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SC/14493
14 avril 2021

Conseil de sécurité: Denis Mukwege, prix Nobel de la paix, exhorte à tracer une ligne rouge et à sanctionner les auteurs de violences sexuelles

Lors d’une réunion du Conseil de sécurité en visioconférence consacrée, ce matin, à l’examen du rapport annuel 2020 du Secrétaire général sur les violences sexuelles liées aux conflits, le médecin congolais Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018, a exhorté le Conseil et les États à « tracer une ligne rouge » contre l’utilisation du viol et des violences sexuelles comme arme de guerre.  

Déçu qu’aucune personne ou entité ayant perpétré des actes de violences sexuelles n’ait été visée par des sanctions du Conseil de sécurité pendant les 10 premières années du mandat de Représentant spécial pour les violences sexuelles liées aux conflits, le docteur Mukwege a appelé à frapper plus fort en recommandant l’établissement de listes noires, de sanctions -économiques, financières et politiques- et de poursuites judiciaires contre les auteurs et instigateurs de ces crimes odieux. 

Abondant dans le sens du « docteur miracle » de l’hôpital de Panzi, les trois autres invitées à cette séance, dont une femme sourde parlant en langue des sigunes, ont mis l’accent sur l’importance de la lutte contre l’impunité dans ce domaine.  Une impunité qui est due, selon Mme Beatrix Attinger Colijn, conseillère principale pour la protection des femmes à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), à plusieurs facteurs: l’indifférence ou la stigmatisation par les familles et les communautés, la peur des représailles, l’insécurité et la faim, l’absence de chaîne judiciaire fonctionnelle, et souvent l’éloignement des zones rurales.  

Plus de 20 ans après l’adoption, le 31 octobre 2000, de l’« historique » résolution 1325 (2000) sur « les femmes, la paix et la sécurité », Mme Pramila Patten, Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, a jugé nécessaire de s’interroger sur la portée des résolutions du Conseil de sécurité pour « empêcher que les batailles continuent de se livrer sur le corps des femmes » dans tous les conflits du monde.  « L’écart entre ce que prescrivent les résolutions et la réalité sur le terrain peut être mesuré à chaque page du rapport du Secrétaire général, qui porte sur la situation dans 18 pays. » 

Dans son rapport, le Secrétaire général demande au Conseil d’exiger que toutes les parties à un conflit armé mettent immédiatement et totalement fin à tous actes de violence sexuelle.  Il lui recommande aussi de continuer d’inclure la violence sexuelle comme critère de désignation autonome pour les sanctions.  Un appel repris par plusieurs membres du Conseil qui, comme l’Irlande, se sont inquiétés de l’absence de mesures correctives.  Les membres du Conseil ont noté par exemple que 70% des parties énumérées dans le rapport du Secrétaire général, comme « soupçonnées sérieusement de se livrer systématiquement à des actes de viol ou d’autres formes de violence sexuelle », y figurent depuis cinq ans ou plus. 

Il faut également s’assurer que les conseillers pour la protection des femmes participent aux missions de maintien de la paix des Nations Unies au cas par cas, conformément à la résolution 1888 (2009), ont plaidé Saint-Vincent-et-les Grenadines, le Viet Nam, l’Estonie, le Kenya et le Niger.  Cette dernière délégation a attiré l’attention sur la vulnérabilité accrue des femmes et filles qui subissent les effets croisés des conflits, des déplacements forcés et des changements climatiques.  Elle a jugé à cet égard nécessaire de revoir la politique de débarquement en terre libyenne des migrants et réfugiés interceptés en mer.  Le Niger a aussi rappelé que, dans la région du bassin du lac Tchad, des groupes terroristes, tels que Boko Haram, procèdent à des enlèvements de filles et de femmes pour ensuite les intégrer de force dans les rangs des prisonniers de guerre et les utiliser comme esclaves sexuelles ou bombes humaines. 

S’exprimant en langue des signes au nom du Groupe de travail des ONG sur les femmes et la paix et la sécurité, Mme Caroline Atim, Directrice du Réseau des femmes handicapées du Soudan du Sud (SSWD), a invité le Conseil de sécurité à adopter une approche holistique centrée sur les survivants et tenant compte des handicapées, avant d’exhorter les gouvernements à respecter leurs obligations de fournir des services de santé sexuelle et reproductive en cas de violence sexuelle. 

Après s’être demandée pourquoi les nombreuses recommandations du système des Nations Unies ont du mal à être mises en œuvre, la Fédération de Russie a indiqué que « seules des sociétés résilientes dotées de structures de gouvernance solides seront en mesure de vaincre l’atrocité des crimes sexuels commis dans les conflits ». 

Dans le cadre de l’examen du rapport du Secrétaire général contenant 21 recommandations stratégiques, dont 9 adressées au Conseil de sécurité et 12 aux États Membres, pour mettre fin aux violences sexuelles liées aux conflits, les membres du Conseil ont noté l’effet disproportionné de la pandémie de COVID-19 sur les femmes et les filles.  

S’agissant de la mise en œuvre, le Royaume-Uni a indiqué avoir lancé, l’an dernier, deux outils importants pour soutenir les survivants de cette violence, dont un code de conduite destiné à ceux qui collectent des preuves, pour respecter les droits des survivants et veiller à ce que les enquêtes soient plus sûres, plus éthiques et plus efficaces.  Il s’est dit fier également d’être le seul pays à disposer d’un représentant spécial du Premier Ministre pour la prévention de la violence sexuelle dans les conflits. 

S’inquiétant de la politisation des enjeux, qui a pour conséquence de perdre de vue les intérêts des femmes et des filles, la France a annoncé que la protection de leurs droits sera l’objet du Forum génération égalité, lancé à Mexico et qui culminera à Paris du 30 juin au 2 juillet prochains. 

Mme PRAMILA PATTEN, Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, a jugé nécessaire de s’interroger sur la portée des résolutions adoptées par le Conseil de sécurité pour empêcher que les batailles continuent de se livrer sur le corps des femmes dans tous les conflits du monde.  Elle a noté que l’écart entre les résolutions et la réalité de terrain peut être mesuré à chacune des pages du rapport du Secrétaire général portant sur la situation dans 18 pays en 2020.  Mme Patten s’est tout particulièrement inquiétée de l’ampleur du phénomène avec des cas sous signalés en raison de la peur de représailles mais aussi à cause du confinement lié à la pandémie de COVID-19.  Elle a dit la nécessité d’adopter des mesures proactives pour créer un environnement permettant de protéger les victimes.  « Si le silence a été brisé, beaucoup de victimes ont aussi été brisées par le silence », a dit Mme Patten avant de citer aussi le cas de femmes violées par des soldats pourtant venus défendre leur village. 

