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ECOSOC/7038
15 avril 2021
Session de 2021, Forum sur le suivi du financement du développement, 3e séance – matin

ECOSOC: le forum sur le suivi du financement du développement promet des mesures décisives face à la pandémie et à la « pire crise socioéconomique depuis des générations »

Le forum du Conseil économique et social (ECOSOC) sur le suivi du Programme d’action d’Addis-Abeba sur le financement du développement a conclu aujourd’hui ses travaux, adoptant par consensus ses plus de 90 paragraphes de conclusions et de recommandations* « équilibrées » qui réclament des mesures décisives d’urgence face à la pandémie de COVID-19 et à la « pire crise économique et sociale depuis des générations ».  Une détermination pleinement partagée par la Vice-Secrétaire générale qui a appelé à lutter contre un virus qui est aussi « un virus des inégalités ».

Nous, ministres et représentants de haut niveau, sommes maintenant aux prises avec une crise sanitaire et socioéconomique multidimensionnelle qui est aggravée par les changements climatiques, la perte de biodiversité et la dégradation de l’environnement, reconnaît le document final du forum.  Le relèvement mondial, dit-il, doit passer par un accès équitable et abordable pour tous à des vaccins et à des traitements contre la COVID-19, précisent les ministres et représentants de haut niveau, « conscients » que l’immunisation à grande échelle jouera le rôle d’« un bien public mondial » dans le domaine de la santé. 

Ils encouragent les pays qui en ont la capacité à prendre des mesures pour soutenir activement le Mécanisme COVAX et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), notamment en disponibilisant les doses excédentaires de vaccins.  Si des mesures décisives ne sont pas prises d’urgence, reconnaissent-ils encore, le danger est grand de voir un monde extrêmement divergent et de perdre une décennie de développement durable. 

Ministres et représentants de haut niveau réaffirment que les mesures budgétaires exceptionnelles qui s’imposent doivent être maintenues aussi longtemps que nécessaire pour permettre la riposte sanitaire ainsi que le relèvement social et économique.  Ils s’engagent de nouveau à prendre des mesures « collectives » afin de mettre davantage les entreprises et les finances privées en phase sur les objectifs de développement durable et de canaliser l’investissement là où il est le plus nécessaire.  Ils prennent acte des travaux engagés en vue de l’analyse et de l’élaboration d’un indice de vulnérabilité multidimensionnelle concernant les petits États insulaires en développement.  Ils soulignent que l’aide publique au développement est essentielle et indispensable et demandent aux pays développés d’honorer l’engagement qu’ils ont pris de consacrer 0,7% de leur revenu national brut à l’aide aux pays en développement et de 0,15% à 0,20% à l’aide aux pays les moins avancés. 

Ministres et représentants de haut niveau se disent également conscients que les pays développés doivent honorer leur engagement de mobiliser conjointement, à compter de 2020, 100 milliards de dollars par an jusqu’en 2025 pour financer l’action climatique.  Préoccupés par le fait que la pandémie de COVID-19 a exacerbé les vulnérabilités préexistantes à la dette et exposé les fragilités de l’architecture financière mondiale, ils saluent les progrès accomplis par l’Initiative de suspension du service de la dette du G20 et se félicitent de sa prorogation jusqu’à fin décembre 2021.  Ils se déclarent aussi préoccupés par le peu de participation des créanciers privés à l’Initiative et encouragent la communauté internationale à envisager des mesures pour inverser cette tendance.  Ministres et représentants de haut niveau saluent le Cadre commun pour le traitement de la dette au-delà de l’Initiative de suspension du service de la dette, mis en place par le G20. 

Si le représentant des Fidji, cofacilitateur du texte avec les Pays-Bas, a loué son caractère « équilibré », en dépit des délais de négociation serrés, la Guinée, au nom du Groupe des 77 et la Chine a regretté le « flou » du paragraphe consacré au financement de l’action climatique.  L’Union européenne a quant à elle déploré « le manque d’ambition » du texte sur les émissions carbone et les subventions aux industries fossiles.  Sur ces questions, le document final reste « superficiel », a-t-elle tranché, en attribuant cet état de choses « à un petit nombre de délégations ». 

