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SC/14507
28 avril 2021

Conseil de sécurité: le processus politique syrien s’enlise, sur fond d’aggravation de la crise humanitaire, met en garde l’ONU

La traditionnelle séance publique conjointe que le Conseil de sécurité consacre, chaque mois désormais, aux volets politique et humanitaire du dossier syrien a donné de nouveau lieu aujourd’hui à des divergences de vues entre ses membres quant aux responsabilités de l’impasse actuelle du processus constitutionnel, tandis que s’aggrave la crise sur le terrain.

« Malgré plus d’un an de calme relatif au regard des normes syriennes, le mois d’avril nous a rappelé que la situation risquait de se désintégrer ou de se détériorer rapidement », a mis en garde l’Envoyé Spécial de l’ONU pour la Syrie, M. Geir Pedersen, en faisant état d’une escalade significative des hostilités dans le nord-ouest de la Syrie et d’un blocage du processus constitutionnel. 

Prenant note du fait qu’une élection présidentielle en Syrie est prévue le 26 mai prochain, l’Envoyé spécial a rappelé qu’elle ne fait pas partie des paramètres fixés par la résolution 2254 (2015) du Conseil, qui donne mandat à l’ONU pour faciliter un processus politique censé aboutir à la tenue d’élections « libres et équitables », conformément à une nouvelle constitution et sous la supervision de l’Organisation. 

Là où la Chine et la Fédération de Russie ont demandé de ne pas le condamner par avance, le scrutin de mai a été abondamment critiqué aujourd’hui par plusieurs membres, du Royaume-Uni à l’Estonie, en passant par la France et les États-Unis, qui l’ont jugé « illégitime ».  Pour la Syrie au contraire, cette élection permettra de contrecarrer les « complots extérieurs » qui visent à créer un « vide constitutionnel », voire « un chaos créateur ». 

Favorable à une « diplomatie internationale plus constructive et globale sur la Syrie », M. Pedersen a suggéré aux principaux acteurs d’identifier les mesures mutuelles et réciproques à prendre pour avancer vers la réalisation de la résolution 2254.  Il a toutefois souligné l’importance de progresser aussi sur la question des détenus, des personnes enlevées et des personnes disparues: « Tant que ce dossier restera dans l’impasse, de nombreux Syriens ne pourront même pas commencer à envisager d’avancer, ni le tissu social syrien à être réparé », s’est inquiété le haut fonctionnaire. 

S’agissant de la Commission constitutionnelle, l’Envoyé spécial a exhorté ses coprésidents et tous ses membres à respecter la « terminologie du mandat » dans leurs relations officielles et à adhérer au code de conduite lors de la sixième session de l’organe restreint, qui devra se tenir « dès que possible », afin d’éviter les impasses rencontrées lors des sessions antérieures. 

« Le 15 avril, j’ai partagé avec les deux coprésidents une proposition de compromis de transition, en me basant sur les bonnes idées que chacun avait incluses dans leurs propres propositions, et en demandant à chacun de faire un compromis », a relaté l’Envoyé spécial, en précisant qu’une réponse officielle du Gouvernement syrien devrait lui parvenir la semaine prochaine. 

Mais les progrès sur ce versant doivent s’accompagner aussi d’une amélioration sur le terrain, ont estimé la plupart des membres du Conseil.  Venu leur présenter la situation de la population civile syrienne, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, M. Mark Lowcock, a prévenu des conséquences dans le nord-ouest syrien si le Conseil ne prorogeait pas le mécanisme d’acheminement de l’aide humanitaire transfrontalière. 

La Fédération de Russie a considéré en revanche comme du « sabotage pur et simple » l’absence de progrès dans l’envoi d’un convoi humanitaire à Edleb depuis Damas, retardé depuis un an.  « Nous prendrons cette situation en compte lors de l’examen de la prolongation du mécanisme d’aide transfrontalière en juillet de cette année », a averti la délégation, en soutenant que les « terroristes » retranchés à Edleb avaient été ravitaillés par le biais de ce mécanisme.  Des propos rejetés par la délégation turque, qui a estimé que les convois au départ de son pays font l’objet de vérifications rigoureuses par le système des Nations Unies. 

M. Lowcock a estimé que les conditions de vie des populations coincées dans le nord-ouest du pays, plus que jamais dépendantes de l’aide, avaient empiré depuis neuf mois, en grande partie en raison de la fermeture en janvier du point de passage de Yaroubiyé, mais aussi d’affrontements récurrents, dont des frappes aériennes ce mois-ci.  La République arabe syrienne, qui considère le mécanisme comme une violation de sa souveraineté, a mis en cause l’« obstruction » des forces d’occupation turques dans l’acheminent de l’aide. 

Rien ne peut égaler la portée et l’ampleur du mécanisme humanitaire transfrontalier des Nations Unies, ont tranché quant à eux les États-Unis, pour lesquels un seul point de passage opérationnel est insuffisant pour les besoins d’une population également affectée par la pandémie de COVID-19.  C’est la raison pour laquelle le Secrétaire d’état américain, M. Antony Blinken, avait le mois dernier demandé à ce Conseil d’autoriser à nouveau l’ouverture du point de passage de Bab el-Haoua pour 12 mois, et la remise en état des points de passage de Bab el-Salam et de Yaroubiyé.   

M. GEIR PEDERSEN, Envoyé Spécial de l’ONU pour la Syrie, a déclaré que le Conseil consultatif des femmes syriennes se réunit cette semaine à Genève, « pour la première fois en personne depuis un an », et qu’elles lui ont exprimé la crainte d’une division permanente de la Syrie.  Selon elles, les divergences de vue affichées entre les acteurs extérieurs font courir le risque de perpétuer le conflit syrien.  Mais elles ont également parlé avec « espoir et détermination » des questions du renouvellement du processus politique, pour un calme durable dans tout le pays et pour une nouvelle constitution qui garantisse les droits et libertés de tous en Syrie.  

L’Envoyé spécial a voulu aujourd’hui lancer un « avertissement » à tous, pour que soit donnée la priorité à la recherche proactive d’un règlement du conflit syrien.  « Malgré plus d’un an de calme relatif au regard des normes syriennes, ce mois-ci nous a rappelé que la situation risquait de se désintégrer ou de se détériorer rapidement.  Il y a eu une escalade significative des hostilités dans le nord-ouest de la Syrie, notamment sous la forme de frappes contre un hôpital soutenu par l’ONU dans l’ouest d’Alep, à proximité de camps de personnes déplacées densément peuplés, et à la frontière syro-turque où des livraisons humanitaires transfrontalières de l’ONU ont lieu, ainsi que des bombardements sur des zones résidentielles situées dans l’ouest d’Alep.  Le 22 avril, des frappes aériennes à l’intérieur de la Syrie ont été attribuées par le Gouvernement syrien à Israël pour la deuxième fois en un mois et l’État islamique a continué d’augmenter l’ampleur et la portée de ses attaques dans le centre et le nord-est de la Syrie. 

