Imprimer
CS/14784
31 janvier 2022
8961e séance – après-midi

Libye: le Conseil de sécurité proroge de trois mois le mandat de la MANUL

Le Conseil de sécurité a procédé, cet après-midi, à une nouvelle reconduction technique du mandat de la MANUL en adoptant à l’unanimité la résolution 2619 (2022) qui proroge de trois mois, jusqu’au 30 avril prochain, le mandat de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye comme « mission politique spéciale intégrée ». 

Soumise par le Royaume-Uni, porte-plume sur la Libye, cette résolution constitue le troisième renouvellement technique consécutif, en l’espace de seulement quatre mois et demi, du mandat de la MANUL, tel que défini dans la résolution 2542 (2020) et au paragraphe 16 de la résolution 2570 (2021)

Fruit de difficiles négociations, le texte adopté aujourd’hui contient comme seule nouvelle disposition le rappel par le Conseil que la Mission devrait être dirigée par « un(e) envoyé(e) spécial(e) », étant entendu que c’est au Secrétaire général qu’incombe la responsabilité de nommer cette personne. 

En septembre 2021, le Conseil avait échoué par deux fois à adopter un texte comportant des modifications de fond sur la base des recommandations contenues dans le rapport d’examen stratégique de la MANUL, présenté le mois précédent par le Secrétaire général.  Ce rapport recommandait, entre autres mesures, de remplacer l’Envoyé spécial basé à Genève par un Représentant spécial basé à Tripoli, appuyé par deux Représentants spéciaux adjoints. 

Après le vote sur cette reconduction technique, 13 des 15 membres du Conseil ont pris la parole, la plupart pour regretter, à l’instar du Royaume-Uni, que le Conseil n’ait pu tomber d’accord sur un renouvellement de fond du mandat de la Mission.  Pour la France, cette absence de consensus est d’autant plus regrettable qu’après le report du premier tour de l’élection présidentielle prévu le 24 décembre dernier, la Libye est à un « moment critique » de sa transition politique.  Une résolution de fond aurait conféré à la MANUL un « impact optimal », notamment grâce à la mise en œuvre des recommandations de l’examen stratégique, a renchéri l’Irlande.  Cela aurait permis à la  Mission de s’acquitter de son mandat en suivant les recommandations du Secrétaire général, ont relevé les Émirats arabes unis. 

Même sentiment mitigé de la part des États-Unis, selon lesquels le vote d’aujourd’hui « laisse à désirer pour le peuple libyen » et « ne donne pas une bonne image du Conseil », alors que le « texte solide » présenté initialement par le Royaume-Uni aurait contribué à restructurer la MANUL à la veille d’élections cruciales pour la Libye.  « L’objectif du porte-plume n’a pas été atteint », a constaté la Norvège, non sans préciser que le projet de résolution initial comportait des éléments importants sur le processus de paix, la protection des civils et la coopération régionale. 

Un renouvellement substantiel du mandat de la MANUL aurait été « le moyen idéal d’insuffler les besoins émergents du processus de paix dans le soutien à la Mission », a regretté à son tour le Kenya, pour qui le Conseil « manque une autre occasion importante de soutenir fermement la nation libyenne » dans ses efforts de dialogue et de réconciliation.  L’Albanie a, elle, formé l’espoir que l’unité du Conseil prévaudra à l’avenir pour renouveler le mandat de la Mission, « dans le droit fil de l’examen stratégique ».  Un avis partagé par le Brésil, qui a souhaité que l’on tienne compte des intérêts du peuple libyen et de la « position des membres élus ». 

Il faut « transcender les différences et trouver un accord sur le fond », qui prenne en compte l’avis des « élites africaines », via le Groupe des Sages de l’Union africaine, afin qu’un envoyé spécial soit désigné dans les meilleurs délais, a pour sa part soutenu le Gabon, rejoint par le Mexique et la Chine, lesquels ont tous deux appelé le Secrétaire général à entendre la requête des pays africains. 

Tout en rappelant, elle aussi, au Secrétaire général qu’il importe de nommer sous peu un « chef de mission », afin de relancer l’action de la MANUL, la Fédération de Russie s’est, de son côté, déclarée convaincue que cette prorogation technique permettra à la Mission de gérer au mieux la situation préélectorale.  À cette fin, elle a exhorté tous les acteurs libyens à surmonter leurs différends avec l’aide de la MANUL, notamment pour définir la date des élections  présidentielle et parlementaires. 

LA SITUATION EN LIBYE (S/2022/31)

Texte du projet de résolution (S/2022/69)

Le Conseil de sécurité,

Rappelant sa résolution 1970 (2011) et toutes ses résolutions ultérieures sur la Libye, notamment les résolutions 2259 (2015), 2510 (2020), 2542 (2020) et 2570 (2021),

Rappelant qu’il a constaté, dans sa résolution 2213 (2015), que la situation en Libye continuait de menacer la paix et la sécurité internationales,

1.    Décide de proroger jusqu’au 30 avril 2022 le mandat de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL), mission politique spéciale intégrée, afin que celle-ci puisse s’acquitter de son mandat, tel que défini dans la résolution 2542 (2020) et au paragraphe 16 de la résolution 2570 (2021);

2.    Rappelle que la MANUL devrait être dirigée par un(e) envoyé(e) spécial(e) et que la nomination d’un(e) envoyé(e) spécial(e) dans les termes prévus par la résolution 2542 (2020) est de la responsabilité du Secrétaire général;

3.    Décide de rester activement saisi de la question.

À l’intention des organes d’information • Document non officiel.