La Vice-Secrétaire générale de l’ONU, Mme Amina J. Mohammed, a conclu ce forum en rappelant combien cette crise a révélé et exacerbé les vulnérabilités des économies et sociétés, en amenant certains à voir dans la COVID-19 « le virus des inégalités ».  Elle a, elle aussi, identifié, comme priorités un accès aux vaccins pour tous, un allégement du fardeau de la dette pour les pays vulnérables et des investissements dans la protection sociale et la prévention de futurs chocs. 

Alors que le Secrétaire général avait, lors de l’ouverture du forum, exhorté les gouvernements à considérer d’imposer un impôt à « ceux qui ont profité de la pandémie », Mme Mohamed a estimé que les moyens de subsistance ne doivent plus être affectés par la volatilité de l’économie mondiale.  Elle a donc encouragé les gouvernements à assurer un revenu garanti, par le biais par exemple d’un revenu universel de base.  Le monde à plusieurs vitesses que la pandémie est en train de façonner serait une catastrophe pour chacun d’entre nous, a conclu la Vice-Secrétaire générale. 

Avant l’adoption de ses conclusions et recommandations, le forum a tenu, ce matin, deux tables rondes sur les thèmes « Joindre l’acte à la parole pour lutter contre les flux financiers illicites: actions pour des progrès concrets » et « Édifier une économie du futur qui soit résiliente aux changements climatiques et alignée sur les objectifs de développement durable ».

* E/FFDF/2021/L.1

FORUM DU CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL SUR LE SUIVI DU FINANCEMENT DU DÉVELOPPEMENT

Table ronde 5: Joindre l’acte à la parole pour lutter contre les flux financiers illicites: actions pour des progrès concrets

Amorçant cette table ronde, M. JOHN CHRISTENSEN, cofondateur du Réseau international de la justice fiscale, a rappelé que dans les années 70-80, les flux financiers illicites étaient connus sous le nom plus clair de « fuite de capitaux », un subterfuge utilisé par les entreprises pour échapper aux taxes élevées.  Pour le modérateur, l’Afrique est l’une des principales victimes de ces flux financiers illicites, comme en témoigne le rapport de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) qui calcule que les pays africains perdent environ 50 milliards de dollars par an.  La question qui se pose, a demandé le modérateur, est de savoir « comment mobiliser la volonté politique nécessaire pour lutter efficacement contre les flux financiers illicites, en tenant compte de l’intérêt des pays en développement, y compris la restitution des avoirs volés ».

Il nous faut « une éthique, une boussole, de la transparence », a répondu M. MARCUS PLEYER, Président du Groupe d’action financière (GAFI), en entamant la série des déclarations liminaires.  Il nous faut, a-t-il ajouté, une approche holistique et surtout éviter de faire cavalier seul.  Le GAFI offre d’ailleurs une plateforme d’action à plus 200 pays pour fixer des normes internationales mais il faut aussi faire pression sur les gouvernements qui manquent de volonté politique.

« Maintenir la pression pour continuer de discuter du problème », a acquiescé M. ALVIN MOSIOMA, Directeur exécutif du Réseau africain pour la justice fiscale.  Il faut venir à bout des « résistances » et obtenir la création un organe financier international et la réforme de la fiscalité internationale.  Nous devons en effet, a reconnu le Président du GAFI, mettre « les criminels » hors d’état de nuire. 

