Imprimer
CS/14815
2 mars 2022
8984e séance – matin

Conseil de sécurité: la Représentante spéciale pour l’Afghanistan appelle à doter la MANUA d’un mandat robuste

Six mois et demi après la prise de Kaboul par les Taliban le 15 août 2021, le Conseil de sécurité a été appelé, ce matin, à doter la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) d’un mandat robuste pour lui permettre de répondre aux besoins de la population afghane.  Alors que 24 millions d’Afghans -60% de la population- auront besoin d’aide humanitaire en 2022, contre 18 millions en 2021, la Représentante spéciale du Secrétaire général pour l’Afghanistan a précisé que ce renouvellement de mandat, qui doit intervenir fin mars, devra aider à mettre en œuvre cinq priorités. 

Selon Mme Deborah Lyons, si la MANUA est dotée des ressources nécessaires, elle pourra s’attaquer à la crise économique; travailler avec les Taliban pour assurer l’accès à l’éducation pour toutes les filles et tous les garçons; soutenir le respect des droits humains; et engager une discussion sur l’inclusion politique.  La Mission pourra également soutenir un dialogue politique structuré avec les autorités de facto qui appuie le processus de sécurisation de la légitimité nationale et réponde aux principales préoccupations des membres du Conseil, telles que la lutte contre les stupéfiants, la lutte contre le terrorisme et la sécurité régionale. 

« Il s’agit d’établir une voie pour permettre à l’État afghan de rejoindre la communauté internationale au sens large », a-t-elle indiqué. 

La Chef de la MANUA a également estimé ne pas pouvoir aider le peuple afghan sans travailler avec les autorités de facto, précisant avoir fait part aux Taliban des préoccupations de la communauté internationale s’agissant des restrictions aux droits fondamentaux des femmes et des filles, les exécutions extrajudiciaires, les disparitions forcées et les détentions arbitraires, le respect des minorités et les libertés de réunion et d’expression.  De leur côté, les Taliban se sentent incompris et estiment notamment qu’ils devraient être davantage reconnus pour la sécurité qui prévaut en Afghanistan, a-t-elle relayé, précisant qu’au cours des six mois qui se sont écoulés depuis le 15 août, le nombre de victimes civiles a diminué de 78% suite à la réduction du conflit.  « Ce choc des perspectives est à la base d’une grave méfiance à laquelle il faut remédier », a-t-elle souligné. 

Dépeignant un sombre tableau de l’état des libertés fondamentales, Mme Mariam Safi, chercheuse afghano-canadienne en matière de consolidation de la paix et membre de la société civile, a expliqué que la liberté d’expression a presque entièrement disparu en Afghanistan, et que la répression des droits des femmes semble être au cœur de la vision des Taliban.  À l’instar de la France, elle a exhorté le Conseil de sécurité à juger les Taliban pour leurs actes et non pour leurs paroles.  Les Taliban doivent prouver qu’ils ont changé et qu’ils sont prêts à rejoindre la communauté internationale, notamment dans le domaine du respect des droits des femmes et la protection des enfants, a-t-elle insisté. 

« La religion ne saurait justifier une quelconque discrimination à l’égard des femmes », a renchérit la représentante des Émirats arabes Unis qui a fait le lien entre parité et économie en expliquant que la discrimination des femmes coûterait 1 milliard de dollars par an à l’économie afghane.  Dans la même veine, la délégation du Kenya a noté qu’au moins 5% du produit intérieur brut (PIB) est perdu lorsque les femmes sont confrontées à des restrictions de travail, avant d’exhorter les Taliban à tenir compte de cette réalité dans l’élaboration de politiques.  « Les droits des femmes et des filles sont indissociables de la prospérité de l’Afghanistan », a résumé la Norvège.  

Le risque d’un effondrement de l’économie afghane a également été la source de multiples préoccupations, l’Iran soulignant notamment que la mise à disposition des avoirs gelés de l’Afghanistan est cruciale pour le rétablissement de l’économie afghane.  Ce sujet a d’ailleurs été l’origine d’une rare joute oratoire entre les représentants de la Chine et des États-Unis.  Ainsi la Chine, à l’instar de la Fédération de Russie, du Pakistan, mais aussi de la représentante de la société civile, a estimé que le gel de 7 milliards de dollars d’avoirs afghans par les États-Unis était une atteinte à la souveraineté de l’Afghanistan et une violation du droit international.  Réserver une partie des avoirs gelés pour indemniser les victimes des attentats terroristes du 11 septembre 2001 est une décision immorale, a dénoncé la Fédération de Russie. 

En tant que pays géographiquement proches de l’Afghanistan, les représentants de l’Inde et de l’Iran se sont particulièrement inquiétés des risques de voir l’Afghanistan redevenir un sanctuaire terroriste.  À l’instar de la France, ces délégations ont fustigé l’insuffisance des mesures prises par les Taliban pour contrecarrer ce fléau, l’Iran ayant notamment relevé que l’État islamique d’Iraq et du Levant-Khorassan (EIIL-K) aurait mené 152 attaques dans 16 provinces entre le 19 août et le 31 décembre 2021. 

Regrettant que « rien ne soit amélioré sur le terrain depuis la dernière réunion du Conseil de sécurité », le représentant de l’Afghanistan a jugé essentiel l’avènement d’un gouvernement légitime et inclusif nommé par et pour les Afghans et capable de défendre les droits des femmes, des filles et des minorités et de faire face à la crise économique.  Le Pakistan s’est, quant à lui, voulu confiant en estimant que pour la première fois en 40 ans, l’Afghanistan dispose d’un gouvernement qui contrôle l’ensemble du pays sans menace existentielle sur sa survie.  C’est pourquoi, il a exhorté la communauté internationale à aider à stabiliser l’Afghanistan et pérenniser la paix dans le pays et dans la région en évitant de reproduire une erreur commise à deux reprises en 20 ans. 

