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CS/14772
24 janvier 2022
8952e séance – matin

Conseil de sécurité : la Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques appelle les parties libyennes à appuyer la tenue des élections « dans les plus brefs délais »

La Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix a exhorté, ce matin devant le Conseil de sécurité, l’ensemble des parties prenantes libyennes à se mobiliser en faveur de la tenue, « dans les plus brefs délais », d’élections présidentielle et législatives libres, régulières, inclusives et crédibles, indiquant que des « désaccords persistants » entre les acteurs politiques sur des aspects clefs du processus électoral avaient conduit au report des scrutins prévus le 24 décembre. 

Appelant à respecter la volonté des 2,8 millions de Libyens qui se sont inscrits sur les listes électorales en 2021, Mme Rosemary DiCarlo a également imputé le report des élections à des lacunes juridiques, des décisions de justice contradictoires sur les candidatures ainsi qu’à des préoccupations d’ordre politique et sécuritaire. 

Notant les avancées des préparatifs techniques de la Haute Commission électorale nationale, la Secrétaire générale adjointe a ajouté que le 28 décembre, la Chambre des députés a établi un comité chargé d’élaborer des recommandations  sur le  calendrier et le  processus électoral.  La formation d’un nouveau comité chargé de rédiger une Constitution dans un  délai  d’un mois a également été annoncée. 

Directrice de « Lawyers for Justice Libya », Mme Elham Saudi a souligné que les élections doivent être ancrées sur une base juridique claire, non politisée « et donc incontestablement légitime », engageant en outre à ne pas se concentrer uniquement sur l’identification d’une date rapprochée pour leur tenue, au détriment de l’élaboration d’un processus clair pour les faciliter.  Il faut un processus de médiation qui tire les leçons des dernières années et qui se concentre sur la création de jalons, y compris les exigences d’une loi électorale, d’un code de conduite et d’une base constitutionnelle, a-t-elle insisté, déplorant par ailleurs qu’en raison de la faiblesse des critères de sélection, des individus soupçonnés de corruption, de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de violations des droits humains sont désormais candidats. 

À ce sujet, le Royaume-Uni a plaidé pour une plus grande inclusion des femmes et des jeunes dans la vie politique libyenne, déplorant la présence de seulement 2 femmes parmi les 98 candidats inscrits.  Les femmes doivent pouvoir participer en tant que candidates et électrices sans crainte de représailles ou d’intimidation, a affirmé la délégation, appuyée par l’Irlande ainsi que par la Norvège qui a appelé les parties libyennes à s’entendre sur une feuille de route prévoyant une nouvelle date électorale, sans laisser se développer des voies alternatives antidémocratiques.  Les dirigeants doivent fixer un « cap crédible » et faire montre de courage, ont renchéri les États-Unis. 

Si la France a engagé les acteurs libyens à travailler ensemble afin de fixer « au plus vite » un calendrier clair pour la tenue de ces élections dans « les plus brefs délais », la Fédération de Russie a en revanche estimé que la priorité ne doit pas être le respect formel d’un délai pour la tenue des élections, mais plutôt d’assurer la qualité de leur préparation. 

Tout en faisant part de leur appui à la feuille de route du Forum de dialogue politique interlibyen, les A3 ont souligné, par la voix du Kenya, que pour qu’il y ait la paix, les élections doivent aboutir à un résultat doté d’une légitimité politique dans toutes les régions du pays.  Sinon, elles risquent d’attiser la méfiance, la division et peut-être même une reprise des conflits violents, a averti la délégation qui a fait part de sa crainte de voir le processus électoral sapé par une ingérence et des intérêts étrangers, dénonçant notamment la présence déstabilisatrice continue de mercenaires, de combattants étrangers et de forces étrangères.  À l’instar de nombreuses délégations, le Brésil, qui s’est félicité du retrait annoncé de 300 combattants étrangers de l’est du pays, a appelé au retour des forces restantes vers leur pays d’origine, conformément au plan d’action de la Commission militaire conjointe 5+5. 

Arguant que le report des élections était prévisible en raison notamment du manque de convergence sur le cadre légal devant les régir, la Libye a insisté sur l’importance de se mettre d’accord sur une base constitutionnelle consensuelle afin d’assurer la tenue d’un scrutin dont les résultats seront acceptés par tous.  Il est également nécessaire que le processus soit mené et dirigé par les Libyens eux-mêmes, a-t-elle souligné.  