Pour l’Envoyé spécial, il importe de faire davantage de progrès au sujet des détenus, des personnes enlevées et des personnes disparues : « tant que ce dossier restera dans l’impasse, de nombreux Syriens ne pourront même pas commencer à penser à avancer, et le tissu social syrien ne pourra pas commencer à être réparé », a-t-il mis en garde.  Son bureau, a relevé le haut fonctionnaire, participe également à un groupe de travail avec l’Iran, la Russie et la Turquie, et avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en tant qu’observateur, bien que ce groupe ne se soit réuni qu’une fois en 14 mois.  Il a réitéré son appel au Gouvernement syrien et à toutes les autres parties syriennes pour une libération unilatérale des détenus et des personnes enlevées et pour entreprendre des actions significatives concernant les personnes disparues, « à une échelle qui corresponde à l’ampleur de cette question tragique ». 

Favorable à une « diplomatie internationale plus constructive et globale sur la Syrie », M. Pedersen a plaidé pour un « nouveau moyen de discussion internationale ou un nouveau format international », susceptibles de ramener toutes les parties prenantes à la table des négociations.  « Les principaux acteurs pourraient identifier, avec réalisme et précision, les mesures mutuelles et réciproques qu’ils pourraient prendre et ce qu’ils rechercheraient, afin de promouvoir des progrès pour réaliser la résolution 2254 », a-t-il espéré, en soulignant l’urgence d’agir en ce sens. 

Prenant note du fait qu’une élection présidentielle en Syrie est prévue le 26 mai prochain, l’Envoyé spécial a rappelé qu’elle ne fait pas partie du processus politique établi par la résolution 2254 (2015) du Conseil, laquelle donne mandat à l’ONU pour faciliter un processus politique qui aboutisse à la tenue d’élections libres et équitables conformément à une nouvelle constitution, sous la supervision des Nations Unies. 

S’agissant de la Commission constitutionnelle, l’Envoyé spécial a tout d’abord exhorté ses coprésidents et tous ses membres à respecter la terminologie du mandat dans leurs relations officielles et à adhérer au code de conduite dans les déclarations publiques.  En outre, la sixième session de l’organe restreint de la Commission devrait être soigneusement préparée, a-t-il recommandé, en demandant des assurances pour renforcer la confiance et progresser vers l’objectif d’une réforme constitutionnelle.  « En d’autres termes, la sixième session doit être différente de ce qui s’est passé auparavant, avec des objectifs clairs, des méthodes de travail crédibles, une coopération renforcée des coprésidents et un futur plan de travail », a insisté M. Pedersen. 

Par le passé, une « terminologie non conforme au mandat » et de véritables différences méthodologiques ont conduit à une impasse qui, selon lui, ne pouvait pas être surmontée par de nouveaux échanges entre les coprésidents.  « Le 15 avril, j’ai partagé avec les deux coprésidents une proposition de compromis de transition, en me basant sur les bonnes idées que chacun avait incluses dans leurs propres propositions, et en demandant à chacun de faire un compromis ».  L’Envoyé spécial a cependant regretté que des « éléments confidentiels » des discussions en cours se retrouvent dans les médias.  Juste avant de prendre la parole devant le Conseil de sécurité, il a, a-t-il dit, été informé par le coprésident désigné par le Gouvernement syrien qu’une réponse officielle serait reçue la semaine prochaine.  L’ONU sera prête à convoquer une sixième session dès que possible sur le plan logistique, une fois l’accord de coprésidence en place, a indiqué M. Pedersen. 

Le Commission constitutionnelle fait partie de ce qui doit nécessairement être un processus plus large de mise en œuvre de la résolution 2254 (2015), pour créer progressivement le type de conditions, « sûres, calmes et neutres », dans lesquelles une réforme constitutionnelle consensuelle et largement soutenue pourrait s’installer en Syrie. « Je suis ouvert à toutes suggestions ou conseils, mais je ne vois pas d’autre voie que celle-ci pour aider le peuple syrien à sortir de sa terrible crise et à un avenir meilleur qui réponde à ses aspirations légitimes et rétablisse la souveraineté, l’unité, l’indépendance et l’intégrité territoriale de la Syrie », a conclu l’Envoyé spécial. 

M. MARK LOWCOCK, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, a pointé l’accélération rapide de la COVID-19 dans le pays.  Le nombre d’infections en mars a doublé par rapport à février et les hôpitaux de Damas, y compris les unités de soins intensifs, sont pleins.  Il a indiqué que des infections ont été recensées dans les camps de déplacement de Hol et de Roj, qui manquent de ressources pour soigner les patients.  La semaine dernière, les premiers vaccins par le biais du Mécanisme COVAX sont arrivés en Syrie et d’autres doses devraient arriver dans l’année.  Il a précisé que 20% de la population pourrait être couverte, ce qui n’est pas suffisant mais constitue un premier pas vital pour protéger les plus vulnérables.  Les vaccins pour le nord-ouest ont été acheminés, comme toute l’aide humanitaire onusienne, par le biais du point de passage de Bab el-Haoua.  « On ne sait pas encore comment les prochaines livraisons pourront parvenir dans le nord-ouest syrien si le Conseil ne prorogeait pas le mécanisme d’aide transfrontalière. » 

M. Lowcock a détaillé la crise économique dans le pays, qui s’aggrave.  La livre syrienne est tombée à son niveau le plus bas jamais enregistré par rapport au dollar des États-Unis.  Plus de la moitié des foyers syriens ne disposent pas d’assez de nourriture, soit une augmentation de plus de 70% par rapport à l’année dernière. 

Le Secrétaire général adjoint a condamné l’attaque qui a tué deux travailleurs humanitaires en Syrie le 17 avril.  Des affrontements dans la ville de Qamichli ont fait au moins 3 morts parmi les civils, dont 2 enfants, et 2 personnes ont été tuées dans le camp de Hol.  Il a exhorté les États Membres à assurer le rapatriement de leurs ressortissants dans le respect du droit international.  Les biens indispensables à la survie des civils doivent être protégés, a-t-il insisté, en dénonçant la nouvelle interruption des approvisionnements en eaux fournis par la centrale hydraulique d’Alouk, affectant près d’un demi-million de personnes. 