Les différents points forts du « Rapport final du Groupe de haut niveau sur la responsabilité, la transparence et l’intégrité financières internationales (FACTI) pour la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030 », publié en février dernier, ont été commenté par M. IBRAHIM ASSANE MAYAKI, Président-Directeur général de l’Agence de développement de l’Union africaine et Président du groupe FACTI, M. DAG-INGE ULSTEIN, Secrétaire d’État chargé du développement international de la Norvège, Mme MIREYA VALVERDE OKÓN, Directrice générale du Bureau des normes de l’Unité du renseignement financier au Ministère de finances du Mexique, et M. JOSÉ ANTONIO OCAMPO, Président du Comité de la politique de développement et professeur à l’Université Columbia

Le rapport propose un « pacte mondial » qui constituerait un progrès majeur en matière de gouvernance nationale et internationale.  Il présente 14 recommandations articulées autour des éléments suivants: responsabilité, légitimité, transparence et équité.  Les recommandations portent aussi sur les acteurs non étatiques, la coopération internationale, le renforcement des capacités, les données ou encore la gouvernance nationale et internationale.  Le monde devrait adopter « ce programme ambitieux », a conseillé le Président du Comité de la politique de développement de l’Université Columbia, d’autant que les avoirs volés ont été estimés à 89 milliards de dollars par an, par le Groupe des États d’Afrique, lors de la discussion interactive qui a suivi.  L’idée d’une « convention fiscale des Nations Unies », a été particulièrement appuyée par l’Afrique du Sud, alors que l’Indonésie appelait à une coopération « plus poussée » de l’Organisation internationale de police criminelle (INTERPOL) dans la lutte contre les flux financiers illicites. 

Une coopération « plus active » a aussi été réclamée aux pays du G20 et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).  Le Réseau européen du financement du développement s’est en effet étonné de leur réticence.  Puisqu’elle abrite le plus grand nombre de paradis fiscaux au monde, il est temps que l’Union européenne montre l’exemple, a renchéri le Président du Comité de la politique de développement de l’Université Columbia.  La pertinence de la coopération Sud-Sud dans la lutte contre la corruption a été soulignée par le Groupe des pays à revenu intermédiaire.  L’Iran, qui a dit avoir pris des mesures pour contrer ces flux illicites, s’est dit surpris de ne pas avoir été supprimé de la « liste noire » du GAFI.  Cette situation ne fait qu’aggraver les sanctions unilatérales illégitimes des États-Unis, a-t-il protesté, appelant les Nations Unies et les États Membres à l’examiner.  L’inscription sur cette liste, a expliqué le Président du GAFI, veut dire qu’un pays présente des risques, s’agissant du financement du terrorisme et du blanchiment d’argent.  Des mesures leur sont demandées en vain, s’est-il impatienté. 

Table ronde 6: Édifier une économie du futur qui soit résiliente aux changements climatiques et alignée sur les objectifs de développement durable

La deuxième et dernière table ronde, modérée par M. HIRO MIZUNO, Envoyé spécial du Secrétaire général pour les financements innovants et les investissements durables, qui est entré en fonctions au début de l’année, a porté sur une problématique d’autant plus d’actualité, selon le Vice-Président de l’ECOSOC, que les changements climatiques ont de « réels impacts » et que l’année 2021 sera « riche en conférences importantes sur le climat et la biodiversité ». 

Entamant la série des déclarations liminaires, M. AHMED KAMALI, Vice-Ministre de la planification et du développement économique de l’Égypte, a constaté que la pandémie de COVID-19, survenue à la fin de la décennie la plus chaude de l’histoire récente, a exacerbé les risques climatiques.  L’Égypte, comme tous les pays d’Afrique, est vulnérable à ces risques, alors même qu’elle n’est pas à l’origine du réchauffement de la planète.  Dans notre continent, a-t-il souligné, les changements climatiques menacent les infrastructures, les chaînes d’approvisionnement et la sécurité alimentaire.  Alors que le coût de l’adaptation pourrait dépasser les 100 milliards de dollars par an, l’Afrique a déjà besoin de 15 milliards par an pour y faire face. 

L’Égypte, a indiqué M. Kamali, consacre entre 2% et 5% de son PIB à cette urgence.  Pour accélérer son relèvement, elle a mis en place plusieurs projets visant notamment à la prémunir contre l’élévation du niveau des mers, compenser la dégradation des sols et lutter contre l’érosion du bassin du Nil.  Le pays s’emploie également à promouvoir une utilisation plus efficace de ses ressources hydriques limitées.  Pour financer les projets, un vaste plan national d’investissement a été lancé, dont 15% concernent des projets verts, un pourcentage que le Gouvernement entend multiplier par deux cette année, a précisé le Vice-Ministre.  L’Égypte est en effet le premier pays africain à avoir lancé des obligations vertes, à hauteur de 750 millions de dollars. 

