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ECOSOC/7037
14 avril 2021

Conseil économique et social: Appels à la prorogation jusqu’en 2022 de l’Initiative de suspension du service de la dette du G20

États membres, groupes régionaux, experts et représentants de la société civile ont salué aujourd’hui, avec quelques nuances, l’Initiative de suspension du service de la dette du G20.  Beaucoup ont appelé à sa prorogation jusqu’en 2022, avant de se heurter à l’opposition des États-Unis, en cette troisième journée du forum du Conseil économique et social (ECOSOC) sur le suivi du Programme d’action d’Addis-Abeba sur le financement du développement.  Depuis son entrée en vigueur le 1er mai 2020, l’Initiative du G20 a permis d’alléger la dette de plus de 40 pays, pour un montant total d’environ 5 milliards de dollars, une « somme dérisoire », a tranché la Secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique (CEA). 

Le forum a tenu trois tables rondes sur les thèmes: « Développer des solutions durables aux crises récurrentes de la dette », « Renforcer la contribution des créanciers privés et des agences de notation à la riposte à la pandémie et au redressement » et « Débloquer des liquidités pour appuyer le développement durable, en particulier dans les pays les plus vulnérables ». 

Comme l’a rappelé le Président de l’ECOSOC, M. Munir Akram, 56% des pays en développement sont en situation de surendettement et six d’entre eux sont à quelques mois du défaut de paiement.  L’Initiative du G20 peut donc contribuer à répondre aux besoins immédiats de trésorerie et elle devrait être prorogée au moins jusqu’en 2022, ont plaidé la Communauté des Caraïbes (CARICOM) et l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS), avant de se heurter à l’opposition des États-Unis qui ont opté pour une prorogation « jusqu’à la fin de cette année ».

Le problème, a alerté la responsable de la gestion et de la coordination politique à « Jubilee German », est que l’Initiative du G20 ne couvre que 2% de la dette totale des pays concernés et qu’elle exclut les pays à revenu intermédiaire, « une décision irrationnelle », selon le Groupe des ONG d’Asie, plaidant pour « un indice multidimensionnel de vulnérabilité ».  Cette initiative n’est qu’une illustration du « court-termisme », a relevé l’Indonésie, et elle pâtit du refus « prévisible » de certains créanciers privés d’y participer, a ajouté le représentant de « Global Policy Forum ».  C’est faux, s’est défendu le Vice-Président exécutif de l’« Institute of International Finance ».  Ces créanciers ont tout simplement alerté du risque de rétrécissement de l’accès aux marchés des capitaux. 

Arbitres de cet accès, les agences de notation, « une industrie monopolistique de trois sociétés », selon les mots du Réseau du Tiers-Monde, ont essuyé de vives critiques.  Le Directeur exécutif du Forum et réseau africain sur la dette et le développement (AFRODAD) les a accusées de bloquer l’accès des pays aux programmes d’allégement de la dette et d’adopter des « mesures agressives » de déclassement.  Les menaces de déclassement, a-t-il dit, sont un « repoussoir » pour de nombreux pays africains qui se retrouvent « entre le marteau de la dette et l’enclume de la protection de leurs citoyens ». 

Le fait de déclasser le plus sévèrement les économies émergentes est tout simplement inacceptable, s’est, à son tour, agacée la Secrétaire exécutive de la Commission économique pour les pays d’Amérique latine et des Caraïbes (CEPALC).  Seuls 28 pays sur 144, a fait observer la Présidente du Conseil macroéconomique de Moody’s, ont été déclassés, soit environ 20%, ce qui est peu compte tenu du choc « massif » de la crise actuelle.  De plus, a-t-elle ajouté, le déclassement de la moitié d’entre eux était lié à des situations antérieures à la pandémie de COVID‑19. 

Mais dans le même temps, le Chili a, en dépit d’une meilleure gouvernance économique, dû emprunter à des taux plus élevés que la Grèce, parce que la Banque centrale européenne garantissait ses emprunts.  Les pays riches eux peuvent en effet emprunter « de façon impressionnante », a confirmé le Président du Centre pour le développement durable de l’Université Columbia.  Les États-Unis, a-t-il expliqué, ont emprunté 5 000 milliards de dollars alors qu’ils ont déjà un déficit de 5% de leur PNB, et ce, à des taux extrêmement bas de 2% sur 10 à 30 ans, « ce qui est tout simplement inimaginable ».  Il faut, a prescrit la Secrétaire exécutive de la CEPALC, assortir l’initiative, « dérisoire », du G20, d’agences publiques de notation, « pour faire contre-poids ». 

