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SC/14441
22 février 2021

Somalie: devant le Conseil de sécurité, le Représentant spécial appelle les parties à poursuivre le dialogue et à trouver un accord sur la tenue des élections

Deux jours après les graves tensions du 19 février entre forces de sécurité gouvernementales et l’opposition à Mogadiscio, M. James Swan, Représentant spécial du Secrétaire général en Somalie et Chef de la Mission d’assistance des Nations Unies en Somalie (MANUSOM), a, ce matin devant le Conseil de sécurité, exhorté tous les dirigeants politiques somaliens à cesser les confrontations et à poursuivre le dialogue.  L’objectif est de parvenir à un accord politique inclusif et crédible pour la tenue d’élections dès que possible, l’accord devant être basé sur le consensus du 17 septembre 2020. 

M. Swan a expliqué que ces tensions sont nées autour d’un différend entre les personnalités somaliennes sur leur perception de la légitimité du mandat du Président depuis l’expiration de son premier mandat de quatre ans, le 8 février.  Il s’est inquiété à cet égard des discours politiques de plus en plus « enflammés ». 

Le Représentant spécial a regretté que les dirigeants du Gouvernement fédéral somalien et des États fédérés, réunis à Dhuusamarreeb du 2 au 6 février, ne soient pas parvenus à un accord définitif sur les questions litigieuses, dont la composition des organes de gestion électorale; les modalités de sélection des représentants du « Somaliland » dans les institutions fédérales; et la gestion des élections dans la région de Gedo (État du Djoubaland). Le comité technique de hauts ministres du Gouvernement fédéral somalien et des États fédérés est cependant parvenu à des solutions techniques pour régler ces questions, dont un engagement à respecter un quota de 30% de femmes dans le processus électoral et à raccourcir le calendrier électoral. 

Pour aller de l’avant, M. Swan a jugé impératif que les dirigeants somaliens utilisent tous les canaux de dialogue et de consultation possibles, y compris des contacts avec un large éventail d’acteurs politiques et de personnalités de la société civile pour instaurer la confiance.  Il a jugé impératif de veiller à ce que la supervision du processus électoral convenu soit « aussi impartial et indépendant que possible », en demandant que se poursuive de manière régulière la communication entre les principaux acteurs afin de minimiser les malentendus potentiels. 

« Si les affrontements armés des 18 et 19 février ont cessé, les causes sous-jacentes de ces tensions n’ont pas disparus » a, de son côté, prévenu M. Francisco Caetano Jose Madeira, Chef de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM).  Alors que le Conseil de sécurité doit examiner en fin de semaine la prolongation de cette mission déployée depuis 2007, M. Caetano a appelé à tenir compte des réalités politiques et sécuritaires afin de ne pas menacer les réalisations durement acquises et afin de permettre l’extension de l’autorité de l’État sur tout le territoire somalien. 

En écho, Mme Rita Laranjinha, Directrice du Service européen pour l'action extérieure de l’Union européenne (UE), a exhorté les parties somaliennes à s’entendre sur un projet politique afin de ne pas nourrir la capacité de nuisance des Chabab.  Illustrant le soutien de l’UE, elle a rappelé que les mandats de la mission de formation de l’Union européenne en Somalie (EUTM) et de celle liée aux capacités maritimes (EUCAP) ont été prorogés de deux années fin décembre 2020. Après avoir souligné la nécessité d’un nouveau cadre de sécurité post-2021, elle a jugé indispensable un engagement politique fort de l’Union africaine (UA) en faveur des réformes politiques et sécuritaires. 

Abordant la question du plan de transition sécuritaire remis au Conseil de sécurité par la Somalie, la France a rejoint les conclusions de l’évaluation indépendante réalisée par le général dos Santos Cruz selon lesquelles l’AMISOM doit progressivement passer le relai aux forces armées somaliennes.  C’est pourquoi la France a souhaité qu’une décision soit prise cette année sur le rôle et le financement de l’AMISOM, en concertation avec le Conseil de paix et de sécurité de l’UA, la Somalie et les pays contributeurs de troupes.  Rappelant que l’UE a consacré 1,94 milliard d’euros depuis 2007 à la Somalie, la France a exhorté les pays qui ont des intérêts dans la région à soutenir financièrement cette mission.  

Cette mission est sous-financée, a d’ailleurs estimé le Groupe A3+1 (Kenya, Niger, Saint-Vincent-et-les Grenadines et Tunisie) qui, par la voix de la Tunisie, a demandé des ressources supplémentaires pour lutter contre les Chabab, « la menace la plus inquiétante pour la Somalie ».  Le groupe a regretté que les troupes africaines déployées au sein de l’AMISOM ne perçoivent que 70% du traitement alloué aux Casques bleus participants à des opérations similaires pourtant moins risquées.  Il n’en a pas moins appuyé la proposition de prorogation de 10 mois du mandat de l’AMISOM. 

De son côté, la délégation russe a jugé inacceptables les tentatives d’accélérer le retrait de la force de l’AMISOM avant d’insister que toute décision concernant les soldats de la paix de l’UA devrait prendre en compte les intérêts de Mogadiscio et de l’armée nationale somalienne, ainsi que la construction d’une architecture de sécurité nationale. 

L’ensemble des membres du Conseil ont jugé indispensable la tenue d’élections inclusives et pacifiques, dès que possible, pour renouveler la légitimité des institutions fédérales somaliennes et permettre la poursuite des nombreuses tâches urgentes en vue de l’établissement d’une paix durable.  L’Estonie a prôné la tenue d’élections suivant le principe « une personne, une voix » en 2024-2025, comme les autorités somaliennes et les partenaires s’y sont engagés lors du précédent Forum de partenariat sur la Somalie. 

Répondant à ces appels M. Balal Cusman, Ministre d’État des affaires étrangères et de la coopération internationale de la Somalie, a assuré la volonté de son pays de permettre aux citoyens somaliens de choisir leurs dirigeants, et ce pour la première fois depuis 50 ans.  Néanmoins il a regretté que les représentants des États fédérés du Puntland et du Djoubaland, qui ont pourtant agréé l’Accord du 17 septembre 2020, essaient de gagner du temps avec l’appui d’ingérences étrangères en remettant en cause la légitimité du Gouvernement pour « semer le désordre ». 

