aboutir à un nouveau cadre juridique intérimaire et permettre et réglementer les mouvements et les opérations des organisations internationales dans la région d’Abyei.  Par exemple, la délivrance de visas ne devrait pas être le monopole de Khartoum.  M. Malwal a ensuite demandé le retour et la réinstallation des Ngok Dinka dans leurs foyers et villages d’origine, souhaitant que ces communautés reçoivent des services sociaux et économiques et des opportunités de subsistance dans leur zone, sous la protection de la FISNUA.  Pour le délégué, ces quelques propositions peuvent être complétées et/ou améliorées, mais le but est de s’assurer que les habitants d’Abyei ne soient pas tout le temps pris en otage par des événements politiques imprévus.

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