Mme Patten a regretté que la protection des femmes soit entravée par un climat général défavorable aux droits des femmes.  « Le rapport demande que les voix des rescapées soient entendues et prises en compte dans les plans de relève », a-t-elle rappelé avant de noter que les restrictions des déplacements ont rendu plus difficile d’atteindre les victimes.  Mme Patten a aussi mis l’accent sur les structures de violences sexuelles qui se jouent des frontières.  Elle s’est aussi inquiétée de l’intensification des conflits locaux qui continuent de perpétuer les violences sexuelles en République centrafricaine.  La lutte contre ces violences en période de conflit est avant tout une lutte contre l’impunité, a-t-elle fait remarquer avant de fustiger la persistance des mariages forcés et violences sexuelles en Somalie et Soudan du Sud.  En outre, elle a noté que le manque de soins dans des zones isolées du fait de l’absence de l’État a été accentué durant la pandémie.  Elle a appelé à répondre aux besoins des sociétés à risque.  Il faut aussi anticiper en décelant les facteurs qui exacerbent la violence sexuelle, comme les enlèvements, les détentions et arrestations arbitraires. 

« La pandémie de COVID-19 exige un changement de modèle pour faire taire les armes et faire entendre la voix des femmes », a plaidé Mme Patten en appelant à faire en sorte que les voix des femmes et des rescapés soient entendues au plus haut niveau du pouvoir.  Elle a recommandé d’adopter un modèle permettant d’accroître la résilience face aux chocs économiques et sociaux.  Les femmes du monde entier attendent du Conseil de sécurité qu’il réalise ce programme de transformation « femmes, paix et sécurité ».  « Aucun dirigeant politique et militaire ne doit être au-dessus de la loi » ,a martelé Mme Patten avant de conclure que la prévention est le meilleur outil pour lutter contre la violence sexuelle.   

Le docteur DENIS MUKWEGE, prix Nobel de la paix 2018, a déclaré que les avancées du droit international ne doivent pas occulter le fait que le fléau de la violence sexuelle, « véritable pandémie », se perpétue dans tous les contextes de conflit.  Il a également constaté que les réponses restent sous-financées et que le climat d'impunité pour les crimes à caractère sexuel reste plus souvent la règle que l’exception. 

« Nous sommes encore loin de l’établissement d’une ligne rouge contre l’utilisation du viol et des violences sexuelles comme stratégie de guerre, de domination et de terreur! » s’est-il exclamé notant que l’écrasante majorité des victimes ne reçoivent toujours pas l’assistance et le soutien dont elles ont besoin, ni n’obtiennent justice et réparations pour les atrocités qu’elles ont subies. 

Le Secrétaire général, a-t-il poursuivi, a fait le constat amer que pendant les 10 premières années d’existence du mandat de Représentant spécial pour les violences sexuelles liées aux conflits, aucune personne ou entité ayant perpétré des actes de violences sexuelles n’a été visée par des sanctions décidées par le Conseil de sécurité précisément pour ce motif.  Le docteur Mukwege a toutefois salué les sanctions imposées en août 2020 par le Conseil au chef du groupe armé 3R (Retour, réclamation et réhabilitation) en République centrafricaine qui avait planifié, ordonné ou commis des actes de violence sexuelle, y compris des viols.  Il a plaidé pour que ce précédent important ne reste pas un cas isolé, soulignant que les efforts de responsabilisation et de justice sont les meilleurs outils de prévention.

Le lauréat du prix Nobel de la paix a appelé la communauté internationale et les États à tracer une ligne rouge contre l’utilisation du viol et des violences sexuelles comme arme de guerre.  Une ligne rouge, a-t-il précisé, « qui serait synonyme de listes noires, de sanctions -économiques, financières et politiques- et de poursuites judiciaires contre les auteurs et les instigateurs de ces crimes odieux ».

Poursuivant, le médecin congolais a parlé du modèle de « One Stop Center », centré sur les survivantes, qui est appliqué à l’Hôpital de Panzi, en République démocratique du Congo (RDC), tout en insistant sur la nécessité de renforcer les efforts de lutte contre l'impunité.  Les victimes ont non seulement droit à des soins holistiques de qualité mais aussi à la justice, à la vérité et à des réparations, a-t-il réclamé. 

Le docteur Mukwege a attiré l’attention sur diverses résolutions du Conseil de sécurité qui ont mis en lumière l’impact de l’impunité dont jouissent les responsables présumés des crimes les plus graves, notamment à caractère sexuel: cette impunité reste l’un des principaux obstacles à l’instauration de la paix et de la stabilité en RDC; elle explique, en grande partie, la perpétuation des atrocités de masse jusqu’à ce jour dans les provinces en conflit de l’est du pays, notamment en Ituri et dans les Kivu. 

Il a notamment décrié le fait que plus de 10 ans après la publication du rapport Mapping sur les violations les plus graves des droits de l’homme et du droit humanitaire commises en RDC entre 1993 et 2003, aucune de ses recommandations visant à la mise en place de tous les outils de la justice transitionnelle n’a été mise en œuvre.

Le docteur Mukwege a conclu son intervention en insistant sur le caractère primordial de la lutte contre l’impunité et du recours à tous les mécanismes de justice transitionnelle, des objectifs qui doivent figurer selon lui au cœur de la stratégie de retrait graduel et progressif de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO).  Il a recommandé de donner la priorité à une réforme approfondie du secteur de la sécurité ainsi qu’aux poursuites judiciaires par la mise en place de mécanismes internationaux ou internationalisés de poursuites et de jugements des crimes les plus graves.  « Cet impératif de justice représente un prérequis indispensable pour briser le cycle des violences et de l’instabilité, et une condition sine qua non pour avancer sur le chemin d’un développement et d’une paix durables. »f

Mme CAROLINE ATIM, Directrice de la « South Sudan Women with Disabilities Network (SSWD) », a prononcé son discours en langue de signe, s’exprimant au nom du Groupe de travail des ONG sur les femmes et la paix et la sécurité.  Elle a expliqué que son organisation travaille directement avec les femmes handicapées, y compris les survivantes de violences sexistes.  Elle a également dit s’exprimer au nom de ces survivantes, ainsi que des femmes et des filles handicapées, étant elle-même sourde.   