Au cours de cette séance, le Conseil de sécurité a également entendu le Président du Comité du Conseil de sécurité établi en application de la résolution 1970 (2011) sur la Libye, M. T. S. Tirumurti, indiquer que les membres du Comité, qui a prorogé de six mois l’exemption aux interdictions de déplacements accordée pour raisons humanitaires à Safia Farkash Al-Barassi, Aisha Al-Qadhafi et Mohammed Al-Qadhafi, ont notamment souligné l’importance de préserver l’intégrité et la valeur des avoirs libyens au bénéfice du peuple de la Libye. 

LA SITUATION EN LIBYE (S/2021/1058) (S/2022/31)

Déclarations

Mme ROSEMARY DICARLO, Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix, a déclaré que depuis le 24 novembre 2021, les désaccords persistants entre les acteurs politiques sur des aspects clefs du processus électoral ont entraîné le report des élections du 24 décembre, malgré les avancées des préparatifs techniques de la Haute Commission électorale nationale.  La Haute Commission a expliqué ce report en citant des lacunes dans le cadre juridique des élections, des décisions de justice contradictoires sur les candidatures ainsi que des préoccupations politiques et sécuritaires.  Le 28 décembre, a-t-elle indiqué, la Chambre des députés a établi un comité chargé d’élaborer des recommandations sur la marche à suivre en matière de calendrier et de processus.  Le Président de la Chambre a également annoncé qu’un nouveau comité serait formé pour rédiger une Constitution dans un délai d’un mois, lequel a présenté son rapport préliminaire aujourd’hui même. 

Tandis que les discussions à la Chambre des députés et entre les acteurs politiques se concentrent de plus en plus sur le sort du Gouvernement d’unité nationale, la Conseillère spéciale pour la Libye, Mme Stéphanie Williams, a réitéré aux interlocuteurs libyens que le processus politique doit rester axé sur la tenue dès que possible d’élections législatives et présidentielle, rappelant que quelque 2,8 millions de Libyens se sont inscrits pour voter.  Elle les a également engagés à respecter la feuille de route du Forum de dialogue politique interlibyen, a encore fait savoir Mme DiCarlo. 

La Secrétaire générale adjointe a aussi indiqué que des initiatives de dialogue se poursuivent, notamment entre le Président de la Chambre des députés et le Président du Haut Conseil d’État, ainsi qu’entre les candidats à la présidence de l’ouest et de l’est de la Libye.  Le Chef d’état-major général des forces militaires occidentales sous le Gouvernement d’unité nationale et le Commandant en chef par intérim de l’Armée nationale libyenne se sont également réunis à Syrte. Et sur le plan économique, des mesures supplémentaires ont été prises en vue de la réunification de la Banque centrale de Libye.  Ce sont là des développements bienvenus, a indiqué la Secrétaire générale adjointe. 

Poursuivant, Mme DiCarlo a noté que le cessez-le-feu tient même si l’incertitude politique à l’approche des élections a eu un impact négatif sur la situation sécuritaire globale, y compris à Tripoli, entraînant un changement d’alliance entre les groupes armés affiliés à certains candidats à la présidence.  De même, les demandes non satisfaites adressées au Gouvernement d’unité nationale par les forces de surveillance des champs pétrolifères dans l’ouest de la Libye ont récemment entraîné l’arrêt de la production pétrolière, amenant la « National Oil Corporation » à déclarer la force majeure le 20 décembre.  La production de pétrole a ensuite été rétablie le 9 janvier. 

S’agissant des efforts visant à mettre en œuvre l’accord de cessez-le-feu, Mme DiCarlo a indiqué que la Commission militaire conjointe 5+5 s’est rendue à Ankara et à Moscou en décembre pour discuter du retrait des forces étrangères et des mercenaires, et de la mise en place de mécanismes de communication et de partage d’informations.  La deuxième équipe d’observateurs de la composante de surveillance du cessez-le-feu de la MANUL s’est déployée à Tripoli en décembre et malgré de sérieux problèmes logistiques et sécuritaires, la MANUL continue également de travailler à la mise en place de l’équipe de surveillance du cessez-le-feu à Syrte et attend avec intérêt l’approbation du Gouvernement d’unité nationale pour poursuivre les travaux nécessaires sur les logements et les bureaux. 

Passant ensuite à la situation des droits humains, qu’elle a qualifié de très préoccupante, Mme DiCarlo a fait état de violence et d’attaques liées aux élections ainsi que de menaces et de violences contre des membres du pouvoir judiciaire impliqués dans des procédures sur l’éligibilité des candidats aux élections, entre autres.  Elle a averti que de tels incidents sont un obstacle à la création d’un environnement propice à des élections libres, équitables, pacifiques et crédibles.  De même, l’ONU est particulièrement préoccupée par le fait que les femmes et les hommes qui s’emploient à protéger et à promouvoir les droits des femmes continuent d’être la cible de discours de haine, de diffamation et d’incitation à la violence. 