LA SITUATION EN AFGHANISTAN – (S/2022/64)

Déclarations

Mme DEBORAH LYONS, Représentante spéciale du Secrétaire général et Chef de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), a indiqué que les pires craintes d’une famine généralisée en Afghanistan ont été évitées cet hiver grâce aux agences humanitaires de l’ONU qui ont pu fournir une assistance vitale à près de 20 millions de personnes dans 397 des 401 districts afghans.  Il faut néanmoins s’attaquer à la situation économique du pays pour éviter de se retrouver face à la même crise l’hiver prochain.  Alertant que l’on approche d’un point de basculement qui verra plus d’entreprises fermer et plus de personnes au chômage et sombrer dans la pauvreté, elle a remercié le Trésor des États-Unis pour les dispositions mises en place pour faciliter les activités commerciales et financières et permettre de travailler avec toutes les institutions gouvernementales. 

Mais d’autres défis au redressement économique persistent, a-t-elle indiqué, citant notamment l’effondrement de la demande dû à la cessation de l’aide au développement, les restrictions sur les paiements internationaux, le manque d’accès aux réserves de devises fortes, la pénurie de liquidités et les contraintes imposées à la Banque centrale.  De son côté, la MANUA a pris toutes les mesures possibles pour injecter des liquidités dans l’économie, y compris l’importation physique d’espèces, et cherche à établir -sur une base temporaire- une facilité d’échange humanitaire pour permettre une intensification de la programmation humanitaire et donner accès à des dollars américains à des entreprises légitimes pour leur permettre d’importer des marchandises. 

« Nous ne croyons pas pouvoir véritablement aider le peuple afghan sans travailler avec les autorités de facto », a insisté la Représentante spéciale tout en reconnaissant qu’il existe toujours une méfiance persistante entre les Taliban et une grande partie de la communauté internationale.  Elle a indiqué que les Taliban se sentent incompris et se plaignent des rapports qui ne reflètent pas la réalité telle qu’ils la voient.  Ils me disent que nous sous-estimons leurs réalisations et exagérons les problèmes qu’eux-mêmes reconnaissent et prétendent essayer de résoudre, a-t-elle indiqué.  Les Taliban estiment notamment qu’ils devraient être davantage reconnus pour la sécurité qui prévaut en Afghanistan, a-t-elle ajouté, précisant qu’au cours des six mois qui se sont écoulés depuis le 15 août, le nombre de victimes civiles a diminué de 78% grâce à la réduction du conflit.  Ils notent également que leur déclaration d’amnistie a été honorée en grande partie, a-t-elle ajouté, tout en notant la persistance de problèmes de sécurité, dont le meurtre la semaine dernière de huit vaccinateurs contre la poliomyélite dans le nord de l’Afghanistan. 

Selon la Représentante spéciale, les Taliban mettent également en avant les progrès réalisés sur le front économique - notamment des revenus solides malgré une activité économique réduite, la réduction de la corruption gouvernementale et un budget qui ne nécessite pas les ressources des donateurs—ainsi que la réouverture des universités publiques; la finalisation du plan de réouverture des écoles pour filles et garçons; et une politique diplomatique qui consiste à veiller à ce que l’Afghanistan ne devienne pas une arène de concurrence entre différentes puissances.  Selon les Taliban, ces réalisations positives sont sapées par une guerre économique non déclarée contre eux par la communauté internationale dans le but d’étouffer leur économie afin que leur régime s’effondre.  Ce choc des perspectives est à la base d’une grave méfiance à laquelle il faut remédier, a-t-elle souligné. 

Mme Lyons a expliqué avoir fait part aux Taliban des préoccupations de la communauté internationale s’agissant des restrictions aux droits fondamentaux des femmes et des filles, des exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées et des détentions arbitraires, du respect des minorités et des libertés de réunion et d’expression.  La MANUA a également appelé à la libération, le mois dernier, des femmes manifestantes portées disparues et des membres de leur famille. 

Elle a estimé que la mission politique pouvait faire davantage pour travailler avec les autorités de facto sur les principaux problèmes auxquels est confrontée la société afghane.  « Mais une mission politique implique un objectif politique qui est de voir l’Afghanistan réintégrer l’organisation ». Naturellement, a-t-elle ajouté, travailler avec l’autorité de facto ne signifie en aucun cas tolérer tout ce qu’elle fait, mais cela nous donnera l’occasion de contribuer à façonner un avenir pour le peuple afghan, exempt de conflits et où il pourra poursuivre pacifiquement leur quête de prospérité, de participation et de respect de leurs droits. 

Mme Lyons a ensuite indiqué que le Secrétaire général a proposé de doter la MANUA d’un mandat d’un an au lieu de six mois.  Si la MANUA est dotée des ressources nécessaires, elle pourra s’attaquer à la crise économique; travailler avec les Taliban pour assurer l’accès à l’éducation pour toutes les filles et tous les garçons; soutenir le respect des droits humains; et engager une discussion sur l’inclusion politique.  La Mission pourra également soutenir un dialogue politique structuré avec les autorités de facto qui appuie le processus de sécurisation de la légitimité nationale et réponde aux principales préoccupations des membres du Conseil, telles que la lutte contre les stupéfiants, la lutte contre le terrorisme et la sécurité régionale.  Il s’agit d’établir une voie pour l'État afghan de rejoindre la communauté internationale au sens large, a-t-elle souligné, avant d’appeler le Conseil de sécurité à octroyer à la MANUA un mandat robuste permettant de répondre aux besoins de la population afghane qui a trop souffert. 