Se tournant vers la question de l’accès humanitaire, il a indiqué que des millions de personnes se pressent dans la zone frontalière dans le nord-ouest de la Syrie, zone de conflit active, car elles sont dépendantes de l’aide fournie depuis la Turquie.  M. Lowcock a précisé que leur situation est pire qu’il y a neuf mois.  Chaque mois, les opérations transfrontalières permettent de venir en aide à près de 2,4 millions de personnes, a-t-il dit, en mettant en garde contre un non-renouvellement de ce mécanisme d’aide.  L’acheminement de vaccins cesserait en effet.  « Nous ne pouvons pas, au vu des conditions actuelles, remplacer ce canal transfrontière. »  Il a indiqué que l’ONU a continué d’engager les parties afin de déployer un convoi humanitaire au travers des lignes de front dans le nord-ouest.  Un concept d’opérations révisé a été présenté en mars.  S’il n’a pas été rejeté, les détails opérationnels de la mission n’ont pas reçu l’assentiment de tous les acteurs.  Il a ensuite dénoncé les interruptions dans la fourniture de l’aide dans le nord-est en raison d’affrontements.  La situation s’est globalement aggravée depuis la fermeture en janvier du point de passage de Yaroubiyé en janvier 2020. 

Tout en prenant note des assurances fournies par l’Union européenne et les États-Unis que leurs sanctions n’entravent pas l’aide humanitaire, le Secrétaire général adjoint a insisté sur leurs conséquences pour les opérations humanitaires.  Ainsi, plus de la moitié des organisations non gouvernementales basées à Damas ont été confrontées à de sérieuses difficultés bancaires.  Il a appelé les États membres à œuvrer avec lesdites organisations pour y remédier. 

Enfin, M. Lowcock a indiqué que des contributions de 4,4 milliards de dollars d’aide à la Syrie et à la région ont été annoncées lors de la cinquième Conférence de Bruxelles sur l’aide à apporter pour l’avenir de la Syrie et des pays de la région.  Ces contributions permettront de financer les importantes opérations humanitaires en Syrie, qui viennent en aide à près de 7,7 millions de personnes dans le pays.  Nous avons besoin de plus, a conclu M. Lowcock, ajoutant que le but est de venir en aide cette année à 12,3 millions de personnes. 

En tant que porte-plume avec la Norvège sur le dossier humanitaire syrien, l’Irlande a qualifié de « catastrophique » la situation vécue par la population syrienne.  En effet, neuf Syriens sur 10 vivent désormais dans la pauvreté et 60% de la population risque de souffrir de la faim cette année.  « Ce sont les pires chiffres de l’histoire du conflit syrien », a-t-elle souligné, avant de constater qu’en dépit du cessez-le-feu fragile instauré dans certaines parties du pays, la violence continue de faire des morts et des blessés parmi les civils, y compris les enfants et les travailleurs humanitaires.  L’Irlande s’est déclarée particulièrement préoccupée par les informations faisant état de 137 incidents vérifiés de refus d’accès humanitaire.  Elle a également condamné le récent meurtre de deux travailleurs humanitaires lors d’une attaque armée dans la zone rurale du sud-est de Deïr el-Zor.  Notant par ailleurs que l’impact de la pandémie de COVID 19 est exacerbé pour les personnes vulnérables vivant dans des camps densément peuplés, la délégation a salué l’attribution de vaccins à la Syrie via le Mécanisme COVAX, ainsi que les plans de distribution. 

Sans l’opération transfrontalière mandatée par l’ONU dans le nord-ouest de la Syrie, un dispositif qui touche près de 85% des personnes dans le besoin chaque mois, les souffrances des civils dans cette partie du pays atteindraient « des niveaux jamais vus en 10 ans de conflit », a averti la délégation.  En outre, a-t-elle ajouté, de nombreuses opérations d’ONG dépendent du soutien opérationnel des Nations Unies pour la logistique et les achats, tandis que l’accès aux vaccins est directement lié à cette opération, laquelle est « l’une des plus contrôlées et surveillées au monde ».  Pour ces raisons, a expliqué l’Irlande, la fourniture d’un soutien de l’ONU par le poste-frontière de Bab el-Haoua, au minimum, doit se poursuivre.  De même, les immenses besoins humanitaires démontrent clairement que la résolution 2533 (2020) doit être renouvelée, a-t-elle insisté, notant que la situation est pire qu’il y a 10 mois, lorsque la précédente résolution transfrontalière a été négociée, y compris dans le nord-est après la fermeture du poste-frontière de Yaroubiyé. 

Par ailleurs, la délégation a regretté le manque d’engagement des autorités syriennes dans les travaux de la Commission constitutionnelle, qui continuent d’être « bien en deçà des attentes légitimes du peuple syrien ».  Elle a en outre condamné les violations commises contre les enfants par toutes les parties au conflit, exhortant ces dernières à respecter leurs obligations en vertu du droit international humanitaire. 

La Fédération de Russie a commencé par appeler la future présidence chinoise du Conseil de sécurité, au mois de mai, à organiser les réunions en présentiel, dans la salle de réunion du Conseil au Siège de l’ONU qui est « absolument sûre », dans le respect de la distanciation physique.  La situation de la pandémie de COVID-19 dans la ville de New York s’est beaucoup améliorée.  La situation socioéconomique et humanitaire en Syrie reste en revanche difficile, a constaté la délégation.  Aggravée par les sanctions occidentales, la crise est encore plus difficile dans les territoires hors du contrôle du Gouvernement syrien.  La Russie est préoccupée par les affrontements interethniques ainsi que l’escalade des tensions entre les Kurdes et les alliances tribales arabes locales et l’occupation étrangère de ces zones.  Un autre facteur déstabilisateur est la poursuite des frappes aériennes israéliennes sur le territoire syrien, a dénoncé la délégation. 

Sur le plan politique, la Russie s’emploie à assurer le succès du dialogue intersyrien qui doit être mené et dirigé par les Syriens eux-mêmes.  « L’intervention ou l’imposition de conditions extérieures est inacceptable et conduira au résultat inverse », a prévenu la délégation.  Rappelant que dans un peu moins d’un mois une élection présidentielle aura lieu en Syrie, elle a regretté que certains pays aient déjà déclaré le scrutin « illégitime ».  Elle a appelé à arrêter les campagnes de désinformation contre le vote, qui n’a aucun lien avec les travaux de la Commission constitutionnelle.  L’ingérence dans les affaires intérieures de la Syrie est inacceptable et contraire au droit international, s’est insurgée la Russie. 

Quant à la situation humanitaire en Syrie, les premières livraisons du vaccin contre la COVID-19 sont arrivées dans le pays la semaine dernière.  Il est important de veiller à ce qu’il soit réparti équitablement entre toutes les personnes dans le besoin, a demandé la Fédération de Russie.  Damas a démontré à plusieurs reprises sa volonté de travailler ouvertement avec l’ONU sur cette question.  La délégation russe s’est étonnée de l’arrêt des agences humanitaires sur le terrain faute de carburant dans un pays qui regorge de champs pétrolifères.  « Le pétrole qui est pompé du sol syrien assure l’intérêt des autorités d’occupation américaines dans le nord-est du pays », a accusé la Fédération de Russie.  Tout cela menace d’arrêter le travail des centres médicaux mobiles, a-t-elle ajouté.  Faut-il blâmer les Syriens, ou nos collègues occidentaux ont-ils le courage d’appeler les choses par leur nom? a questionné la Russie.  

