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SG/SM/20982
21 octobre 2021

Pour le Secrétaire général, il faut ouvrir aux femmes la voie à leur participation véritable aux processus de médiation et de paix

On trouvera ci-après le discours prononcé aujourd’hui par le Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, au cours du débat public tenu par le Conseil de sécurité sur les femmes et la paix et la sécurité:

Nous venons de visiter l’exposition que vous avez évoquée. En effet, ces femmes sont de véritables héroïnes et je pense que leur combat, leur engagement, leur courage, sont une inspiration pour nous tous et j’ajouterais que rien ne pourrait mieux démarrer notre débat que le témoignage de ce groupe d’héroïnes.

À travers l’objectif de femmes photographes de talent, cette exposition donne vie de manière saisissante aux histoires inspirantes de femmes du monde entier qui consacrent leur vie à la cause la plus importante et la plus fondamentale de toutes: la paix.

Depuis cette salle, où nous sommes en sécurité, nous discutons et débattons des voies à suivre pour permettre à des pays du monde entier de connaître la paix. Toutefois, ce sont les femmes dépeintes dans cette exposition qui sont en première ligne de ce combat.

Ces femmes, ce sont des artisanes de la paix, des actrices du changement, des militantes. Des défenseuses des droits humains.  Des décideuses et des dirigeantes.  Elles discutent et négocient avec des groupes armés.  Elles appliquent des accords de paix et œuvrent pour des transitions pacifiques.  Elles luttent pour les droits des femmes et la cohésion sociale au sein de leurs communautés.  Et pourtant, trop souvent, elles ne participent pas aux processus de paix officiels et sont largement exclues des lieux où les décisions sont prises.

Aujourd’hui, la participation des femmes à la prise de décisions est une cause à défendre.  Demain, elle devra être la norme.  Nous ne pouvons pas continuer d’exclure la moitié de l’humanité des questions relatives à la paix et la sécurité internationales.

Comme je l’ai dit devant l’Assemblée générale le mois dernier, l’heure de vérité a sonné: nous faisons face à la plus grande avalanche de crises depuis des générations.  Notre monde recule – et de plus en plus rapidement.  Les coups d’État militaires reprennent.  Les prises de pouvoir par la force sont de retour.  Une nouvelle course aux armements est lancée.  La menace nucléaire est à son plus haut niveau depuis plus de quarante ans.

L’année dernière, les dépenses militaires en pourcentage du PIB ont connu leur plus forte augmentation annuelle depuis 2009. Elles avoisinent désormais les deux mille milliards de dollars par an, accaparant ainsi des fonds qui pourraient être consacrés au développement, au moment où ils sont le plus nécessaires.

Il ne s’agit pas là de questions distinctes.  La prévention des conflits et le désarmement sont précisément au cœur des mouvements portés par les femmes depuis plus d’un siècle en faveur de la paix.  Et, comme l’illustre le rapport de cette année, il existe un lien direct entre l’augmentation des investissements dans les armes et l’augmentation de l’insécurité et des inégalités dont pâtissent les femmes.

Les inégalités de pouvoir entre les femmes et les hommes restent à ce jour les plus difficiles à éliminer.  Elles se traduisent de nombreuses manières: par la multiplication des actes de violence et de misogynie envers les femmes et les filles dans toutes les sociétés,  par l’extrême sous-représentation des femmes aux postes de décision, et, bien entendu, par la myriade de difficultés auxquelles les femmes font face dans les situations de conflit.  Lors des crises humanitaires, les droits des femmes ne stagnent pas: ils régressent.

Au Myanmar, où les femmes sont depuis longtemps une force de paix – y compris celles participant au mouvement de désobéissance civile – une grande partie des organisations de femmes ont dû cesser leurs activités pour des raisons de sécurité après le coup d’État militaire. Beaucoup poursuivent maintenant leurs activités dans la clandestinité.

En Éthiopie, des témoignages glaçants font état de violences sexuelles utilisées comme arme de guerre. C’est proprement scandaleux.  Malgré des efforts courageux, les femmes yéménites continuent d’être exclues du processus politique dans son ensemble par les parties au conflit. À cet égard, le dernier gouvernement ne comportait pas une seule femme ministre, ce qui n’était pas arrivé depuis 20 ans.  

Au Mali, après deux coups d’État en l’espace de neuf mois, on n’assiste pas uniquement à une réduction de l’espace des droits des femmes mais à une fermeture de cet espace.  En Afghanistan, les filles et les femmes voient les droits qu’elles ont acquis au cours des dernières décennies reculer rapidement, notamment le droit d’aller à l’école.

Nous devons nous battre et faire avancer les choses pour chaque femme et chaque fille.  Cet engagement est au cœur de mon rapport intitulé « Notre Programme commun » et de mon Appel à l’action en faveur des droits humains.  Nous voulons parvenir le plus rapidement possible à la pleine participation des femmes, sur un pied d’égalité, dans tous les aspects de la vie.  Notamment les processus de paix et les transitions politiques.