M. JAMES SWAN, Représentant spécial du Secrétaire général en Somalie et Chef de la Mission d’assistance des Nations Unies en Somalie (MANUSOM), s’est inquiété des tensions nées autour de la mise en œuvre du processus électoral aggravées par les questions de certaines personnalités politiques sur la légitimité du mandat du Président après l’expiration de son mandat constitutionnel le 8 février.  Il a expliqué que cette situation s’est traduite le 19 février par une journée de manifestations annoncées par l’opposition -le Conseil de l’Union des candidats à la présidence- au cours de laquelle plusieurs incidents violents ont été signalés.  « Ces incidents auraient inclus des échanges armés entre le personnel de sécurité du Gouvernement et les équipes de sécurité employées par l’opposition, ainsi que des tirs à balles réelles par les forces gouvernementales pour disperser les manifestants », a dit M. Swan avant de s’inquiéter des discours politiques de plus en plus marqués par des polémiques « qui s’enflamment comme les actes ». 

M. Swan a regretté que les dirigeants du Gouvernement fédéral somalien et des États fédérés réunis à Dhuusamarreeb du 2 au 6 février ne soient pas parvenus à un accord définitif sur les questions litigieuses, dont la composition des organes de gestion électorale; les modalités de sélection des représentants du « Somaliland » dans les institutions fédérales; et la gestion des élections dans la région de Gedo, dans l’État du Djoubaland.  Par la suite, le Gouvernement fédéral a convoqué un comité technique composé par des « hauts ministres » du Gouvernement fédéral somalien et des États fédérés, qui est parvenu à des solutions techniques pour les questions litigieuses, a réaffirmé son engagement au quota de 30% de femmes dans le processus électoral, et a noté la nécessité d’une révision en faveur d’un nouveau calendrier électoral plus court. 

Pour avancer, M. Swan a jugé impératif que les dirigeants somaliens utilisent tous les canaux de dialogue et de consultation à leur disposition pour instaurer la confiance.  Il a aussi recommandé de veiller à l’impartialité et à l’indépendance de la supervision du processus électoral convenu.  De plus, afin de minimiser les malentendus potentiels, il a appelé à continuer, sur une base régulière, la communication entre les principaux acteurs -en particulier les dirigeants du Gouvernement fédéral et ceux des États fédérés. 

Par ailleurs, le représentant spécial s’est inquiété de la menace persistante que représentent les Chabab et leurs attaques contre les civils somaliens, les représentants du Gouvernement, les forces de sécurité somaliennes, l’AMISOM et la communauté internationale.  Néanmoins, il s’est félicité des progrès réalisés par les Forces armées somaliennes dans la lutte contre les Chabab dans la région du Bas-Chébéli, consolidés avec l’appui de l’AMISOM. 

Il a noté que le nombre de Somaliens ayant besoin d’aide humanitaire est passé de 5,2 à 5,9 millions entre 2020 et 2021 en raison de l’aggravation de l’insécurité alimentaire liée aux changements climatiques, à l’invasion des criquets pèlerins et aux effets de la pandémie de COVID-19.  Malheureusement, ces dernières semaines, « nous avons constaté une nouvelle augmentation des cas de COVID-19 en Somalie, qui aggrave la situation humanitaire déjà difficile », a dit M. Swan avant de préciser que les Nations Unies, en étroite collaboration avec les autorités, veilleront à ce que le premier lot de vaccins soit effectivement distribué aux groupes vulnérables.  Enfin, il a lancé un nouvel appel aux donateurs pour qu’ils soutiennent le Plan de réponse humanitaire pour 2021, qui nécessite 1,09 milliard de dollars. 

M. Swan a conclu que des changements positifs durables pour les Somaliens exigent de renforcer les institutions; améliorer la gouvernance, notamment par le biais d’une réforme constitutionnelle; investir dans la santé et l’éducation; garantir une plus grande participation des femmes, des jeunes et des groupes marginalisés; et mener d’autres réformes sur le long terme.  Il a exhorté les dirigeants politiques somaliens à cesser les confrontations et à poursuivre le dialogue pour parvenir à un accord politique inclusif et crédible pour la tenue d’élections dès que possible, basé sur le consensus du 17 septembre. 

M. FRANCISCO CAETANO JOSE MADEIRA, Représentant spécial pour la Somalie de la présidence de la Commission de l’Union africaine (UA) et Chef de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM), est revenu sur les événements marquants de février qui ont eu pour conséquence des échanges armés à Mogadiscio alors que le pays cherche à organiser des élections pacifiques, libres et transparentes.  L’UA a appelé à la retenue et a insisté sur la nécessité absolue d’organiser ces élections car il y va de la paix, de l’intégrité territoriale, de la souveraineté et de la confiance du peuple somalien dans sa classe dirigeante.  Même si, entre-temps, les armes se sont tues, les causes sous-jacentes n’ont pas disparu, a mis en garde M. Madeira.  C’est pourquoi l’UA appelle les différents acteurs somaliens à retrouver le chemin de la table des négociations en vue de réaliser des élections libres et transparentes, conformément à l’Accord du 17 septembre. Saluant les progrès réalisés à ce titre, il a insisté sur le fait que les affrontements de février n’ont en rien remis en cause le processus agréé le 17 septembre dernier.  Il a fait état de discussions techniques qui ont permis d’aboutir à l’adoption par tous les participants de propositions et d’une feuille de route.  Il faut maintenant que les dirigeants tombent d’accord sur une date pour examiner ces propositions, qui sont la clef pour dépasser ce qui a empêché la mise en œuvre de l’Accord du 17 septembre jusque-là, a fait valoir M. Madeira.  Il a rappelé que la réunion initialement fixée pour cela n’avait pas eu lieu, appelant les partenaires internationaux à appuyer les acteurs somaliens dans cet effort et invitant à tenir les canaux de communication ouverts.  « Le dialogue doit être lancé aussi rapidement que possible. »