Mme MARIAM SAFI, afghano-canadienne et membre de la société civile a déclaré être venue au Conseil de sécurité avec « un petit bout » de l’Afghanistan.  « Un peu de terre que j’ai gardée depuis ma première visite en 2007 », a-t-elle dit, expliquant qu’à ses yeux, chaque grain représente une femme, un homme ou un enfant afghan—les dizaines de milliers d’Afghans et d’Afghanes tués, les Hazaras et autres groupes ethniques qui sont encore persécutés, le million d’enfants en proie à la malnutrition, les 24 millions de personnes en besoin d’assistance humanitaire et les dizaines de manifestantes, de représentants de la société civile et de journalistes qui ont été détenus, kidnappés ou tués depuis le 15 août.  « L’Afghanistan ne tient qu´à un fil », s’est-elle alarmée, notant qu’il est du ressort du Conseil de sécurité de prendre des décisions qui pourraient élever le peuple afghan, la région et le monde, et briser le cycle du conflit et de la violence. 

Mme Safi s’est inquiétée de la forte dégradation des droits des femmes engendrée par l’arrivée des Taliban au pouvoir, à commencer par les restrictions à leur liberté d’aller et venir, leurs habits et leur accès à l’éducation et au travail.  Bien que les Taliban aient annoncé la levée de certaines restrictions, la mise en pratique de leurs engagements reste incertaine, et la répression des droits des femmes semble être au cœur de la vision des Taliban pour l’Afghanistan. C’est pourquoi les femmes continuent à manifester à travers le pays, malgré le danger qu’elles encourent.  À l’heure actuelle, a-t-elle fait savoir, les Taliban fouillent les maisons et les bureaux de Kaboul, semant la peur parmi les Afghans ordinaires.  Cette manœuvre d’intimidation, a-t-elle averti, devrait alerter la communauté internationale, surtout celles et ceux qui cherchent à collaborer avec les Taliban qu´il faut les juger pour leurs actes et non pour leurs paroles.  « Une collaboration sans conditions est synonyme de complicité », a-t-elle assené. 

Mme Safi a plaidé pour que la MANUA dispose d’un mandat solide afin d’assurer le suivi et le compte rendu des droits humains et de soutenir la mise en œuvre des obligations internationales de l’Afghanistan.  La nomination d’un Rapporteur spécial chargé de suivre la situation des droits humains en Afghanistan est certes importante, mais elle ne remplace pas la MANUA ni les infrastructures déjà en place avant août, a-t-elle expliqué.  Elle a souhaité voir la MANUA disposer des ressources et des capacités nécessaires pour élargir son champ d’action et pour venir en aide aux organisations locales dans leur mise en œuvre des droits humains.  Elle a également exhorté le Conseil de sécurité à garantir un mandat de la MANUA clairement favorable à la participation entière, sûre, égale et significative des femmes au sein de tous les procédés et à la consultation régulière avec des femmes et avec la société civile en général, y compris la communauté LGBTQI+, les jeunes, les victimes et toutes les communautés ethniques et religieuses. 

La militante a par ailleurs souhaité que l’aide humanitaire soit effectuée en partenariat avec la société civile afghane tout en notant que celle-ci ne peut en aucun cas remplacer une économie nationale forte.  « La décision prise récemment par les États-Unis de partager les 7 milliards de dollars de fonds gelés de l’Afghanistan et d’en priver la population afghane n’est rien d’autre que du vol », a-t-elle déclaré.  Ces fonds appartiennent au peuple afghan, et ils doivent lui être restitués, a plaidé Mme Safi qui a expliqué qu’afin d’empêcher que ces fonds soient utilisés en faveur des Taliban, ils peuvent être libérés progressivement auprès de la Banque centrale, qui se doit de rester indépendante et dirigée par une équipe technique neutre. 

Elle a en outre affirmé que les Taliban ont gardé un lien étroit avec des groupes terroristes étrangers, notamment à travers le réseau Haqqani et Al-Qaida, et ont également créé des bataillons d’attentats-suicides au sein de leurs propres forces armées.  Les Taliban sont en quête d’un émirat islamique, c’est-à-dire un gouvernement formé autour d’un seul chef choisi par un conseil et qui maintient tout le pouvoir.  Or, le peuple afghan doit être en mesure de s’exprimer librement et tous les Afghans doivent être représentés au sein de tout gouvernement futur, a souligné la militante pour qui la communauté internationale doit être prête à retirer son soutien si les attentes ne sont pas respectées. 

Mme MONA JUUL (Norvège) a constaté que six mois après l’arrivée des Taliban au pouvoir, l’Afghanistan est confronté à l’une des pires crises humanitaires au monde, notant en outre que l’aide humanitaire et l’aide au développement ne seront pas suffisantes pour relever les défis auxquels l’Afghanistan est confronté.  Elle a également dit être préoccupée par la violence, les abus de pouvoir et la situation imprévisible en matière de sécurité dans le pays. 

La représentante a souligné que les droits des femmes et des filles sont inextricablement liés à la stabilité et à la prospérité de l’Afghanistan.  Pour construire un pays stable, résilient et autonome, les filles et les garçons doivent avoir un accès égal à l’éducation et les femmes et les hommes doivent être en mesure de contribuer à tous les secteurs de la société afghane, y compris l’élaboration des politiques, a-t-elle indiqué.  Notant que les décisions des autorités de facto auront un impact immense pour éviter que l’Afghanistan ne demeure dans une crise humanitaire et économique perpétuelle, elle a appelé à les mettre au défi d’atténuer l’urgence humanitaire, d’agir sur le plan des droits humains et de lutter contre le terrorisme international.  Mme Juul a ensuite appelé à doter l’équipe de la Représentante spéciale d’un mandat solide afin de lui permettre de promouvoir le dialogue politique et nouer le dialogue avec les Taliban, de contrôler les droits humains, et faciliter les efforts humanitaires. 