Pour M. Kamali, il est aujourd’hui « crucial » que les pays développés respectent les engagements qu’ils ont pris de soutenir les autres pays dans leurs efforts pour la réalisation des objectifs de développement durable.  Des fonds supplémentaires et prévisibles devraient être alloués, par le biais de financements innovants, d’une participation de toutes les parties prenantes et de la coopération internationale. 

Dans ce contexte, l’importance des travaux de la Coalition des ministres des finances pour l’action climatique a été soulignée par son porte-parole et Représentant spécial du Ministre des finances de la Finlande.  M. PEKKA MORÉN a indiqué que la Coalition utilise tous les outils à sa disposition pour intégrer les risques climatiques dans les politiques publiques, en particulier via des budgétisations vertes.  Les ministres des finances essayent de comprendre ces risques et de maîtriser leur gestion.  Il a appelé à cet égard les gouvernements à leur fournir des données macroéconomiques fiables.  Le travail ne fait que commencer, a précisé M. Morén, mais il bénéficie de l’apport de partenaires clefs, tels que les banques centrales, l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) et de nombreux instituts de recherche. 

Il est temps d’intégrer véritablement les risques et les vulnérabilités dans les plans de développement, a acquiescé M. MEDRILZAM, Directeur du Département environnemental au Ministère de la planification de l’Indonésie.  Il a rappelé qu’au cours des six premiers mois de la pandémie, une centaine de catastrophes naturelles se sont produites dans le monde, affectant plusieurs dizaines de millions de personnes.  En Indonésie, il y a quelques semaines, un cyclone tropical a encore fait 165 victimes et d’importants dégâts.  Le Directeur a qualifié de « boussoles » le Programme 2030, l’Accord de Paris et le Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe. 

Dans ce contexte, a-t-il expliqué, l’Indonésie a intégré des mesures de développement à faible émission de carbone dans son plan de développement 2020-2024 pour réduire de 1,15%, d’ici à 2024, les pertes économiques potentielles dues aux changements climatiques.  Avant la pandémie, a-t-il encore précisé, notre scénario de développement à faible taux de carbone prévoyait qu’une telle trajectoire de croissance pouvait générer un taux de croissance moyen de 6% par an jusqu’en 2045.  Malgré la crise actuelle, a assuré le responsable, le pays reste déterminé à continuer sur cette voie, dans le but de parvenir à une reprise durable, équilibrée et résiliente. 

La Fédération de Russie aussi élabore une stratégie nationale de développement faible en carbone, qui comprend des projets pilotes dans plusieurs régions du pays, a indiqué Mme NATALIA STAPRAN, Directrice du Département de la coopération économique multilatérale et des projets spéciaux au Ministère russe du développement économique.  Mon pays, a-t-elle dit, prépare un système de financement vert mais il importe à présent de trouver des méthodes pour régler les problèmes climatiques sans limiter le développement.  « L’une de ces solutions, c’est l’énergie nucléaire », a-t-elle affirmé.  À son tour, elle a invoqué la « feuille de route » qu’est le Programme 2030 et qui « nous montre la voie à suivre pour financer le développement ».  Elle a donc appelé les donateurs à respecter leurs engagements en matière d’APD et a prôné la participation du secteur privé. 

Ce secteur est particulièrement important pour l’accès aux nouvelles technologies, a souligné Mme ZAINAB SHAMSUNA AHMED, Ministre des finances, du budget et de la planification nationale du Nigéria.  Elle a indiqué que son pays s’emploie à élargir cet accès, après s’être concentrée sur les mesures de relance prises par son gouvernement face aux bouleversements de la pandémie.  Face aux changements climatiques et à leurs répercussions, le Nigéria, a-t-elle affirmé, s’efforce de renforcer ses capacités de résilience et de promouvoir des partenariats durables dans différents secteurs économiques.