Toutes ces mesures exigent quoi qu’il arrive la transparence dans la gestion budgétaire, et la lutte contre les flux financiers illicites et la corruption, a prévenu la Commissaire en charge des partenaires internationaux de l’Union européenne, qui parlait aussi des nouveaux droits de tirage spéciaux (DTS) à hauteur 650 milliards de dollars.  Si le Ministre des finances de la Barbade et la Directrice de la stratégie politique du Fonds monétaire international (FMI) ont qualifié cette décision d’« opportunité extraordinaire », la Secrétaire exécutive de la CEA a tout de même rappelé que sur les 650 milliards de dollars prévus, 282 milliards devraient aller aux pays développés, 300 milliards à la Chine et 33 milliards seulement à l’Afrique subsaharienne. 

Oui mais l’allégement de la dette doit correspondre à un objectif car on en peut répéter l’opération tous les 10 ans, a rétorqué le Conseiller économique en chef d’« Acreditus ».  Les Africains, a renchéri le Groupe des ONG d’Afrique, n’ont bénéficié que d’une « fraction minime » de la dette contractée par leurs gouvernants.  Nous sommes en droit de savoir pourquoi les gouvernements empruntent en notre nom, a dit, à son tour, le Groupe des ONG d’Europe.  Ce qu’il faut, a-t-il estimé, c’est une approche « globale, transparente et impartiale » ainsi qu’un dialogue multipartite sur la dette avec la participation de la société civile, sans oublier la taxation des transactions financières internationales.  Les États-Unis ont plutôt proposé que les créanciers mettent en place un cadre commun de gestion de la dette, en tirant les enseignements l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), qui avait permis un allégement de 75 milliards de dollars. 

FORUM DU CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL SUR LE SUIVI DU FINANCEMENT DU DÉVELOPPEMENT

Table ronde 2: Développer des solutions durables aux crises récurrentes de la dette

En lançant cette première table ronde de la journée, M. MUNIR AKRAM, Président du Conseil économique et social (ECOSOC), a rappelé que 56% des pays en développement sont en situation de surendettement.  Six d’entre eux sont à quelques mois du défaut de paiement et pourraient être rejoints par deux autres pays si l’aide tarde à venir.  Le constat général, a ajouté le Président, est que les droits de tirage spéciaux (DTS) du Fonds monétaire international (FMI) ne suffiront pas à régler le problème du surendettement.  Il est vrai que l’Initiative de suspension du service de la dette du G20 peut contribuer à répondre aux besoins immédiats de trésorerie mais, a prévenu le Président, il faut trouver des solutions « novatrices et durables » avec notamment une participation « significative » du secteur privé et la mise en place d’un environnement propice à la restructuration, voire l’annulation de la dette. 

La priorité immédiate est de financer la reprise de la croissance, en mettant l’accent sur la viabilité de la dette, a estimé Mme JUTTA URPILAINEN, Commissaire en charge des partenariats internationaux de l’Union européenne (UE), en commençant la série des déclarations liminaires.  C’est exactement, a-t-elle affirmé, ce que fait l’UE à travers sa stratégie qui vise à ménager aux pays en développement une marge de manœuvre budgétaire.  L’UE a donc décidé d’octroyer 40 milliards d’euros pour lutter contre la COVID-19, y compris 180 millions d’euros par le biais des agences de l’ONU.  Au stade actuel, il est urgent, a dit la Commissaire, d’accélérer la mise en œuvre de l’Initiative du G20 et celle du Fonds monétaire international (FMI) sur les nouveaux droits de tirage spéciaux (DST) auxquels l’UE a consenti à une somme de 260 milliards de dollars.

Ces diverses mesures, a prévenu la Commissaire, exigent la transparence dans la gestion budgétaire.  Elle a réclamé une utilisation « plus judicieuse » des fonds ainsi qu’une lutte renforcée contre les flux financiers illicites et la corruption.  Elle a préconisé la promotion des investissements par des garanties mixtes public-privé, indiquant que l’UE a mis en place un fonds de garanties de 554 milliards d’euros.  Les investissements doivent être dirigés dans des infrastructures durables et vertes, sans oublier d’intégrer l’implication des femmes et des jeunes et l’amélioration des systèmes d’éducation et de santé. 