En tant que voisin immédiat de l’Afghanistan, M. T. S. TIRUMURTI (Inde) s’est dit particulièrement inquiet de la situation en Afghanistan, en particulier sur le plan humanitaire.  Il a appelé à une distribution de l’aide humanitaire respectant les principes d’impartialité et de neutralité.  « Cette aide doit arriver en particulier aux plus nécessiteux dont les femmes, les enfants et les minorités », a insisté le représentant avant de préciser que son pays s’est engagé à livrer 50 000 tonnes de blé, 500 000 vaccins et 13 tonnes de médicaments essentiels.  Souhaitant que l’Afghanistan retrouve la paix et la stabilité, il a souligné la pertinence de la résolution 2593 du Conseil de sécurité et appelé à éviter que le territoire afghan soit utilisé par certains groupes pour mener des attaques contre des pays tiers.  Il s’est inquiété des activités de Daech en rappelant que des pays s’inquiètent à la perspective de devenir victimes d’actes terroristes commis par les groupes présents en Afghanistan.  Le représentant a par ailleurs appelé une participation de tous les pans de la société afghane, dont les femmes, en rappelant qu’un gouvernement inclusif est essentiel pour la paix et la stabilité de l’Afghanistan. 

M. JOÃO GENESIO DE ALMEIDA FILHO (Brésil) a souhaité que le futur mandat de la MANUA mette l’accent sur le renforcement de la protection des droits humains, s’inquiétant notamment des informations faisant état de violations commises par les forces associées au nouveau régime, y compris des arrestations arbitraires, des enlèvements, des exécutions extrajudiciaires et les restrictions à la liberté d’expression.  La MANUA doit pouvoir surveiller de tels incidents et aider à la consolidation de l’état de droit en Afghanistan.  Il faut également soutenir les droits des femmes et des filles, a-t-il ajouté, déplorant le fait que les militantes continuent d’être persécutées et leur présence dans la vie publique et le marché du travail est limitée.  Il a aussi appelé à défendre la protection des enfants.  À cet égard, la communauté internationale doit élever la voix contre des pratiques telles que le recrutement d’enfants par des groupes, la fermeture des écoles pour filles et l’augmentation des décès résultant de la présence de mines terrestres et d’engins explosifs.  On ne peut rester indifférent au drame de neuf millions de personnes menacées par la faim, a indiqué M.  Almeida Filho, avant de demander que le peuple afghan ait accès à ses avoirs détenus à l’étranger.  Ces ressources ne doivent pas être utilisées sans tenir compte de la volonté, des priorités et des besoins des Afghans, a-t-il souligné. 

L’espoir et le printemps sont encore loin pour le peuple afghan, a déclaré M.  JUN ZHANG (Chine) rappelant la grave crise humanitaire que traverse le pays.  Il a appelé à appuyer la stabilité du pays et l’aide humanitaire, insistant sur l’importance d’accroître l’aide à l’Afghanistan sans condition politique.  Notant que l’aide humanitaire ne suffira pas, il a appelé la communauté internationale à injecter des liquidités, appuyer l’intégration économique régionale, et lever les sanctions économiques et financières sans tarder.  Il a affirmé que les États-Unis ont détourné 7 milliards de dollars du peuple afghan, dénonçant une atteinte à la souveraineté de l’Afghanistan et une violation du droit international.  Ces avoirs permettent de sauver des vies.  Les confisquer, c’est un coup porté à l’Afghanistan, a protesté le représentant qui a appelé Washington à restituer ces avoirs sans conditions et pour ne pas empirer la situation.  Relevant que de nombreux pays travaillent actuellement avec Kaboul, il a salué une tendance prometteuse d’autant qu’il faut une approche pragmatique et équitable pour que l’Afghanistan réintègre sa place au sein de la communauté internationale.  La Chine va coopérer avec l’Afghanistan, contribuer à la paix et au développement à long terme, et promouvoir différentes mesures pour contribuer au relèvement de ce pays, a terminé le délégué.

Mme NATHALIE BROADHURST ESTIVAL (France) a déclaré que depuis leur prise du pouvoir par la force, les Taliban multiplient les exactions et violations des droits, y compris des plus fondamentaux, notant par ailleurs que les Taliban font partie des violateurs persistants de la « liste d’infamie » du rapport du Secrétaire général sur les enfants et les conflits.  Elle a appelé à soutenir un volet robuste de suivi et d’évaluation de la situation des droits de l’homme dans le prochain mandat de la MANUA, y compris pour permettre le respect des droits des femmes et la protection des enfants.  De la même manière, elle a jugé essentiel que la MANUA, dans sa mission d’accompagnement politique, travaille avec les Taliban pour la mise en place d’un gouvernement représentatif et légitime aux yeux de la population afghane. 

Face à une situation humanitaire désastreuse, la MANUA doit aussi conserver son rôle de coordinateur de l’aide humanitaire afin que celle-ci soit acheminée à toutes les personnes qui en ont besoin en Afghanistan.  En matière sécuritaire, elle a exhorté les Taliban à couper tout lien, quelle qu’en soit la nature, avec les groupes terroristes, en particulier Al-Qaida et sa filiale régionale dans le sous-continent indien.  Elle a noté que le dernier rapport de l’équipe de surveillance attachée aux comités 1267 et 1988 indique que les Taliban n’ont à ce stade pris aucune mesure pour limiter les activités des groupes terroristes en Afghanistan et que ceux-ci bénéficient d’une liberté inégalée depuis de nombreuses années.  « Le rapport montre que loin d’avoir rompu leurs liens avec Al-Qaida, les Taliban, qui ont intégré des membres de cette organisation terroriste dans leur gouvernement intérimaire, risquent de transformer à nouveau l’Afghanistan en sanctuaire pour ce groupe et pour ses affiliés », s’est inquiétée Mme Broadhurst.  Dans ce contexte, elle a jugé crucial que l’équipe de surveillance puisse se rendre sur le terrain, et que la MANUA travaille de concert avec l’ONUDC pour lutter contre la production et le trafic de drogues en Afghanistan.  « Les Taliban doivent prouver qu’ils ont changé et qu’ils sont prêts à rejoindre la communauté internationale », a souligné la représentante de la France avant de préciser que le rôle d’évaluation et de dialogue de la MANUA sera crucial pour maintenir l’Afghanistan dans le concert des nations. 