Mme DiCarlo a également rapporté que les détentions arbitraires dans des établissements gérés par des acteurs étatiques et non étatiques se poursuivent dans tout le pays, de nombreux détenus étant victimes de graves violations des droits humains.  Selon les statistiques fournies par les autorités libyennes, plus de 12 000 détenus sont détenus dans 27 prisons et lieux de détention à travers la Libye y compris des enfants qui n’apparaissent pas dans les statistiques officielles et sont détenus illégalement, souvent dans des conditions inhumaines. 

La situation des migrants et des réfugiés en Libye reste également très préoccupante.  Un grand nombre de migrants et de réfugiés qui tentent de traverser la mer Méditerranée et qui sont renvoyés en Libye continuent d’être détenus dans des conditions inhumaines et dégradantes avec une aide humanitaire limitée.  Des milliers de personnes sont portées disparues, et des centaines de ressortissants étrangers ont été expulsés ces derniers mois vers le Soudan et le Tchad sans procédure régulière.  Dans de nombreux cas, les personnes expulsées ont été placées dans des situations extrêmement vulnérables dans le désert du Sahara sans nourriture, ni eau, ni sécurité ni soins médicaux, s’est indignée la Secrétaire générale adjointe. 

Mme DiCarlo a, en revanche, salué l’amélioration de la situation humanitaire en 2021, notant une baisse de 36% du nombre de personnes ayant besoin d’une aide.  Et sur les 278 000 Libyens déplacés il y a un an, environ 100 000 personnes sont rentrées chez elles en 2021, a-t-elle indiqué tout en appelant à financer le Plan de réponse humanitaire pour la Libye. 

Soulignant que la Libye se trouve dans une conjoncture délicate et fragile, Mme DiCarlo a jugé essentiel que la communauté internationale reste unie dans son soutien aux élections, guidée par les aspirations du peuple libyen à être gouverné par des institutions élues. 

M. T. S. TIRUMURTI, Président du Comité du Conseil de sécurité établi en application de la résolution 1970 (2011) sur la Libye, a détaillé les activités du Comité sur la période allant du 25 novembre 2021 au 24 janvier 2022, marquée par la tenue de deux séances informelles.  Il a indiqué que le rapport du Comité d’experts a été soumis à ce Conseil le 15 décembre 2021. Durant les consultations du 16 décembre, le Comité a entendu une présentation de la part de l’autorité libyenne d’investissements sur la question de l’application du gel des avoirs.  Le délégué libyen s’est aussi exprimé.  Au cours des discussions, les membres du Comité ont souligné l’importance de préserver l’intégrité et la valeur des avoirs libyens au bénéfice du peuple de la Libye, a dit le Président.  Le Comité a par ailleurs reçu un rapport d’inspection d’un vaisseau effectué dans le cadre de l’opération militaire de l’Union européenne en Méditerranée (EUNAVFOR MED IRINI).  Il a précisé que le Comité a prorogé de six mois l’exemption aux interdictions de déplacements accordée pour raisons humanitaires à trois individus inscrits sur la liste du Comité, à savoir Safia Farkash Al-Barassi, Aisha Al-Qadhafi et Mohammed Al-Qadhafi.  Il a précisé que la réponse à la demande d’exemption formulée par M.  Abu Zayd Umar Dorda est en cours d’élaboration.  En conclusion, le Président a fait part de sa détermination à organiser une visite de ce Comité dans certaines régions libyennes, dès que les arrangements logistique et sécuritaires auront été réglés. 

Mme ELHAM SAUDI, cofondatrice et Directrice de Lawyers for Justice Libya, s’est présentée comme une femme libyenne, mère, avocate et défenseuse des droits humains qui travaille pour la paix et la justice en Libye depuis plus d’une décennie.  Elle a rappelé que les parties à Tripoli sont parvenus à un cessez-le-feu, qu’un gouvernement d’union a été nommé et qu’une feuille de route pour les élections était également en cours d’élaboration.  Bien que précieux, a-t-elle dit, ces progrès sont également réversibles tant que l’impunité pour les soi-disant « saboteurs » prévaut.  Pour la défenseuse des droits humains, les élections doivent être ancrées sur une base juridique claire, non politisée et donc incontestablement légitime.  Elle a appelé à ne pas se concentrer uniquement sur l’identification d’une date rapprochée pour leur tenue, au détriment de l’élaboration d’un processus clair pour les faciliter.  Il faut un processus de médiation qui tire les leçons des dernières années et qui se concentre sur la création de jalons, y compris les exigences d’une loi électorale, d’un code de conduite et d’une base constitutionnelle qui sous-tend les élections présidentielle et législatives, a-t-elle insisté. 