Malgré les défis mentionnés, l’AMISOM continue de s’acquitter de ses responsabilités pour soutenir le processus électoral, a assuré M.  Madeira, notamment à travers une coopération renforcée entre sa police et la police nationale ainsi qu’avec l’armée somalienne.  Pour ce qui est de la sécurité, M.  Madeira a concédé que la situation reste instable.  Les Chabab se positionnent de façon stratégique et mettent l’accent sur Mogadiscio, a-t-il expliqué, ajoutant que leurs attaques ont pour objectif de déstabiliser les élections: ils cherchent à reprendre des positions essentielles, à attaquer des convois humanitaires et à étendre leurs tentacules dans d’autres États membres ces derniers mois.  Malgré la pandémie de COVID-19 et les restrictions imposées, l’AMISOM a réussi à endiguer les activités des Chabab grâce à une coopération accrue avec l’armée et la police somaliennes. 

L’AMISOM a également réussi à mener à bien ses tâches de transition et la reconfiguration de la Mission est en cours, comme agréé en octobre 2020, a indiqué M.  Madeira assurant que l’UA reste engagée en faveur d’un travail étroit avec les forces somaliennes dans le cadre de la transition.  Dans la zone d’opérations, la réussite du plan de transition va fortement dépendre de la capacité de mettre en place une armée somalienne solide, a-t-il estimé.  L’UA est convaincue du fait que la tenue d’une conférence sur la constitution des forces permettrait de faciliter la réussite de la transition et d’éviter qu’elle ne soit reportée davantage.  Il faudra évaluer les conditions sur le terrain de façon transparente et honnête en vue de décider de l’avenir de l’AMISOM et fixer les priorités de stabilisation de la Somalie, a poursuivi M. Madeira.  Pour sa part, l’UA est prête à se mettre d’accord avec les autorités somaliennes sur des activités conjointes.  Rappelant qu’à la fin de la semaine, le Conseil de sécurité devrait examiner le mandat de l’AMISOM, M.  Madeira a estimé que son renouvellement devra tenir compte de la réalité politique et sécuritaire sur le terrain. 

Mme RITA LARANJINHA, Directrice du Service de l’action extérieure de l’Union européenne (UE), a présenté quatre messages au sujet de la situation en Somalie.  Premièrement, elle a estimé essentiel de placer la politique au centre.  Elle a rappelé que le mandat constitutionnel de quatre ans du Président de la Somalie a pris fin le 8 février sans un accord politique sur la manière dont les élections devraient être menées.  De ce fait, si cette question n’est pas traitée de toute urgence, elle deviendra un risque pour la sécurité régionale, a prévenu Mme Laranjinha avant d’indiquer que l’UE a appelé toutes les parties au calme et à la retenue à la suite des tensions armées à Mogadiscio au cours du week-end.  Pour elle, tout progrès sur le plan de la sécurité ne peut que sous-tendre un règlement politique, mais ne peut garantir ce dernier; à l’inverse, la sécurité durable repose sur un règlement politique.  Ainsi, elle a appelé le Gouvernement fédéral et les États fédérés à se réconcilier et à travailler ensemble pour obtenir les meilleures perspectives de stabilité, en s’attaquant à la fois aux causes profondes et aux symptômes de l’instabilité.  Mme Laranjinha a relevé que si les dirigeants somaliens ne parviennent pas à des arrangements politiques, ce sont les Chabab et d’autres saboteurs qui en profiteront. 

Deuxièmement, l’UE a suggéré de poursuivre les progrès en matière de sécurité.  Elle a salué la révision du plan de transition par le Gouvernement, en collaboration avec des partenaires internationaux, et a demandé qu’il soit approuvé par les autorités compétentes.  Pour l’UE, le meilleur moyen d’assurer la prévisibilité et la stabilité de la Somalie et de la région, et de s’assurer l’appui des donateurs, est d’avoir un plan pour l’avenir qui montre une voie crédible vers la transition sécuritaire.  Cependant, pour continuer à soutenir ce processus en cours, nous devons être en mesure de comprendre comment le Gouvernement étendra le contrôle sur toute la Somalie et quelles ressources seront nécessaires, a prévenu Mme Laranjinha.  L’objectif essentiel de tous les partenaires de la Somalie doit être le renforcement des capacités des acteurs de la sécurité et de la gouvernance, afin d’assumer la responsabilité de protéger leur peuple.  Cependant, a-t-elle précisé, il est essentiel d’aborder les questions et les détails clefs tels que la génération de forces, la formation des forces de sécurité, et la façon dont l’engagement bilatéral peut soutenir la vision globale.  De même, pivoter vers une approche plus globale de la sécurité et de la stabilisation nécessite également de renforcer l’administration publique, la fourniture des services de base, la justice et l’application de la loi. 

Depuis 2014, le soutien de l’UE s’est élevé à près de 1,6 milliard d’euros pour le développement et les questions humanitaires, alors qu’elle a investi plus de 2,1 milliards d’euros dans l’AMISOM depuis 2007, a poursuivi Mme Laranjinha. Elle a rappelé que les mandats de la mission de formation de l'Union européenne en Somalie (EUTM) et de celle liée aux capacités maritimes (EUCAP) ont été prorogés de deux années fin décembre 2020.  Elle a aussi fait valoir que le mandat de l’opération ATALANTA a été élargi: elle soutiendra aussi l’embargo sur les armes de l’ONU concernant la Somalie et la lutte en cours contre les Chabab et ses sources de financement.  L’opération va également poursuivre ses efforts de base pour lutter contre la piraterie et protéger le Programme alimentaire mondial (PAM) et d’autres transports vulnérables vers la Somalie, a promis la Directrice du Service de l’action extérieure de l’Union européenne. 