En attendant, nous avons du mal à honorer notre dette, a avoué M. EMMANUEL MULENGA PAMU, Secrétaire permanent du Bureau des affaires budgétaires et économiques du Ministère de finances de la Zambie.  Mon pays, a-t-il dit, a fait une demande auprès de l’Initiative du G20 et est en discussion avec le FMI pour bénéficier d’une facilité de crédit.  les pays riches eux peuvent emprunter « de façon impressionnante » alors que les pays pauvres n’en ont même pas la capacité, a dénoncé M. JEFFREY SACHS, professeur d’université et Président du Centre pour le développement durable de l’Université de Columbia

Les États-Unis, a-t-il précisé, ont emprunté 5 000 milliards de dollars alors qu’ils ont déjà un déficit de 5% de leur PNB.  Ils empruntent au taux extrêmement bas de 2% sur 10 à 30 ans, « ce qui est tout simplement inimaginable ».  Les 650 milliards de DTS du FMI seront répartis entre deux milliards d’individus sur la planète alors les 5 000 milliards de dollars empruntés par les États-Unis profiteront exclusivement aux 330 millions d’Américains. 

Cette situation ira en s’empirant car la pandémie n’est pas près de disparaître, a prévenu M. Sachs qui a également prédit que le tourisme et l’envoi de fonds de la diaspora, « deux sources importantes de revenus pour les pays en développement », connaîtront des difficultés.  La priorité la plus urgente est de financer ces pays pour qu’ils puissent se procurer vaccins et matériels médicaux.  « Nous ne sommes pas en sécurité et l’apparition de nouveaux variants de la COVID-19 le montre », a martelé M. Sachs.  Pour mettre fin à la crise, il faut combattre la pandémie et s’agissant de la dette, il faut des mesures proportionnelles au nombre d’habitants.  Il faut donc 10 fois plus de financement, a-t-il calculé, en réclamant la baisse des taux d’intérêt car « le retour sur investissement » est réel même avec un taux de 1%. 

Notre dette n’est pas viable et pourtant nous ne sommes pas inclus dans l’Initiative du G20, s’est étonnée Mme NADIA SPENCER-HENRY, Gestionnaire de la dette du Ministère de finances d’Antigua-et-Barbuda.  Elle s’est attardée sur une dette qui a augmenté de 30% en une année, dans une économie non diversifiée et dépendant d’un tourisme rendu « moribond » par la pandémie.  Le chômage a explosé provoquant le rétrécissement de l’assiette fiscale et l’augmentation des dépenses sociales.  « Qui prêterait à un pays qui n’a pas les moyens de rembourser? » a demandé Mme Spencer-Henry, indiquant que son gouvernement réclame un moratoire de deux ans.  « Nous avons besoin de solutions à long terme. » 

L’Initiative du G20 est une bonne chose mais encore faut-il éviter que les bénéficiaires deviennent incapables de payer leur future dette, a commenté Mme KRISTINA REHBEIN, chargée de la gestion et de la coordination politique à « Jubilee German ».  Regrettant l’absence de mesures d’annulation de la dette, elle a pointé du doigt le fait que l’Initiative du G20 ne couvre que 2% de la dette totale des pays concernés.  Nous courons aussi le risque que l’Initiative dépende du « bon vouloir » du secteur privé, a averti Mme Rehbein.  Elle a aussi dénoncé l’exclusion des pays à revenu intermédiaire, plaidant pour un indice multidimensionnel de vulnérabilité.  Il nous faut, a-t-elle dit, un dialogue « inclusif » sur la création d’une plateforme de gestion et d’allégement de la dette.

L’élargissement de l’Initiative du G20 aux pays à revenu intermédiaire a fait l’objet de désaccord lors de la discussion interactive qui a suivi, de même que l’implication des agences de notation dans les mécanismes de restructuration de la dette.  En revanche, un consensus a émergé sur la nécessité de réaffecter les nouveaux DTS et ceux qui n’ont pas encore été utilisés aux pays en développement. 