En dépit des chiffres annoncés à la cinquième Conférence des donateurs de Bruxelles, lors de laquelle les autorités syriennes ont été « ignorées », l’aide n’arrive pas aux Syriens, a encore constaté la délégation.  Informant que 44 enfants russes ont quitté les camps de Hol et de Roj par un vol du ministère russe de la Défense et que 120 autres enfants sont en cours de rapatriement, la délégation a appelé les autres pays à faire de même.  La Fédération de Russie a considéré comme du sabotage pure et simple l’absence de progrès dans l’envoi d’un convoi humanitaire à Edleb depuis Damas depuis un an.  « Nous prendrons cette situation en compte lors de l’examen de la prolongation du mécanisme humanitaire transfrontalière en juillet de cette année », a averti la délégation.  Elle a déclaré qu’après avoir reçu du ravitaillement via le mécanisme humanitaire transfrontalier, les terroristes retranchés à Edleb utilisent la population civile de l’enclave comme « boucliers humains ».  

Le Royaume-Uni s’est félicité de la première livraison en Syrie de plus de 250 000 doses du vaccin via le Mécanisme COVAX la semaine dernière.  Il s’agit, selon lui, d’un premier pas, « petit mais important ».  À cet égard, la délégation a estimé que les quelque 50 000 doses arrivées dans le nord-ouest de la Syrie via le poste-frontière de Bab el-Haoua fourniront une bouée de sauvetage aux agents de santé en première ligne.  En revanche, le Royaume-Uni s’est alarmé des perturbations à prévoir dans les futures livraisons de vaccins dans le nord-ouest si le Conseil ne renouvelle pas le mandat du poste-frontière de Bab el-Haoua.  « Un tel échec entraverait la lutte mondiale contre le COVID-19 et contredirait l’ambition de ce Conseil, telle qu’énoncée dans la résolution 2565 (2021) », a-t-il averti. 

Réitérant l’appel lancé par l’ONU en faveur d’une réponse transfrontalière « pendant 12 mois supplémentaires », la délégation a rappelé que l’aide vitale actuellement fournie via le poste-frontière de Bab el-Haoua comprend également les livraisons du Programme alimentaire mondial (PAM) au service de millions de personnes et facilite les opérations des ONG qui gèrent des services de protection, de santé, d’eau et d’assainissement.  Tout en saluant les efforts continus de l’ONU visant à établir un accès au nord-ouest de la Syrie, le Royaume-Uni a prévenu à son tour que, même s’ils sont déployés régulièrement, «  les convois traversant les lignes ne peuvent reproduire la taille et la portée de l’opération transfrontalière ».  Sur ce point, il a aussi rappelé que, depuis la fermeture du poste-frontière de Yaroubiyé, l’an dernier, les besoins et les pénuries d’approvisionnement se sont accrus.  De fait, a souligné la délégation, il est clair que ce Conseil doit répondre aux appels du peuple syrien et des humanitaires sur le terrain en fournissant une aide transfrontalière « à la mesure des besoins humanitaires ». 

Abordant ensuite la situation politique, le Royaume-Uni s’est joint aux autres membres du Conseil pour réaffirmer que l’application intégrale de la résolution 2254 (2015) est « la seule voie vers une solution durable à la crise en Syrie ».  Il a relevé que l’élaboration d’une nouvelle constitution, suivie d’élections libres et équitables, sous la supervision de l’ONU, est au cœur de ce processus dirigé par les Syriens.  La délégation a cependant jugé que la tenue d’une élection présidentielle à la fin du mois de mai, dans le cadre de la constitution précédente, « va à l’encontre de ce processus » et risque de déstabiliser les efforts de l’Envoyé spécial, alors que ce dernier tente de convoquer la Commission constitutionnelle pour un sixième cycle de pourparlers.  

L’Estonie a indiqué que les promesses de remplacer les acheminements humanitaires transfrontaliers par des acheminements au travers des lignes de front ne se sont pas concrétisées.  L’aide au travers des lignes de front est en effet dysfonctionnelle, irrégulière et peu fiable.  « Nous ne devons pas perdre de vue ce fait », a dit la mission.  À cette aune, elle a indiqué que le maintien de l’acheminement de l’aide transfrontalière est « notre devoir impérieux », puisqu’elle permet à tous les Syriens de recevoir de l’aide, dont des vaccins contre la COVID-19.  Un cessez-le-feu à l’échelle nationale et un accès humanitaire sans entraves sont impératifs en ces temps de pandémie, a jugé la mission. 

Sur le plan politique, la mission a indiqué que les discussions de la Commission constitutionnelle n’ont pas abouti à un véritable dialogue.  « Les élections proposées en mai ne font que saper le processus politique. »  Les revendications légitimes de l’opposition syrienne doivent être prises en compte, a-t-elle dit.  Elle a apporté son soutien à la tenue d’élections libres et transparentes dans le respect de la résolution 2254 (2015), avec la participation de tous les Syriens, y compris ceux de la diaspora.  « Tout autre chose serait une farce. »  Alors que la Commission précitée ne se montre pas à la hauteur des attentes, la mission a encouragé l’Envoyé spécial à explorer d’autres moyens d’instauration de la confiance, susceptibles de rapprocher le Gouvernement syrien et sa légitime opposition.  Enfin, l’Estonie a insisté sur la nécessité de créer un mécanisme international visant à localiser les personnes disparues ou leurs restes, et demandé la libération de toutes les personnes détenues arbitrairement. 

Pour la Chine, il faut respecter le caractère syrien du processus politique dans le cadre de la Commission constitutionnelle.  La délégation a appelé les parties à continuer de discuter avec l’Envoyé spécial.  Ladite Commission doit être indépendante et ne pas subir de pressions extérieures, a-t-elle insisté.  Prenant acte de l’organisation de l’élection présidentielle en Syrie, la Chine a demandé que le scrutin ne fasse pas l’objet d’ingérence extérieure.  Elle s’est en outre inquiétée de la poursuite des actes terroristes en Syrie.  