M. JAMES KARIUKI (Royaume-Uni) a estimé que les risques de catastrophe humanitaire demeurent réels et une action urgente est nécessaire pour éviter l’effondrement économique de l’Afghanistan. L’aide britannique à l’Afghanistan a déjà doublé cette année pour atteindre 381 millions de dollars, et le Royaume-Uni a également convenu de coorganiser une conférence des donateurs le 31 mars afin de collecter des fonds pour le Plan de réponse humanitaire de l’ONU en Afghanistan, a-t-il indiqué. Le représentant a appelé la communauté internationale à trouver rapidement des solutions créatives pour faire face à la crise de liquidités et établir des principes et mécanismes pour fournir une assistance au-delà de l’aide humanitaire de base. De leur côté, les Taliban doivent répondre aux préoccupations de la communauté internationale.  À ce sujet, le délégué a marqué sa préoccupation face aux informations faisant état de représailles accrues contre d’anciens agents des forces de sécurité et des représentants de l’ancien Gouvernement, ainsi que d’attaques contre des groupes minoritaires et de détention de membres de la société civile.  Il s’est dit inquiété des récentes arrestations de militantes et de membres de leur famille pour avoir manifesté pacifiquement en faveur des droits des femmes, tout comme des annonces qui semblent restreindre davantage la capacité des femmes à voyager. 

Il a en revanche salué le fait qu’au cours des dernières semaines dans certaines provinces, certaines femmes ont pu retourner à l’université, ainsi que les importants engagements publics pris par les Taliban pour que toutes les filles soient en mesure de retourner à l’école secondaire à la fin du mois de mars lorsque les écoles rouvriront après la trêve hivernale.  Il a ensuite appuyé pleinement une mission des Nations Unies habilitée et efficace chargée de mener la réponse humanitaire; surveiller et défendre les libertés et les droits de tous les Afghans; et promouvoir la stabilité. 

M.  JEFFREY DELAURENTIS (États-Unis) a tout d’abord regretté le meurtre, la semaine dernière, de plusieurs responsables de la campagne de vaccination contre la poliomyélite en Afghanistan.  Se disant en faveur du renouvellement du mandat de la MANUA, il a souligné l’importance pour la communauté internationale de soutenir l’action humanitaire de l’ONU avec des ressources, précisant que les États-Unis ont contribué à hauteur de plus de 308 millions de dollars au plan de réponse humanitaire de cette année et au plan de réponse pour les réfugiés. 

L’ampleur de la crise humanitaire exige un appui encore plus fort de la communauté internationale, a déclaré le représentant exhortant les bailleurs de fonds à contribuer généreusement à ces efforts lors de la conférence des donateurs prévue à la fin du mois.  Il a ajouté qu’avec la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement, les États-Unis ont transféré des centaines de millions de dollars afin d’appuyer les travaux de l’ONU en Afghanistan. 

S’agissant du décret sur la protection des avoirs afghans dans des banques américaines signé par le Président Biden le 11 février, le représentant a indiqué qu’aucune décision n’a été prise concernant les bénéficiaires de ces fonds et tout versement se fera en consultation avec un vaste éventail de parties prenantes.  Les tribunaux américains vont aussi devoir déterminer quel montant sera versé au titre du droit américain aux victimes d’attentats terroristes perpétrés par les Taliban.  En vertu de ce décret toutes les réserves relevant de la juridiction des États-Unis sont inaccessibles à la population afghane dans un avenir proche, a-t-il ajouté. 

Réagissant à l’intervention du délégué chinois, le représentant des États-Unis a estimé que celui-ci devrait se concentrer sur les moyens d’aider l’Afghanistan, la contribution de la Chine n’étant pas à la hauteur.  Il a également appelé les Taliban à assumer leurs responsabilités pour garantir la stabilité du pays.  La situation socioéconomique ne doit pas occulter la situation des femmes et des filles et des groupes minoritaires qui doivent pleinement jouir de leurs droits et participer à tous les aspects de la vie sociale et économique en Afghanistan, a-t-il souligné.  Le délégué a également exhorté les Taliban à mettre fin aux assassinats et aux disparitions forcées, et à garantir la liberté d’expression notamment pour les médias. 

Mme  ALBANA DAUTLLARI (Albanie) s’est inquiétée qu’une grande partie de la population afghane soit tributaire de l’aide internationale pour survivre.  Face à ce constat, elle a jugé indispensable que l’aide humanitaire puisse se poursuivre sans entrave, y compris sous forme de liquidités pour payer les acteurs sociaux.  La représentante a aussi exhorté les Taliban à honorer les engagements internationaux de l’Afghanistan avant de préciser que ce pays pourra aller de l’avant uniquement sur la base d’engagements fermes pour et par les Afghans.  De même, elle a jugé crucial que les Taliban assurent le respect des droits de la personne.  « C’est indispensable pour le bon fonctionnement de la société de la société afghane » a insisté la représentante avant de demander que les journalistes puissent faire leur travail sans subir des poursuites.  Alors que le terrorisme continue de menacer les efforts de stabilisation de l’Afghanistan et de l’Asie centrale, la représentante de l’Albanie a appelé à tout mettre en œuvre afin de ne pas voir reculer 20 ans de progrès dans la lutte contre Daech et Al-Qaida.  Il est donc indispensable de doter la MANUA d’un mandat robuste et clair, a-t-elle souligné. 