Soulignant que la reddition de compte est une condition préalable au progrès politique, Mme Saudi a déclaré qu’en raison de la faiblesse des critères de sélection des candidats aux élections de 2021, des individus soupçonnés de corruption, de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de violations des droits humains -dont plusieurs inculpés par la Cour pénale internationale (CPI)- sont désormais candidats.  Elle a également relevé que les sanctions du Conseil de sécurité n’ont entrainé des conséquences directes que sur un nombre limité d’auteurs de violations des droits humains, alors qu’elles devraient être appliquées de manière transparente et cohérente, tout en offrant réparation aux victimes. 

Mme Saudi a ensuite décrit la répression menée par la Libye contre les groupes de la société civile, en particulier ceux œuvrant dans le domaine des droits humains et la consolidation de la paix.  Elle a indiqué que des membres de la société civile ont été menacés, ont disparu, ont été torturés et tués.  « Le Conseil, ainsi que les États Membres qui ont soutenu les parties libyennes, doivent exiger la protection de la société civile libyenne », a-t-elle insisté, ajoutant que des défenseurs des droits humains et des femmes exerçant leur droit de participer à la vie politique ou publique ont été également ciblés.  Dans ce contexte, elle a exhorté le Conseil à soutenir un processus électoral ancré dans un cadre législatif et constitutionnel légitime, et qui identifie et poursuit les étapes nécessaires pour créer un environnement sûr et propice aux élections en Libye.  De même, les membres du Conseil de sécurité doivent exiger des comptes de toutes les parties au conflit, y compris les États tiers, les combattants étrangers et les mercenaires, notamment en apportant un soutien à la CPI et en facilitant les enquêtes nationales relevant de la compétence universelle dans les États.  Ils doivent également appliquer les sanctions de manière équitable, transparente et cohérente et mettre en œuvre les recommandations de l’examen stratégique indépendant de la MANUL afin d’assurer l’efficacité de la Mission et sa capacité à s’acquitter de son mandat. 

M. JAMES KARIUKI (Royaume-Uni) a réaffirmé le soutien total de son pays au processus politique facilité par l'ONU et dirigé par la Libye, affirmant voir dans la tenue d’élections libres, équitables et inclusives un élément crucial de ce processus. Pour aller de l’avant et lever les incertitudes, il a jugé vital d’aborder les raisons ayant empêché ces élections de se dérouler comme prévu en décembre dernier. Il a également invité la communauté internationale à continuer de soutenir le travail effectué par la MANUL sur les plans politique, sécuritaire et économique, avant d’indiquer que le Royaume-Uni a proposé un projet de résolution visant à renouveler mandat de la Mission d’appui. 

Le représentant a d’autre part plaidé pour une plus grande inclusion des femmes et des jeunes dans le processus de paix et la vie politique. Notant que, sur les 2,8 millions d’électeurs inscrits, environ 1 million sont des femmes, il a déploré la présence de seulement deux femmes parmi les 98 candidats inscrits pour l’élection présidentielle de décembre.  Les femmes doivent pouvoir participer en tant que candidats et électeurs sans crainte de représailles ou d’intimidation, a-t-il affirmé.  Il a enfin appelé de ses vœux le retrait de toutes les forces étrangères et de tous les mercenaires de Libye, sans retard supplémentaire. Saluant à cet égard le plan d’action de la Commission militaire conjointe 5+5, il a demandé à tous d’appuyer sa mise en œuvre. Selon lui, il importe de mettre en place un plan de suivi et de vérification de la présence et du retrait de toutes ces forces. 

M. MOHAMED ISSA ABUSHAHAB (Émirats arabes unis) a tout d’abord fait valoir qu’il n’y a pas d’alternative à un règlement politique et diplomatique en Libye.  Saluant les efforts déployés par la Libye pour atteindre ces objectifs ainsi que le soutien apporté par l’ONU à la mise en œuvre des résultats de la deuxième Conférence de Berlin et des conclusions du Forum de dialogue politique interlibyen, il a souhaité que cela permette de résoudre les problèmes ayant entraîné le report des élections présidentielle et législatives de décembre dernier.  Dans ce cadre, il a appelé toutes les parties et tous les acteurs locaux à recourir au dialogue de manière à parvenir à un consensus sur les règles juridiques et procédurales des élections, et de faire respecter leurs résultats. Il a également plaidé en faveur d’une participation pleine, juste et égale des femmes et des jeunes. 