Voilà une bonne chose parce que dans les pays développés comme dans les pays en développement, les changements climatiques sont désormais considérés comme « une grande source de risques financiers », a constaté Mme SABINE MAUDERER, membre du Conseil d’administration de la Deutsche Bundesbank et Présidente du Groupe de travail sur l’amélioration du financement vert du Réseau pour l’écologisation du système financier.  Pour examiner ces risques et y répondre, 19 banques centrales et organismes de supervision se sont rassemblés au sein du Réseau et il ressort de leurs travaux que les changements climatiques engendrent deux types de risques financiers: ceux liés à l’impact des catastrophes et ceux relatifs à la transition vers un modèle plus respectueux de l’environnement.  S’agissant de ces derniers, les pouvoirs publics doivent envoyer des messages clairs au secteur privé qu’il faut convaincre d’aller dans le sens d’une décarbonisation, par une « bonne tarification carbone ». 

Partisan lui aussi d’une coopération accrue entre les secteurs public et privé pour financer le développement, M. FRANCISCO ANDRÉ, Secrétaire d’État aux affaires étrangères et à la coopération du Portugal, a estimé qu’il faut travailler ensemble pour mettre en place une base de normes fiscales et créer une approche commune même minimale des défis environnementaux.  Dans ce cadre, une attention particulière doit être accordée à la viabilité de la dette et à la nécessité d’évoluer vers des instruments financiers plus innovants, avec la possibilité de gérer les problèmes de manière inclusive.  « Aucune solution n’est simple mais une chose est sûre: nous ne reviendrons pas à nos habitudes », a soutenu M. André.  Il convient de se concentrer sur une reprise « équitable, verte et numérique », comme l’a énoncé le Conseil de l’Union européenne, que son pays préside.  Le Secrétaire d’État a conclu sa présentation en rappelant que le 23 avril se tiendra une réunion de haut niveau entre l’Union européenne et l’Afrique sur le thème des investissements verts. 

Solidarité et « nouveau contrat social », c’est ce qu’a plaidé Mme PAOLA SIMONETTI, Directrice adjointe du Département de politique économique et sociale de la Confédération syndicale internationale (CSI).  Les pays développés et en développement doivent travailler « ensemble » pour bâtir un monde sans émission de carbone.  Il y a des millions d’emplois à créer, grâce aux infrastructures vertes et aux énergies renouvelables, a assuré la responsable syndicale, avant d’appeler les gouvernements à appuyer les travailleurs dans cette transition industrielle, de sorte que nul ne soit laissé pour compte. 

De même, a-t-elle poursuivi, les gouvernements doivent élargir les systèmes de protection sociale et tendre vers un modèle d’accès universel.  Favorable aux droits de tirage spéciaux et à la restructuration de la dette des pays pauvres, elle a souhaité que l’APD soit aussi augmentée en quantité comme en efficacité Enfin, en ce qui concerne la finance durable, les efforts internationaux dans ce sens doivent, selon elle, être harmonisés avec les objectifs de développement durable. 

La discussion interactive a permis d’approfondir la réflexion sur l’intégration des risques liés au climat dans l’élaboration et la planification des politiques de développement.  Elle a aussi été l’occasion pour plusieurs délégations de réaffirmer leur engagement en faveur de l’action climatique et de plaider pour des financements innovants dans le cadre des efforts de relance. 

Les États-Unis ont souligné qu’avec l’Administration du Président Joe Biden, ils sont à nouveau des « partenaires à part entière » dans la question climatique.  Ils ont également réaffirmé leur foi en l’action multilatérale, rappelant à cet égard qu’ils ont réadhéré à l’Accord de Paris sur le climat et convoqué un forum de préparation à la vingt-sixième Conférence des États parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP26) .  Déterminés à enrayer le réchauffement climatique, les États-Unis ont exprimé leur intention d’investir « lourdement » pour « reconstruire en mieux », convaincus qu’il faut tirer parti de toutes les institutions financières pour encourager les investissements publics et privés dans l’écologie et la décarbonisation de l’économie. 