Le troisième message de l’UE est qu’il faut reconstruire l’ancien consensus politique régional qui existait avant que l’AMISOM ne soit créée il y a 10 ans.  La stabilité future de la Somalie repose sur un engagement politique solide et honnête, à la fois en Somalie et avec la région, a affirmé Mme Laranjinha en plaidant pour cela en faveur d’une coopération régionale et multilatérale.  Elle a salué, à cet égard, le rôle de chef de file de l’Union africaine qui agit en étroite coordination avec l’ONU et l’IGAD. 

Son quatrième message concerne les travaux à venir en 2021 et la nécessité de définir un cadre de sécurité pour l’après 2021.  Elle a relevé que jusqu’à son retrait complet, l’Union africaine devra continuer à jouer un rôle important en soutenant le processus de transition sécuritaire.  De ce fait, l’UE considère qu’en renouvelant le mandat de l’AMISOM, le Conseil de sécurité devrait soutenir la mission dans ce processus de reconfiguration.  L’UE envisage donc un renouvellement de 10 mois, afin de pouvoir discuter de la forme d’une mission post-2021.  L’UE a aussi engagé une réflexion sur un instrument de suivi pour financer les opérations africaines de soutien à la paix au-delà de 2021, et ce processus sera éclairé par les paramètres de l’architecture de sécurité de la Somalie après 2021. 

S’exprimant au nom du groupe A3+1 (Kenya, Niger, Saint-Vincent-et-les Grenadines et Tunisie), la Tunisie a réaffirmé son soutien à une transition sûre, pacifique et ordonnée en Somalie.  Sur cette base, elle a regretté que l’accord électoral conclu par le Gouvernement fédéral et les États fédérés le 17 septembre dernier ne soit pas encore pleinement mis en œuvre, les élections législatives prévues fin 2020 n’ayant pas encore eu lieu, pas plus que l’élection des présidents du Parlement qui devait se tenir avant le 8 février.  Elle a également déploré les incidents violents signalés récemment à Mogadiscio, appelant toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue.  Dans ce contexte, la délégation a encouragé le Gouvernement fédéral et les États fédérés à poursuivre leur dialogue en vue de parvenir à un accord sur les questions en suspens.  La tenue d’élections libres, transparentes et crédibles en Somalie est, selon elle, « vitale » pour réaliser les aspirations légitimes à la sécurité, à la stabilité, à la démocratie, à la bonne gouvernance et au développement. 

Sur le plan sécuritaire, l’A3+1 reste préoccupé par la situation instable, a indiqué la délégation, avant de condamner les dernières attaques terroristes perpétrées par les Chabab.  Ce groupe reste « la menace la plus immédiate pour la stabilité et la sécurité de la Somalie », a-t-elle constaté, jugeant que le pays a encore besoin d’un soutien international pour y faire face et renforcer ses capacités en vue d’assumer l’entière responsabilité de sa propre sécurité.  Étant donné la menace terroriste hybride que représentent les Chabab, des ressources accrues devraient notamment être consacrées au développement et au renforcement du renseignement antiterroriste, a-t-elle soutenu.  Selon la Tunisie, il faut aussi redoubler d’efforts pour réduire l’accès des Chabab au financement, lutter contre leur capacité à recruter et contrer leur propagande extrémiste.  La promotion de l’état de droit, de la justice et des droits de l’homme, le renforcement de l’État, le développement économique, la consolidation des institutions et la réconciliation sont également nécessaires pour vaincre les Chabab de manière permanente, a souligné la Tunisie. 

Abordant ensuite le rôle de l’AMISOM et des forces de sécurité somaliennes, la délégation a estimé qu’une mission reconfigurée est « l’option la plus viable » pour fournir une opération de sécurité internationale capable de protéger l’État somalien et de lutter contre les Chabab.  Reste que, comme l’a révélé l’évaluation indépendante, l’AMISOM est sous-financée par rapport à des opérations de stabilisation de l’ONU de taille similaire, a observé la Tunisie, regrettant par ailleurs que les troupes africaines déployées au sein de la Mission ne reçoivent que 70% du traitement alloué normalement aux Casques bleus.  Elle a, d’autre part, rappelé que le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA) s’est félicité de la reconfiguration envisagée de la AMISOM, en collaboration avec les forces de sécurité somaliennes, et a exhorté les parties à accélérer le processus de renforcement des capacités des forces de sécurité somaliennes aux niveaux requis.  Plaidant pour que le Conseil de sécurité ne se prononce pas sur d’éventuels arrangements au-delà de 2021, jusqu’à la fin de l’évaluation menée par l’UA, la délégation s’est déclarée prête à appuyer la proposition de prorogation de 10 mois du mandat de l’AMISOM, à condition qu’aucune modification n’y soit apportée pour le moment. 

S’agissant enfin de la situation humanitaire, la Tunisie s’est déclarée inquiète des défis qu’impliquent la pandémie de COVID-19, les inondations dévastatrices et les autres dangers liés aux changements climatiques et à l’invasion de criquets pèlerins.  Alors que 5,9 millions de personnes auront besoin d’une aide humanitaire en 2021, elle a appelé les partenaires internationaux à augmenter leur financement afin de soutenir les plans de réponse et d’alléger les souffrances du peuple somalien.  Tout en condamnant les incidents violents persistants contre les opérations humanitaires, elle a félicité l’AMISOM pour ses efforts d’assistance dans le contexte de la pandémie.  À ses yeux, un soutien international supplémentaire est nécessaire pour permettre à l’AMISOM de soutenir plus efficacement les efforts humanitaires dans tous ses secteurs. 

L’Irlande a regretté que les élections prévues en Somalie, après la fin du mandat du Président, ne se soient pas tenues.  Elle a également regretté que les dirigeants du Gouvernement fédéral et des États fédérés n’aient pas réussi à se rassembler pour régler les questions électorales en suspens.  Alors que le mandat de l’AMISOM doit être renouvelé, les gains importants obtenus contre les Chabab sont menacés, a poursuivi la mission.  « Les tirs à l’arme lourde qui ont résonné ces derniers jours dans les rues de Mogadiscio ne visaient pas les Chabab mais l’obtention d’un avantage politique », a estimé la mission. 