Évoquant ensuite le travail essentiel mené par la Commission militaire conjointe 5+5 pour parvenir à la stabilité et ramener la paix, le délégué a souligné la nécessité d’assurer la mise en œuvre du plan d’action concernant le retrait des combattants étrangers et des mercenaires de Libye de manière simultanée et échelonnée.  Traiter sérieusement cette question aidera à faire avancer le volet politique et soutiendra le redressement économique, tout en contribuant à la lutte contre les groupes terroristes transfrontaliers et au contrôle de l’immigration illégale, a-t-il soutenu, avant de se féliciter que les parties libyennes se soient réunies, le 11 décembre à Syrte, dans le but d’unifier les institutions de sécurité.  Avant de conclure, le représentant a renouvelé le soutien de son pays à la MANUL, saluant le rôle joué par la Mission dans la coordination des mécanismes et des initiatives de sécurité dirigés par les Libyens. 

Mme GERALDINE BYRNE NASON (Irlande) a souhaité que le mandat de la MANUL soit renouvelé à la fin de ce mois, tant celle-ci joue un rôle vital sur le terrain.  Elle a appelé les parties libyennes à remédier aux causes profondes qui ont empêché pour l’instant le déroulement du processus électoral et à s’engager en faveur d’élections libres et inclusives.  La déléguée a ensuite souligné l’importance d’une pleine participation des femmes dans tous les secteurs de la société libyenne.  Elle a salué les progrès accomplis dans l’application de l’accord de cessez-le-feu d’octobre 2020 et le déploiement du premier contingent d’inspecteurs onusiens chargés de sa surveillance.  Appelant à « l’unification » du secteur de sécurité libyen, la déléguée a demandé le retrait de tous les combattants étrangers et des mercenaires.  Mme Byrne Nason a indiqué que plus de 250 000 enfants ont besoin d’une aide humanitaire en Libye et exhorté les parties à s’acquitter de leurs obligations en vertu du droit international humanitaire. Enfin, elle a demandé aux autorités libyennes de prévoir une alternative à la détention en ce qui concerne les réfugiés et les migrants, y compris les enfants. 

Au nom du Gabon, du Ghana et du Kenya (A3), M. MARTIN KIMANI (Kenya) a déclaré que le dialogue national et la réconciliation sont la clef de la paix durable en Libye.  Il a indiqué que les élections sont une étape essentielle de la paix et de la stabilité, mais qu’elles peuvent diviser un pays plutôt que de l’unir, surtout un pays aussi amèrement divisé que la Libye l’a été. Pour qu’il y ait paix, les élections doivent aboutir un résultat doté d’une légitimité politique dans toutes les régions du pays.  Sinon, elles risquent d’attiser la méfiance, la division et peut-être même une reprise des conflits violents, a averti le délégué.  Il a ensuite appelé à la tenue d’élections libres, sur la base de la feuille de route du Forum de dialogue politique interlibyen.  L’ONU doit pour sa part fournir un appui technique suffisant et transparent aux élections afin de donner une plus grande légitimité à leurs résultats. 

Il a fait part de sa crainte de voir le processus électoral sapé par un ingérence et des intérêts étrangers, dénonçant notamment la présence déstabilisatrice continue de mercenaires, de combattants étrangers et de forces étrangères.  Il a demandé l’application de l’accord de cessez-le-feu, y compris le retrait des combattants et mercenaires étrangers et les réformes correspondantes du secteur de la sécurité.  M. Kimani a aussi souligné l’importance de mettre en œuvre le plan d’action global approuvé le 8 octobre par la Commission militaire conjointe 5+5, exhortant en outre la MANUL à veiller à ce que la mise en œuvre de l’accord de cessez-le-feu se fasse en coordination avec les États voisins, les autres États touchés et les mécanismes régionaux compétents afin d’atténuer les effets négatifs de leurs déplacements dans la région. 

Poursuivant, M. Kimani a dénoncé l’accumulation et le flux d’armes sophistiquées et d’armes légères et de petit calibre illicites en Libye et dans la région du Sahel d’origine étrangère.  Il a appelé à appuyer les efforts de désarmement, de démobilisation et de réinsertion en Libye ainsi qu’au respect de l’embargo sur les armes.  Il est également urgent de renforcer la capacité de la Libye et des pays voisins à faire face efficacement à l’augmentation de la menace terroriste.  Le représentant a ensuite demandé la restitution des avoirs libyens gelés et dit la nécessité de procéder à des examens périodiques des sanctions pour s’assurer qu’elles répondent à leur intention.  M. Kimani a enfin condamné le traitement odieux que subissent les migrants et les réfugiés qui se rendent en Europe, notamment leur interception en mer et leur retour en Libye. 