Mme Atim a fait savoir que, malgré l’Accord de paix, le Soudan du Sud reste en proie à des conflits intercommunautaires, ethniques, politiques et armés, où la violence sexiste est délibérément utilisée comme outil d’humiliation contre les femmes et les filles.  Plus de 65% des femmes sud-soudanaises ont été victimes de violences sexuelles ou physiques, soit le double de la moyenne mondiale et l’un des taux les plus élevés au monde.  Les femmes et les filles handicapées sont encore plus exposées à la violence sexuelle pendant les conflits, a-t-elle ajouté.  Elle a dénoncé une « combinaison mortelle » d’impunité pour les auteurs et d’inégalités et discriminations profondément enracinées, qui fait que la violence sexiste, y compris la violence sexuelle à l’égard des femmes et des filles, n’est pas prise au sérieux comme crime.  Et son impact dévastateur n’est pas traité.   

Même avant le conflit actuel, a-t-elle relevé, le viol dans le mariage était considéré comme acceptable, et plus de 50% des filles étaient mariées avant l’âge de 18 ans.  Les taux de mariages d’enfants, de mariages précoces et forcés n’ont fait qu’augmenter depuis le début du conflit et ont été encore aggravés par la pandémie de COVID-19, a—t-elle témoigné.  De même, les survivantes sont souvent forcées d’épouser leurs violeurs, et les filles sont parfois violées pour compenser les crimes de leurs proches.  Des femmes sont même forcées d’avoir des enfants pour remplacer des parents décédés, a—t-elle dénoncé, ajoutant que ces pratiques inhumaines et injustes doivent cesser. 

À l’échelle mondiale, a poursuivi Mme Atim, les femmes et les filles handicapées ont 2 à 3 fois plus de risque d’être victimes de violence sexiste, d’abus et d’exploitation, en particulier pendant les conflits, car elles sont de plus en plus isolées, elles perdent l’accès aux réseaux de soutien et peuvent avoir une mobilité limitée ou sont tout simplement laissées pour compte.  Elle a partagé une « histoire déchirante illustrant le sort des femmes et des filles handicapées ».  En 2014, pendant le conflit à Bor, une jeune fille sourde de 14 ans a été violée à plusieurs reprises après avoir été abandonnée par des membres de sa famille qui ont fui les combats.  Elle n’a pas été en mesure de communiquer son traumatisme à qui que ce soit ou de rechercher les services de santé et autres services nécessaires immédiatement après.  Lorsque Mme Atim l’a rencontrée et a communiqué avec elle en langue des signes, elle a pu comprendre ce qui lui était arrivé et l’a aidée à accéder à des soins immédiats.  Cela a permis malheureusement de découvrir qu’elle était séropositive.  Si elle avait eu accès à un interprète et à des soins médicaux à temps, elle aurait été aidée plus tôt.  Et comme ces services ne lui étaient pas disponibles, elle a dû souffrir en silence. 

Selon Mme Atim, cette histoire illustre certaines des façons dont la souffrance des femmes et des filles handicapées est aggravée par la discrimination dont elles sont déjà confrontées dans la société.  Ce sont des proies faciles pour les violeurs qui savent qu’ils peuvent agir en toute impunité car les femmes handicapées, encore plus que d’autres, peuvent ne pas être crues si elles dénoncent ces violences.  Elles ont souvent du mal à accéder à des établissements de santé, à des abris sûrs ou même à des informations sanitaires et juridiques de base.  La pandémie de COVID-19 a fait empirer ces conditions en raison des confinements et de l’interruption des services qui ont maintenu les femmes handicapées isolées chez elles, a-t-elle déploré.  Elle a donc regretté le fait que les réponses à la violence sexiste négligent souvent les besoins spécifiques des femmes et des filles handicapées, et que les données collectées sur « nos expériences » soient très limitées, y compris à l’ONU.  Il y a un manque de compréhension de nos droits, combiné avec des stéréotypes selon lesquels nous ne pouvons pas faire de choix par nous-mêmes et que nos perspectives n’ont pas d’importance, a déclaré la Directrice de « South Sudan Women with Disabilities Network (SSWD ».

Mme Atim a aussi expliqué que lorsque ces femmes ont des enfants à la suite d’un viol, elles sont souvent ostracisées par les communautés et abandonnées, ce qui les laisse avec peu de ressources et les expose à des traumatismes physiques et psychologiques de longue durée.  Selon elle, la seule façon de faire face à la tragédie de ces femmes et filles et de leurs enfants est de lutter contre les inégalités et de protéger leurs droits fondamentaux dans les zones de conflit.  Elles doivent, par exemple, avoir accès à des services complets et non discriminatoires, y compris un soutien psychosocial, des services de santé sexuelle et reproductive, des soins de santé mentale, des services juridiques et une formation pour développer des compétences et gagner des moyens de subsistance, a—t-elle énuméré.  « Voilà à quoi ressemble une approche solide centrée sur les survivants, et c’est la norme à laquelle le Conseil de sécurité s’est engagé dans la résolution 2467 2019). » 

Autre terrain d’action, selon Mme Atim, la vente illicite d’armes doit cesser pour garantir la sécurité des femmes.  Les responsables de crimes doivent être tenus pour responsables devant le tribunal hybride pour le Soudan du Sud qui devrait être créé et pleinement fonctionnel, conformément au chapitre 5 de l’Accord revitalisé sur la résolution du conflit au Soudan du Sud.  Toutes les parties doivent donner la priorité à la participation et au leadership pleins, égaux et significatifs des femmes dans toute leur diversité, y compris des personnes handicapées, dans tous les aspects du processus de paix actuel.  Et les parties doivent veiller à ce que le quota de 35% de femmes prévu dans l’Accord de paix soit respecté, a réclamé Mme Atim avant d’appeler le Soudan du Sud à respecter ses obligations en matière de droits humains en vertu de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et de toutes les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, y compris la résolution 2475 (2019) sur la protection des personnes handicapées dans les conflits armés, ainsi que toutes les résolutions sur les femmes et la paix et la sécurité.  « Pour le bien de notre humanité, de notre dignité et de notre avenir, nous devons mettre fin à la guerre et à la violence au Soudan du Sud. »  

Mme Atim a invité le Conseil de sécurité à adopter une approche holistique centrée sur les survivants et tenant compte des handicapées, tout en exhortant les gouvernements à respecter leurs obligations de fournir des services de santé sexuelle et reproductive en cas de violence sexuelle.  En outre, la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS), partout où elle est déployée, doit s’acquitter de son mandat de protection pour prévenir et répondre à la violence sexiste et aider à renforcer les capacités du système judiciaire à poursuivre les auteurs de violence sexiste et de violations des droits humains.  Mme Atim a, enfin, appelé les donateurs à fournir des ressources adéquates aux organisations de la société civile dirigées par des femmes et des filles, en particulier celles qui ont une expertise dans les droits des personnes handicapées, afin qu’elles puissent assumer des rôles de leadership tout au long du continuum humanitaire-développement-paix.