L’année dernière, les femmes ne représentaient que 23 % des représentants dans les processus de paix dirigés ou codirigés par l’Organisation des Nations Unies – un chiffre qui n’aurait même pas été atteint si l’on n’avait pas fait preuve d’innovation, de persistance et d’initiative. Dans certains cas, je dirais même qu’il a fallu de l'entêtement.  Nous nous efforçons cependant d’accélérer ces progrès.  

Ainsi, comme nous l’avons vu en Libye et en Syrie, des mesures assorties d’objectifs ambitieux, de principes d’inclusion et d’incitations peuvent être un moyen puissant d’accroître la participation des femmes aux processus de médiation et de paix.  Je suis déterminé à étendre les mesures comme celles-ci partout où ce sera possible.

En Colombie, les organisations de femmes sont des partenaires clés de la mission de vérification, et nous travaillons en étroite collaboration avec elles pour surveiller l’application de l’accord de paix.

En Afghanistan, l’ONU reste présente et active, et continuera de promouvoir et de défendre les droits des femmes et des filles dans tous ses échanges avec l’autorité de fait des Taliban.  Nous poursuivrons notre action jusqu’à ce que les filles puissent retourner à l’école et que les femmes puissent reprendre leur travail et participer à la vie publique.

Dans le cadre de notre initiative « Action pour le maintien de la paix », nous investissons également dans des partenariats locaux avec des dirigeantes et des artisanes de la paix, et nous nous attachons à accroître le nombre de femmes dans toutes nos opérations de maintien de la paix.

Près de 18% des officiers d’état-major et des experts militaires sont aujourd’hui des femmes, contre 8 % en janvier 2018. Parmi les policiers hors unités constituées, ce taux est passé de 20 à 30%.  Jamais autant de femmes n’ont été à la tête de missions des Nations Unies – il y a aujourd’hui autant de femmes que d’hommes parmi les chefs ou chefs adjoints de mission.

Et nous ne nous arrêterons pas là.  Accroître la représentation et l’influence des femmes dans tous les aspects des activités de paix de l’ONU est essentiel pour nous permettre de mieux remplir notre mission et de mieux représenter les populations que nous servons.

Mais nous avons besoin de l’appui du Conseil de sécurité dans trois domaines: les partenariats, la protection et la participation.  En premier lieu, j’invite le Conseil à soutenir nos efforts visant à renforcer nos partenariats avec des dirigeantes locales et leurs réseaux, conformément à mon appel à l’action pour une transformation du secteur de la paix et de la sécurité par les femmes.  Les femmes doivent pouvoir participer pleinement aux processus de paix comme aux processus politiques.

En deuxième lieu, j’appelle le Conseil à nous aider à protéger les défenseuses et les militantes des droits humains.  Les héroïnes mises en lumière dans l’exposition photographique risquent leur vie pour instaurer la paix au sein de leurs communautés.  Elles font un travail essentiel et méritent à ce titre d’être protégées.

En troisième lieu, je demande au Conseil de travailler avec nous pour promouvoir la participation pleine, égale et effective des femmes aux pourparlers de paix, à la consolidation de la paix et aux systèmes politiques mis en place lors des phases de transition vers la paix.  La parité absolue est une nécessité, y compris au moyen de quotas ambitieux, dans les élections, la réforme du secteur de la sécurité, le désarmement, la démobilisation et les systèmes judiciaires.

Nous savons que c’est possible.  Le mois dernier, la Vice-Secrétaire générale s’est rendue en Somalie pour apporter son soutien à l’instauration d’un quota de 30 % de femmes aux élections qui se tiendront prochainement dans ce pays.  À son retour, elle a reçu des témoignages de soutien de la part de membres du Conseil.

Le moment est venu de transformer ces paroles de soutien en actes – pas seulement en Somalie mais dans tous les pays auxquels s’intéresse le Conseil.  Les femmes n’accepteront plus que l’on revienne sur leurs droits.  Elles ne devraient plus avoir à l’accepter – ni dans les pays en conflit ni ailleurs.

Pour sa part, l’Organisation des Nations Unies redoublera d’efforts pour rétablir une paix véritablement inclusive, et fera de la participation et des droits des femmes une priorité de toutes ses actions, partout dans le monde.  L’inclusion est le meilleur moyen de construire la paix.  Et la meilleure façon d’honorer l’engagement et le courage inspirants de ces femmes qui œuvrent pour la paix est d’ouvrir la voie à leur participation véritable.

Faisons avancer les droits des femmes et donnons à la moitié de l’humanité la possibilité de bâtir la paix à laquelle nous aspirons tous.

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