Jugeant la violence inacceptable, l’Irlande a exhorté les dirigeants du pays à mettre les intérêts de la population au-dessus de toute autre considération et à se réengager en faveur d’un dialogue constructif.  Elle a insisté sur le rôle critique de l’Union africaine pour rassembler les parties et forger un consensus sur la mise en œuvre de l’accord électoral du 17 septembre 2020.  Elle a plaidé pour un processus électoral crédible et inclusif et souhaité que l’objectif de 30% de femmes élues soit atteint, nonobstant les circonstances difficiles. 

L’Irlande a ensuite souligné la nécessité de faire avancer la transition sécuritaire en Somalie et plaidé pour une remise par étapes des responsabilités sécuritaires essentielles de l’AMISOM aux autorités du pays.  Elle a souligné que l’approche collective face à la menace asymétrique des Chabab devra être adaptée en conséquence et comprendre des moyens non militaires, comme la lutte contre leur financement.  Le Conseil doit dessiner la voie et les jalons de cette transition sécuritaire, a conclu la mission.  « Nous avons tous le même objectif et c’est une Somalie plus sûre pour tous les Somaliens. »

La Chine a demandé aux acteurs politiques somaliens de faire des compromis afin de préserver les acquis du passé.  Les parties doivent également veiller à ce que toutes les solutions soient prises par et pour les Somaliens, a ajouté la délégation.  De plus, elle a invité la communauté internationale à soutenir le travail de l’AMISOM.  Il faut aider la Somalie dans le secteur du développement, a aussi plaidé la Chine, notant que les effets pervers des criquets pèlerins et de la COVID-19 doivent pousser la communauté internationale à renforcer son appui au pays.  Pour sa part, la Chine a fait valoir qu’elle a récemment envoyé des matériels nécessaires à la lutte contre la COVID-19, à la demande du Gouvernement, y compris des vaccins. 

La Fédération de Russie a appuyé les efforts que déploie le Gouvernement fédéral somalien pour poursuivre le dialogue avec les États fédérés, en vue d’organiser les prochaines élections.  « Les ultimatums, l’absence d’approche constructive ou les tensions intestines saperont tous ces efforts » a prévenu la délégation russe avant de regretter la flambée de violence du 19 février, et d’appeler les parties à privilégier les intérêts du pays aux intérêts partisans. La Fédération de Russie a exhorté tous les acteurs à faire preuve de la volonté politique nécessaire pour maintenir la stabilité. 

« Le processus électoral doit respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Somalie », a insisté la Fédération de Russie avant d’encourager le Représentant spécial à continuer de jouer son rôle « d’intermédiaire honnête » dans un contexte d’activité accrue des Chabab.  La délégation a exhorté la Somalie et les soldats de la paix à n’épargner aucun effort pour combattre les extrémistes.  Se félicitant des résultats obtenus par le Gouvernement fédéral dans le transfert des fonctions de sécurité de l’AMISOM, la Fédération de Russie a dit attendre avec impatience les prochaines décisions de l’Union africaine à cet égard.  La délégation russe a également jugé important de tenir compte des positions de Mogadiscio et des acteurs régionaux lors du renouvellement du mandat de l’AMISOM.  « Toute décision concernant les soldats de la paix de l’Union africaine devrait prendre en compte les intérêts de Mogadiscio et de l’armée nationale somalienne, ainsi que la construction d’une architecture de sécurité nationale », a insisté la Fédération russe qui a jugé inacceptable les tentatives d’accélérer le retrait de la force de l’AMISOM. 

La France a condamné les violences commises depuis le 18 février à Mogadiscio et a appelé toutes les parties à la retenue, car les violences portent en germe le risque des affrontements claniques et font le jeu des groupes terroristes. La France a pris note de l’accord technique intersomalien du 16 février sur l’organisation des élections en y voyant « un premier pas dans la bonne direction ».  Elle a exhorté le Gouvernement fédéral somalien et les États fédérés à conclure un accord politique afin que les élections puissent avoir lieu sans délai, dans l’ensemble des États membres de la fédération et dans le consensus.  Elle a plaidé pour l’inclusivité du processus électoral et notamment la pleine participation des femmes, comme électrices et candidates, avec le respect du quota de 30% au Parlement.  Les discussions intersomaliennes doivent permettre de renforcer l’état de droit et consolider la démocratie en Somalie, avec le soutien des Nations Unies et du Représentant spécial James Swan dont la France a salué le travail.  L’adoption de la révision constitutionnelle est cruciale pour construire la paix, a ajouté la France. 

La France a appelé à garantir un accès humanitaire sûr et sans entrave avant de condamner les attaques contre les personnels humanitaires et de santé, ainsi que les entraves à l’accès humanitaire.  Elle a plaidé pour que justice soit faite et pour que le droit international humanitaire et des droits de l’homme soit respecté.  Face à l’augmentation des violations à l’encontre des enfants, elle a exigé la pleine mise en œuvre des conclusions du groupe de travail sur les enfants dans les conflits armés adoptées en août dernier.  S’agissant du projet de loi sur la protection de l’enfance actuellement à l’étude, la France l’a jugé non conforme aux instruments juridiques internationaux et régionaux auxquels la Somalie est partie dont la Convention relative aux droits de l’enfant. 

La France a par ailleurs pris note du plan de transition sécuritaire remis à ce Conseil par la Somalie et rejoint les conclusions de l’évaluation indépendante réalisée par le général dos Santos Cruz et son équipe selon lesquelles l’AMISOM doit progressivement passer le relai aux Forces armées somaliennes.  Elle a souhaité qu’une décision soit prise cette année sur le rôle et le financement de l’AMISOM, avec une discussion constructive de toutes les parties, à commencer par l’Union africaine et son Conseil de paix et de sécurité, mais aussi la Somalie, les pays contributeurs de troupes et les soutiens financiers.  À ce titre, elle a rappelé l’engagement de l’Union européenne, qui a versé plus de 1,94 milliard d’euros depuis 2007 et a conclu que d’autres pays doivent soutenir financièrement cette mission, en particulier ceux qui ont des intérêts dans la région.  