Mme BEATRIX ATTINGER COLIJN, Conseillère principale pour la protection des femmes au sein de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), a noté que les associations de femmes de Bambari continuent de soutenir les survivantes de violences sexuelles, alors que leurs bureaux sont temporairement inutilisables.  En effet, avant que les groupes armés n’envahissent Bambari en décembre 2020, les équipements ont été stockés dans un endroit sûr, à titre préventif.  En tant que Conseillère principale pour la protection des femmes, elle a souligné son rôle de conseil et de soutien auprès des composantes civile, policière et militaire de la MINUSCA, dans la mise en œuvre du mandat de celle-ci en matière de prévention et de réponse aux violences sexuelles liées aux conflits.  Les deux difficultés principales dans ce domaine sont les obstacles sociaux qui empêchent les survivants de signaler les violations et la difficulté pour les victimes d’accéder à la justice.

Notant que l’une des formes de violence les plus courantes subies par les adolescents est la violence sexuelle, qui a continué à affecter ces derniers pendant la récente crise armée à Boali et Damara, à moins de 100 km au nord de Bangui, Mme Colijn a particulièrement dénoncé l’indifférence de la communauté qui semble alimenter l’impunité dont jouissent les auteurs.  La question est exacerbée par l’insécurité et la faim, a-t-elle ajouté.  Dans des zones plus rurales, d’autres obstacles empêchent les survivants de violences sexuelles de demander justice, comme la stigmatisation, le rejet par la famille et la communauté ainsi que les représailles des auteurs.  Elle a en outre cité l’absence de chaîne judiciaire fonctionnelle avec des tribunaux et des procureurs absents.  De même, dans de grandes parties du pays, l’accès aux établissements de santé est difficile, voire impossible, en raison de la faiblesse des infrastructures et du manque de moyens de transport.

Alors que la MINUSCA s’emploie à renforcer le système judiciaire pour le long terme, elle a appelé à mettre l’accent sur les recours immédiats pour les survivants, notamment pour qu’ils retrouvent leur dignité.  Citant une ONG partenaire, la conseillère principale pour la protection des femmes de la MINUSCA a souligné la nécessité de montrer aux victimes de violences sexuelles qu’elles ne sont pas seules.  

Les États-Unis ont déclaré que la violence sexuelle liée au conflit est à la fois une question sécuritaire et de droits humains.  La délégation a appelé le Conseil de sécurité à être à l’écoute des victimes, notamment dans la région du Tigré où, a-t-elle estimé, il faut veiller à l’établissement de mécanisme de protection des victimes et à ce que les auteurs de ces crimes rendent des comptes. Elle s’est aussi inquiétée de la vulnérabilité des femmes et des filles au Myanmar où les forces armées, déjà accusées d’avoir commis des actes de violence sexuelle dans le passé, sont au pouvoir. 

Pour combattre ce fléau, la délégation a appelé à accorder des postes de responsabilité aux femmes et leur permettre de participer au processus de paix, de négociations et à la vie politique dans le but de prévenir la violence sexuelle. Lorsque celle-ci est utilisée comme arme de guerre, l’accent doit être placé sur l’aide à apporter aux victimes, notamment en matière de santé sexuelle et génésique et aide psychosociale, a-t-elle indiqué, pour ensuite faire part de l’engagement du Président Biden en la matière.  La délégation a aussi insisté sur l’importance d’identifier les rescapées afin de leur fournir un soutien.  La violence sexuelle contre les hommes et les garçons est également sous signalée et sous identifiée, a-t-elle fait remarquer, citant notamment le cas de l’Afghanistan.  Elle a conclu en exhortant à sortir de l’ombre la violence fondée sur le genre et à tenir compte de l’urgence de la situation.

La Chine a dit s’opposer fermement à l’utilisation de la violence sexuelle comme arme de guerre.  Elle a appelé la communauté internationale à adopter les programmes adéquats pour y faire face, y compris en mettant en œuvre le programme pour les femmes et la paix et la sécurité du Conseil de sécurité.  Tant que les guerres se perpétuent, il y aura toujours le risque que le viol soit utilisé comme arme de guerre, a prévenu la délégation.  Elle a donc demandé au Conseil de promouvoir des solutions politiques aux conflits, invitant les parties en conflits à travers le monde à donner suite à l’appel au cessez-le-feu lancé par le Secrétaire général de l’ONU.   

Relevant que la violence sexuelle se produit dans des contextes d’inégalités des sexes, elle a invité la communauté internationale à traiter ce problème de manière intégrée, notamment en s’assurant que les femmes aient davantage accès aux positions de prise de décision.  Si les pays concernés ont la première responsabilité de lutter contre ce fléau, la Chine a demandé à la communauté internationale de les aider, notamment dans le cadre du renforcement des institutions judiciaires.

Le Royaume-Uni s’est dit particulièrement préoccupé par les informations faisant état de viols et de violences sexuelles au Tigré avant d’exhorter l’Éthiopie à travailler avec le Bureau du Représentant spécial sur la violence sexuelle dans les conflits pour résoudre ce problème.  Le Royaume-Uni a salué l’exposé de Mme Caroline Atim sur l’impact disproportionné de la violence sexiste sur les femmes et les filles au Soudan du Sud, avant d’exhorter ce pays à collaborer avec l’ONU pour rendre justice.  La délégation a rappelé que le Royaume-Uni est le seul pays à disposer d’un représentant spécial du Premier Ministre pour la prévention de la violence sexuelle dans les conflits, d’une équipe politique et d’un financement dédié.  « Depuis 2012, nous avons engagé plus de 48 millions de livres sterling pour soutenir les survivants, lutter contre la stigmatisation et réduire l’impunité, en soutenant des projets dans 29 pays. »  Le Royaume-Uni a souligné l’importance d’une approche centrée sur les survivants et fondée sur les droits de l’homme qui donne la priorité aux droits et aux besoins des survivants.  Il a plaidé pour une démarche incluant le droit à des services de santé sexuelle et reproductive accessibles et l’accès à la justice, et tenant compte les besoins spécifiques des victimes et des survivants vivant avec un handicap, des personnes LGBTI et d’autres groupes à risque.