Des ONG d’Asie, d’Afrique et d’Europe, regroupées au sein du Groupe de financement pour le développement, ont en effet dénoncé l’exclusion des pays à revenu intermédiaire de l’Initiative G20.  C’est une décision « irrationnelle », a dit le Groupe des ONG d’Asie, arguant que si l’emprunt peut momentanément résoudre une situation, il ne peut constituer une solution durable puisqu’il exacerbe la dette.  L’ONU doit jouer son rôle de chef de file et jeter les bases d’une assistance financière fondée sur la transparence.  L’assistance doit d’abord répondre aux besoins des populations, ont ajouté les ONG africaines, faisant observer que les Africains n’ont bénéficié que d’une fraction minime de la dette contractée par leurs gouvernants.  Nous sommes en droit de savoir pourquoi les gouvernements empruntent en notre nom et quels sont les critères utilisés par les agences de notation, a renchéri le Groupe des ONG d’Europe.  Ce qu’il faut, a-t-il estimé, c’est une approche « globale, transparente et impartiale » ainsi qu’un dialogue multipartite sur la dette avec la participation de la société civile.  Le Groupe en a profité pour demander la taxation des transactions financières internationales. 

Comme ces ONG, la Communauté des Caraïbes (CARICOM), l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS), le Groupe des pays à revenu intermédiaire et le Bangladesh ont réclamé la prorogation de l’Initiative du G20 jusqu’en 2022.  À leur tour, ils ont jugé nécessaire d’y inclure un indice multidimensionnel de vulnérabilité pour assurer la participation des pays à revenu intermédiaire.  Ces pays devraient pouvoir se tourner vers le G20, ont suggéré les États-Unis qui ont néanmoins opté pour la prorogation de l’Initiative « jusqu’à la fin de cette année ».  Cette initiative participe du « court-termisme », a critiqué l’Indonésie, avant que le Bangladesh ne souligne qu’il faut des mesures à long terme, dont le respect par les pays riches de leur engagement de consacrer 0,7% de leur PNB à l’aide publique au développement (APD). 

La levée des sanctions en temps d’épidémie a été ajouté à la liste par le Saint-Siège.  Les pays comme ceux de la CARICOM, a estimé M. Sachs, n’ont pas besoin d’aide mais de compensations et de dédommagements car ils ne sont pas responsables des catastrophes naturelles, contrairement aux grands pollueurs que sont les États-Unis et les autres pays riches.  Les États-Unis ont jugé plus utile que les créanciers mettent en place un cadre commun de gestion de la dette, en tirant les enseignements l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), qui avait permis un allégement de 75 milliards de dollars.  Il nous faut en effet une nouvelle PPTE, a acquiescé Mme Rehbein, « afin d’empêcher une nouvelle décennie perdue ».  La volonté politique doit être au rendez-vous car les réponses sont là, a conclu le Président de l’ECOSOC

Table ronde 3: Renforcement de la contribution des créanciers privés et des agences de notation à la réponse à la pandémie et au redressement

Modérateur de cette discussion, M. MARK PLANT, Directeur général délégué de CGD Europe, Codirecteur de « Development Finance », et chargé de recherche au « Center for Global Development », a rappelé qu’en lançant en 2015 le Programme de développement durable à l’horizon 2030, la communauté internationale avait placé de grands espoirs dans le secteur privé.  Compte tenu des contraintes budgétaires actuelles dans de nombreux pays, ce recours semblait être « la meilleure solution ».  Or, aujourd’hui, particulièrement en cette période de pandémie, la participation du secteur privé est considérée par certains comme un obstacle, a-t-il constaté. 

L’Initiative du G20 a même déclenché une réaction « négative » du secteur public dans de nombreux pays.  On fait face un véritable « cercle vicieux »: lorsque les pays ne remboursent pas leur dette, leur note est revue à la baisse par des agences de notation qui tiennent compte du fait que les argentiers internationaux ont la responsabilité du retour sur investissement.  Pour M. Plant, « chacun agit dans le sens de ses intérêts mais cela entraîne un problème systémique dont il faut essayer de sortir ». 

