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SG/SM/20805
30 juin 2021

Fier de la parité à l’ONU, M. Guterres voit la différence dans la qualité des décisions et la capacité de mettre l’égalité des genres au centre des politiques

On trouvera ci-après la déclaration faite le 30 juin 2021, par le Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, à l’ouverture du Forum Génération Égalité organisé à Paris: 

L’égalité des genres est essentiellement une question de pouvoir, et de pouvoir dans un monde qui est encore largement dominé par les hommes, avec une culture qui reste encore largement patriarcale.  

S’il y a une chose que j’ai apprise dans ma vie, c’est que le pouvoir est très rarement donné.  Il faut le prendre.  Et à mon avis c’est une des logiques de ce forum: mobiliser les mouvements de base, bâtir des coalitions, obtenir les ressources pour rééquilibrer les rapports de pouvoir dans le monde.  

Permettez-moi cinq brefs commentaires sur cinq de nos priorités.  

Premièrement, égalité de droits.  Il y a encore dans le monde énormément de lois discriminatoires.  Il faut abroger ces lois.  Il faut que l’égalité de droits aussi se transforme dans une égalité de fait.  Et pour cela, le rôle de la société civile est absolument essentiel, dans un moment où, comme le Président l’a dit, on voit qu’il y a un retour en arrière de beaucoup de leaders politiques dans le monde qui mettent en cause les acquis de Pékin.  

Deuxième observation, la parité.  Si l’égalité des genres est essentiellement une question de pouvoir, la parité est un instrument extrêmement important pour redistribuer le pouvoir.  Parité au sein des administrations publiques, parité au sein des entreprises, parité au sein des organisations internationales, et surtout parité au niveau des centres de décision.  

Je dois vous dire, s’il y a quelque chose dont je suis fier, c’est le fait que dans l’Organisation des Nations Unies, après seulement trois ans, on a réussi à obtenir la parité au niveau de la haute direction -190 hommes et femmes en parité-, et au niveau de nos coordonnateurs résidents, qui dirigent les équipes de pays partout dans le monde - 140 hommes et femmes en parité.  

Et ça, alors qu’il y avait moins d’un tiers (de femmes) il y a seulement trois ans.   

La parité est un élément essentiel de la redistribution du pouvoir et pour la création de conditions pour l’égalité des genres.  Je dois vous dire que, à l’ONU, je vois la différence.  Je vois la différence dans la qualité des décisions.  Je vois la différence dans l’environnement de travail où le harcèlement sexuel est devenu plus difficile.  Et je vois la différence dans la capacité de faire de l’égalité des genres une dimension centrale de toutes les politiques, de toutes les initiatives au sein du système des Nations Unies.  

Troisièmement, égalité économique.  Égalité de salaires, mais aussi les questions de l’emploi, les questions de la protection sociale.  Les questions de l’économie des soins et de l’économie informelle -qui est aussi la plus grande victime du point de vue économique, du COVID, notamment dans les pays en développement- et là où les femmes jouent encore un rôle central et où elles payent énormément le prix de la pandémie.  

Après, arrêter la violence contre les femmes et les filles.  C’est une question absolument centrale qui, comme le Président l’a dit, est devenue pire encore avec le COVID.  Violence dans les conflits -situation tragique dans le monde-, mais violence aussi dans les rues et dans les foyers.  Je dois vous dire que la chose la plus difficile que j’ai eue (à gérer) quand j’étais Premier Ministre au Portugal, c’est de convaincre la société portugaise qu’il y avait un problème sérieux de violence familiale et (qu’il fallait) prendre les mesures nécessaires pour lutter contre cette violence.  

Il y a toujours cette idée que ce n’est pas vrai, que chez nous il n’y a pas, que c’est surtout chez les autres.  Il faut absolument combattre cette logique de négation.  Il faut faire du combat contre la violence contre les femmes et les filles un élément central de toutes les politiques et de tous nos objectifs.  

Et dernier point, je fais confiance aux nouvelles générations.  Je crois que le dialogue intergénérationnel est essentiel pour l’égalité des genres.  Mais il faut reconnaître que dans nos sociétés, il n’y a pas encore de mécanismes institutionnels efficaces pour que les jeunes puissent intervenir (de manière efficace) au niveau des décisions politiques et au niveau des décisions économiques et sociales essentielles.  Alors, il faut avoir l’imagination, dans cette nouvelle société (numérique), avoir l’imagination pour permettre aux jeunes d’avoir un rôle bien plus effectif dans nos mécanismes de décision.  C’est, à mon avis, un autre instrument fondamental pour l’égalité des genres.  

Deux dernières observations très rapides.  La première, je ne vais qu’insister sur ce que le Président a dit.  On voit maintenant une régression, poussée par un certain nombre de dirigeants de mouvements politiques, économiques et religieux dans le monde.  Il faut, si vous me permettez une phrase en anglais, « we must push back against the push back ».  C’est une bataille idéologique et il faut gagner cette bataille idéologique contre les forces conservatrices qui se développent un peu partout dans le monde et qui sont en train de mettre en cause les acquis de Pékin.  

Finalement, nous vivons dans une société qui est de plus en plus une société (numérique) avec une économie (numérique).  Mais là, il y a un grand danger pour l’égalité des genres, parce que dans les professions technologiques, il y a une majorité écrasante d’hommes.  Ça a un impact énorme et on peut dire que la misogynie est dans les Silicon Valleys de ce monde.  Quand on voit l’impact de cette présence majoritaire d’hommes dans les logiciels et dans les algorithmes, il faut reconnaître que ces logiciels et algorithmes sont biaisés, et sont biaisés contre les femmes.  

Un seul exemple: un couple américain où la femme était plus riche que l’homme est allé pour ouvrir deux comptes à une banque.  Quand ils ont demandé des cartes de crédit, la limite de crédit pour l’homme était bien plus haute que la limite pour la femme, même si la femme était plus riche que l’homme.  Quand ils ont protesté, le responsable de la banque qui était là a dit « non, c’est automatique, c’est notre algorithme qui produit ce résultat ».  Et ça se multiplie dans énormément d’algorithmes qui se développent avec l’intelligence artificielle et avec tous les autres instruments de l’économie de la société (numérique).  

Il faut absolument rétablir aussi l’égalité des genres dans ce domaine qui est un domaine essentiel du futur, pour que la question du pouvoir puisse être effectivement adressée. 

Je crois que ce forum est une bonne occasion pour nous mettre ensemble et pour nous mettre ensemble dans ce combat qui est un combat essentiel pour les femmes et pour les hommes.  Un combat essentiel pour nous tous.  

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