M.  HAROLD ADLAI AGYEMAN (Ghana) a appelé la communauté internationale à faire preuve de solidarité avec le peuple afghan pour l’aider à se stabiliser et à se reconstruire.  Le Conseil devra notamment assumer sa responsabilité en dotant rapidement la MANUA d’un mandat robuste afin d’appuyer efficacement les efforts de reconstruction et de relèvement en Afghanistan.  Il faut notamment appuyer la composante droits humains du mandat afin d’assurer la protection des civils, des minorités et des personnes vulnérables telles que les personnes âgées et celles vivant avec un handicap.  Nous soutiendrons également une MANUA qui sera un gardien des besoins des femmes, des filles et des enfants, a-t-il dit.  Le représentant a salué la coopération croissante entre la MANUA et les autorités de facto et a appelé ces dernières à continuer d’agir de bonne foi et de s’aligner sur les efforts mondiaux pour apporter un soulagement durable aux citoyens afghans, dont beaucoup ont besoin d’une aide humanitaire urgente.  M. Agyeman a aussi appelé les Taliban à s’engager à défendre les libertés fondamentales et les libertés de chaque citoyen afghan, sans discrimination, et de leur assurer l’accès aux services de base. 

Mme ANNA M. EVSTIGNEEVA (Fédération de Russie) a pris note des efforts des Taliban pour résoudre les problèmes politiques, socioéconomiques, humanitaires et les questions relatives aux droits humains.  Toutefois, les Taliban doivent achever le processus de réconciliation intra-afghane, créer des structures de pouvoir véritablement inclusives reflétant les intérêts de toutes les forces ethno-politiques du pays et lutter contre les menaces liées à la drogue et aux groupes terroristes. 

La déléguée a jugé impossible de résoudre les problèmes de longue date et des nouveaux défis sans renforcer les capacités nationales. Prenant note de la mise en œuvre de la résolution 2615 (2021), la représentante a estimé que ces mesures ne seront pas suffisantes pour assurer le relèvement durable de l’Afghanistan.  Elle a ensuite dénoncé les tentatives des États-Unis de reporter le dégel des avoirs afghans et qualifié d’immorale la décision de réserver une partie des avoirs gelés pour indemniser les victimes des attentats terroristes du 11 septembre 2001. 

La représentante a affirmé craindre l’effondrement complet de l’Afghanistan qui entraînerait inévitablement une arrivée massive de réfugiés, un regain d’activités terroristes, une augmentation de la production de drogue et une instabilité encore plus grande, y compris dans la région et au-delà.  La Fédération de Russie surveille les offensives en cours du Front de résistance nationale afghane, a indiqué la représentante pour qui transformer la situation actuelle en une guerre civile à grande échelle n’est pas dans l’intérêt du peuple afghan ou de la région dans son ensemble.  Elle a en outre dénoncé les ultimatums imposés avant de discuter avec les nouvelles autorités afghanes. 

Prenant note des recommandations du Secrétaire général sur le renouvellement du mandat de la MANUA, la déléguée a objecté quant aux avis d’y introduire la question des droits humains et du rôle accru de la Mission en matière de surveillance des droits de la personne.  Le bon fonctionnement de la MANUA réside dans de bonnes relations avec le pays hôte et dans la crédibilité de ses responsables, a estimé la représentante. 

Mme JAYNE JEPKORIR TOROITICH (Kenya) s’est dit préoccupée par la situation humanitaire désastreuse qui a été aggravée par une sécheresse, laissant plus de 24 millions d’Afghans dépendants de l’aide humanitaire.  Alors que la situation continue de se détériorer, la représentante a appelé toutes les parties prenantes, donateurs internationaux et amis de l’Afghanistan à contribuer généreusement au plan de réponse humanitaire 2022 afin de réduire le déficit de financement de 3,9 milliards de dollars.  Elle a également espéré que tous les efforts seront déployés pour mettre en œuvre le cadre d’engagement transitoire pour aider les Afghans en 2022.  À cet égard, la déléguée a salué la mise à disposition par la Banque mondiale d’1 milliard de dollars à la demande des donateurs du fonds d’affectation spéciale pour la reconstruction de l’Afghanistan et la communauté internationale pour compléter les efforts de réponse humanitaire.  Après avoir noté que l’effondrement de l’économie reste un grave problème, la représentante du Kenya s’est inquiétée des restrictions à l’impact disproportionné sur l’accès des femmes à l’éducation et au travail.  Relevant qu’au moins 5% du PIB sont perdus lorsque les femmes sont confrontées à des restrictions de travail, la représentante a exhorté les Taliban à tenir soigneusement compte de cette réalité dans l’élaboration de politiques.  En outre, elle a appelé les autorités à donner la priorité à l’élimination de toutes les formes de violence sexuelle et sexiste et d’autres préjudices sexistes contre les femmes, les filles et les enfants afghans, ainsi qu’à annuler toute action visant à restreindre la liberté de mouvement des femmes. 

M. BRIAN PATRICK FLYNN (Irlande) a déploré le fait que pendant 166 jours, les Taliban ont refusé l’accès à l’éducation secondaire aux filles, niant leurs droits humains fondamentaux.  Il a aussi condamné les meurtres de huit agents de vaccination contre la poliomyélite jeudi dernier et appelé à rendre compte.  Alors que les opérations humanitaires continuent d’être entravées par la crise bancaire et de liquidité, il s’est félicité de l’annonce, hier par la Banque mondiale, du déblocage de plus d’1 milliard de dollars pour soutenir le peuple afghan. 