Les États-Unis ont rappelé qu’au cours des derniers mois, le Conseil de sécurité n’a eu de cesse de mettre l’accent sur la nécessité pour les dirigeants somaliens de saisir l’occasion qui s’offre à eux pour faire progresser la paix et la sécurité pour le peuple somalien, ce qui est plus urgent que jamais aujourd’hui.  L’incertitude autour des élections a entravé le dialogue national sur les réformes politiques, économiques et sécuritaires essentielles, a regretté la délégation estimant que la violence politique dans les rues de Mogadiscio la semaine dernière en est la manifestation la plus récente.  Si cette crise n’est pas résolue rapidement, la Somalie risque de retomber davantage dans l’instabilité, ont mis en garde les États-Unis qui s’opposent fermement à l’utilisation de la violence par les parties.  Ils ont demandé au Président Farmajo et aux dirigeants des États fédérés de la Somalie d’agir rapidement pour sortir de l’impasse politique qui menace l’avenir de la Somalie et de trouver un accord pour permettre la tenue immédiate d’élections parlementaires et présidentielle.  À cet égard, les recommandations du comité technique du 16 février fournissent un cadre clair pour sortir de cette impasse, a estimé la délégation, encourageant les dirigeants politiques à les approuver et les mettre en œuvre sans tarder.  « Des processus électoraux partiels, parallèles ou alternatifs, y compris des arrangements de gouvernement intérimaire prolongés, ne feraient qu’augmenter les perspectives d’instabilité et constitueraient un revers majeur pour la Somalie. »  Les États-Unis ont rappelé que la transition politique pacifique dépend d’un engagement renouvelé entre le Gouvernement fédéral et les États membres de la Fédération à travailler ensemble. 

La délégation a insisté sur l’urgente lutte contre les Chabab et rappelé que l’AMISOM, dont le Conseil doit renouveler le mandat cette semaine, a été vitale pour accompagner les progrès de la Somalie au cours de la dernière décennie.  Pour garantir une stabilité durable, il faut des forces somaliennes capables d’assurer leur propre sécurité, a poursuivi la délégation américaine avant de saluer le plan de transition mis à jour pour la Somalie et d’inviter le Gouvernement fédéral à consacrer les ressources politiques et financières nécessaires à sa mise en œuvre.  Les États-Unis ont aussi appelé à faire davantage pour couper les ressources que ces groupes utilisent pour financer leurs attaques meurtrières.  Ils ont dit vouloir continuer à soutenir les efforts déployés par les autorités somaliennes pour étendre leur propre autorité et augmenter le financement de la lutte antiterroriste.  Les États-Unis ont dit avoir pour objectif de limiter les capacités de frappe des Chabab contre les civils et être déterminés à utiliser pleinement le régime de sanctions « 751 » pour cela, en association avec les autres États Membres.  À cette fin, ils ont indiqué s’être associés aujourd’hui avec le Gouvernement fédéral de la Somalie pour coinscrire trois dirigeants des Chabab -Abukar Ali Adan, Maalim Ayman et Mahad Karate- sur la liste de ce régime de sanctions.  Ces désignations montrent que la communauté internationale tiendra pour responsables ceux qui portent atteinte à la paix, à la sécurité et à la stabilité de la Somalie, a fait valoir la délégation américaine qui se féliciterait de coparrainage, ce qui serait une expression de l’unité du Conseil pour condamner les Chabab.  

Le Mexique a regretté qu’un accord n’ait pu être trouvé pour sortir de l’impasse politico-électorale lors de la récente réunion des dirigeants à Dhuusamarreeb et que la réunion prévue à Mogadiscio n’ait pas non plus eu lieu.  Il s’est cependant réjoui que d’autres contacts de haut niveau aient abouti à des résultats sur certaines questions controversées.  La délégation a appelé tous les acteurs politiques à poursuivre sur la voie du dialogue pour résoudre les différends en suspens.  Il est, selon elle, impératif d’éviter les actions violentes qui mettent en péril la stabilité du pays.  La menace permanente des Chabab, associée aux flux incontrôlés d’armes vers le territoire somalien, est une « combinaison mortelle », a-t-elle souligné, ajoutant que, sans un plan efficace pour contrôler le fléau de ces flux illimités, « nous ne verrons pas de fin à cette tragédie humanitaire ».  

Tout en se félicitant de la publication récente du plan de transition qui détaille la façon dont le Gouvernement somalien entend assumer progressivement ses responsabilités en matière de sécurité, le Mexique a déploré la persistance de la violence sexuelle et sexiste dans le pays.  Il a d’autre part réaffirmé l’importance de respecter le quota d’au moins 30% des sièges attribués aux femmes par les commissions électorales.  Pour la délégation, l'augmentation du nombre d’enlèvements, de meurtres et de mutilations de filles et de garçons, dont bon nombre sont attribués aux forces armées fédérales et fédérées, est une autre source de préoccupation.  Le Mexique a exhorté toutes les parties à mettre immédiatement fin à de tels agissements et à s’acquitter de leurs obligations, conformément au droit international. 

Évoquant ensuite la situation humanitaire, rendue plus complexe encore par la deuxième vague de COVID-19, l’infestation acridienne et les effets des inondations et des sécheresses, le Mexique a averti que, comme l’ont précisé la FAO et le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine, plus de 2,6 millions de personnes en Somalie sont en situation d’insécurité alimentaire extrême.  Il est donc urgent, selon lui, de prendre des mesures efficaces pour alléger les souffrances.  Enfin, en ce qui concerne le renouvellement du mandat de l’AMISOM, la délégation a estimé que, bien que l’Union africaine ait autorité sur son avenir et sa composition, le Conseil de sécurité a « la responsabilité particulière d’articuler efficacement l’interaction entre cette mission et la MANUSOM  ».  Elle a formé le vœu que le renouvellement du mandat de l’AMISOM permettra de réaliser ces « synergies », dont l’objectif principal est la sécurité et la stabilité de la Somalie. 