La Chine a estimé que la communauté internationale devrait mettre l’accent sur l’aide humanitaire.  L’ONU doit accroître l’aide humanitaire et aider la Syrie à maintenir ses services d’eau et d’électricité.  Elle a salué l’arrivée de vaccins contre la COVID-19 en Syrie dans le cadre du Mécanisme COVAX.  La délégation a informé de l’arrivée des vaccins chinois à Damas et demandé à écouter l’appel du Secrétaire général pour lever les sanctions contre la Syrie rappelant au passage la détérioration de la situation socioéconomique dans le pays.  Il faut aussi respecter ce que fait le Gouvernement syrien dans l’acheminement de l’aide humanitaire par-delà les lignes de front.  La Syrie est en mesure d’améliorer l’acheminement de l’aide dans le nord, a estimé la Chine qui a demandé « quelles sont les difficultés sur la question de l’acheminement? qui en sont les responsables ? »  On a besoin de réponses, a conclu la Chine pour qui l’ONU devra savoir utiliser les points de passage ouverts. 

Saint-Vincent-et-les Grenadines a réaffirmé que le rétablissement de la paix et de la stabilité en Syrie ne peut être réalisé que grâce à un processus politique crédible et inclusif qui reflète les aspirations légitimes du peuple syrien.  La délégation s’est donc déclarée troublée par les informations faisant état d’une escalade des tensions, en particulier dans le nord-ouest, malgré les appels en faveur d’un cessez-le-feu à l’échelle nationale.  Implorant les parties à faire preuve de retenue et à s’engager à cesser complètement les hostilités, elle a souhaité que tous les actes commis en violation du droit international, y compris les opérations de lutte contre le terrorisme, soient condamnés par la communauté internationale.  Elle a également appelé au traitement d’urgence de la question des personnes portées disparues et détenues, ainsi qu’au retour sûr, digne et volontaire des réfugiés et des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays.  

Réitérant son appui aux efforts de l’Envoyé spécial pour faciliter le processus politique au sens large, Saint-Vincent-et-les Grenadines a exhorté les parties à s’engager de manière constructive et dans un esprit de compromis sur la question de la Commission constitutionnelle.  Compte tenu de la « terrible urgence humanitaire » que connaît le pays, la délégation a aussi renouvelé son appel à la levée de toutes les mesures coercitives unilatérales pour aider la Syrie à faire face à ces défis.  Pour Saint-Vincent-et-les Grenadines, le mécanisme d’acheminement de l’aide transfrontalière reste une « bouée de sauvetage » pour des millions de Syriens qui ont besoin d’aide humanitaire.  Il faut, selon elle, préserver et élargir à la fois le mécanisme et la « modalité transversale ».  Alors que la pandémie de COVID-19 complique encore cette crise, il convient également de garantir une distribution efficace et équitable des vaccins, a-t-elle souligné, avant de plaider en faveur d’un accès à l’aide humanitaire pour les personnes qui vivent et travaillent dans les camps de déplacés internes.  Avant de conclure, la délégation a enjoint la communauté internationale de preuve de respect pour la souveraineté et l’intégrité territoriales de la Syrie, ce qui implique, à ses yeux, le retrait des forces étrangères non autorisées présentes dans le pays et le respect des perspectives du Gouvernement syrien dans toutes les discussions.  

« Le conflit syrien est loin d’être derrière nous », a déclaré la France, préoccupée par la poursuite des hostilités partout dans le pays et par le risque de résurgence de l’État islamique.  « L’instabilité chronique dans les zones reconquises par le régime est la preuve qu’il n’y aura pas de stabilisation durable sans solution politique ».  Après avoir plaidé pour une cessation des hostilités à l’échelle nationale, vérifiable, durable et sous la supervision des Nations Unies, conformément aux appels du Secrétaire général et aux résolutions de ce Conseil, la France a rappelé que les blocages systématiques de l’aide humanitaire par Damas montrent qu’il n’y a pas d’alternative au mécanisme transfrontalier.  « Nous sommes déterminés à ce que ce mécanisme soit renouvelé pour 12 mois, partout où il sauve des vies », a souligné la délégation. 

Pour la France également, il est temps que le Comité constitutionnel travaille enfin à la rédaction de la réforme constitutionnelle: « Le régime doit démontrer sa disposition à participer de bonne foi aux négociations ».  La France appelle instamment l’Envoyé spécial à travailler à la mise en œuvre des autres volets de la résolution 2254 et à en faire rapport, en indiquant clairement à ce Conseil où sont les points de blocages.  Il faut préparer dès à présent la tenue d’élections inclusives, libres et transparentes, sous supervision des Nations Unies et auxquelles la diaspora pourra prendre part, comme le prévoit la résolution 2254 (2015).  « La France ne reconnaîtra aucune validité aux élections prévues par le régime qui se dérouleront fin mai », a réitéré son représentant, car ces élections ne répondront pas aux critères précédemment énumérés et se tiendront sous le seul contrôle du régime, sans supervision internationale.  

La France a par ailleurs dit qu’elle continuerait d’apporter son soutien aux mécanismes internationaux de lutte contre l’impunité.  L’adoption, il y a une semaine, à une large majorité par la Conférence des États Parties à la Convention sur l’interdiction des armes chimiques d’une décision visant à prendre des mesures tirant les conséquences du non-respect par la Syrie de ses obligations internationales au titre de la Convention est une étape importante.  « Les actions engagées devant les tribunaux partout en Europe visent également à rendre justice face aux crimes commis par le régime », a conclu la délégation. 

L’Inde a constaté que le volet politique n’a pas connu de développement majeur depuis la dernière réunion en date du Conseil de sécurité, malgré la coopération dont l’Envoyé spécial a fait preuve avec toutes les parties prenantes pour obtenir la convocation rapide de la sixième réunion de l’organe restreint de la Commission constitutionnelle syrienne.  «  Le résultat de cette réunion sera crucial pour la crédibilité du processus politique », a mis en garde la mission. Pour elle, il importe que les trois groupes aient une compréhension claire de la procédure et des sujets et elle s’est félicitée à cet égard des propositions faites par l’Envoyé spécial.  Pour que le volet politique dirigé par l’ONU progresse, nous avons besoin d’une coopération entre toutes les principales parties prenantes au conflit et d’une diplomatie internationale constructive.  Or, « cela est devenu difficile à réaliser dans le contexte actuel, car il ne semble pas y avoir de degré de compréhension entre les parties prenantes.  Nous tenons à souligner à nouveau qu’il ne peut y avoir de solutions imposées de l’extérieur au conflit.  La polarisation n’a fait que durcir les positions de toutes les parties, qui semblent agir à contre-courant », a prévenu la délégation indienne.  

Elle a également considéré qu’il est urgent d’accroître l’aide humanitaire à tous les Syriens dans tout le pays « sans discrimination, politisation et aucune condition préalable ».  Ce dont nous avons besoin immédiatement, a souligné la délégation, c’est d’un engagement actif qui soit à la fois compatible avec l’indépendance, l’intégrité territoriale et la souveraineté syriennes et réponde à l’urgence des questions humanitaires pour alléger les souffrances du peuple syrien.  Il est également urgent de prendre des mesures concrètes pour surmonter les obstacles qui entravent les opérations transfrontalières, en particulier les retards dans l’octroi des approbations nécessaires au passage des convois d’aide humanitaire, a ajouté l’Inde. 