Soulignant sa vulnérabilité tant à la pandémie qu’aux changements climatiques, le Bangladesh a rappelé avoir lancé en décembre dernier un plan d’action climatique qui met l’accent sur la durabilité et la résilience.  La relance doit en effet prendre en compte « la menace des changements climatiques et la perspective des chocs futurs », a expliqué la délégation, plaidant à cet égard pour davantage de solidarité.  Les partenaires internationaux et les acteurs privés doivent être mis à contribution afin qu’une aide financière et technique soit fournie aux pays à faibles capacités, a-t-elle soutenu.  D’après elle, il faut non seulement augmenter la coopération et le partage des connaissances mais aussi faciliter le transfert des technologies, « condition sine qua non » du développement durable. 

Au nom d’un groupe de pays à revenu intermédiaire, le Guatemala a lui aussi appelé à des investissements « plus substantiels » dans les économies en développement pour accélérer la réalisation du Programme 2030 dans ses différentes dimensions.  Il a notamment souligné que le soutien à une production agricole durable et à la sécurité alimentaire est indispensable pour faire reculer la pauvreté dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.  La délégation a aussi insisté sur la nécessité d’améliorer les capacités d’adaptation de ces pays aux conditions extrêmes du climat, rejointe sur ces points par l’Afrique du Sud

Organisme de la société civile, le Groupe des femmes sur le financement du développement a appelé, à son tour, à des solutions innovantes sur le plan économique, mais aussi sur les plans social et climatique.  Sans transformation, a-t-il averti, le monde continuera de compter sur le travail non rémunéré des femmes, les discriminations continueront d’accroître les inégalités et les nantis continueront d’être des nantis, comme c’est le cas aujourd’hui avec les vaccins contre la COVID-19.  « Il faut partir du bas en aidant ceux qui ont été abandonnés », a renchéri le groupe Civil Society Financing for Development (FfD), selon lequel beaucoup dépend de la « volonté politique de ne laisser personne de côté ». 

Pour sa part, l’ONG « United Religions Initiative », qui compte plus d’un million de membre dans 100 pays, a dit avoir mené une enquête sur le financement du développement avant et pendant la pandémie.  Les conclusions sont « saisissantes », a-t-elle noté, précisant que dans 17 pays où elle a reçu plus de 1 000 réponses, les fonds pour le climat ont été utilisés par les gouvernements pour faire face à d’autres problèmes, ce qui revient à « déshabiller Pierre pour habiller Paul ».  Il faut donc « travailler autrement » et associer les différentes parties prenantes au règlement des problèmes. 

En réponse à ces remarques et suggestions, la Ministre des finances, du budget et de la planification nationale du Nigéria a fait valoir que les défis diffèrent d’une région à l’autre dans le monde.  Pour des pays comme le sien, le recours au gaz comme source d’énergie reste une nécessité.  Il faudra des années avant de pouvoir s’en passer au profit de sources alternatives, a-t-elle pronostiqué.  La représentante du Conseil d’administration de la Deutsche Bundesbank s’est réjouie de la position affichée par la nouvelle Administration américaine, y voyant la possibilité de revenir à une discussion internationale sur un développement sans carbone.  Nous devons collaborer sur un pied d’égalité pour que les marchés comprennent ce que nous faisons et passent à un modèle décarbonisé, a-t-elle souhaité, non sans reconnaître qu’une période de transition sera nécessaire.  « Mais il faut prendre des décisions maintenant pour que toutes les économies se transforment de façon séquentielle », a plaidé celle qui préside par ailleurs le Groupe de travail sur l’amélioration du financement vert du Réseau pour l’écologisation du système financier

Interrogée par le modérateur sur le rôle des banques centrales dans cette transition, elle les a décrites comme des « catalyseurs » chargés d’utiliser des outils analytiques pour déterminer les « impacts environnementaux de nos économies ».  Il faut par conséquent que les bonnes décisions soient prises afin que les marchés reçoivent les bons signaux, a-t-elle ajouté, soulignant à ce sujet l’importance de disposer de données comparables. 