L’Estonie a dit sa vive préoccupation devant la détérioration sécuritaire de la situation en Somalie et appelé les parties à faire montre de retenue et de calme.  La violence nourrit les rancœurs grandissantes de la population et fait le jeu des terroristes, a mis en garde la mission.  Le récent regain de l’activité des Chabab nous montre que nous n’avons pas le droit à l’erreur et que nous devons empêcher que le processus politique ne déraille, a déclaré la mission.  L’Estonie a exhorté les dirigeants du pays à se rassembler et à mettre les intérêts de la population au-dessus de toute autre considération.  Elle a souhaité que les élections se tiennent sans tarder, soulignant que la tenue d’élections inclusives et pacifiques est cruciale pour la légitimité des institutions fédérales somaliennes. 

Notant le niveau très préoccupant de violences sexuelles liées au conflit, la mission a insisté pour que les responsables soient jugés.  L’Estonie a fermement appuyé les efforts menés en vue de tenir des élections sur le principe « une personne-un vote » en 2024/2025 et souhaité l’institutionnalisation de consultations régulières entre le Gouvernement fédéral somalien et les États fédérés.  Enfin, l’Estonie a salué les récents progrès déployés en vue d’une transition sécuritaire en Somalie.  Cet élan doit être préservé pour que la Somalie puisse assumer toutes les responsabilités sécuritaires d’ici à la fin 2023, a conclu la mission. 

L’Inde a relevé que la Somalie se trouve dans une impasse politique en pointant du doigt les menaces qui pèsent sur l’organisation des élections.  Il a souhaité que les dirigeants somaliens dialoguent de manière constructive pour trouver une solution au report du scrutin, notant que les États fédérés ont soumis leurs solutions au Conseil consultatif national.  L’Inde, qui s’attend à une décision rapide sur la tenue de ces élections, a exhorté les Somaliens à éviter la violence par le dialogue et la réconciliation.  Le report des élections ne profitera qu’aux Chabab et autres groupes armés, a prédit la délégation qui s’est aussi préoccupée de l’utilisation fréquente d’engins explosifs improvisés par les Chabab.  À cet égard, elle a sollicité des renforts supplémentaires pour améliorer les capacités des forces de sécurité somaliennes. 

Concernant l’AMISOM, qui reste selon l’Inde le point focal des efforts internationaux pour la stabilisation de la situation sécuritaire en Somalie, le transfert de ses responsabilités sécuritaires aux forces et institutions sécuritaires somaliennes devrait se faire de manière graduée en tenant compte de la réalité sur le terrain.  La prorogation du mandat de la Mission ne devrait pas être limitée uniquement par les contraintes budgétaires actuelles, a prévenu l’Inde.  Enfin, préoccupée par la détérioration de la situation humanitaire, la délégation a dénoncé la persistance de la piraterie aux larges des côtes somaliennes.  L’Inde combat la piraterie depuis octobre 2008 en coordination avec les partenaires internationaux, a-t-elle fait valoir. 

Le Viet Nam a regretté que l’Accord du 17 septembre 2020 sur un processus électoral national en Somalie, une « réalisation remarquable », ne soit pas encore pleinement mis en œuvre.  Ce n’est que par un dialogue continu, dans un esprit d’unité et de coopération, que les Somaliens peuvent relever les défis politiques, sécuritaires et humanitaires, a estimé la délégation qui, par conséquent, a continué d’appeler les parties concernées à redoubler d’efforts pour honorer leurs engagements.  S’agissant de l’unité nationale, le Viet Nam s’est dit profondément préoccupé par les tirs intenses et les affrontements de vendredi dernier à Mogadiscio.  Les Somaliens aspirent à la paix, à la stabilité et au développement dans leur pays, a-t-il rappelé, et il est temps d’écouter leurs aspirations légitimes.  Par conséquent la délégation a exhorté les parties concernées à s’abstenir de tout acte qui pourrait plonger la Somalie dans le chaos et mettre en péril la paix et la sécurité du pays ainsi que l’unité et la réconciliation nationales. 

Pour ce qui est du processus électoral, le Viet Nam a regretté que les récents pourparlers entre le Gouvernement fédéral somalien et les États membres de la fédération n’aient pas abouti à un consensus sur les questions en suspens.  À cet égard, il les a invités à mettre de côté leurs différences et à redoubler d’efforts pour engager un dialogue inclusif afin de parvenir à un consensus politique sur la mise en œuvre du modèle électoral du 17 septembre, en particulier sur les modalités et le calendrier des élections.  Le Viet Nam a également appelé les Nations Unies et la communauté internationale à accroître l’assistance financière et technique au Gouvernement somalien pour qu’il soit en mesure d’atteindre cet objectif.  Avant de conclure, la délégation s’est félicitée de la transition de la responsabilité en matière de sécurité vers les forces somaliennes.  Elle a soutenu les opérations menées contre les Chabab par les forces de sécurité somaliennes, l’AMISOM et les partenaires internationaux.  Elle a appelé ces derniers à maintenir leur soutien aux forces de sécurité somaliennes par la formation, la fourniture d’équipements et le renforcement des capacités. 

La Norvège a recommandé une participation plus forte des femmes dans tous les aspects de la vie sociale et conseillé au Gouvernement somalien, à l’AMISOM et aux Nations Unies de soutenir en priorité l’inclusion et l’autonomisation des femmes somaliennes.  Jugeant positif le quota de 30% de femmes au Parlement fédéral prévu par la loi électorale de février 2020 et l’accord de septembre 2020 sur la tenue d’élections indirectes, la Norvège a noté qu’il faut une réelle volonté politique pour garantir la mise en œuvre d’un tel quota.  La délégation a ensuite souligné l’importance d’une coopération et d’un partenariat étroits entre l’UA et l’ONU, afin de faciliter un soutien international cohérent et coordonné à la mise en œuvre du plan de transition somalien.  Étant donné qu’il est également essentiel de s’attaquer aux causes profondes du conflit, la Norvège a souligné l’importance particulière du processus de réconciliation nationale qui bénéficierait, selon elle, d’un partenariat plus étroit entre tous les secteurs de la société. 