Le Royaume-Uni a dit avoir engagé 1,3 million de livres sterling en faveur du Fonds mondial pour les survivants, géré par le docteur Mukwege, qui œuvre pour garantir aux survivants de violences sexuelles liées aux conflits l’accès à des réparations dans les pays en conflit et sortant d’un conflit.  En outre, le Royaume-Uni a lancé l’an dernier deux outils importants pour soutenir les survivants, dont un code de conduite destiné à ceux qui collectent des preuves, pour respecter les droits des survivants et veiller à ce que les enquêtes soient plus sûres, plus éthiques et plus efficaces.  Le second outil est une déclaration d’humanité émanant de croyants et de chefs religieux, qui appelle à la prévention de la violence sexuelle dans les conflits et dénonce la stigmatisation des survivants, y compris des enfants nés d’un viol.  Enfin, le Royaume-Uni a appelé à des sanctions contre ceux qui utilisent la violence sexuelle comme arme de guerre.  « Les récentes sanctions de la résolution 2564 (2021) du Conseil de sécurité contre le sultan Zabin ont démontré que la communauté internationale peut et va prendre des mesures contre les auteurs de torture et de violence sexuelle dans les conflits », s’est félicité le Royaume-Uni avant d’appeler à faire plus en renforçant la responsabilité de ces crimes dans les cours et tribunaux pénaux internationaux et hybrides soutenus par l’ONU, afin que les auteurs soient poursuivis.

Le Mexique a condamné les situations de violences sexuelles « extrêmement graves » que l’on peut constater dans plusieurs pays, se préoccupant en outre de voir que les confinements imposés en raison de la pandémie de COVID-19 ont exacerbé la violence sexuelle et sexiste dans le monde entier.  La délégation a ensuite appelé à accorder davantage d’attention à la corrélation entre le trafic d’armes légères et de petit calibre et la violence sexuelle.  Elle a insisté sur l’importance de l’assistance à apporter aux victimes, en appelant à veiller à ce que cette aide soit respectueuse de leurs droits.  Il faut aussi tenir compte de la fragilité psychosociale des victimes et de l’importance de la santé sexuelle et génésique, a-t-elle ajouté. 

La délégation a estimé que les procédures de rétablissement de la justice doivent être établies avec l’aide des victimes, qualifiant la lutte contre l’impunité d’essentielle.  Des mécanismes institutionnels de poursuite, de signalement de cas et de sanctions sont indispensables, a-t-elle ajouté.  La délégation mexicaine a par ailleurs appelé les comités de sanctions à faire de la violence sexuelle un critère d’imposition de sanction.  La question doit également figurer dans les mandats des opérations de paix, a-t-elle ajouté.

Le Kenya a condamné l’utilisation de la violence sexuelle comme tactique de guerre et de terrorisme par des groupes extrémistes violents et des groupes armés.  Le pays a lancé la deuxième phase de la mise en œuvre du plan d’action national pour les femmes et la paix et sécurité afin de lutter contre les facteurs institutionnels, structurels et culturels de cette violence subie par les femmes en temps de guerre comme en temps de paix.  Le plan d’action entend également faire progresser le rôle de leadership des femmes dans le service de sécurité nationale et dans la police et, par extension, augmenter le nombre de femmes dans les opérations de soutien de la paix.

Le Kenya a estimé que la menace émergente des changements climatiques affecte de manière disproportionnée les femmes et les filles dans des contextes où la pénurie d’eau et de bois de chauffe expose les femmes et les filles à la violence sexiste.  Pour éclairer les politiques et les mesures d’atténuation aux changements climatiques, il faut des données ventilées par sexe et par âge ainsi qu’une documentation adéquate, a recommandé le Kenya.  La délégation a également rappelé que la résolution 2475 (2019) souligne que les droits et la protection des femmes et des enfants handicapés dans les situations de conflit doivent passer par la participation pleine, égale et significative des femmes handicapées à la direction et à la prise de décisions.  

Concernant les mandats d’opérations de paix, le Kenya a rappelé qu’ils doivent contenir un langage qui traite de la violence sexuelle en temps de conflit, avec des repères et des indicateurs clairs aux fins de l’évaluation des progrès.  Il faut également s’assurer que les conseillers pour la protection des femmes participent aux missions de maintien de la paix des Nations Unies au cas par cas, conformément à la résolution 1888 (2009).  La délégation a en outre demandé que le Conseil puisse disposer de données factuelles satisfaisant au seuil de preuve nécessaire pour que les auteurs soient traduits en justice.  De même, il faut mettre l’accent sur une coordination efficace entre les mécanismes d’alerte rapide et les dirigeants communautaires nationaux et locaux afin d’atténuer les lacunes en matière d’informations et de rapports.  Enfin, le Kenya a plaidé pour une approche centrée sur les survivants avec un soutien médical, psychologique et économique, en accord avec la résolution 2467 (2019).

L’Irlande a noté que le rapport du Secrétaire général met en garde contre le risque de voir la COVID-19 annuler les progrès durement acquis en matière d’égalité des sexes, et rappelle que l’inégalité est un moteur de la violence sexuelle en période de conflit.  Ce à quoi nous assistons en temps de conflit et de crise, c’est le passage de la violence de la sphère privée vers la sphère publique, a remarqué la délégation, citant aussi la militarisation délibérée de la violence sexiste qui touche une femme sur trois.  La plupart des violences subies par des femmes et des filles sont commises par des hommes que celles-ci connaissent, a-t-elle aussi noté. 

L’Irlande a fait sienne les propos du secrétaire général selon lesquels la sortie de cette pandémie nous oblige à « faire taire les armes et à amplifier la voix des femmes artisanes de la paix, et à investir dans le bien-être public plutôt que dans les instruments de guerre ».  Après avoir mis l’accent sur la nécessité de protéger les victimes de représailles, l’Irlande a mis l’accent sur les formes croisées de discrimination.  

Notant que 70% des partis énumérés dans le rapport du Secrétaire général figurent depuis cinq ans ou plus sur la liste pour être sérieusement soupçonnés de se livrer systématiquement à des actes de viol ou d’autres formes de violence sexuelle, l’Irlande a appelé à nous interroger sur l’absence de mesures correctives.  C’est pourquoi, l’Irlande a appelé à veiller à ce que les processus de surveillance et d’alerte rapide des violences sexuelles liées aux conflits soient intégrés dans toutes les missions de maintien de la paix et les missions politiques spéciales qui incluent un mandat de protection des civils.