M. JOÃO GENESIO DE ALMEIDA FILHO (Brésil) s’est dit profondément préoccupé par le report des élections présidentielle et parlementaires du 24 décembre en Libye, qui risque selon lui de compromettre les progrès réalisés au fil des ans. Plaidant pour des élections libres et inclusives, il a souhaité que la tenue de ces scrutins aille de pair avec la construction d’un cadre constitutionnel qui préserve l’équilibre entre les forces politiques libyennes, assure la participation des femmes et renforce la stabilité.  Dans ce contexte, le délégué s’est alarmé des effets déstabilisateurs de la présence de mercenaires et d’autres combattants étrangers en Libye.  Il s’est félicité à cet égard du retrait annoncé de 300 combattant étrangers de l’est du pays, avant d’appeler au retour des forces restantes vers leur pays d’origine, conformément au plan d’action de la Commission militaire conjointe 5+5. 

Le représentant s’est d’autre part inquiété de la situation des droits humains en Libye, notamment des violations à l’encontre des migrants et des réfugiés, des violences et menaces ciblant des journalistes et des militants de la société civile, de l’usage excessif de la force et des détentions arbitraires.  Il a enjoint les autorités libyennes à ne pas laisser de tels faits impunis.  Enfin, évoquant le renouvellement du mandat de la MANUL sur lequel le Conseil de sécurité doit prochainement se prononcer, il a estimé que la Mission doit disposer des ressources nécessaires à l’accomplissement de sa tâche, conformément aux recommandations de l’examen stratégique indépendant réalisé en 2021, lesquelles comprennent la nomination d’un Représentant spécial du Secrétaire général basé à Tripoli. 

M. FERIT HOXHA (Albanie) a souhaité que le mandat de la MANUL soit renouvelé à la fin de ce mois.  Il a déploré que les aspirations démocratiques des Libyens ne se soient pas concrétisées en raison du report des élections prévues le 24 décembre dernier.  Ceux qui contrarient de telles aspirations doivent rendre des comptes, a déclaré le délégué, en appelant la communauté internationale à appuyer le peuple libyen.  Le délégué a appelé au retrait des mercenaires et combattants étrangers de la Libye et appuyé la Commission militaire conjointe 5+5.  La situation en ce qui concerne les droits humains dans le pays continue d’être déplorable, s’est ensuite alarmé le délégué, soulignant que les auteurs des violations doivent rendre des comptes.  Le représentant a notamment fustigé les conditions de détention « inhumaines » des migrants et réfugiés en Libye, y compris des enfants.  Enfin, il a souligné le rôle vital de médiation joué par l’ONU en Libye et de nouveau souhaité le renouvellement du mandat de la MANUL. 

M. T. S. TIRUMURTI (Inde) a déploré le fait que les élections présidentielle et législatives du 24 décembre dernier n’aient pu se tenir, soulignant que la priorité la plus importante pour la Libye est d’assurer leur tenue de manière libre, juste, inclusive et crédible.  Le processus de paix doit être entièrement dirigé et contrôlé par les Libyens, et les termes du cessez-le-feu respectés, saluant à cet égard les progrès réalisés dans le cadre de la mise en œuvre du plan d’action de la Commission militaire conjointe 5+5.  Il a appelé la communauté internationale à mettre l’accent sur la lutte contre le terrorisme en Afrique et en Libye, pour ensuite recommander la mise en place d’un plan de désarmement, de démobilisation et de réintégration.  Le représentant a également appuyé le renouvèlement du mandat de la MANUL. 

M. JUAN RAMÓN DE LA FUENTE RAMÍREZ (Mexique) a regretté que malgré les appels du Conseil de sécurité, les acteurs politiques libyens n’aient pas été en mesure de s’accorder sur la tenue des élections prévues le 24 décembre dernier et a exhorté toutes les parties à fixer de nouvelles dates le plus vite possible.  Il s’est dit favorable au renouvellement du mandat de la MANUL pour  une  durée d’un an.   Le représentant s’est inquiété de la persistance d’un vide institutionnel et de ses répercussions, ainsi que de l’augmentation du nombre de migrants qui sont victimes d’abus  ou  qui se trouvent dans une situation de précarité en Libye.  Le harcèlement continu des femmes et les risques de sécurité qu’elles encourent ainsi que les personnes déplacées constituent d’autres sources d’inquiétudes. 

Il a jugé essentiel de renforcer les capacités financières et en personnel de la MANUL pour que celle-ci puisse contribuer avec plus d’efficacité à la protection des groupes les plus vulnérables, en particulier les femmes et les enfants.  Le représentant a aussi appelé à renforcer les mesures de lutte contre le trafic illicite d’armes et à favoriser le désarmement, la démobilisation et  la  réintégration des membres des milices.  Il a prié tous les États Membres à respecter l’embargo sur les armes, insistant en outre sur l’impératif pour les combattants  étrangers de se  retirer  du pays. 