La Norvège a salué la réunion en personne du Conseil consultatif des femmes syriennes cette semaine.  Même s’il n’y a pas eu de nouvelles réunions de la Commission constitutionnelle depuis la dernière réunion du Conseil, beaucoup de travail a été fait, a constaté la délégation soutenant les demandes de l’Envoyé spécial pour des résultats concrets lors du prochain cycle de négociations.  Le processus constitutionnel doit aller de l’avant dans le but de commencer la rédaction d’une nouvelle Constitution pour la Syrie ; un engagement international plus large est nécessaire, en particulier de la part des acteurs sur le terrain.  La délégation a donc appuyé l’appel de l’Envoyé spécial en faveur d’un nouveau format international pour trouver une solution.  « Une dynamique différente est nécessaire pour sortir de l’impasse actuelle, qui ne profite pas au peuple syrien ou à la région. » 

S’agissant de la situation « extrêmement difficile sur le terrain », l’appel à un cessez-le-feu national de la résolution 2254 (2015) est encore très nécessaire, a constaté la Norvège.  Laquelle est préoccupée par le fait que l’État islamique est toujours en mesure de mener des attaques et que la question des personnes détenues arbitrairement n’est toujours pas réglée.  Elle a appelé les autorités syriennes à prendre des mesures pour résoudre ce problème.  Concernant le processus politique, l’inclusion de ceux qui sont les plus touchés par les conflits conduit aux meilleurs résultats, a rappelé la délégation.  À cet égard, l’inclusion des femmes dans tous les processus politiques et le rôle du Conseil consultatif des femmes demeurent essentiels.  S’agissant enfin de l’élection présidentielle à venir, la Norvège a déclaré que selon la résolution 2254 (2015), les élections devraient avoir lieu sur la base d’une nouvelle constitution, convenue entre les parties syriennes, et être libres et équitables.  Or, elle a regretté que la rédaction d’une nouvelle constitution n’ait pas encore commencé. 

Le Kenya a réaffirmé à son tour son soutien sans équivoque à un dialogue dirigé et contrôlé par les Syriens visant à parvenir à une solution politique durable au conflit.  Il a cependant jugé regrettable que les travaux de la Commission constitutionnelle ne progressent pas.  Appelant de ses vœux une reprise des pourparlers constitutionnels, il y a vu la seule possibilité de « mettre fin au cauchemar » que vivent les Syriens.  Il a d’autre part estimé crucial de résoudre le problème des détenus et des disparitions forcées dans le cadre de mesures de renforcement de la confiance.  S’agissant de la situation sécuritaire, le Kenya s’est alarmé des bombardements mutuels et des frappes aériennes incessantes.  Exhortant toutes les parties à adhérer au cessez-le-feu national et à respecter le droit international humanitaire, il a également condamné catégoriquement les groupes terroristes tels que Hay’at Tahir el-Cham (HTS), rejetant toutes les tentatives visant à leur accorder une légitimité en tant qu’acteurs politiques.  En outre, la délégation a observé que « l’interaction des intérêts étrangers et de la concurrence géopolitique » compliquent la situation et ne fait que faire dérailler l’attention portée aux souffrances du peuple syrien.  

En ce qui concerne la situation humanitaire, aggravée par la pandémie de COVID-19, le Kenya a estimé que les livraisons d’aide transfrontalière de l’ONU à la Syrie sont essentielles.  Elles ont notamment permis à l’ONU de déployer les vaccins fournis par le Mécanisme COVAX via le poste-frontière de Bab el-Haoua, a-t-il souligné, observant que les besoins existants dépassent la réponse humanitaire en cours.  Enfin, constatant la montée d’un phénomène de radicalisation au sein des camps, le Kenya a souhaité que le Conseil de sécurité prenne conscience de l’importance de soutenir les programmes de désengagement des terroristes, et ce, à une échelle suffisante dans les camps.  Il a également appelé les pays concernés à rapatrier leurs citoyens des camps et à donner la priorité aux capacités de désengagement. 

Le Mexique a salué les efforts de l’Envoyé spécial visant à préserver les canaux de communication avec la société civile syrienne.  Il a rappelé les paramètres prévus par la résolution 2254 (2015) sur la tenue d’élections en Syrie et appelé à leur respect.  Il a exhorté le Gouvernement et l’opposition à participer de manière constructive aux réunions de la Commission constitutionnelle, laquelle devrait suivre un calendrier et un ordre de travail. La mission a insisté sur la nécessité de localiser les personnes disparues et de lutter contre l’impunité.  Le Mexique a ensuite salué les premières livraisons de vaccins contre la COVID-19 et souligné l’importance d’un accès humanitaire sans entraves.  Il a appuyé le renouvellement du mécanisme d’aide humanitaire transfrontalière pour 12 mois, afin de permettre la poursuite de la distribution de l’aide, y compris les vaccins.  Toutes les modalités d’accès sont complémentaires quand il s’agit de sauver des vies, a conclu le Mexique. 

La Tunisie a d’abord réaffirmé sa ferme position selon laquelle une solution à la crise syrienne exige un règlement politique dirigé par la Syrie et facilité par l’ONU, conformément à la résolution 2254 (2015).  Elle s’est dit favorable à la tenue d’une sixième session de l’organe restreint de la Commission constitutionnelle dans les semaines à venir, exhortant les parties syriennes à faire preuve de souplesse pour concrétiser la voie politique élargie définie par la résolution du Conseil.  Face à la montée des tensions et de la violence dans plusieurs régions de Syrie, l’instauration d’un cessez-le-feu dans le pays demeure indispensable selon elle.  Dans ce contexte, la Tunisie a renouvelé son appel à toutes les parties pour qu’elles réduisent les tensions et s’emploient à créer les conditions nécessaires à l’amélioration de la situation humanitaire et à la création de l’environnement sûr, neutre et stable nécessaire pour faire progresser le processus politique. 

La détérioration continue de la situation humanitaire en Syrie reste une grave préoccupation pour la Tunisie, qui a réaffirmé la nécessité d’intensifier les efforts pour répondre aux besoins croissants.  La délégation a donc exhorté les parties concernées dans le nord-ouest de la Syrie à faire preuve de souplesse et à trouver un terrain d’entente pour faciliter l’arrivée du premier convoi humanitaire de longue date de la région.  En conclusion, la Tunisie a dit attendre avec impatience une solution négociée et consensuelle qui contribue au renouvellement du système d’assistance transfrontalière et consacre la volonté collective du Conseil de surmonter l’impasse dans le dossier syrien, « loin de toute politisation ».  