L’Irlande a estimé que les sanctions ciblées ainsi que les critères de désignation des violences sexuelles liées au conflit et la liste des personnes sanctionnées, sont sous-utilisés pour dissuader et punir la violence sexuelle dans les conflits.  C’est pourquoi, l’Irlande a appuyé l’appel lancé par le Secrétaire général pour inviter le Représentant spécial à partager des informations avec les comités des sanctions.  

Rappelant que le viol et les autres formes de violence sexuelle peuvent constituer des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité ou des actes constitutifs en matière de génocide, l’Irlande s’est dite encouragée par les condamnations récentes, par la CPI, de Dominic Ongwen et de Bosco Ntaganda.  Tout en saluant le travail continu des mécanismes de justice transitionnelle colombiens, l’Irlande a jugé trop rare ces mécanismes avant d’exhorter le Conseil à réfléchir à son incapacité à utiliser efficacement les outils de responsabilisation à sa disposition, y compris le renvoi des situations à la CPI.

La Norvège a déclaré que le rapport du Secrétaire général dépeint un tableau qui fait frémir sur la violence sexuelle, notamment en RDC, au Soudan du Sud et au Tigré, tout en prenant note de l’engagement du Gouvernement éthiopien à enquêter sur ces faits.  Elle a jugé impératif de faire figurer la violence sexuelle liée aux conflits dans les accords de paix et de cessez-le-feu, notamment en définissant les actes interdits, et en veillant au suivi et à la mise en œuvre des engagements.  Il faut transformer les engagements en respect et les résolutions en résultats, a dit la délégation avant d’exhorter à la pleine mise en œuvre de la résolution 2467 (2019) en maintenant les droits des survivants au premier plan.  La délégation norvégienne a aussi appelé les opérations de paix à déployer des efforts plus exhaustifs, coordonnés et ciblés pour combattre la violence sexuelle.  

Pour aller de l’avant, la Norvège a appelé à adopter une approche centrée sur la victime, reposant sur la pleine participation des femmes et des victimes. Elle a estimé que la violence sexuelle doit être critère de désignation à part entière pour les sanctions, souhaitant qu’elle figure dans davantage de régimes de sanctions.  La délégation a aussi insisté sur l’importance de prévenir la violence sexuelle, notamment en luttant contre l’impunité.  À ce titre, elle a appelé à l’établissement d’un mécanisme qui permettrait au Conseil de sécurité de suivre le respect des engagements des parties à un conflit.  Enfin, elle a appelé à maintenir l’élan suscité lors de la Conférence d’Oslo pour faire de la prévention et de la lutte contre la violence sexuelle et fondée sur le genre une priorité humanitaire.

L’Inde a relevé que malgré le cadre solide mis en place par le Conseil de sécurité au cours de la dernière décennie, le niveau de respect du Programme pour les femmes et la paix et la sécurité par les parties au conflit reste extrêmement bas.  La délégation a donc demandé que les États Membres mettent au point un cadre juridique complet conforme aux normes internationales, afin de garantir la poursuite efficace des violences sexuelles en tant que crime autonome.  Les gouvernements nationaux ont la responsabilité principale de poursuivre et de dissuader de tels crimes dans les situations de conflit sur leur territoire, même si ceux-ci sont présumés avoir été commis par des acteurs non étatiques.  Le cas échéant, les Nations Unies pourraient aider les États à renforcer leurs capacités à faire face à cette question. 

L’Inde a recommandé aux États Membres d’adopter une approche centrée sur les victimes pour combattre cette violence et de garantir un financement adéquat pour une assistance complète, non discriminatoire et multisectorielle aux victimes, comme des services médicaux, psychologiques, sociaux et juridiques.  De même, les régimes de sanctions et autres mesures ciblées du Conseil doivent être renforcés pour utiliser pleinement leur potentiel, notamment en listant les personnes et entités impliquées dans de telles violences.  L’Inde a aussi plaidé pour une plus grande participation des femmes au règlement des conflits et aux processus de réconciliation après les conflits avant de recommander aussi l’intégration d’une perspective sexospécifique dans les opérations de paix et l’augmentation de la représentation des femmes dans ces opérations.  Enfin, la délégation a rappelé qu’en 2017, le Premier Ministre indien, Narendra Modi, avait rejoint le Cercle des dirigeants sur la prévention et la réponse à l’exploitation et aux abus sexuels dans les opérations des Nations Unies.  L’Inde a également signé le Pacte volontaire du Secrétaire général contre l’exploitation et les abus sexuels.

Saint-Vincent-et-les Grenadines s’est réengagée à mettre fin aux inégalités, aux conflits de longue date et au sous-développement qui contribuent largement à la violence sexuelle liée aux conflits.  À un moment où Saint-Vincent-et-les Grenadines est confrontée à une grave crise, avec les éruptions volcaniques explosives, qui s’ajoutent aux conséquences socioéconomiques de la COVID-19, la délégation a dit parler avec un sens accru de la douleur et de l’urgence pour traiter des souffrances de l’humanité, avec une plus grande volonté de s’engager aussi.  La délégation a salué la contribution inestimable des femmes de la société civile, citant en exemple le réseau de protection des femmes au Darfour qui travaille pour déceler les auteurs de violence sexuelle et condamnant les attaques contre ces réseaux.  La délégation a aussi attiré l’attention sur le manque de dénonciations de ces violences, appelant à des ripostes centrées sur les survivantes qui tiennent compte en priorité des désirs des femmes et des filles aux divers stades de leur traumatisme et de leur rétablissement. 

La délégation a salué les « One Stop Center » au Soudan du Sud; les tribunaux spécialisés dans les 34 provinces de l’Afghanistan, dont 32 sont dirigés par des femmes; le lancement par l’ONU d’un service d’assistance téléphonique spécialisé en RDC; ainsi que le soutien du Bureau du Représentant spécial pour la violence sexuelle aux autorités nationales.  Elle a exhorté les autorités à faire de la réponse à la violence sexuelle un objectif central, au même titre que le relèvement après la pandémie, en y allouant les fonds nécessaires.  Elle a appelé à inclure dans cette réponse les services essentiels de santé et d’aide psychologique, ainsi qu’un soutien pour le redressement socioéconomique.  À cela s’ajoute la nécessité d’une bonne collaboration internationale et en particulier entre les organisations régionales et l’ONU.  Avant de conclure, Saint-Vincent-et-les Grenadines a plaidé pour une analyse et une justice sexospécifique, dans les autorisations et mises en œuvre de mandats, en prévoyant notamment le déploiement de conseillers de genre dans tous les milieux politiques et de maintien de la paix .