M. NICOLAS DE RIVIÈRE (France) a jugé essentiel, après l’annonce du report des élections présidentielle et parlementaires du 24 décembre, de reprogrammer sans délai ces scrutins et de respecter le souhait de la population libyenne, qui se mobilise depuis plus d’un an pour la tenue de ces élections.  « En écho à l’appel du Secrétaire général, nous appelons les acteurs libyens à travailler ensemble afin de fixer au plus vite un calendrier clair pour la tenue de ces élections dans les plus brefs délais. »  Les divergences sur les lois électorales et la liste des candidats à l’élection présidentielle doivent être résolues par le dialogue et par les voies judiciaires, a-t-il déclaré.  Le délégué a appelé le Conseil à unir ses efforts pour préserver la dynamique électorale, conformément à la feuille de route du Forum de dialogue politique interlibyen.  « Ces élections sont nécessaires à la stabilisation de la Libye et offrent une occasion unique pour tourner la page d’une décennie de conflit et instaurer durablement la paix », a-t-il affirmé.  

Le représentant a aussi exhorté le Conseil à agir contre ceux qui, en Libye et ailleurs, ont intérêt à la perpétuation du statu quo et à l’instabilité sécuritaire.  « Nous rappelons à cet égard que tout individu ou entité entravant la transition, notamment le processus électoral, est susceptible d’être désigné par le comité de sanctions. »  Il s’est ensuite félicité de la concrétisation d’un premier retrait de 300 mercenaires, ainsi que des consultations de la Commission militaire conjointe 5+5 avec des acteurs régionaux et internationaux.  Il est désormais essentiel de progresser dans la mise en œuvre d’un processus complet de retrait des mercenaires, combattants étrangers et forces étrangères, piloté et dirigé par les Libyens avec l’aide de la MANUL et en coordination avec les pays de la région, a conclu le représentant de la France. 

M. DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie) a estimé que la priorité ne doit pas être le respect formel d’un délai pour la tenue des élections, mais plutôt d’assurer la qualité de leur préparation.  Il a noté que les obstacles politiques ont un impact sur d’autres domaines, citant notamment les travaux inachevés de mise en place d’organismes gouvernementaux, y compris les institutions financières.  Le représentant a plaidé pour la pérennisation de la paix en Libye, notamment par le biais de la consolidation des forces armées libyennes.  Il a aussi rappelé que la Commission militaire conjointe 5+5  s’est mise d’accord sur un plan d’action pour une sortie symétrique et synchronisée de Libye de tous les mercenaires, combattants et forces étrangères. 

Poursuivant, le délégué s’est inquiété du fait que depuis novembre de l’année dernière, la MANUL, qui devrait être au centre des efforts de paix en Libye, n’a pas de leader et a jugé extrêmement important que le Secrétaire général présente un candidat dès que possible.  Il a invité les autres membres du Conseil de sécurité à faire preuve de souplesse sur la question de la durée de la prolongation du mandat de la MANUL. 

Notant que la tenue d’élections dans des périodes post-conflit est très souvent difficile, M. JISHENG XING (Chine) a appelé à tenir compte de ces difficultés lors de l’élaboration du calendrier électoral, jugeant en outre important de respecter le principe d’un processus mené et dirigé par les Libyens eux-mêmes.  Il a encouragé les parties prenantes à maintenir le dialogue de manière à parvenir à un large consensus sur la question des élections et créer un environnement propice à la tenue du scrutin.  La MANUL doit pour sa part continuer d’encourager les parties libyennes au dialogue et soutenir le processus électoral. 

M. Xing a exhorté à déployer tous les efforts nécessaires pour maintenir la stabilité et la sécurité de la Libye.  Les forces armées étrangères doivent coopérer activement avec la Commission militaire conjointe 5+5 pour accélérer leur retrait dès que possible et de manière ordonnée.  Il faut en outre assurer une coordination avec les pays de la région afin d’éviter des incidences sur la situation sécuritaire dans le Sahel.  Il a par ailleurs souligné que le relèvement économique doit aller de pair avec le processus politique pour que la stabilité et la sécurité puissent avoir des retombées positives sur les Libyens.  Le représentant a également demandé au Conseil de répondre aux préoccupations de la Libye s’agissant du gel des avoirs. 