Maintenant que le Conseil de sécurité négocie un mandat pour la poursuite de la présence de l’ONU en Afghanistan, nous avons l’obligation de mettre les besoins fondamentaux et les droits humains du peuple afghan en première ligne, a dit le délégué.  Il est essentiel que l’action humanitaire fondée sur des principes soit pleinement préservée et reste une priorité clef pour le travail vital de l’ONU en Afghanistan, a-t-il poursuivi.  Il a également appelé le Conseil à faire beaucoup plus pour demander des comptes aux Taliban.  L’Afghanistan n’atteindra la stabilité que lorsque les droits et les talents de tout son peuple seront respectés, et lorsqu’il y aura une gouvernance inclusive et représentative, a-t-il indiqué.  Selon lui, le futur mandat de la MANUA doit avoir, à la base, un engagement sans ambiguïté en faveur du plein épanouissement, de l’égalité et de la participation des femmes à tous les processus de dialogue politique.  Nous avons été témoins pendant six mois du mépris des Taliban pour les droits de la personne, aggravant les violations et les abus de deux décennies de guerre, a constaté le délégué.  C’est pourquoi il a appelé à un mandat solide en matière de droits humains pour la MANUA.  Il s’agit, a-t-il expliqué, de sauver des vies et de garantir que ceux qui subissent des violations des droits de l’homme sont entendus et non condamnés au silence. 

M. ALICIA GUADALUPE BUENROSTRO MASSIEU (Mexique) a condamné le meurtre récent de 8 travailleurs humanitaires en Afghanistan.  Soulignant que la protection des droits et libertés fondamentaux des femmes et des filles est une priorité pour le Mexique, il a recommandé, dans le cadre du renouvellement du mandat de la MANUA, de faciliter le dialogue entre les femmes et les autorités de fait, et continuer de faire rapport sur la situation des droits humains. 

Le délégué s’est inquiété des informations faisant état d’une présence accrue de groupes terroristes en Afghanistan, demandant d’empêcher que le pays ne redevienne un refuge pour ces derniers et appelant à prévenir les détournements d’armes.  Revenant sur le renouvellement du mandat de la MANUA, le délégué a secondé la proposition du Secrétaire général d’une structure claire qui divise ses travaux en deux domaines: les affaires politiques et la gouvernance, et l’humanitaire et le développement.  En outre, le maintien de la capacité de surveillance de la mission sur la situation des droits humains doit être une priorité.  Et la fourniture d’informations impartiales concernant la protection des civils est tout aussi vitale.  La MANUA doit aussi conserver la capacité d’interagir avec tous les décideurs pour défendre les libertés et droits fondamentaux, a-t-il ajouté. 

Mme ALLEGRA PAMELA R. BONGO (Gabon) a relevé que six mois après la prise de pouvoir par les Taliban, les minorités tant ethniques, géographiques, politiques que sociales, y compris les femmes, sont maintenues à la périphérie du processus politique.  La stabilisation de l’Afghanistan implique le renforcement de la confiance, la promotion d’une gouvernance transparente et participative, ainsi que la mise en place d’un dialogue politique structuré entre les Taliban et toutes les forces vives afghanes, a—t-elle relevé.  Elle a appelé la communauté internationale à maintenir un dialogue constructif avec les Taliban, notant qu’il en va du bien-être individuel et social des populations. 

Mme Bongo a marqué sa préoccupation face à la condition des femmes et des filles en Afghanistan, dont les libertés et les droits fondamentaux restent à ce jour largement restreints, en dépit d’engagements pris par les autorités de facto de protéger les droits des femmes, notamment le droit à l’éducation.  Il est nécessaire que l’Afghanistan, qui ne compte aucune femme parmi les membres de son gouvernement et de ses 34 gouverneurs de province, restitue aux femmes la place qui leur revient et opte pour une administration inclusive, a-t-elle plaidé.  Sur le plan sécuritaire, la représentante a déploré la stigmatisation de dignitaires de l’ancien régime qui s’accompagne de violations des droits de l’homme, ce qui constitue un frein à la réconciliation nationale.  En dépit des efforts des Taliban d’asseoir leur contrôle des zones frontalières, en vue de restreindre les attaques des groupes extrémistes du sol afghan vers les pays voisins, la présence active des combattants étrangers, sur lesquels les Taliban n’ont manifestement aucun contrôle, est un réel sujet de préoccupation, s’est également inquiétée la déléguée. 

Mme AMEIRAH OBAID MOHAMED OBAID ALHEFEITI (Émirats arabes unis) a estimé que la coordination des activités des donateurs doit rester une pierre angulaire des activités de la MANUA qui, a-t-elle ajouté, doit jouer un rôle pour minimiser le risque de détournement de l’aide en Afghanistan.  Elle a souligné la nécessité d’aider financièrement l’économie afghane, notamment pour payer les salaires des fonctionnaires, saluant ensuite l’engagement de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) de créer un fonds d’affectation spéciale humanitaire et de lancer un programme pour la sécurité alimentaire en Afghanistan. 

Le mandat de la MANUA devrait en outre refléter la situation des femmes et des filles dont l’exclusion de l’éducation, de la vie publique et de la main-d’œuvre entrave les perspectives de paix et de sécurité ainsi que la prospérité économique dans le pays.  La religion ne peut être utilisée pour justifier la discrimination à l’égard des femmes, a prévenu la déléguée qui a relevé que la discrimination des femmes coûterait 1 milliard de dollars par an à l'économie afghane.  Elle a estimé que l’ONU peut jouer un rôle essentiel en facilitant le dialogue politique avec toutes les parties concernées, y compris les Taliban qui doivent pour leur part améliorer la gouvernance et fournir efficacement des services vitaux au peuple afghan.  La représentante a également demandé aux Taliban de mettre en œuvre les mesures nécessaires pour lutter contre le terrorisme, notamment en rompant les liens avec tous les groupes terroristes et en empêchant l’utilisation du territoire afghan comme refuge sûr pour le terrorisme. 