L’Estonie a appelé à traiter de la violence sexuelle liée au conflit de manière systématique en détectant les signes précoces, en luttant contre son utilisation, en l’intégrant aux accords de paix et de cessez-le-feu et en veillant à ce que les auteurs soient poursuivis et ne bénéficient pas de dispositions d’amnistie.  Il faut aussi reconnaître que les victimes sont des victimes de guerre et qu’elles méritent appui et justice.  Elle a ensuite exhorté l’Éthiopie à autoriser une enquête indépendante et crédible sur les cas de violence sexuelle signalés dans le Tigré.  Elle a aussi appelé à la reddition de compte pour les violences sexuelles commises en Syrie ainsi que par la Tatmadaw au Myanmar. 

La délégation a ensuite passé en revue les domaines d’engagement de l’Estonie, citant notamment son appui à la participation des femmes aux processus de paix.  Elle a aussi insisté sur « l’importance critique » de la reddition de compte et a appelé à faire de la violence sexuelle un critère de désignation à part entière pour les régimes de sanctions.  La délégation a également appelé à fournir des services d’aide psychosociale, juridique et de santé sexuelle et reproductive aux victimes, ainsi qu’une aide pour appuyer leurs moyens de subsistance.  Le déploiement de conseillers pour la protection des femmes doit également se poursuivre et le Conseil de sécurité doit dénoncer les représailles et les attaques contre les femmes actives dans la vie publique, les défenseuses des droits humains et celles qui fournissent une aide aux survivantes de violence sexuelle.

Pour le Niger, l’un des moyens les plus efficaces de lutter contre les violences sexuelles liées aux conflits est la prévention, qui passe notamment par une éducation de qualité.  Or, dans les pays touchés par les conflits, les filles ont deux fois moins de chance d’être scolarisées et elles sont plus à risque de subir des violences sexuelles et sexistes sur le chemin de l’école.  La délégation a attiré l’attention sur la situation de vulnérabilité accrue à laquelle sont confrontées les femmes et les filles qui subissent les effets croisés des conflits, des déplacements forcés, parfois exacerbées par l’incidence des changements climatiques et la précarité économique.  Ainsi, à tous les niveaux du cycle de déplacements forcés, les femmes et les filles réfugiées et migrantes sont vulnérables aux violences sexuelles: dans les zones de conflit, pendant la fuite, dans les camps de réfugiés, et même lors de la réinstallation.  Sur cette question, le Niger a réitéré ses inquiétudes quant aux conditions de vie des migrants et des réfugiés interceptés en mer, débarqués en terre libyenne, où les migrantes, dans des centres de détention surpeuplés, font face à des violations de toute sorte, dont les violences sexuelles.  Au vu de cette situation, il est nécessaire de revoir la politique de débarquement en terre libyenne des migrants et réfugiés interceptés en mer, a demandé le Niger. 

Avec les conflits qui ont cours au Sahel, les situations d’urgence, les crises humanitaires liées aux catastrophes naturelles et les déplacements de populations qui en découlent aggravent la vulnérabilité des femmes et des filles, a expliqué le Niger.  Dans la région du bassin du lac Tchad, a noté le Niger, des groupes terroristes, tels que Boko Haram, procèdent à des enlèvements de filles et de femmes pour ensuite les intégrer de force dans les rangs des prisonniers de guerre et les utiliser comme esclaves sexuelles ou comme bombes humaines.  La délégation a aussi parlé des enlèvements forcés dans les écoles, ce type d’incidents ayant des conséquences sur la scolarisation des filles, ce qui les rend plus vulnérables aux mariages précoces et forcés, aux grossesses précoces et autres violences basées sur le genre. 

Le Niger a indiqué avoir mis en place un centre de transit et d’orientation pour les enfants associés aux groupes armés, avec des programmes de démobilisation et de réintégration adaptés aux enfants rescapés, dont beaucoup ont été exposés à des violences sexuelles.  Récemment, suite aux allégations de violations sur trois femmes concernant des soldats déployés dans la zone des trois frontières, les autorités des pays concernés ont réagi promptement avec des enquêtes fiables et rapides, menées concomitamment par la Commission nationale des droits humains et une mission conduite par le commandant du Fuseau Centre de la Force conjointe du G5 Sahel.  Pour le Niger, cette collaboration tripartite, ayant mobilisé la société civile, les États et les services judiciaires, pourrait servir d’exemple dans la mise en œuvre d’un système de réponse rapide dans plusieurs autres situations où, parfois, les allégations de violences sexuelles restent sans suite.  Le Niger a insisté pour que cesse la culture d’impunité pour les violences sexuelles, y compris à l’échelle du système des Nations Unies, notamment dans les zones touchées par les conflits.  Il y va de la crédibilité des missions et des valeurs fondamentales que nous défendons, a dit la délégation.

Au sujet de l’approche axée sur les rescapés, conformément à la résolution 2467 (2019), le Niger a jugé important que les États Membres mettent en place ou renforcent l’assistance juridique et judiciaire, en plus des autres dimensions - sanitaire, psychologique, sociale et économique.  De même, du fait des conséquences spécifiques des violences sexuelles liées aux conflits sur les enfants, il est nécessaire d’assurer une présence adéquate de spécialistes de protection de l’enfance en plus du déploiement des conseillers en genre.  Selon la délégation, la mise en œuvre de programmes efficaces ne peut se faire sans données fiables et ventilées.  Il a donc recommandé de renforcer le système de collecte de données en passant par une collaboration accrue avec les autorités locales et un renforcement du rôle de la société civile, notamment les organisations locales de défense des droits humains.  En tant que contributeur de troupes, le Niger a appelé à davantage d’efforts pour garantir que ces questions soient prises en compte dans les processus de paix, y compris par le renforcement des systèmes d’alerte précoce.  Le Niger a aussi souligné la nécessité de renforcer les capacités d’intervention et de suivi transfrontaliers et la coopération régionale sur la question.  Enfin, la délégation a demandé de s’attaquer aux causes profondes des violences sexuelles, parmi lesquelles la discrimination sexiste, le manque d’opportunités économiques et les masculinités toxiques. 