M. JEFFREY DELAURENTIS (États-Unis) a loué le travail accompli par la MANUL avant de déplorer le report des élections prévues le 24 décembre dernier.  Il a rappelé que 2,5 millions de Libyens ont reçu une carte d’électeur et estimé que le moment est venu pour ces derniers de s’exprimer.  Le peuple libyen est prêt à déterminer son avenir par le biais d’élections, a-t-il dit, en demandant aux dirigeants de fixer un « cap crédible » et de faire montre de courage.  Il a également noté que la feuille de route du Forum de dialogue politique interlibyen demeure en place, encourageant par ailleurs les candidats et groupes politiques à coopérer avec la Haute Commission électorale nationale.  Il a rappelé à tous ceux qui veulent interférer avec le processus électoral libyen que le Conseil peut adopter des sanctions.  Le délégué a ensuite souligné les évolutions positives sur le front économique et sécuritaire.  Il a notamment appuyé les efforts visant à une distribution équitable des ressources entre tous les Libyens et approuvé l’élaboration par la Commission militaire conjointe 5+5 d’un plan en vue du retrait des combattants étrangers et des mercenaires.  Il a souhaité le retrait immédiat de ces acteurs avant de se dire favorable au renouvellement du mandat de la MANUL qui, a-t-il ajouté, doit être renforcé. 

Mme TRINE SKARBOEVIK HEIMERBACK (Norvège) a regretté que les élections en Libye n’aient pu avoir lieu le 24 décembre dernier et a exprimé l’espoir que leur report ne nuira pas à la transition politique.  Encourageant vivement les acteurs politiques à poursuivre leurs efforts en vue du transfert de pouvoir aux institutions démocratiquement élues, elle a appelé à la tenue, dès que possible, d’élections présidentielle et parlementaires qui soient libres, justes et inclusives.  À cette fin, la représentante a exhorté les institutions et les autorités libyennes compétentes, y compris la Chambre des représentants, à contribuer à la préparation des scrutins de manière constructive.  Selon elle, les parties libyennes doivent s’entendre sur une feuille de route prévoyant une nouvelle date électorale, sans laisser se développer ses voies alternatives antidémocratiques.  Elle a également réitéré l’appel de son pays à la participation pleine, significative et égale des femmes à la vie politique libyenne, notamment dans la cadre des élections, y voyant un élément crucial du processus démocratique et de la légitimité du Gouvernement libyen. 

La déléguée a ensuite souligné l’importance de créer un environnement propice à l’action des artisans de la paix, des défenseurs des droits humains et des représentants de la société civile, relevant que les processus politiques inclusifs et participatifs exigent que chacun puisse s’engager en toute sécurité. Sur le plan humanitaire, elle s’est déclarée préoccupée par le manque de protection des civils et par la poursuite des violations des droits humains des migrants, des réfugiés et des demandeurs d’asile.  Elle s’est également inquiétée de la situation des personnes détenues illégales et arbitrairement, parmi lesquelles figurent des enfants.  Appelant de ses vœux un accord au sein du Conseil en faveur du renouvellement pour un an du mandat de la MANUL, elle a appuyé à cet égard la mise en œuvre des recommandations de l’examen stratégique indépendant. 

M. TAHER M. T. ELSONNI (Libye) a salué la prompte nomination de la Conseillère spéciale du Secrétaire général pour la Libye après la démission de M. Jan Kubiš.  Il a déclaré que le report des élections était prévisible, le Gouvernement ayant déjà mis en garde au sujet du manque de convergence sur le cadre légal devant régir les scrutins du 24 décembre dernier.  Il est donc question de se mettre d’accord sur une base constitutionnelle consensuelle afin d’assurer la tenue d’élections libres et transparentes dont les résultats seront acceptés par tous.  Pour le délégué, il est essentiel que l’ONU apporte son aide au pays afin que ces élections ne soient pas contestées.  Il est également nécessaire que le processus soit mené et dirigé par les Libyens eux-mêmes. 

Sur le plan sécuritaire, le représentant a indiqué que des efforts sont en cours pour unifier les forces militaires et établir des mécanismes pour mettre fin à toute présence étrangère sur le sol libyen.  « Nous devons mettre en place nos propres institutions sécuritaires et militaires », a-t-il dit en évoquant des institutions qui devront être non partisanes et non politisées.  Il a également mis en avant les efforts en cours pour mettre sur pied des institutions financières nationales unifiées.  Après avoir affirmé que certains pays ont essayé de semer le chaos en Libye, craignant de perdre de leur influence si le peuple retrouvait sa souveraineté, il a appelé l’Union africaine à apporter son soutien au pays. 

Le représentant a salué les débats qui sont en cours dans le pays, y compris parmi les jeunes par l’intermédiaire des réseaux sociaux.  « Nous devons arrêter de nous affronter et essayer de nous réconcilier », a-t-il plaidé, avant d’affirmer que le peuple libyen ne sera pas ébranlé et fera tout pour retrouver sa force. 

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