Plus largement, a encore estimé l’administratrice de la banque centrale allemande, il est essentiel d’agir au niveau mondial et que les pays développés et en développement travaillent main dans la main.  De même, tout doit être fait pour attirer les capitaux privés dans les pays à faible revenu, a-t-elle souligné, notant le rôle crucial des banques multilatérales de développement. 

Revenant à la gestion des questions financières liées au climat, le Représentant spécial du Ministre des finances de la Finlande a souligné à son tour la grande capacité analytique des banques centrales, lesquelles interviennent régulièrement aux réunions de la Coalition des ministres des finances pour l’action climatique.  L’un des principaux chantiers est la tarification du carbone, appelée à devenir un outil crucial de la transition, a-t-il précisé.  La Coalition s’emploie à aider les pays à rendre leur système plus écologique, notamment via des obligations vertes, a encore indiqué ce responsable ministériel, selon lequel la généralisation de ces initiatives suppose un énorme travail de reprise et de transformation numérique et environnementale. 

Si ces actions de financement doivent être menées au plan mondial, la Ministre des finances, du budget et de la planification nationale du Nigéria a fait valoir que les défis diffèrent d’une région à l’autre.  Il reste donc « du pain sur la planche », a conclu le modérateur, souhaitant que les règles du jeu soient précisées pour que les acteurs privés puissent financer des projets dans les pays en développement.  « Il y a de l’argent disponible qui cherche des occasions d’investissement », a-t-il assuré. 

Adoption des conclusions et recommandations arrêtées sur le plan intergouvernemental et clôture du Forum du Conseil économique et social sur le suivi du financement du développement

Après l’adoption des conclusions et recommandations du forum (E/FFDF/2021/L.1), la Guinée, au nom du Groupe des 77 et de la Chine, s’est étonnée de « la disparition » d’un paragraphe qui avait été rédigé par son groupe sur les défis des pays à revenu intermédiaire et la nécessité de leur apporter un appui.  Il n’y avait pourtant pas eu d’opposition à ce libellé lors des consultations, a-t-elle rappelé.  S’agissant de l’accès aux vaccins, elle a rappelé qu’il manque toujours à l’Accélérateur ACT quelque 20 milliards de dollars.  Pour ce qui est du paragraphe 20 sur le financement des systèmes de protection sociale, elle a souligné que l’élargissement de ces systèmes doit se faire en fonction des priorités nationales.  La Guinée s’est par ailleurs fermement opposée à la mention du groupe GAFI dans le paragraphe 25 et a milité pour un libellé « plus précis » du paragraphe consacré au financement de l’action climatique et à l’engagement des pays développés à mobiliser, à compter de 2020, 100 milliards de dollars par an jusqu’en 2025.

L’Union européenne a promis de continuer de verser des ressources au Mécanisme COVAX.  Elle a déploré « le manque d’ambition » du libellé sur les émissions carbone et les subventions aux industries fossiles.  Sur ces questions, le document final reste « superficiel », a tranché l’Union européenne, en attribuant cet état de choses à « un petit nombre de délégations ».  Elle a pris acte du paragraphe 38 sur les travaux des Nations Unies, en vue, conformément à la résolution 75/215 de l’Assemblée générale, d’étudier et d’élaborer un indice de vulnérabilité multidimensionnelle pour les petits États insulaires en développement.  Mais, a-t-elle souligné, ce paragraphe ne préjuge en rien de l’issue des discussions en cours.  Elle a enfin rappelé que son APD a atteint « un niveau record » en 2020, pour représenter 0,5% du revenu intérieur brut, soit 15% de plus qu’en 2019.