Les notes de ces agences ne concernent que les risques, a précisé Mme ELENA DUGGAR, Présidente du Conseil macroéconomique de l’agence de notation Moody’s, qui a lancé la série de déclarations liminaires.  Nous notons, a-t-elle expliqué, les capacités de remboursement et les risques d’un défaut de paiement.  Face au choc de la pandémie, qui a entraîné une contraction de l’économie et un accès inégal aux liquidités, les agences de notation ont dû adapter leur méthodologie et mettre l’accent non pas sur la progression ponctuelle de l’endettement mais sur la capacité de reprise et les vulnérabilité potentielles face aux chocs futurs, a-t-elle encore expliqué. 

Dans ce contexte, il faut bien voir que l’Initiative du G20, « pensée d’un point de vue financier », a des conséquences pour les emprunteurs, a souligné M. CLAY LOWERY, Vice-Président exécutif de l’« Institute of International Finance ».  L’Initiative a réparti les pays en trois catégories: ceux qui n’ont aucun accès aux marchés des capitaux privés et n’ont pas de note; ceux qui avaient déjà des difficultés liées à leur dette et des notes problématiques avant la pandémie; et enfin, ceux qui avaient besoin d’obtenir de faibles liquidités, faute de quoi ils risquaient de perdre leur accès aux marchés.  Ce système diffère toutefois du « Cadre commun » récemment établi par le G20 pour la restructuration de la dette des pays pauvres qui est plutôt fondé sur le principe du « cas par cas ». 

Le principal obstacle dans la restructuration de la dette, a embrayé Mme ALICIA BARCENA, Secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), en citant les cas de l’Argentine, de la Barbade, de la Grenade ou encore de l’Équateur, c’est l’absence d’équilibre entre les acteurs publics et privés.  Or, il est important que les créanciers et les débiteurs se partagent le fardeau.  Pour elle, l’Initiative du G20 doit aller de pair avec la création d’agences publiques de notation du crédit, « qui feraient contre-poids ».  Comme le prouve l’exemple de l’Équateur, dont le taux d’endettement a pu être nettement réduit, il est essentiel d’établir une stratégie de coopération entre les gouvernements et le secteur privé, tout en basant la participation des créanciers sur des « clauses collectives ». 

Certains de ces créanciers ont d’ailleurs refusé de participer à l’Initiative du G20, a fait observer le représentant de la société civile, M. JASON BRAGANZA, Directeur exécutif du Forum et réseau africain sur la dette et le développement (AFRODAD).  Il a accusé les agences de notation de bloquer l’accès de nombreux pays à l’allégement de leur dette et d’adopter des « mesures agressives » de déclassement de pays, notamment les pays africains, qui ne réclament que davantage de marge de manœuvre fiscale.

Nous sommes dans une situation aujourd’hui où des pays refusent de demander un allégement de la dette de peur de voir leur note diminuer, s’est agacé M. MORITZ KRAEMER, Conseiller économique d’« Acreditus ».  Il a dénoncé « l’atmosphère de peur » suscitée par des agences perçues comme ennemies de la restructuration de la dette et du développement.  « Mais c’est faux », a-t-il argué.  Pour les investisseurs, une restructuration n’est pas nécessairement due à un problème de gestion et ne représente pas systématiquement le signe précurseur d’une crise.  Il a aussi argué que nonobstant un « traitement inégal » entre les économies développées et émergentes, « il n’y a pas eu beaucoup de déclassements » dans les agences de notation. 

La discussion interactive qui a suivi a donné lieu aux mêmes appels pressants en faveur d’une prorogation de l’Initiative du G20, comme l’a fait le Guatemala, au nom d’un groupe de pays à revenu intermédiaire.  Les pays en développement, a expliqué l’Indonésie, sont aujourd’hui confrontés à un « dilemme »: respecter leurs obligations au titre du service de la dette ou améliorer la protection sociale de leur population, a fortiori pendant la pandémie.  Or, l’Initiative du G20 pâtit du refus de certains créanciers privés d’y participer et les agences de notation baissent la note des pays bénéficiaires.  La faible participation des créanciers privés était « prévisible », a tranché le représentant de « Global Policy Forum », qui a jugé « essentielle » l’Initiative du G20, laquelle a permis aux pays pauvres d’épargner « plusieurs milliards de dollars ». 