La Norvège a dit appuyer les efforts de la Somalie pour faire en sorte que les révisions de la Constitution fédérale provisoire et d’autres lois soient conformes aux obligations internationales de la Somalie en matière de droits de l’homme.  Néanmoins, la délégation s’est dit profondément préoccupée par les soi-disant « six violations graves contre les enfants » et par les nombreux cas de violence sexuelle et sexiste.  Elle a exhorté le Gouvernement fédéral à veiller à ce que tout projet de loi visant à combler les lacunes actuelles du cadre juridique sur la violence sexuelle soit conforme aux obligations régionales et internationales, et elle a appelé à la réintroduction immédiate du projet de loi de 2018 sur les infractions sexuelles.  La Norvège a également appelé le Gouvernement à promulguer la version largement consultée du projet de loi sur les droits de l’enfant, à ratifier le Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés et la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant.  Enfin, pour faire face aux crises humanitaires récurrentes en Somalie, la Norvège a suggéré de renforcer le partenariat avec le Gouvernement somalien pour faire face aux crises et aux risques sécuritaires liés au climat, et de faire progresser le lien entre développement humanitaire et paix. 

Le Royaume-Uni a condamné les attentats meurtriers perpétrés par les Chabab à Mogadiscio ces dernières semaines, se disant solidaire de la Somalie dans sa lutte contre le terrorisme.  Notant que ces incidents semblent se multiplier à mesure que la perspective d’élections nationales se précise, il a dit craindre un niveau d’activité accru après les élections afin de perturber le gouvernement nouvellement formé.  La délégation s’est toutefois félicitée de l’accord sur la mise en œuvre du processus électoral, conformément à l’Accord du 17 septembre, y voyant «  a seule base légitime des élections ».  Dans ce contexte, a-t-elle fait valoir, il importe que toutes les parties fassent preuve de retenue et maintiennent le dialogue.  Pour le Royaume-Uni, il est impératif que les dirigeants somaliens parviennent à un consensus sur la mise en œuvre du processus électoral et que des élections nationales inclusives puissent avoir lieu dès que possible.  Tout autre résultat « ne bénéficiera pas de l’appui de la communauté internationale et risque d’entraîner une plus grande instabilité », a averti la délégation. 

S’agissant de la situation humanitaire, le Royaume-Uni a rappelé que l’ONU a lancé un appel de 1 milliard de dollars en 2021 pour répondre aux besoins des quatre millions de Somaliens qui ont le plus besoin d’assistance.  Il s’est dit profondément préoccupé par le grand nombre de Somaliens qui souffrent d’insécurité alimentaire aiguë, qui devrait augmenter de 60% à 2,7 millions d’ici à juin.  Selon la délégation, le soutien de la communauté internationale est essentiel pour soutenir la stabilité à long terme de la Somalie et le renouvellement du mandat de l’AMISOM fait partie de ce processus.  Nos partenaires de l’Union africaine et les pays contributeurs de troupes de l’AMISOM ont fait d’énormes sacrifices pour soutenir la Somalie alors qu’elle s’efforce de reprendre le contrôle de sa propre sécurité, a-t-elle observé, disant attendre avec intérêt un « dialogue constructif » entre les membres du Conseil de sécurité en vue de convenir d’un mandat qui ouvre la voie à un « plus grand leadership somalien en matière de sécurité ». 

M. BALAL CUSMAN, Ministre d’État des affaires étrangères et de la coopération internationale de la Somalie, a évoqué les progrès accomplis par la Somalie qui, grâce à ses partenaires, s’avance vers un avenir meilleur.  « Gardons à l’esprit le contexte électoral », a-t-il dit en soulignant que le Gouvernement fédéral n’a épargné aucun effort pour la tenue des élections, afin de permettre aux citoyens de choisir leurs dirigeants pour la première fois depuis 50 ans.  Il a rappelé que les représentants des deux dirigeants des États fédérés du Puntland et du Djoubaland ont agréé l’Accord du 17 septembre 2020 et que le Gouvernement fédéral a fait de nombreuses concessions.  Malheureusement, au lieu de satisfaire à l’impératif moral qui s’attache à la mise en œuvre de cet accord, les partenaires internationaux ont fait pression sur le Gouvernement fédéral pour qu’il fasse encore plus de concessions, a-t-il affirmé. 

Le Ministre a accusé ces deux dirigeants de prendre en otage la population somalienne qui a soif de stabilité et de vouloir une transition non démocratique. Ces deux dirigeants ont donné leur appui tacite à des manifestations de candidats potentiels, que le Gouvernement a acceptées pourvu qu’elles restent pacifiques et respectent les mesures sanitaires.  Or, a déploré le Ministre, les candidats précités ont fait appel à des miliciens et le chef d’une des milices a publiquement déclaré qu’il n’y a pas de Gouvernement légitime en Somalie, « ce qui est faux » a tenu à préciser M. Cusman.  Il a indiqué que le seul objectif de l’opposition est de semer le désordre, ajoutant que celle-ci reçoit un appui extérieur.  

Le Ministre a ainsi dénoncé un « axe étranger de déstabilisation » qui appuie l’opposition mais qui, selon lui, ne changera pas le destin du pays.  « Le Gouvernement fédéral est convaincu des ingérences étrangères de la part de ceux qui prétendent aider à sa stabilisation », a insisté le Ministre en affirmant que ces forces offrent des récompenses pour faire traîner en longueur le processus électoral, semer la discorde et changer à terme la classe dirigeante du pays. Aucune insurrection ne saura tolérée, a-t-il mis en garde, tout en assurant que les libertés publiques seront respectées.  Pour lui, « il ne fait aucun doute que les élections se tiendront » dès que les deux dirigeants précités auront repris à leur compte l’accord du 17 septembre.  Le Président de la Somalie leur a lancé une invitation à cette fin.  Enfin, M. Cusman a déclaré que la lutte contre les Chabab demeure la « priorité absolue » de son gouvernement. 

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