Les États-Unis ont regretté qu’après cinq cycles de négociations, et malgré la diplomatie active de l’Envoyé spécial avec toutes les parties, le régime d’Assad ait bloqué l’élaboration d’une nouvelle constitution.  Le mois dernier déjà, les États-Unis avaient annoncé à l’Assemblée générale être au courant que le régime d’Assad prévoyait de tenir des élections en mai.  Ils ont averti que ces élections ne seraient « ni libres ni équitables » et qu’elles ne seraient pas représentatives du peuple syrien.  Le fait de ne pas promulguer une nouvelle constitution est la preuve que ladite élection du 26 mai sera « une imposture », s’est indignée la délégation.  Le Conseil, a-t-elle rappelé, l’a décidé à l’unanimité: les élections doivent avoir lieu conformément à une nouvelle constitution et sous la supervision de l’ONU.  Le régime d’Assad doit prendre des mesures pour permettre la participation des réfugiés, des personnes déplacées et de la diaspora, ont exigé les États-Unis.  Toutefois, une nouvelle constitution ne représente qu’une partie de la solution politique sur laquelle tout le Conseil s’est mis d'accord, y compris la Russie, a poursuivi la délégation américaine.  Le Conseil doit demander à l’Envoyé spécial de continuer à l’informer de ses efforts en vue d’un cessez-le-feu à l’échelle nationale et de la libération des Syriens détenus arbitrairement.  De plus, les États-Unis ne veulent soutenir aucune aide à la reconstruction qui profiterait au régime en l’absence de progrès dans la réalisation des réformes politiques demandées dans la résolution 2254 (2015).  

Rappelant que les États-Unis ont récemment annoncé une aide humanitaire de 596 millions de dollars destinée aux Syriens en Syrie et dans la région, la délégation a encouragé tous les acteurs à tenir immédiatement leurs promesses et à accroître leur soutien au peuple syrien.  Mais, a-t-elle estimé, bien qu’ils soient d’une importance vitale, les fonds sont insuffisants pour atténuer les souffrances à l’intérieur de la Syrie.  À l’heure actuelle, rien n’est plus urgent pour le peuple syrien que de recevoir une aide vitale par le biais du mécanisme transfrontalier, a martelé la délégation reprochant au régime d’Assad de continuer d’entraver et de « militariser » cette livraison.  Rien ne peut égaler la portée et l’ampleur du mécanisme humanitaire transfrontalier des Nations Unies, ont insisté les États-Unis pour lesquels un seul point de passage est insuffisant pour les immenses besoins.  C’est la raison pour laquelle le Secrétaire d’état américain, M. Antony Blinken, a demandé à ce Conseil le mois dernier de ré autoriser instamment l’ouverture du point de passage de Bab el-Haoua pour 12 mois, et la remise en état des points de passage de Bab el-Salam et de Yaroubiyé.  Avant de conclure, les États-Unis ont tenu à parler de ce qui se passe à Roukban où depuis 16 mois, les habitants du camp sont privés d’aide médicale parce que le régime d’Assad et la Russie ne permettent pas à l’ONU de faire des livraisons à ces personnes dans le besoin.  Ils ont exhorté le régime d’Assad et la Russie à autoriser un accès humanitaire sans entrave au camp arguant que l’aide ne doit pas être politisée. 

Le Niger a constaté qu’après plus d’un an et demi d’existence et cinq rounds de négociations, la Commission constitutionnelle peine à produire des résultats tangibles pour amorcer les travaux sur la future constitution de la Syrie.  La délégation a partagé la frustration et la déception de l’Envoyé spécial et de tous les acteurs qui œuvrent à la recherche d’une solution négociée et durable de cette crise.  Elle a appelé les parties syriennes à se ressaisir et faire montre d’un minimum de compromis pour briser cette impasse et mettre le processus politique sur les rails.  La délégation nigérienne a pris note de l’annonce faite par le Gouvernement syrien sur l’organisation d’élection présidentielle prévue le 26 mai. 

Sur le plan sécuritaire, le Niger est particulièrement préoccupé par la recrudescence des hostilités en Syrie, notamment dans le nord-ouest et condamne l’utilisation des installations civiles à des fins militaires et les raids contre celles-ci, comme ce fut le cas récemment avec l’hôpital chirurgical d’el-Atareb, ayant occasionné la mort des civils et la fermeture de l’établissement.  La délégation a reconnu le droit du Gouvernement syrien à combattre le terrorisme sur son territoire, surtout au vu de la monté des attaques et autres tentatives d’assassinats de Daech à l’encontre des représentants du Gouvernement et ses installations critiques.  Concernant la situation humanitaire, le Niger a appelé tous les acteurs concernés à faire preuve de compassion, surtout en ce mois béni, pour permettre une livraison sans entrave et effective de l’aide à travers les points de passage frontaliers et au-delà des lignes de démarcation en Syrie.  

Le Viet Nam a pris note de l’engagement continu entre les parties syriennes et l'Envoyé spécial en vue de préparer la poursuite des pourparlers de la Commission constitutionnelle.  Il est important que les parties s’engagent de manière constructive en vue de réaliser des progrès substantiels dans ce cadre et de faire progresser le processus politique plus large.  À cet égard, le Viet Nam a souligné le rôle des acteurs régionaux et internationaux, y compris l’ONU et l’Envoyé spécial, estimant que la facilitation des pourparlers par les interlocuteurs internationaux compétents grâce à des efforts diplomatiques est également indispensable.  Notant que la situation sécuritaire connait une accalmie depuis un an, le Viet Nam a appelé toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue et à s’abstenir de prendre des mesures qui pourraient conduire à une nouvelle escalade. 

Constatant qu’en attendant une solution politique globale, la situation humanitaire en Syrie n’a montré aucun signe d’amélioration, le Viet Nam a regretté que des millions de Syriens aient encore du mal à se procurer de la nourriture, du carburant et d’autres produits de base, en pleine crise économique et pendant la pandémie.  Il a souligné l’importance de maintenir un accès humanitaire sûr, sans entrave et durable pour améliorer la réponse humanitaire en Syrie, y compris la protection du personnel et des services essentiels.  En outre, la délégation a plaidé pour l’octroi rapide des approbations, ce qui faciliterait grandement la livraison des fournitures médicales dans le nord-est du pays.  Elle a également appelé à une plus grande coordination entre les parties afin de mener à bien des missions transversales vers le nord-ouest.  Alors que la situation de la COVID-19 s’aggrave, la livraison du vaccin dans toutes les régions de Syrie est urgente et cruciale, a martelé la délégation.  