Dans sa déclaration de clôture, Mme AMINA J. MOHAMMED, Vice-Secrétaire générale de l’ONU, a tout d’abord salué l’adoption du document final, avant de souligner que la pandémie de COVID-19 est en train de façonner un monde de plus en plus inégal pour des millions de personnes dans les pays en développement, lesquels voient leurs gains en matière de développement effacés.  Elle a indiqué que cette crise sanitaire et économique sans précédent a révélé et exacerbé les vulnérabilités des économies et des sociétés, amenant certains à voir dans la COVID-19 le « virus des inégalités ».  Elle a salué les efforts des gouvernements pour protéger les populations des répercussions de la pandémie, notamment l’extraordinaire plan de relance mondiale de 18 000 milliards de dollars.  Néanmoins, alors que de nombreuses économies avancées ont été en mesure d’augmenter leurs dépenses budgétaires à plus de 13% de leur PIB, nombre de pays en développement font face à un fardeau de la dette « exorbitant », à des marges budgétaires réduites et à des taux d’intérêt élevés, entravant leur réponse à la crise, sans parler de leur relèvement.  « Ce monde à plusieurs vitesses vers lequel nous nous acheminons est une catastrophe pour chacun d’entre nous », a déclaré la Vice-Secrétaire générale.

Mme Mohammed a identifié trois domaines d’action prioritaires.  Le premier est de garantir l’accès de tous aux vaccins.  Elle a rappelé que si un tiers de la population est déjà vacciné dans certains pays, seul 1% de la population en Afrique l’est, y voyant là une « souillure morale » pour la communauté internationale.  Elle a appelé tous les acteurs à financer de toute urgence un accès équitable, en commençant par remédier aux problèmes financiers du Mécanisme COVAX.  Deuxièmement, elle a appelé à l’allégement du fardeau de la dette et à des solutions aux contraintes budgétaires.  « Il est capital d’élargir l’Initiative de suspension du service de la dette du G20 et le Cadre commun du même G20, afin d’y inclure les pays à revenu intermédiaire vulnérables et les petits pays insulaires en développement ».  Les annulations, les rachats, les échanges de dettes doivent être poursuivis, a-t-elle dit, en appuyant l’émission « sans précédent » de nouveaux droits de tirage spéciaux (DTS). 

Afin de remédier aux causes profondes des crises « récurrentes » de la dette, nous devons aussi, a ajouté la Vice-Secrétaire générale, réformer et renforcer l’architecture internationale de la dette, par le biais d’un processus multipartite pour lancer un « forum mondial pour le règlement de la question de la dette souveraine ».  Mme Mohammed a souhaité que les critères d’éligibilité aux programmes d’allégement de la dette soient basés sur les besoins actuels plutôt que sur le PIB, en particulier dans ce contexte des catastrophes climatiques de plus en plus fréquentes.  Dans ce contexte de crise, les gouvernements ne devraient pas être contraints d’effectuer des versements, au tire du service de la dette, au détriment de leur réponse aux besoins de leur population.

Troisièmement, a-t-elle poursuivi, nous devons promouvoir les investissements dans la protection sociale et la prévention de futurs chocs.  Les gouvernements doivent donner la priorité au bien-être de leur population, en investissant « massivement » dans la gratuité de l’enseignement, la couverture sanitaire universelle et des systèmes de santé robustes.  Ils doivent également faire en sorte que les moyens de subsistance ne dépendent plus de la volatilité de l’économie mondiale, en assurant un revenu garanti, par le biais par exemple du revenu universel de base.  Pour atteindre ces objectifs, Mme Mohammed a souhaité que les ressources financières soient allouées là où elles sont le plus nécessaires, pour éviter que les chocs ne se transforment en catastrophes « sans précédent », à l’instar de la pandémie de COVID-19. 

Les gouvernements doivent faire des investissements durables un élément essentiel de leurs politiques de développement.  Quant aux créanciers privés, il leur revient de prendre leur place à la table des négociations sur l’allégement de la dette.  « Nous devons aussi nous pencher sur les incitations et les goulets d’étranglement pour dégager des capitaux privés au profit du développement durable, en particulier dans les pays en développement. »  En conclusion, la Vice-Secrétaire générale a assuré que l’ONU continuera de souligner l’importance de ces questions et de mobiliser la volonté politique nécessaire pour apporter des changements.

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