Reprenant la parole, le représentant de la Chine a dit comprendre la gêne du délégué des États-Unis face aux nombreuses remarques fustigeant la décision américaine de geler des avoirs du Gouvernement afghan. 

Réagissant à ce propos, le représentant des États-Unis a dénoncé des remarques chinoises à motivation uniquement politique liées aux relations de la Chine avec les Taliban. 

Il est légitime que le peuple afghan soit furieux de voir que ses avoirs sont gelés par le Gouvernement américain, a régit le délégué de la Chine

« Rien ne s’est amélioré sur le terrain depuis la dernière réunion du Conseil de sécurité » a regretté M. GHULAM M. ISACZAI (Afghanistan) avant de fustiger de nombreuses violations du droit international humanitaire, du droit international des droits de l’homme et du droit islamique par les autorités de facto.  « Ces violations doivent cesser et les auteurs des crimes odieux doivent rendre des comptes » a insisté le représentant avant de saluer l’octroi de permis supplémentaires pour des transactions économiques et commerciales.  S’inquiétant de la situation humanitaire dans le pays, le représentant de l’Afghanistan a exhorté les États Membres à financer le plan d’urgence humanitaire et faciliter la bonne mise en œuvre de tout projet humanitaire par des ONG.  Pour parvenir à une stabilité à long terme, il a jugé essentiel l’avènement d’un gouvernement légitime et inclusif nommé par et pour les Afghans et capable de défendre les droits des femmes, des filles et des minorités et de faire face à la crise économique.  Un nouveau gouvernement composé de personnes compétentes, dont des femmes et des personnes dotées d’une légitimité internationale est indispensable et permettra de préserver les acquis des 20 dernières années et éviter que l’Afghanistan ne sombre dans la crise économique et humanitaire. 

Par ailleurs, le représentant de l’Afghanistan a réitéré son appel à enquêter sur les comptes d’anciens membres de gouvernement impliqués dans des détournements de fonds.  Dans l’optique de la définition du prochain mandat de la MANUA, il a insisté sur l’importance de la contribution de l’ONU et de la MANUA pour promouvoir la paix et la stabilité mais aussi faire le suivi de la question des droits de la personne en Afghanistan. 

Mme ZAHRA ERSHADI (République islamique d’Iran) s’est inquiétée des potentielles ramifications désastreuses de la situation sécuritaire et humanitaire en Afghanistan sur la sécurité et la stabilité de la région, en particulier celles des pays voisins.  Si la situation n’est pas gérée efficacement, a-t-elle averti, l’effondrement socioéconomique du pays est possible, et cela entraînerait un dénuement généralisé et un afflux massif de migrants dans les pays voisins qui sont déjà surchargés par des millions de réfugiés.  Elle a exhorté la communauté internationale, en particulier les pays donateurs, à assumer leurs responsabilités envers les voisins de l’Afghanistan afin d’aider les réfugiés et déplacés.  Elle a souligné que les avoirs gelés de l’Afghanistan appartiennent au peuple afghan et leur mise à disposition est cruciale pour le rétablissement de l’économie afghane et pour sauver des vies.  Ces fonds ne devraient pas être politisés ou conditionnés, a-t-elle estimé. 

La déléguée s’est également dite préoccupée par les activités terroristes en Afghanistan, relevant que l’État islamique d’Iraq et du Levant-Khorassan (EIIL-K) aurait mené 152 attaques dans 16 provinces entre le 19 août et le 31 décembre 2021.  Cette tendance souligne, a-t-elle expliqué, l’exigence constante de la communauté internationale de voir les Taliban s’engager à combattre le terrorisme et veiller à ce que l’Afghanistan ne soit plus un refuge pour des groupes terroristes comme Daech et Al-Qaida.  Par ailleurs, les Taliban doivent répondre à la demande de mise en place d’un gouvernement inclusif qui représente véritablement la société multiethnique afghane, a-t-elle plaidé.  Elle les a ensuite invités à tenir compte de l’appel de la communauté internationale à la protection des droits humains, en particulier les droits des femmes et des minorités. 

M. MUNIR AKRAM (Pakistan) a déclaré que pour la première fois en 40 ans, il est possible de promouvoir la paix en Afghanistan avec un gouvernement qui contrôle l’ensemble du pays et sans menace existentielle qui pèse sur sa survie.  La communauté internationale doit aider à stabiliser l’Afghanistan et pérenniser la paix dans le pays et dans la région.  À cette fin, a exhorté le représentant, il faut répondre à la crise humanitaire majeure qui frappe l’Afghanistan et éviter l’effondrement de l’économie afghane.  Il a jugé indispensable de libérer et verser tous les avoirs gelés de l’Afghanistan pour reconstruire les infrastructures détruites, mener à bien des projets de connectivité et construire les voies ferroviaires entre l’Afghanistan et le Pakistan. 

Concernant le renouvellement du mandat de la MANUA, le délégué a exigé qu’il respecte la souveraineté de l’Afghanistan, soutienne les efforts pour la stabilité et aide à améliorer les conditions de vie de la population.  Il a rejeté tout effort visant à créer une structure de gouvernance parallèle au gouvernement actuel alertant du risque d'éroder la confiance entre les Taliban et la Mission.  Le mandat devrait également se concentrer sur le relèvement de l’économie, le renforcement des capacités des institutions afghanes et la promotion d’une gouvernance inclusive.  Renforcer le rôle de la MANUA sur la question des droits humains ne serait pas conforme à son rôle de partenaire du progrès en Afghanistan, a par ailleurs estimé le délégué qui a demandé à la communauté internationale d’appuyer les autorités afghanes afin d’éliminer Daech et les autres groupes terroristes en Afghanistan.  La réussite repose sur la levée des sanctions, la mise en œuvre de la résolution 2543 (2020) et des Accords de Doha. 

À l’intention des organes d’information • Document non officiel.