La Fédération de Russie a remarqué que, chaque année, des délégués et d’autres orateurs se présentent devant le Conseil pour réaffirmer leur engagement à mettre fin au fléau de la violence sexuelle dans les conflits armés.  La délégation s’est demandée pourquoi les nombreuses recommandations émanant du système des Nations Unies ne sont toujours pas mises en œuvre.  Répondant à cette question la délégation russe a cité la « nature de la guerre elle-même », pleine de haine, parfois alimentée par des acteurs extérieurs.  « Seules des sociétés résilientes dotées de structures de gouvernance solides seront en mesure de vaincre l'atrocité des crimes sexuels commis dans les conflits », a dit la Fédération de Russie.  

Pour que leur travail soit efficace et parvienne à atteindre les victimes, la délégation a jugé essentiel que les agences humanitaires des Nations Unies soient totalement impartiales, ne favorisant aucune partie et ne fermant pas les yeux sur les besoins d’une autre.  La délégation a appelé à s’assurer de la fiabilité des sources d’informations notamment en assurant les vérifications nécessaires.  Malgré les défis posés par la pandémie de COVID-19, la Fédération de Russie a exhorté la communauté internationale à ne pas perdre l’espoir que la lutte contre les violences sexuelles puisse progresser au profit de la paix et de la sécurité internationales.

La France a dénoncé la poursuite des violences sexuelles liées au conflit, citant notamment le Tigré, la RDC, la Syrie et la République centrafricaine.  La délégation a appelé à réprimer toutes les formes de violence sexuelle, s’inquiétant que la pandémie ait réduit l’accès aux services de plainte et de santé.  Elle a fait savoir qu’en Syrie, la France est engagée à veiller à ce que les auteurs de tels crimes soient punis.  En ce qui concerne l’Ouganda, elle a pris note de la condamnation, par la CPI, de Dominic Ongwen.

Poursuivant, la délégation a appelé à assurer une prise en charge globale des survivants pour permettre leur retour à une vie normale.  Elle a indiqué que la France a alloué plus de 6 millions de dollars au fonds mondial pour les survivantes de violence sexuelle en période de conflit créé par le docteur Denis Mukwege et Mme Nadia Murad.  La délégation a ensuite déploré la politisation des enjeux qui a notamment pour conséquence de perdre de vue les intérêts des femmes et des filles.  La protection des droits de celles-ci sera d’ailleurs l’objet du Forum Génération Égalité, lancé à Mexico et qui culminera à Paris du 30 juin au 2 juillet prochains.  La délégation a par ailleurs estimé que la mise sous sanction des auteurs de violence sexuelle est nécessaire.  Elle a dès lors appelé le Conseil de sécurité à faire plus dans ce sens.

La Tunisie a déploré que les auteurs de violence sexuelle à l’encontre des femmes ne fassent pas souvent face à une responsabilité appropriée qui reflète la gravité du crime.  De fait, l’accès à la justice et aux recours est entravé en grande partie par l’absence de services sensibles au genre et par les normes sociales négatives accusant les victimes et les stigmatisant.  Dans ce contexte, les femmes et les filles sont souvent laissées en marge des processus de paix postconflit, des processus qui risquent donc d’ignorer les vulnérabilités, les griefs et les besoins particuliers des femmes et des filles dans les situations de conflit et d’après-conflit, y compris la violence sexuelle et sexiste à leur encontre.

Selon la Tunisie, la meilleure façon d’éradiquer la violence sexuelle liée aux conflits est de mettre fin aux conflits eux-mêmes et de construire des sociétés pacifiques et résilientes.  En outre, la Tunisie croit fermement en une approche centrée sur les survivants.  À cet égard, la délégation a affirmé que les survivants de violences sexuelles liées aux conflits ne constituent pas un groupe homogène, ce qui oblige à prévoir des mesures et des services adaptés.  La Tunisie a aussi appelé à fournir et financer suffisamment de services psychologiques, juridiques et médicaux qui incluent la santé et les droits sexuels et reproductifs, ainsi que des opportunités socioéconomiques pour assurer la réintégration et l’autonomisation des survivants.  Il faut aussi mettre fin à l’impunité en rendant justice aux victimes et aux survivants en rétablissant leurs droits et préservant leur dignité.  

La Tunisie a indiqué que ce sont les normes sociales patriarcales et négatives qui augmentent la vulnérabilité des femmes et des filles face aux conflits.  La délégation a donc recommandé de s’attaquer à ses moteurs sous-jacents, en promouvant l’égalité des sexes et les droits de l’homme, en alignant les législations nationales sur les normes et standards internationaux et en mettant en œuvre le cadre normatif existant sur les femmes et la paix et la sécurité.  Pour la délégation, un tel exercice nécessite une approche pangouvernementale et pansociétale qui implique un partenariat avec les organisations de la société civile, les communautés locales, les groupes féministes, les organisations de filles et de jeunes, le secteur privé, ainsi que toutes les autres parties prenantes.  Il est de la plus haute importance d'assurer la continuité des mécanismes de financement nécessaires au sein du système des Nations Unies et auprès des acteurs de la société civile à cet égard, a conclu la Tunisie.

Le Viet Nam s’est préoccupé de la souffrance des victimes, ainsi que de la discrimination et de l’exclusion sociale associées à la violence sexuelle. Pâtissant d’un manque d’accès à l’éducation et à des perspectives économiques, ces victimes souffrent souvent de stigmatisation, deviennent victimes de traite des êtres humains ou sont recrutées par des groupes armés ou terroristes.  Et la situation s’est aggravée dans le contexte de la pandémie de COVID-19, s’est-il inquiété. 

La délégation a appelé à redoubler d’efforts pour prévenir et lutter contre la violence sexuelle liée au conflit, insistant sur l’importance de l’accès aux services de santé, d’aide psychosociale et juridique, de formation professionnelle et de réintégration.  Une approche axée sur les survivants doit toujours être privilégiée.  Elle a insisté sur l’importance d’appuyer l’autonomisation sociale, politique et économique des femmes, ainsi que leur pleine participation aux processus de paix et de prise de décision pour veiller à ce que les politiques tiennent compte des besoins et des intérêts des victimes.  La prévention et la lutte contre la violence sexuelle doit également être intégrée aux mandats des opérations de paix, tandis que le déploiement, en leur sein, de conseillères pour la protection des femmes doit être accéléré, ces dernières devant être dotées de ressources adéquates pour s’acquitter de leur mandat, a recommandé le Viet Nam.

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