Il a dûment dénoncé le fait que les créanciers privés aient fait payer des assurances risques élevées, jugeant qu’il est temps qu’eux aussi fassent « des efforts » et participent « équitablement » au règlement de la dette.  Pendant des années, a-t-il dit, on a conseillé aux pays en développement d’attirer des fonds privés pour financer les objectifs de développement durable, « cela se retourne contre eux ».  Les taux demandés par les créanciers privés sont « exorbitants », ce qui plonge les pays concernés « dans le piège de la dette ». 

Défendant ces créanciers, les États-Unis ont tout de même admis qu’une approche « plus structurée » serait nécessaire.  Le « Cadre commun » établi par le G20 permettra d’ailleurs aux pays à faible revenu de profiter d’une approche « plus transparente » pour la gestion de leur dette.  Ils ont exhorté tous les créanciers privés à appliquer ce dispositif de restructuration de la dette afin de lever les obstacles à la croissance de ces pays.  Revenant aux agences de notation, le représentant du Réseau du Tiers-Monde les a accusées d’avoir diminuer « drastiquement » la solvabilité souveraine de nombreux pays pendant la pandémie.  Il a fait observer que cette « industrie » est contrôlé par « un monopole » de trois agences.  On peut donc s’interroger sur leur objectivité et reconnaître qu’elles « contribuent au problème ».  Il a appelé de ses vœux la création de structures de notation orientées vers la promotion de « l’intérêt général ».  Ces agences devraient, selon lui, intégrer les objectifs de développement durable et les questions sociales et environnementales. 

Cet avis a été partagé par le représentant de l’ONG « Jubilee Debt Campaign » qui n’a pas oublié d’épingler l’absence des créanciers privés dans l’émission des nouveaux droits de tirage spéciaux.  Aider les pays les moins avancés (PMA) à sortir de leur catégorie est pourtant « crucial », a-t-il affirmé, souhaitant qu’un « nouveau système » soit mis en place à cette fin.  Réagissant à ces remarques et commentaires, la Présidente du Conseil macroéconomique de Moody’s, a assuré que son agence de notation s’appuie sur une méthode « transparente et unifiée » pour tous les pays.  Elle a précisé que seuls 28 pays sur 144 ont été déclassés, soit environ 20%, ce qui est peu compte tenu du choc « massif » de la crise actuelle.  De plus, a-t-elle ajouté, le déclassement de la moitié était lié à des situations antérieures à la pandémie. 

Les créanciers privés n’ont jamais rejeté l’Initiative du G20, s’est défendu, à son tour, le Vice-Président exécutif de l’ « Institute of International Finance », voyant dans cette assertion « une erreur factuelle ».  Ces créanciers ont tout simplement alerté du risque de rétrécissement de l’accès aux marchés des capitaux.  N’oublions pas, a-t-il ajouté, que ce secteur « concurrentiel » est aussi à l’origine des mesures d’allégement de la dette.  Cela étant, il a tout de même plaidé pour l’établissement d’une « responsabilité partagée » entre créditeurs et débiteurs. 

« Nous voulons qu’entre eux, les règles soient claires », a abondé la Secrétaire exécutive de la CEPALC, pour qui il faut tirer les enseignements des expériences de pays comme l’Équateur.  Les créanciers privés savaient que ce pays allait se retrouver en défaut de paiement et « c’est là que la clause d’action collective a eu son importance », a-t-elle indiqué, appelant d’autre part à « repenser » la méthodologie des agences de notation.  Le fait que les déclassements les plus sévères aient été appliqués à des économies émergentes n’est tout simplement pas acceptable, a-t-elle martelé, avant de préconiser la création d’une « agence publique de notation ». 

Même son de cloche du côté du Directeur exécutif du Forum et réseau africain sur la dette et le développement (AFRODAD), qui a estimé que la crise actuelle est l’occasion de « sortir du statu quo ».  Les menaces de déclassement sont un « repoussoir » pour de nombreux pays africains qui se retrouvent « entre le marteau de la dette et l’enclume de la protection de leurs citoyens ».  Il est donc urgent que la communauté internationale fasse en sorte que la méthodologie des agences de notation soit harmonisée et plus cohérente, tout en veillant à ce qu’elles ne se dédouanent pas de leurs responsabilités.  « Il ne faut pas avoir peur du défaut de paiement, il y a des mécanismes qui permettent de le régler », a répété le Conseiller économique en chef d’Acreditus, qui a aussi exprimé ses doutes quant aux initiatives de suspension de la dette et d’émission de droits de tirage spéciaux pour les pays pauvres.  « Où va l’argent? » s’est-t-il interrogé, plaidant pour un « changement de paradigme » afin de s’assurer que les fonds alloués soient utilisés de manière fiable et qu’ils servent au développement durable.  L’allégement de la dette doit correspondre un objectif et « on ne peut pas répéter l’opération tous les 10 ans », a-t-il tranché. 