La République arabe syrienne a salué cette réunion sur les volets humanitaire et politique.  Ces dernières années, les pays occidentaux ont multiplié les réunions sur la Syrie, non pas pour lever les sanctions ou faciliter la reconstruction du pays, mais pour « brandir des accusations fallacieuses ».  La délégation a dénoncé la manipulation du droit qui a récemment eu lieu à la Haye lors de la Conférence des États parties à la Convention sur l’interdiction des armes chimiques.  Elle a également qualifié d’autre « farce » la récente conférence des donateurs de Bruxelles, qui s’est déroulée sans la participation du Gouvernement syrien qui est pourtant le représentant légitime du peuple syrien. Elle a jugé regrettable que l’ONU copréside une telle réunion qui participe de la politisation de l’aide humanitaire, alors que les souffrances s’aggravent dans le pays.  La Syrie a dénoncé l’incapacité des bailleurs de fonds à respecter leurs engagements et rappelé que la majorité de l’aide va aux pays voisins.  La mission a dénoncé les conséquences catastrophiques des sanctions imposées à la Syrie, ainsi que le pillage du nord-est syrien par les forces américaines. 

La Syrie a ensuite rejeté le mécanisme d’acheminement de l’aide humanitaire transfrontalière, qui viole la souveraineté de la Syrie, avant de souligner le renforcement de l’aide au travers des lignes de front.  « Certains pays préfèrent malheureusement ignorer cette réalité. »  L’une des principales difficultés au bon acheminement de l’aide réside dans l’obstruction des forces d’occupation turques, a poursuivi la mission.  Celles-ci ont récemment empêché le départ d’un convoi et interrompu l’approvisionnement en eau depuis l’installation hydraulique d’Alouk. La mission a exhorté le Conseil à y remédier, plutôt que de fermer les yeux, avant de dénoncer l’intransigeance de certains pays qui veulent user du mécanisme précité « à des fins politiques et antisyriennes ».  Les Syriens de la diaspora pourront voter le mois prochain, a assuré la mission.  Elle a déclaré que ces élections permettront de contrecarrer les complots extérieurs qui visent à créer un vide constitutionnel en Syrie ou plutôt à y instaurer « un chaos créateur ». Ces pays doivent cesser de s’opposer à la libre volonté des Syriens.  En conclusion, la Syrie a appelé de ses vœux un processus politique dirigé et contrôlé par les Syriens, facilité par l’ONU, et rejeté toute ingérence extérieure, ainsi que l’imposition de tout délai, en ce qui concerne le travail de la Commission constitutionnelle. 

La République islamique d’Iran a estimé qu’après 10 ans de conflit, il est très clair que la crise syrienne n’a qu’une seule solution: un processus politique véritablement mené et dirigé par la Syrie et facilité par l’ONU.  C’est la raison d’être du format d’Astana qui a favorisé un règlement pacifique de la crise, notamment en soutenant la création de la Commission constitutionnelle.  « Les travaux de la Commission doivent se poursuivre sans ingérence étrangère ni délais imposés par l’extérieur », a prévenu la délégation.  Laquelle s’est dite préoccupée face à la coopération renforcée entre des groupes terroristes et certaines forces étrangères dans les zones sous leur contrôle.  Elle a dénoncé l’abus des efforts de lutte contre le terrorisme pour soutenir les séparatistes ou toute initiative d’autonomie illégitime ou violation de la souveraineté syrienne.  L’Iran a condamné l’occupation de certaines parties de la Syrie, en particulier par les États-Unis, ainsi que les actes d’agression d’Israël contre la Syrie.  Le Gouvernement syrien a le droit de décider comment et quand exercer son droit inhérent à l’autodéfense individuelle face à ces agressions. 

La délégation a déclaré que la plus grande crise de réfugiés au monde en Syrie ne peut être surmontée qu’en fournissant une aide humanitaire aux réfugiés et aux personnes déplacées.  Décourager le retour des réfugiés et des déplacés ne fera que prolonger inutilement leurs souffrances, a fait valoir l’Iran.  Cela est contreproductif et donc inacceptable.  Mais l’aide ne peut se substituer à la solution ultime, à savoir assurer une paix, une sécurité et une stabilité durables en Syrie.  L’Iran a dénoncé la politisation du Mécanisme d’acheminement de l’aide humanitaire transfrontière et demandé la fin des sanctions unilatérales inhumaines contre la Syrie.  « Les forces étrangères qui ne sont pas autorisées par le Gouvernement syrien doivent mettre fin à leurs pratiques honteuses », a exigé l’Iran qui a pris note de l’annonce faite par le Gouvernement syrien de tenir, conformément à la Constitution actuelle du pays, la prochaine élection présidentielle le 26 mai 2021. 

La Turquie a dit qu’elle avait assisté à la préparation d’un convoi humanitaire et à son passage à la frontière avec la Syrie, où son chargement est scrupuleusement contrôlé par les Nations Unies.  Les réfugiés syriens que le représentant a rencontrés ce mois-ci ont fait état d’une situation de détresse insupportable et de leur rejet des offres de retour dans leur pays faites par Damas.  La délégation a mis en garde contre les risques que poseraient pour 2,7 millions de réfugiés le non-renouvellement du Mécanisme d’acheminement de l’aide humanitaire transfrontalière. 

Par ailleurs, lors de la dernière réunion en date de l’organe restreint de la Commission constitutionnelle, la Turquie a estimé que des « propositions irrationnelles » avaient été faites par le Gouvernement syrien, témoignant d’après elle d’un « manque de sérieux et d’engagement » en faveur du processus politique. Pour lui, la rédaction d’une constitution doit débuter dans les meilleurs délais.  Si le régime syrien veut parvenir à une solution politique, il lui appartient de le démontrer, a insisté la mission turque.  Elle a également rejeté la tenue d’élections en Syrie prévues en mai, avant de juger comme essentiel le fait de préserver le cessez-le-feu sur le terrain.  Pourtant, a-t-elle déploré en accusant le « régime et ses appuis », des attaques prenant pour cible des civils se poursuivent à Edleb.  Il est indispensable que les auteurs de crimes odieux depuis 10 ans soient poursuivis pour leurs actes, a tonné la Turquie, avant de rappeler qu’il est maintenant établi que le régime d’Assad s’est rendu coupable d’au moins huit attaques à l’arme chimique contre sa population civile.  Le représentant a en conclusion considéré que son homologue syrien n’étant pas « légitime », il n’y avait aucune raison de lui faire l’honneur d’une réponse. 

La République arabe syrienne a repris la parole pour dénoncer le discours « arrogant et fallacieux » de la Turquie.  « Nous savons ce que la Turquie fait en Libye, à Chypre et en Iraq. »  Elle a accusé la Turquie de se servir des souffrances des réfugiés syriens pour cacher ses violations, dont des arrestations arbitraires de milliers de Turcs.  « Nous savons ce qui se passe dans les prisons turques ».  La mission turque n’a aucune autorité pour nous faire un cours magistral sur les droits de l’homme, a asséné la Syrie « Vous devriez avoir honte. »

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