Table ronde 4: Débloquer les liquidités pour appuyer le développement durable, en particulier dans les pays les plus vulnérables

À cette table ronde, les intervenants ont centré leur propos autour de la proposition du FMI de consacrer 650 milliards de dollars à de nouveaux droits de tirage spéciaux (DTS), revenant une nouvelle fois à l’Initiative du G20.  Si ces deux mesures ont été saluées, elles ont néanmoins été jugées insuffisantes au regard des besoins « colossaux » des pays les plus vulnérable pour assurer un relèvement postpandémie durable.

Lançant la série des déclarations liminaires, le Ministre des finances de la Barbade, M. RYAN STRAUGHN, a souligné que les chocs comme la récente éruption volcanique à Saint-Vincent-et-les Grenadines ou encore la chute des revenus du tourisme, en raison des restrictions liées à la pandémie, ont entamé la capacité de financement des pays à revenu intermédiaire comme le sien.  Il a plaidé pour davantage de souplesse dans les mécanismes de gestion de la dette. 

Les pays riches ont lancé des plans de relance « ambitieux » alors que les autres n’en ont pas les moyens, a renchéri M. OTTON SOLIS, Conseiller économique du Président du Costa Rica.  Les pays doivent avoir accès aux liquidités nécessaires, sous peine d’un défaut de paiement de la dette et d’une contraction de l’économie, qui pourraient susciter des flux migratoires vers les pays riches, a-t-il averti.  L’émission de nouveaux DTS est une « opportunité extraordinaire », s’est réjoui le Ministre des finances de la Barbade, avant que la Secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), Mme VERA SONGWE, ne fasse observer que ces DTS sont souvent alloués à des pays qui n’en ont pas un véritable besoin.  Sur 650 milliards de dollars prévus, 282 milliards devraient aller à des pays développés, 300 milliards à la Chine et 33 milliards seulement à l’Afrique subsaharienne, a-t-elle dénoncé.  L’affectation de la majeure partie des DTS aux pays développés est tout simplement incompréhensible, a commenté, Mme PATRICIA MIRANDA, du réseau LATINDADD, après que la Secrétaire exécutive de la CEA a demandé une réaffectation de ces droits des pays qui n’en ont pas ou peu besoin à ceux qui en ont le besoin.

Les nouveaux DTS iront bien aux pays qui en ont besoin, a insisté Mme CEYLA PAZARBASIOGLU, Directrice de la stratégie politique au FMI, qui a souligné une allocation « historique ».  Le FMI, a-t-elle dit, a fourni en une année plus d’aide que pendant toute la dernière décennie.  Elle a défendu une redistribution volontaire des DTS vers les pays vulnérables, en particulier les pays à revenu intermédiaire, dont elle a reconnu l’étroitesse de la marge de manœuvre budgétaire.  « Nous sommes conscients de la nécessité d’aider les pays à trouver le chemin du relèvement et nous sommes prêts à les aider », a-t-elle affirmé.

Les États-Unis ont insisté sur « la transparence » et sur des « résultats tangibles ».  Il ont prôné une approche plus structurée de la réduction de la dette et la promotion de la croissance, après avoir salué, une nouvelle fois, l’Initiative du G20.  Cette initiative, a taclé la Secrétaire exécutive de la CEA, représente la somme « dérisoire » de 5 milliards de dollars, au regard des défis en jeu.  Elle a pointé les difficultés d’accès aux marchés des capitaux des pays vulnérables qui s’exposent à des taux d’intérêt plus élevés.  Elle a illustré ses propos en prenant l’exemple du Chili et de la Grèce, le premier devant emprunter à un taux plus élevé que la seconde, en dépit d’une meilleure gouvernance économique, parce que la Banque centrale européenne garantit les emprunts grecs.  Toutes les institutions financières internationales et les créanciers privés doivent apporter leur appui « aux pays qui respectent les règles », a estimé l’Indonésie.

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